napo, le Jeudi 21 Septembre 2006 à 09h53, dit :
Mais alors, comment se fait-il que la population du Québec ne demande pas l'indépendance ?
Il y a eu pourtant des élections à ce sujet, non ? Quel est le problème, à ton avis ?
C'est une question très complexe que tu demandes. Il y a plusieurs raisons pourquoi le Québec n'est pas encore un pays, il est difficile de faire rapidement le tour de la question.
Premièrement, le "oui" a gagner lors du dernier référendum, même si le résultat "officiel" ne fut que de 49,4%. La raison est que plusieurs canadiens non-québécois ont voté lors de ce référendum, alors qu'ils n'en avaient pas le droit. Le DGEQ (directeur général des élection du Québec) a recoupé la liste de voteurs avec d'autres listes officielles (comme les détenteurs de la carte d'assurance-maladie, les permis de conduire, etc) et il s'est avéré qu'environ 200 000 "fantômes" ont voté lors du référendum. Des gens qui n'ont jamais habité au Québec, ni avant ni après le référendum. Le "oui" a perdu par 26000 votes, alors on voit bien que ces 200 000 voix ont fait une grosse différence. Le "oui" aurait eu environ 55% des votes sans ces 200 000 voteurs illégaux. *
Ensuite, le gouvernement fédéral n'a pas respecté la loi référendaire québécoise, qui stipule que lors d'un référendum, les deux camps ont chacun droit aux mêmes montants d'argent pour faire leur campagne respective. Ce montant était de 5 millions de dollars pour chaque camps. Or, il est maintenant connu que le fédéral a dépensé plus de 30 millions de dollars en propagante pour le "non". Par la suite, la cour suprême du Canada a stipulé que le gouvernement fédéral avait le droit de ne pas respecter les lois provinciales comme la loi sur les consultations populaire (le nom de la loi référendaire au Québec). Oui, vous avez bien lu, le gouvernement fédéral est au-dessus des lois provinciales. Aberrant, n'est-ce pas? Mais tous les moyens sont bons pour garder le Québec dans le Canada...
Aussi, et ce fut le cas lors des deux référendums, le gouvernement fédéral a promis qu'en votant "non", le statu du Québec à l'intérieur de la fédération serait renégocier afin de satisfaire les québécois. Combien ont cru à ces promesses? Impossible de le quantifier exactement, mais vu que le référendum de 1995 fut perdu par seulement 0,6% des voix (malgré les manoeuvres douteuses du fédéral), on peut penser que cela a fait pencher la balance. D'ailleurs, Jean Chrétien (alors PM du Canada) avait fait sa promesse de renouvellement du fédéralisme quelques jours seulement avant le vote, alors que le "oui" menait dans les sondages. Évidemment, au lendemain de ces référendums, ces promesses ne furent aucunement respectées, ce qui fait que nous n'avons toujours pas signé la constitution canadienne de 1982, plus de 20 ans après! Dans un sens, le Québec ne fait déjà plus parti du Canada...
Finalement, et ça c'est plus difficile à décrire, il y a un sentiment de colonisé très répendu au Québec. Je cite un extrait d'un texte portant sur cette question, texte que vous pouvez lire en entier
ICI.
Citation
Malheureusement, il y a des Québécois originaires d'ici, et c'est ce qui m'amène en plein cœur du sujet, qui nient notre vérité profonde collective qu'est notre nationalité. Ils portent en eux, dans leur inconscient culturel, cette négation d’être que je désigne sous le nom de complexe de colonisé. Ce complexe de colonisé n’est que de la pure faiblesse, honteuse et odieuse en elle – même. Est colonisé tout Québécois originaire d’ici qui nie que le Québec est un peuple ou qui considère que le peuple du Québec est inférieur aux autres peuples de la Terre, à commencer par le peuple canadien – anglais. Le complexe a une double origine. Sa première origine est personnelle, c’est à dire il est originaire la personne qui a développé ce complexe. Sa deuxième origine est liée à la première. Ce complexe, comme son nom l’indique, tire aussi son origine de la colonisation anglophone de 1763 à 1867. Pendant cette période colonisation, les Canadiens français furent victime, de la part des Anglais et des Canadiens anglais, d’une domination économique, politique, sociale, du mépris et d’infériorisation. Le mépris envers le Canada français était alors presque généralisé chez les anglophones. Il atteignit son paroxysme lorsque Lord Durham, ancien gouverneur de la nouvelle colonie anglaise, déclara : « Je recommande l’assimilation des Canadiens français afin de les tirer de leur infériorité ». C’est un telle contexte sociologique qui a pu donné naissance au complexe de colonisé. Le complexe de colonisé a pour manifestation fondamentale le complexe d’infériorité. Toutes ses autres manifestations dérivent du complexe d’infériorité.
