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Un océan de cancérigènes


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#1 constant

constant

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Posté 22 juin 2006 à 17:19

Après le matraquage publicitaire et rédactionnel pour nous convaincre que les OGM ne nous veulent que du bien, voici que l'on veut nous persuader que les facteurs d'environnement sont sans incidence sur les pathologies cancéreuses. L'une des grandes revues de vulgarisation scientifique française, la Recherche, s'est même engagée dans cette voie de façon virulente

On nous déclare ainsi que les cancers humains seraient en régression, mis à part celui du poumon, qui serait presque exclusivement dû au tabagisme. Les produits chimiques synthétiques, d'origine industrielle, les pesticides en particulier, seraient uns incidence sur les cancers liés à l'alimentation et en tous cas ne seraient pas plus cancérigènes que des produits naturels ! De plus, l'évaluation de cancérogénicité sur des rongeurs serait inadaptée car elle conduirait a éliminer des produits qui ne seraient peut-être pas cancérigènes pour l'homme.

Énoncés à grand renfort de chiffres, > an 2000 : de statistiques et d'allégations définitives par des scientifiques devientnantis de moult titres et médailles, arguments d'autorité ostensiblement mis en préambule, ces propos visent à nous persuader que toute remise en cause de ces affirmation serait à mettre au compte "d'idées reçues" La conclusion logique qui s'impose, que tire immédiatement un article publié par La Recherche, est très simple : puisque les produits industriels sont inoffensifs, il serait temps de mettre au musée les évaluations de cancérogénicité imposées par les réglementations, donc d'économiser les dépenses correspondantes, CQFD. Comme ce fût le cas pour les OGM, trop d'insistance éveille les soupçons. Les manuels de biologie pour étudiants, tout comme la littérature spécialisée, attribuent 80% au moins de cancers humains à l'environnement produits chimiques, rayonnements, virus... (3) Les facteurs génétiques innés, immunitaires, endocriniens (hormones) etc, de l'individu ne contribuent chacun que pour quelques pourcents. Il est important de noter que ces facteurs affectent une fraction de la population quasi-constante dans le temps, après correction de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, ce qui veut dire que ces facteurs ne peuvent être tenus pour responsables des augmentations relatives des pathologies. Si les affirmations ci-dessus rappelées étaient avérées, on devrait donc au pire voir les chiffres de mortalité par cancer stagner.

Des statitisques sans ambiguïté
Voyons donc les statistiques officielles françaises et les études dérivées (4). On y apprend que le nombre de décès dus au cancer augmente régulièrement: moins de 7** des décès en 1920.15% en 1950, 20% en 1970. 30% en 2000. En cette année 2000, le cancer devient la première cause de mortalité, tous âges confondus, dépassant les décès dus aux maladies cardio-vasculaires qui se maintiennent a 30% depuis 1990.
Ces chiffres englobent l'augmentation vraie, mais aussi les effets de l'allongement de la vie et la croissance de la population d'une part, les progrès des dépistages et des traitements de l'autre. Pour préciser, prenons une classe d'âge donnée, celle des Français de la tranche d'age 35-65 ans par exemple. Malgré les progrès médiaux indéniables, la mortalité par cancer y progresse, et même beaucoup plus vite que la moyenne. En 1990, 42 % des décès dans cette classe d'âge sont dus aux cancers, alors qu'en 1970. ils n'étaient "que* 26%. La conclusion qui s'impose est qu'en France la mortalité par cancer augmente anormalement vite et même s'accélère, et les facteurs en cause ne peuvent qu'être non héréditaires, donc d'origine environnementale.
L'analyse des facteurs impliqués dans la genèse des cancers les plus fréquents permet de cerner l'impact de l'environnement, qu'il s'agisse d'habitudes à risque (ali­mentaires, abus divers) ou d'expositions, involontaires ou inconscientes, a des agents cancérigènes. Examinons les données de trois grandes classes de pathologie» cancéreuses: les cancers colorectaux qui se situent au premier rang des affections cancéreuses des deux sexes réunis, les cancers des voies respiratoires supérieures et poumons, qui ont le taux de progression le plus rapide depuis cinquante ans, et les cancers dépendant essentiellement d'hormones, dont les cancers du sein (premier cancer féminin) et de la prostate (deuxième cancer masculin après les poumons).

