Aller au contenu


Les Nouveaux Chiens de Garde


  • Please log in to reply
14 réponses dans ce topic

#1 joel

joel

    Tournicoti, Tournicoton

  • Membres
  • 2 859 Messages :
  • Genre : Homme

Posté 10 janvier 2006 à 20:41

Le 15 novembre 2005, Daniel Mermet recevait Serge Halimi dans son émission "La-Bas Si J’y Suis" diffusée sur France Inter pour y parler de son dernier livre "Les Nouveaux Chiens de Garde", lequel dénonce le totalitarisme médiatique actuel : un "univers de connivences", entre "renvois d’ascenseurs" et "comptoirs de vente" des idées d’une "pensée unique".

Le site "Les Ogres" a réalisé un travail formidable en effectuant le script de l'émission que vous pouvez d'ailleurs écouter sur

Quelques extraits significatifs :

Citation

Daniel Mermet :

Serge Halimi publie un nouveau nouveau"chien de garde".

(...) Vous aimez, Guillaume Durand, vous aimez Christine Okrent, vous aimez Jean-Marc Sylvestre, Serge July, Alain Duhamel ou Michel Field. Vous êtes l’amant de Claire Chazal ou de Jean-Pierre Elkabach, vous êtes l’assistante de Jacques Julliard, la femme de ménage d’Olivier Giesbert, le charcutier d’alexandre Adler, ou la maquilleuse de Bernard-Henry Lévy ou le caniche de Laurent Joffrin, et vous ne savez pas quoi leur offrir pour Noël ; Eh bien voici une très bonne idée de cadeau, pour 6 Euros, c’est à dire environ 40 francs, le livre de Serge Halimi qui sort ces jours-ci : "Les nouveaux chiens de garde". C’est un livre léger, 154 pages, un livre pratique qui se glisse dans une poche sans les déformer, bref c’est le cadeau idéal pour tous ceux qui aiment les livres.

Citation

Serge Halimi : (...) Alors je dirais que par rapport à 1997, le bouquin repose toujours sur les 4 piliers que j’évoquais il y a 8 ans.

- Le journalisme de révérence c’est à dire les liens étroits entre contre-pouvoir et pouvoir, et là je pense qu’on en a un exemple avec le sarkozisme inouï des médias, qui est vraiment un exemple très abouti de ce que j’évoque.

- Ensuite la puissance des grands groupes industriels et financiers sur l’information, alors là elle s’est accrue, on peut dire qu’elle s’est accrue depuis 1997, que ce phénomène que j’évoquais, qui n’etait pas nouveau en 1997 est encore plus grave à l’heure actuelle, puisque vous savez qu’en une seule année, Dassault s’est emparé du Figaro, Lagardère est rentré dans le capital du Monde et Rotschild est l’actionnaire de référence de Libération, donc les 3 journaux de référence comme on dit, sont maintenant peu ou prou, tenus par des grands industriels, des grands capitalistes qui n’ont naturellement pas investi de l’argent dans ces journaux pour qu’ils nuisent à leurs intérêts.

- Le 3eme élement que j’évoquais, c’était la pensée de marché c’est à dire la prédisposition des journalistes à accompagner les choix économiques et sociaux de la classe dominante. (11’) Là je pense que cette pensée est encore plus forte qu’elle n’était en 1997 ; que le thème de l’information marchandise, du journal qui "devrait être une marque" est quelque chose qui est maintenant repris par les directeurs de journaux et par les journalistes eux-mêmes, et ensuite que la publicité joue un rôle encore plus déterminant dans la détermination des lancements de journaux . Maintenant on lance des journaux parce qu’il y a un marché publicitaire. C’était déjà le cas mais ça l’ est encore plus... Et puis avec le phénomène des gratuits, on a maintenant des journaux qui ont une diffusion très importante et qui ne vivent et pour et par la publicité.

- Et enfin l’univers de connivence que j’évoquais déjà en 1997, là je dirais que rien n’a changé si ce n’est que comme les renvois d’ascenseur ont un rendement moindre qu’il y a 8 ans, parce que les gens savent que maintenant, bon, Alain Duhamel trouvera toujours bons les bouquins de Minc ou de Julliard et réciproquement ; (12’) donc comme ce renvoi d’ascenseur a un rendement moindre qu’il y a 8 ans, ceux qui en bénéficiaient il y a 8 ans ont décidé de multiplier leurs comptoirs de vente de télé-achat. Et avec la généralisation des médias, on peut voir 20 fois ou 25 fois ou 30 fois le même auteur dire à peu près la même chose devant un journaliste ou un animateur de télévision épanoui qui l’accueille comme si il était le messie et qu’il avait réécrit "le capital".

