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Zoonoses : pourquoi on a tout à craindre
Publié le 25/01/2007
Les zoonoses explosent. Partout dans le monde les infections transmises par les animaux semblent capables de conquérir de nouveaux territoires et de contaminer des populations humaines de plus en plus nombreuses. Les exemples sont légion, à commencer par le très médiatisé virus West Nile qui s’est installé aux Etats-Unis en quelques années ou la maladie de Lyme qui est devenue un problème de santé publique majeur des deux côtés de l’Atlantique. Le phénomène semble se répéter à l’infini à des niveaux plus régionaux. C’est ainsi que la rage des vampires a fait plus de victimes humaines que son équivalente canine en Amérique du sud en 2004, que le très confidentiel agent de la maladie de Kyasanur en Inde a septuplé la superficie de son territoire en moins de 50 ans (en provoquant à l’occasion quelques épidémies mortelles) ou que les victimes du H5N1, en ce début d’année, se comptent par dizaines en Indonésie ; et que, comme nous l’avions déjà souligné ici, les amateurs de treks africains devraient sans doute davantage craindre les tiques vectrices de rickettsioses à R africae que les anophèles impaludées…
Après avoir constaté ce phénomène surprenant et quelque peu inquiétant, BB Chomel et coll. tentent, tant pour la Pan American Health Organisation que l’OMS, d’en analyser les causes. Il apparaît clairement, à travers les multiples exemples recensés dans cette revue particulièrement documentée, que l’explosion des maladies d’origine animale est avant tout liée à l’homme. Seraient principalement en cause sa démographie galopante et son comportement sur la planète. Dans le premier cas, le passage de 1 million d’humains en 1900 à 6,5 en 2006 s’est fait au détriment des territoires de vie sauvage et a mis en contact des individus avec des animaux qu’ils n’étaient pas obligatoirement préparés à rencontrer tout en modifiant les niches écologiques d’espèces péri-domestiques, avec parfois des conséquences dramatiques : c’est ainsi que le virus Junin, responsable d’une fièvre hémorragique en Argentine, allait profiter de la prolifération des rongeurs Calomys musculinus pour se répandre dans le pays.
Pour ce qui est des comportements humains on ne citera que deux exemples parmi d’autres, les marchés traditionnels et la mode de l’écotourisme. Les premiers mettent en contact étroit des milliers d’animaux vivants et d’humains et sont accusés d’avoir facilité la diffusion de H5N1 chez les oiseaux en Asie du Sud-est ou celle du SRAS chez les civettes en Chine. L’essor du second, en progression de 10 % par an depuis 1985, a eu pour effet collatéral le développement d’une pathologie émergente zoonotique riche, à base de rickettsies comme nous l’avons vu mais aussi d’herpès et autres virus simiens…
On pense aujourd’hui que les animaux sauvages sont à l’origine de plus de 70 % des infections émergentes. Compagnons exotiques, nouvelles modes culinaires, petting zoos où les enfants caressent les bêtes, déforestation, agriculture intensive etc : les comportements humains qui favorisent l’émergence et la dispersion des zoonoses semblent si nombreux et ancrés qu’on voit mal comment faire marche arrière. Il faudra donc sans doute s’habituer, dans les années à venir, à penser de plus en plus souvent « zoonose ».
Dr Jack Breuil
Chomel BB et coll. : “Wildlife, exotic pets, and emerging zoonoses.é Emerging Infectious Diseases 2007; 1: 6-11.
Publié le 25/01/2007
Les zoonoses explosent. Partout dans le monde les infections transmises par les animaux semblent capables de conquérir de nouveaux territoires et de contaminer des populations humaines de plus en plus nombreuses. Les exemples sont légion, à commencer par le très médiatisé virus West Nile qui s’est installé aux Etats-Unis en quelques années ou la maladie de Lyme qui est devenue un problème de santé publique majeur des deux côtés de l’Atlantique. Le phénomène semble se répéter à l’infini à des niveaux plus régionaux. C’est ainsi que la rage des vampires a fait plus de victimes humaines que son équivalente canine en Amérique du sud en 2004, que le très confidentiel agent de la maladie de Kyasanur en Inde a septuplé la superficie de son territoire en moins de 50 ans (en provoquant à l’occasion quelques épidémies mortelles) ou que les victimes du H5N1, en ce début d’année, se comptent par dizaines en Indonésie ; et que, comme nous l’avions déjà souligné ici, les amateurs de treks africains devraient sans doute davantage craindre les tiques vectrices de rickettsioses à R africae que les anophèles impaludées…
Après avoir constaté ce phénomène surprenant et quelque peu inquiétant, BB Chomel et coll. tentent, tant pour la Pan American Health Organisation que l’OMS, d’en analyser les causes. Il apparaît clairement, à travers les multiples exemples recensés dans cette revue particulièrement documentée, que l’explosion des maladies d’origine animale est avant tout liée à l’homme. Seraient principalement en cause sa démographie galopante et son comportement sur la planète. Dans le premier cas, le passage de 1 million d’humains en 1900 à 6,5 en 2006 s’est fait au détriment des territoires de vie sauvage et a mis en contact des individus avec des animaux qu’ils n’étaient pas obligatoirement préparés à rencontrer tout en modifiant les niches écologiques d’espèces péri-domestiques, avec parfois des conséquences dramatiques : c’est ainsi que le virus Junin, responsable d’une fièvre hémorragique en Argentine, allait profiter de la prolifération des rongeurs Calomys musculinus pour se répandre dans le pays.
Pour ce qui est des comportements humains on ne citera que deux exemples parmi d’autres, les marchés traditionnels et la mode de l’écotourisme. Les premiers mettent en contact étroit des milliers d’animaux vivants et d’humains et sont accusés d’avoir facilité la diffusion de H5N1 chez les oiseaux en Asie du Sud-est ou celle du SRAS chez les civettes en Chine. L’essor du second, en progression de 10 % par an depuis 1985, a eu pour effet collatéral le développement d’une pathologie émergente zoonotique riche, à base de rickettsies comme nous l’avons vu mais aussi d’herpès et autres virus simiens…
On pense aujourd’hui que les animaux sauvages sont à l’origine de plus de 70 % des infections émergentes. Compagnons exotiques, nouvelles modes culinaires, petting zoos où les enfants caressent les bêtes, déforestation, agriculture intensive etc : les comportements humains qui favorisent l’émergence et la dispersion des zoonoses semblent si nombreux et ancrés qu’on voit mal comment faire marche arrière. Il faudra donc sans doute s’habituer, dans les années à venir, à penser de plus en plus souvent « zoonose ».
Dr Jack Breuil
Chomel BB et coll. : “Wildlife, exotic pets, and emerging zoonoses.é Emerging Infectious Diseases 2007; 1: 6-11.










