Se libérer du connu
Commencé par
illusion
, 04 fév 2006 à 17:57
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#1
Posté 04 février 2006 à 17:57
La recherche humaine. Les esprits torturés. L’orientation traditionnelle. Le piège des bien-pensants. L’être humain et l’individu. Le conflit de l’existence. La nature fondamentale de l’homme. La responsabilité. La vérité. Se transformer soi-même. Comment on dissipe l’énergie. Se libérer de l’autorité.
Au cours des âges, l’homme a toujours cherché un quelque-chose, au-delà de lui-même, au-delà du bien-être : un quelque-chose que l’on appelle Dieu, ou la réalité, ou l’intemporel, que les contingences, la pensée, la corruption humaine ne peuvent altérer.
L’homme s’est toujours posé, au sujet de l’existence, la question fondamentale : « De quoi s’agit-il ? La vie a-t-elle un sens ? » Plongé dans l’énorme confusion des guerres, des révoltes, des brutalités, des incessants conflits religieux, idéologiques, nationaux, il se demande, avec un sens intime de frustration, comment en sortir, que veut dire vivre, et s’il n’existe rien au-delà.
Et ne trouvant pas cet innommable aux mille noms qu’il a toujours cherché, il a recours à la foi en un Sauveur ou en un idéal : à la foi qui invariablement suscite la violence.
En cette perpétuelle bataille que l’on appelle vivre, on cherche à établir un code de comportement adapté à la société, communiste ou prétendument libre, dans laquelle on a été élevé.
Nous obéissons à certaines règles de conduite, en tant qu’elles sont parties intégrantes de notre tradition, hindoue, islamique, chrétienne ou autre. Nous avons recours à autrui pour distinguer la bonne et la mauvaise façon d’agir, la bonne et la mauvaise façon de penser. En nous y conformant, notre action et notre pensée deviennent mécaniques, nos réactions deviennent automatiques. Nous pouvons facilement le constater en nous-mêmes.
Depuis des siècles, nous nous faisons alimenter par nos maîtres, par nos autorités, par nos livres, par nos saints, leur demandant de nous révéler tout ce qui existe au-delà des collines, au-delà des montagnes, au-delà de la Terre. Si leurs récits nous satisfont, c’est que nous vivons de mots et que notre vie est creuse et vide : une vie, pour ainsi dire de « seconde main ». Nous avons vécu de ce que l’on nous a dit, soit à cause de nos tendances, de nos inclinations, soit parce que les circonstances et le milieu nous y ont contraints. Ainsi, nous sommes la résultante de toutes sortes d’influences et il n’y a rien de neuf en nous, rien que nous ayons découvert par nous-mêmes, rien d’originel, de non corrompu, de clair.
L’histoire des théologies nous montre que les chefs religieux ont toujours affirmé qu’au moyen de rituels, que par des répétitions de prières ou de mantras, que par l’imitation de certains comportements, par le refoulement des désirs, par des disciplines mentales et la sublimation des passions, que par un frein, imposé aux appétits, sexuels et autres, on parvient après s’être suffisamment torturé l’esprit et le corps, à trouver un quelque-chose qui transcende cette petite vie.
Voilà ce que des millions de personnes soi-disant religieuses ont fait au cours des âges ; soit en s’isolant, en s’en allant dans un désert, sur une montagne ou dans une caverne ; soit en errant de village en village avec un bol de mendiant ; ou bien en se réunissant en groupes, dans des monastères, en vue de contraindre leur esprit à se conformer à des modèles établis.
Mais un esprit torturé, dont les ressorts sont brisés, qui n’aspire plus qu’à échapper aux difficultés de la vie, qui a rejeté le monde extérieur parce que des conformismes et des disciplines l’ont abêti — un tel esprit, chercherait-il longtemps, ne trouverait jamais que l’image de sa propre déformation.
Donc il me semble que la recherche en vue de découvrir s’il existe ou non un quelque-chose au-delà de cette existence angoissée, coupable, apeurée, compétitive, doit s’orienter dans une direction complètement différente.
L’approche traditionnelle consiste à aller de la périphérie vers l’intérieur, avec l’idée que le temps, les dévotions, le renoncement permettront d’atteindre graduellement cette fleur intérieure, cette beauté intérieure, cet amour. En bref, on fait tout ce qu’il faut pour se rendre étroit et mesquin, pour se dégrader : « Épluchez petit à petit ; prenez du temps ; demain ou la prochaine vie feront l’affaire… » et lorsque, enfin, on arrive au centre, on s’aperçoit qu’il n’y a rien, parce qu’on s’est rendu amorphe, incapable, insensible.
Ayant observé ce processus, on est amené à se demander s’il n’existe pas une approche inverse : ne serait-il pas possible d’exploser à partir du centre ?
Le monde entier accepte et pratique l’approche traditionnelle. La cause fondamentale du désordre en nous-mêmes est cette recherche d’une réalité promise par autrui. Nous obéissons mécaniquement à celui qui nous promet une vie spirituelle confortable. Alors que la plupart d’entre nous sont opposés à la tyrannie politique et à la dictature, c’est extraordinaire à quel point nous acceptons l’autorité et la tyrannie de ceux qui déforment nos esprits et qui faussent notre mode de vie. Donc, si nous rejetons complètement — non en pensée, mais en fait — toutes les prétendues autorités spirituelles, toutes les cérémonies religieuses, les rituels et les dogmes, cela veut dire que nous nous retrouvons seuls et que nous sommes déjà en conflit avec la société : en somme, nous cessons d’être ce que l’on appelle des être humains « respectables ». Cet être humain « respectable » ne peut en aucune façon parvenir ne serait-ce qu’à proximité de ce quelque-chose, de cette infinie, de cette immesurable réalité.
Supposons maintenant que vous ayez rejeté, comme étant totalement erronée, la voie traditionnelle ; vous ne faites que réagir contre elle, vous engendrez en vous-mêmes un nouveau prototype qui sera un nouveau piège. Si vous vous dites, intellectuellement, que ce rejet est une excellente idée, et n’agissez pas en conséquence, vous n’irez pas plus loin. Si, cependant, vous reniez cette approche parce que vous comprenez qu’elle manque de maturité, et qu’elle est stupide, si vous la rejetez en y appliquant une intelligence profonde parce que vous êtes libres et que vous n’avez pas peur, vous serez la cause d’un grand trouble en vous-mêmes et autour de vous, mais vous aurez échappé au piège de la respectabilité. Alors vous vous apercevrez que vous ne serez plus dans un état de recherche. Et c’est bien cela qu’il faut commencer par apprendre : ne plus chercher. En somme, chercher la vérité c’est passer de la vitrine d’une boutique à une autre.
La question de savoir s’il existe un Dieu, une Vérité, une Réalité (selon le nom qu’on veut lui donner) ne peut jamais trouver de réponse dans des livres, chez des prêtres, des philosophes, ou des Sauveurs. Personne et rien ne peut répondre à cette question si ce n’est vous-mêmes, et c’est pour cela que la connaissance de soi est nécessaire. Manquer de maturité c’est manquer de se connaître. Se connaître est le début de la sagesse.
Et qu’êtes-vous ?… Ce vous individuel, qu’est-il ? Je pense qu’il y a une différence entre l’être humain et l’individu. L’individu est une entité locale, qui vit dans tel pays, qui appartient à telle culture, à telle société, à telle religion. L’être humain n’est pas une entité locale. Il est partout. Si l’individu n’agit que dans un coin du vaste champ de la vie, son action n’aura aucun lien avec la totalité. Veuillez donc tenir présent à l’esprit que ce dont nous parlons est la totalité, non la partie, car dans le plus grand est le plus petit, mais dans le plus petit, le plus grand n’est pas. L’individu est cette petite entité, conditionnée, misérable et frustrée, que satisfont ses petits dieux et ses petites traditions, tandis que l’être humain se sent responsable du bien-être total, de la totale misère et de la totale confusion du monde.
Nous, les êtres humains, somme ce que nous avons été pendant des millions d’années, colossalement avides, envieux, agressifs, jaloux, angoissés et désespérés, avec d’occasionnels éclairs de joie et d’amour. Nous sommes une étrange mixture de haine, de peur et de gentillesse ; nous sommes à la fois violents et en paix. Il y a eu un progrès extérueur depuis le char à bœufs jusqu’à l’avion à réaction, mais psychologiquement l’individu n’a pas du tout changé et c’est l’individu qui, dans le monde entier, a créé les structures des sociétés. Les structures sociales extérieures sont les résultantes des structures intérieures, psychologiques, qui constituent nos relations humaines, car l’individu est le résultat de l’expérience totale de l’homme, de sa connaissance et de son comportement. Chacun de nous est l’entrepôt de tout le passé. L’individu est l’humain qui est toute l’humanité. L’histoire entière de l’homme est écrite en nous-mêmes.
Veuillez, je vous prie, observer ce qui agit aussi bien en vous-mêmes qu’en dehors de vous, dans la société de compétition où vous vivez : une volonté de puissance, le désir d’acquérir une situation sociale, du prestige, un nom, la recherche du succès… observez les réussites dont vous êtes si fiers, le champ global que vous appelez vivre ; observez les conflits dans tous les domaines des relations, et la haine, la brutalité, les antagonismes, les guerres sans fin qu’ils provoquent. Ce champ, cette vie, est tout ce que nous connaissons ; et comme nous sommes incapables de comprendre l’énorme bataille de l’existence, nous en avons peur et essayons de nous en évader par toutes sortes d’artifices. Et nous avons peur, aussi, de l’inconnu, peur de la mort, peur de ce qui se cache au-delà de demain.
Ainsi, nous avons peur du connu et peur de l’inconnu. Telle est notre vie quotidienne, en laquelle il n’y a pas d’espoir et où toutes les philosophies, toutes les théologies ne sont que des évasions hors de la réalité de ce qui « est » en tout état de fait.
Les structures de tous les changements extérieurs qu’amènent les guerres, les révolutions, les réformes, les lois ou les idéologies, ont été incapables de modifier la nature profonde de l’homme, donc des sociétés. En tant qu’individus humains vivant dans la monstrueuse laideur de ce monde, demandons-nous donc s’il est possible de mettre fin à des sociétés basées sur la compétition, la brutalité et la peur. Posons-nous cette question, non pas comme une spéculation ou un espoir, mais de telle sorte qu’elle puisse rénover nos esprits, les rendre frais et innocents, et faire naître un monde totalement neuf. Cela ne peut se produire, je pense, que si chacun de nous reconnaît le fait central que nous, individus, en tant qu’être humains, en quelque partie du monde que nous vivions, ou à quelque culture que nous appartenions, sommes totalement responsables de l’état général du monde.
Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l’agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent. Ce n’est qu’en nous rendant compte — non pas intellectuellement mais d’une façon aussi réelle et actuelle qu’éprouver la faim ou la douleur — que vous et moi sommes responsables de la misère dans le monde entier parce que nous y avons contribué dans nos vies quotidiennes et que nous faisons partie de cette monstrueuse société, de ses guerres, ses divisions, sa laideur, sa brutalité, et son avidité — ce n’est qu’alors que nous agirons.
Mais que peut faire un être humain ? Que pouvons-nous faire, vous et moi, pour créer une société complètement différente ? Nous nous posons là une question très sérieuse : est-il possible de faire quoi que ce soit ? Que peut-on faire ?… Quelqu’un pourrait-il nous le dire ? De soi-disant guides spirituels — qui sont censés comprendre ces choses mieux que nous — nous l’ont dit en essayant de nous déformer, de nous mouler selon certains modèles, et cela ne nous a pas menés loin ; des savants nous l’ont dit en termes érudits et cela ne nous a pas conduits plus loin. On nous a affirmé que tous les sentiers mènent à la vérité : l’un a son sentier en tant qu’Hindou, l’autre a le sien en tant que Chrétien, un autre encore est Musulman, et ils se rencontrent tous à la même porte — ce qui est, si vous y pensez, évidemment absurde.
La Vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu’elle n’a pas de lieu où se reposer, qu’aucun temple, aucune mosquée ou église, qu’aucune religion, qu’aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire — alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l’agonie et la douleur que vous vivez.
La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu’en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l’espoir et la peur.
Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes — sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punition — pouvons-nous provoquer dans l’essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l’esprit de compétition, l’angoisse, la peur, l’avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d’exister ?
Il est important de comprendre au départ que je ne cherche pas à formuler quelque philosophie, quelque concept, idée ou structure théologique. Il m’apparaît que toutes les idéologies sont totalement idiotes. Ce qui importe, ce n’est pas d’adopter une philosophie de la vie, mais d’observer ce qui a lieu, en toute vérité, dans notre vie quotidienne, intérieurement et extérieurement. Si vous l’observez de très près et si vous l’examinez, vous verrez que tout ce qui se passe est basé sur des conceptions intellectuelles ; et pourtant, l’intellect n’est pas toute la sphère de l’existence : ce n’en est qu’un fragment, et un fragment, quelque habile que soit son assemblage, quelque antique que soit sa tradition, n’est encore qu’une petite partie de l’existence, tandis que ce qui nous importe c’est la totalité de la vie. Lorsque nous voyons ce qui a lieu dans le monde, nous commençons à comprendre que ce n’est pas l’effet de deux processus, l’un extérieur, l’autre intérieur, mais qu’il n’existe qu’un seul processus unitaire, un seul mouvement entier, total : le mouvement intérieur s’exprimant en tant qu’extérieur et l’extérieur réagissant à son tour sur l’intérieur.
Être capable de regarder tout cela, me semble être la seule chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l’ensemble devient très clair et regarder n’exige ni philosophie ni maître. Il n’est guère utile qu’on vous dise « comment » regarder : regardez, et voilà tout.
Pouvez-vous, alors, voyant le tableau général de ce qui est, le voyant, non pas intellectuellement, mais en fait, pouvez-vous aisément, spontanément, vous transformer ? Là est le point essentiel : est-il possible de provoquer une révolution totale dans la psyché ?
Je me demande comment vous réagissez à une telle question. Peut-être pensez-vous que vous ne voulez pas changer. C’est le cas de beaucoup de personnes, surtout de celles qui se sentent en sécurité socialement et économiquement ; ou de celles qui sont fermement établies dans leurs croyances dogmatiques et qui, volontiers, s’acceptent telles qu’elles sont et acceptent le monde tel qu’il est (ou tel qu’il serait si on le modifiait quelque peu). Ce n’est pas à ces personnes-là que nous nous adressons. Vous pourriez aussi penser, d’une façon plus subtile, que l’entreprise est trop difficile, qu’elle n’est pas pour vous. Dans ce cas vous vous seriez bloqués, vous auriez cessé de vous interroger et il serait inutile de prolonger notre entretien. Vous pourriez encore me dire : « Je vois la nécessité d’un changement fondamental en moi, mais comment dois-je m’y prendre ? Veuillez me montrer la voie, aidez-moi à atteindre ce but. » Dans ce cas, ce ne serait pas le changement qui vous intéresserait, ce ne serait pas une révolution totale : vous ne seriez qu’en quête d’une méthode, d’un système en vue de provoquer ce changement.
Si j’étais assez sot pour vous donner un système et si vous étiez assez sots pour l’adopter, vous ne feriez que copier, imiter, vous conformer, accepter, et en fin de compte ériger en vous-mêmes une autorité, laquelle provoquerait un conflit entre elle et vous. Vous éprouveriez la nécessité de faire ce que l’on vous a dit, tout en vous sentant incapables de le faire. Vos inclinations, vos tendances, vos besoins seraient en conflit avec le système que vous croiriez devoir suivre et vous seriez dans un état de contradiction. Vous mèneriez ainsi une double vie entre l’idéologie du système et la réalité de votre existence quotidienne. En essayant de vous conformer à l’idéologie, vous vous oblitéreriez vous-mêmes tandis que ce qu’il y a de vrai n’est pas l’idéologie : la vérité est ce que vous êtes. Si l’on essaie de s’étudier selon autrui, on demeure indéfiniment une personne « de seconde main ».
L’homme qui dit : « Je veux changer, dites-moi comment m’y prendre » peut paraître très profondément sincère et sérieux, mais il ne l’est pas. Il est à la recherche d’une autorité, dans l’espoir qu’elle mettrait de l’ordre dans sa vie. Mais son ordre intérieur pourrait-il jamais être instauré par une autorité ? Un ordre imposé du dehors provoque presque toujours un désordre.
Tout cela peut être vu intellectuellement. Mais pouvez-vous le vivre en vérité, de telle sorte que votre esprit cesse de projeter toute autorité, celle d’un livre, d’un maître, d’un conjoint, d’un parent, d’un ami, de la société ? Parce que nous avons toujours fonctionné dans le cadre de formules, celles-ci sont devenues notre idéal et notre autorité. Mais aussitôt que nous voyons que la question « comment puis-je changer ? » engendre une nouvelle autorité, nous en avons fini avec l’autorité, une fois pour toutes.
Reprenons clairement la question : je vois la nécessité de changer complètement, depuis les racines de mon être ; je ne peux pas être tributaire d’une tradition parce que les traditions ont engendré cette colossale paresse que sont l’acceptation et l’obéissance ; je ne peux absolument compter sur personne ni sur rien, sur aucun maître, aucun Dieu, aucune croyance, aucun système, aucune pression ou influence extérieures… Que se produit-il alors ?
Et d’abord, peut-on rejeter toute autorité ? Si on le peut, c’est que l’on n’a plus peur. Et alors qu’arrive-t-il ? Lorqu’on rejette une erreur dont on a porté le fardeau pendant des générations, qu’est-ce qui a lieu ?… N’arrive-t-il pas que l’on est animé d’un surcroît d’énergie ? On se sent davantage capable d’agir, on a plus d’élan, plus d’intensité, plus de vitalité. Si ce n’est pas cela que vous ressentez, c’est que vous n’avez pas rejeté le fardeau, c’est que vous ne vous êtes pas débarrassés du poids mort de l’autorité.
Mais lorsqu’on s’en est débarrassé et que l’on possède cette énergie en laquelle ne subsiste aucune peur, aucune crainte de se tromper, de ne pas savoir choisir entre le bien et le mal, cette énergie n’est-elle pas, alors, la mutation ? Une immense énergie nous est nécessaire, et nous la dissipons dans la peur ; mais lorsque cette vitalité survient du fait que nous avons rejeté la peur sous toutes ses formes, c’est elle-même, cette énergie, qui provoque en nous une révolution radicale : nous n’avons pas à intervenir du tout.
Ainsi l’on reste seul avec soi-même et cet état est effectivement celui de l’homme qui considère ces questions avec beaucoup de sérieux : ne comptant sur l’aide de personne ni de rien, il est libre de s’en aller vers des découvertes. La liberté est inséparable de l’énergie et celle-ci, étant libre, ne peut jamais rien faire qui soit erroné. La liberté diffère totalement de la révolte. La question de « faire bien » ou de « faire mal » ne se pose pas dans la liberté. Étant libre, on agit à partir de ce centre, on est donc sans peur. Un esprit dégagé de toute peur est capable de beaucoup aimer, et l’amour peut agir à son gré.
Ce que nous entreprendrons maintenant, c’est la connaissance de nous-mêmes, non pas cette connaissance selon moi ou selon tel analyste ou tel philosophe, car chercher à se connaître selon quelqu’un c’est recueillir des informations en ce qui le concerne, lui, et pas nous. Or ce que nous voulons apprendre, c’est ce que nous sommes nous-mêmes.
Ayant bien compris que nous ne pouvons compter sur aucune autorité pour provoquer une révolution totale dans la structure de notre psyché, nous éprouvons une difficulté infiniment plus grande à rejeter notre propre autorité intérieure : celle qui résulte de nos petites expériences particulières, ainsi que de l’accumulation de nos opinions, de nos connaissances, de nos idées et idéaux. Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu’elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacrent dix siècles d’existence. Pour nous comprendre, nous n’avons besoin ni d’une autorité millénaire ni de celle d’hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement selon le flot de l’existence, jamais au repos. Si l’on s’examine du point de vue qu’impose l’autorité d’un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité de ce mouvement.
Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d’autrui, c’est mourir à tout ce qui est de la veille, de sorte qu’on a l’esprit toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion. Ce n’est qu’en cet état que l’on apprend et que l’on observe. Et, à cet effet, il faut être conscient avec acuité de ce qui a lieu en nous-mêmes, sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu’il devrait être ou ne pas être, car dès que nous intervenons, nous établissons une autre autorité : un censeur.
Nous allons donc, maintenant, nous explorer nous-mêmes, tous ensemble. Ne considérez pas qu’ici s’exprime une personne qui explique tandis que vous lisez, étant d’accord ou non au fur et à mesure que vous suivez des mots sur la page. Ce que nous allons entreprendre c’est une expédition ensemble, un voyage de découverte dans les recoins les plus secrets de notre conscience. Et pour une telle aventure, on doit partir léger, on ne peut pas s’encombrer d’opinions, de préjugés, de conclusions : de tout ce vieux mobilier que nous avons collectionné pendant deux mille ans et plus. Oubliez tout ce que vous savez à votre propre sujet ; oubliez tout ce que vous avez pensé de vous-mêmes ; nous allons partir comme si nous ne savions rien.
Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s’éclaircir : nous voici au seuil d’une journée toute neuve. Abordons-la comme si elle était la seule journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre, pour la première fois.
JK
Au cours des âges, l’homme a toujours cherché un quelque-chose, au-delà de lui-même, au-delà du bien-être : un quelque-chose que l’on appelle Dieu, ou la réalité, ou l’intemporel, que les contingences, la pensée, la corruption humaine ne peuvent altérer.
L’homme s’est toujours posé, au sujet de l’existence, la question fondamentale : « De quoi s’agit-il ? La vie a-t-elle un sens ? » Plongé dans l’énorme confusion des guerres, des révoltes, des brutalités, des incessants conflits religieux, idéologiques, nationaux, il se demande, avec un sens intime de frustration, comment en sortir, que veut dire vivre, et s’il n’existe rien au-delà.
Et ne trouvant pas cet innommable aux mille noms qu’il a toujours cherché, il a recours à la foi en un Sauveur ou en un idéal : à la foi qui invariablement suscite la violence.
En cette perpétuelle bataille que l’on appelle vivre, on cherche à établir un code de comportement adapté à la société, communiste ou prétendument libre, dans laquelle on a été élevé.
Nous obéissons à certaines règles de conduite, en tant qu’elles sont parties intégrantes de notre tradition, hindoue, islamique, chrétienne ou autre. Nous avons recours à autrui pour distinguer la bonne et la mauvaise façon d’agir, la bonne et la mauvaise façon de penser. En nous y conformant, notre action et notre pensée deviennent mécaniques, nos réactions deviennent automatiques. Nous pouvons facilement le constater en nous-mêmes.
Depuis des siècles, nous nous faisons alimenter par nos maîtres, par nos autorités, par nos livres, par nos saints, leur demandant de nous révéler tout ce qui existe au-delà des collines, au-delà des montagnes, au-delà de la Terre. Si leurs récits nous satisfont, c’est que nous vivons de mots et que notre vie est creuse et vide : une vie, pour ainsi dire de « seconde main ». Nous avons vécu de ce que l’on nous a dit, soit à cause de nos tendances, de nos inclinations, soit parce que les circonstances et le milieu nous y ont contraints. Ainsi, nous sommes la résultante de toutes sortes d’influences et il n’y a rien de neuf en nous, rien que nous ayons découvert par nous-mêmes, rien d’originel, de non corrompu, de clair.
L’histoire des théologies nous montre que les chefs religieux ont toujours affirmé qu’au moyen de rituels, que par des répétitions de prières ou de mantras, que par l’imitation de certains comportements, par le refoulement des désirs, par des disciplines mentales et la sublimation des passions, que par un frein, imposé aux appétits, sexuels et autres, on parvient après s’être suffisamment torturé l’esprit et le corps, à trouver un quelque-chose qui transcende cette petite vie.
