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Les tests d'ADN sont-ils fiables ? c'est très loin d'être sûr

#1 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 06 juin 2006 à 11:48

En faisant des recherches sur la génétique et l'ADN, je suis tombé sur ce très intéressant article.

http://www.balde.net...ilmann%200.html

L'auteur nous fait part de faits très peu connus de ce coté-ci de l'atlantique à propos de la fiabilité des tests d'ADN utilisés pour identifier des personnes.

Dans les journaux, à la radio ou à la télévision, on nous fait croire que les test d'ADN utilisés pour identifier une personne sont absolument fiables, que le taux d'erreur est de moins de 1 sur 1 milliards (voir moins). En fait, comme le texte le montre, ce n'est absolument pas le cas. La méthode n'est pas fiable du tout.

Or, ce mensonge est un des piliers de la croyance populaire dans la valeur de la génétique moderne. Si quelqu'un s'avise de remettre en cause la théorie génétique actuelle, on lui fait valoir ce genre d'argument, ce qui clot la conversation. Mais si cet argument est faux, alors, ça ouvre la voie à bien des remises en cause et des interrogations.

Ce texte est apparemment écrit par un juriste (en 1994) et le problème est posé dans un cadre judiciaire. Ce sont les avocats américains, dont on connait le mordant, qui ont les premiers commencé à remettre en cause la valeur des tests d'ADN.


"A l'heure actuelle, selon les données publiées par le ministère de l'Intérieur, 300 ingénieurs et techniciens procèdent dans les laboratoires de police scientifique à près de 10 000 examens et analyses par an. Leur intervention a pour finalité essentielle d'identifier des personnes ou des objets. Ainsi l'examen d'une tache de sang ou d'une trace de peinture par exemple, sert à les caractériser en tant que telles ; des analyses plus approfondies effectuées en laboratoire permettent ensuite de les relier, chacune dans sa catégorie, à l'individu ou à l'objet dont elles proviennent et à lui seul.(2)

De toutes les techniques utilisées par les laboratoires scientifiques, celle dite des "empreintes génétiques" est sans conteste la plus médiatisée. L'analyse de l'ADN (acide désoxyribonucléique) ouvre en effet des perspectives nouvelles en matière d'identification des personnes. Mais alors qu'en France, son utilisation suscite toujours des réactions favorables, à l'étranger, la réputation d'infaillibilité de cette technique est âprement discutée. Aux Etats-Unis en particulier, l'euphorie des premières heures a cédé la place au scepticisme. C'est ce scepticisme qui a saisi les magistrats et les avocats américains, que nous nous proposons d'examiner ici.
"


"Présent dans toutes les cellules, l'ADN est une macromolécule constituée de deux chaînes linéaires de nucléotides, ses éléments de base, enroulées en double hélice. L'un des principaux atouts de la technique des empreintes génétiques tient donc à la possibilité d'effectuer un examen à partir de n'importe quel produit biologique (s'il contient suffisamment de cellules) et sur des échantillons de taille minuscule (gouttes de sang, trace de sperme, fragment de peau, etc.).

La méthode utilisée en criminalistique consiste à isoler puis à analyser des régions particulières de l'ADN. Elles se distinguent en effet par la présence de séquences répétées de nucléotides, appelées allèles, dont la taille varie considérablement d'un individu à l'autre pour un même site de l'ADN.(3) Autrement dit, si, à un même emplacement sur l'ADN, la taille des allèles d'un indice est égale à celle des allèles d'un suspect, on peut conclure en principe à l'identité : l'indice provient bien du suspect.

En France, les services de police judiciaire ont fait appel pour la première fois à cette technique au mois d'août 1988, dans le cadre d'une enquête sur le viol d'une jeune femme.(4) La "preuve génétique" fit la une des journaux nationaux, comme celle, quelques mois plus tôt, de la presse britannique à propos d'une autre affaire de viol jugée à Bristol (novembre 1987). Dans cette dernière affaire, la preuve formelle de l'agression a été obtenue après comparaison des cellules contenues dans le sperme prélevé sur la victime avec les cellules sanguines d'un des suspects. En fait, après plusieurs opérations effectuées en laboratoire, deux images sur lesquelles figuraient des bandes sombres superposées comme des codes-barres, ont été placées côte à côte, puis comparées. La première donnait à voir les bandes correspondant aux allèles extraits du sperme, la seconde, les bandes correspondant aux allèles extraits du sang, la position des allèles sur chaque image étant déterminée par leur taille respective.
"


La première remise en cause arrive avec l'affaire Castro :

"L'affaire Castro

L'affaire Castro, jugée aux Etats-Unis en 1989, est la première qui fit douter les magistrats de la fiabilité des analyses d'empreintes génétiques en matière criminelle. Alors que ce type d'analyses avait déjà jusque là emporté la conviction des jurés dans près d'une centaine de cas, cette fois, l'expertise commandée à la société Lifecodes (l'un des principaux laboratoires privés commercialisant le procédé dans le monde) fut rejetée par le juge.

