Au fur et à mesure que la tension monte autour
de l'Irak, les cours du brut s'envolent. Ils ont atteint vendredi leur plus
haut niveau en un an. Le baril de Brent, qui a déjà progressé
de plus d'un tiers depuis le début de l'année, a franchi la barre
des 28 dollars à Londres.
Indépendamment d'une flambée passagère que ne manquerait pas de provoquer une nouvelle guerre du Golfe, c'est l'avenir de tout le marché pétrolier qui est en jeu.
Régime ami
L'Irak, qui reste soumis à un régime de sanctions con trôlées connu sous le nom de «pétrole contre nourriture», ne produit aujourd'hui qu'un peu moins d'un million de barils de pétrole par jour (mbj). Selon le ministre irakien du Pétrole, Faleh al-Khayat, sans embargo, son pays disposerait actuellement d'une capacité de production de 6 à 7 millions de barils par jour. Le chiffre ne doit rien au hasard : c'est la production de l'Arabie Saoudite. Quant aux réserves prouvées, elles se montent à 115 milliards de barils, ce qui place l'Irak au deuxième rang mondial, juste derrière le royaume wahhabite. Mais nombre d'experts estiment que l'Irak dispose des premières réserves mondiales de l'ordre de 150 milliards, voire plus. On comprend mieux l'intérêt, pour les Etats-Unis, d'installer un régime «ami» à Bagdad. Avec «seulement» 10 milliards de dollars d'investissements, la production irakienne pourrait augmenter de 2 millions de barils par jour, ce qui permettrait une chute des cours de près de 8 dollars par baril.
Méfiance
Jusqu'à présent, le rôle de modérateur du marché est tenu par la seule Arabie Saoudite. Cette fonction est d'ailleurs le principal pilier de l'alliance stratégique saoudo-américaine conclue dans les années 50. Mécontents du manque de coopération des Saoudiens dans les enquêtes sur Al-Qaeda et méfiants envers un régime jugé favorable aux islamistes, certains faucons du Pentagone plaident pour un «changement de cavalier». Les Américains, qui développent en ce moment leurs sources d'approvisionnement tous azimuts et tout particulièrement en Afrique (Angola, Guinée équatoriale, Tchad, Soudan...), savent qu'ils ne peuvent pas faire une croix sur la péninsule arabique, qui concentre 54 % des réserves mondiales. D'où le scénario irakien. Le pari est d'autant plus séduisant qu'il permettrait de prendre l'Iran en tenaille, en le coinçant entre l'Afghanistan et l'Irak transformés en protectorats américains.
Mais entre ce kriegspiel pétrolier
en salle d'état-major et un rééquilibrage effectif du marché,
il y a un pas : plusieurs années et des dizaines de milliards de dollars
(30 milliards au bas mot) seront nécessaires à la remise en état
de l'infrastructure pétrolière irakienne. Washington aurait récemment
donné l'assurance à Paris que TotalFinaElf, qui a signé
des précontrats avec le régime actuel, ne serait pas écarté
après la chute de Saddam.
Vous
pouvez réagir à cet article en cliquant sur ce lien
Sources
Article tiré de Liberation.fr
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=51631