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Victor Hugo et l'Islam


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12 réponses dans ce topic

#1 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 22 octobre 2006 à 08:20

Chers camarades,

Victor Hugo, dans La Légende des siècles, a publié un poème très beau, nommé "L'An neuf de l'Hégire", sur Mahomet. On y trouve, par exemple, ces vers :

Citation

Il semblait avoir vu l'éden, l'âge d'amour,
Les temps antérieurs, l'ère immémoriale.
Il avait le front haut, la joue impériale,
Le sourcil chauve, l'oeil profond et diligent,
Le cou pareil au col d'une amphore d'argent,
L'air d'un Noé qui sait le secret du déluge.
Si des hommes venaient le consulter, ce juge
Laissait l'un affirmer, l'autre rire et nier,
Ecoutait en silence et parlait le dernier.
Sa bouche était toujours en train d'une prière ;
Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ;
Il s'occupait lui-même à traire ses brebis ;
Il s'asseyait par terre et cousait ses habits.

Qu'en pensez-vous ?

#2 Acacia

Acacia

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Posté 22 octobre 2006 à 09:00

Salut Vurnarim,
Je pense que Victor Hugo est bien le plus grand poète de langue française. ça c'est la base...
Ce que j'aime dans cette description, c'est qu'au-delà de la veine romantique, il renvoie à l'image  à la fois des prophètes du désert et des rois sages :  un mélange de Salomon et de Jean Baptiste.
ça change de ce qu'on voit de l'islam dans les médias : comme quoi, le siècle de l'humanisme n'était paut-être pas celui qu'on croit!
Salutaire et vivifiant, ces quelques vers pour un dimanche matin!
merci l'ami!

#3 Dahud

Dahud

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Posté 22 octobre 2006 à 10:15

quelle synchronicité !

Victor Hugo était dans mes pensées depuis hier soir, je suis heureuse de le trouver au réveil avec ces vers. par contre tu évoques surement ce poème à cause des rumeurs qui disent que Victor Hugo était musulman ? polémique, car à côté de ce poème, existent d'autres textes où VH est moins tendre avec les religions :

"Oh ! L'infâme travail ! Ici Mahomet ; là
Cette tête, Wesley, sur ce corps, Loyola ;
Cisneros et Calvin, dont on sent les brûlures.
Ô faux révélateurs ! Ô jongleurs ! Vos allures

Sont louches, et vos pas sont tortueux ; l'effroi,
Et non l'amour, tel est le fond de votre loi..."
(Victor Hugo / 1802-1885 / Religions et religion / 1880)

"Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu.
Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur."
(Victor Hugo / 1802-1885 / Choses vues / 1887)


pour l'instant je n'en pense rien, je vais de ce pas faire quelques recherches sur cette histoire, pour voir.

#4 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 22 octobre 2006 à 10:32

Je ne pense pas que Hugo ait été musulman. Mais le fait est qu'il a peint Mahomet comme je l'ai dit. On peut simplement faire remarquer que quand il critique Mahomet, il met toujours des prédicateurs chrétiens en même temps, et, d'ailleurs, en assez grand nombre. C'est un reproche général à la brutalité des religions traditionnelles. Il multiplie les exemples, parce que sa poésie est davantage faite d'exemples que d'idées générales. Il y a aussi ceci, dans le même poème que j'ai cité :

Citation

Lui [Mahomet] reprit : - Sur ma mort les anges délibèrent ;
L'heure arrive. Ecoutez. Si j'ai de l'un de vous
Mal parlé, qu'il se lève, ô peuple, et devant tous
Qu'il m'insulte et m'outrage avant que je m'échappe ;
Si j'ai frappé quelqu'un, que celui-là me frappe. -
Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton.
Une vieille, tondant la laine d'un mouton,
Assise sur un seuil, lui cria : - Dieu t'assiste !

Je crois, quand même, qu'on peut s'intéresser à l'Islam et dire du bien de Mahomet sans être musulman soi-même. C'est tout à fait possible !

