Le site "Les Ogres" a réalisé un travail formidable en effectuant le script de l'émission que vous pouvez d'ailleurs écouter sur
Quelques extraits significatifs :
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Serge Halimi publie un nouveau nouveau"chien de garde".
(...) Vous aimez, Guillaume Durand, vous aimez Christine Okrent, vous aimez Jean-Marc Sylvestre, Serge July, Alain Duhamel ou Michel Field. Vous êtes l’amant de Claire Chazal ou de Jean-Pierre Elkabach, vous êtes l’assistante de Jacques Julliard, la femme de ménage d’Olivier Giesbert, le charcutier d’alexandre Adler, ou la maquilleuse de Bernard-Henry Lévy ou le caniche de Laurent Joffrin, et vous ne savez pas quoi leur offrir pour Noël ; Eh bien voici une très bonne idée de cadeau, pour 6 Euros, c’est à dire environ 40 francs, le livre de Serge Halimi qui sort ces jours-ci : "Les nouveaux chiens de garde". C’est un livre léger, 154 pages, un livre pratique qui se glisse dans une poche sans les déformer, bref c’est le cadeau idéal pour tous ceux qui aiment les livres.
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- Le journalisme de révérence c’est à dire les liens étroits entre contre-pouvoir et pouvoir, et là je pense qu’on en a un exemple avec le sarkozisme inouï des médias, qui est vraiment un exemple très abouti de ce que j’évoque.
- Ensuite la puissance des grands groupes industriels et financiers sur l’information, alors là elle s’est accrue, on peut dire qu’elle s’est accrue depuis 1997, que ce phénomène que j’évoquais, qui n’etait pas nouveau en 1997 est encore plus grave à l’heure actuelle, puisque vous savez qu’en une seule année, Dassault s’est emparé du Figaro, Lagardère est rentré dans le capital du Monde et Rotschild est l’actionnaire de référence de Libération, donc les 3 journaux de référence comme on dit, sont maintenant peu ou prou, tenus par des grands industriels, des grands capitalistes qui n’ont naturellement pas investi de l’argent dans ces journaux pour qu’ils nuisent à leurs intérêts.
- Le 3eme élement que j’évoquais, c’était la pensée de marché c’est à dire la prédisposition des journalistes à accompagner les choix économiques et sociaux de la classe dominante. (11’) Là je pense que cette pensée est encore plus forte qu’elle n’était en 1997 ; que le thème de l’information marchandise, du journal qui "devrait être une marque" est quelque chose qui est maintenant repris par les directeurs de journaux et par les journalistes eux-mêmes, et ensuite que la publicité joue un rôle encore plus déterminant dans la détermination des lancements de journaux . Maintenant on lance des journaux parce qu’il y a un marché publicitaire. C’était déjà le cas mais ça l’ est encore plus... Et puis avec le phénomène des gratuits, on a maintenant des journaux qui ont une diffusion très importante et qui ne vivent et pour et par la publicité.
- Et enfin l’univers de connivence que j’évoquais déjà en 1997, là je dirais que rien n’a changé si ce n’est que comme les renvois d’ascenseur ont un rendement moindre qu’il y a 8 ans, parce que les gens savent que maintenant, bon, Alain Duhamel trouvera toujours bons les bouquins de Minc ou de Julliard et réciproquement ; (12’) donc comme ce renvoi d’ascenseur a un rendement moindre qu’il y a 8 ans, ceux qui en bénéficiaient il y a 8 ans ont décidé de multiplier leurs comptoirs de vente de télé-achat. Et avec la généralisation des médias, on peut voir 20 fois ou 25 fois ou 30 fois le même auteur dire à peu près la même chose devant un journaliste ou un animateur de télévision épanoui qui l’accueille comme si il était le messie et qu’il avait réécrit "le capital".
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- qu’il a un fils dont Martin Bouygues est le parrain,
- que Bouygues, pdg, enfin actionnaire principal de référence de TF1 a assisté au congrès de l’UMP qui a eu Sarkozy à sa tête,
- qu’Edouard de Rotschild actionnaire de référence de "Libération" est également un ami de Nicolas Sarkozy
- comme Alain Minc président du conseil de surveillance du "Monde" qui révèle dans ses mémoires qu’il relit les épreuves des livres de Nicolas Sarkozy,
- que Bernard Arnault, PDG de LVMH, qui possède "La tribune", est ami avec Sarkozy lequel Sarkozy a assisté au mariage de la fille d’Arnault en septembre dernier,
- que Vincent Bolloré, le PDG d’Havas est également un ami de Sarkozy,
- que Sarkozy a assisté à la remise de la légion d’honneur à Bolloré,
- qu’Arnaud Lagardère est également un grand ami de Sarkozy, (18’) qu’il a assisté d’ailleurs au meeting de Sarkozy pour le "oui" à la constitution européenne en mai dernier.
