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La dernière de Nestlè


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2 réponses dans ce topic

#1 Nico Latorra

Nico Latorra

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Posté 05 janvier 2003 à 00:28

Par Grano de Arena
Traduction. coorditrad@attac.org traducteurs bénévoles (*)

La police colombienne découvre que Nestlé procède au re-étiquetage de
200 tonnes de lait périmé.

Nous reproduisons ci-après les déclarations de Angel Maria Caballero,
président de l'Association Nationale pour la Sauvegarde de
l'Agriculture qui dénonce les activités illicites de la multinationale
Nestlé qui envoie du lait d'Uruguay et modifie l'étiquetage pour en
cacher l'origine et la date de péremption.

Ces déclarations sont d'autant plus d'actualité que le journal El
Tiempo du samedi 7 décembre, fait remarquer qu'aux 200 tonnes de lait
saisies la semaine dernière, s'ajoutent 120 autres tonnes, saisies
alors qu'elles étaient en processus de re-étiquetage pour simuler
avoir été produites à l'intérieur du pays et pour cacher qu'il
s'agissait de lait périmé non apte à la consommation humaine. Ces
faits révèlent la corruption des multinationales qui jouent avec la
santé humaine dans le seul but de réaliser de grands bénéfices.

Après avoir été informé de la saisie de lait en poudre sur la commune
de la Tebaida dans le Quindío par le DAS (Département Administratif de
Sécurité, ndlt), le mouvement pour la Sauvegarde de l'Agriculture de
Colombie a vigoureusement questionné ces pratiques anti-commerciales
qui affectent la santé des colombiens, tout en sacrifiant le secteur
concerné et la production nationale.

Observations. Concernant ce cas, il faudra effectuer une analyse de la
quantité, la qualité, l'origine et l'impact sur le marché national,
puisque les méthodes d'importation des multinationales du lait comme
Nestlé, sont semble-t-il d'acheter à bas prix dans d'autres pays des
produits de qualité douteuse. Cependant au moment de les vendre dans
le pays, les prix ne sont jamais réduits. "La quantité de lait que
Nestlé a importé des marchés d'Uruguay et d'Argentine a été de 4 886
tonnes de lait en poudre, ce qui équivaut à 37 622 200 litres de lait
frais. Or, la moyenne de la consommation nationale par personne est de
130 litres par an dans le pays, c'est à dire que si nous effectuons la
division nous trouvons qu'avec cette quantité on pourrait alimenter au
moins 284 615 personnes pendant un an, c'est à dire la population
d'une ville moyenne du pays" a expliqué Angel Maria Caballero, qui a
manifesté son indignation face à ces actions qui constituent l'abandon
du soutien au secteur national laitier. D'autre part, le Syndicat
National des Travailleurs de l'Industrie Alimentaire, Sinaltrainal, a
dénoncé le fait que Nestlé ait renoncé à acheter près de 116 millions
de litres de lait frais qui auraient pu en grande part, générer des
revenus pour le secteur national. En revanche, cette compagnie, a
importé ce produit en poudre, en provenance d'Europe. "Le seul fait de
cesser de produire du lait dans le pays pour l'acheter à l'extérieur
est un acte scandaleux, et plus encore si l'on considère que les 116
millions qui ont été écartés du marché auraient pu ravitailler 892 000
personnes en un an c'est à dire une population égale ou supérieure à
deux fois Ibagué." "Cependant, le plus terrible est l'impact pour les
producteurs, puisque ce chiffre divisé par les 450 000 producteurs de
lait donne comme résultat que l'on a renoncé à acheter 257 litres aux
producteurs nationaux" a indiqué Caballero.

