
Bon… j’aimerais d’abord vous demander…
Tu peux me tutoyer, d’accord ?
OK. J’aimerais d’abord te demander… c’est quoi un ange ?
Excellente question. Voyons d’abord ce que vous êtes, vous les êtres humains. Vous êtes des êtres qui font pot-pot, qui font pipi, et qui font pétou. Et ce n’est pas la peine de me dire que c’est inconvenant de dire ça. C’est tout simplement la vérité. On s’en fout un peu des convenances stylistiques, je ne suis pas venu à ta rencontre pour te faire écrire un roman qui aura le prix Congourt. Donc, vous les êtres humains, vous pratiquez le pot-pot, le pipi et le pétou. Dis-moi que tu n’as jamais effectué aucune de ces activités dans ta vie !
Euh… je dois admettre que nous les êtres humains, nous faisons chacune de ces choses, quasiment tous les jours… sauf si vraiment on a de gros problèmes de constipation et de rétention urinaire. En passant, pour ton information, ce n’est pas Congourt, mais Goncourt. Je croyais que les anges étaient omniscients…
Bon, Goncourt si tu veux. Les anges ne font pas très attention aux humains, tu sais. Ils ont leur vie, et de temps en temps certains peuvent venir jeter un coup d’œil sur ce qui se passe sur Terre. Nous ne sommes pas omniscients, et en fait, d’une certaine manière, nous ne sommes même pas immortels, contrairement aux vénérables membres de votre Star Académie Française.
Euh… tu dois confondre. La star académie, c’est une émission de variété où de jeunes gens viennent s’égosiller et se trémousser pour essayer d’être admis dans le monde du showbiz, mais à la fin il ne doit en rester qu’un seul. L’Académie Française, c’est l’institution vénérable à laquelle appartient Jean d’Ormesson, qui écrit de temps en temps sur Dieu… Tu dois sûrement le connaître ?
Bien sûr que je connais Dieu. Quel ange ne connaît pas Dieu ?
Je voulais dire : tu dois sûrement connaître Jean d’Ormesson ?
Non, je ne connais pas ce monsieur. Tu dis qu’il écrit de temps en temps sur Dieu ?
Oui. L’un de ses livres parle d’ailleurs de la formation de l’univers, mais je ne l’ai pas lu. Quand il parle, il fait la bouche pointue, et relève les sourcils en écarquillant un tout petit peu les yeux, comme pour déguster chacune de ses propres paroles en dandinant de la tête. Et quand il écoute une question, il sourit drôlement en retroussant les joues et en plissant un peu les yeux, pour se donner un air de sage, ou de singe, je ne sais jamais. Tu ne le connais vraiment pas ?
Non vraiment, ça ne me dit rien du tout.
Donc les anges ne connaissent pas le plus grand des petits penseurs français contemporains ! Et dire qu’il a même écrit un livre sur un ange, l’ange Gabriel !
Ah bon ? Gabriel nous avait en effet dit, il y a quelques années, qu’il avait fait l’objet d’un livre d’un immortel du nom de Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre. Il ne nous a jamais parlé d’un Jean d’Ormesson !
Mais c’est lui ! « Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre d’Ormesson », dit en abrégé Jean d’Ormesson !
Bon, si tu le dis. Mais ne nous égarons pas. Je disais donc que vous, les êtres humains, êtes des êtres qui effectuent quasiment quotidiennement certaines opérations biologiques assez peu glorieuses. Même ceux d’entre vous qui se pensent « grands », ne peuvent échapper à la nécessité de s’asseoir sur une cuvette de WC et de lâcher un petit paquet de matière compacte au parfum si particulier. Il faut le souligner, car certains se croient au-dessus du lot parce qu’ils sont multimillionnaires ou parce qu’ils ont une haute fonction administrative ou politique… Lorsqu’ils vont prendre la parole devant une tribune, face à des milliers de spectateurs, certains hommes politiques semblent même marcher comme s’ils n’avaient pas visité les toilettes depuis plusieurs jours : ils font de petits pas, serrent les fesses, s’accrochent à leur cravate, et replient le menton comme pour étouffer un rôt. Mais si je souligne tout ça, c’est pour exprimer en même temps votre matérialité, et toute la petitesse qui s’attache à cette condition. Vous savez tous que vous êtes des créatures plutôt chétives, ce qui résume bien votre faiblesse, votre vulnérabilité, votre insignifiance, et finalement votre ridicule. Vous êtes des êtres matériels, limités, souffrants, et en même temps chargés de noirceur, de négativité, de destruction. Si on devait vous comparer à d’autres formes biologiques, il faudrait vous comparer à des virus, mais des virus tellement destructeurs qu’ils s’entretueraient allègrement entre eux, par le jeu d’instincts meurtriers et saccageurs.