Citation

- Nicolas Sarkozy a par ailleurs assisté au mariage de Claire Chazal en compagnie de Jacques Lang,

- qu’il a un fils dont Martin Bouygues est le parrain,

- que Bouygues, pdg, enfin actionnaire principal de référence de TF1 a assisté au congrès de l’UMP qui a eu Sarkozy à sa tête,

- qu’Edouard de Rotschild actionnaire de référence de "Libération" est également un ami de Nicolas Sarkozy

- comme Alain Minc président du conseil de surveillance du "Monde" qui révèle dans ses mémoires qu’il relit les épreuves des livres de Nicolas Sarkozy,

- que Bernard Arnault, PDG de LVMH, qui possède "La tribune", est ami avec Sarkozy lequel Sarkozy a assisté au mariage de la fille d’Arnault en septembre dernier,

- que Vincent Bolloré, le PDG d’Havas est également un ami de Sarkozy,

- que Sarkozy a assisté à la remise de la légion d’honneur à Bolloré,

- qu’Arnaud Lagardère est également un grand ami de Sarkozy, (18’) qu’il a assisté d’ailleurs au meeting de Sarkozy pour le "oui" à la constitution européenne en mai dernier.

Bon, donc quand on a cette liste, il est assez amusant de voir Sarkozy se présenter comme le défenseur des petits, et Devedjian nous expliquer que "ce sont les foyers modestes qui se tournent vers nous, pas les bourgeois ni les nantis".

Il y a quand même un certain nombre de PDG de multinationales qui non seulement se tournent vers Sarkozy mais qui en attendent un certain nombre de récompenses.

Je rappelle qu’en France, il faut voir cette donnée, comme lorsqu’on analyse les fortunes dans le monde, les 500 plus grosses fortunes dans le monde, il y en a 10 qui sont françaises. Il y a une étude du magazine "Fortune" là-dessus. Et sur les 10 fortunes qui sont françaises, les 1O principales en France, il y en a 6 qui sont liées aux médias.

Donc on ne parle plus maintenant de directeurs de presse comme si c’étaient des PME, il s’agit vraiment des principales multinationales du pays.

Les chefs des principales multinationales du pays sont maintenant au service d’un candidat déclaré à l’élection présidentielle qui a notamment pour objectif notamment de réduire les impôts qu’ils paient, et de mettre en pièce l’impôt sur les grandes fortunes, et qui a le pouvoir par exemple d’interdire ou de retarder la publication d’un livre puisque vous savez que, récemment, Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, a menacé un éditeur en le convoquant au ministère de l’intérieur. Or convoquer un éditeur au ministère de l’intérieur et le sommer de ne pas publier un livre quand on est ministre de l’intérieur et candidat permanent à la présidence de la république, c’est une menace. Et Sarkozy, à cette occasion, a invoqué la réaction naturelle d’un père de famille qui craint pour son intimité. Aucun des journalistes ne l’a repris quand il a eu cette explication, mais c’est une farce, tous les pères de famille n’ont pas le pouvoir ni le culot du ministre de l’intérieur et président du parti majoritaire. Donc Sarkozy a ce pouvoir-là.

Et on sait aussi que lorsque Paris-Match a publié une photo de la femme de Nicolas Sarkozy avec son nouvel amant, Arnaud Lagardère, le PDG du groupe en a été très mécontent et a fait savoir qu’il avait l’intention de renvoyer le directeur de Paris-Match, comme un domestique (20’) et d’ailleurs il l’a avoué dans un entretien au "Point" qui est paru il y a quelques jours, puisqu’il a dit : "Alain Genestar est libre d’écrire ce qu’il veut sur Nicolas Sarkozy c’est son affaire je ne m’en occupe pas, je ne lui ai demandé qu’une chose, si tu fais quelque chose, préviens-moi avant afin que, par courtoisie, je puisse moi-même en informer mon ami Nicolas Sarkozy, ce qu’il n’a pas fait, c’est ça qui m’a gêné." Et il ajoute : "Alain Genestar est, et reste, le patron de Match jusqu’à nouvel ordre".

