Citation
11 Septembre 2001 : les tours du World Trade Centre s'effondrent.
Un mois et demi plus tard, Enron, une des 10 plus grosses entreprises américaines annoncait sa faillite.
Ces 2 informations apparemment sans rapports sont tres importantes.
Un mois et demi plus tard, Enron, une des 10 plus grosses entreprises américaines annoncait sa faillite.
Ces 2 informations apparemment sans rapports sont tres importantes.
Revenons au 11 septembre, les avions kamikazes touchent le "Centre mondial du commerce", au coeur de Manhattan, la première place financière mondiale. Wall Street est touchée en plein coeur et immédiatement la Bourse s'effondre. Les Etat-Unis dénoncant un complot de Ben Laden, demandent à leurs compatriotes actionnaires de faire preuve de civisme et de ne pas vendre en masse pour ne pas faire le jeu des terroristes, et faire chuter la Bourse. Le gouvernement fait même pression sur les fonds de pensions, ces monstrueux géants boursiers, dont les mouvements de transferts d'investissements font trembler les économies de pays entiers, afin qu'ils réagissent avec patriotisme.
Un plan coordonné entre les grandes banques centrales occidentales est mis en place pour rassurer les marchés, et redonner la confiance aux investisseurs. Cependant, fragilisées, de nombreuses entreprises doivent procéder à des licenciements. Bien que touchée de plein fouet, la machine économique mondiale repart doucement, et on râle contre ce Ben Laden qui a déclaré la guerre aux démocraties de marché.
La récession était déjà la avant le 11 septembre et une crise économique majeure pointait a l'horizon [1]
Pourtant depuis le début de l'année 2001, les analystes et experts boursiers avaient senti venir la récession, après la Russie, l'Asie, et l'Amérique latine, la machine économique américaine ralentissait. Il en va de même pour la Bourse comme pour une bicyclette, si elle arrête d'avancer elle s'effondre, elle doit maintenir son mouvement par une croissance permanente et l'ouverture de nouveaux marchés. Tout ce qui stagne ou baisse n'a pas sa place dans le monde merveilleux du libre-échange, seuls survivent les gagnants, les autres sont dévorés. Or, si on pressent l'arrivée de la récession depuis le début de l'année, le verdict tombe fin août (Voir le titre de The Economist 25/08/02 en image). L'économie mondiale serait déjà en marche arrière, la bulle spéculative va crever et la confiance dans les marchés risque de disparaître. Si la croissance s'arrête, les actionnaires vont vouloir vendre massivement, entraînant le marché boursier dans un cercle vicieux de chute des cours s'auto-alimentant.
Couverture aggrandie du magazine The Economist du 25 aout 2001
Fin de l'article : Aucune bulle d'investissement n'a jamais éclaté sans causer une baisse économique sérieuse. Meme si l'économie américaine évite la récession, le ralentissement sera certainement prolongé. (...) En attendant que l'economie se porte mieux,les banques centrales devraient continuer à assouplir leur politique monétaire, les gouvernements devraient être plus flexibles sur leur politique fiscale - et tous devraient fortement croiser les doigts.
Dans l'économie globalisée, tous les systèmes financiers des différents pays sont interconnectés entre eux et surtout liés à l'économie américaine d'où proviennent de nombreux investissements. Celle-ci étant censée être le modèle à suivre. Mais ce système ne tourne pas toujours rond, comme le rappelle Michel Collon, " en dépit de certaines circonstances favorables, les crises conjoncturelles du capitalisme occidental se succèdent à intervalles de plus en plus rapprochés. En outre, plusieurs régions dites prometteuses se sont effondrées l'une après l'autre : les tigres asiatiques, la Russie, l'Amérique latine. A chaque fois, les analystes financiers ont craint que Wall Street et tout le système mondial soient entraînés dans une récession catastrophique. Beaucoup n'excluant pas une réédition du krach de 1929 et considérant avec appréhension le ralentissement de l'économie, entamé fin 2000.