Voilà ce que des millions de personnes soi-disant religieuses ont fait au cours des âges ; soit en s’isolant, en s’en allant dans un désert, sur une montagne ou dans une caverne ; soit en errant de village en village avec un bol de mendiant ; ou bien en se réunissant en groupes, dans des monastères, en vue de contraindre leur esprit à se conformer à des modèles établis.
Mais un esprit torturé, dont les ressorts sont brisés, qui n’aspire plus qu’à échapper aux difficultés de la vie, qui a rejeté le monde extérieur parce que des conformismes et des disciplines l’ont abêti — un tel esprit, chercherait-il longtemps, ne trouverait jamais que l’image de sa propre déformation.
Donc il me semble que la recherche en vue de découvrir s’il existe ou non un quelque-chose au-delà de cette existence angoissée, coupable, apeurée, compétitive, doit s’orienter dans une direction complètement différente.
L’approche traditionnelle consiste à aller de la périphérie vers l’intérieur, avec l’idée que le temps, les dévotions, le renoncement permettront d’atteindre graduellement cette fleur intérieure, cette beauté intérieure, cet amour. En bref, on fait tout ce qu’il faut pour se rendre étroit et mesquin, pour se dégrader : « Épluchez petit à petit ; prenez du temps ; demain ou la prochaine vie feront l’affaire… » et lorsque, enfin, on arrive au centre, on s’aperçoit qu’il n’y a rien, parce qu’on s’est rendu amorphe, incapable, insensible.
Ayant observé ce processus, on est amené à se demander s’il n’existe pas une approche inverse : ne serait-il pas possible d’exploser à partir du centre ?
Le monde entier accepte et pratique l’approche traditionnelle. La cause fondamentale du désordre en nous-mêmes est cette recherche d’une réalité promise par autrui. Nous obéissons mécaniquement à celui qui nous promet une vie spirituelle confortable. Alors que la plupart d’entre nous sont opposés à la tyrannie politique et à la dictature, c’est extraordinaire à quel point nous acceptons l’autorité et la tyrannie de ceux qui déforment nos esprits et qui faussent notre mode de vie. Donc, si nous rejetons complètement — non en pensée, mais en fait — toutes les prétendues autorités spirituelles, toutes les cérémonies religieuses, les rituels et les dogmes, cela veut dire que nous nous retrouvons seuls et que nous sommes déjà en conflit avec la société : en somme, nous cessons d’être ce que l’on appelle des être humains « respectables ». Cet être humain « respectable » ne peut en aucune façon parvenir ne serait-ce qu’à proximité de ce quelque-chose, de cette infinie, de cette immesurable réalité.
Supposons maintenant que vous ayez rejeté, comme étant totalement erronée, la voie traditionnelle ; vous ne faites que réagir contre elle, vous engendrez en vous-mêmes un nouveau prototype qui sera un nouveau piège. Si vous vous dites, intellectuellement, que ce rejet est une excellente idée, et n’agissez pas en conséquence, vous n’irez pas plus loin. Si, cependant, vous reniez cette approche parce que vous comprenez qu’elle manque de maturité, et qu’elle est stupide, si vous la rejetez en y appliquant une intelligence profonde parce que vous êtes libres et que vous n’avez pas peur, vous serez la cause d’un grand trouble en vous-mêmes et autour de vous, mais vous aurez échappé au piège de la respectabilité. Alors vous vous apercevrez que vous ne serez plus dans un état de recherche. Et c’est bien cela qu’il faut commencer par apprendre : ne plus chercher. En somme, chercher la vérité c’est passer de la vitrine d’une boutique à une autre.
La question de savoir s’il existe un Dieu, une Vérité, une Réalité (selon le nom qu’on veut lui donner) ne peut jamais trouver de réponse dans des livres, chez des prêtres, des philosophes, ou des Sauveurs. Personne et rien ne peut répondre à cette question si ce n’est vous-mêmes, et c’est pour cela que la connaissance de soi est nécessaire. Manquer de maturité c’est manquer de se connaître. Se connaître est le début de la sagesse.
Et qu’êtes-vous ?… Ce vous individuel, qu’est-il ? Je pense qu’il y a une différence entre l’être humain et l’individu. L’individu est une entité locale, qui vit dans tel pays, qui appartient à telle culture, à telle société, à telle religion. L’être humain n’est pas une entité locale. Il est partout. Si l’individu n’agit que dans un coin du vaste champ de la vie, son action n’aura aucun lien avec la totalité. Veuillez donc tenir présent à l’esprit que ce dont nous parlons est la totalité, non la partie, car dans le plus grand est le plus petit, mais dans le plus petit, le plus grand n’est pas. L’individu est cette petite entité, conditionnée, misérable et frustrée, que satisfont ses petits dieux et ses petites traditions, tandis que l’être humain se sent responsable du bien-être total, de la totale misère et de la totale confusion du monde.
Nous, les êtres humains, somme ce que nous avons été pendant des millions d’années, colossalement avides, envieux, agressifs, jaloux, angoissés et désespérés, avec d’occasionnels éclairs de joie et d’amour. Nous sommes une étrange mixture de haine, de peur et de gentillesse ; nous sommes à la fois violents et en paix. Il y a eu un progrès extérueur depuis le char à bœufs jusqu’à l’avion à réaction, mais psychologiquement l’individu n’a pas du tout changé et c’est l’individu qui, dans le monde entier, a créé les structures des sociétés. Les structures sociales extérieures sont les résultantes des structures intérieures, psychologiques, qui constituent nos relations humaines, car l’individu est le résultat de l’expérience totale de l’homme, de sa connaissance et de son comportement. Chacun de nous est l’entrepôt de tout le passé. L’individu est l’humain qui est toute l’humanité. L’histoire entière de l’homme est écrite en nous-mêmes.
Veuillez, je vous prie, observer ce qui agit aussi bien en vous-mêmes qu’en dehors de vous, dans la société de compétition où vous vivez : une volonté de puissance, le désir d’acquérir une situation sociale, du prestige, un nom, la recherche du succès… observez les réussites dont vous êtes si fiers, le champ global que vous appelez vivre ; observez les conflits dans tous les domaines des relations, et la haine, la brutalité, les antagonismes, les guerres sans fin qu’ils provoquent. Ce champ, cette vie, est tout ce que nous connaissons ; et comme nous sommes incapables de comprendre l’énorme bataille de l’existence, nous en avons peur et essayons de nous en évader par toutes sortes d’artifices. Et nous avons peur, aussi, de l’inconnu, peur de la mort, peur de ce qui se cache au-delà de demain.
Ainsi, nous avons peur du connu et peur de l’inconnu. Telle est notre vie quotidienne, en laquelle il n’y a pas d’espoir et où toutes les philosophies, toutes les théologies ne sont que des évasions hors de la réalité de ce qui « est » en tout état de fait.
Les structures de tous les changements extérieurs qu’amènent les guerres, les révolutions, les réformes, les lois ou les idéologies, ont été incapables de modifier la nature profonde de l’homme, donc des sociétés. En tant qu’individus humains vivant dans la monstrueuse laideur de ce monde, demandons-nous donc s’il est possible de mettre fin à des sociétés basées sur la compétition, la brutalité et la peur. Posons-nous cette question, non pas comme une spéculation ou un espoir, mais de telle sorte qu’elle puisse rénover nos esprits, les rendre frais et innocents, et faire naître un monde totalement neuf. Cela ne peut se produire, je pense, que si chacun de nous reconnaît le fait central que nous, individus, en tant qu’être humains, en quelque partie du monde que nous vivions, ou à quelque culture que nous appartenions, sommes totalement responsables de l’état général du monde.
Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l’agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent. Ce n’est qu’en nous rendant compte — non pas intellectuellement mais d’une façon aussi réelle et actuelle qu’éprouver la faim ou la douleur — que vous et moi sommes responsables de la misère dans le monde entier parce que nous y avons contribué dans nos vies quotidiennes et que nous faisons partie de cette monstrueuse société, de ses guerres, ses divisions, sa laideur, sa brutalité, et son avidité — ce n’est qu’alors que nous agirons.
Mais que peut faire un être humain ? Que pouvons-nous faire, vous et moi, pour créer une société complètement différente ? Nous nous posons là une question très sérieuse : est-il possible de faire quoi que ce soit ? Que peut-on faire ?… Quelqu’un pourrait-il nous le dire ? De soi-disant guides spirituels — qui sont censés comprendre ces choses mieux que nous — nous l’ont dit en essayant de nous déformer, de nous mouler selon certains modèles, et cela ne nous a pas menés loin ; des savants nous l’ont dit en termes érudits et cela ne nous a pas conduits plus loin. On nous a affirmé que tous les sentiers mènent à la vérité : l’un a son sentier en tant qu’Hindou, l’autre a le sien en tant que Chrétien, un autre encore est Musulman, et ils se rencontrent tous à la même porte — ce qui est, si vous y pensez, évidemment absurde.
La Vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu’elle n’a pas de lieu où se reposer, qu’aucun temple, aucune mosquée ou église, qu’aucune religion, qu’aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire — alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l’agonie et la douleur que vous vivez.
La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu’en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l’espoir et la peur.
Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes — sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punition — pouvons-nous provoquer dans l’essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l’esprit de compétition, l’angoisse, la peur, l’avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d’exister ?
Il est important de comprendre au départ que je ne cherche pas à formuler quelque philosophie, quelque concept, idée ou structure théologique. Il m’apparaît que toutes les idéologies sont totalement idiotes. Ce qui importe, ce n’est pas d’adopter une philosophie de la vie, mais d’observer ce qui a lieu, en toute vérité, dans notre vie quotidienne, intérieurement et extérieurement. Si vous l’observez de très près et si vous l’examinez, vous verrez que tout ce qui se passe est basé sur des conceptions intellectuelles ; et pourtant, l’intellect n’est pas toute la sphère de l’existence : ce n’en est qu’un fragment, et un fragment, quelque habile que soit son assemblage, quelque antique que soit sa tradition, n’est encore qu’une petite partie de l’existence, tandis que ce qui nous importe c’est la totalité de la vie. Lorsque nous voyons ce qui a lieu dans le monde, nous commençons à comprendre que ce n’est pas l’effet de deux processus, l’un extérieur, l’autre intérieur, mais qu’il n’existe qu’un seul processus unitaire, un seul mouvement entier, total : le mouvement intérieur s’exprimant en tant qu’extérieur et l’extérieur réagissant à son tour sur l’intérieur.
Être capable de regarder tout cela, me semble être la seule chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l’ensemble devient très clair et regarder n’exige ni philosophie ni maître. Il n’est guère utile qu’on vous dise « comment » regarder : regardez, et voilà tout.
Pouvez-vous, alors, voyant le tableau général de ce qui est, le voyant, non pas intellectuellement, mais en fait, pouvez-vous aisément, spontanément, vous transformer ? Là est le point essentiel : est-il possible de provoquer une révolution totale dans la psyché ?
Je me demande comment vous réagissez à une telle question. Peut-être pensez-vous que vous ne voulez pas changer. C’est le cas de beaucoup de personnes, surtout de celles qui se sentent en sécurité socialement et économiquement ; ou de celles qui sont fermement établies dans leurs croyances dogmatiques et qui, volontiers, s’acceptent telles qu’elles sont et acceptent le monde tel qu’il est (ou tel qu’il serait si on le modifiait quelque peu). Ce n’est pas à ces personnes-là que nous nous adressons. Vous pourriez aussi penser, d’une façon plus subtile, que l’entreprise est trop difficile, qu’elle n’est pas pour vous. Dans ce cas vous vous seriez bloqués, vous auriez cessé de vous interroger et il serait inutile de prolonger notre entretien. Vous pourriez encore me dire : « Je vois la nécessité d’un changement fondamental en moi, mais comment dois-je m’y prendre ? Veuillez me montrer la voie, aidez-moi à atteindre ce but. » Dans ce cas, ce ne serait pas le changement qui vous intéresserait, ce ne serait pas une révolution totale : vous ne seriez qu’en quête d’une méthode, d’un système en vue de provoquer ce changement.
