Julius,
En fait, plus précisément, j'ai l'impression que plus j'évolue dans le temps, plus je retire mes peaux d'oignon comme si c'était des mues.
Je vais donner quelques exemples pour illustrer. Beaucoup de gens portent des vêtements pour qu'on reconnaisse facilement le courant auxquel ils s'identifient. Que serait un rappeur sans casquette et sans jogging de marque ?

Bon, ça correspond à une vision de soi-même à un instant donné, quand on cherche à se construire par le regard des autres. Puis quand même, on devient plus sûr de soi, on grandit et on se dit que ces vêtements ne font pas partie de ce que nous sommes profondément. On laisse tomber les signes extérieurs du paraître. Il reste alors tout un tas de dispositions psychologiques, d'attitudes mentales, qui nous viennent encore essentiellement de notre vie en société, du regard des autres. En se posant la question du "pourquoi je réagis comme ça à tel événement ?", on se dit que nos réactions sont des choses que d'autres nous ont apprises (il faut, il faut pas, c'est bien, c'est mal), ou que l'on a copiées de personnes que l'on admire mais que ça ne vient pas profondément de nous-même. Quand on s'en rend compte, on peut alors laisser tomber ces réactions programmées, induites en nous, pour passer à autre chose.
Une grande partie de ce que nous croyons être vient de la construction de notre personnalité dans un environnement social. C'est une sorte d'interface avec les autres, mais à y regarder de plus près, c'est plus outil de communication qu'autre chose, ce n'est pas notre "soi".
L'étape suivante, c'est l'identification de nos mécanismes de gestion de nos peurs. Nos peurs nous viennent encore beaucoup de l'extérieur, même si la mère de toutes les peurs est celle de la mort. Ces peurs nous créent elles aussi des mécanismes psychologiques de défense importants, et surtout l'égo. Vaincre ses peurs permet d'éliminer beaucoup d'égo puisque l'on accepte d'être mort, d'être rien. Une fois que l'on arrive à vaincre ses peurs, les mécanismes de défense qui cloisonnent notre "soi" disparaissent.
Il reste alors une petite partie de l'égo, le "moi" profond et qui tient beaucoup de l'animalité qui est en nous. Perdre ces vieux réflexes ataviques est particulièrement difficile parce que l'égo a tendance à occuper tout l'espace libre dans notre personnalité.
Une fois que tous ces mécanismes de défense et d'attaque sont laissés de côté, que reste-t-il alors ? Je suppose que dans un tel état, la vie nous apparaît comme un vaste champ d'apprentissage, un grand terrain de jeu, où nous sommes en véritable liberté puisque nous avons laissé nos chaînes derrière nous. La réalité devient bien plus intérieure qu'extérieure et cet espace de liberté est énorme. On devient de plus en plus proche du "soi" dans nos rêves, de plus en plus proches du présent et moins dans la projection ou dans le souvenir. On vit plus de choses parce que l'on n'a plus peur de les vivre, parce que l'on n'essaie plus de contrôler ce qu'il va nous arriver, parce que l'on ne marche plus dans des chemins tout tracés.
Après, j'ai l'impression que l'on retrouve les véritables contours de notre étincelle d'énergie primitive. Mais cette étincelle est-elle encore nous ou bien y a-t-il des niveaux plus loin où l'on n'est rien et tout à la fois comme l'expérimentent parfois des maîtres zen ?
Tout ce processus de déconstruction est, je crois, un bon chemin pour aller à la rencontre de soi-même, en faisant tomber les barricades l'une après l'autre.
Yann