Sans qualité. La dénonciation du cas de La Tebaida a des connotations
particulières car outre qu'elle émane de la Présidence de la
République, à travers un communiqué du DAS, elle indique que les
multinationales ont pour objectif de se remplir les poches peu importe
à quel prix. Dans ce cas, le lait provient de l'entreprise Conaprole
et est d'origine uruguayenne, les étiquettes arrivaient à échéance le
31 Août 2001 et le 20 février 2002. L'affaire consistait à changer la
date de péremption et à vendre le produit. Une nouvelle analyse de la
question montre que les 8 904 paquets saisis sont l'équivalent de 200
tonnes de lait, on n'a pu pour le moment savoir où se trouvent le
reste des 4 600 tonnes importées du sud du continent. "Ce qui est
déplorable dans ce cas c'est que le lait est entré par Buenaventura ,
en théorie légalement et avec un permis, sans être contrôlé par
l'Invima, et le pire c'est que ce produit qui est périmé, est consommé
par le peuple colombien violant ainsi toutes les règles de salubrité
et d'hygiène par des accords à caractère commercial". Ceci affecte la
santé des colombiens et cela affecte également l'économie agraire, car
à partir 1996, les entreprises colombiennes ont été peu à peu
absorbées par le capital étranger, c'est ainsi que Neslé a acheté
Cicolac, Parmalat Proleche et Danone Noel. Ma question porte sur
l'efficacité des contrôles pendant tout ce temps. "Cette situation a
également causé du tort à la production nationale car le pays produit
5 100 millions de litres de lait par an, ce qui équivaut à 4 milliards
de pesos, c'est à dire deux fois les recettes de l'Etat pour la
première période de la réforme fiscale. Cette quantité, divisée par la
consommation par habitant, suffirait à alimenter 39 millions de
personnes, c'est à dire que nous sommes autosuffisants en lait, et
cependant, nous avons abandonné le marché à des multinationales qui
empochent les bénéfices nets du pays", a soutenu le Président de
Sauvegarde de l'Agriculture. A cette nouvelle situation, et au
comportement anti-éthique des multinationales, s'ajoute la réalité du
producteur de base qui, se détournant d'autres cultures en est venu à
considérer la production laitière comme un moyen de subsistance. Il
est clair que les agriculteurs qui ont cessé de semer du sorgho et du
mais se sont réfugiés dans une autre production qui est aux mains des
multinationales.

Scénario pour le futur. Cette situation accentue l'appauvrissement de
la campagne colombienne et diminue la qualité de la vie puisque les
produits importés n'offrent pas semble-t-il les bénéfices annoncés
dans les programmes publicitaires, de plus on a pu voir qu'ils font
l'objet de manouvres troubles et inacceptables, dans lesquelles sont
très probablement impliqués des ex-fonctionnaires des précédents
gouvernements. "Si cela se produit maintenant que l'on parle de
liberté des prix, je ne veux pas imaginer ce qui se passera lorsque
l'ALCA entrera en fonctionnement."

Après avoir été informé de la saisie de lait en poudre sur la commune
de la Tebaida du Quindio par le DAS, le mouvement pour la Sauvegarde
de l'Agriculture de Colombie a sérieusement mis en question ces
pratiques anti-commerciales qui affectent la santé des colombiens,
tout en sacrifiant le secteur et la production nationale. D'autre
part, Sauvegarde de l'Agriculture a exprimé son indignation face à
l'augmentation des prix de l'ordre de 25 et 47 % que les
multinationales pharmaceutiques telles que Aventis, Pasteur, et Biogen
ont réalisé sur des vaccins de la rougeole et la rubéole. "Mais pire
encore furent les sanctions de 230 millions de pesos infligées à ces
entreprises, pour elles cela ne représente certainement pas une grande
quantité d'argent. D'autre part, j'ai appris qu'au premier janvier le
prix des facteurs de production pour les productions comme le riz, la
pomme de terre et le coton, augmentera de 11%, sans compter le
réajustement de 8% qui a été effectué dans le courant de cette année,
tout ceci placera ces productions au bord de la faillite. Les effets
de ces multinationales sur l'économie, pourraient être qualifiés de
globalisation de la misère" a dit Caballero, qui a ajouté que
l'entreprise Panamco de Colombie, qui gère la marque Coca Cola a
importé 16 000 tonnes de sucre en provenance du Brésil, tournant ainsi
encore une fois le dos à la production nationale.

#2 gulliver

gulliver

    Chercheur

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Posté 02 septembre 2003 à 12:54

Citation

24 août 2003

Quand Nestlé organise un désastre écologique
BRÉSIL : LE GOÛT AMER DE NESTLÉ PURE LIFE

par Lara Cataldi.

En 1998, Nestlé révolutionnait le marché de l'eau en lançant une marque d'eau standardisée fondée sur le concept du « multi-source ». Le problème, c'est que pour produire son « eau globale », Nestlé n'a pas hésité à contrevenir à ses propres normes environnementales et à contribuer à la destruction de sources uniques au monde.


Entretien avec Franklin Frederick. (Après avoir étudié la littérature et la psychologie à l'université de Rio de Janeiro, F. Frederick a organisé différentes conférences internationales sur l'eau, la santé et l'environnement. Il a également travaillé comme coordinateur et consultant pour « le mouvement des citoyens des eaux ». Actuellement, il coordonne le projet de « l'académie libre des eaux » soutenue par Helvetas, l'Université de Berne et l'Ecole suisse d'ingénieur du bois de Bienne.)