Si j’étais assez sot pour vous donner un système et si vous étiez assez sots pour l’adopter, vous ne feriez que copier, imiter, vous conformer, accepter, et en fin de compte ériger en vous-mêmes une autorité, laquelle provoquerait un conflit entre elle et vous. Vous éprouveriez la nécessité de faire ce que l’on vous a dit, tout en vous sentant incapables de le faire. Vos inclinations, vos tendances, vos besoins seraient en conflit avec le système que vous croiriez devoir suivre et vous seriez dans un état de contradiction. Vous mèneriez ainsi une double vie entre l’idéologie du système et la réalité de votre existence quotidienne. En essayant de vous conformer à l’idéologie, vous vous oblitéreriez vous-mêmes tandis que ce qu’il y a de vrai n’est pas l’idéologie : la vérité est ce que vous êtes. Si l’on essaie de s’étudier selon autrui, on demeure indéfiniment une personne « de seconde main ».
L’homme qui dit : « Je veux changer, dites-moi comment m’y prendre » peut paraître très profondément sincère et sérieux, mais il ne l’est pas. Il est à la recherche d’une autorité, dans l’espoir qu’elle mettrait de l’ordre dans sa vie. Mais son ordre intérieur pourrait-il jamais être instauré par une autorité ? Un ordre imposé du dehors provoque presque toujours un désordre.
Tout cela peut être vu intellectuellement. Mais pouvez-vous le vivre en vérité, de telle sorte que votre esprit cesse de projeter toute autorité, celle d’un livre, d’un maître, d’un conjoint, d’un parent, d’un ami, de la société ? Parce que nous avons toujours fonctionné dans le cadre de formules, celles-ci sont devenues notre idéal et notre autorité. Mais aussitôt que nous voyons que la question « comment puis-je changer ? » engendre une nouvelle autorité, nous en avons fini avec l’autorité, une fois pour toutes.
Reprenons clairement la question : je vois la nécessité de changer complètement, depuis les racines de mon être ; je ne peux pas être tributaire d’une tradition parce que les traditions ont engendré cette colossale paresse que sont l’acceptation et l’obéissance ; je ne peux absolument compter sur personne ni sur rien, sur aucun maître, aucun Dieu, aucune croyance, aucun système, aucune pression ou influence extérieures… Que se produit-il alors ?
Et d’abord, peut-on rejeter toute autorité ? Si on le peut, c’est que l’on n’a plus peur. Et alors qu’arrive-t-il ? Lorqu’on rejette une erreur dont on a porté le fardeau pendant des générations, qu’est-ce qui a lieu ?… N’arrive-t-il pas que l’on est animé d’un surcroît d’énergie ? On se sent davantage capable d’agir, on a plus d’élan, plus d’intensité, plus de vitalité. Si ce n’est pas cela que vous ressentez, c’est que vous n’avez pas rejeté le fardeau, c’est que vous ne vous êtes pas débarrassés du poids mort de l’autorité.
Mais lorsqu’on s’en est débarrassé et que l’on possède cette énergie en laquelle ne subsiste aucune peur, aucune crainte de se tromper, de ne pas savoir choisir entre le bien et le mal, cette énergie n’est-elle pas, alors, la mutation ? Une immense énergie nous est nécessaire, et nous la dissipons dans la peur ; mais lorsque cette vitalité survient du fait que nous avons rejeté la peur sous toutes ses formes, c’est elle-même, cette énergie, qui provoque en nous une révolution radicale : nous n’avons pas à intervenir du tout.
Ainsi l’on reste seul avec soi-même et cet état est effectivement celui de l’homme qui considère ces questions avec beaucoup de sérieux : ne comptant sur l’aide de personne ni de rien, il est libre de s’en aller vers des découvertes. La liberté est inséparable de l’énergie et celle-ci, étant libre, ne peut jamais rien faire qui soit erroné. La liberté diffère totalement de la révolte. La question de « faire bien » ou de « faire mal » ne se pose pas dans la liberté. Étant libre, on agit à partir de ce centre, on est donc sans peur. Un esprit dégagé de toute peur est capable de beaucoup aimer, et l’amour peut agir à son gré.
Ce que nous entreprendrons maintenant, c’est la connaissance de nous-mêmes, non pas cette connaissance selon moi ou selon tel analyste ou tel philosophe, car chercher à se connaître selon quelqu’un c’est recueillir des informations en ce qui le concerne, lui, et pas nous. Or ce que nous voulons apprendre, c’est ce que nous sommes nous-mêmes.
Ayant bien compris que nous ne pouvons compter sur aucune autorité pour provoquer une révolution totale dans la structure de notre psyché, nous éprouvons une difficulté infiniment plus grande à rejeter notre propre autorité intérieure : celle qui résulte de nos petites expériences particulières, ainsi que de l’accumulation de nos opinions, de nos connaissances, de nos idées et idéaux. Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu’elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacrent dix siècles d’existence. Pour nous comprendre, nous n’avons besoin ni d’une autorité millénaire ni de celle d’hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement selon le flot de l’existence, jamais au repos. Si l’on s’examine du point de vue qu’impose l’autorité d’un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité de ce mouvement.
Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d’autrui, c’est mourir à tout ce qui est de la veille, de sorte qu’on a l’esprit toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion. Ce n’est qu’en cet état que l’on apprend et que l’on observe. Et, à cet effet, il faut être conscient avec acuité de ce qui a lieu en nous-mêmes, sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu’il devrait être ou ne pas être, car dès que nous intervenons, nous établissons une autre autorité : un censeur.
Nous allons donc, maintenant, nous explorer nous-mêmes, tous ensemble. Ne considérez pas qu’ici s’exprime une personne qui explique tandis que vous lisez, étant d’accord ou non au fur et à mesure que vous suivez des mots sur la page. Ce que nous allons entreprendre c’est une expédition ensemble, un voyage de découverte dans les recoins les plus secrets de notre conscience. Et pour une telle aventure, on doit partir léger, on ne peut pas s’encombrer d’opinions, de préjugés, de conclusions : de tout ce vieux mobilier que nous avons collectionné pendant deux mille ans et plus. Oubliez tout ce que vous savez à votre propre sujet ; oubliez tout ce que vous avez pensé de vous-mêmes ; nous allons partir comme si nous ne savions rien.
Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s’éclaircir : nous voici au seuil d’une journée toute neuve. Abordons-la comme si elle était la seule journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre, pour la première fois.
JK
#2
Posté 04 février 2006 à 18:58
Merci Illusion pour ce partage qui, en ces temps "mouvementés", nous rappelle à un peu de Sagesse.
Douce Lumière,
Charly
Douce Lumière,
Charly
#3
Posté 04 février 2006 à 19:01
Krishnamurti
Je vous conseille de le lire, mais mieux que "libérer du connu", mieux vaut commencer par "de la vraie meditation et de la vie".
Je vous conseille de le lire, mais mieux que "libérer du connu", mieux vaut commencer par "de la vraie meditation et de la vie".
"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux" (benjamin Franklin)
#4
Posté 04 février 2006 à 19:10
Merci Illusion pour ce texte absolument nécessaire pour nettoyer le mental de nos contemporains piégés par toutes le idéologies possibles, traînant derrière eux des siècles de tradition qui les empêchent de vivre et de penser par eux même, et qui finissent part tuer ce qui ne ressemble pas a leur idéologies ou religion dérisoires mais dévastatrices.
Pour continuer sur le nettoyage mental, jeter un œil sur ce lien qui nous montrent nos origines terrestre et animale. Dommage il n'est qu'en anglais.
are we monkeys?
Pour continuer sur le nettoyage mental, jeter un œil sur ce lien qui nous montrent nos origines terrestre et animale. Dommage il n'est qu'en anglais.
are we monkeys?
#5
Posté 04 février 2006 à 20:17
"Celui qui croit qu'on peut acceder à l'inconnu en s'appuyant sur le connu est un sot"
Krishnamurti.
Krishnamurti.
#6
Posté 04 février 2006 à 21:45
oui, et aprés ?
... tic tac tic tac, conscience connectée à l' instant présent, conscience qui perçoit le forum, et aprés ? conscience ne cherchant rien de particulier.
Bip...
... tic tac tic tac, conscience connectée à l' instant présent, conscience qui perçoit le forum, et aprés ? conscience ne cherchant rien de particulier.
Bip...
#7
Posté 05 février 2006 à 10:11
Bonjour,
Il me semblait bien que ce texte me disait quelque chose. j'ai dû le lire il y a 25 ans, je devais être ado.
malheureusement et avec tout le respect qu'on peut avoir envers un être humain et celui ci en particulier, son message est une impasse, une sorte d'autisme poussé à l'extrème.
A force de tout rejeter et de s'isoler on finit tout seul.
ET même si quelques éclairs de lucidité parsème ces propos, lorsqu'on a suivi une démarche active et éveillé on ne peut qu'être surpris par le néant et la contradiction de ces pensées.
"La Vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu’elle n’a pas de lieu où se reposer, qu’aucun temple, aucune mosquée ou église, qu’aucune religion, qu’aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire — alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l’agonie et la douleur que vous vivez".
Voilà le genre de propos qui ne mène à rien de concret et qui vous donne à penser que nous sommes des électrons libres. Libres de faire ce qu'il veut quand il veut et au diable la collectivité, au diable la société qui n'est qu'une aliénation de l'être.
ou sont les réponses??
"La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu’en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l’espoir et la peur.
Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes — sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punition — pouvons-nous provoquer dans l’essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l’esprit de compétition, l’angoisse, la peur, l’avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d’exister ?"
Ou sont les réponses??
En gros, tout est en nous et il faut le vouloir sincèrement pour accèder à notre moi profond libre et pur amour. C'est pas comme ça qu'on va y arriver!. C'est vraiment irresponsable de dire ce genre de chose!!
"Être capable de regarder tout cela, me semble être la seule chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l’ensemble devient très clair et regarder n’exige ni philosophie ni maître. Il n’est guère utile qu’on vous dise « comment » regarder : regardez, et voilà tout."
Ah oui??
Essayez de faire comme ça! et puis dîtes le autour de vous! vous verrez le résultat catastrophique de ce genre de point de vue!
Alors, tu regardes et hop! t'as tout compris!!
"Ayant bien compris que nous ne pouvons compter sur aucune autorité pour provoquer une révolution totale dans la structure de notre psyché, nous éprouvons une difficulté infiniment plus grande à rejeter notre propre autorité intérieure : celle qui résulte de nos petites expériences particulières, ainsi que de l’accumulation de nos opinions, de nos connaissances, de nos idées et idéaux. Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu’elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacrent dix siècles d’existence. Pour nous comprendre, nous n’avons besoin ni d’une autorité millénaire ni de celle d’hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement selon le flot de l’existence, jamais au repos. Si l’on s’examine du point de vue qu’impose l’autorité d’un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité de ce mouvement.
Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d’autrui, c’est mourir à tout ce qui est de la veille, de sorte qu’on a l’esprit toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion. Ce n’est qu’en cet état que l’on apprend et que l’on observe. Et, à cet effet, il faut être conscient avec acuité de ce qui a lieu en nous-mêmes, sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu’il devrait être ou ne pas être, car dès que nous intervenons, nous établissons une autre autorité : un censeur.
Nous allons donc, maintenant, nous explorer nous-mêmes, tous ensemble. Ne considérez pas qu’ici s’exprime une personne qui explique tandis que vous lisez, étant d’accord ou non au fur et à mesure que vous suivez des mots sur la page. Ce que nous allons entreprendre c’est une expédition ensemble, un voyage de découverte dans les recoins les plus secrets de notre conscience. Et pour une telle aventure, on doit partir léger, on ne peut pas s’encombrer d’opinions, de préjugés, de conclusions : de tout ce vieux mobilier que nous avons collectionné pendant deux mille ans et plus. Oubliez tout ce que vous savez à votre propre sujet ; oubliez tout ce que vous avez pensé de vous-mêmes ; nous allons partir comme si nous ne savions rien.
Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s’éclaircir : nous voici au seuil d’une journée toute neuve. Abordons-la comme si elle était la seule journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre, pour la première"
Voilà, maintenant que tu as tout effacé de ta mémoire que tu es devenu, par le simple fait d'y penser
, comme un enfant, ouvert à tout, curieux et spontané . Tu vas pouvoir découvrir qui tu es et la vraie liberté.
Sauf qu'il existe un grand danger à tout oublier c'est de recommencer encore et encore les mêmes erreurs.
merci à vous M. Krishnamurti, merci de nous avoir ouvert les yeux sur ce qu'il ne faut pas faire.
A bientôt
Il me semblait bien que ce texte me disait quelque chose. j'ai dû le lire il y a 25 ans, je devais être ado.
malheureusement et avec tout le respect qu'on peut avoir envers un être humain et celui ci en particulier, son message est une impasse, une sorte d'autisme poussé à l'extrème.
A force de tout rejeter et de s'isoler on finit tout seul.
ET même si quelques éclairs de lucidité parsème ces propos, lorsqu'on a suivi une démarche active et éveillé on ne peut qu'être surpris par le néant et la contradiction de ces pensées.
"La Vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu’elle n’a pas de lieu où se reposer, qu’aucun temple, aucune mosquée ou église, qu’aucune religion, qu’aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire — alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l’agonie et la douleur que vous vivez".
Voilà le genre de propos qui ne mène à rien de concret et qui vous donne à penser que nous sommes des électrons libres. Libres de faire ce qu'il veut quand il veut et au diable la collectivité, au diable la société qui n'est qu'une aliénation de l'être.
ou sont les réponses??
"La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu’en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l’espoir et la peur.
Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes — sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punition — pouvons-nous provoquer dans l’essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l’esprit de compétition, l’angoisse, la peur, l’avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d’exister ?"
Ou sont les réponses??
En gros, tout est en nous et il faut le vouloir sincèrement pour accèder à notre moi profond libre et pur amour. C'est pas comme ça qu'on va y arriver!. C'est vraiment irresponsable de dire ce genre de chose!!
"Être capable de regarder tout cela, me semble être la seule chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l’ensemble devient très clair et regarder n’exige ni philosophie ni maître. Il n’est guère utile qu’on vous dise « comment » regarder : regardez, et voilà tout."
Ah oui??
Essayez de faire comme ça! et puis dîtes le autour de vous! vous verrez le résultat catastrophique de ce genre de point de vue!
Alors, tu regardes et hop! t'as tout compris!!
"Ayant bien compris que nous ne pouvons compter sur aucune autorité pour provoquer une révolution totale dans la structure de notre psyché, nous éprouvons une difficulté infiniment plus grande à rejeter notre propre autorité intérieure : celle qui résulte de nos petites expériences particulières, ainsi que de l’accumulation de nos opinions, de nos connaissances, de nos idées et idéaux. Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu’elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacrent dix siècles d’existence. Pour nous comprendre, nous n’avons besoin ni d’une autorité millénaire ni de celle d’hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement selon le flot de l’existence, jamais au repos. Si l’on s’examine du point de vue qu’impose l’autorité d’un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité de ce mouvement.
Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d’autrui, c’est mourir à tout ce qui est de la veille, de sorte qu’on a l’esprit toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion. Ce n’est qu’en cet état que l’on apprend et que l’on observe. Et, à cet effet, il faut être conscient avec acuité de ce qui a lieu en nous-mêmes, sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu’il devrait être ou ne pas être, car dès que nous intervenons, nous établissons une autre autorité : un censeur.
Nous allons donc, maintenant, nous explorer nous-mêmes, tous ensemble. Ne considérez pas qu’ici s’exprime une personne qui explique tandis que vous lisez, étant d’accord ou non au fur et à mesure que vous suivez des mots sur la page. Ce que nous allons entreprendre c’est une expédition ensemble, un voyage de découverte dans les recoins les plus secrets de notre conscience. Et pour une telle aventure, on doit partir léger, on ne peut pas s’encombrer d’opinions, de préjugés, de conclusions : de tout ce vieux mobilier que nous avons collectionné pendant deux mille ans et plus. Oubliez tout ce que vous savez à votre propre sujet ; oubliez tout ce que vous avez pensé de vous-mêmes ; nous allons partir comme si nous ne savions rien.
Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s’éclaircir : nous voici au seuil d’une journée toute neuve. Abordons-la comme si elle était la seule journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre, pour la première"
Voilà, maintenant que tu as tout effacé de ta mémoire que tu es devenu, par le simple fait d'y penser
Sauf qu'il existe un grand danger à tout oublier c'est de recommencer encore et encore les mêmes erreurs.
merci à vous M. Krishnamurti, merci de nous avoir ouvert les yeux sur ce qu'il ne faut pas faire.
A bientôt
#8
Posté 05 février 2006 à 10:15
Apprendre à se connaître. La simplicité et l'humilité. Le conditionnement.
Si vous pensez qu'il est important de vous connaître parce quelqu'un vous l'a dit (moi ou un autre), je crains que cela ne mette fin à toute communication entre nous. Mais si nous sommes d'accord sur le fait qu'il est vital que nous nous comprenions nous-mêmes complètement, nous aurons des rapports réciproques tout autres et nous mènerons notre enquête à notre propre sujet diligemment et d'une façon intelligente.
Je ne vous demande pas de croire en moi. Je ne m'érige pas en autorité. Je n'ai rien à vous enseigner : pas de nouvelle philosophie, pas de système ou de sentier menant au réel. Il n'y a pas plus de sentier vers la réalité qu'il n'y en a vers la vérité. Toute autorité de toute sorte et surtout celle qui s'exerce dans le champ de la pensée et de l'entendement est destructrice, néfaste. Les maîtres détruisent les disciples et les disciples détruisent les maîtres. Il vous faut être votre propre maître et votre propre disciple. Il vous faut mettre en doute tout ce que l'homme a accepté comme étant valable et nécessaire.
N'étant plus tributaires de personne vous pouvez vous sentir très seuls. Eprouvez donc la solitude. Pourquoi la craignez-vous ? Parce que, face à face avec vous-mêmes, tels que vous êtes, vous vous découvrez vides, obtus, stupides, laids, coupables, angoissés ? Si vous êtes cette entité mesquine, de "seconde main", de rebut, affrontez-la, ne la fuyez pas. Dès qu'on fuit, la peur survient.
En menant notre quête à notre propre sujet, nous sommes loin de nous isoler du reste de l'univers : ce serait malsain. Tous les hommes à travers le monde se débattent avec les mêmes problèmes quotidiens que les nôtres, donc ce n'est pas en névrosés que nous nous examinons, car il n'y a pas de différence entre ce qui est individuel et ce qui est collectif. Le fait réel est que j'ai créé ce monde tel que je suis. Ne nous égarons donc pas dans la bataille au sujet de la partie et du tout.
Je dois prendre conscience du champ total de mon moi-même, et ce champ est l'état de conscience à la fois de l'individu et de la société. Ce n'est qu'alors, lorsque l'on transforme cette conscience individuelle et collective que l'on devient une lumière à soi-même, qui ne s'éteint jamais.
Or, par où commençons-nous à nous comprendre nous-mêmes ? Me voici, ici présent, et comment dois-je m'étudier, m'observer, voir ce qui est réellement en train de se passer en moi ? Je ne peux m'observer qu'en fonction de mes rapports, parce que toute vie est relations. Il est inutile de s'asseoir dans un coin et de méditer sur soi-même. Je ne peux pas exister isolé. Je n'existe que dans mes rapports avec des personnes, des choses, des idées, et en étudiant mes rapports avec le monde extérieur, de même que ceux que j'entretiens dans mon monde intérieur, c'est par-là que je commence à me comprendre. Toute autre forme de compréhension n'est qu'une abstraction et je ne peux pas m'étudier d'une façon abstraite, n'étant pas une entité abstraite. Je dois donc m'étudier dans l'actualité de ce que je "suis", non en fonction de ce que je souhaiterais être.
Comprendre n'est pas un processus intellectuel. Acquérir des connaissances à mon sujet ou me connaître tel que je suis, sont deux choses différentes, car le savoir que je peux accumuler à mon propos appartient toujours au passé et un esprit surchargé de passé est toujours en peine. M'informer de ce qui est en moi n'est pas "apprendre" dans le sens où l'on acquiert une langue, une technique, une science, ce qui nécessairement exige de la mémoire et une accumulation de données, car il serait absurde de se mettre en état de devoir tout recommencer sans cesse. L'information dans mon propre champ psychologique est toujours une chose du présent ; ce sont les connaissances qui appartiennent au passé, mais comme la plupart d'entre nous vivent dans le passé et s'en contentent, les connaissances ont pris pour nous une importance extraordinaire : nous vénérons l'érudition, l'habileté, l'astuce. Mais si nous sommes disposés à apprendre en observant et en écoutant, en voyant et en agissant, nous comprenons alors qu'apprendre est un mouvement perpétuel qui n'a pas de passé.
Si vous pensez pouvoir vous connaître graduellement, en améliorant de plus en plus et petit à petit votre compréhension, c'est que vous ne vous examinez pas tel que vous êtes dans l'instant présent, mais tel que vous vous voyez à travers des connaissances acquises. Apprendre exige une grande sensibilité, et celle-ci est détruite chaque fois qu'une idée, qui appartient nécessairement au passé, domine le présent. L'idée détruit la vivacité de l'esprit, sa souplesse, sa vigilance. Mais la plupart d'entre nous manquent de sensibilité, même physiquement. L'excès de nourriture, le peu de compte en lequel on tient un régime sain, l'abus de tabac et d'alcool rendent le corps épais et insensible ; la qualité d'attention de l'organisme est émoussée. Comment l'esprit peut-il être vif, sensitif, clair, si l'organisme lui-même est alourdi et apathique ? Il peut être sensible à certaines choses qui touchent la personnalité directement, mais pour être complètement sensible à tout ce que la vie implique, il ne faut pas de séparation entre l'organisme et la psyché, car ils constituent un seul mouvement total.
Pour comprendre une chose – quelle qu'elle soit – il faut vivre avec elle, l'observer, connaître tout son contenu, sa nature, sa structure, son mouvement. Avez-vous jamais essayé de vivre avec vous-mêmes ? Dans ce cas, vous avez remarqué que ce vous-même n'est pas un état statique, mais une chose vivante, toujours renouvelée. Et pour vivre avec une chose vivante, l'esprit doit, lui aussi, être vivant. Mais il ne peut pas l'être s'il est pris dans un réseau d'opinions, de jugements, de valeurs.
En vue d'observer le mouvement de votre esprit et de votre cœur, le mouvement de tout votre être, il vous faut avoir un esprit libre, qui ne s'attarde pas à acquiescer, à réfuter, à prendre parti dans une discussion, à argumenter sur des mots, mais qui s'attache à suivre ce qu'il observe, avec l'intention de comprendre. C'est difficile, car la plupart d'entre nous ne savent ni regarder ni écouter leur propre être, pas plus qu'ils ne voient la beauté d'un cours d'eau ou qu'ils n'entendent la brise dans les arbres.
Condamner ou justifier empêche de voir clairement. Il en est de même lorsqu'on bavarde sans arrêt, car alors on n'observe pas "ce qui est" : on ne voit que ce que l'on projette soi-même. Chacun de nous a une image de ce qu'il croit être ou de ce qu'il voudrait être, et cette image nous empêche totalement de voir ce que nous sommes en fait.
