Posté 02 mai 2012 à 08:18
C'est marrant , je suis en train de lire le livre qui s'appelle "Plaidoyer pour le bonheur " de Mathieu Ricard.
Franchement, je me régale. Il nous pousse dans nos retranchements, ils nous invite à aller bien au delà de notre vision étriquée de notre "moi" de notre "EGO". il cite énormément de philosophes et nous explique de quelle manière leurs pensées, souvent malgré tout trop cartésiennes, ne vont pas jusqu'au bout des choses.
Il y a tout un chapitre consacré à la souffrance. Il explique dans ce chapitre qu'il y a plusieurs façons de la considérer; on peut être heureux et souffrir. Dans ce qu'il dit ,je me suis retrouvée. Ce qui étonne toujours mon entourage, mais j'ai enfin compris ce qui m'animait. EN effet, notre façon d'appréhender la souffrance en la voyant comme un tout, fait que nous nous centralisons sur elle , et que du coup nous ne pouvons pas du tout arriver à la transcender . ( sans médicament). Il y a plusieurs façons de la transcender et de la diminuer sans même utiliser les dits médicaments. Mais j'y reviendrai plus tard. Il nous parle de plusieurs souffrances: la souffrance visible, la souffrance cachée, et la souffrance invisible. La souffrance visible c'est celle provoquée par un élément extérieur: piqûre de serpent, incendie.....
La souffrance cachée : il prend l'exemple de l'oeuf à la coque. Lorsqu'on mange un oeuf à la coque, on ne voit pas ce qui se cache derrière; Si votre oeuf provient d'un élevage de poule en batterie, et que l'on pénètre dans celui ci , on voit la souffrance des animaux serrées les unes contre les autres à tel point que si on en sort une , et qu'on la place debout , elle va tomber car elle sera incapable de marcher, elles deviennent trés agressives les unes envers les autres et finissent par s'arracher les plumes. Cette souffrance est due justement à notre mode de vie en société voire même y participe.
La troisième forme de souffrance est la souffrance invisible , c'est cela qui trouve naissance au fond même de notre propre aveuglement, de notre esprit, celle qui fait que lorsque nous souffrons nous en rendons les autres responsables, nous manquons de discernement et de sagesse à tel point que finalement nous reproduisons ce qui provoque nos tourments de peur de souffrir davantage. Cette fermeture d'esprit, l'empêche de s'élever , d'aller au plus profond de son âme chercher la paix et la sérénité, ce qui permet à chacun de s'épanouir autrement que par les biens matériels. Car la satisfaction provoquée par le fait par exemple d'avoir gagné au loto ou d'avoir réussi à acheter la voiture de ses rêves, ne donnent qu'une illusion du bonheur ...
Dans la vision bouddhiste, justement, ils ne voient pas de la même façon que nous; Pour eux la souffrance n'est pas inéluctable, et le bonheur n'est pas hors d'atteinte. non, le bonheur se construit en nous et la souffrance peut être largement diminuée si on outre passe l'Ego.
Ils trouvent que dans la pensée occidentale nous sommes tous beaucoup trop pessimistes et par conséquent nous entrainons avec nous notre entourage. Cette souffrance entraine des actes qui provoquent aussi la souffrance chez les autres.
Il parle des 4 vérités de Bouddha sur la souffrance:
1. Reconnaitre la souffrance
2.Eliminer son origine
3.Réaliser sa cessation
4. Et à cette fin pratiquer la voix.
Il aborde le chapitre du mal être engendré par une souffrance psychologique. Il nous explique que la majorité des gens sont déprimés par ce qu'ils voient ce qu'ils entendent.Les média accentuant cet état d'esprit de mal être sociétal , en pointant du doigt le moindre fait divers, en ne parlant souvent que des problèmes de société, (chômage, pertes financières, politique économique catastrophique....)
Il nous explique que nous entretenons cet état d'esprit et ceux qui ne savent pas , qui ne peuvent pas transcender ces nouvelles, restent maintenus dans un état de mal être permanent. Cet état de mal être peut être pour un temps atténué, si l'on satisfait matériellement une grande envie. Mais ceci n'est qu'illusoire car la satisfaction ne dure pas... L'état de mal être revient sans cesse ( et il est toujours entretenu par notre système de société).
A contrario , il prend l'exemple des moines bouddhistes, ou de personnes qui ont su malgré leur problème passé outre cet état. Il nous parle de ces hommes qui ont vécu les pires sévices , et les pires souffrances dans les camps de détention chinois: rester des heures debout, attaché , sans avoir le droit de boire, de manger.. Etre battu ,, fouetté... enfermé pendant des mois ans des cachots sans lumière...
Et ces personnes là ont réussi à survivre à ces sévices qui vont au delà de tout entendement. Certains mêmes n'en voulaient pas du tout à leurs bourreaux , non, ils étaient emplis d'une telle bonté et mansuétude, d'une telle sérénité qu'ils sont arrivés à passer au delà de toutes ces souffrances qui parfois ont duré des mois ou des années , sans faillir, sans faiblir.
