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Greenpeace interdit de débarquer à Marseille


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10 réponses dans ce topic

#1 Mad Max

Mad Max

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Posté 23 août 2006 à 19:53

Le 'Rainbow Warrior' quittera Marseille jeudi à 18h, annonce Greenpeace

AP | 23.08.06 | 20:25

MARSEILLE (AP) -- "Dans un souci d'apaisement", le 'Rainbow Warrior II' quittera le port de Marseille jeudi à 18h, a annoncé mercredi soir l'organisation écologiste Greenpeace, après une journée de tension au large de la cité phocéenne avec les thoniers opposés à sa venue.
"Greenpeace demande officiellement au ministre de l'Agriculture d'organiser de manière urgente une concertation nationale entre tous les acteurs liés à la problématique de la préservation et de l'exploitation du thon rouge en Méditerranée", a déclaré à l'Associated Press Grégory Gendre, chargé de communication à Greenpeace.
"Les événements liés à l'arrivée du 'Rainbow Warrior II' à Marseille et la tension vécue aujourd'hui (mercredi) montrent combien il est important d'apporter des réponses concrètes pour le développement de la pêche durable", a-t-il ajouté.
Interrogé sur cette annonce de Greenpeace, Mourad Kahoul, président du Syndicat des thoniers méditerranéens, a prévenu que son organisation maintiendrait "le blocage des ports jusqu'au départ de ces envahisseurs". "Nous avons bloqué le trafic, mais laissé entrer un ferry parce qu'ils avaient un malade à bord", a ajouté M. Kahoul, en menaçant de bloquer jeudi le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). AP


Je trouve révoltant que des poissonniers sans scrupules se jettent littéralement sur Greenpeace dans cette histoire de Thon Rouge.

Tout le Monde un tant soi peu informé sait que cette espèce est au bord de la rupture... On interdit à cet organisme (quoi qu'on en dise sur lui, au moins il fait quelque chose) de faire une opération de sensibilisation auprès du grand public.

C'est révoltant et c'est une entrave à la diffusion de l'information, la véritable, approuvée par les scientifiques.

Ok, ceux qui font le plus de dégâts (pêche pirate) ne sont pas de ceux qui ont assiégé le Rainbo Warrior II mais je trouve leur attitude bien égoïste et révoltante. Je résumerais cette réaction en une phrase:

"Touche pas à mon gagne pain"

Toujours ces "sales" écolo complètement à coté de la plaque qui essayent de sauver de simple poissons....

Révoltant, comme d'habitude dans tout ce qui touche à notre environnement...

:tresfache:  :tresfache:

#2 Tom Nisciant

Tom Nisciant

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Posté 23 août 2006 à 20:06

Le comportement des pêcheurs est regrettable.
Nous le savons ; et peut-etre qu'eux aussi le savent.
Mais ils n'ont pas envie d'être moins égoistes que les autres. Du reste rien ne les y oblige. Ils ne sont pas nombreux ceux qui accepteraient tous les inconvénients d'une vie qui respecterait les ressources naturelles et leurs limitations.

J'ai la faiblesse de croire qu'à la place de ces pêcheurs j'agirais mieux, mais je n'en suis pas certain.
Alors la pierre que j'allai leur jeter, je la mets de côté pour le moment.

#3 MasterJedi8

MasterJedi8

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Posté 23 août 2006 à 20:09

Je t'en prie , dis tout ce que tu veux mais n'essaie pas de les excuser .

Ce ne sont que de pauvres connards egoistes de surcroit qui n'en ont rien à foutre de l'ecosystème .

#4 Tom Nisciant

Tom Nisciant

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Posté 23 août 2006 à 20:14

MasterJedi8,

Je n'ai pas dit que j'excusais. Mais j'essaie de comprendre.
Peux-tu me dire dans quoi tu travailles ? L'écologie est peut-etre pour toi quelque chose de capital (et c'est une excellente chose) mais mettrais-tu les revenus de ton foyer en danger pour etre en accord avec des principes que d'autres ne respectent pas ?

