Chers amis, je remonte très haut, mais j'étais en vacances.
Pour Acacia : la gnose est le fondement de l'ésotérisme chrétien traditionnel, c'est certain. Selon Henry Corbin, l'Islam a conservé cette tradition gnostique rejetée par l'Eglise catholique.
En ce qui me concerne, j'aime beaucoup la gnose telle qu'elle a pu rester ou être restituée par les uns et les autres, mais parfois, on n'y voit pas très clair. Corbin, quoi qu'il en soit, donne de l'ésotérisme islamique une vision remarquablement nette. Mais évidemment, c'est à l'intérieur d'une tradition qui n'est pas forcément la nôtre. Les symboles ne parlent pas immédiatement à l'âme de l'Occidental moderne. Or, une étude trop intellectualisée de vieux symboles risquerait à mon sens de ne pas nourrir très en profondeur l'être humain. Le progrès moral qu'on en tirerait resterait plutôt théorique.
Et peut-être que cela a un rapport avec ceci : pour moi, Combes était réellement extrêmiste, et je suis un peu surpris que tu admettes d'un côté qu'il a encore des héritiers dans la franc-maçonnerie et que, de l'autre, il n'y ait pas le même extrêmisme au sein de celle-ci qu'ailleurs. Tu veux dire : pendant le travail en loge ? Dès qu'on sort, en étant la même personne, c'est pareil ? On n'en a rien tiré ? On est poli et délicat en réunion privée, et ensuite, on pense justifié d'aller faire des reproches remplis de colère à celui-ci ou à celui-là parce qu'il mentionne Dieu dans ses discours ?
J'ai écrit un jour un traité sur la poésie et l'ai donné à mon éditeur d'alors, presque entièrement consacré à la publication de poésie et situé à Paris, pas très loin de la Sorbonne. Il est du courant laïque. Il m'a fait des reproches de forme, mais le principal reproche de fond qu'il avait à faire, c'est que je citais le Christ, et que, selon lui, cela privait de liberté le poète que de se relier à une religion. Moi, je trouve que c'est grotesque. Car c'est lui qui prive de liberté les poètes en leur interdisant de se relier à une religion. Mais j'ai quand même l'impression que l'idée radicale qu'il défend n'est pas, en France, réservée à des agitateurs, mais à des intellectuels raffinés et munis de titres, de diplômes, de grades de toutes sortes. Je dirai même que cette idée est celle qui domine la vie intellectuelle française.
Inutile de dire que mon livre n'a jamais été publié. Je ne crois pas à un complot dirigé contre moi personnellement, cela va de soi. Mais de rester dans une structure pyschologique de combat, au sein d'un organisme à vocation initiatique, je trouve cela pour le moins bizarre. Cela fait apparaître des idées qui, dans les faits, me semblent radicales, comme tout à fait normales et naturelles.
J'ai publié, tout de même, un article sur la poésie dans une revue : je critiquais une idée de Bonnefoy, le champion de la "théologie négative" ; en effet, il avait reproché à Mallarmé son idéalisme, je dirai, platonicien. Mais au nom de quel principe proprement poétique, je ne le comprenais absolument pas.
J'ai bien le sentiment qu'on peut, par des réflexions un peu abstraites sur des symboles mystiques, justifier des positions qui dans les faits sont radicales, au lieu de développer réellement le sens moral et l'équité. Non ? On médite sur un symbole païen et voilà que tout à coup la croix de Jésus apparaît comme une abomination ! Alors, l'engagement dans la vie de la cité se traduira comme chez Emiles Combes, ou je m'abuse ?
Il y a peut-être des âmes qui ne sont déjà pas assez mûres pour qu'on leur mette sous les yeux des symboles sortis d'époques immémoriales ! Car alors, les coups de fouet reçus au Petit-Séminaire ressortent à la conscience, sous le coup de l'émotion, et on commence à vouloir mettre à la rue toutes les nonnes de l'univers !
Bref, je suis perplexe : car j'ai d'autres exemples qui montrent qu'en France, tout de même, les libertés religieuses sont limitées par cette tradition relativement typique. Qu'est-ce que tu en penses, Acacia ?
Ce message a été modifié par Vurnarim - 28 avril 2006 à 07:04.