Voir quoi que ce soit avec simplicité est une des choses les plus difficile au monde car nous sommes si complexes que nous avons perdu la qualité de ceux qui sont simples en esprit. Je ne parle pas de cette sorte de simplicité qui s'exprime dans la nourriture et les vêtements, telle que ne posséder qu'un pagne, ou battre des records de jeûne, ou toute autre sottise infantile que cultivent les saints, mais de la simplicité qui permet qu'on regarde directement chaque chose sans peur et soi-même tel que l'on est, sans déformations : si l'on ment, se dire que l'on ment, sans déguisements ni évasions.
Et aussi, pour nous comprendre nous-mêmes, il nous faut une grande humilité. Aussitôt que l'on se dit "je me comprends", on a déjà cessé d'apprendre quoi que ce soit à son propre sujet ; ou si l'on se dit : "Après tout, il n'y a rien à apprendre, puisque je ne suis qu'un paquet de souvenirs, d'idées, d'expériences, de traditions", on a également cessé de voir ce que l'on est. Lorsqu'on parvient à une réalisation, on a perdu les qualités propres à l'innocence et à l'humilité. Dès que l'on tient un résultat, ou que l'on cherche à s'informer en se basant sur des connaissances acquises, on est perdu, car on ne fait que traduire tout ce qui vit en termes de ce qui n'est plus. Mais si l'on n'a aucun point d'appui, aucune certitude, on est libre de regarder ; si l'on n'a aucun acquis, on est libre d'acquérir. Ce qu'on voit étant libre est toujours neuf. L'homme plein d'assurance est un être humain mort.
Mais comment pouvons-nous être libres de regarder et d'apprendre, lorsque, depuis notre naissance jusqu'à l'instant de notre mort, nous sommes façonnés par telle ou telle culture, dans le petit moule de notre moi ? Nous avons été conditionnés pendant des siècles par nos nationalités, nos castes, nos classes, nos traditions, nos religions, nos langues ; par l'éducation, la littérature, l'art ; par des coutumes, des conventions, par des propagandes de toutes sortes, des pressions économiques, des modes d'alimentation, des climats différents ; par nos familles et nos amis, par nos expériences vécues ; bref, par toutes les influences auxquelles on peut penser, et cela, de telle sorte que nos réactions à tous les problèmes qui se présentent sont conditionnées.
"Est-ce que je me rends compte que je suis conditionné ?" C'est la première question à se poser, et non : "comment puis-je me libérer de mon conditionnement ?" Il se peut que cela ne vous soit pas possible. Donc vous dire : "je dois me libérer" peut vous faire tomber dans un nouveau piège et dans une nouvelle forme de conditionnement. Savez-vous que même lorsque vous regardez un arbre en vous disant que c'est un chêne ou un banyan, ce mot, faisant partie des connaissances en botanique, a déjà si bien conditionné votre esprit qu'il s'interpose entre vous et votre vision de l'arbre ? Pour entrer en contact avec l'arbre nous devons y appuyer la main. Le mot ne nous aidera pas à le toucher.
Comment sait-on que l'on est conditionné ? Qu'est-ce qui nous le fait savoir ?… Comment sait-on que l'on a faim, non en théorie, mais lorsque la faim se fait réellement sentir ? De même, comment, quand, savons-nous que nous sommes conditionnés ? N'est-ce pas lorsque nous réagissons à un problème, à une provocation ? Car nous répondons à l'événement selon notre conditionnement, et celui-ci étant inadéquat réagit toujours d'une façon inadéquate.
Lorsqu'on en devient conscient, est-ce que ce conditionnement d'une race, d'une religion, d'une culture donne un sens d'emprisonnement ? Considérez une seule forme de conditionnement : votre nationalité. Soyez-en sérieusement, complètement conscients, et sachez si vous en éprouvez un sentiment de plaisir ou de révolte ; sachez si vous vous révoltez ou si vous voulez rompre à travers tout ce qui vous conditionne. Si vous êtes satisfaits de votre conditionnement, vous ne faites évidemment rien à son sujet. Si cependant vous n'êtes pas satisfaits lorsque vous en devenez conscients, vous vous apercevez que vous n'agissez jamais sans lui : jamais ! Et par conséquent vous vivez toujours dans le passé, avec les morts.
On ne peut se rendre compte de la façon dont on est conditionné que lorsque survient un conflit dans une continuité de plaisir ou dans une protection contre la douleur. Si tout est harmonieux autour de nous, notre femme nous aime, nous l'aimons, nous avons une maison agréable, de bons enfants, beaucoup d'argent : dans ce cas nous ne sommes en aucune façon conscients de notre conditionnement. Mais lorsque survient l'accident, la femme infidèle, la perte d'une fortune, une menace de guerre ou toute autre cause de douleur et d'angoisse, alors nous savons que nous sommes conditionnés. Lorsque nous luttons contre une chose, quelle qu'elle soit, qui nous dérange, ou lorsque nous nous défendons contre une quelconque menace, extérieure ou intérieure, alors nous savons que nous sommes conditionnés. Et comme la plupart d'entre nous, la plupart du temps, sont perturbés, soit en surface soit en profondeur, ce trouble, ce désordre indique que nous sommes conditionnés. Tant que l'animal est choyé, il réagit agréablement, mais dès qu'il rencontre un antagonisme, la violence de sa nature éclate.
Nous sommes troublés, mal à l'aise, du fait de la vie elle-même, de la situation politique et économique, de l'horreur, de la brutalité, de la douleur dans le monde aussi bien qu'en nous, et tout cela nous révèle combien étroitement nous sommes conditionnés. Et alors, que devons-nous faire ? Accepter d'être ainsi, notre vie durant, comme le font la plupart d'entre nous ? Nous y habituer comme on s'habitue à vivre avec des maux de tête ? Nous en accommoder ?
En chacun de nous est une tendance à s'accommoder des choses, à s'y habituer, à blâmer les circonstances. "Ah ! Si les choses étaient autres, je serais différent", disons-nous. Ou bien : "donnez-moi une occasion favorable et je me réaliserai." Ou : "l'injustice de tout cela m'écrase." Nous ne cessons d'accuser les autres, notre milieu, la situation économique, d'être la cause de tous nos désordres.
Si l'on s'habitue à vivre dans un état troublé et confus, c'est qu'on a l'esprit insensibilisé, tout comme ceux qui s'habituent si bien à la beauté qui les entoure qu'ils ne la remarquent plus : ils deviennent indifférents, durs, leur esprit s'épaississant de plus en plus. Ceux qui ne s'habituent pas à vivre dans cette condition cherchent à s'en évader, soit en se droguant, soit en adhérant à un groupe politique, en s'agitant, en criant, en assistant à des matchs de football, en allant au temple ou à l'église, ou en cherchant d'autres divertissements.
Pourquoi fuyons-nous les faits tels qu'ils sont ? Nous craignons la mort – ceci n'est qu'un exemple – et nous inventons toutes sortes de théories, des raisons d'espérer, des croyances, afin de la déguiser. Mais elle est toujours là. Pour comprendre un fait, il nous faut le regarder, non le fuir. La plupart d'entre nous ont aussi peur de vivre qu'ils ont peur de mourir : peur pour leur famille, peur de l'opinion publique, de perdre un emploi ou une sécurité… peur de mille choses. La vérité toute simple est cette peur, et non notre crainte d'une chose ou l'autre. Cela dit, pouvons-nous affronter ce fait lui-même ? On ne peut l'affronter si ce n'est dans le présent. Si on ne lui permet pas d'être présent, parce qu'on le fuit, on ne peut jamais le rencontrer. Ayant élaboré tout un réseau d'évasions, nous sommes prisonniers de notre habitude de fuir.
Si l'on est tant soit peu sensitif et sérieux, on ne se rend pas seulement compte du fait que l'on est conditionné mais aussi du danger qui en résulte, de la brutalité et de la haine qu'il engendre. Voyant ce danger, pourquoi n'agissons-nous pas ? Est-ce parce que nous sommes paresseux, la paresse étant un manque d'énergie ? Et pourtant, nous ne manquerions pas d'énergie si nous nous trouvions devant un danger immédiat, tel qu'un serpent sur le chemin, un précipice ou un incendie. Pourquoi donc ne faisons-nous rien lorsque nous voyons le danger de notre conditionnement ? Si vous perceviez le danger que le nationalisme fait courir à votre sécurité n'agiriez-vous pas ?
La réponse est que vous ne voyez pas. Peut-être, par un processus intellectuel d'analyse, voyez-vous que le nationalisme est un phénomène d'autodestruction. Mais il n'y a, en cela, aucun contenu émotionnel, lequel, seul, confère de la vitalité. Si votre vision du danger que représente votre conditionnement n'est qu'un concept intellectuel, vous ne ferez jamais rien pour y parer.
Tant que la perception du danger demeure dans le champ des idées, il se produit un conflit entre l'idée et l'action, et ce conflit absorbe votre énergie. On n'agit que lorsqu'on voit, dans l'immédiat, à la fois le conditionnement et le danger, à la façon dont on se verrait au bord d'un précipice. Ainsi, "voir" c'est "agir".
En général, nous traversons l'existence d'une façon inattentive, réagissant sans réflexion au milieu qui nous a formés. De telles réactions ne font que créer de nouvelles sujétions et nous conditionner davantage, mais sitôt que nous accordons à cette emprise une attention totale, nous sommes complètement affranchis du passé : il se détache de nous tout naturellement.
Si vous pensez qu'il est important de vous connaître parce quelqu'un vous l'a dit (moi ou un autre), je crains que cela ne mette fin à toute communication entre nous. Mais si nous sommes d'accord sur le fait qu'il est vital que nous nous comprenions nous-mêmes complètement, nous aurons des rapports réciproques tout autres et nous mènerons notre enquête à notre propre sujet diligemment et d'une façon intelligente.
Je ne vous demande pas de croire en moi. Je ne m'érige pas en autorité. Je n'ai rien à vous enseigner : pas de nouvelle philosophie, pas de système ou de sentier menant au réel. Il n'y a pas plus de sentier vers la réalité qu'il n'y en a vers la vérité. Toute autorité de toute sorte et surtout celle qui s'exerce dans le champ de la pensée et de l'entendement est destructrice, néfaste. Les maîtres détruisent les disciples et les disciples détruisent les maîtres. Il vous faut être votre propre maître et votre propre disciple. Il vous faut mettre en doute tout ce que l'homme a accepté comme étant valable et nécessaire.
N'étant plus tributaires de personne vous pouvez vous sentir très seuls. Eprouvez donc la solitude. Pourquoi la craignez-vous ? Parce que, face à face avec vous-mêmes, tels que vous êtes, vous vous découvrez vides, obtus, stupides, laids, coupables, angoissés ? Si vous êtes cette entité mesquine, de "seconde main", de rebut, affrontez-la, ne la fuyez pas. Dès qu'on fuit, la peur survient.
En menant notre quête à notre propre sujet, nous sommes loin de nous isoler du reste de l'univers : ce serait malsain. Tous les hommes à travers le monde se débattent avec les mêmes problèmes quotidiens que les nôtres, donc ce n'est pas en névrosés que nous nous examinons, car il n'y a pas de différence entre ce qui est individuel et ce qui est collectif. Le fait réel est que j'ai créé ce monde tel que je suis. Ne nous égarons donc pas dans la bataille au sujet de la partie et du tout.
Je dois prendre conscience du champ total de mon moi-même, et ce champ est l'état de conscience à la fois de l'individu et de la société. Ce n'est qu'alors, lorsque l'on transforme cette conscience individuelle et collective que l'on devient une lumière à soi-même, qui ne s'éteint jamais.
Or, par où commençons-nous à nous comprendre nous-mêmes ? Me voici, ici présent, et comment dois-je m'étudier, m'observer, voir ce qui est réellement en train de se passer en moi ? Je ne peux m'observer qu'en fonction de mes rapports, parce que toute vie est relations. Il est inutile de s'asseoir dans un coin et de méditer sur soi-même. Je ne peux pas exister isolé. Je n'existe que dans mes rapports avec des personnes, des choses, des idées, et en étudiant mes rapports avec le monde extérieur, de même que ceux que j'entretiens dans mon monde intérieur, c'est par-là que je commence à me comprendre. Toute autre forme de compréhension n'est qu'une abstraction et je ne peux pas m'étudier d'une façon abstraite, n'étant pas une entité abstraite. Je dois donc m'étudier dans l'actualité de ce que je "suis", non en fonction de ce que je souhaiterais être.