Tu as le droit de me répondre : "Oui, évidemment !"
J'aurais tendance à faire la meme réponse. Mais...

Mais, un jugement catégorique de ces gens en la matière me parait trop facile.
C'est mon humble avis.

Toutefois le droit à l'information étant fondamental, il est inacceptable que les autorité n'aient pas fait en sorte que Greenpeace puisse délivrer son message (scientifiquement étayé) à la population.

#5 MasterJedi8

MasterJedi8

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Posté 23 août 2006 à 20:25

Je respecte ton point de vue et je le comprend mais je suis desolé , l'ecologie et la sauvegarde de la faune et de la flore passe bien avant la vie de quelques pecheurs ahuris .


Ce n'est pas parce-que ces personnes ont du mal à nourrire leur famille qu'ils peuvent prendre le droit d'exterminer le thon de la mediterannée , NON !

#6 MasterJedi8

MasterJedi8

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Posté 23 août 2006 à 20:32

Sans compter le nombre de dauphins morts asphyxiés car pris dans les filets de pecheurs peu scrupuleux ...

#7 Tixi

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Posté 23 août 2006 à 20:32

déjà remettons les choses en ordre

Greenpeace veut pas empecher la peche au thon, elle veut limiter les quotas pour permettre aux thons de se reproduire .. les pécheurs pourront toujours vivre de la même façon avec ces quotas instautés, seulement faut pas chercher midi à quatorze heure ...
Le syndicat qui a lancé cette offensive contre greenpeace a à sa tête le conseiller municipal UMP de la ville Mourad Kahoul, qui cumule donc les deux postes.

Ce message a été modifié par Tixi - 23 août 2006 à 20:33.


#8 Mad Max

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Posté 23 août 2006 à 22:39

On parle de quotas à 32000t pour l'instant, or il semblerait qu'on atteigne une production à 50 000t, donc ces quotas ne sont, d'une, pas ou peu respectés.

Au delà de ce qui a été dit, si j'étais à la place de ces pêcheurs, j'essaierais plutot de comprendre pourquoi et comment.

Pourquoi cette espèce est en voie de disparition, et comment je peux faire pour assurer mes revenus tout en ayant un impact minime sur le biotope. Mais tout cela passe par des mesures, des remises en question, des compromis ect.. bref, ces gens n'envisagent pas vraiment à se casser la tête...

Ce que je trouve vraiment alarmant, c'est cette vision ultra court terme des gens, ils ne pensent qu'à l'immédiat, ils ne se posent même pas la question si il y aura encore du Thon dans 5,10-20 ans...

#9 MasterJedi8

MasterJedi8

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Posté 23 août 2006 à 22:40

Le plus honteux est surtout le fait que les pecheurs aient interdit l'accès à Greenpeace .

#10 naturelle

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Posté 23 août 2006 à 23:25

Nos ancêtres étaiént plus intelligents, ils ne pêchaient pas dans les endroits qui étaient réservés à la reproduction. Si ces messieurs, ne veulent pas comprendre, c'est regrettable les conséquences seront pires, ils n'auront plus de thons à pêcher. Ils devraient dialoguer pour essayer de trouver une solution. Avec leurs filets perfectionnés, plus aucun poisson ne réchappent à la pêche, le plus lamentable, c'est qu'ils rejettent les poissons inintéressants à l'eau, qui sont souvent morts ou blessés.

C'est à notre gouvernement de se réveiller et de trouver une solution, mais, évidement tout ce qui est écologie, ils ne connaissent pas, ils s'en contrefichent complétement !