Citation

Daniel Mermet :

Serge Halimi, dans votre bouquin, vous revenez souvent sur Bouygues, Dassault, Rotschild, etc. Comment expliquer que des Bouygues, Dassault, Lagardère, Rotschild, tiennent absolument à possèder des médias, des grands médias ? Et comment, par ailleurs, à côté, comment est-ce que le service public semble ne pas échapper à cette domination ?

Serge Halimi :

Que des grands groupes et des responsables privés tiennent à possèder des médias, l’explication est simple, ils pensent que ces médias, en quelque sorte, soit occulteront les informations qui peuvent les gêner, (24’) soit mettront en lumière les informations qui les avantagent. Il suffit de regarder un journal de TF1 pour savoir que les informations sur Bouygues c’est souvent de la communication. La même chose pour Europe 1 et pour Lagardère. Et puis, par ailleurs, le fait même qu’ils possèdent des médias, accroît considérablement leur stature. Souvenons-nous de ce qui s’est passé lors de l’enterrement de Bouygues il y a quelques années, ou de l’enterrement de Lagardère, il y a deux ans, vous aviez, en quelque sorte, tous les corps constitués qui assistaient à cet enterrement. Et on a fait un calcul, un étudiant à Paris-Sorbonne a fait cette étude, Vincent Gaillon, avait fait un calcul sur la place qui était consacrée à la mort des uns et des autres, à la mort des intellectuels et des autres, et il avait expliqué que par exemple dans les journaux télévisés de TF1, de France2, de France3, de M6 et caetera, la mort de Françoise Giroud c’était 7mn41, la mort de Lagardère c’était 5mn31 et la mort de Bourdieu 2mn10. Vous avez là, une espèce d’équilibre là qui n’est pas sans intérêt.

(25’)

Lorsque par exemple, Bernard Arnault marie sa fille, que personne ne connait, Delphine Arnault, vous ne la connaissez pas, moi non plus, à vrai dire on s’en fout, mais cela dit, c’est 22 pages dans Paris-Match ! Parce que c’est l’homme le plus riche de France et c’est le principal annonceur dans la presse. Et à ce mariage, vous avez 6 ministres de la République qui se déplacent, comme garçons d’honneur en quelque sorte, au nombre desquels, Nicolas Sarkozy.

Donc, vous avez quand même le fait que possèder un groupe de presse ou un empire de presse, accroît considérablement votre influence à la fois idéologique via les médias que vous contrôlez, mais aussi votre influence sociale, parce que les intellectuels, les artistes, les journalistes même sont beaucoup plus susceptibles d’entourer des industriels propriétaires de médias que des industriels qui ne possèderaient pas cet empire de presse . D’ailleurs lorsque Bouygues a acheté TF1 en 1987, il a expliqué qu’il était prêt à le payer cher, (26’) parce qu’au delà même de la valeur industrielle de la chaîne, il y avait le capital d’influence que cette chaîne lui permettrait d’obtenir.

Daniel Mermet :

Très bien, alors pourquoi le service public, qui n’a pas ces astreintes, ces contraintes, joue un peu la même musique ?

Serge Halimi :

Parce que, très souvent il y a de toutes façon un certain va et vient entre le service public et le privé. Vous avez beaucoup de journalistes, y compris à France-Inter, qui viennent d’Europe 1 ou vont y aller, qui viennent de RTL et caetera, ce qui contribue à créer un état d’esprit relativement homogène. Dans le service public comme dans le privé, les responsables d’émissions sont souvent issus du même milieu social, et que ça ça créé des dispositions particulières à critiquer la société dont vous êtes tout de même un enfant chéri.

Et enfin, il y a la logique aussi de la concurrence avec les chaines privées, avec les radios privées qui conduisent souvent à faire ce qui marche le mieux (27’) dans ces chaînes et dans ces radios privées. Donc vous avez un certain nombre de logiciels dans la tête qui font que, même quand vous êtes dans une radio publique ou sur une télévision publique, même si, je dirais dans l’ensemble vous avez tout de même plus de liberté que sur une chaîne ou sur une radio privée pour critiquer les industriels qui possèdent le monde de l’information et de la communication, comme d’ailleurs le reste, il y a des dispositions communes qui permettent de comprendre que en quelques sortes le sommaire d’un journal télévisé de TF1 ne soit pas fondamentalement différent du sommaire d’un journal de France2 et si je peux vous faire ce reproche, parfois les journaux d’informations de France-Inter ne sont pas fondamentalement différents de ceux de RTL.

