petit manuel de cyberrésistance
Une idée, un objectif et quelques centaines de modems. Tel sont les ingrédients de base pour s'improviser hacktiviste sur la Toile mondiale.
Début mai, un activiste qui se faisait appeler Reverend Billy a rallié les modems de quelques milliers d'ordinateurs pour lancer une action d'éclat contre la chaîne Starbucks Coffee (le spécialiste américain de l'expresso, dont deux cafés avaient déjà été saccagés à Seattle). Il s'agissait de fondre des points les plus reculés du globe sur le site web du groupe visé, dans l'espoir de la submerger.
"La guerre a migré vers Internet maintenant que, sur le front, c'est plutôt calme."
NAIR ALIYEV, rédacteur en chef adjoint au quotidien Zerkalo, à propos des attaques dont son journal a été victime.
Alors que les médias voient généralement dans les pirates informatiques des casseurs obsédés par le secret, c'est au vu et au su de tous, et au nom de causes bien précises, que certains groupes ou individus se livrent à leurs attaques en ligne. Cela peut prendre la forme d'appels à se connecter en masse sur une page d'accueil, histoire d'en bloquer l'accès aux autres internautes, mais aussi d'opérations plus destructive destinées à mettre en hors service un site. D'autres veulent simplement contourner des restrictions d'origine publique qu'ils considèrent comme injustes. Tous, en tout cas, cherchent à amalgamer leur passion et les moyens techniques du jour et à utiliser la puissance du réseau des réseaux pour inventer de nouvelles formes de protestation.
Dessin de Gina TriplettEn décembre 1999, le groupuscule des Electrohippies a organisé une "occupation virtuelle de l'OMC", visant à surcharger les serveurs gérant les pages web de l'Organisation mondiale du commerce. Les cinq Britanniques formant ce groupe estiment que plus de 452 000 personnes ont convergé sur cette cible. Cofondateur du groupe et responsable des contacts avec la presse, Paul Mobbs affirme que les Electrohippies ont atteint leur objectif (empêcher l'accès en ligne à l'OMC sur plusieurs périodes de quatre à cinq heures) et réduit de moitié la vitesse d'accès au site. Après quoi courent ces cyberactivistes ? Rien moins qu'un monde dans lequel le commerce électronique soit équilibré par la contestation électronique, ou en tout cas dans lequel le cyberespace ne soit plus à l'abri de la pression populaire. Le classique de Henry David Thoreau Du Devoir de désobéissance civile (éd. Climats, 1992) figure ainsi en bonne place sur le site de ce groupe : il ne lui aura fallu que cent cinquante-deux ans pour être récupéré par les militants d'Internet. Paul Mobbs reconnaît toutefois une large dette théorique envers différents groupes américains tels que l'Electronic Disturbance Theatre (EDT), qui s'était voué au soutien de l'Armée nationale de libération zapatiste, en 1998. Formé de quatre militants comme des adeptes du performance art sur Internet, ce groupe a par exemple créé une interface renvoyant à des fausses adresses ceux qui cherchait la page web du président Zedillo. C'est ainsi que le moteur de recherche pouvait retourner des messages tels que "droits de l'homme : introuvables sur ce serveur". Baptisé FloodNet [déluge virtuel], ce projet a également entrepris d'inscrire les noms des victimes des troupes gouvernementales. Est-ce efficace ? Oui, répond l'un de ses membres, Ricardo Dominguez, à condition de moins s'attacher à l'effet technique sur les sites visés qu'à l'attention ainsi attirée sur les zapatistes.
Carmin Karasic, membre de l'EDT, affirme que ces offensives ne doivent leur validité qu'au nombre de personnes qui leur apportent leur soutien. "La seule véritable caution est venue des milliers et des milliers de participants qu'elles attirent. Elles n'auraient aucune signification sans la participation des masses", explique-t-elle. Pour cette activiste, c'est le soutien populaire qui fait la différence entre un acte de vandalisme aveugle et une manifestation de présence. "Cela fait une grosse différence avec le pirate informatique ou le cybersaboteur isolé, qui fait planter un serveur sans en référer à personne d'autre."