#11 Mad Max

Mad Max

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Posté 24 août 2006 à 09:33

Voici un article datant de 2002 de l'Express:

Menaces sur le thon rouge

par Georges Dupuy

Inquiétude en Méditerranée: le gros poisson prédateur, qui vaut de l'or au Japon, est actuellement l'objet de grandes manœuvres économiques. Coincés entre les écologistes, les mareyeurs espagnols et les pays émergents, les pêcheurs français ont du souci à se faire

C'est une histoire de gros sous et de fins gourmets, de petits pêcheurs sétois et de grands cuisiniers japonais, de particularismes très locaux et de mondialisation, d'amis de la pêche qui ont peur de sombrer et de copains des poissons qui craignent l'épuisement de la ressource, d'Etats riches sur la défensive et de pays émergents agressifs, d'Europe bleue comme la colère et d'alerte rouge comme le thon. Une drôle de soupe de poissons cuit aujourd'hui à gros bouillons dans cette marmite de 2,5 millions de kilomètres carrés, surveillée par une vingtaine de pays riverains, que l'on appelle la Méditerranée.

Début novembre, la pression est un peu retombée. Réunie en session plénière à Bilbao, la CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique), émanation de l'ONU qui gère le thon rouge, a décidé d'augmenter les autorisations de pêche. Une première: après cinq années de baisse régulière, celles-ci passeraient donc de 29 500 tonnes pour la trentaine de pays membres de la commission (dont 18 600 pour l'Union européenne) à 32 000 tonnes. Ce qui rend furieux les écolos. Les thoniers européens, français au premier rang, restent méfiants: Bruxelles doit décider en décembre prochain d'une nouvelle politique de la pêche. Et les pêcheurs savent bien qu'il est d'autres menaces économiques. Alors, chez les Méditerranéens, les couteaux - à poisson - restent sortis.

Un spécimen de 214 kilos, vendu plus cher qu'une Ferrari

Bienvenue au paradis du thon rouge. Bluefin tuna, pour les anglophones, ou Thunnus thynnus, pour les ichtyologistes, peu importe! Début janvier dernier, à Tokyo, un spécimen de 214 kilos, long de plus de trois mètres, s'est vendu plus cher qu'une Ferrari 456 GT: 230 000 €, soit 1 074 € le kilo (7 045 F pour les archaïques). Bien sûr, il s'agissait des traditionnelles enchères - surmédiatisées - pour le premier thon de l'année nouvelle. Mais, même avec la baisse actuelle des prix due à la récession, les amateurs éclairés sont prêts à faire des folies pour un sashimi gras à souhait. Le nec plus ultra des 500 000 tonnes de poisson cru que le Japon consomme chaque année. Un marché minuscule par les quantités (7 000 tonnes). Majuscule pour sa valeur.

Les thoniers senneurs sétois sont devenus la plus importante flotte de Méditerranée.
Marianne Comolli, grande spécialiste de la cuisine nipponne et auteur de Saveurs du Japon avec le maître Hirohisa Koyama (Albin Michel), explique: «Les Occidentaux ne peuvent pas comprendre à quel point les gastronomes japonais sont fous de cette onctuosité.» Alors, pour satisfaire les connaisseurs, les experts se lèvent au tout petit matin à Tokyo. Direction: le gigantesque marché aux poissons de Tsukiji. Là, des centaines de thons rouges congelés ou frais, étiquetés, numérotés, la queue coupée coincée dans leur gueule aiguë, attendent le verdict. Une fine lamelle de chair prise sur l'arrière du poisson, mâchée longuement, tournée en bouche comme un œnologue déguste un grand cru dans un chais, dira ce qu'il en est du subtil équilibre entre le gras et le maigre. L'œil du spécialiste a déjà apprécié la couleur de la chair entrelardée qui se décline du rouge vif - rien que du muscle - au rose le plus éteint - trop de gras. Alors commence la grande bagarre entre acheteurs, assurés qu'un suprême toro (la ventrèche du thon) pourra atterrir dans certaines assiettes à 450 € le kilo et un excellent maguro (le cœur du filet) à 230 €.

Leur technique: à l'aide d'énormes filets (jusqu'à 1 400 mètres de circonférence!), encercler le banc de poissons avant de refermer les mailles sur la prise.