Citation

Serge Halimi :

Et d’ailleurs, je peux vous proposer tout de suite une exclusivité : annoncer à vos auditeurs ce qui se passera au mois de mars dans leur vie. Parce que en janvier prochain, Bernard Henri-Lévy sort aux Etats-Unis un livre sur Tocqueville, qui va être traduit et publié en France.

Donc vous savez que Bernard Henri-Lévy a été Malraux, puis Sartre, puis Pearl, donc maintenant il sera Tocqueville. Alors soyez prêts déjà, parce que on va vous en parler de ce livre... Le jour de sa sortie, à mon avis, je prend les paris...

- Il sera interrogé par Jean-Pierre Elkabach sur Europe 1. (41’) Jean-Pierre Elkabach a expliqué dans un entretien au Figaro Magazine : "j’ai mieux qu’un réseau, des fidélités solides : Alain Duhamel, Jean-Luc et Arnault Lagardère, Bernard Henri-Lévy, Michel Drucker". Donc il sera invité par son ami.

- Il fera la Une du "Point" où il est chroniqueur.

- Et le soir, vraisemblablement, il fera la Une du "Monde des Livres".

- France 2 l’invitera soit dans son journal télévisé, si PPDA et son journal ne se sont pas proposés avant, soit dans l’émission politique du lundi soir qui, miracle, traitera, de la démocratie en Amérique*. Puisque ça sera la thème du livre de BHL.

- Samedi, selon toute vraissemblance, il sera chez Ardisson, qui le convie chaque fois qu’un de ses livres sort. BHL apprécie beaucoup plus les émissions d’Ardisson surtout depuis que Ardisson dispose d’une émission qui fait un très très gros audimat.

- Dimanche, vous le retrouverez chez Karl Zéro, son ami et acteur dans un des films de BHL, et peut-être même, vous le retrouverez le même jour chez Michel Drucker.

- Puisque Giesbert lui a offert la une du "Point",

- dont Giesbert est directeur,

- le même Giesbert risque d’inviter, que dis-je, de supplier BHL de venir à son émission de copinage littéraire ou pseudo littéraire, sur la télévision publique, financée par la redevance c’est à dire par chacun d’entre nous.

- J’ai rien dit du Nouvel Observateur : au moins deux pages sans compter les recommandations de Jacques Julliard, directeur délégué du Nouvel Observateur, lors de son débat drôlatique qu’on a évoqué tout à l’heure avec Luc Ferry sur LCI.

- Jean Daniel, qui croit connaître l’Amérique comme à peu près chaque journaliste français qui a passé trois jours à New-York, se penchera sur Tocqueville, la démocratie, et il rappellera sans doute qu’il a interrogé Kennedy.

- Paris-Match, dont le directeur, s’il l’est encore en mars, il était menacé, Alain Genestar a commis un roman sur les Etats-Unis, donc il nous offrira vraisemblablement dans Paris-Match un reportage photo "BHL en Amérique". On verra peut-être BHL avec son chauffeur parce qu’il semble qu’il ait fait son enquête avec une voiture à chauffeur.

- Nicolas Sarkozy, DSK (Dominique Strauss-Kahn), Dominique de Villepin et Laurent Fabius qui sont tous des amis de BHL nous diront le plaisir qu’ils ont eu à le lire... Une nouvelle fois.

- Marianne produira son article habituel, type "tout le monde dit du bien de BHL, eh bien nous nous ne faisons pas comme tout le monde mais, là, cette fois, il faut bien reconnaître que BHL a fait oeuvre de génie".

- Et Maurice Szafran, directeur de Marianne, pourra écrire cet article comme il a écrit tous les précédents à la gloire de BHL.

- Bon alors France-Inter, on va parler de France-Inter, France-Inter voudra inviter BHL

- mais il sera mécontent qu’il ait réservé sa première émission de radio à Elkabach et à Europe 1,

- radio qui appartient à Lagardère dont BHL est un proche,

- il faut rappeler que BHL a prononcé l’éloge funèbre de Jean-Luc Lagardère en 2003, et que Lagardère et Pinault ont produit certains des films de BHL.

- donc peut-être que France-Inter se fera une raison et invitera BHL quand même. On dira du bien de son livre comme on en a dit des précédents.

Citation


Dans mon livre, je rappelle un épisode qui est celui des 50 ans d’Alain Minc, en avril 1999 et il y a eu cet écho, dans le canard enchaîné, qui est assez révélateur, où il raconte le mariage, enfin les 50 ans d’Alain Minc,

- "Le mercredi 14 avril 1999, il avait réservé le célèbre restaurant du Palais-Royal, "Le Grand-Véfour" et c’est dans un impressionnant ballet de Safranes, de Mercédès, de BMW que ses invités sont arrivés. C’était l’évènement mondain de l’année.