La première manifestation du complexe de colonisé, c’est le complexe d’infériorité. Cela entraîne la dépendance à l’égard du gouvernement fédéral, l’incapacité de s’assumer collectivement, le dégoût , la honte et le mépris de ce qui caractérise le Québec, la dévalorisation de tout ce qui est particulier et propre au Québec. Dans son ouvrage « Et si le Québec c’était la fierté? », le docteur Yves Lamontagne actuel président du Collège des médecins traite abondamment de la question. Il dit à la page 14 :
« Pour les fins de cet ouvrage, et par curiosité, j’ai consulté le Robert. Au mot « confiance », on trouve les synonymes « sécurité », « assurance », et « hardiesse » et les antonymes « méfiance », « crainte », « doute ». Au mot fierté, les synonymes sont « amour – propre », « courage », « satisfaction » et les antonymes, « modestie », « humilité », « dépit », « honte » Depuis trop longtemps, nous correspondons aux antonymes de la confiance et de la fierté ».
Dans son ouvrage, il ajoute que plusieurs sociologues se sont penchés sur le problème, et il rapporte les propos du sociologue Fernand Dumont à la page 68 au 3ième paragraphe du même ouvrage qui disent :
« Le pire défaut des Québécois francophones, c’est le mépris de soi ».
Pour illustrer cette manifestation, n’est – il pas vrai que des Québécois ont une image de sécurité irrationnel à l’endroit du fédéral, et une image d’eux qui convienne « aux antonymes de la confiance ». Certains Québécois ont donc développé une peur face à la souveraineté de même nature que la confiance qu’il porte à Ottawa, c’est – à – dire irrationnel. En effet, un État est composé essentiellement de 3 éléments : d’un Gouvernement, d’une Législature et d’une et d’une Magistrature. L’État se finance strictement par les impôts et taxes des particuliers et des entreprises et redistribue cet argent par des services publics. Le Québec en tant qu’État fédéré et le Canada en tant qu’ État fédéral présente ces mêmes caractéristiques étatiques. En devenant un État souverain, le Québec n’a qu’à récupérer ses impôts et taxes fédéraux servant à financer sa place dans l’État fédéral ainsi que les compétences fédérales (dont découle les services publics fédéraux) financés par ces mêmes impôts et taxes fédéraux. Où est le problème, où est la peur? Serait–ce la peur de s’assumer nous – mêmes, le problème de faire confiance en nous? Une autre illustration de cette manifestation est celle – ci. Que de fois n’avons pas – nous entendu cette phrase : « Ah, j’aime mieux les émissions américaines, ce sont de vraies émissions. C’est mieux que nos «quétaineries» au Québec ». À titre d’expérience personnelle face à cela, je me souviens qu’au primaire, lorsque j’avais dit que mon acteur et mon actrice préférés étaient des Québécois. Un ami m’a dit : « Hein, tes acteurs ne sont pas des Américains? Écoutez – cela la gang, ses acteurs préférés ne sont pas des Américains ». Et la classe de trouver mon choix étrange.