#5 Dahud

Dahud

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Posté 22 octobre 2006 à 11:38

j'ai trouvé ça : http://www.coranix.com/biblio/hugo.htm

#6 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 22 octobre 2006 à 12:56

L'auteur de cet article me paraît méconnaître l'affection réelle que Hugo avait pour la tradition islamique. Ce qui est cité du poème que je cite aussi est mal compris : en réalité, Hugo faisait parler ainsi Mahomet pour illustrer sa modestie et sa conscience de la petitesse de l'homme face à Dieu :

Citation

Il vint à la mosquée à son heure ordinaire,
Appuyé sur Ali, le peuple le suivant ;
Et l'étendard sacré se déployait au vent.
Là, pâle, il s'écria, se tournant vers la foule :
- Peuple, le jour s'éteint, l'homme passe et s'écoule ;
La poussière et la nuit, c'est nous, Dieu seul est grand.
Peuple, je suis l'aveugle et je suis l'ignorant.
Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. -

Il illustre ces propos en évoquant son imperfection.  Néanmoins, il ajoute :

Citation

Ce qui n'empêche pas que je n'aie, ô croyants !
Tenu tête dans l'ombre aux anges effrayants
Qui voudraient replonger l'homme dans les ténèbres ;
J'ai parfois dans mes poings tordu leurs bras funèbres ;
Souvent, comme Jacob, j'ai la nuit, pas à pas,
Lutté contre quelqu'un que je ne voyais pas ;
Mais les hommes surtout ont fait saigner ma vie ;
Ils ont jeté sur moi leur haine et leur envie,
Et, comme je sentais en moi la vérité,
Je les ai combattus, mais sans être irrité ;
Et, pendant le combat, je criais : "Laissez faire !
Je suis seul, nu, sanglant, blessé ; je le préfère.
Qu'ils frappent sur moi tous ! que tout leur soit permis !
Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis
Auraient, pour m'attaquer dans cette voie étroite,
Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite,
Ils ne me feraient point reculer !"-

Par ailleurs, il est quand même visible que Hugo a suivi de très près, ici, un texte islamique, en y mettant toute son âme. Ainsi, il est tout à fait possible qu'il ait réellement pensé pouvoir mettre en vers français d'autres textes de la tradition islamique.

En outre, certains de ses poèmes ésotériques (notamment La Fin de Satan) offrent réellement des points de convergence avec l'ésotérisme islamique, et ce n'est pas quelqu'un qui ne croirait pas aux inspirations livrées par les anges qui pourrait démontrer le contraire ! Au reste, Hugo croyait, lui aussi, au génie vivant dans l'ombre de la matière.

Néanmoins, malgré toutes ces marques d'une certaine proximité entre l'imagination de Hugo et la tradition islamique, je ne crois pas que Hugo ait été musulman. Il n'était d'ailleurs pas chrétien non plus, en réalité, n'ayant pas été baptisé.

Il était librement attiré par l'ésotérisme en général, et je crois, en revanche, que comme l'Islam avait beaucoup conservé de la gnose, il s'y intéressait de très près.

En tout cas, je suis persuadé qu'il peut servir de pont entre l'ancienne tradition française et l'Islam, et vouloir couper ce pont n'est pas de bonne politique, quand on recherche l'unité de la nation.

Ce message a été modifié par Vurnarim - 22 octobre 2006 à 12:59.


#7 Angel Of Death

Angel Of Death

    Définir, c'est limiter

  • Bannis
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Posté 22 octobre 2006 à 14:21

Mais Victor Hugo est loin d'être une exception en la matière.
Je ne crois pas qu'il ait les compétences requises pour servir de pont avec le monde musulman.

Il n'y a jamais eu de coupure entre la Chrétienté et le monde musulman, même lors des croisades on se massacrait le matin et on se partageait nos lectures et nos connaissances ésotériques le soir(et c'est toujours le cas).

Ne pas mélanger la politique extérieure et les coulisses des décisions ésotériques.

Quant à l'unité de la nation française, elle se fera sans l'Islam. Non pas pour une question politique, mais ésotérique.