Bon, donc quand on a cette liste, il est assez amusant de voir Sarkozy se présenter comme le défenseur des petits, et Devedjian nous expliquer que "ce sont les foyers modestes qui se tournent vers nous, pas les bourgeois ni les nantis".
Il y a quand même un certain nombre de PDG de multinationales qui non seulement se tournent vers Sarkozy mais qui en attendent un certain nombre de récompenses.
Je rappelle qu’en France, il faut voir cette donnée, comme lorsqu’on analyse les fortunes dans le monde, les 500 plus grosses fortunes dans le monde, il y en a 10 qui sont françaises. Il y a une étude du magazine "Fortune" là-dessus. Et sur les 10 fortunes qui sont françaises, les 1O principales en France, il y en a 6 qui sont liées aux médias.
Donc on ne parle plus maintenant de directeurs de presse comme si c’étaient des PME, il s’agit vraiment des principales multinationales du pays.
Les chefs des principales multinationales du pays sont maintenant au service d’un candidat déclaré à l’élection présidentielle qui a notamment pour objectif notamment de réduire les impôts qu’ils paient, et de mettre en pièce l’impôt sur les grandes fortunes, et qui a le pouvoir par exemple d’interdire ou de retarder la publication d’un livre puisque vous savez que, récemment, Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, a menacé un éditeur en le convoquant au ministère de l’intérieur. Or convoquer un éditeur au ministère de l’intérieur et le sommer de ne pas publier un livre quand on est ministre de l’intérieur et candidat permanent à la présidence de la république, c’est une menace. Et Sarkozy, à cette occasion, a invoqué la réaction naturelle d’un père de famille qui craint pour son intimité. Aucun des journalistes ne l’a repris quand il a eu cette explication, mais c’est une farce, tous les pères de famille n’ont pas le pouvoir ni le culot du ministre de l’intérieur et président du parti majoritaire. Donc Sarkozy a ce pouvoir-là.
Et on sait aussi que lorsque Paris-Match a publié une photo de la femme de Nicolas Sarkozy avec son nouvel amant, Arnaud Lagardère, le PDG du groupe en a été très mécontent et a fait savoir qu’il avait l’intention de renvoyer le directeur de Paris-Match, comme un domestique (20’) et d’ailleurs il l’a avoué dans un entretien au "Point" qui est paru il y a quelques jours, puisqu’il a dit : "Alain Genestar est libre d’écrire ce qu’il veut sur Nicolas Sarkozy c’est son affaire je ne m’en occupe pas, je ne lui ai demandé qu’une chose, si tu fais quelque chose, préviens-moi avant afin que, par courtoisie, je puisse moi-même en informer mon ami Nicolas Sarkozy, ce qu’il n’a pas fait, c’est ça qui m’a gêné." Et il ajoute : "Alain Genestar est, et reste, le patron de Match jusqu’à nouvel ordre".
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Serge Halimi, dans votre bouquin, vous revenez souvent sur Bouygues, Dassault, Rotschild, etc. Comment expliquer que des Bouygues, Dassault, Lagardère, Rotschild, tiennent absolument à possèder des médias, des grands médias ? Et comment, par ailleurs, à côté, comment est-ce que le service public semble ne pas échapper à cette domination ?
Serge Halimi :
Que des grands groupes et des responsables privés tiennent à possèder des médias, l’explication est simple, ils pensent que ces médias, en quelque sorte, soit occulteront les informations qui peuvent les gêner, (24’) soit mettront en lumière les informations qui les avantagent. Il suffit de regarder un journal de TF1 pour savoir que les informations sur Bouygues c’est souvent de la communication. La même chose pour Europe 1 et pour Lagardère. Et puis, par ailleurs, le fait même qu’ils possèdent des médias, accroît considérablement leur stature. Souvenons-nous de ce qui s’est passé lors de l’enterrement de Bouygues il y a quelques années, ou de l’enterrement de Lagardère, il y a deux ans, vous aviez, en quelque sorte, tous les corps constitués qui assistaient à cet enterrement. Et on a fait un calcul, un étudiant à Paris-Sorbonne a fait cette étude, Vincent Gaillon, avait fait un calcul sur la place qui était consacrée à la mort des uns et des autres, à la mort des intellectuels et des autres, et il avait expliqué que par exemple dans les journaux télévisés de TF1, de France2, de France3, de M6 et caetera, la mort de Françoise Giroud c’était 7mn41, la mort de Lagardère c’était 5mn31 et la mort de Bourdieu 2mn10. Vous avez là, une espèce d’équilibre là qui n’est pas sans intérêt.