C’est comme ça que les anges nous voient ?
Non. C’est comme ça que vous apparaissez… Vous apparaissez aussi avec beaucoup de passion, de fougue, de détermination, et une volonté de bien faire qui est si belle et si maladroite en même temps. Vous êtes des êtres de contradiction, à la fois grands et faibles, à la fois purs et souillés, à la fois beaux et terriblement laids. Et par-dessus tout ça, vous êtes immensément ridicules, et profondément attendrissants. Vous êtes capables de construire de grandes choses, et la minute d’après de les détruire dans un accès de rage… et ensuite de tout reprendre de zéro, avec espoir et confiance. Toutes ces choses sont en réalité des aspects de votre matérialité. Ou plutôt des aspects de la matérialité que vous avez revêtue.
Comment ça la matérialité que nous avons revêtue ? Serions-nous donc autre chose que des êtres matériels ?
J’ai commencé par te dire que vous étiez des êtres humains. Et si j’ai souligné tout ce que cela signifiait dans votre vie, c’est surtout pour que ce que je vais dire sur les anges soit plus compréhensible. Ta question initiale ne portait-elle pas sur la nature des anges ? Eh bien, les êtres humains sont des âmes incarnées dans des corps matériels.
Faux !!!
Et pourquoi ce serait faux ?
Parce que la science dit que seule la matière physique existe…
La science se trompe en affirmant l’inexistence des domaines subtils. La science terrestre n’est pas encore capable d’aborder le domaine illimité des dimensions et des énergies subtiles. Elle n’est pas encore équipée des moyens de perception pour cela. La science ne peut se prononcer que sur ce qu’elle est capable de percevoir grâce à ses instruments. La limite de perception des instruments, c’est la limite d’autorité de la science. Au-delà, par principe le scientifique n’en sait pas nécessairement plus que le romancier ou que le peintre. Cette limite recule au fil des siècles : que de distance parcourue entre les lunettes astronomiques de Galilée, et les radiotélescopes d’Arecibo.
Je connais qui est Galilée, mais je ne connais pas qui est Arecibo.
Arecibo n’est pas une personne, mais un endroit. C’est une ville de la côte nord de Porto Rico, qui abrite un observatoire astronomique.
Euh…
Tu ne connais pas où c’est, Porto Rico ?
En effet… je ne sais pas.
Porto Rico c’est l’une des îles des Antilles, et c’est à l’est d’Haïti. Donc le champ de perception de la science s’agrandit au fil des siècles, mais il est encore trop primitif pour capter quelque chose des dimensions et des énergies subtiles. La science est comme un homme qui développe ses sens peu à peu. Au début tous les sens étaient éteints, et l’homme n’avait que ses rêves. Ensuite le sens du toucher a été développé, et l’homme a fait des théories dans lesquelles la réalité était un monde de choses dures et de choses molles.
Choses dures… choses molles… on dirait la description d’un certain organe, selon qu’il est excité ou pas…
Si tu veux. Puis l’odorat a été développé, et l’homme a inclus dans sa description de la réalité, des choses avec une bonne odeur, et des choses avec une mauvaise odeur… Et la science terrestre en est à peu près là. Elle ne sait pas encore que les goûts, les sons et les lumières existent. Elle est comme un chien aveugle et sourd, qui renifle les choses pour cerner leur odeur… et qui de temps en temps renifle le cul des anges sans être capable de comprendre de quoi il s’agit.
Et pourquoi ne comprendrait-elle pas de quoi il s’agit ?