De toute façon, même s'il échappe au krach pour cette fois, le capitalisme occidental ne fait que retarder son problème. Puisqu'il reporte toujours davantage le poids de la crise sur le tiers monde et sur les pauvres. Mais cette solution crée un problème plus grand encore : comment les multinationales pourront-elles vendre à ceux qu'elles ont appauvri ? Cela s'appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Le fossé riches/pauvres n'est pas seulement une injustice immorale ; il est aussi un problème économique insoluble pour le capitalisme. D'un côté, existent des capacités de production sans précédent et sans cesse croissantes ; de l'autre côté, un écart toujours plus grand entre ceux qui produisent et ceux qui devraient consommer. Neuf personnes sur dix sont aujourd'hui dans le besoin, et les programmes de la Banque Mondiale ou du FMI ne cessent d'aggraver cela. Ce n'est pas ainsi qu'on fabrique des clients qui feront tourner l'économie globale.
Avant même les attentats, l'économie US (le modèle, à ce qu'il paraissait) venait de perdre un million d'emplois en un an. Et les entreprises technologiques (l'avenir de la Bourse, nous avait-on dit) étaient en chute libre" [2]. Les entreprises qui étaient jusque la prise dans la folie des fusions, allaient donc vraisemblablement vouloir rentabiliser et donc dégraisser, entraînant chômage et mécontentent massif dans la population. L'application du programme de Bush (moins de social, plus de militaire) s'annonçait difficile. D'autant que fin mai 2001, les républicains avaient perdu le contrôle du Sénat et risquaient de se retrouver minoritaires à la Chambre des représentants, après les élections législatives de 2002. A supposer que les démocrates affirment leurs différences, le programme de remilitarisation de Bush serait freiné.
Le marché c'est la confiance, la concurrence et la transparence…
… en théorie
Le marché ne fonctionne que grâce a la confiance des gens qui y participent, ou du moins, pensent que le marché est inévitable. Tant que les gens, les entreprises pensent que le marché est basé sur la concurrence et la transparence, que les investisseurs croient qu'en achetant aujourd'hui ils peuvent gagner de l'argent demain, donc que la confiance règne, tout va bien.
Mais si ils apprenaient que toutes les données qu'ils ont sur les Bourses sont fausses ? Que les résultats d'une entreprise dépendent plus des jeux d'écritures comptables que des résultats réels. Que la compétition concurrentielle est truquée, avec la bénédiction même, de ceux censés les contrôler. Que les dirigeants sont avides de fusions car elles ont pour effet de faire exploser le cours de l'action et par la même, la valeur de leurs portefeuilles de stock-options. Sans parler des journalistes spécialisés intéressés parce qu'eux-mêmes possèdent des actions et sont donc souvent très proches des milieux d'affaires.
Que deviendrait la confiance ? Elle s'effondrerait, on ne pourrait plus rien croire dans le discours des entreprises, des patrons, des politiques, des gendarmes boursiers. En langage spécialisé, on dirait que "le marché est risquophobe" . On aurait une crise de confiance généralisée qui s'étendrait à l'économie mondiale, rejouant la même scène qu'en 1929, qui avait ruinée des pays entier, et en Allemagne avait préparé le terrain a l'arrivée d'Hitler.
L'affaire ENRON aurait dû faire tout sauter
Après le 11 septembre, les images, les déclarations des officiels, puis la guerre d'Afghanistan occupent la une des journaux. Georges W. Bush vole à plus de 90% d'opinions favorables, lui le président illégitime, arrivé au pouvoir à la suite de manipulations douteuses. Ce fils a papa sans charisme, plus connu pour ses "dérapages" verbaux que pour son acuité intellectuelle ou son talent de visionnaire, devient enfin Le Président aux yeux des américains et du monde.