Revenons quelques instants sur les faits. En 1987, une femme et sa fille sont poignardées dans leur appartement du Bronx à New-York. J. Castro, un voisin, est accusé du double meurtre parce qu'une tâche de sang trouvée sur sa montre présente, selon le rapport de Lifecodes , les mêmes caractéristiques que le sang d'une des victimes. Les avocats de la défense décident alors de commander une contre-expertise auprès de chercheurs en biologie moléculaire. Au cours du procès qui s'ouvre en février 1989, les différents experts appelés à témoigner se réunissent lors d'une audience judiciaire spéciale, dite Frye Hearing , afin d'examiner la qualité des preuves.

Se fondant sur une jurisprudence établie en 1923, lors du procès Frye, les tribunaux américains peuvent organiser en effet ce type d'audience technique pour décider, en l'absence des jurés, de la fiabilité d'une expertise scientifique. A l'époque, une cour d'appel avait jugé irrecevables les preuves indiciales livrées par des experts en déclarant que "les instructions criminelles gagnent beaucoup à admettre les témoignages d'experts qui se fondent sur les théories et les découvertes scientifiques établies, mais ces théories et méthodes doivent être admises par les spécialistes du domaine concerné".(7) Si cette jurisprudence, aujourd'hui encore, est fortement critiquée, elle va servir à rejeter les conclusions de l'analyse de l'ADN dans le procès Castro.

Sans entrer dans des détails trop techniques, il est intéressant de relever quelques unes des observations, formulées par l'un des biologistes associé à la défense, E. Lander, qui vont conduire le juge à rejeter l'expertise de Lifecodes .8 Précisons ici que le laboratoire a employé plusieurs sondes uniloculaires afin d'explorer des sites différents de l'ADN. En effet, comme il n'est pas exclu que deux individus non-apparentés possèdent un même allèle, le laboratoire a comparé les allèles de plusieurs sites différents.(9) La probabilité pour que ces deux individus possèdent tous ces allèles identiques, devient ainsi plus faible.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Lander révèle tout d'abord que le caractère sexué (mâle ou femelle) de l'échantillon d'ADN prélevé sur la montre n'a pas été contrôlé ! Il fait ensuite remarquer que la première sonde uniloculaire (parmi les trois employées) laisse apparaître trois bandes sur l'image de la mère, cinq bandes sur celle de la montre et une seule sur celle de la fille... alors qu'une sonde de ce type n'est censée révéler qu'une ou deux bandes, et que le rapport de Lifecodes indique la présence de trois bandes, dans la même position, sur les trois images ! Pour expliquer après coup qu'il a négligé la présence des bandes supplémentaires, le laboratoire invoque une contamination bactérienne de l'échantillon prélevé sur la montre, mais Lander souligne que cette contamination n'est pas prouvée.

Pour les deux autres sondes, Lander observe que la correspondance exacte entre les bandes "mère-montre" est loin d'être évidente -- une seule unité répétée peut constituer l'unique différence entre deux allèles. Lifecodes déclare pourtant s'être servi d'un système de mesure informatisé pour établir la concordance des bandes... puis reconnait n'utiliser en pratique que l'évaluation visuelle !

La dernière critique formulée par Lander concerne le calcul de la fréquence d'apparition des allèles dans la population. En effet, l'interprétation des résultats se fonde non seulement sur la révélation de deux profils semblables, mais aussi sur le fait que chaque profil est en principe extrêmement rare. Il convient donc à chaque fois, c'est-à-dire pour chaque allèle situé dans un site donné de l'ADN, de calculer la probabilité de sa survenance dans la population. Ici, Lander met en évidence le caractère simpliste des méthodes de calcul du laboratoire et remet surtout en cause la définition de la population de référence. Les victimes et l'accusé étant d'origine hispanique, Lifecodes a utilisé un échantillon de la population hispanique pour établir les fréquences des allèles. Or la population hispanique, comme d'autres populations (noire, caucasienne, etc.), est loin d'être homogène : elle est composée de nombreuses sous-populations (cubaine, mexicaine, portoricaine, etc.) que l'on sait génétiquement différentes. Les probalités d'identité affichées par le laboratoire ne sont donc pas fiables.

La conclusion de Lander est tranchée : "Pour pouvoir diagnostiquer un simple mal de gorge, les laboratoires cliniques doivent satisfaire à des normes plus sévères que les laboratoires de criminalistique pour inscrire un accusé sur la liste des condamnés à mort".(10) De fait, d'autres affaires (qui mettent également en cause le concurrent direct de Lifecodes dans ce domaine, c'est-à-dire Cellmark Diagnostics ) sont encore citées à l'époque pour souligner l'incroyable légèreté avec laquelle ces expertises sont réalisées. Toutes révèlent l'absence de contrôle des laboratoires sur la quantité et la qualité des échantillons à analyser.(11)

Le lecteur aura compris que l'expression "empreintes génétiques" est des plus trompeuses. L'analogie établie avec la technique des empreintes digitales pouvait laisser penser qu'il s'agissait d'une simple opération de routine. S'il suffit d'encrer ses doigts pour livrer des signes précieux de reconnaissance, en revanche, pour obtenir un code à barres révélateur, les opérations sont particulièrement délicates. Et en réalité, en quittant la surface de la peau pour sonder l'intérieur du corps, les criminalistes ne trouvent pas toujours matière à certitude.
"


Cette affaire va faire tache d'huile et conduire de nombreux tribunaux américains à rejeter les tests d'ADN.