Ce mercredi matin là, à Frontignan (Hérault), l'envoyé spécial de la maison londonienne Atari-Ya Foods avait dû être remplacé au pied levé. Il avait raté son avion à Heathrow. Denis Biascamano, patron et fondateur du groupe MJD auquel appartient la société Sud Marée, avait donc demandé à son contremaître de choisir les thons rouges qui pouvaient trouver grâce aux yeux des Japonais. Sur les 10 tonnes de poissons sous glace pêchés dans le golfe de Gênes à 500 kilomètres de là, le trieur impitoyable avait sélectionné 19 belles pièces de 80 à 120 kilos chacune, destinées aux cuisines de Londres, où vit la deuxième communauté japonaise émigrée du monde derrière celle de New York. Prix de vente à Atari-Ya Foods: 7,60 € le kilo. «Ce n'est pas cher parce que c'est destiné à l'Europe», commente Biascamano, le portable soudé à l'oreille.

Ce grossiste est devenu en dix-huit ans l'un des plus gros mareyeurs européens spécialisés dans le thon rouge. En France, son premier client s'appelle Auchan. Mais ce sont les Japonais qui forment l'essentiel de son chiffre d'affaires de 15,2 millions d'euros. Alors que les prix de vente se traînent en France aux alentours de 2,5 € le kilo, le marché japonais achète le thon entre 38 et 45 €. Pas étonnant, alors, que les pêcheurs et les mareyeurs de Méditerranée se soient précipités pour satisfaire une demande si juteuse.

Tout a commencé à la fin des années 1980, quand les stocks de thon rouge du Sud, dans lesquels les Japonais puisaient à pleins filets, se sont effondrés. Tokyo s'est alors tourné vers le thon rouge de l'Atlantique, qui, comme son nom ne l'indique pas, fréquente beaucoup la Méditerranée. Surtout entre juillet et août, deux mois pendant lesquels il se reproduit au large des Baléares et de la Sicile.

Les débuts n'ont guère été flamboyants. Pourtant, la technique - empruntée aux Norvégiens et développée par les Sétois - est simple: il s'agit de tourner autour d'un banc de poissons pour l'encercler avec le filet, puis de refermer les mailles sur la prise à la manière d'une bourse. Mais on ne pêche pas des bêtes de 100 kilos comme celles de 20 kilos. En 1990, les filets sont trop petits, les poissons trop gros, trop abondants, les bateaux trop faibles et les cales trop étroites. Nicolas Giordano, pêcheur, fils et petit-fils de pêcheurs, raconte: «Quand nous avons découvert la pêche aux Baléares, nous ne maîtrisions pas grand-chose.»

Depuis, la flotte des thoniers senneurs sétois est devenue la plus importante de Méditerranée. La plus puissante également: les derniers bateaux - des monstres longs de plus de 40 mètres qui valent entre 3 et 4,5 millions d'euros pièce - vont de plus en plus loin et de plus en plus rapidement. Ainsi peuvent-ils virer de bord quand la pêche s'annonce mauvaise aux Baléares et gagner la Sardaigne, la Sicile, Malte ou la Libye, toutes ces grosses mines à poisson situées à 1 000 kilomètres de là. Si les Français sont désormais capables de travailler avec un filet made in Taiwan de 1 400 mètres de circonférence pesant à vide jusqu'à 30 tonnes, ils sont surtout équipés du nec plus ultra en matière de froid et de conditionnement. De quoi contenter les plus exigeants de ces Japonais qui, il y a une dizaine d'années, regardaient d'un drôle d'œil les thons rouges en train de rissoler au soleil à même le pont des thoniers.

Celui qui a entraîné tout le chambardement se nomme Jean-Marie Avallone. Une puissance économique que la famille Avallone: celle-ci possède 5 thoniers et une société de mareyage. Intelligent, secret, matois, méfiant, le bras long et toujours en avance d'un coup ou d'une technique, Avallone est un maître de l'indignation millimétrée: «Arrêtez de penser que la pêche en Méditerranée, c'est Marius et Jeannette, une barcasse à rames et la bouillabaisse pour les touristes.» En dix ans, les armateurs de Languedoc-Roussillon ont investi 27,5 millions d'euros - dont 2,5 millions apportés par la région - dans une modernisation sans précédent de leur flotte. Aujourd'hui, près de la moitié des 32 thoniers senneurs français a moins 10 ans d'âge.