Comprendre n'est pas un processus intellectuel. Acquérir des connaissances à mon sujet ou me connaître tel que je suis, sont deux choses différentes, car le savoir que je peux accumuler à mon propos appartient toujours au passé et un esprit surchargé de passé est toujours en peine. M'informer de ce qui est en moi n'est pas "apprendre" dans le sens où l'on acquiert une langue, une technique, une science, ce qui nécessairement exige de la mémoire et une accumulation de données, car il serait absurde de se mettre en état de devoir tout recommencer sans cesse. L'information dans mon propre champ psychologique est toujours une chose du présent ; ce sont les connaissances qui appartiennent au passé, mais comme la plupart d'entre nous vivent dans le passé et s'en contentent, les connaissances ont pris pour nous une importance extraordinaire : nous vénérons l'érudition, l'habileté, l'astuce. Mais si nous sommes disposés à apprendre en observant et en écoutant, en voyant et en agissant, nous comprenons alors qu'apprendre est un mouvement perpétuel qui n'a pas de passé.
Si vous pensez pouvoir vous connaître graduellement, en améliorant de plus en plus et petit à petit votre compréhension, c'est que vous ne vous examinez pas tel que vous êtes dans l'instant présent, mais tel que vous vous voyez à travers des connaissances acquises. Apprendre exige une grande sensibilité, et celle-ci est détruite chaque fois qu'une idée, qui appartient nécessairement au passé, domine le présent. L'idée détruit la vivacité de l'esprit, sa souplesse, sa vigilance. Mais la plupart d'entre nous manquent de sensibilité, même physiquement. L'excès de nourriture, le peu de compte en lequel on tient un régime sain, l'abus de tabac et d'alcool rendent le corps épais et insensible ; la qualité d'attention de l'organisme est émoussée. Comment l'esprit peut-il être vif, sensitif, clair, si l'organisme lui-même est alourdi et apathique ? Il peut être sensible à certaines choses qui touchent la personnalité directement, mais pour être complètement sensible à tout ce que la vie implique, il ne faut pas de séparation entre l'organisme et la psyché, car ils constituent un seul mouvement total.
Pour comprendre une chose – quelle qu'elle soit – il faut vivre avec elle, l'observer, connaître tout son contenu, sa nature, sa structure, son mouvement. Avez-vous jamais essayé de vivre avec vous-mêmes ? Dans ce cas, vous avez remarqué que ce vous-même n'est pas un état statique, mais une chose vivante, toujours renouvelée. Et pour vivre avec une chose vivante, l'esprit doit, lui aussi, être vivant. Mais il ne peut pas l'être s'il est pris dans un réseau d'opinions, de jugements, de valeurs.
En vue d'observer le mouvement de votre esprit et de votre cœur, le mouvement de tout votre être, il vous faut avoir un esprit libre, qui ne s'attarde pas à acquiescer, à réfuter, à prendre parti dans une discussion, à argumenter sur des mots, mais qui s'attache à suivre ce qu'il observe, avec l'intention de comprendre. C'est difficile, car la plupart d'entre nous ne savent ni regarder ni écouter leur propre être, pas plus qu'ils ne voient la beauté d'un cours d'eau ou qu'ils n'entendent la brise dans les arbres.
Condamner ou justifier empêche de voir clairement. Il en est de même lorsqu'on bavarde sans arrêt, car alors on n'observe pas "ce qui est" : on ne voit que ce que l'on projette soi-même. Chacun de nous a une image de ce qu'il croit être ou de ce qu'il voudrait être, et cette image nous empêche totalement de voir ce que nous sommes en fait.
Voir quoi que ce soit avec simplicité est une des choses les plus difficile au monde car nous sommes si complexes que nous avons perdu la qualité de ceux qui sont simples en esprit. Je ne parle pas de cette sorte de simplicité qui s'exprime dans la nourriture et les vêtements, telle que ne posséder qu'un pagne, ou battre des records de jeûne, ou toute autre sottise infantile que cultivent les saints, mais de la simplicité qui permet qu'on regarde directement chaque chose sans peur et soi-même tel que l'on est, sans déformations : si l'on ment, se dire que l'on ment, sans déguisements ni évasions.
Et aussi, pour nous comprendre nous-mêmes, il nous faut une grande humilité. Aussitôt que l'on se dit "je me comprends", on a déjà cessé d'apprendre quoi que ce soit à son propre sujet ; ou si l'on se dit : "Après tout, il n'y a rien à apprendre, puisque je ne suis qu'un paquet de souvenirs, d'idées, d'expériences, de traditions", on a également cessé de voir ce que l'on est. Lorsqu'on parvient à une réalisation, on a perdu les qualités propres à l'innocence et à l'humilité. Dès que l'on tient un résultat, ou que l'on cherche à s'informer en se basant sur des connaissances acquises, on est perdu, car on ne fait que traduire tout ce qui vit en termes de ce qui n'est plus. Mais si l'on n'a aucun point d'appui, aucune certitude, on est libre de regarder ; si l'on n'a aucun acquis, on est libre d'acquérir. Ce qu'on voit étant libre est toujours neuf. L'homme plein d'assurance est un être humain mort.
Mais comment pouvons-nous être libres de regarder et d'apprendre, lorsque, depuis notre naissance jusqu'à l'instant de notre mort, nous sommes façonnés par telle ou telle culture, dans le petit moule de notre moi ? Nous avons été conditionnés pendant des siècles par nos nationalités, nos castes, nos classes, nos traditions, nos religions, nos langues ; par l'éducation, la littérature, l'art ; par des coutumes, des conventions, par des propagandes de toutes sortes, des pressions économiques, des modes d'alimentation, des climats différents ; par nos familles et nos amis, par nos expériences vécues ; bref, par toutes les influences auxquelles on peut penser, et cela, de telle sorte que nos réactions à tous les problèmes qui se présentent sont conditionnées.
"Est-ce que je me rends compte que je suis conditionné ?" C'est la première question à se poser, et non : "comment puis-je me libérer de mon conditionnement ?" Il se peut que cela ne vous soit pas possible. Donc vous dire : "je dois me libérer" peut vous faire tomber dans un nouveau piège et dans une nouvelle forme de conditionnement. Savez-vous que même lorsque vous regardez un arbre en vous disant que c'est un chêne ou un banyan, ce mot, faisant partie des connaissances en botanique, a déjà si bien conditionné votre esprit qu'il s'interpose entre vous et votre vision de l'arbre ? Pour entrer en contact avec l'arbre nous devons y appuyer la main. Le mot ne nous aidera pas à le toucher.
Comment sait-on que l'on est conditionné ? Qu'est-ce qui nous le fait savoir ?… Comment sait-on que l'on a faim, non en théorie, mais lorsque la faim se fait réellement sentir ? De même, comment, quand, savons-nous que nous sommes conditionnés ? N'est-ce pas lorsque nous réagissons à un problème, à une provocation ? Car nous répondons à l'événement selon notre conditionnement, et celui-ci étant inadéquat réagit toujours d'une façon inadéquate.
Lorsqu'on en devient conscient, est-ce que ce conditionnement d'une race, d'une religion, d'une culture donne un sens d'emprisonnement ? Considérez une seule forme de conditionnement : votre nationalité. Soyez-en sérieusement, complètement conscients, et sachez si vous en éprouvez un sentiment de plaisir ou de révolte ; sachez si vous vous révoltez ou si vous voulez rompre à travers tout ce qui vous conditionne. Si vous êtes satisfaits de votre conditionnement, vous ne faites évidemment rien à son sujet. Si cependant vous n'êtes pas satisfaits lorsque vous en devenez conscients, vous vous apercevez que vous n'agissez jamais sans lui : jamais ! Et par conséquent vous vivez toujours dans le passé, avec les morts.
On ne peut se rendre compte de la façon dont on est conditionné que lorsque survient un conflit dans une continuité de plaisir ou dans une protection contre la douleur. Si tout est harmonieux autour de nous, notre femme nous aime, nous l'aimons, nous avons une maison agréable, de bons enfants, beaucoup d'argent : dans ce cas nous ne sommes en aucune façon conscients de notre conditionnement. Mais lorsque survient l'accident, la femme infidèle, la perte d'une fortune, une menace de guerre ou toute autre cause de douleur et d'angoisse, alors nous savons que nous sommes conditionnés. Lorsque nous luttons contre une chose, quelle qu'elle soit, qui nous dérange, ou lorsque nous nous défendons contre une quelconque menace, extérieure ou intérieure, alors nous savons que nous sommes conditionnés. Et comme la plupart d'entre nous, la plupart du temps, sont perturbés, soit en surface soit en profondeur, ce trouble, ce désordre indique que nous sommes conditionnés. Tant que l'animal est choyé, il réagit agréablement, mais dès qu'il rencontre un antagonisme, la violence de sa nature éclate.
Nous sommes troublés, mal à l'aise, du fait de la vie elle-même, de la situation politique et économique, de l'horreur, de la brutalité, de la douleur dans le monde aussi bien qu'en nous, et tout cela nous révèle combien étroitement nous sommes conditionnés. Et alors, que devons-nous faire ? Accepter d'être ainsi, notre vie durant, comme le font la plupart d'entre nous ? Nous y habituer comme on s'habitue à vivre avec des maux de tête ? Nous en accommoder ?
En chacun de nous est une tendance à s'accommoder des choses, à s'y habituer, à blâmer les circonstances. "Ah ! Si les choses étaient autres, je serais différent", disons-nous. Ou bien : "donnez-moi une occasion favorable et je me réaliserai." Ou : "l'injustice de tout cela m'écrase." Nous ne cessons d'accuser les autres, notre milieu, la situation économique, d'être la cause de tous nos désordres.
Si l'on s'habitue à vivre dans un état troublé et confus, c'est qu'on a l'esprit insensibilisé, tout comme ceux qui s'habituent si bien à la beauté qui les entoure qu'ils ne la remarquent plus : ils deviennent indifférents, durs, leur esprit s'épaississant de plus en plus. Ceux qui ne s'habituent pas à vivre dans cette condition cherchent à s'en évader, soit en se droguant, soit en adhérant à un groupe politique, en s'agitant, en criant, en assistant à des matchs de football, en allant au temple ou à l'église, ou en cherchant d'autres divertissements.
Pourquoi fuyons-nous les faits tels qu'ils sont ? Nous craignons la mort – ceci n'est qu'un exemple – et nous inventons toutes sortes de théories, des raisons d'espérer, des croyances, afin de la déguiser. Mais elle est toujours là. Pour comprendre un fait, il nous faut le regarder, non le fuir. La plupart d'entre nous ont aussi peur de vivre qu'ils ont peur de mourir : peur pour leur famille, peur de l'opinion publique, de perdre un emploi ou une sécurité… peur de mille choses. La vérité toute simple est cette peur, et non notre crainte d'une chose ou l'autre. Cela dit, pouvons-nous affronter ce fait lui-même ? On ne peut l'affronter si ce n'est dans le présent. Si on ne lui permet pas d'être présent, parce qu'on le fuit, on ne peut jamais le rencontrer. Ayant élaboré tout un réseau d'évasions, nous sommes prisonniers de notre habitude de fuir.
Si l'on est tant soit peu sensitif et sérieux, on ne se rend pas seulement compte du fait que l'on est conditionné mais aussi du danger qui en résulte, de la brutalité et de la haine qu'il engendre. Voyant ce danger, pourquoi n'agissons-nous pas ? Est-ce parce que nous sommes paresseux, la paresse étant un manque d'énergie ? Et pourtant, nous ne manquerions pas d'énergie si nous nous trouvions devant un danger immédiat, tel qu'un serpent sur le chemin, un précipice ou un incendie. Pourquoi donc ne faisons-nous rien lorsque nous voyons le danger de notre conditionnement ? Si vous perceviez le danger que le nationalisme fait courir à votre sécurité n'agiriez-vous pas ?