- Minc avait tenu à s’entourer de tous ceux qui comptent à Paris et qui sont évidemment ses amis. Les journalistes Jean-Marie Colombani et Frantz Olivier Giesbert, les banquiers Jean Peyrelevade, PDG du Crédit Lyonnais, David de Rotschild et François Henrot, Parisbas ; les industriels François Pinault, Vincent Bolloré et Pierre Blayau [ancien pdg du PSG et de...Moulinex], Jean Drucker [M6] et Pierre Bergé [YSL], le baron Ernest-Antoine Seillières [MEDEF].

- La gauche étant au pouvoir (nous sommes en 1999), 2 ministres avaient tenu à souffler en si brillante compagnie les bougies de cet anniversaire : Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn accompagné de son épouse Anne Sinclair".

Donc, vous voyez, quand vous êtes dans cet environnement et que vous pouvez convoquer autant de gens célèbres à votre anniversaire au "Grand-Véfour", vous pouvez estimer que la société française n’est ni brutale ni injuste et vous avez le droit de commettre un essai tous les deux ans ou plus exactement 2 essais par an qui seront salués par l’ensemble de ce que la France compte de journalistes influents.

Citation

Daniel Mermet :

"Je voudrais qu’on aille tout de suite à la conclusion, Serge Halimi, vous êtes très sévère, pour finir, avec les militants, avec les syndicalistes, avec les atermondialistes et avec les révolutionnaires, surtout, dites-vous, s’ils sont radicaux, parce que, pour vous, à vos yeux, ils sont aussi aplatis que les autres devant les médias. "Ils ont peur du pouvoir des médias et peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias. Ils filent aussi doux que les autres", dites-vous.

Serge Halimi :

Oui, je suis pas sévère à l’égard des militants, mais je suis sévère à l’égard d’un certain nombre de responsables politiques, ou de responsables syndicaux y compris quand il s’agit d’organisations de gauche ou d’extrème-gauche ou d’altermondialistes, parce qu’ils n’ont pas fait leur travail, ils ne font pas leur travail d’éducation populaire sur la question des médias. Ils ménagent les médias parce qu’ils ont peur des médias et de leur pouvoir parce qu’ils ont peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias.

Et, insister sur l’absence de contestation des médias par les forces politiques et syndicales, c’est quelque chose d’autant plus important que, du fait de cette absence, d’autres associations, au moyen réduits comme Acrimed ou des journaux militants, comme PLPL ou de manière plus épisodique, Le Monde Diplomatique, ont été contraints de faire l’essentiel du travail. Et ils auraient souhaité naturellement davantage d’accompagnement.

En d’autres termes, jamais la concentration des médias n’a été plus grande, jamais l’emprise des annonceurs n’a été plus forte, et pourtant jamais les partis de gauche, d’extrème-gauche, antimodialisation et altermondialistes n’ont été aussi absents de ce terrain.

Vous avez un certain nombre de responsables politiques comme Bové, qui a un certain nombre d’accords ou d’arrangements amicaux avec Karl Zéro, Besancenot peut-être avec Arlette Chabot et qui, en quelque sorte sacrifient la critique des médias à leur deal privé avec des journalistes célèbres. Et je pense que ça c’est un problème.

En même temps, il faut bien constater et terminer peut-être sur une note heureuse que les choses sont peut-être en train de changer du fait même de la pression qu’un certain nombre d’entre nous exercent sur ces organisations politiques. Vous avez des responsables qui se réveillent : Lionel Jospin est sorti de sa torpeur, pour dans son dernier livre, proclamer un haro sur les grands groupes de presse, pour découvrir que les grands médias privés, Bouygues, Dassault, Lagardère, je le cite : "au delà du choix des journalistes eux-mêmes, sont globalement sensibles à l’idéologie et à la mentalité des milieux dirigeants" .

Vous avez Attac, qui vient d’introduire la lutte contre les pouvoirs de la presse et des grands groupes de presse dans son texte d’orientation, et admettre, je cite, "enfin la critique sans concession du système médiatique à la fois comme acteur économique de la mondialisation libérale et comme vecteur de son idéologie, doit devenir beaucoup plus qu’elle ne l’a été jusqu’ici une des priorités stratégiques d’Attac"...