Les cancers colorectaux ne progressent que faiblement dans les pays où l'incidence est déjà élevée, comme la France, mais des migrants venant de pays d'incidence faible rejoignent rapidement les taux des pays d'accueil à incidence élevée. Il ne fait donc aucun doute que l'ali­mentation est ici un facteur important. On a incriminé les régimes riches en graisses, alcool ou viande, mais certains pays ou groupes de personnes ayant des consommations plutôt élevées de ces produits ont des incidences faibles (Pologne, Argentine, adventistes du septième jour observant un régime lacto-ovo-végétarien assez riche en lipides). On soupçonne que certaines modifications ou transformations industrielles d'aliments (produisant par exemple des acides gras saturés ou éliminant les fibres céréalières), des additifs (conservateurs, colorants) des traitements destinés à la conservation (irradiations produisant des radicaux libres) pourraient présenter des risques, tout comme des hormones de synthèse utilisés dans certains élevages, ou des analogues d'hormones et autres proliférateurs endocriniens (herbicides, pesticides) trouvés dans des produits issus de cultures maraîchères ou fruitières traitées.
Entre 1970 et 1990, le nombre de décès annuel par cancer des poumons est passé de 9000 à 19 000 chez les hommes, de 1900 à 2900 chez les femmes. Consé­quence du tabagisme ? Il y contribue sans doute, mais comme il diminue depuis vingt-cinq ans, il doit y avoir d'autres raisons en sus. L'atlas de ces cancers en France est éloquent. Les habitants du bassin minier lorrain ou de la région industrielle du Nord, mais aussi de la pres­qu'île du Cotentin, y sont quatre fois plus exposés que ceux de la vallée de l'Orne, de la Vendée ou de l'Aubrac. Les habitants de Rouen, de Bordeaux ou de Mulhouse meurent trois fois plus de cancer du poumon que ceux de Cahors, de Digne ou de Moulins, les habitantes de la région parisienne (nord-est de l'Ile-de-France en particulier), de Strasbourg, de Lyon jusqu'à dix fois plus que celles d'Epinal, d'Alençon ou d'Aurillac. En se référant à la moyenne globale pour évaluer l'influence du tabagisme, on peut dire que le campagnard qui fume est cinq fois plus exposé au cancer du poumon que celui qui ne fume pas, mais que-le citadin d'une grande ville court approximativement le même risque, qu'il soit fumeur ou non.
Les décès par cancers de la prostate et du sein suivent en France des courbes similaires et ont pratiquement doublé depuis cinquante ans, mais l'incidence de ces deux cancers a littéralement explosé en cette fin de siècle. A partir de 80 ans, un homme sur trois est concerné par un cancer de la prostate, une femme sur sept par le cancer du sein. Le cancer de la prostate est un cancer de l'homme âgé ; il tue à partir de la soixan­taine. Par contre, le cancer du sein frappe de plus en plus précocement, dès la trentaine quelquefois. Les hor­mones jouent un rôle prépondérant dans ces deux fa­milles de cancer. Les augmentations constantes et fortes de ces pathologies, même corrigées de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, ne peuvent être imputées à la production endocrinienne normale des personnes concernées. Selon toute vraisemblance, elles sont à mettre sur le compte d'agents qui soit sti­mulent la production endocrinienne, soit sont des ana­logues d'hormones, et qui sont présents dans l'envi­ronnement et l'alimentation en particulier (5).
Il est donc indéniable que l'incidence sur la santé publique de ces pathologies cancéreuses majeures (et la cohorte des cancers moins répandus mais tout aussi dangereux) s'amplifie rapidement depuis le milieu du siècle et même s'accélère, au point d'être devenu la première cause de mortalité (167 000 décès en 1990) mais aussi de morbidité (700 000 Français diagnosti­qués comme cancéreux en 1990). Mis à part les pra­tiques à risque contre lesquelles il faut continuer à mettre en garde, tels le tabagisme, l'alcoolisme, des habitudes alimentaires dommageables, il y a à l'évi­dence dans notre environnement des agents cancéri­gènes puissants agissant largement à notre insu. L'analyse des données (dont celles brièvement évo­quées ci-dessus) permet de désigner deux classes d'agents : ceux présents dans la pollution atmosphé­rique et ceux présents dans l'alimentation.
L'arrêt, ou du moins la forte réduction de la pollution atmosphérique des grandes cités ou des régions industrielles, est, en termes techniques, parfaitement dans les moyens de notre pays. Elle est souvent déce­lable à l'œil ou au nez, elle est facilement mesurable (les "indices de pollution" des journaux télévisés sont trop vagues et grossiers pour avoir un intérêt scienti­fique) ; les agents d'activité cancérigène connus ou soupçonnés sont identifiables et quantifiables. Pour combattre cette source de pollution, il faut une volonté politique et, en premier lieu, faire entendre raison aux groupes de pression impliqués (pétroliers, transpor­teurs), exiger le filtrage efficace des rejets industriels dans l'atmosphère (incinérateurs), encourager la moto­risation au gaz et à l'électricité des déplacements urbains, etc. ; le citoyen dispose par son bulletin de vote, aux municipales en particulier, de moyens de pression certains, surtout s'ils sont coordonnés.