Or, fin novembre une nouvelle incroyable sort discrètement : Enron désigné six années de suite comme "la société la plus innovante" par le magazine Fortune, 16eme entreprise du monde par son chiffre d'affaire, numéro un mondial du négoce de l'énergie, mais aussi groupe de télécommunications se déclare en faillite. Son chiffre d'affaires avait pourtant été multiplié par trois entre 1998 et 2000 et son cours de Bourse par dix, en dix ans. Apres l'annonce de la faillite d'Enron, rien ne se passe ou presque. L'Amérique est alors surtout préoccupée par la guerre contre le terrorisme. Les commentateurs attribuent le dépôt de bilan à la récession et à des erreurs de gestion. Les liens entre Enron et George Bush sont à peine évoqués. Il faut cinq semaines et les premières révélations sur les pratiques comptables d'Enron, sur l'enrichissement de ses dirigeants au détriment des employés et des actionnaires, pour que le scandale éclate. Le département de la justice ouvre une enquête, le 9 janvier. La plus grande faillite de l'histoire américaine devient une affaire criminelle et politique. Elle éclabousse la Maison Blanche et met à mal la crédibilité de Wall Street et des entreprises américaines. Et on découvre avec stupeur que ce que l'on croyait être un fleuron de l'économie américaine n'était qu'une gigantesque escroquerie.
Du vent.
Un monstre vorace qui proliférait sur l'ouverture de nouveaux marchés, accordés par des amis politiques qu'elle finançait. Les « réformes » libérales (levée des restrictions à l'importation, création d'un « bon climat » pour les investisseurs) favorisées à l'échelle de la planète par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) permettaient en effet au conglomérat de Houston de profiter au maximum de l'ouverture des marchés. Il fut d'ailleurs un lobbyiste très actif à Genève, siège de l'OMC. Parallèlement, comme c'est souvent la règle d'une économie « de marché » basée sur la concurrence, des diplomates américains et des officiels de la Maison Blanche apportaient leur soutien, parfois brutalement, à la défense des intérêts de l'entreprise privée « mondialisée ». Obtenir un tel appui de l'administration ça se paye. En dix ans, Enron a consacré 10 millions de dollars à ses activités de lobbying politique. Son influence politique était considérable au Texas et à la Maison Blanche, surtout depuis l'élection de George W. Bush. M. Lay est un ami de vingt ans de George Bush père, de son fils, le président actuel, et du vice-président Dick Cheney. Il jouait au golf avec Bill Clinton. Le gouvernement est truffé d'anciens employés et consultants du groupe texan. Trente-cinq membres de l'administration Bush possédaient des actions Enron. Près de 190 parlementaires dont 71 sénateurs ont bénéficié de ses largesses [3].Ce fut le principal « parrain » George W. Bush et le très généreux bailleur de fonds de plusieurs membres de son administration, dont John Ashcroft, ministre de la justice.
Après sa révélation publique, l'affaire partage peu a peu la une des journaux avec la guerre d'Afghanistan. Au fil des mois et des enquêtes, on apprend l'ampleur des fraudes. On parle de "malversations" et de "véritable culture du mensonge". Pour masquer l'échec de son modèle, Enron s'était lancé dans une véritable fuite en avant, dissimulant les dettes et les pertes par de nouvelles acquisitions et de multiples partenariats. La clé de voûte du modèle Enron, c'est le cours de Bourse. Tout est fait pour le faire monter, et pouvoir ainsi continuer à emprunter et à rémunérer généreusement les dirigeants saisis de la fièvre des stock-options.Enron avait constitué une nébuleuse de plus de 3 000 sociétés associées qui servaient à emprunter de l'argent, à dissimuler les pertes et aussi à échapper à l'impôt sur les sociétés. Le groupe texan n'en a pas payé pendant quatre ans sur les cinq dernières années d'activités. Pour cela, il avait créé 881 filiales dans des paradis fiscaux, dont 693 dans les îles Caïmans.
On apprend aussi que les dirigeants avant la catastrophe, ont quittés ce "Titanic" économique avec des millions de dollars. Tandis que les petits actionnaires parmi lesquels des salariés ayant investis tout l'argent de leur retraite en actions de l'entreprise, se voient refuser la vente de leurs titres à cause de l'enquête en cours, alors que la valeur de l'action devient nulle. Beaucoup sont complètement ruinés. On s'aperçoit enfin que le cabinet Arthur Andersen chargé de certifier les comptes, à couvert ces pratiques, menti et a même détruit des documents le compromettant gravement dans cette affaire.