Et même le parti communiste aussi vient de constituer un groupe de travail qui estime, je cite que "le capitalisme a fait des médias un terrain privilégié de sa domination économique et idéologique. La gauche ne peut plus s’illusionner sur les vertus réputées démocratiques du paysage médiatique qui se construit et continuer d’en mendier les faveurs".

Alors tout ça ce sont des proclamations, on les accueille avec faveur et on attend la traduction de ces proclamations en actes et on attend que les responsables politiques, lorsqu’ils passeront dans les médias, fassent, en quelque sorte de ses émissions, un terrain d’éducation populaire sur la manière dont la pensée française est structurée par des grands groupes capitalistes et par des journalistes qui sont souvent issus des milieux socialement les plus privilégiés.

Chapeau Bas, Serge Halimi ! :jap:

Source de l'article : http://lesogres.org/...id_article=1298

#2 Maryse

Maryse

    Inter-galactic Bimbo

  • Membres
  • 1 114 Messages :
  • Genre : Femme
  • Localisation : SoOOoomouèèère oveuuuuur ze rainbooo

Posté 11 janvier 2006 à 23:07

:yaisss:
Le mieux est l'ennemi du bien. Sauf s'il est VRAIMENT mieux.

#3 Daman

Daman

    Démiurge désinvolte

  • Membres
  • 4 260 Messages :
  • Genre : Homme
  • Intérêts : Sieste(s).

Posté 12 janvier 2006 à 00:13

C'est curieux que Halimi n'ait pas cité le reseau voltaire parmi les vecteurs de l'information alternative. C'est sa version du 11 septembre qui "va trop loin" ?
Laissez-moi rire...  :D
Où vont-ils se réfugier ?

La voix du violon ne peut couvrir le braiment de l'âne.

#4 boo

boo

    Ficanasse

  • Membres
  • 3 172 Messages :
  • Genre : Femme
  • Localisation : Planète Chouchen

Posté 12 janvier 2006 à 00:23

Hello,

C'est quoi la fameuse version du 11 septembre qui "va trop loin"??
Tu pourrais me donner un lien, car j'avoue ne plus avoir suivi depuis un moment  :euh:  et visiblement là j'ai une GROSSE lacune :(
Je sais...j'ai honte :oops:



:calin:
Aimer d'abord, et Aimer fort.
Si cela ne marche pas : Aimer plus fort encore…
Remlug



Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.
Voltaire (dixit Evelyn Hall)

#5 joel

joel

    Tournicoti, Tournicoton

  • Membres
  • 2 859 Messages :
  • Genre : Homme

Posté 12 janvier 2006 à 01:15

Pour Boo, l'ignorante ou la feignante ?  :biglol:

Daman fait référence à un article de Serge Halimi dans le Monde Diplomatique où il tirait à boulets rouges sur le livre explosif de Meyssan sur le 11 septembre. Meyssan victime de "La Complotite" , écrivait-il en 2002.

C'est indéniable que sur ce coup-là, surtout pour nous à qui on ne la fait plus (ou presque) en matière de désinformation, Halimi aurait mieux fait de s'abstenir.

Comme diraient les british, Nobody is perfect ! D'un autre côté, il décortique tellement bien l'univers corrompu des médias que je lui accorderais volontiers l'absolution pour ce péché au nom du Père, du Fils et de la Sainte-Vérité. A condition qu'il se fasse confesser par Père Daman !  :aureole7:

Ce message a été modifié par joel - 12 janvier 2006 à 01:34.


#6 Daman

Daman

    Démiurge désinvolte

  • Membres
  • 4 260 Messages :
  • Genre : Homme
  • Intérêts : Sieste(s).

Posté 12 janvier 2006 à 08:17

Le père Daman n'écoutera sa confession que d'une oreille distraite.

J'ai trop vu de talentueux décodeurs de propagande être subitement silencieux sur un coup et découvert que leur combat n'était  qu'un rideau de fumée.

Halimi est peut-être la poire pour la soif du système. Celui qui dira " d'habitude je suis contre ceci , mais là ...etc ..." le jour où il faudra communiquer dans l'urgence sur un fait à propos duquel les autres seront discrédités*.

Bon travail, là mais en voilà un que je tiendrai à l'oeil.

Remarquez que je dirais sans doute la même chose de Meyssan dont je ne sais pas très bien qui le finance.


* cela explique peut-être pourquoi Halimi s'est fendu d'un article, sur le mode "vous voyez bien que c'est ridicule ;) "  à propos de "l'effroyable imposture".

