Le style du Coran est bien celui des révélations bibliques : cela ne fait aucun doute. L'ange Gabriel est le même, pour Mahomet, selon qu'il s'agit de celui qui lui a parlé ou de celui qui apparaît et dans le Nouveau, et dans l'Ancien Testament. Et le Coran se situe bien dans la continuité de l'histoire telle que l'évoque la Bible : les allusions contenues dans les sourates à cet effet sont claires. Même la présence d'Alexandre ne prouve rien, en ce que son action est interprétée selon les symboles de l'Ancien Testament et donc du judaïsme.
La confusion entre l'idée tirée d'un fait mystique et le fait mystique lui-même motive la rigidité du point de vue qu'on peut avoir. Je ne comprends rien à ce qui précède : pour le Coran, Jésus était bien né d'une vierge et d'un ange, et cela n'a rien à voir avec la nature telle que le matérialisme moderne le conçoit. Bien au contraire, faire de Jésus le fils de Dieu d'une manière abstraite, théorique voire allégorique, comme on le voit souvent faire parmi les catholiques, a quelque chose qui ne contredit en rien les lois physiques selon lesquelles un homme ne naît jamais d'une vierge.
J'ai l'impression qu'il existe un présupposé selon lequel lorsqu'on invente un fait surnaturel, on a forcément quelque chose de religieux à dire. Eh bien, je ne crois pas que ce soit le cas. On invente un fait surnaturel d'abord parce qu'on a eu une vision brute, née du seul sentiment, comme peut l'être un rêve, et non d'une idée claire, telle qu'un dogme peut en contenir. Croire que les mythes viennent de gens qui ont une pensée d'abord intellectuelle serait une erreur profonde ; en réalité, le mythe ne vient pas de la philosophie, mais de la poésie. Ce n'est qu'après-coup que les théologiens en donnent une interprétation ou une autre.
Bref, tant pour l'Islam que pour le catholicisme traditionnel, Jésus est né d'une vierge et d'un être surnaturel, et du point de vue du naturalisme, ou du matérialisme historique, que cet être surnaturel s'appelle Dieu ou Gabriel n'a au fond aucune espèce d'importance. Ce n'est pas dans les noms qu'est la chose. Dans les deux cas, il s'agit bien d'un être immatériel et surnaturel.
Pour les théologiens musulmans, cet être n'est pas le dieu absolu et universel, mais seulement un ange. Donc, Jésus n'est pas le fils de Dieu. Pour les théologiens catholiques d'autrefois, cet être n'était que l'entonnoir de la volonté de Dieu, si je puis utiliser cette image triviale, et donc, Jésus est bien né directement de Dieu.
Dans les deux cas, je crois bien qu'on est en dehors de la nature telle que le matérialisme la conçoit. On pourrait penser que l'Islam en reste à des choses plus simples sur le plan de la nature même, et c'est vrai, si on accepte de placer dans la nature des forces immatérielles ; si on ne l'accepte pas, le caractère abstrait du catholicisme, finalement, s'accorde mieux avec la science actuelle : car dire que Jésus est le fils de Dieu et l'entendre d'une façon allégorique n'empêche pas forcément qu'il soit charnellement né d'un mortel ; on peut toujours dire que c'est son message qui est divin, et qu'il était né pour le diffuser. C'est ce que font les Protestants.
Je dirai pour finir que le matérialisme est une doctrine en soi, qui tantôt se rapproche plutôt de telle religion, plutôt de telle autre ; mais il reste surtout lié à la tradition de l'ancienne Rome, et donc, il existe dans le catholicisme quelque chose qui a préparé son avènement dans l'Occident actuel, je crois.
Ce message a été modifié par Vurnarim - 06 juillet 2006 à 13:11.