Depuis 1994, Nestlé exploite le parc d'eau de São Lourenço dans l'Etat de Minas Gerais (Brésil) qui abrite plusieurs sources d'eaux minérales. Quelle est la particularité de ces eaux ?

Ces eaux ont été découvertes à la fin du XIXe siècle. Leur goût était très fort. Presque par hasard, on a constaté qu'elles avaient des propriétés médicales pour soigner, entre autres, la peau, les troubles digestifs ou la pression sanguine. La nouvelle s'est alors répandue et les gens ont accouru, de plus en plus nombreux, attirés par les pouvoirs salutaires de ces eaux. Le Parc d'Eau actuel a été créé au début du XXe siècle, entraînant le développement de la ville de São Lourenço. A l'origine, on comptait 9 sources de qualités différentes ; par la suite, d'autres sources similaires ont été repérées dans les environs, entraînant le développement de trois autres parcs et de trois autres villes : Cambuquira, Lambari et Caxambu. Aujourd'hui, la région - nommée Circuito de Aguas - est considérée comme la plus riche zone d'eaux minérales au monde. Jusque dans les années 40, une véritable « Médecine des eaux » s'est développée. Beaucoup de médecins vivaient et travaillaient dans les parcs d'eau. Les cures ont aussi contribué à l'essor touristique de cette région.

Ces eaux ont des propriétés uniques et de plus constituent une source de revenus importante pour la ville, comment se fait-il que leur gestion soit confiée à Nestlé ?

Le Parc d'Eau de São Lourenço a toujours été privé. Il a d'abord appartenu à une famille. Au début du XXe siècle, une banque l'a acheté puis vendu au groupe français Perrier-Vittel. Lorsque Nestlé prit le contrôle de Perrier-Vittel, le Parc est devenu sa propriété. Le groupe Perrier-Vittel ne faisait que mettre en bouteilles les eaux minérales et les vendre sans générer de problèmes avec la communauté locale. Avec Nestlé, les choses ont changé.

Quelles sont justement les activités de Nestlé ?

En 1996, Nestlé a illégalement foré un puits de 158 mètres de profondeur dans le Parc d'Eau, pour y pomper 30.000 litres par jour. Mais pendant deux ans, l'eau fut simplement déversée dans la nature ! En 1998, la multinationale a voulu la commercialiser. L'eau était cependant trop ferrugineuse, le contenu des bouteilles noircissait.

Même si sa qualité ne s'altérait pas, aucun consommateur n'était prêt à l'acheter. Alors, Nestlé a demandé l'autorisation d'extraire le fer de cette eau et d'en effectuer la mise en bouteilles, agissant comme si c'était encore une eau minérale. L'autorisation fut refusée à Nestlé qui fit appel, en vain. Malgré cela, l'entreprise a déminéralisé l'eau, lui enlevant non seulement le fer, mais aussi d'autres minéraux. Elle commercialise aujourd'hui cette eau de table artificiellement re-minéralisée sous le nom de Pure Life. C'est une eau de table destinée spécialement aux pays dits pauvres. Au Pakistan, par exemple, il y a aussi une autre fabrique de Pure Life. Pour produire et mettre en bouteilles Pure Life, Nestlé a agrandi l'ancienne usine de Perrier Vittel. Elle a construit une nouvelle fabrique dans le Parc d'Eau - ce qu'elle n'aurait pas eu le droit de faire si la loi brésilienne avait été respectée. Comme Pure Life se vend bien dans les grandes surfaces, Nestlé a creusé un autre puits de 150 mètres de profondeur dont elle extrait 30.000 litres d'eau supplémentaires par jour.

Pourquoi puiser de l'eau minérale si ensuite on la déminéralise ? Peut-on réutiliser les minéraux ?

Nous nous sommes posé la même question. N'importe quelle eau pourrait servir à produire Pure Life. Pourquoi détruire une eau rare et précieuse en lui ôtant ses minéraux au lieu de préserver ses propriétés thérapeutiques et médicales offertes par la nature ? La seule réponse que nous concevons, c'est l'appétit de la multinationale : Nestlé est devenue propriétaire du Parc d'Eau lorsqu'elle acheta le Groupe Perrier. La société doit tirer un profit de cette acquisition, elle a investi des millions de dollars pour construire une nouvelle fabrique. Maintenant elle désire récupérer le maximum de son investissement.