Mais Avallone préférerait avaler la casquette à carreaux qu'il porte vissée sur le crâne plutôt que de reconnaître que les pêcheurs français sont passés, en 1996, à côté de la grande révolution du secteur: l'engraissement des thons capturés vivants puis enfermés dans des cages avant d'être remorqués vers des fermes marines de pleine mer. Une idée venue d'Australie. Certes, ils y ont gagné un prix de vente moyen de 6,10 € au kilo, trois fois plus élevé que les tarifs du marché français. Ce qui assure de coquettes rentrées aux plus méritants, aux mieux équipés ou aux plus chanceux. On comprend la joie des équipages lorsqu'une fois, de-ci de-là, à deux bateaux, ils arrivent à encercler 300 tonnes de poissons, avec au milieu de leur épuisette magique un magot de 1,8 million d'euros.

Les Français n'en ont pas moins abandonné aux mareyeurs espagnols une plus-value que ces derniers sont, aujourd'hui, bien décidés à préserver. Par tous les moyens. Raphaël Scannapieco, une autre tête de la pêche sétoise, en est encore tout chose: dans le milieu des années 1990, un Japonais lui avait proposé de s'associer pour mettre des thons dans une cage. Une vraie Berezina. «J'avais bien le billet de Loto mais pas le numéro gagnant», ironise Scannapieco. Depuis, le train est passé et les Nippons se sont mariés avec les Espagnols.

«Sans eux, je n'aurais jamais construit mon entreprise», reconnaît Gines Mendes, patron d'Atunes de Mazarron (135 employés et 32 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2001). Le troisième engraisseur de Méditerranée, derrière Fuentes & Hijos (90 millions d'euros) et Joachim Albaladejo (60 millions d'euros), avait pourtant commencé tout petit, dans l'anchois. Le métier, les Japonais se sont chargés de le lui enseigner. Comme ils l'ont inculqué à Fuentes & Hijos ou à Albaladejo, du côté de Carthagène et d'Alicante.

Gines Mendes a donc appris comment éviter tout stress au thon pour que sa chair ne vire pas au marron pain d'épice. Comment le tuer. Comment le saigner sous la queue et sous les ouïes. De juin à août, saison des grandes campagnes de capture, et d'octobre à janvier, période de l'engraissement, un technicien vient du Japon pour superviser les opérations. «Juste pour l'image», affirme Mendes. Mais ses trois associés-clients, dont les sociétés Takayama et Kayo, entendent bien contrôler la rentabilité de leurs investissements. Maruha, Mitsui et Mitsubishi - 44% du marché nippon à eux trois - en font tout autant avec Fuentes & Hijos. Normal: à l'échelle du secteur, le thon rouge représente beaucoup d'argent.

Les chiffres sont rares: le monde de la pêche est plutôt sous-marin en matière de comptes. Une ferme ne serait pas rentable au-dessous de 600 tonnes de poissons engraissés. Avant même d'avoir vendu un kilo de poisson à Tokyo, le mareyeur doit payer. Payer la pêche, payer les cages de transport à 80 000 € la pièce, payer un remorquage qui peut durer plus d'un mois à raison de 3 500 € par jour de mer, payer les plongeurs, payer les bateaux d'assistance ou de surveillance, payer les opérations de transfert dans les fermes, payer les navires d'approvisionnement, payer les petits pêcheurs et les marins-fermiers chargés de nourrir les thons.