Bref, voila le vrai visage des fleurons de l'économie libérale américaine : entente frauduleuse entre patrons et politiques, mensonges généralisé, trucages des comptes, évasion fiscale, enrichissement scandaleux des dirigeants et ruine des salariés et petits actionnaires, pillage du tiers monde par l'ouverture et la mise en concurrence de nouveau marchés.Car Enron n'est pas seulement un cas particulier, mais plutôt le symbole d'un système [4]. Entre autres exemples : Global Crossings, et surtout WorldCom, groupe de télécommunications en faillite qui a admis, que les irrégularités comptables qui lui ont permis d'augmenter artificiellement ses revenus, s'élèvent au total à 7,1 milliards de dollars.
L'Argentine comme modèle de libéralisme
Pour bien comprendre l'ampleur du risque pesant sur l'économie mondiale, il faut aussi citer l'exemple de la faillite de l'Argentine, pays ayant pourtant suivi scrupuleusement les "plans d'ajustements structurels" du Fond Monétaire International (ces fameux plans qui préparaient le terrain au pillage par des monstres financiers comme Enron) et se retrouvant complètement vidé de toute richesse. Comble de l'absurdité, le paiement des intérêts de la dette du pays provoque un endettement encore plus grand, car l'Argentine emprunte pour payer les intérêts de sa dette, menant le pays au krach financier [5]. Le dépeçage de l'économie par l'élite du pays et les entreprises transnationales, avec la complicité des institutions financières internationales est, comme dans l'affaire Enron, particulièrement exemplaire. Le Monde du 13/08/02 titra plus tard sur "L'échec du FMI, pompier pyromane pour des pays en difficultés", expliquant que les programmes imposés par le Fonds aux Etats en crise ont parfois aggravé la situation, jusqu'à provoquer un désastre. "Indonésie, Thaïlande, Corée, Russie, Brésil et Argentine : six échecs en moins de six ans", dénonce l'ex-vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz. Prix Nobel 2001 d'économie, il attaque dans son livre, La Grande Désillusion [6], la doctrine libérale que le FMI impose aux pays en difficulté ainsi que les erreurs de l'institution "dans tous les domaines où elle est intervenue" : le développement, la gestion des crises et la transition du communisme au capitalisme. Il commente : "Quand neuf patients sur dix soignés par un même médecin meurent, il est clair que le médecin ne sait pas ce qu'il fait." Il faudrait rajouter : "a moins qu'il n'ai pris le soin de faire inscrire son propre nom sur le testament du patient …". D'autant qu'a chaque dépôt de bilan d'un pays, le FMI verse une aide dérisoire (au regard de la somme que le pays injecte dans les économies occidentales lors du paiement de la dette). Cette aide évitant l'effondrement direct du pays et, au passage, permettant aux investisseurs privés de sauver leur mise. Ce qui apporte de l'eau au moulin de Joe Stiglitz, qui soupçonne le FMI "de se soucier plus de l'intérêt des marchés financiers que de la croissance des pays qu'il aide" [7]. Soupçonne seulement ? Il serait intéressant de lui demander : "Ne soupçonnez vous pas qu'une augmentation de croissance ne va pas forcément de pair avec une augmentation de la qualité de vie … ?"
Ces illustrations du caractère prédateur et impérialiste des politiques ultra-libérales aurait du faire l'effet d'une bombe sur l'économie mondiale et l'opinion publique. Et doper un mouvement anti-mondialisation (libérale) de grande ampleur, qui était déjà en train de se développer internationalement. Ce mouvement, en partie responsable de l'échec des négociations de l'OMC, et rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes à chaque rencontre du G8, était prêt à muter pour devenir une force politique importante. Et qui allait tôt ou tard poser problème à la poursuite de l'impérialisme économique US a la sauce Clinton via l'OMC.
Que ce serait il passé si les twins tower ne s'était pas effondrées a ce moment la et si aux yeux du grand public, la crise économique était due aux caractéristiques intrinsèques de l'économie libérale plutôt qu'à Ben Laden ?
Ceci n'est que pure spéculation (je sais, risquée en ces temps de crises…), mais imaginons : l'affaire aurait fait la une de tous les journaux dans le vide d'informations du brouhaha médiatique. D'autant que d'autres faillites frauduleuses ont suivies avec en toile de fond les échecs du FMI. Bush aurait sûrement eu plus de mal à redonner confiance (il suffit de voir comme la Bourse n'en finit pas de chuter, un an après), et aurait même probablement eu à subir son "Enrongate". Auditions, enquêtes, destitution ?
