La société est avant tout ce qu’on en fait.
Et dès cette première phrase, j’en sens déjà certains bondir sur leur siège à roulettes vacillant, se raccrochant fermement à leur souris, ou s’affaler dans un soupir de mécontentement dans leur sofa poussiéreux.
Oui mais quand même, toute société est faite des individus qui la composent. En premier lieu.
Dans cette optique, il y a, de mon point de vue une autre arme de destruction massive d’évolution des hommes, des individus, du monde, je l’ai nommé « L’église du pessimisme ».
Mon premier contact avec l’église du pessimisme eut lieu à l’école. C’est dans les cours de récré que j’entendais déjà certaines pupilles de la nation se gargariser d’avoir eu l’appendicite, de porter un appareil dentaire, d’avoir les pieds plats… puis plus tard, au lycée, c’était une forme latente de nihilisme, nourrit certainement par les cours de philo, qui faisait résonner des « les gens sont tous des cons » des « la nature humaine est horrible » sur les murs du lyçée délabré certes, mais si attachant à mon gout, de région parisienne que j’eus fréquenté.
L’optimisme n’avait que rarement la côte, au mieux il était vu comme une qualité presque surréaliste, et en général il était vu comme de la naïveté.
Le pessimisme avait la vue longue, je le voyais, pris comme objectivité absolue, gangréner les élans énergiques de mes congénères (et c’est toujours le cas), qui avec cette fatalité pseudo intelligente, se tournaient vers le chômage ou des boulots qu’ils n’aimaient pas. Quant au réalisme, noyé dans le débat, était absent, phagocyté par les critiques négatives qui, toujours, paraissaient, et paraissent encore aujourd’hui, plus « intellectuellement intelligentes ».
J’ai plusieurs idées sur l’origine de cela.
La première, en primaire, ce fut de me dire que ces mômes qui se donnaient de l’importance en se plaignant n’avaient pas reçus assez de coup de pompes dans l’arrière train. En effet, j’avais remarqué que les dévots du négativisme étaient bien souvent des mômes dans des familles « normales », avec des parents qui venaient, avec toute leur bienveillance, aux réunions de parents d’élèves, qui les éduquaient avec contenance, plutôt que de leur envoyer un coup de pied au cul à la moindre connerie. Ou comment choisir de manger de la merde avec la petite cuillère en argent dans la bouche.
Je fis le contraire, je décidai alors de manger avec les doigts, mais en choisissait toujours le meilleur.
La seconde, bien plus importante, était culturelle. La télé ne relayait (et relaye toujours) que l’aspect négatif de la réalité dans les informations, les séries et autres films se basant toujours bien sûr, sur une faille, un problème à régler. Et puis la société, le boulot des parents, pas épanouissant, et la résignation… Tout cela constitue une base sûre pour la propagande de l’église du pessimisme.
Mais je ne vais pas m’étendre sur les origines, ce n’est pas ce qui nous intéresse.
Je suis sensible à une certaine odeur du mal moral et je trouve que cette odeur est bien moins forte, quoi qu’on en dise, dans nos institutions et nos acquis sociaux que dans l’homme qui les hait. Ayant perdu la joie, il dit qu’il veut la justice et en appel pour cela à la tyrannie. Attendre des autres et des circonstances qu’ils nous aident à changer et l’on gâche les circonstances, on pourrit les autres, on ne change pas, on s’aggrave.
Nietzsche disait de tout cela :
« Il y a un instinct de causalité qui le pousse à raisonner : il faut que ce soit la faute de quelqu’un s’il se trouve mal à l’aise. Cette belle indignation lui fait du bien par elle-même. L’injure et la critique donne l’ivresse de la puissance. Déjà la plainte, rien que la plainte, donne à la vie un attrait qui aide à la supporter. On reproche son mal aise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. » C’est avec cette logique qu’on fait des révolutions.
Ainsi, on veut que nous maudissions le monde. Sous couvert d’ »intelligence critique », l’école du pessimisme divise derrière ses analyses dont découlent diverses idéologies et autres dogmes qui enfermeront l’homme bien plus surement que tout autre système.
Et à choisir, je préfère qu’on soit inégaux au soleil, que tous égaux en prison. Si vous voyez ce que je veux dire.
Je crois en la minorité d’hommes exceptionnels. Pas du tout en la minorité d’hommes exceptionnellement colériques, éternels insatisfaits, aussi intelligents soient ils ! Les désordres, les crimes, les ruines, sont l’œuvre d’hommes qui ne surent jamais être heureux, simplement, et qui haïssaient violemment tous ceux qui essayaient de l’être.
Les héros sont des hommes qui ont pris le parti du bonheur, d’eux-mêmes et pour autrui.