"Le temps des controverses


Dans d'autres champs de l'activité humaine, un travail de la teneur de celui des experts de Lifecodes aurait très bien pu conduire son auteur devant un tribunal, mais cette fois pour y être jugé lui-même. Il est vrai qu'au sein de la communauté scientifique, comme le rappelle plus loin P. Wachsmann, les choses se déroulent autrement : "Jamais une erreur scientifique ne conduira ses auteurs au tribunal, ne s'analysera en une faute". On ne s'étonnera donc pas de voir les débats se poursuivre dans le monde clos des revues, des colloques et des comités scientifiques.

C'est ainsi qu'à la fin de l'année 1989, un comité d'experts est formé par le National Research Council (une institution liée à l'Académie des sciences) pour tenter de mettre un terme à la polémique qui entoure l'utilisation des empreintes génétiques en criminalistique. Deux années vont s'écouler avant que le comité ne publie son rapport.

Entre temps, la publication, dans la revue Science en décembre 1991, d'un article signé par deux généticiens des populations, R. Lewontin (Université de Harvard) et D. Hartl (Université de Washington), provoque de vives réactions.(12) Forts de leur autorité scientifique, ils confirment le bien-fondé de l'opinion de Lander sur les probabilités d'apparition des allèles dans la population. Les bases de données établies par les laboratoires, affirment-ils, ne tiennent pas compte de l'hétérogénéité des populations dont ils se servent comme référence pour leur analyse statistique. Par voie de conséquence, les méthodes de calcul employées par les criminalistes sont inadéquates. Et les deux auteurs d'aboutir à la conclusion suivante : aussi longtemps que des études approfondies sur la distribution des allèles n'auront pas été menées sur une grande variété de groupes ethniques, les analyses fournies par les laboratoires demeureront sujettes à caution.

Depuis cette publication, et comme le craignaient en particulier les scientifiques travaillant pour les firmes privées (ou pour le FBI qui a constitué son propre laboratoire d'analyse), plusieurs tribunaux rejettent l'expertise génétique en se fondant sur le fait que les calculs de probabilité ne sont pas acceptés par les spécialistes du domaine (jurisprudence Frye).(13)

Les circonstances qui ont entouré la publication de l'article dans Science , ajoute encore au trouble suscité par son contenu. En effet, quelques semaines avant sa parution, et à l'insu des auteurs, des épreuves de l'article circulent dans les coulisses d'un colloque international en génétique humaine. Aussitôt un groupe de scientifiques, convaincus de la performance des empreintes génétiques, se forme pour tenter d'empêcher la parution du texte. Finalement, ils obtiennent du directeur éditorial de la revue qu'un article réfutant les conclusions de Lewontin et Hartl soit publié dans le même numéro : fait exceptionnel, tout comme les pressions exercées par le FBI pour parvenir à ce résultat.(14)

Quelques mois plus tard, en avril 1992, la publication du rapport commandé par le National Research Council est annoncé. La veille de sa présentation publique, un journaliste du New-York Times affirme, en première page du quotidien, que les auteurs du rapport recommandent aux tribunaux de rejeter les preuves fournies par les empreintes génétiques. Le contenu du document paraît bien lui donner raison : "Les criminalistes n'ont peu ou pas du tout de contrôle sur la nature, les conditions, les formes et la quantité des échantillons avec lesquels ils doivent travailler". Plus loin, s'agissant de la génétique des populations, on peut lire : "Il n'existe pas de corpus de données empiriques qui pourrait fonder l'idée selon laquelle ces calculs de probabilité seraient valides et sûrs".

Dès le lendemain de sa parution, le président du comité tient une conférence de presse pour corriger l'appréciation négative fournie par l'article du quotidien.(15) En fait, dit-il en substance, les rapporteurs reconnaissent l'intérêt des empreintes génétiques en matière d'identification ; toutefois, ils recommandent aux laboratoires d'adopter des mesures de contrôle de leurs analyses. N'ont-ils pas affirmé que la technique des empreintes génétiques est "extrêmement bénéfique au public", et qu'elle est "capable, en principe, de fournir des résultats probants avec un très faible pourcentage d'erreur" ?(16) Deux mesures préconisées par le comité ressortent nettement du rapport : la mise en uvre d'une procédure d'agrément pour définir la liste des laboratoires autorisés à être désignés comme experts par les tribunaux, et la constitution de bases de données prenant en compte une vingtaine au moins de groupes ethniques différents.(17)

Le temps des indécisions

En définitive, il semble bien que le compromis trouvé par les membres du comité n'ait pas modifié les positions observées dans les tribunaux. S'appuyant sur le rapport du comité, certains juges estiment aujourd'hui que les méthodes utilisées par les experts ne sont pas fiables, et rejettent les conclusions des expertises génétiques. S'appuyant toujours sur le même rapport, d'autres juges considèrent que la fiabilité de la technique est établie, et acceptent que les conclusions des experts soient présentées devant les jurés.(18)

Les avocats, dont c'est le métier, ont profité de l'incertitude qui pèse sur la fiabilité de la technique pour engager des recours en appel contre les décisions des tribunaux américains fondées sur les analyses génétiques. En Grande-Bretagne, les réserves que les avocats ont commencé à émettre avec l'appui de quelques scientifiques, sont désormais entendues par les juges. Ainsi, en décembre 1992, l'un d'entre eux a décidé, pour la première fois dans ce pays, de rejeter les conclusions de l'expertise génétique après avoir constaté l'absence de consensus, sur la question de la fiabilité de la technique, au sein de la communauté scientifique. D'autres juges ont depuis écarté les conclusions des laboratoires.(19)
"


Et en France ? Bien sur, comme la France est souvent comme un province très arrièrée du monde, on ne voit rien et on ne sait rien.