Il parle aussi de la souffrance engendrée par la perte d'un être cher. Rester obsédé par le défunt, c'est ne pas accepter la vie telle qu'elle est, ce n'est pas accepter la mort comme faisant partie intégrante de la vie. Hors, cela engendre d'énormes souffrances. je vous cite la phrase de cette mère à son fils: " Ne crois pas me rendre hommage si tu laisses ma mort devenir le grand évènement de ta vie. Le meilleur tribu que tu puisses payer à ta mère est de mener une existence riche et heureuse" ( riche dans le sens spirituel)
Il faut arriver nous explique t'il en citant le Dalaï Lama à tirer le meilleur parti de la souffrance: en effet une profonde souffrance nous permet de prendre conscience du caractère souvent superficiel de nos exigences et notre manière de fonctionner, du passage inéluctable du temps, Il nous faut accepter notre fragilité face aux évènements et face à la maladie ou à la mort. Ainsi on peut pratiquer le Lâcher prise " et nous devenons plus serein et plus calme face à la souffrance, restant souvent dans une sorte de béatitude qui nous permet d'appréhender notre fin inéluctable plus tranquillement.
Mais il dit que se résigner à cette seule vision pédagogique c'est se limiter à ne pas évoluer , à ne pas se transcender...
Il nous explique que nombre de souffrances font que nous nous vengeons sur les autres de notre malheur, de nos douleurs. C'est ainsi que l'on voit des gens mourir de faim, ou sous la torture car les hommes considèrent que d'autres hommes doivent souffrir pour x ou y raisons pas souvent justifiés. Mais celui qui est aussi coupable c'est celui qui regarde sans rien faire...
Aucun Homme n'a envie de souffrir...
alors comment gérer cette souffrance?
Il y a plusieurs méthodes:
1. On peut remédier à la douleur mentale en transformant l'esprit par la méditation.
2. On peut remédier à la douleur physique de plusieurs manières: Nous réagissons tous face à la douleur de façon différente!. La douleur peut être physiologique et engendrer une souffrance mentale et émotionnelle. une fois ce constat fait les bouddhistes considèrent:
. le pouvoir des images: si on essaie de détourner la douleur en faisant penser à autre chose, en faisant dévier notre esprit vers quelque chose d'autre , un objet, une histoire, un nectar bienveillant... Une étude a montré que cela aide dans 85% des cas à supporter la douleur.
. La force de la compassion : le souhait que tous les êtres soient délivrés de leurs souffrances et de leurs douleurs . Il en résulte un profond sentiment de compassion,d'amour et de respect à l'égard de tous.
Cela nous détourne de notre propre douleur et du coup au lieu de nous alourdir un peu plus cela ouvre notre coeur et notre esprit aux autres. Cela développe un sentiment altruiste et cela nous permet de réaliser que nous pouvons aider les autres sur leur chemin de vie . ( c'est cette méthode que j'utilise le plus pour arriver à supporter la douleur quasi permanente de ma jambe et de mon dos)
Cela permet de ne pas rester victime passive de la douleur , et de cette souffrance émotionnelle mais de faire face et de supporter cette dévastation qu'elle engendre dans notre esprit .
. La nature de l'esprit: Là c'est plus complexe et il faut beaucoup d'entrainement pour arriver à le réaliser. je l'essaie en ce moment même sans vraiment de résultat concluant, peut être que je ne lâche pas assez prise. il faut arriver à voir la douleur comme une entité particulière, essayer de lui trouver une forme, une couleur, une existence propre. Il prend l'exemple de la colère qui vient qui nous submerge, qui fait que nous n'arrivons presque plus à réfléchir, qui emplie notre esprit et qui explose. Si au lieu de cela on regarde de façon extérieure cette colère, qu'on la palpe, qu'on l'examine on se dit mais ce n'est finalement que du vent. Cela apaise notre esprit et cela limite notre action. La colère retombe, et nous nous retrouvons bien bête d'y avoir cédé.
C'est justement cette état de conscience profonde qui permet aux moines bouddhistes de supporter les pires humiliations, qui permet aussi d'arriver à se rebeller. Il prend l'exemple d'un moine rebelle Tanzing Kunchap qui est arrivé à plusieurs reprises à s'échapper des prisons chinoises en plongeant dans la fosse septique. il a été repêché, en plein hiver, il a été arrosé dans la cour au jet d'eau froide. il s 'est transformé en bloc de glace. Il n'a été ramené à la vie que pour être battu, fouetté , torturé. Il nous montre aussi qu'en pratiquant cela , ceux qui ont vécu les pires scénarios ne développent pas de syndrome post traumatique.
Ce livre, dont je ne vous ai livré ici que le résumé du chapitre sur la souffrance, est vraiment très intéressant, si vous avez , d'une façon ou d'une autre la possibilité de le lire , je vous y invite car il nous ouvre à d'autres horizons..
Libre à nous d'arpenter la voix.....
Bonne journée à tous, qu'elle soit sereine...
"On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux"! Extrait du petit prince de St Exupéry.