Ce message a été modifié par Daman - 12 janvier 2006 à 08:22.

Laissez-moi rire...  :D
Où vont-ils se réfugier ?

La voix du violon ne peut couvrir le braiment de l'âne.

#7 barbatux

barbatux

    Confirmé

  • Membres
  • 46 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : là-bas
  • Intérêts : comprendre

Posté 18 janvier 2012 à 12:33

Dans la continuité du livre de Halimi "les nouveaux chiens de garde" et des documentaires de Pierre Carles, des réflexions  du philosophe Pierre Bourdieu, vient de sortir un film du même nom.

http://www.lesnouvea...ensdegarde.com/

Un entretien avec Yannick Kergoat:
"Co-auteur des "Nouveaux chiens de garde" avec Gilles Balbastre. Il a "réalisé plusieurs documentaires pour la télévision avant de se fâcher avec elle". D’ailleurs, "Ce soir ou jamais" est la seule émission à laquelle il a accepté de participer. Monteur de longs métrages pour Rachid Bouchareb (Indigènes, Hors-la-loi), Costa-Gavras (Amen, Le couperet), Mathieu Kassovitz (Assassin(s)) ou Cédric Klapisch (Ni pour ni contre, bien au contraire). Il est également l’un des co-animateurs de l’association Acrimed (action-critique-Médias). Le documentaire pour lequel il vient Les nouveaux chiens de garde, part d’un constat : les médias se proclament contre-pouvoir alors que la grande majorité des journaux, radios et des chaines de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. En résulte la mise en avant, au sein de ces médias, d’informations prémâchées, d’intervenants permanents d’affrontements factices et de renvois d’ascenseur."
http://ce-soir-ou-ja...d_rubrique=1523

Bande-annonce et extraits:
http://www.lesnouvea...p.php?rubrique4

#8 Reptyl

Reptyl

    Premier secrétaire à la direction des mondes lointains

  • Membres
  • 1 851 Messages :
  • Genre : Homme

Posté 18 janvier 2012 à 20:07

Sur ONCT on dénonce depuis longtemps la collusion entre le pouvoir et les médias. Et avec raison. Mais on connait peu la façon dont fonctionnent précisément ces liens. Les Nouveaux Chiens De Garde est une excellente façon de combler cette zone d'ombre. Mais je me joins à barbatux en suggérant de le prendre comme un tremplins vers un trésor de réflexions accumulées depuis des années sur le sujet.
Quelques pistes :
(vous allez voir, il y a vraiment un gros dossier, absolument passionnant)

Barbatux a évoqué Pierre Carles, voilà son premier film, Pas Vu Pas Lu : http://video.google....218397233431416

Il y a aussi le site incontournable Action CRItique MEDia, si vous cherchez un regard critique argumenté sur l'actualité médiatique : http://www.acrimed.org

Ensuite, dans le domaine plus général mais toujours sur les liens entre le pouvoir et les médias (et la façon dont fonctionne le pouvoir) je vous conseille de dévorer tout ce que vous pourrez trouver de Noam Chomsky. Il a révolutionné la linguistique, mais est aussi un penseur politique incroyablement pertinent et très abordable. Une très bonne introduction à la pensée politique de Noam Chomsky ici :

Un dernier filon, pour la route. Je vais sans doute me faire traiter d'infâme gauchiste pour celui-là, mais je le conseille tout de même à tous (quelque soit votre préférence politique) c'est l'émission de Daniel Mermet, Là-Bas Si J'y Suis qui fait régulièrement des émissions très bien senties au sujet des manipulations médiatiques, qui sont en plus disponible de façon totalement libre sur http://la-bas.org
Voilà la section du site qui regroupe les émissions consacrées aux médias : http://www.la-bas.or....php3?id_mot=11
Jetez aussi un oeil à la série d'émissions qu'ils ont consacrés à Noam Chomsky, qui vaut vraiment le coup d'oreille : http://www.la-bas.or...he=noam chomsky
(Derniers conseils : passez les dix premières minutes de chaque émissions, qui sont des messages d'auditeurs. Et ne soyez pas effarouchés par le nombre d'émissions, beaucoup sont des rediffusions)

#9 Prema

Prema

    Wahe Guru!

  • Membres
  • 3 361 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : Planète Terre

Posté 19 janvier 2012 à 23:35

Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant, la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations prémâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.
En 1932, Paul Nizan publiait Les Chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi.
 Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, Les Nouveaux chiens de garde dressent l’état des lieux d’une presse volontiers oublieuse des valeurs de pluralisme, d’indépendance et d’objectivité qu’elle prétend incarner. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information pervertie en marchandise.