La crise économique aurait ravagé la planète et entraîné des soulèvements de populations et porté au pouvoir des anti-mondialisations, des "rouges", des communistes, la pire espèce aux yeux de la classe dirigeante néoconservatrice américaine. Au cours des 50 années passées de part le monde, ces gens qui n'avaient pas les mêmes idées pour leur pays que l'élite américaine, ont été qualifiés de communistes, pourchassés, emprisonnés, empêcher d'être élus démocratiquement par des coups tordus de la pire espèce (on pourrait écrire des volumes sur le travail de la CIA depuis 50 ans).
Depuis le début 2001 ça sentait le gaz dans la machine économique mondiale. Il suffisait d'une allumette comme Enron pour faire tout sauter. Mais magiquement, Ben Laden a fait sauter un pétard mouillé qui a neutralisé une grande part des dégâts que le scandale Enron aurait pu provoquer.
En affaiblissant temporairement l'économie et déclenchant une réaction de grande ampleur, le 11 septembre a agit comme vaccin
Car en fait et paradoxalement, le 11 septembre a eu un effet bénéfique sur l'économie américaine : Il a agit comme "vaccin" contre la récession. En deux mots : il a permis une prise de conscience de l'entrée en récession et accéléré les décisions pour y remédier, notamment plusieurs baisses des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine. La résistance des marchés financiers dans un premier temps a surpris et les Américains ont continués de consommer. De fait, la confiance des ménages américains dans leur économie, qui avait commencé à s'effriter bien avant le 11 septembre, ne s'est pas effondrée. Au contraire. Un diagnostic que confirme l'ancien ambassadeur des Etats-Unis et banquier d'affaires Felix Rohatyn : "Les attentats ont eu un impact plus important du point de vue psychologique et sur le budget militaire que sur l'économie en général."
Même si plusieurs secteurs, ont directement pâti des attentats (les compagnies aériennes, notamment, ainsi que les assureurs), le véritable choc, pour l'économie mondiale, est arrivé le 4 décembre 2001 : le scandale de la faillite d'Enron, avec la mise à nu de certaines pratiques comptables, a sapé les fondements du capitalisme financier. Bien sur depuis l'affaire Enron, la Bourse a chutée de façon catastrophique, mais le 11 septembre a permis de ralentir la chute des cours et de l'étaler dans le temps, empêchant l'effondrement complet du système financier international, comme en 1929 ou la bourse avait perdu quasiment toute sa valeur en quelques heures. Dès le 29 janvier, Paul Krugman, professeur d'économie et de relations internationales à l'université de Princeton, déclarait dans un éditorial du New York Times : "Le scandale Enron nous a appris des choses sur notre propre système que nous aurions probablement déjà dû savoir, mais n'étions pas parvenus à voir. Je prédis que dans les années à venir, c'est Enron, et pas le 11 septembre, qui sera considéré comme le moment le plus décisif pour la société américaine." [8]
Enfin le 11 septembre a fourni un prétexte pour militariser l'économie et les esprits, meilleure solution pour relancer l'économie et poursuivre une politique impérialiste. Ceci convient parfaitement a Bush et ses faucons, dont l'agenda était un impérialisme de type militaire et non économique comme les colombes de Clinton.