Justement parce que les anges ne sont pas comme les hommes. Leur cul dégage un parfum plus exquis que celui d’une rose blanche, et bien plus suave que celui d’une essence de jasmin. Le cul d’aucun être humain n’a une odeur pareille, même pas celui de miss monde. Pour le dire de manière presque brutale : un homme se balade toujours avec un monceau de selle turcique dans le ventre, tandis qu’un ange n’a que de la lumière dans ses entrailles. D’ailleurs, tout le monde serait très humble si chacun se souvenait à chaque instant de ce qu’il transporte derrière son si beau nombril.
Pour un ange, tu as un langage plutôt cru…
Faut pas t’arrêter à mon langage, faut plutôt t’intéresser aux notions que j’exprime. Donc, vous les hommes, êtes des âmes incarnées dans des corps matériels. Et nous les anges, sommes des âmes incarnées dans des corps de lumière. Cela fait que vous êtes des êtres matériels, et que nous sommes des êtres de lumière. Comprends-tu ce que cela signifie ?
Non… pas vraiment.
Cela signifie que les anges et les hommes sont pareils en essence : des âmes. Ils sont différents du point de vue de leur mode d’incarnation : les anges s’incarnent dans des corps de lumière, et les hommes s’incarnent dans des corps de matière.
Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, corps de lumière ? Cela signifie-t-il que vos corps sont des sortes d’ampoules électriques ou de lampes néons ? Cela veut-il dire que vous êtes des sortes de lucioles, ou des genres de sapins de Noël ?
Rien de tout cela. Un corps de lumière, c’est un corps fait d’énergie. Et l’énergie dont je parle ici est une sorte de substance lumineuse, imperceptible pour les sens physiques puisqu’elle relève d’une autre dimension. Une énergie aux propriétés extrêmement étendues, capable aussi bien de passer librement à travers la matière, que de se condenser en quelque sorte, et emprunter momentanément la consistance de la matière ordinaire que tu connais. Mais quand on parle des anges, il ne faut pas seulement s’arrêter là. Je ne veux pas compliquer inutilement les choses, alors je ne vais pas te parler des innombrables créatures d’éther, plus ou moins analogues aux animaux, qui peuplent les dimensions d’éther. Je vais seulement te parler des êtres d’éther qui sont des âmes incarnées, et qui n’ont rien à voir avec des analogues éthériques des animaux.
C’est déjà pas mal compliqué… mais je crois que ça peut encore aller.
OK. On va simplifier tout de suite. Dans l’éther, il y a ceux qu’on pourrait appeler des hommes d’éther, et il y a les anges.
Des hommes d’éther ?
Oui. Les hommes matériels se caractérisent surtout par ceci : leur conscience est essentiellement centrée sur le mental-émotionnel. Eh bien, les hommes d’éther sont des êtres d’éther qui ont également une conscience essentiellement centrée sur le mental-émotionnel. Les anges se distinguent par ceci : leur conscience est essentiellement centrée sur le cœur. Et comme le cœur est fondamentalement pur, on peut dire que les anges méritent vraiment d’être appelés « êtres de lumière ».
Et les démons, et les génies… ?
Ce sont des hommes d’éther, ni plus, ni moins. Un démon est un homme d’éther dont le mental-émotionnel est assez sombre. Ce n’est donc pas l’inverse d’un ange, mais seulement l’analogie dans l’éther de ce que sont certains hommes matériels : des êtres égoïstes, dominateurs et destructeurs. En gros, des êtres tellement constipés que leur matière intestinale, ne trouvant pas d’issue, a contaminé dangereusement leur propre esprit. A coup sûr, certains de vos hommes politiques sont dans ce cas.
Tu penses à…
Surtout pas de nom.
OK, pas de nom. Je voulais exprimer mon étonnement : jamais je n’ai entendu parler d’hommes d’éther.
Tu en as souvent entendu parler.
Comment ?
Par toutes ces histoires d’extraterrestres venant d’autres dimensions, de guides invisibles, de génies de la nature, de démons, etc.
Mais toutes ces histoires sont des affabulations !