Jusque-là, les Français n'avaient pas trop réagi. Ils y trouvaient leur compte

Ces sportifs de haut niveau qui peuvent pousser des pointes de vitesse à 70 kilomètres à l'heure sont de grands baffreurs. Capables de manger jusqu'à 10% de leur poids. Alors, entre juillet et décembre, chaque matin, sur les quais de Puerto Mazarron, à 50 kilomètres au sud de Murcie, c'est le même ballet de chariots élévateurs et de grues de pont pour charger entre 40 et 50 tonnes de nourriture décongelée, venue de toutes les mers du monde, sur les trois bateaux de Gines Mendes. Au menu, ce jour de septembre là, des chinchards de Galicie, des petits maquereaux de Mauritanie et des calamars de Patagonie. A 8 milles au large, enfermés dans 6 cages rondes de 25 mètres de diamètre et autant de profondeur, les thons avaient faim.

Demain, les stockages agrandis d'Atunes de Mazarron devront également approvisionner la nouvelle ferme que Gines Mendes fait construire plus au nord sur la côte. Ce grand amateur de bons crus de La Rioja voit plus loin que le bout de son cigare cubain. L'avenir d'Atunes de Mazarron (dont les superbes ratios économiques finiraient de démolir le moral de Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel) se joue en Turquie ou à Malte. Ainsi vont les mareyeurs hispano-nippons qui, forts de leur pouvoir financier, veulent coloniser la Méditerranée. Jusque-là, les Français n'avaient pas trop réagi. Ils y trouvaient leur compte. Avallone a noué depuis longtemps des liens privilégiés avec Fuentes & Hijos. Les Scannapieco, qui font construire un autre bateau en Bretagne, sont, eux, en cheville avec Denis Biascamano, notre mareyeur de Frontignan associé avec Joachim Albaladejo.

A Sète, Joseph Salou se veut optimiste: «Tant que les pêcheurs tiennent la ressource, ils sont gagnants», affirme ce Breton, ancien des Affaires maritimes et directeur de la Sathoan (sardine-thon- anchois), la coopérative de pêche sétoise. Pour combien de temps encore? Poussés par les Japonais, les Espagnols forcent les feux pour se dégager de leur trop grande dépendance envers les approvisionnements français. En mettant, par exemple, la main sur des bateaux. Ainsi, Gines Mendes a financé la construction du deuxième navire de Serge Perez, de Port-Vendres, qui travaille exclusivement pour lui au sein de la société Thons du Roussillon. David de Montbrison, grand spécialiste du thon rouge, avertit: «Les Français perdent du pouvoir. Ils devraient négocier sérieusement avec les Espagnols avant que les pays émergents soient équipés.» Les Sétois savent bien qu'ils peuvent tout craindre de l'arrivée de concurrents moins chers. Mais qui pourrait reprocher aux pays en développement de vouloir une part du gâteau? Soit en réclamant des quotas largement supérieurs à leurs captures réelles, soit en augmentant unilatéralement la largeur de leurs eaux territoriales, comme l'ont fait l'Espagne, Malte, la Libye ou l'Algérie. Bien sûr, les vieux thoniers tunisiens en bois ne sont pas de force. Mais l'argent qui permet d'acheter les navires et les fermes ou de former les hommes n'a pas de frontières. Les Australiens et les Japonais ont investi en Croatie. Méfiant, Gines Mendes hésite encore à débarquer en Algérie, où les droits de pêche sont en vente. Signe des temps, Azzedine Bouguerra, un financier algérien installé en France, serait en contacts avancés avec deux sociétés japonaises pour installer une ferme de 1 000 tonnes en Algérie.

Tournent et retournent les rumeurs. Ici, c'est Intermarché qui aurait envoyé ses trois thoniers sur les côtes du Maghreb. Là, c'est l'Europe qui financerait le développement des flottes de pêche indigènes. Peu importent les démentis. «Les pays en développement peuvent tout se permettre; et nous, là-dedans?» martèle Raphaël Scannapieco. Le patron pêcheur rêve d'une force méditerranéenne de contrôle. Ainsi que le dit Béatrice Parry, grande prêtresse de la pêche du conseil régional de Languedoc-Roussillon: «On ne discute pas avec Muammar Kadhafi comme avec un responsable européen.»