"Un groupe de pirates informatiques peut causer plus de dégâts en Indonésie que des bataillons de résistants déployés à travers le pays."
JOSE RAMOS-HORTA, prix Nobel de la paix, menaçant le gouvernement indonésien en cas de non respect du référendum organisé au Timor-Oriental en 1999.
Pour les cyberrésistants, la gêne occasionnée est souvent moins importante que le symbole de l'action. Car l'essentiel est ailleurs : "L'objectif véritable de l'opération était de sensibiliser la population à la politique [de Starbucks] consistant à mettre des zones entières sous sa coupe grâce à ses produits d'appel à prix sacrifié." Du côté des Electrohippies, Paul Mobbs est sur la même longueur d'onde, tout en mettant les flibustiers d'Internet en garde contre l'excès de malveillance dans leurs tentatives d'abordage des sites commerciaux. "Si vous voulez être efficaces, mieux vaut perturber un serveur pendant une journée et dire ce que vous avez à dire que de faire durer les choses plusieurs jours dans l'idée de causer des désordres plus généraux."
Néanmoins, cette tactique n'est pas du goût de tous. "Les Electrohippies essayent de rationaliser les attaques par refus de service ; ils foulent aux pieds les droits conférés à leurs adversaires par le premier amendement [de la Constitution américaine sur la liberté d'expression]", affirme Oxblood Ruffin, du groupe de hackers Cult of Dead Cow (Culte de la Vache Morte). Le sujet du débat : ces attaques sont-elles autre chose qu'une forme de censure déguisée et cette forme d'activisme ne revient-elle pas simplement à dénier à ses adversaires leur droit à s'exprimer ? Aucun consensus ne semble se dessiner. Reste que pour certains cette évolution était évolution était inévitable. "Pour nous, la convergence entre les pirates informatiques et le militantisme s'imposait comme une évidence", déclare un porte-parole de RTMark, collectif en ligne qui rassemble des fonds destinés à la lutte anticapitaliste. "Trop de hackers étaient en train de passer dans l'autre camp au service des entreprises, au lieu d'utiliser leurs compétences pour les combattre."
Les hacktivistes auront bientôt leur logiciel
Des sites web consacrés à la piraterie informatique (2600.com ou AntiOnline) conservent des captures écrans de dizaines de sites victimes de tels actes de réécriture. Les attaquants ne laissent parfois derrière eux que de vaines fanfaronnades signées de crânes pseudonymes : c'est la version Internet des graffitis. Mais on rencontre aussi des propos bien précis. Début 1998, un pirate a ainsi pu déjouer les défenses informatiques du centre de recherche nucléaire de Bhabha, près de Bombay, et travestir la page web de cet organisme en un message de protestation contre les essais nucléaires indiens, sans oublier au passage de barboter les courriers électroniques du centre. Peut-être l'accès à ces nouvelles technologies ne représente-t-il qu'une occasion supplémentaire de s'exprimer. "Le massacre d'Acteal, en décembre 1997, m'a émue aux larmes", se souvient Carmin Karasic [dans le village d'Acteal, au Chiapas, des paramilitaires ont tués des douzaines d'Indiens, hommes, femmes et enfants, pendant qu'il priaient]. D'où sa participation à l'Electronic Disturbance Theatre. Néanmoins, sa façon de préparer les manifestations de ce groupe l'a amenée à exploiter Internet d'une manière nouvelle. Alors même que les guérilleros zapatistes l'utilisaient pour informer l'opinion publique de leur lutte, les complices de Carmin Karasic s'en sont servis pour fédérer les soutiens. "Notre collaboration est passée à 100 % par Internet : tout s'est fait par échange de courriers électroniques."
"Se battre, ce n'est pas une simple rigolade. Il s'agit d'un devoir patriotique."
JELLO BIAFRA, ancien leader du groupe punk Dead Kennedys, lors de la convention des hackers (H2K) en juillet 2000 à New York.