Bien sûr. Moi-même je ne suis qu’un personnage de roman. Ça n’a aucune importance, la manière dont vous percevez les habitants des autres dimensions. L’important est que vous perceviez, d’une manière ou d’une autre, que la réalité est bien plus vaste que la seule dimension physique. Vous ne pouvez pas évoluer si votre propre esprit vit dans une prison étriquée. Et d’ailleurs, à ce niveau, le matérialiste de la rue est très en retard sur les physiciens de pointe. La physique quantique est en train de dire : l’univers a peut-être plus de 3 dimensions, et certaines des autres dimensions peuvent même contenir des univers aussi vaste que celui-ci… et peut-être habités ! Je l’ai déjà dit : vous êtes des êtres à la fois grands et ridicules. Votre stupidité est immense, mais votre intelligence est tout aussi vaste. Vous êtes des êtres de contradiction, et dire que vous pensez être des êtres logiques et cohérents, c’est un comble ! Le comble d’un être insensé qui fait des conneries, c’est d’être insensible à sa propre connerie. Votre raison est noyautée par la folie la plus totale, et vous vous trimbalez ainsi à travers la Terre, semant ici la peste, et là des vaccins dont les effets secondaires sont pires que le choléra… Et en même temps, votre folie est habitée par des éclairs de génie, et c’est pour cela que vous êtes capables de vous embarquer dans l’espace, à bord de grosses caisses métalliques bruyantes et fumantes, sans songer un seul instant que vous n’allez nulle part, tout à fait n’importe où.
Et vous les anges, comment êtes-vous ?
Nous sommes très différents. Nous sommes des soleils, et nous ne projetons pas d’ombre. Notre cœur est rempli de lumière, et notre joie intérieure déborde dans le champ illimité de notre vie. Et de temps en temps, dans un grand éclat de rire, un flot de bonne humeur et d’exubérance nous transporte jusqu’au dessus de vos toits, et alors nous nous penchons pour essayer d’écouter vos rêves. Et nous soufflons sur vos angoisses, afin de les apaiser un peu. Puis nous repartons, laissant dans votre esprit le souvenir d’une intuition, qui va inspirer une chanson ou un livre, et quelques fois un film… Les anges vivent dans la joie, et leur existence se passe à décliner les richesses et les nuances infinies de la joie. Parce que nous avons la joie en nous, nous pouvons nous émerveiller et nous réjouir infiniment des chants de vos oiseaux, des robes délicates de vos fleurs, des drapés irisés de vos couchers de soleil… Toutes ces choses que vous, hommes matériels, pouvez contempler avec lassitude, et souvent avec indifférence, tout enfoncés dans la bulle psychologique de vos soucis et de vos préoccupations… toutes ces choses, nous les anges, savons les savourer infiniment, avec grand délice. Même le spectacle d’un chien qui dépose sa crotte au beau milieu du trottoir, est pour nous une occasion d’émerveillement et de célébration.
Les anges célèbrent la crotte d’un chien qui souille le trottoir ?
Oui, en effet. Nous nous réjouissons de tout, parce que la joie est en nous, et chaque chose est une occasion d’exprimer et de faire danser cette joie. Le monde dans lequel vous vivez, vous paraîtra d’une beauté absolue, si vous parvenez à le regarder avec la joie au cœur. Quant à notre propre monde, il est d’une beauté parfaite. Mais ne t’y trompe pas : ton monde et le mien sont de la même essence, ils sont seulement deux aspects différents de l’univers. S’il y a une différence, on pourrait dire que ton monde est une énergie cristallisée, tandis que mon monde est une énergie non-cristallisée. Dans le monde des anges, la réalité extérieure se modèle précisément selon le rayonnement qu’elle reçoit et qui émane du cœur des anges. C’est pourquoi le monde des anges est parfait, parce que la joie de leur cœur est sans ombre. Le monde des hommes matériels est cristallisé, et cette cristallisation entraîne une rigidité du réel à laquelle vous vous heurtez très souvent : quand il fait trop froid, quand il fait trop chaud, quand la terre tremble, quand la tempête se déchaîne, quand les virus attaquent les corps, quand la faim malmène les ventres, etc.
Quelle est l’origine de l’univers ?

Bonne question.
Auteur : Chris Iwen.
Conversations avec un ange fictif-1
http://iwen.free.fr/index.htm
