La tromperie des tests sur les animaux
L'identification d'agents cancérigènes dans les produits de consommation et d'alimentation est d'une tout autre difficulté. Souvent "incolores, inodores et sans saveur", ils peuvent être extrêmement efficaces à l'état de traces (proliférateurs hormonaux, analogues d'hor­mones, agents mutagènes, etc.). Il faut donc les faire évaluer pour leurs activités cancérigènes chez l'homme à des doses infinitésimales.
Devinez comment ces évaluations sont faites ? En se fiant aux réactions biologiques d'espèces animales, en très grande majorité des rongeurs. Ceux-ci sont expo­sés pendant trois mois à la substance, â des doses rela­tives comparables à celles que l'on va retrouver dans notre consommation. En dessous d'un certain seuil de tumeurs apparues après ces trois mois dans la popu­lation exposée, le produit est bon pour le consomma­teur. Il y a là plusieurs aberrations: nous ne sommes pas des souris, elles réagissent selon les ressources de leur patrimoine génétique, nous selon le nôtre qui est fort différent; chez l'homme, il se passe en moyenne  cinq ans, voire dix ou vingt, entre les événements qui ont déclenché la prolifération cellulaire et le diagnos­tic du cancer qui en est issu ; enfin, des lignées d'une même espèce, comme la souris par exemple, peuvent avoir des susceptibilités à développer des cancers variant d'un facteur 100 et, selon la richesse de la diète qu'on va leur administrer, cette susceptibilité peut encore varier d'un ordre de grandeur. En fait, en jouant sur le choix de la lignée et de la diète, un "expéri­mentateur" peut démontrer tout et son contraire, ce qui peut évidemment être très avantageux... En poursuivant l'évaluation du risque cancérigène par le truchement du modèle animal, on accepte que la santé de la population soit jouée à la roulette russe. Pourtant, il existe des méthodes scientifiques, précises, reproductives, beaucoup plus rapides et moins coû­teuses au total que le test sur les animaux modèles: elles sont basées sur les progrès extraordinaires que la biologie a connus depuis quinze vingt ans et font l'objet des travaux du comité scientifique de l'association Pro-Anima. Enfin - et surtout - ce sont des méthodes qui sont, elles, pertinentes pour l'homme.  

L'épidémiologie des cancers  
  
Le mécanisme d'action des cancérigènes est rappelé dans le schéma ci-dessous.
On voit que l'évaluation du risque de cancer est malaisée, en pre­mier lieu parce que chacun de nous est exposé, au cours de sa vie, à une multitude d'agents et qu'il est dès lors très difficile de foire la part de chacun d'eux dans la constitution du risque, mais surtout parce que le cancer est une maladie à très long temps de latence, la première cellule cancéreuse survenant souvent plusieurs décennies après la première exposition à un agent cancérigène. On distingue une phase initiale, l'initiation, au cours de laquelle certaines cellule» sont exposées à l'action d'agents cancérigènes. Cette exposition leur conférera des caractéristiques particulières leur permettant d'échapper aux mécanismes de contrôle de l'organisme et de se transformer, dix à quarante années plus tard, en cellules can­céreuses. La longue période qui s'étend de l'initiation à l'apparition du cancer est appelée "phase de promotion". L'épidémiologie est la discipline qui étudie la fréquence de déve­loppement des cancers dans une population déterminée. Elle permet d'identifier certaines causes de cancer lorsque l'agent cancérigène est présent à une concentration importante pour une relativement longue durée. Elle perd de son efficacité lorsque l'exposition se fait à des concentrations faibles de l'agent cancérigène ou à des mélanges complexes, ce qui est Se plus souvent te cas dans la réalité. Par ailleurs, l'épidémiologie s'appuyant sur les cancers établis, elle n'est d'aucune utilité pour influencer les mécanismes de la maladie dans un but de prévention. En cas de maladie à évolution souvent grave comme le cancer, l'épidémiologie ne permet souvent que d'enregistrer les décès, ce que les Anglo-Saxons ont appelé le "body-counting