"Comment expliquer alors que l'introduction de l'expertise génétique dans des affaires pénales n'ait jamais soulevé aucune contestation devant les tribunaux en France ? Il faut sans doute avancer plusieurs raisons.

Aux Etats-Unis, un magistrat peut demander à connaître l'opinion de scientifiques pour juger de la fiabilité d'une expertise ; s'il estime qu'il n'y a pas de consensus sur le sujet, l'expertise ne sera pas présentée aux jurés. L'audience dite Frye Hearing est d'ailleurs prévue pour cela : c'est là que les scientifiques expriment ou non leur accord, c'est là aussi que les avocats peuvent mesurer la fragilité du consensus. Cette exigence de consensus se situe en effet en porte-à-faux avec ce que révèle l'analyse des controverses scientifiques. Depuis les travaux de H. Collins et T. Pinch, on sait à quel point les consensus scientifiques sont difficiles à obtenir et surtout fragiles une fois obtenus.(20) Et parmi les avocats, certains ont mis peu de temps pour s'en rendre compte.

En France, une telle exigence n'existe pas. Le principe est celui de la liberté de la preuve : rien ne s'oppose actuellement à l'utilisation des empreintes génétiques comme mode de preuve. Le magistrat instructeur dirige l'enquête, lui seul décide de commander ou non une expertise à un laboratoire, de même pour une contre-expertise.(21) Et devant une cour d'assisses, c'est aux jurés qu'il appartient d'apprécier la valeur de l'expertise, à un "jury de profanes" comme on a pu le dire, qu'il appartient le cas échéant de trancher entre les divers arguments scientifiques.

Bien entendu, l'avocat (ou le juge) peut influer sur la décision des jurés... à condition toutefois de disposer de l'information nécessaire pour le faire. Que peut-il apprendre en lisant la presse ? "Le risque d'erreur dans ce domaine n'est que de un sur 4 millions" (Le Monde , 15-16 novembre 1987). "Il y a une chance sur 135 millions que deux personnes aient les mêmes empreintes génétiques, assure un expert" (Science et Technologie , mars 1989). "Le risque d'erreur est de un sur cent millions" (La Vie, 27 juillet 1989). "L'empreinte d'ADN apparait dorénavant comme la reine des preuves, des centaines de violeurs et de criminels ont déjà été condamnés par les tribunaux du monde entier sur la base d'expertises d'ADN" (L'Express , 12 mars 1992).(22) Notons encore que dans une affaire récente rapportée par l'Agence France-Presse, le chiffre présenté par un laboratoire de police scientifique devant une cour d'assises était de "une chance sur 1 milliard" !(23) Comment un avocat peut-il deviner que tous ces chiffres astronomiques n'ont aucun sens ?

Peut-être en consultant les revues juridiques qu'il manipule quotidiennement ? En fait, seul un auteur a appellé à la prudence dans un article paru en 1990 : "L'impression que donne le dossier en l'état à un juriste est que la méthode est trop récente pour avoir totalement fait ses preuves. Or, la Justice n'a pas vocation à participer à la recherche expérimentale".(24) Ailleurs, il ne semble pas qu'il y ait eu de place pour le doute, comme en témoigne un article, au demeurant signé par un avocat, paru l'année suivante : "La fiabilité scientifique des tests a pu être mise en cause. En fait, les critiques s'adressent plutôt à la manière dont les tests sont parfois pratiqués qu'à la technique elle-même. Ainsi les méthodes disponibles sur le marché paraisssent avoir fait leur preuve depuis quatre ans". Et d'ajouter en note : "Les juridictions américaines se sont prises récemment à douter de la fiabilité des tests à la suite d'une espèce soumise à un tribunal du Bronx. Ces cas demeurent isolés".(25)

En réalité, les juristes français se sont surtout inquiétés, non pas d'un risque d'erreur judiciaire, mais d'un éventuel libre accès des particuliers à cette technique pour mettre en cause une filiation. Aujourd'hui encore, c'est la menace que cette technique fait peser sur la "paix des familles", qui retient toute leur attention.
"

On n'ose imaginer le nombre de gens accusés faussement à cause de cette technique non fiable et le nombre de pères croyant à tort être le père de tel ou tel enfant alors qu'ils ne le sont pas (et inversement).

Ce message a été modifié par EcliptuX - 06 juin 2006 à 12:54.

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#2 L'utilisateur est hors-ligne   Nico111 

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Posté 06 juin 2006 à 14:18

Tu exagères quand même un peu, même si c'est moins fiable qu'annoncé c'est quand même un plus, d'autre part, ça dâte de 1994, 12 ans plus tard on a du faire des progrès j'imagine.

Citation

séquences répétées de nucléotides, appelées allèles

je ne suis pas sur que ça s'appèle allèles mais plutôt RFLP ou encore microsatellite.

Citation

On n'ose imaginer le nombre de gens accusés faussement à cause de cette technique non fiable

Surement nettement moins que par le passé !

