Un don que tous les êtres animaux reçoivent en naissant est celui de la voix. Chez l'homme seulement la voix évolue en direction du langage articulé. L'articulation du son- autrement dit la conjugaison des possibilités du larynx et de la langue- nous permet d'exprimer notre pensée au moyen de syllabes et de mots. Parvenu à ce stade le langage humain est une faculté divine car il est devenu le Verbe dont le pouvoir est essentiellement créateur.
On remarquera que le Verbe - audible comme le son, mais invisible comme la pensée- constitue un phénomène à cheval sur les plans physique, mental et spirituel. C'est ce chevauchement sur plusieurs plans qui en fait l'agent de choix d'une transmutation de l'invisible en visible, de l'inopérant en formel.
En dehors de certains initiés, bien peu ont soupçonné ce pouvoir de la langue humaine à cause de la légèreté et de l'inconscience avec lesquelles la plupart des hommes et des femmes en usent dans leur existence quotidienne. Le don divin s'est mué en inutiles bavardages et l'accumulation des paroles vaines dans le monde a participé à plonger celui-ci dans le chaos.
Il existe, à la vérité, un nombre infime d'êtres humains qui parlent pour vraiment dire quelque chose. Il en existe encore moins qui attachent une signification créatrice à ce qu'ils énoncent et qui s'en servent comme d'un soc pour labourer l'humanité. Si chacun soupçonnait la valeur d'une arme aussi puissante, il changerait toute sa vie et celle des êtres qui l'entourent pour le grand bien du monde et le sien en particulier.
Croit-on que le Créateur nous ait doté de la faculté merveilleuse du Verbe uniquement pour nous permettre de proférer des sottises ou des pauvretés ? Encore moins cet instrument des dieux nous fut-il donné pour exprimer la méchanceté, la réprobation ou l'envie. C'est dans un but d'évolution supérieure que l'homme diffère du singe et sait parler.
Mais savoir parler comporte une responsabilité assortie aux possibilités que ce don comporte. Et qui méduse ou se sert mal du Verbe est infailliblement blessé en retour par lui.
Car le Verbe est à deux tranchants, comme l'épée du matador dans l'arène; celle-ci est subtilement aiguisée que lorsqu'elle n'atteint pas l'animal, bien souvent elle blesse la main qui la tient.
Si seulement l'homme ou la femme avaient conscience de la puissance inouïe de leur parole, ils seraient respectueux de la ménager.
Que dirait-on du fou qui, ayant des diamants en poche, les répandrait sur le sol de son allée comme des cailloux ? Or le Verbe a bien plus de pouvoir que le diamant. Non seulement il en a la dureté et les feux , mais encore il brûle ou rafraîchit ce qu'il touche et peut soit consumer les mauvaises herbes, soit faire lever les moissons .
Toutefois comme chaque forme d'énergie- il a besoin d'être dirigé, canalisé, concentré. Alors il revêt sa force qui est inimaginable.
(Sources " Affirmez et vous obtiendrez Comment le Verbe crée" ouvrage
de l'auteur Georges BARBARIN)