C'est bien sûr difficile à mesurer, mais il est possible que le passage des luttes sur Internet permettent d'accéder plus rapidement d'accéder plus rapidement à ceux qui partagent les mêmes passions, c'est-à-dire de mieux concentrer les sentiments politiques. D'aucuns pensent ainsi que les réseaux en ligne ont contribué à gonfler les rangs des manifestants anti-OMC à Seattle. Et il semblerait que le concept même de cyberrésistance se répande, voire évolue. Sur la liste de distribution consacrée à cette activité, un certain Bronc Buster a annoncé qu'il travaillait avec des associations de défense des droits de l'homme et des groupes de pirates informatiques sur une application Hacktivismo : "Cela montre que la piraterie informatique est un moyen bien réel d'utiliser Internet de manière à réunir activisme et technologie dans un sens positif, au service des gens." Dans le même ordre d'idées, un activiste, qui se fait appeler RE:no se dit l'inventeur d'un "Mail-O-Matic", c'est-à-dire "une machine à laver la correspondance, pour envoyer des extraits d'ouvrages expliquant notre état d'esprit".
Clé de la réussite : aborder chaque problème avec inventivité
Toute forme de cyberrésistance nécessite, presque par définition, une adaptation constante de l'arsenal mis en oeuvre. "Nous devons aborder chaque problème avec inventivité", en conclut RE:no. Mais il n'est pas toujours indispensable de dégainer pour se faire entendre. Il estime pour sa part que les activistes doivent garder leur armement en réserve, "à titre dissuasif", de la même manière que les zapatistes conservent leurs fusils "comme un moyen symbolique de faire entendre leur voix".
"Ça me gêne de savoir qu'Internet n'est pas libre d'accès. Quiconque a une connexion au réseau a le droit de voir ce qui s'y trouve."
OXBLOOD RUFFIN, membre du groupe de hackers Cult of the Dead Cow, annonçant la création d'un logiciel permettant de briser les barrières d'accès au Net.
Still in business.comPendant ce temps-là, la cyberésistance continue. Après avoir financé FloodNet, RTMark est passé à d'autres formes d'activisme en ligne : création d'un faux jumeau du site officiel du GATT et soutien du collectif d'artistes européen eToy dans sa lutte contre le vendeur de jouets eToys. Une autre association, appelée Pigdog.org (Cochon-chien.org) a, pour sa part, invité des administrateurs du réseau à empêcher les annonces diffusées par le gestionnaire de bandeaux publicitaire Doubleclick d'atteindre les internautes. L'été dernier, sur la liste de diffusion Hacktivism, Ricardo Dominguez a même annoncé de nouvelles actions en ligne pour le mois d'août, manière de commémorer la naissance d'Emiliano Zapata. Reste à savoir si les cyberrésistants pourront demeurer dans la course au codages et affiner indéfiniment leur tactiques face aux contre-mesures. Mais leurs opérations laissent au moins entrevoir cette possibilité, ainsi que les questions épineuses qui l'accompagnent. Il est peut-être difficile d'affirmer que l'union des cybermasses peut exercer un impact durable sur la politique sociale, mais certains croient en tout cas dur comme fer que c'est possible. Et ils travaillent d'arrache-pied pour que cela le devienne, ce qui est déjà un premier pas. Comme Thoreau lui-même l'a un jour écrit : "Au bout du compte, on n'atteint que les cibles que l'on vise".
Source : http://eliade.sylvai...gk/alternet.htm
Cyber Résistance
Commencé par
stup
, 08 jui 2006 à 14:05
1 réponse à ce topic
#1
Posté 08 juillet 2006 à 14:05
#2
Posté 08 juillet 2006 à 17:30
Sa me fais toujours chaud au coeur de voir qu¨il y a encore des gens qui résiste et qui lutte avec leur moyen
. Medine disait : Soit intelligent ou bien meur en essayant , soit victorieux ou bien meur en combatant
On vas les contraindre a nous comprendre si il faut enfraindre le loi d¨ici pour qu¨il entendre nos alerte rouge. Dans la track Tête Froide
Ces hacker vont contre les loi avec leur activité mais il font passé un message je leur dit
continuer de lutter.
Ces hacker vont contre les loi avec leur activité mais il font passé un message je leur dit
Ce message a été modifié par _khaos_ - 08 juillet 2006 à 17:30.