Citation

le nombre de pères croyant à tort être le père de tel ou tel enfant alors qu'ils ne le sont pas (et inversement).


en tout cas avec cette technique de détection des RFLP, tu n'affirmeras peut être pas que la personne est bien le père de l'enfant mais tu sauras à coup sur si il ne l'est pas.
Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine, en ce qui concerne l'univers, je n'ai pas acquis la certitude absolue. A.Einstein
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#3 L'utilisateur est hors-ligne   boo 

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Posté 06 juin 2006 à 15:06

Je n'ai pas les connaissances requises pour ce genre de discussion, en revanche, il y a quelques années lorsque je vivais aux Pays-Bas, j'ai vu sur une chaîne américaine une émission scientifique qui dénonçait violemment le concept de "preuve" en ce qui concerne l'analyse ADN.....

En effet, ils avaient fait une étude sur des personnes de groupe AB, et s'étaient rendus compte que pour une personne testée, on pouvait retrouver son équivalent ADN sur au moins 12 personnes. Ca avait été le cas chez de nombreux amérindiens.....

Bien entendu ce n'était pas de simples propos et les preuves avancées semblaient évidentes...mais je ne suis pas assez calée pour les avoir mémoriser :oops:

Je vais essayer de retrouver cette étude.....sinon ça ne fera pas avancer le schmilbick :cpasmafaute:
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Si cela ne marche pas : Aimer plus fort encore…
Remlug
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#4 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 16 septembre 2006 à 12:47

Tiens, encore d'autres cas de tests d'ADN qui se révèlent être des faux positifs.

Trouvé sur InternetActu.net :

Citation

Albert Koeleman, président de l’European Network of Forensic Science Institutes (ENFSI), qui regroupe 53 laboratoires de médecine légale (forensic, en anglais) dans 31 pays, dressait ainsi, le mois dernier, un tableau de ce que devaient être les Forensic en 2010. En introduction, Koeleman évoqua un scandale qui a ébranlé les Pays-Bas cette année. Un pédophile, condamné à 18 ans de prison pour avoir violé deux enfants, et tué l’un d’entre-eux, a finalement été disculpé après qu’un autre individu ait reconnu être l’auteur des faits. Or, le premier avait été condamné sur la base de son ADN, dont on avait retrouvé quelques éléments concordants sur les victimes.

La police scientifique et technique hollandaise avait bien tenté, lors de son procès, d’expliquer aux magistrats que son analyse ADN, réalisée à partir d’une empreinte parcellaire collectée de manière inadéquate par des policiers mal formés, et analysée dans l’urgence au moyen d’une procédure encore expérimentale et non officiellement validée, n’était peut-être pas si fiable que cela. Passant outre l’avis des experts, les juges avaient préféré laisser la soi-disant preuve ADN “parler”, l’accusation ayant estimé que l’absence de preuve formelle ne permettait pas pour autant de démontrer qu’il ne s’agissait pas de son ADN (”The prosecution did not see this absence of evidence as evidence of absence“), au mépris de la présomption d’innocence…


Bien sur, comme par hasard, la procédure était expérimentale et non officiellement validée. Ben voyons. Mais, même si la procédure est mal faite et qu'elle est expérimentale, comment peut on obtenir une empreinte génétique identique entre le matériel collecté et celui de l'accusé. Ca devrait être le contraire qui devrait se passer. On ne devrait pas pouvoir identifier le coupable. On devrait avoir des faux négatifs et pas des faux positifs.

Autre article dans "Le Monde" du 23 décembre 2003

Citation

Pour Alec Jeffreys, le résultat de cette course au fichage est ambigu. Il reconnaît que "plus la base de données contient de profils génétiques, plus elle s'avère efficace", mais il souligne aussi que, plus la base de données est importante, plus le risque d'erreur est grand, "parce qu'elle est créée et gérée par des êtres humains".

LE CAS DES FAUX POSITIFS

Plusieurs de ces erreurs ont déjà été recensées. En février 2000, la presse britannique révélait qu'un homme de 49 ans venait d'être innocenté d'un cambriolage dont il était accusé depuis des mois. Atteint de la maladie de Parkinson, ne pouvant se déplacer seul et disposant d'un alibi, Raymond Easton a pourtant clamé son innocence. Mais la police était formelle : l'ADN trouvé sur le lieu du cambriolage, à plus de 300 kilomètres de son domicile, correspondait au sien. La police se basait sur l'analyse de six segments de son empreinte génétique. Il n'y avait donc qu'une chance sur 37 millions pour qu'elle se trompe. Une contre-expertise, effectuée à la demande de son avocat sur quatre autres segments de son ADN, a pourtant révélé qu'il s'agissait bel et bien de ce que l'on appelle un "faux positif".

Le mythe de l'infaillibilité de la preuve par l'ADN tombait pour la première fois. Les autorités britanniques, tout en cherchant à minimiser l'ampleur de cette affaire, ont alors décidé de renforcer la procédure d'analyse afin d'éviter ce genre de méprise.

Ces mesures n'ont pas empêché l'arrestation, en février 2003, d'un autre Britannique, Peter Hamkin, accusé d'un meurtre commis en Italie. Ce barman clamait aussi son innocence. Plusieurs dizaines de clients pouvaient témoigner de sa présence, au moment du meurtre, derrière son comptoir. Mais, selon la police, son ADN avait "parlé". Quelques semaines plus tard, une contre-expertise révélait qu'il s'agissait, là encore, d'un "faux positif".