Militariser l'économie comme solution à la crise
Comment relancer l'économie ? Comment faire tourner la machine ? Dans la logique du marché, pour que l'économie tourne, les entreprises doivent produire pour créer des emplois mais surtout de la valeur. L'offre doit trouver un débouché. Mais quand le consommateur est pauvre, au chômage, ou a peur du lendemain, qui achète ? Sans demande pour absorber l'offre, les prix s'effondrent, le marché et la confiance aussi. Pour pallier à la défaillante consommation privée, rien de tel que les énormes commandes publiques. Mais on ne peut pas construire des bâtiments ou des autoroutes tout le temps. Alors qu'avec la guerre on peut produire beaucoup sans risque de problèmes d'écoulement des stocks, puisqu'en principe, tout est voué à être détruit. Il faut savoir aussi que le complexe militaro-industriel ne se limite nullement aux seuls marchands de canons au sens traditionnel, mais englobe également les multinationales classiques : Ford, General Motors, Motorola, les sociétés technologiques. De nombreuses sociétés profitent donc des commandes militaires. La production du matériel de guerre brasse beaucoup d'argent et de main d'oeuvre (200 milliards de dollars pour le seul projet de super bombardier JSF). Donc cela crée des emplois, et de la valeur boursière. Lorsqu'il y a de l'emploi, la confiance revient. Quand la confiance est la, la consommation repart. Et quand la consommation va, les entreprises prospèrent. Et la machine économique tourne, les marchés sont contents, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes. Même quand tout le matériel n'est pas consommé, le simple fait de produire est déjà important. Car un autre point fort du matériel militaire, c'est qu'il est vite obsolète. A peine est il produit qu'il faut investir dans la génération d'après, pour préparer les armes de demain. Enfin la supériorité militaire, toujours présentée par Bush comme un "moyen de défense" est bien sur en réalité, à but offensif et vise à accaparer les richesses de la planète. Au détriment certes des peuples du tiers monde, mais aussi au détriment de ce que Washington appelle "ses amis", et qui sont en réalité ses rivaux dans le partage du monde.
La première phase du programme actuel est la guerre en Afghanistan, étape clé prévue depuis longtemps dans la bataille pour le contrôle du "grand échiquier" mondial. Ce pays est d'un intérêt stratégique majeur, du fait de sa situation au coeur de l'Eurasie, entre l'Iran, la Russie, l'Inde et la Chine [9]. La conquète de l'Afghanistan permettra, si les Etats-Unis réussissent à stabiliser le pays, de réaliser le projet de pipeline cher à la compagnie US Unocal, et qui ira du Kazakhstan au Pakistan, en passant par l'Afghanistan. Le pétrole est-il le but ultime des Etats-Unis ? Non, ce n'est pas un but en soi. C'est une arme, une possibilité de chantage. Couper l'approvisionnement énergétique d'un pays, c'est comme couper l'oxygène à un être vivant, cela revient asphyxier son économie. Sans pétrole, les usines, les transports, tout s'arrêterait de tourner, le pays se paralyserait avant de s'effondrer. Le but de ce pipeline n'est donc pas seulement économique, mais géopolitique car il permettrai notamment :
de court-circuiter les pipelines russes dans l'exploitation des richesses pétrolières de la Caspienne (comme le pipeline traversant le Caucase et la Turquie et sous contrôle US).
de garder la main sur la route qui approvisionnera le Japon et la Chine en pétrole.
de diversifier l'approvisionnement en pétrole et de réduire la dépendance américaine vis a vis de l'Arabie Saoudite.
La famille Bush dans la cathédrale de Washington pendant une cérémonie d'hommage aux victimes des attentats. De gauche a droite : le president américain Georges W. Bush, son pere Georges Bush Sr (ancien président, ancien directeur de la CIA), et sa mere Barbara Bush.
Militariser des esprits comme projet politique
Enfin la guerre est un cadeau fait aux dirigeants. L'hystérie de guerre et la haine pour l'ennemi, excités par la propagande nationaliste, rassemble la population autour de son gouvernement (Après le 11 septembre, la popularité de Georges W. Bush est monté vers des sommets inégalés dans l'histoire américaine). Mieux, l'esprit guerrier focalise à l'extérieur, l'attention de l'opinion et la détourne des problèmes intérieurs. Aux Etat-Unis, après le 11 septembre, le patriotisme a remplacé la censure, permettant de museler les démocrates et les médias. La "guerre contre le terrorisme" permet de justifier auprès de la population les privations à venir et les réductions des libertés civiles, elle permet aussi de renforcer le contrôle et la répression. Elle a mis en place un climat psychologique propice aux dirigeants occidentaux dans leurs chasses aux opposants, maintenant tous mis dans le même sac sous le nom de "terroristes". Ainsi, la proposition française définit l'activité terroriste :
Comme un acte commis au nom d'une cause politique, religieuse ou idéologique en vue d'intimider la population ou de contraindre une personne ou un gouvernement à accomplir un acte
Qui a pour but de causer des blessures graves ou la mort, de compromettre gravement la santé ou la sécurité de la population, de causer des dommages matériels considérables ou de perturber gravement des services publics.