(25’)
Lorsque par exemple, Bernard Arnault marie sa fille, que personne ne connait, Delphine Arnault, vous ne la connaissez pas, moi non plus, à vrai dire on s’en fout, mais cela dit, c’est 22 pages dans Paris-Match ! Parce que c’est l’homme le plus riche de France et c’est le principal annonceur dans la presse. Et à ce mariage, vous avez 6 ministres de la République qui se déplacent, comme garçons d’honneur en quelque sorte, au nombre desquels, Nicolas Sarkozy.
Donc, vous avez quand même le fait que possèder un groupe de presse ou un empire de presse, accroît considérablement votre influence à la fois idéologique via les médias que vous contrôlez, mais aussi votre influence sociale, parce que les intellectuels, les artistes, les journalistes même sont beaucoup plus susceptibles d’entourer des industriels propriétaires de médias que des industriels qui ne possèderaient pas cet empire de presse . D’ailleurs lorsque Bouygues a acheté TF1 en 1987, il a expliqué qu’il était prêt à le payer cher, (26’) parce qu’au delà même de la valeur industrielle de la chaîne, il y avait le capital d’influence que cette chaîne lui permettrait d’obtenir.
Daniel Mermet :
Très bien, alors pourquoi le service public, qui n’a pas ces astreintes, ces contraintes, joue un peu la même musique ?
Serge Halimi :
Parce que, très souvent il y a de toutes façon un certain va et vient entre le service public et le privé. Vous avez beaucoup de journalistes, y compris à France-Inter, qui viennent d’Europe 1 ou vont y aller, qui viennent de RTL et caetera, ce qui contribue à créer un état d’esprit relativement homogène. Dans le service public comme dans le privé, les responsables d’émissions sont souvent issus du même milieu social, et que ça ça créé des dispositions particulières à critiquer la société dont vous êtes tout de même un enfant chéri.
Et enfin, il y a la logique aussi de la concurrence avec les chaines privées, avec les radios privées qui conduisent souvent à faire ce qui marche le mieux (27’) dans ces chaînes et dans ces radios privées. Donc vous avez un certain nombre de logiciels dans la tête qui font que, même quand vous êtes dans une radio publique ou sur une télévision publique, même si, je dirais dans l’ensemble vous avez tout de même plus de liberté que sur une chaîne ou sur une radio privée pour critiquer les industriels qui possèdent le monde de l’information et de la communication, comme d’ailleurs le reste, il y a des dispositions communes qui permettent de comprendre que en quelques sortes le sommaire d’un journal télévisé de TF1 ne soit pas fondamentalement différent du sommaire d’un journal de France2 et si je peux vous faire ce reproche, parfois les journaux d’informations de France-Inter ne sont pas fondamentalement différents de ceux de RTL.
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Et d’ailleurs, je peux vous proposer tout de suite une exclusivité : annoncer à vos auditeurs ce qui se passera au mois de mars dans leur vie. Parce que en janvier prochain, Bernard Henri-Lévy sort aux Etats-Unis un livre sur Tocqueville, qui va être traduit et publié en France.
Donc vous savez que Bernard Henri-Lévy a été Malraux, puis Sartre, puis Pearl, donc maintenant il sera Tocqueville. Alors soyez prêts déjà, parce que on va vous en parler de ce livre... Le jour de sa sortie, à mon avis, je prend les paris...
- Il sera interrogé par Jean-Pierre Elkabach sur Europe 1. (41’) Jean-Pierre Elkabach a expliqué dans un entretien au Figaro Magazine : "j’ai mieux qu’un réseau, des fidélités solides : Alain Duhamel, Jean-Luc et Arnault Lagardère, Bernard Henri-Lévy, Michel Drucker". Donc il sera invité par son ami.
- Il fera la Une du "Point" où il est chroniqueur.