Si ce risque de "faux positifs" reste mineur, il n'en va pas de même des risques d'erreurs dues à la manipulation des échantillons. Qu'il s'agisse de la collecte, de l'archivage ou de l'analyse des empreintes et des traces génétiques, le non-respect des procédures, pourtant strictes, ou encore une erreur d'interprétation, voire la contamination de l'empreinte par l'ADN d'un tiers, peuvent avoir des conséquences gravissimes.

Ce message a été modifié par aixur - 16 septembre 2006 à 12:51.

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#5 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 16 septembre 2006 à 17:52

Ce qu'on peut penser aussi, c'est que les résultats faux négatifs (donc, négatifs alors qu'on est sur que le gars est coupable), ne vont pas être considérés comme tels. On va les considérer comme non significatifs, parce qu'on va considérer que l'ADN utilisé n'était plus d'assez bonne qualité. Et même s'il était supposé d'assez bonne qualité, on va se dire que c'est un coup dans l'eau. On va laisser de coté le résultat du test d'ADN en se disant vaguement qu'il y a du y avoir un problème quelque part.

Donc, lors des affaires judiciaires, on ne retient, et on ne fait de la publicité que sur les cas positifs. Et comme on refait rarement les tests d'ADN, on ne risque pas de voir le test initial se faire contredire. Et les rares fois où ça arrive, on est tellement convaincu de la fiabilité des tests, que personne ne tilte sur le problème.

Donc, on se retrouve dans une situation où il très difficile de remettre en cause la fiabilité des tests d'ADN. Ceci parce qu'à tous les coups on gagne. Faux négatif, c'est pas significatif. Positif, on considère ça comme forcément bon, et on ne risque pas de se faire contredire puisque on ne refait pas le test.
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#6 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 17 septembre 2006 à 06:01

Juste un détail que j'avais oublié, mais qui est important. L'article de Internetactu.net date de décembre 2005. Donc, l'affaire relatée et récente.
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#7 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 14 octobre 2006 à 00:30

Tiens, avec cette affaire des bébés congelés, en lisant une réflexion sur la similarité des ADN parents/enfants, ça me fait penser à la chose suivante.

C'est vrai que lors des tests d'ADN, soit on teste l'ADN pour confondre (ou innocenter) une personne. Donc, on cherche un ADN identique à celui de la personne. Soit il s'agit de tests d'ADN pour établir une parenté (comme dans le cas des bébés en question).

Seulement dans le deuxième cas, a priori, puisque les personnes sont différentes, il ne s'agit pas d'ADN identiques, mais juste similaires. Ca change bien des choses ça. Parce que la comparaison prête beaucoup plus à interprétation. Là, on va se baser sur quoi exactement, sur le fait que les ADN sont similaire à 90 %, 80 % ? Ca doit être un truc dans ce gout là probablement.

Le problème, c'est que vu qu'on arrive à avoir des ADN similaires pour un coupable qui finalement ne l'est pas (donc, un faux positif), alors, quand il s'agit d'établir que deux personnes sont parentes, cette méthode qui déjà, a fait preuve de failles dans le cas d'ADN identiques, doit être encore plus sujette à caution. S'il y a une probabilité finalement assez importante que l'ADN de deux personnes différentes soient identiques (avec la méthode utilisée bien sur), il y a une probabilité beaucoup plus forte qu'on affirme que l'ADN de deux personnes non parentes, soient celles de personnes faisant partie de la même famille.


Aparté : pour le premier cas, on peut remarquer la chose suivante. La comparaison avec l'ADN tiré directement de la personne ne peut se faire qu'avec des bouts de la personne qui se sont détachés d'elles. Donc, forcément, avec un ADN qui a été amené à se dégrader.

Donc, finalement, soit on a des ADN bien conservés, voir issus de personnes vivantes, mais avec des différences qui amènent une interprétation, soit on a des ADN supposés identiques, mais issus (d'un coté), d'un élément dégradé.
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#8 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 14 octobre 2006 à 22:51

En lisant d'autres truc sur l'affaire des bébés congelés, je suis tombé sur ce site. Là, c'est du lourd, du puissant. Ce qu'il dit explose complètement la validité des tests d'ADN, au moins au niveau de la pratique (mais, même la théorie est remise très fortement en cause).

Il s'agit d'un avocat américain apparemment (William C. Thompson). Au travers d'un cas qu'il a eu a traiter, il nous apprend comment se font les tests d'ADN en pratique. Et ça fait mal, ça fait très mal.

En fait, il s'aperçoit, au fur et à mesure de son enquête sur la façon dont son réalisés les tests d'ADN, de plusieurs choses.

1) En tout cas aux USA, les techniciens qui réalisent les tests, ne travaillent pas du tout en aveugle par rapport aux enquêtes de police. Ils sont parfaitement au courant des détails de l'affaire. Du coup, il peut tout à fait y avoir un biais énorme dans l'interprétation des résultats. Selon ce qu'a entendu le technicien de l'affaire, il peut biaiser le test dans un sens ou l'autre (et ce sera surtout dans le sens de ce qu'à conclu la police bien sur). Evidemment, ça change bien des choses ça.