La réponse est que vous ne voyez pas. Peut-être, par un processus intellectuel d'analyse, voyez-vous que le nationalisme est un phénomène d'autodestruction. Mais il n'y a, en cela, aucun contenu émotionnel, lequel, seul, confère de la vitalité. Si votre vision du danger que représente votre conditionnement n'est qu'un concept intellectuel, vous ne ferez jamais rien pour y parer.
Tant que la perception du danger demeure dans le champ des idées, il se produit un conflit entre l'idée et l'action, et ce conflit absorbe votre énergie. On n'agit que lorsqu'on voit, dans l'immédiat, à la fois le conditionnement et le danger, à la façon dont on se verrait au bord d'un précipice. Ainsi, "voir" c'est "agir".
En général, nous traversons l'existence d'une façon inattentive, réagissant sans réflexion au milieu qui nous a formés. De telles réactions ne font que créer de nouvelles sujétions et nous conditionner davantage, mais sitôt que nous accordons à cette emprise une attention totale, nous sommes complètement affranchis du passé : il se détache de nous tout naturellement.
#9
Posté 05 février 2006 à 13:20
Bonjour,
"Il n'y a pas plus de sentier vers la réalité qu'il n'y en a vers la vérité."
d'où tient il cela??
"Je ne vous demande pas de croire en moi. Je ne m'érige pas en autorité. Je n'ai rien à vous enseigner : pas de nouvelle philosophie, pas de système ou de sentier menant au réel."
Et pourtant une ligne plus haut, il a bien l'air de nous apprendre quelque chose.
Il est catégorique: pas de sentier vers la vérité pas de sentier vers la réalité.
Il exerce donc une autorité sur celui qui écoute et donc contredit ce qu'il dit.
" N'étant plus tributaire de personne vous pouvez vous sentir très seuls. Eprouvez donc la solitude. "
c'est pourtant bien lui qui le dit!!
"Si vous pensez pouvoir vous connaître graduellement, en améliorant de plus en plus et petit à petit votre compréhension, c'est que vous ne vous examinez pas tel que vous êtes dans l'instant présent, mais tel que vous vous voyez à travers des connaissances acquises. Apprendre exige une grande sensibilité, et celle-ci est détruite chaque fois qu'une idée, qui appartient nécessairement au passé, domine le présent. L'idée détruit la vivacité de l'esprit, sa souplesse, sa vigilance. Mais la plupart d'entre nous manquent de sensibilité, même physiquement. L'excès de nourriture, le peu de compte en lequel on tient un régime sain, l'abus de tabac et d'alcool rendent le corps épais et insensible ; la qualité d'attention de l'organisme est émoussée. Comment l'esprit peut-il être vif, sensitif, clair, si l'organisme lui-même est alourdi et apathique ? Il peut être sensible à certaines choses qui touchent la personnalité directement, mais pour être complètement sensible à tout ce que la vie implique, il ne faut pas de séparation entre l'organisme et la psyché, car ils constituent un seul mouvement total."
Et surtout n'écoutez les conseils de personne et donc pas les siens non plus.
Pour finir, je dirai humblement et sans animosité, avec toute la liberté et absence de peur, que M. Krishnamurti est le roi du "bien au contraire et réciproquement"
Désolé
A bientôt
"Il n'y a pas plus de sentier vers la réalité qu'il n'y en a vers la vérité."
d'où tient il cela??
"Je ne vous demande pas de croire en moi. Je ne m'érige pas en autorité. Je n'ai rien à vous enseigner : pas de nouvelle philosophie, pas de système ou de sentier menant au réel."
Et pourtant une ligne plus haut, il a bien l'air de nous apprendre quelque chose.
Il est catégorique: pas de sentier vers la vérité pas de sentier vers la réalité.
Il exerce donc une autorité sur celui qui écoute et donc contredit ce qu'il dit.
" N'étant plus tributaire de personne vous pouvez vous sentir très seuls. Eprouvez donc la solitude. "
c'est pourtant bien lui qui le dit!!
"Si vous pensez pouvoir vous connaître graduellement, en améliorant de plus en plus et petit à petit votre compréhension, c'est que vous ne vous examinez pas tel que vous êtes dans l'instant présent, mais tel que vous vous voyez à travers des connaissances acquises. Apprendre exige une grande sensibilité, et celle-ci est détruite chaque fois qu'une idée, qui appartient nécessairement au passé, domine le présent. L'idée détruit la vivacité de l'esprit, sa souplesse, sa vigilance. Mais la plupart d'entre nous manquent de sensibilité, même physiquement. L'excès de nourriture, le peu de compte en lequel on tient un régime sain, l'abus de tabac et d'alcool rendent le corps épais et insensible ; la qualité d'attention de l'organisme est émoussée. Comment l'esprit peut-il être vif, sensitif, clair, si l'organisme lui-même est alourdi et apathique ? Il peut être sensible à certaines choses qui touchent la personnalité directement, mais pour être complètement sensible à tout ce que la vie implique, il ne faut pas de séparation entre l'organisme et la psyché, car ils constituent un seul mouvement total."
Et surtout n'écoutez les conseils de personne et donc pas les siens non plus.
Pour finir, je dirai humblement et sans animosité, avec toute la liberté et absence de peur, que M. Krishnamurti est le roi du "bien au contraire et réciproquement"
Désolé
A bientôt
#10
Posté 14 février 2006 à 08:00
Bonjour,
pour en finir avec krishnamurti et avec les citations, je vais citer un lama tibétain qui a bien connu Krishnamurti.
voici ces propos reccueillis par Renée Weber dans "dialogues avec des scientifiques et des sages".
"je crois que Krishnamurti, qui parle toujours de l'inconditionné, est l'une des personnes les plus conditionnées qui soient. Il est conditionné au point qu'il lui est impossible d'échapper à sa propre pensée, voire à sa propre terminologie. Il est toujours influencé par les expériences de sa jeunesse et de sa prime enfance; il lui est impossible de s'y soustraire, ce qui est tragique.
c'est un homme intelligent, mais il est emprisonné dans une pensée circulaire; il tourne en permanence autour de la question de l'existence et se perd en définitive dans une abstraction pure.je dois dire que je prends plaisir à écouter Krishnamurti parler; c'est un excellent orateur, talentueux et agréable. mais quand je quitte ses conférences, j'ai le sentiment de n'en avoir rien retiré. J'ai constaté en outre qu'il rejetait même ceux qui avait essayé de le soutenir, parcequ'il ne tient pas a se trouver confronté à ses idées propres. Bien sûr, un être sans humour a peu de sagesse, et krishnamurti manque totalement d'humour. En outre la moindre contradiction, la moindre question l'agace, ce qui s'accorde mal à son système. [...] mais en vérité il s'efforce de suivre nombre de principes du Bouddhisme Zen, même s'il prétend n'avoir jamais rien lu de sa vie. je ne puis croire qu'il dit vrai, tout comme je ne puis croire qu'il n'a jamais entendu parler du Zen.
[...] je crois que Krishnamurti aurait intéret à étudier les pensées d'autrui. Ils les comprendrait certes mieux. selon moi, il est excessif de dire: je n'ai été influencé par personne, je ne suis que moi-même."
A bientôt
pour en finir avec krishnamurti et avec les citations, je vais citer un lama tibétain qui a bien connu Krishnamurti.
voici ces propos reccueillis par Renée Weber dans "dialogues avec des scientifiques et des sages".
c'est un homme intelligent, mais il est emprisonné dans une pensée circulaire; il tourne en permanence autour de la question de l'existence et se perd en définitive dans une abstraction pure.je dois dire que je prends plaisir à écouter Krishnamurti parler; c'est un excellent orateur, talentueux et agréable. mais quand je quitte ses conférences, j'ai le sentiment de n'en avoir rien retiré. J'ai constaté en outre qu'il rejetait même ceux qui avait essayé de le soutenir, parcequ'il ne tient pas a se trouver confronté à ses idées propres. Bien sûr, un être sans humour a peu de sagesse, et krishnamurti manque totalement d'humour. En outre la moindre contradiction, la moindre question l'agace, ce qui s'accorde mal à son système. [...] mais en vérité il s'efforce de suivre nombre de principes du Bouddhisme Zen, même s'il prétend n'avoir jamais rien lu de sa vie. je ne puis croire qu'il dit vrai, tout comme je ne puis croire qu'il n'a jamais entendu parler du Zen.
[...] je crois que Krishnamurti aurait intéret à étudier les pensées d'autrui. Ils les comprendrait certes mieux. selon moi, il est excessif de dire: je n'ai été influencé par personne, je ne suis que moi-même."
A bientôt
#11
Posté 14 février 2006 à 08:33
Il est un fait que Krishnamurti dans ses dires manquait totalement d'humour. Il est aussi assez difficile à lire. Mais ne sommes nous pas en présence de quelqu'un qui était à part de notre société et de notre façon de fonctionner? Moi je le crois, il était autre, donc non jugeable par nos propres critères. De plus il était là pour casser notre conditionnement, cela est évident.
J'ai lu ses entretiens avec le physicien David Bohm (physique quantique). C'est tout bonnement prodigieux.
J'ai lu ses entretiens avec le physicien David Bohm (physique quantique). C'est tout bonnement prodigieux.
#12
Posté 14 février 2006 à 09:05
MIB, le Mardi 14 Février 2006, 10:59, dit :
J'ai lu ses entretiens avec le physicien David Bohm (physique quantique). C'est tout bonnement prodigieux.
Peux tu citer l'ouvrage ou Krishnamurti s'entretient avec david Bohm?
Merci
A bientôt
#13
Posté 14 février 2006 à 09:21
Illusion, Je suis très heureuse d'avoir lu ton texte ce matin. Je comprends tout ce que tu dis parce que je suis dans cette phase de transformation actuellement. Malheureusement, certains aspects sont assez souffrants, je ressens une immense solitude. A chaque fois que je rencontre quelqu'un, un ami ou un inconnu, j'entends le même discours, les mêmes lamentations, chacun répète inlassablement son vieux programme sans en avoir conscience.
Je le vois bien dans les réponses de Doutoïd...
Je le vois bien dans les réponses de Doutoïd...
La vérité est un pays sans chemin (krishnamurti)
#14
Posté 14 février 2006 à 09:47
Il y a des choses intéressantes dans les propos de Krishnamurti, mais , je rejoins Doutoïd et le Lama Tibétain, ce n'est pas "réaliste".
Tant que l'on n'a pas développé suffisament notre Conscience et donc éliminer ce qui la voile (conditionnements, etc) il nous est nécessaire d'utiliser des techniques, de recevoir des enseignements, en bref de prendre connaissance de théories et de les mettre en pratique.
Et là où je suis le plus éloigné de la pensée de Krishnamurti c'est qu'il y a, d'après moi, véritablement un chemin à parcourir vers notre Vraie Nature.
Penser que tout est là, OK, mais ce Tout est recouvert d'impureté à nettoyer, et pour nettoyer il faut travailler c'est cela le Chemin.
Tant que l'on n'a pas développé suffisament notre Conscience et donc éliminer ce qui la voile (conditionnements, etc) il nous est nécessaire d'utiliser des techniques, de recevoir des enseignements, en bref de prendre connaissance de théories et de les mettre en pratique.
Et là où je suis le plus éloigné de la pensée de Krishnamurti c'est qu'il y a, d'après moi, véritablement un chemin à parcourir vers notre Vraie Nature.
Penser que tout est là, OK, mais ce Tout est recouvert d'impureté à nettoyer, et pour nettoyer il faut travailler c'est cela le Chemin.
Si le climat était une banque il serait déjà sauvé.
Hugo Chavez
Hugo Chavez