- Et le soir, vraisemblablement, il fera la Une du "Monde des Livres".
- France 2 l’invitera soit dans son journal télévisé, si PPDA et son journal ne se sont pas proposés avant, soit dans l’émission politique du lundi soir qui, miracle, traitera, de la démocratie en Amérique*. Puisque ça sera la thème du livre de BHL.
- Samedi, selon toute vraissemblance, il sera chez Ardisson, qui le convie chaque fois qu’un de ses livres sort. BHL apprécie beaucoup plus les émissions d’Ardisson surtout depuis que Ardisson dispose d’une émission qui fait un très très gros audimat.
- Dimanche, vous le retrouverez chez Karl Zéro, son ami et acteur dans un des films de BHL, et peut-être même, vous le retrouverez le même jour chez Michel Drucker.
- Puisque Giesbert lui a offert la une du "Point",
- dont Giesbert est directeur,
- le même Giesbert risque d’inviter, que dis-je, de supplier BHL de venir à son émission de copinage littéraire ou pseudo littéraire, sur la télévision publique, financée par la redevance c’est à dire par chacun d’entre nous.
- J’ai rien dit du Nouvel Observateur : au moins deux pages sans compter les recommandations de Jacques Julliard, directeur délégué du Nouvel Observateur, lors de son débat drôlatique qu’on a évoqué tout à l’heure avec Luc Ferry sur LCI.
- Jean Daniel, qui croit connaître l’Amérique comme à peu près chaque journaliste français qui a passé trois jours à New-York, se penchera sur Tocqueville, la démocratie, et il rappellera sans doute qu’il a interrogé Kennedy.
- Paris-Match, dont le directeur, s’il l’est encore en mars, il était menacé, Alain Genestar a commis un roman sur les Etats-Unis, donc il nous offrira vraisemblablement dans Paris-Match un reportage photo "BHL en Amérique". On verra peut-être BHL avec son chauffeur parce qu’il semble qu’il ait fait son enquête avec une voiture à chauffeur.
- Nicolas Sarkozy, DSK (Dominique Strauss-Kahn), Dominique de Villepin et Laurent Fabius qui sont tous des amis de BHL nous diront le plaisir qu’ils ont eu à le lire... Une nouvelle fois.
- Marianne produira son article habituel, type "tout le monde dit du bien de BHL, eh bien nous nous ne faisons pas comme tout le monde mais, là, cette fois, il faut bien reconnaître que BHL a fait oeuvre de génie".
- Et Maurice Szafran, directeur de Marianne, pourra écrire cet article comme il a écrit tous les précédents à la gloire de BHL.
- Bon alors France-Inter, on va parler de France-Inter, France-Inter voudra inviter BHL
- mais il sera mécontent qu’il ait réservé sa première émission de radio à Elkabach et à Europe 1,
- radio qui appartient à Lagardère dont BHL est un proche,
- il faut rappeler que BHL a prononcé l’éloge funèbre de Jean-Luc Lagardère en 2003, et que Lagardère et Pinault ont produit certains des films de BHL.
- donc peut-être que France-Inter se fera une raison et invitera BHL quand même. On dira du bien de son livre comme on en a dit des précédents.
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Dans mon livre, je rappelle un épisode qui est celui des 50 ans d’Alain Minc, en avril 1999 et il y a eu cet écho, dans le canard enchaîné, qui est assez révélateur, où il raconte le mariage, enfin les 50 ans d’Alain Minc,
- "Le mercredi 14 avril 1999, il avait réservé le célèbre restaurant du Palais-Royal, "Le Grand-Véfour" et c’est dans un impressionnant ballet de Safranes, de Mercédès, de BMW que ses invités sont arrivés. C’était l’évènement mondain de l’année.
- Minc avait tenu à s’entourer de tous ceux qui comptent à Paris et qui sont évidemment ses amis. Les journalistes Jean-Marie Colombani et Frantz Olivier Giesbert, les banquiers Jean Peyrelevade, PDG du Crédit Lyonnais, David de Rotschild et François Henrot, Parisbas ; les industriels François Pinault, Vincent Bolloré et Pierre Blayau [ancien pdg du PSG et de...Moulinex], Jean Drucker [M6] et Pierre Bergé [YSL], le baron Ernest-Antoine Seillières [MEDEF].