Citation

Les analystes légistes d'ADN comptent souvent sur le jugement subjectif lorsqu'ils interprètent les résultats des tests. Le fait qu'un test soit interprété comme une culpabilité totale ou une complète innocence peut dépendre entièrement d'un choix subjectif. Si les analystes n'étaient pas au courant du résultat prévu quand ils font ces tests, alors leur confiance dans leur jugement subjectif créerait peu de problèmes. Mais, dans la plupart des laboratoires légaux, les analystes ne « réalisent » pas les tests d'ADN en aveugles. Les analystes sont souvent en contact direct avec les policiers et savent tout de l'affaire (au moins connaissent-ils la perspective de la police). Ils peuvent même se considérer eux-mêmes comme un élément de l'équipe d'exécution de la loi, dont le travail est d'aider à « résoudre le cas » contre un suspect évidemment coupable. Ces circonstances créent un danger que les analystes soient volontairement ou involontairement orientés vers la théorie qu'a retenue la police quand ils font des choix subjectifs.


(Petite introduction sur les résultats des tests d'ADN, utile pour la suite. En fait, lors du résultat, on a deux longues bandes : celle contenant l'ADN de l'échantillon (peau, cheveux, sang, etc...) et celle contenant l'ADN du sang d'une personne qu'on veut comparer à l'ADN de la première bande. Dans ces deux longues bandes, on a une série de petites bandes. Si ces petites bandes sont de même nombre, et positionnées aux mêmes endroits, et de même largeur, alors, on dit que l'ADN des deux échantillons est celui de la même personne.)

2) Mais, évidemment, vous allez penser que ça n'est pas gênant, parce que vous pensez que la méthode est totalement scientifique et objective, qu'il n'y a pas de place pour l'interprétation, et donc, que peu importe que le technicien soit au courant des détails de l'affaire. Ce n'est absolument pas le cas.

C'est aussi ce que croyait le tribunal dans l'affaire en question. Mais, ayant l'impression qu'il y avait des failles dans les tests, l'avocat a exigé que le test soit refait pour son client, et a exigé également d'assister à la réalisation du test en compagnie d'un expert indépendant. Il a alors assisté à la façon hallucinante dont ceux-ci sont réalisés. En fait, on croit que les images qu'on voit dans les journaux sont les photos brutes des plaques servant de support au test. Mais en fait, non, il ne s'agit pas d'images brutes, mais d'images retravaillées à l'ordinateur. Et pour être retravaillées, elles sont retravaillées. Ca, le technicien ne s'embarrasse vraiment d'interrogations métaphysiques là-dessus.

Dans le cas qui nous est présenté, le technicien bidonne en fait complètement l'image initiale pour obtenir ce qu'il veut, ou plutot, pour aller dans le sens des conclusions, ou de ce qu'il croit être les conclusions de la police (à savoir que l'accusé 1 est coupable). Et il bidonne dans les grandes largeurs.

Une fois le résultat scanné, l'avocat nous dit que pour arriver à détecter les bandes correspondant entre le sang de l'accusé et le sperme trouvé sur la victime, le technicien doit pousser fortement la sensibilité de l'ordinateur. Seulement, ce faisant, apparaissent plein de bandes qui font que les deux échantillons ne correspondent pas (des bandes qui n'apparaissaient pas sur l'image fournie au tribunal). Alors, que fait notre joyeux et insouciant technicien ? Ben, il "corrige" à la main le résultat donné par l'ordinateur. En fait, il truque le résultat. Carrément. Cool quoi. Vraiment, dans la vie, faut pas s'en faire. C'est sur que comme ça, on peut faire correspondre tout à n'importe quoi et trouver absolument ce qu'on veut. Enfin, c'est le truc hallucinant quoi.

Le logiciel peut mettre en évidence les bandes en les surlignant en vert. Le technicien supprime alors les bandes qui ne ne correspondent pas (et donc permettraient d'innocenter le suspect).

Quand l'avocat lui demande pourquoi il supprime telles bandes et laisse telles autres, il répond qu'il peut "dire simplement en la regardant", quelle bande est une vraie bande et quelle bande est une fausse bande (note d'Aixur, je suppose qu'il entend par là un artefact). L'avocat signale qu'un certain nombre de bandes supprimées avaient une densité optique supérieure à celles des bandes conservées. "So much for objectivity" comme dit l'avocat.

Le logiciel permet également de redimensionner les bandes. Si une bande a une différence de largeur de plus de 4 % avec la bande avec laquelle elle est comparée, on déclare qu'il ne s'agit pas de la même bande. Là, il y a une bande qui a une différence de largeur de 9 % (et c'est la seule bande qu'il y ait chez le suspect). Seulement, sur le document donné au tribunal, la bande en question ne dépassait pas 4 %. Ca signifie donc que, pour le document à destination du tribunal, le technicien a tranquillement redimensionné la bande pour que la différence ne dépasse pas 4 %. Ben voyons, pourquoi se gêner ?

Le logiciel permet aussi de repositionner les bandes avec la souris. L'avocat dit qu'une étude indépendante a déclaré que sur l'analyse aussi bien de l'image digitale, que de la photo d'origine de l'autorad (la plaque ou se fait la réaction je suppose), l'unique bande qui semblait correspondre, en fait, ne correspondait pas. Or, sur l'image transmise au tribunal, la bande en question correspondait parfaitement. Donc, il est clair que le technicien a repositionné la bande pour la faire correspondre parfaitement. Jamais deux bidonnages sans trois.