René Guénon qui s'était convertit à l'Islam a défendu toute sa vie l'Occident Catholique, qui doit se reconstruire grâce à l'aide de nos amis musulmans, mais qui doit rester 100% Catholique(non pas au sens actuel du terme).

Je ne comprends pas cette volonté de rabibocher l'Occident et l'Orient, les choses ne sont-elles pas ce qu'elles devaient être ?
Surtout quand on s'intéresse à l'ésotérisme et que l'on connaît le "plan" initial ?
« Désirer avec indifférence, c’est l’essence même du jeu. »
Henry de Montherlant

« La justice n'est que le rêve imbécile de quelques hommes. L'injustice est la volonté même de Dieu. »
Anatole France

#8 Jean

Jean

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Posté 22 octobre 2006 à 15:03

j'aime bien cette reflexion


Ces musulmans évitent soigneusement de citer les vers qui montrent que Victor Hugo n'avait pas grande estime pour Mahomet et censurent systématiquement, entre autre, le passage où Mahomet déclare :
Moi, comme être vivant, retenez bien ceci,
Je ne suis qu'un limon par les vices noirci ;
J'ai de tous les péchés subi l'approche étrange ;
Ma chair a plus d'affront qu'un chemin n'a de fange,
Et mon corps par le mal est tout déshonoré ;
Ô vous tous, je serai bien vite dévoré
Si dans l'obscurité du cercueil solitaire
Chaque faute de l'homme engendre un ver de terre

#9 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 22 octobre 2006 à 17:36

Ce passage n'est pas assumé par Hugo, mais par Mahomet même : cela prouve qu'il avait de l'humilité, à mon avis, dans le poème. En tout cas, je crois que Hugo lui fait dire ces choses à cause de cela.

La fin du poème en est aussi la conclusion ; elle est ainsi :

Citation

La foule s'écartait muette à son passage.
Il se lava la barbe au puits d'Aboulféia.
Un homme réclama trois drachmes, qu'il paya,
Disant : - Mieux vaut payer ici que dans la tombe. -
L'oeil du peuple était doux comme un oeil de colombe
En regardant cet homme auguste, son appui ;
Tous pleuraient ; quand, plus tard, il fut rentré chez lui,
Beaucoup restèrent là sans fermer la paupière,
Et passèrent la nuit couchés sur une pierre.
Le lendemain matin, voyant l'aube arriver :
- Aboubèkre, dit-il, je ne puis me lever,
Tu vas prendre le livre et faire la prière. -
Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;
Il écoutait pendant qu'Aboubèkre lisait,
Et souvent à voix basse achevait le verset ;
Et l'on pleurait pendant qu'il priait de la sorte.
Et l'ange de la mort vers le soir à la porte
Apparut, demandant qu'on lui permît d'entrer.
- Qu'il entre. - On vit alors son regard s'éclairer
De la même clarté qu'au jour de sa naissance ;
Et l'ange lui dit : - Dieu désire ta présence.
- Bien, dit-il. Un frisson sur ses tempes courut,
Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut.

Ayant fini de lire le poème, on ne peut pas dire qu'on ait de Mahomet une idée très négative. C'est d'ailleurs le seul moment où son nom est cité.

Le narrateur le fait aller auprès de Dieu, après que Mahomet a dit qu'il en était indigne. Je doute quand même que mille interprétations différentes peuvent être données d'un tel enchaînement.

Par ailleurs, tous les hommes sont frères, et Chateaubriand a déclaré que Liberté, Egalité, Fraternité, c'était la réalisation politique du christianisme. Il est intéressant de voir qu'un grand poète français a pu entrer dans l'esprit de l'Islam. C'est important parce qu'en tant que citoyen, on doit rechercher la paix civile, et que je crois que ce poème de Hugo peut y aider, puisqu'il appartient au patrimoine littéraire français.