Ainsi, s'il tente de démonter un McDo ou de détruire un champ d'OGM, José Bové pourra donc être étiqueté "terroriste". Comme tout militant syndical ou antimondialisation en Europe, s'il recourt à une des formes traditionnelles d'action de rue. En fait, cette définition du crime politique vise un large éventail d'opposants, que ce soit des pacifistes, des écologistes, des anti-libéraux, anti-impérialistes, ou des organisations indépendantistes de toute sortes. C'est particulièrement important pour Bush, qui avait à affronter nombre de critiques à propos de ses choix politiques : rejet du protocole de Kyoto sur l'environnement, de la cour pénale internationale, ou de la réduction du nombre de missiles, sabordage du travail de l'Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques (OCDE) sur le contrôle des paradis fiscaux.
Rien ne sera plus comme avant …
Pas si sûr…
Mikhaïl Gorbatchev a déclaré à la fin de la guerre froide qu'il était en train de faire quelque chose de terrible à l'Occident : le priver de son ennemi. Depuis le 11 septembre le "gouvernement de guerre froide sans guerre froide", de Bush a retrouvé une raison d'être. Tirant tout le profit possible des attentats du 11 septembre, il entraîne aujourd'hui le monde entier dans la "guerre contre le terrorisme". Mais en partant en "croisade" contre le terrorisme d'un coté, tout en le pratiquant lui même (embargo irakien, bombardements unilateraux), en laissant son allié Sharon écraser la Palestine au mépris des résolutions de l'ONU, en se donnant le droit d'attaquer unilatéralement n'importe quel pays, Bush est en train de créer des vocations de terroristes et de construire la réalité qu'il prétend décrire. Les dirigeants guerriers americains nous ont avertis : la guerre sera longue avant la victoire finale. Peut être parce que le but n'est pas la fin du terrorisme, mais l'état de guerre lui même. Sans ces événements, Georges W. Bush aurait-il eu la même facilité pour augmenter le budget militaire US ? Aurait-il eu la même légitimité pour partir à la conquête de l'Afghanistan puis de l'Irak ? Comment se serait-il sorti de l'affaire Enron si la guerre en Afghanistan n'avait pas occupée les médias et les esprits ? Comment aurait il résolu cette crise de confiance ? Que serait il advenu de l'économie mondiale ?
En tout cas remercions Ben Laden qui a relancé la guerre, il a sauvé l'économie mondiale ! Il a donné a l'Amérique l'ennemi qui lui manquait depuis la disparition de l'URSS, et donne à Georges W. Bush une raison d'être et un projet politique. Mais au fait, ce Ben Laden, est il vraiment un ennemi de Bush ? Tiens, on dit que la CIA aurait rencontré Ben Laden en juillet [10]… Ce doit être de mauvaises langues ennemies du "Bien"…
[1] Le Monde 27/11/01 Les Etats-Unis datent au printemps, le début de leur récession
[2] Michel Collon, La guerre globale a commencée. Ce texte fait partie d'un livre collectif : L'Empire en guerre - Le monde après le 11 septembre, Coédition Temps des Cerises - EPO, Paris - Bruxelles. Le texte complet est disponible a l'adresse suivante : http://www.cybernaut...elOrdreMon.htm]
[3] Le Monde 07/02/02 Pendant cinq ans, Enron a masqué l'échec de son modèle
[4] Sur l'affaire Enron, lire le dossier dossier du Monde diplomatique :
[5] Sur la crise argentine, lire le dossier du Monde diplomatique :
[6] La grande désillusion, Joseph Stiglitz - Fayard éditeur
[7] Le Monde 13/08/02 L'échec du FMI, pompier pyromane pour des pays en difficulté
[8] Le Monde 10/09/02 L'impact sur l'économie internationale est resté limité :http://www.lemonde.f...289716-,00.html
[9] Le grand échiquier ,Zbigniew BRZEZINSKI Bayard Centurion. Résumé : Le grand échiquier
[10] Le Figaro 31/10/01 La CIA aurait rencontré Ben Laden en juillet
Source: http://www.confident...?id_article=182