Les Verts souhaitent, eux aussi, la constitution d'une surveillance internationale. Pas pour les mêmes raisons. Depuis quelques années, le WWF (World Wildlife Fund) frappe tous azimuts. Début octobre, il a tenu une réunion à Carthagène, en plein fief des mareyeurs espagnols. A l'ordre du jour: un moratoire sur le développement des fermes accusées, notamment, de freiner la reproduction. «Je suis persuadé que les thons se reproduisent dans les fermes», assure Gines Mendes, qui a passé un contrat avec des scientifiques espagnols pour étudier les naissances en captivité. A Rome, Paolo Guglielmi, l'un des responsables du programme Méditerranée du WWF, n'en démord pas: «Les nouvelles décisions de la CICTA sont une faute. Les tailles ont diminué. Ce qui signifie qu'on a trop tapé dans les poissons en âge de se reproduire.» Pour lui, le thon rouge de l'Atlantique, trop pêché, est en danger. Un dossier sur lequel WWF a reçu l'appui des pêcheurs au gros américains. Casquettes brodées, moulinets Penn Inter de compétition et ligne de 130, ceux-ci hurlent que la surpêche en Méditerranée fait baisser les stocks outre-Atlantique. Ce qui explique le militantisme des Etats-Unis en faveur d'une nouvelle baisse des quotas européens

«Et vous croyez vraiment que je pourrai détruire ce qui fera vivre mes petits-enfants? Nous sommes la pêche la plus encadrée d'Europe! Qu'on arrête de nous emmerder!» tempête Jean-Marie Avallone, qui énumère la baisse du nombre de bateaux, le maximum de 146 jours de mer par an, l'arrêt d'un mois en pleine campagne d'été pour des raisons biologiques, l'interdiction de pêcher des juvéniles de moins de 6,4 kilos et les quotas. Mais, en Méditerranée comme ailleurs sur mer, tout le monde ment. Plus ou moins. Ainsi les Italiens, qui, un jour, ont minimisé leurs déclarations au point d'atteindre seulement la moitié de leur quota officiel. Ainsi les Espagnols, si friands de «pointes Bic», les tout petits poissons. Ainsi les Français, qui trichent pourtant infiniment moins que les autres. Ce serait, dit-on, un bureau de l'administration parisienne qui se chargerait d'«harmoniser» leurs déclarations de pêche avec les quantités admises par Bruxelles. Comment expliquer qu'ils capturaient deux fois plus de thons il y a encore une dizaine d'années que les volumes autorisés aujourd'hui? «Nous pêchons beaucoup moins parce que nous pêchons beaucoup mieux et que nous sommes beaucoup plus rémunérés», plaide Raphaël Scannapieco. Et de citer le cas de ce senneur qui, ses filets pleins, a attendu l'arrivée d'une cage de transfert pendant deux jours.

Le vent a, pourtant, singulièrement fraîchi. Demain, la concurrence se nommera Mexique ou Guatemala. Alors, les pêcheurs - les plus lucides ou les plus sincères - se demandent, à mi-voix, quel est leur avenir. L'épuisement des stocks? «Les professionnels sont prêts à accepter les propositions des scientifiques si elles reposent sur la réalité», affirme Salou, à la Sathoan. Certains, tel Jean-Marie Avallone, réfléchissent en secret à l'implantation de fermes d'engraissement. Où? Les côtes françaises les plus favorables, celles du Var ou de la Corse, sont les plus difficiles. Question d'intérêts touristiques ou de sensibilités nationalistes. Les plus dynamiques savent qu'il leur faudrait, avant tout, être unis. Pour éviter, notamment, aux plus faibles de tomber dans des mains étrangères. Oui, mais… Mais les jalousies aiguës entre ceux qui ont réussi et les autres… Mais les vieilles histoires - cuites et recuites - entre ces familles italiennes venues de Cetara et de Gaeta, deux villages aux environs de Naples… Point commun: la plupart veulent rester des pêcheurs.

A Puerto Mazarron, Gines Mendes, lui, est prêt à franchir un autre pas. A élever le poisson, s'il le faut, dès la larve. Une manière de hausser le thon.