- La gauche étant au pouvoir (nous sommes en 1999), 2 ministres avaient tenu à souffler en si brillante compagnie les bougies de cet anniversaire : Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn accompagné de son épouse Anne Sinclair".
Donc, vous voyez, quand vous êtes dans cet environnement et que vous pouvez convoquer autant de gens célèbres à votre anniversaire au "Grand-Véfour", vous pouvez estimer que la société française n’est ni brutale ni injuste et vous avez le droit de commettre un essai tous les deux ans ou plus exactement 2 essais par an qui seront salués par l’ensemble de ce que la France compte de journalistes influents.
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"Je voudrais qu’on aille tout de suite à la conclusion, Serge Halimi, vous êtes très sévère, pour finir, avec les militants, avec les syndicalistes, avec les atermondialistes et avec les révolutionnaires, surtout, dites-vous, s’ils sont radicaux, parce que, pour vous, à vos yeux, ils sont aussi aplatis que les autres devant les médias. "Ils ont peur du pouvoir des médias et peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias. Ils filent aussi doux que les autres", dites-vous.
Serge Halimi :
Oui, je suis pas sévère à l’égard des militants, mais je suis sévère à l’égard d’un certain nombre de responsables politiques, ou de responsables syndicaux y compris quand il s’agit d’organisations de gauche ou d’extrème-gauche ou d’altermondialistes, parce qu’ils n’ont pas fait leur travail, ils ne font pas leur travail d’éducation populaire sur la question des médias. Ils ménagent les médias parce qu’ils ont peur des médias et de leur pouvoir parce qu’ils ont peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias.
Et, insister sur l’absence de contestation des médias par les forces politiques et syndicales, c’est quelque chose d’autant plus important que, du fait de cette absence, d’autres associations, au moyen réduits comme Acrimed ou des journaux militants, comme PLPL ou de manière plus épisodique, Le Monde Diplomatique, ont été contraints de faire l’essentiel du travail. Et ils auraient souhaité naturellement davantage d’accompagnement.
En d’autres termes, jamais la concentration des médias n’a été plus grande, jamais l’emprise des annonceurs n’a été plus forte, et pourtant jamais les partis de gauche, d’extrème-gauche, antimodialisation et altermondialistes n’ont été aussi absents de ce terrain.
Vous avez un certain nombre de responsables politiques comme Bové, qui a un certain nombre d’accords ou d’arrangements amicaux avec Karl Zéro, Besancenot peut-être avec Arlette Chabot et qui, en quelque sorte sacrifient la critique des médias à leur deal privé avec des journalistes célèbres. Et je pense que ça c’est un problème.
En même temps, il faut bien constater et terminer peut-être sur une note heureuse que les choses sont peut-être en train de changer du fait même de la pression qu’un certain nombre d’entre nous exercent sur ces organisations politiques. Vous avez des responsables qui se réveillent : Lionel Jospin est sorti de sa torpeur, pour dans son dernier livre, proclamer un haro sur les grands groupes de presse, pour découvrir que les grands médias privés, Bouygues, Dassault, Lagardère, je le cite : "au delà du choix des journalistes eux-mêmes, sont globalement sensibles à l’idéologie et à la mentalité des milieux dirigeants" .
Vous avez Attac, qui vient d’introduire la lutte contre les pouvoirs de la presse et des grands groupes de presse dans son texte d’orientation, et admettre, je cite, "enfin la critique sans concession du système médiatique à la fois comme acteur économique de la mondialisation libérale et comme vecteur de son idéologie, doit devenir beaucoup plus qu’elle ne l’a été jusqu’ici une des priorités stratégiques d’Attac"...
Et même le parti communiste aussi vient de constituer un groupe de travail qui estime, je cite que "le capitalisme a fait des médias un terrain privilégié de sa domination économique et idéologique. La gauche ne peut plus s’illusionner sur les vertus réputées démocratiques du paysage médiatique qui se construit et continuer d’en mendier les faveurs".
Alors tout ça ce sont des proclamations, on les accueille avec faveur et on attend la traduction de ces proclamations en actes et on attend que les responsables politiques, lorsqu’ils passeront dans les médias, fassent, en quelque sorte de ses émissions, un terrain d’éducation populaire sur la manière dont la pensée française est structurée par des grands groupes capitalistes et par des journalistes qui sont souvent issus des milieux socialement les plus privilégiés.
Chapeau Bas, Serge Halimi !
Source de l'article : http://lesogres.org/...id_article=1298










