Il ne s'agit pas d'exhumer un manuscrit des profondeurs de la Terre mais de révéler un texte qui a été recouvert par d'autres écrits au fil des siècles, au point d'en avoir quasiment disparu à l'œil nu. Le parchemin en question est ainsi connu sous le nom de palimpseste d'Archimède et son histoire est digne du Nom de la Rose et du Da Vinci Code réunis.
Papyrus et peau de chèvre
Un rapide voyage dans le temps s'impose : au IIIe siècle avant notre ère, Archimède rédige sur papyrus quelques-uns des textes fondateurs de la science moderne, notamment De l'équilibre des corps flottants, dans lequel il expose la poussée à laquelle est associée son nom (1). Les originaux ont été perdus mais au Xe siècle après Jésus-Christ, à partir d'autres versions, également rédigées sur papyrus, un scribe recopie sur un parchemin en peau de chèvre les œuvres du savant grec.
Environ 300 ans plus tard, des moines grecs récupèrent le manuscrit et réutilisent les pages pour y compiler des prières. L'ouvrage est conservé à Constantinople (Istanbul) avant de disparaître de la circulation. Ce n'est qu'en 1906 que le Danois John Heiberg parvient à remettre la main sur le palimpseste et à identifier les écrits originaux. Il photographie l'ouvrage mais certaines parties restent encore cachées. Ultimes outrages subis par le parchemin : un collectionneur y ajoute des enluminures religieuses pour lui donner davantage de valeur.
"Super-microscope"
On perd à nouveau la trace du palimpseste jusqu'en 1998, lors d'une vente aux enchères. Un acheteur anonyme l'acquiert pour 2 millions de dollars. L'ouvrage est aujourd'hui conservé au Walters art museum, à Baltimore (Etats-Unis), où il fait l'objet d'un "décryptage". C'est dans ce cadre que sera révélée vendredi une partie des textes d'Archimède.
L'opération sera sans dommages pour le parchemin qui en a connu bien d'autres. Elle se déroulera à l'Université de Stanford, qui met à disposition son synchrotron, un accélérateur de particules qui fait office de "super-microscope". La technique utilisée est celle de la fluorescence d'ultraviolets qui fait ressortir les textes originaux en faisant "briller" le fer contenu dans l'encre (lire "Quand la technologie donne des couleurs aux statues grecques"). Le texte révélé sera alors "scanné" vers un ordinateur relié au site de l'Exploratorium. Si tout fonctionne comme prévu, l'internaute pourra alors découvrir des écrits que nul autre n'avait lu depuis plus de 2000 ans.
(1) La poussée d'Archimède : "Tout corps plongé dans un liquide subit de la part de celui-ci une poussée exercée du bas vers le haut et égale, en intensité, au poids du liquide déplacé". Un découverte qui aurait fait sauter le savant hors de son bain, en criant : "Eurêka !" ("J'ai trouvé !").
Ce message a été modifié par Magnus - 04 août 2006 à 22:13.