L'avocat ne pousse pas tellement plus loin. Bizarrement, même à la fin, il se concentre plutot sur les cas de tests d'ADN vraiment douteux (il le fait au début, ce qui est normal, mais à la fin, avec ce qu'il sait, c'est carrément bizarre). Il ne remet pas l'ensemble des tests en cause. Il suggère effectivement l'idée qu'il est possible qu'il y ait un certain nombre de cas comme celui-là, mais on comprend qu'il parle des cas où le test est vraiment douteux. Alors que ce qui est exposé par l'avocat permet clairement d'aller beaucoup plus loin.

Déjà, vu les bidonnages incroyables mis en évidence, il est clair que le doute est mis sur les résultats de tous les tests d'ADN, que ce soit clairement positif, douteux ou vraiment douteux. Vu les méthodes de retouche manuelle utilisées ; par défaut, tous les tests doivent être considérés comme faux.

Mais, d'un point de vue plus théorique, les résultats présentés par l'avocat permettent aussi de douter très fortement de la validité de la méthode. Il y a un élément qui nous le permet. L'avocat nous dit qu'une fois le résultat scanné, pour arriver à détecter les bandes correspondant entre le sang de l'accusé et le sperme trouvé sur la victime, le technicien doit pousser fortement la sensibilité de l'ordinateur. Seulement, ce faisant, apparaissent plein de bandes (des bandes qui n'apparaissaient pas sur l'image fournie au tribunal). Ca veut dire quoi ça ? Ca veut dire que très probablement qu'avec toutes ces bandes, les probabilités de non correspondance explosent. Donc, on ne doit quasiment jamais trouver d'échantillons qui correspondent parfaitement. Donc, la méthode ne sert à rien. Elle ne permet pas de trouver quoi que ce soit. D'ailleurs, les bidonnages, apparemment, entrés tellement dans les moeurs que le technicien ne craint pas d'être vu en train de les faire, indiquent clairement qu'il est nécessaire de bidonner tout le temps les résultats. Sinon, on n'obtiendrait jamais rien. Et ça, ça va beaucoup plus loin que le simple problème du coté objectif des tests, ou de leur validité en cas de résultat franchement douteux. Là, c'est la méthode elle-même qui serait invalidée.

Ouai, ce document est carrément explosif.


PS : Inversement, en ce qui concerne le trucage, comme il y a beaucoup de bandes qui apparaissent quand on augmente la sensibilité du logiciel, il est très facile de trouver quelque chose qui corresponde, et donc, de bidonner. Il y aura toujours une bande qui ne sera pas très loin de celle d'en face et pas très différente. Et même si elle n'est pas positionnée exactement au même endroit et qu'elle n'est pas exactement pareille, il suffira de la repositionner un peu plus loin et de la redimensionner légèrement. Ensuite, il suffit d'éliminer les bandes qui ne correspondent vraiment pas. Et c'est bon. S'il 'n y avait qu'une ou deux bandes, ça serait plus difficile. Mais avec plein de bandes, ce n'est vraiment pas un problème.


Note : le cas discuté ici a été décrit au départ dans le livre de William C. Thompson, A Sociological Perspective on the Science of Forensic DNA Testing. U.C. Davis Law Review, 1997, 30(4), 1113-1136.

Ce message a été modifié par aixur - 14 octobre 2006 à 23:17.

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#9 L'utilisateur est hors-ligne   aixur 

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Posté 22 mars 2007 à 10:13

Quand on réfléchit à l'isolement du VIH, il y a un truc bien bizarre. La première fois, en 1983, il n'y a pas eu de purification. Donc, l'ADN et l'ARN qu'on a obtenus devaient être du pur n'importe quoi. Ca devait être un assemblage de bouts d'ADN ou d'ARN complètement hétéroclite.

La deuxième fois, en 1997, je suppose qu'on a du trouver le même ADN et ARN (j'espère qu'on a fait cette identification. Parce que sinon, vu que c'est l'identification du l'ADN est le seul pilier de la virologie qui tienne encore un peu debout, sans cette identification, la procédure de 1997 ne vaut rien du tout). Là, on a effectivement purifié, mais on avait plein de particules de taille et de forme différentes. Donc, c'était toujours une soupe. Quelle est la probabilité qu'on retrouve le même ADN à partir de deux soupes de particules différentes ?

Même s'il y a effectivement du virus, vu que la culture ou la purification est une vraie soupe, et qu'on identifie l'ADN ou l'ARN sur l'ensemble de cette soupe (et pas en entier d'un seul coup, hein, mais par tout petits bouts), la probabilité est quasiment de zéro.

Par contre, si on triche lors de l'identification de l'ADN et qu'on arrange les choses pour trouver ce qu'on veut trouver, là, les probabilités sont de 100 %.

Donc, à mon avis, ce genre de fait va tout à fait dans le sens de l'idée qu'on truande les procédures d'identification de l'ADN pour trouver ce qu'on cherche. Et là, je ne pense pas qu'il s'agisse de la procédure du genre "test en paternité", mais bien de la procédure d'identification précise de l'ADN (celle qui permet de donner l'ordre des lettre dans l'ADN).

Ce message a été modifié par aixur - 22 mars 2007 à 10:15.

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