#10 Cyrille999

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Posté 22 octobre 2006 à 18:01

Vurnarim, le Dimanche 22 Octobre 2006 à 08h13, dit :

Chers camarades,

Victor Hugo, dans La Légende des siècles, a publié un poème très beau, nommé "L'An neuf de l'Hégire", sur Mahomet. On y trouve, par exemple, ces vers :

Citation

Il semblait avoir vu l'éden, l'âge d'amour,
Les temps antérieurs, l'ère immémoriale.
Il avait le front haut, la joue impériale,
Le sourcil chauve, l'oeil profond et diligent,
Le cou pareil au col d'une amphore d'argent,
L'air d'un Noé qui sait le secret du déluge.
Si des hommes venaient le consulter, ce juge
Laissait l'un affirmer, l'autre rire et nier,
Ecoutait en silence et parlait le dernier.
Sa bouche était toujours en train d'une prière ;
Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ;
Il s'occupait lui-même à traire ses brebis ;
Il s'asseyait par terre et cousait ses habits.

Qu'en pensez-vous ?
Je ne peux point parler du géant...sans frissons...

J'ai été un géant, ce n'est point de la vil flatterie de ma part, au contraire !

Ses poèmes sont comme un chant, le chant de la vie qui marche, avec ses ombres et sa lumière...

Je pense que Victor Hugo a porté le Christ en lui, ou était inspiré par celui-ci.....Comme Victor Hugo était un homme d'exception, il a cherché à comprendre pourquoi DIEU avait envoyé Mohammed après le Christ !

Puis DIEU lui a fait visiter les couloirs du temps (annales akashiques) et montré Mohammed...après Victor Hugo, qui était un homme de justice, a chanté son nom, à sa façon, pour apaiser les coeurs...

J'ai une image, à ce propos: Comme si Jésus était la colonne de droite (miséricorde) et Mohammed celle de gauche (vérité)... Mais qui est au milieu ?


Cyrille
Les élues avançaient dans la Lumière de leur destin. Le temps des prêtresses dorées d'Athéna était arrivé.

#11 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 22 octobre 2006 à 19:16

Citation

Mais qui est au milieu ?
Victor Hugo lui-même ?

Mais sérieusement, je crois qu'il n'est pas faux que Hugo ait perçu des éclats, et même des couleurs, d'un monde supérieur, d'une part ; et, d'autre part, toujours dans le même poème, il fait parler Mahomet de la façon suivante :

Citation

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.
Le soleil a toujours l'aube pour précurseur.
Jésus m'a précédé, mais il n'est pas la Cause.
Il est né d'une vierge aspirant une rose.
Suit le passage où Mahomet se rabaisse en se disant issu du limon et qui a été cité au-dessus. C'est peut-être un reflet implicite de la préférence que Hugo avait de la douceur, par rapport à la force. Mais dans ce poème de La Légende des siècles, il a quand même essayé de s'immerger totalement dans l'esprit de la chose.

Du reste, quand la force dit :

Citation

Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis
Auraient, pour m'attaquer dans cette voie étroite,
Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite,
Ils ne me feraient point reculer !
on peut aussi l'appeler du courage. Mais dans des moments plus axés vers le pacifisme, il a pu faire remarquer que la force n'était pas la solution ultime.

#12 pipoca

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Posté 26 octobre 2006 à 10:34

Vurnarim, le Dimanche 22 Octobre 2006 à 19h09, dit :

Mais sérieusement, je crois qu'il n'est pas faux que Hugo ait perçu des éclats, et même des couleurs, d'un monde supérieur
C'est, je pense, bien cela qui caractérise tous les poètes, qu'ils s'appellent, Victor Hugo, William Yeats, Anna Akmatova, Georges Haldas ( :piout: ) ou Stephen Jourdain.... pour ne citer que mes préférés

Ce message a été modifié par pipoca - 26 octobre 2006 à 10:41.


#13 Vurnarim

Vurnarim

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Posté 27 octobre 2006 à 19:09

Enfin, il y a de bons poètes, et de moins bons. Il y a des poètes plus ou moins inspirés. Et voir des éclats, c'est relativement facile, mais des couleurs, peu en ont été vraiment capables, à mon avis. Je crois que Hugo faisait partie de ceux qui l'ont été.