Le réalisateur du film invité chez Taddéï

La critique des médias, pourquoi faire ?

par Henri Maler, fondateur et co-animateur d’Acrimed

Depuis une quinzaine d’années, des livres (comme ceux de Pierre Bourdieu et Serge Halimi), des films (comme ceux de Pierre Carles), des journaux (comme PLPL, puis Le Plan B) et l’association Acrimed (son site et désormais, Médiacrique(s), son magazine) contribuent à une critique radicale et intransigeante des médias qui s’était assoupie pendant les décennies précédentes.
Cette critique s’étend à la contestation en actes fomentée par des médias associatifs et alternatifs et à la résistance pratiquée par les soutiers de l’information avec le soutien des syndicats de journalistes. Elle se diffuse sur des sites indépendants et de nombreux blogs.
Ses cibles ? L’ordre médiatique existant et ses gardiens. La soumission des capitaineries industrielles et des chefferies éditoriales au capitalisme dans sa version néolibérale, leur contribution à l’anémie du pluralisme politique et, plus généralement, les effets ravageurs de la logique du profit sur l’information, sur la culture et, dans des professions minées par une précarité grandissante, sur les conditions d’activité des journalistes et des créateurs. Sans oublier les menaces qui pèsent sur la neutralité d’Internet et la liberté de ses usagers.
Ses enjeux ? Rendre sensible la nécessité, voire l’urgence de transformations en profondeur et d’une appropriation démocratique des médias et, dans ce but, faire ou refaire de la question des médias la question démocratique et donc politique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Formuler des projets et leur accorder une place à la mesure du défi que représente la conjugaison de la révolution numérique et de la contre-révolution libérale. Et, par conséquent, rompre avec la politique des rustines et des placebos que résument des propositions minimalistes et intermittentes gagées sur les seules échéances électorales.
Si un autre monde est possible, d’autres médias le sont aussi. Pour qu’un autre monde soit possible, d’autres médias sont nécessaires.

http://www.lesnouvea...ensdegarde.com/
Si le climat était une banque il serait déjà sauvé.
Hugo Chavez

#10 Magnus

Magnus

    Hein ?

  • Modérateurs
  • 5 588 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : Paris

Posté 22 janvier 2012 à 23:35

http://www.lesnouvea...p.php?rubrique4

Voila un documentaire qui a l'air génial !!!


"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux" (benjamin Franklin)

#11 Reptyl

Reptyl

    Premier secrétaire à la direction des mondes lointains

  • Membres
  • 1 851 Messages :
  • Genre : Homme

Posté 22 janvier 2012 à 23:41

Je veux mon n'veux que c'est passionnant !
Même qu'on en a déjà parlé ici : http://www.onnouscac...__fromsearch__1

et, en fait, ici à la base : http://www.onnouscac...842#entry405842

#12 Magnus

Magnus

    Hein ?

  • Modérateurs
  • 5 588 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : Paris

Posté 22 janvier 2012 à 23:49

J'ai fusionné les 3 sujets, la fonction recherche n'est pas top, et de plus un sujet était dans la section politique...
"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux" (benjamin Franklin)

#13 Reptyl

Reptyl

    Premier secrétaire à la direction des mondes lointains

  • Membres
  • 1 851 Messages :
  • Genre : Homme

Posté 22 janvier 2012 à 23:58

Merci Magnus :)
(on ne dit jamais assez souvent merci)

#14 Magnus

Magnus

    Hein ?

  • Modérateurs
  • 5 588 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : Paris

Posté 26 janvier 2012 à 17:11

http://www.lesnouvea...CDG-journal.pdf

page 4-5, la carte des influences des médias est EDIFIANTE !
"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux" (benjamin Franklin)

#15 Prema

Prema

    Wahe Guru!

  • Membres
  • 3 361 Messages :
  • Genre : Homme
  • Localisation : Planète Terre

Posté 26 février 2012 à 10:47

J'ai vu le film il y a quelques jours à Marseille. Excellent et révoltant.
Je vous encourage à aller le voir, notamment ceux qui ici continuent à considérer et à relayer les infos des médias mainstream comme étant des vérités...

En attendant voici une petite vidéo concernant le dîner du Siècle, qui est largement abordé dans le film "les nouveaux chiens de garde"
Si le climat était une banque il serait déjà sauvé.
Hugo Chavez