Une autre manifestation de ce complexe consiste en l’absence d’identité. On rêve secrètement d’être un autre, surtout d’être Américain, tout sauf être ce que nous sommes, des Québécois. Pas étonnant que bon nombre de Québécois soient séduits par le « American Dream » et la culture américaine. Un des effets pervers de cette absence d’identité est la vulnérabilité et la trop grande sensibilité à l’image véhiculée du Canada, comme étant la demeure de valeurs et de cultures paradisiaques. La réalité par contre, est tout autre. L’histoire, même la récente nous le démontre aisément. Mais, la manifestation la plus odieuse de ce complexe est quand on défend aveuglément, béatement et inconditionnellement les Canadiens anglais contre sa propre nation, refusant de voir la réalité en face.
Ce complexe est une des deux composantes de l’opposition à la souveraineté du Québec, l’autre étant l’égoïsme (l’individualisme). Il faut dire que ces deux composantes sont inter reliés. On peut aussi affirmer que le complexe compose une grande partie des esprits fédéralistes québécois. Une chance, je suis convaincu que ce n’est pas tous les fédéralistes québécois qui présentent cela. Selon moi, le fédéraliste légitime est celui qui a de l’amour pour son pays, le Canada, mais qui reconnaît la nation québécoise et milite pour la faire reconnaître par les anglophones, ou du moins, pour faire reconnaître son caractère distinct. Le fédéralisme légitime ne peut qu’avoir comme proposition de base la nationalité du Québec. Il ne peut qu’être une réforme en profondeur de la fédération consistant à faire reconnaître la nation québécoise dans la fédération canadienne et à obtenir les implications juridiques de cette reconnaissance. Ce qui illustre le fait que des fédéralistes ne soient pas tous des colonisés sont des fédéralistes nationalistes tels Claude Ryan et Robert Bourassa pour en nommer que ceux – ci. Claude Ryan, ancien chef du parti Libéral du Québec avait même choisi pour thème de la campagne référendaire pour le Non cette phrase suivante « Le Canada mon pays, le Québec ma patrie ». Or, selon le Dictionnaire de notre temps (1992) des éditions Hachette, voici la définition de patrie :
«1- pays dont on est originaire, nation dont on fait partie ou à laquelle on se sent lié
2- région, localité où l’on est né
3- Fig. le pays où les sciences, les arts sont particulièrement en honneur »
Robert Bourassa tant qu’à lui a mis toute son intelligence, son effort, son travail, son énergie, sa conviction afin de faire reconnaître le concept de société distincte qui dans le contexte de sa proposition constitutionnelle, équivalait presque au concept de nation. D’ailleurs, dans un dictionnaire, les définitions de nation et de société sont semblables. On dit la société américaine, la société française. Malheureusement, Bourassa a échoué. Par contre, Robert Bourassa est un symbole du fédéralisme légitime.
En somme, ce qui est sûr , c’est qu’il faut dénoncer les effets pervers de ce complexe qui, entre autre, a fait démissionner Lucien Bouchard, l'exaspérant devant l'indifférence de colonisé des gens face à la loi C - 20, la réélection étrange de Jean Chrétien au Québec (Celui – là même qui a fondé la loi C – 20 qui en plus d’être contraire à la démocratie nie l’existence du peuple québécois et par ce fait même, nie ces institutions), ainsi que la peur irrationnel de la souveraineté. L’affaire Michaud n’a été que la goutte d’eau faisant déborder le vase.
En conclusion, face à ce problème, je ne vois qu’une solution, une éducation collective à la nation québécoise. Je ne sais pas si cela fonctionnerait étant donné l’ampleur et la gravité du complexe sociologiquement parlant, mais nous avons le devoir d’essayer tous ensemble, membre de cette formidable nation qu’est le Québec, riche en ingéniosité, en entrepreneurship et en talents.
Désolé pour un si long post, mais une question complexe nécessite une réponse complexe!

J'espère que cela vous aide à comprendre un peu plus...
* Voir à ce sujet le mémoire de Gilles Rhéaume déposé à l'Onu disponible à l'adresse suivante:
Les violations par le Canada des droits politiques des Québécois
Le capitalisme est encore et toujours la source de tous nos ennuis...