Il n’est pas difficile d’être malheureux et mécontent. Il suffit juste de s’en remettre à l’humeur triste et irritée du moment. Il suffit de bouder le monde, de s’asseoir à l’écart, et d’attendre en râlant le jour J de l’hypothétique redistribution des cartes. Pendant ce temps, l’homme s’est abandonné à la pente de la tristesse et de l’irritation et ne voit venir qu’un ennui toujours plus lourd et une haine toujours plus profonde de tout et de tous, et surtout de lui-même.
Il est bien plus difficile d’être heureux. Il faut de l’esprit, de l’énergie, de l’attention, du renoncement, du contentement, une certaine forme de bienveillance qui est proche de l’amour.
C’est parfois une grâce d’être heureux, mais c’est surtout un devoir !
Et ceux d’entre nous qui ont des enfants le comprendront, les enfants sont heureux si vous êtes heureux. Un homme digne de ce nom s’attache au bonheur, comme au mât du navire par gros temps, pour se conserver lui-même et ceux qu’il aime.
Oui c’est un devoir d’être heureux, et c’est même de la générosité.
Persuader les hommes qu’ils sont malheureux est une action infâme, facile et hautement manipulatrice qui ouvre la voie à d’autres systèmes bien plus pernicieux encore que celui que nous connaissons actuellement.
C’est une tâche sacrée que de répéter à l’homme qu’il est heureux et qu’il ne s’agit pour lui que de s’en rendre compte !
Ok, il y a des injustices, de la misère, de la souffrance et nous devons bosser à les réduire. Mais ce n’est pas en geignant et en se dégoutant du bonheur là où il est que nous répareront le malheur.
L’avenir ne peut être prédit, il peut être choisi entre toutes sortes de possibles. Nous n’avons pas un avenir massivement déterminé par la lutte entre les méchants et les bons. Nous avons plusieurs avenirs. Notre choix ne dépend pas de pressions, de morosité et d’insatisfaction, mais il dépend de notre capacité à voir la beauté là où elle se trouve, malgré la propagande du malheur ; à supporter la liberté qui nous est donnée telle qu’elle est maintenant et à la vivre pleinement ; et enfin à aimer le bonheur, une capacité de prendre notre bonheur présent en patience et avec bienveillance.
De tous les possibles, ne focalisons pas sur le pire, choisissons simplement le meilleur et travaillons en nous-mêmes pour qu’il vienne.
Il est quasiment impossible de faire comprendre cette attitude par des mots.
De toutes façons, si nous voulons sincèrement un avenir radieux, individuellement ou collectivement, les valeurs à cultiver sont celles de la maturité. C’est seulement dans la maturité que l’on découvre que le bonheur est un devoir. Que toutes obstructions à ce bonheur sont à surmonter vaillamment, avec une force et un courage naturel. La maturité refoule les lamentations névrotiques et égotiques, elle refoule la réclamation de l’absolu, qui est un désir adolescent et hypothétique. La maturité donne un autre sens à l’absolu : celui de l’acceptation courageuse et sereine du relatif, dont elle fait un absolu. Le monde est absolument relatif.
Et enfin, la maturité accepte la mort.
Nier la mort, la transcender : la plupart des souffrances vaines de l’humanité ont leur cause dans ce sentiment pathétique de la vie.
Toutes les tragédies de l’histoire sont des effets du messianisme politique ou religieux, toujours en quête de l’annihilation de la mort.
La maturité bande ses forces pour faire de la dignité de vivre et du contenu de la vie, ici et maintenant, une valeur esthétique, éthique, qui suffit à tout. Elle fait le silence du diapason de notre conscience et elle a appris que contre la peur, il n’y a qu’un seul remède : le courage.
J’ai connu des malheurs et des désespoirs.
Mais on peut faire de la souffrance une plus large souffrance et souhaiter rageusement que tout le monde y passe. Ou on peut aussi changer nos souffrances en bonté, en énergie, en joie d’exister.
Pour moi cette joie d’exister au-delà de tout est peut être la seule raison de la création. Quand on la possède, on a le désir de la répandre, sans prosélytisme, c'est-à-dire juste de l’incarner.
On nous rabache à longueur de journée que tout va mal, que tout est sombre et ne pensez pas que c'est nouveau, on nous le rabache depuis plusieurs siècles. Aujourd'hui on nous dit même qu'un jour, qu'un renversement, qu'une apocalypse va tout changer.
Changer quoi ?
Comment voulez vous être bien à l'avenir ? Le bonheur, c'est maintenant.
L’ « église du pessimisme », relayant la critique inconstructive et le dégout du monde au travers de sentiments d’irritations, de colères et d’injures dans lesquels nous nous fourvoyons, pourrait bien être la meilleure arme pour asservir l’homme. Un homme désespéré est prêt à tout et surtout à soumettre sa conscience, un homme heureux se suffit à lui-même.
Faites vous plaisir, ne jouez pas dans ce jeu…. Soyez juste heureux !
- EcliptuX, FestinMWM, Daman et 15 autres aiment ceci


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