Depuis 1999, la population de São Lourenço se mobilise contre Nestlé. Pourquoi ?

En 1999, les habitants de São Lourenço ont remarqué que les eaux minérales perdaient leur goût spécifique, comme si les eaux devenaient plus « faibles ». Une des sources : la Magnesiana s'est même tarie.

Nous avons alors pensé que cela provenait de la surexploitation liée au pompage intensif de Nestlé. Ces eaux restent une longue période sous terre où lentement elles s'enrichissent de minéraux. Si on extrait plus d'eau que la nature peut naturellement remplacer, les eaux commencent à se déminéraliser. Nous avons donc sollicité et obtenu une réunion publique à la municipalité et les directeurs du groupe Nestlé-Perrier Vittel ont été interrogés. Ils se sont montrés arrogants et leurs explications étaient insatisfaisantes. Nous avons alors fondé un mouvement de « citoyens des eaux » qui a mené ses propres enquêtes. Les résultats ont été transmis au procureur du ministère public de São Lourenço. Il a alors lancé une enquête sur les activités de Nestlé.

L'enquête du ministère public fait peser de nombreuses charges sur Nestlé.

Oui, il y a différents types de charges : la principale, naturellement, concerne la déminéralisation des eaux. Selon la loi fédérale brésilienne, les eaux minérales ne doivent pas être altérées, il faut les utiliser telles qu'on les trouve à l'état naturel. L'autre charge majeure concerne la fabrique construite à l'intérieur du Parc d'Eau et surtout son mur d'enceinte. Ce mur destiné à protéger la fabrique des inondations mesure trois mètres de haut et atteint jusqu'à sept mètres de profondeur. Il traverse le socle d'argile qui constitue un agent protecteur naturel des eaux ; le PH acide de ce socle détruit toutes les bactéries qui y pénètrent. Cette couche d'argile se trouve au maximum à trois mètres de profondeur. Le mur l'a endommagée d'une façon inestimable. Par contre, et c'est malheureux, le pompage intensif n'est pas considéré comme illégal. Dans la loi fédérale brésilienne, les eaux minérales sont classées parmi les minéraux et non parmi les eaux spéciales nécessitant une protection particulière. Dans la pratique, les eaux minérales peuvent donc être exploitées jusqu'à leur tarissement, à l'instar de n'importe quelle mine de fer.

Où en est la procédure aujourd'hui ? Nestlé a-t-elle été jugée ? A-t-elle changé de pratique ?

Tant l'Etat que les Ministères publics fédéraux enquêtent sur Nestlé. Une expertise du Parc d'Eau a été demandée pour évaluer la qualité des eaux et la situation réelle du parc. Nestlé a réussi à l'éviter. Les mouvements sociaux font aussi leur travail et cherchent à informer le public sur les activités de Nestlé. Mais la situation est de plus en plus difficile, car l'entreprise a lancé une campagne de propagande sur les principaux canaux de la télévision brésilienne. Bref, aujourd'hui la production de Pure Life continue et si l'on se fonde sur le nombre de camions qui sortent de l'usine, on peut même dire qu'elle s'accroît. La qualité originelle de l'eau minérale du parc - une merveille que la nature a mis des millions d'années à créer - a probablement été affectée irrémédiablement. Ce changement dans la qualité des eaux a touché le tourisme, principale activité économique de la ville. Beaucoup de gens perdent leur emploi. Quant à la fabrique Pure Life, elle est hautement mécanisée et n'importe quel grand hôtel de São Lourenço emploie plus de monde que Nestlé. Mise en balance avec les dégâts qu'elle provoque, la contribution sociale de la multinationale est dérisoire pour la ville et pour la région. Seul un appui international peut actuellement sauver le Parc d'Eau de São Lourenço. Un jour, la procédure juridique donnera raison à la partie civile et Nestlé devra arrêter la production de Pure Life à São Lourenço, mais le Parc d'Eau sera alors déjà asséché.

En mars dernier, vous avez participé au Forum Social de l'eau à São Paulo, qu'est-ce que ce forum vous a apporté ?

D'abord, c'était très beau de voir des personnes de tout le pays - même des indiens - discuter ensemble de problèmes communs. Le mouvement social ici prend conscience des dangers liés aux privatisations. Mais attention, la démocratie brésilienne est relativement jeune et la conscience citoyenne aussi. Nous sommes encore fragiles.

Quel avenir souhaitez-vous pour le circuit d'eau du Minas Gerais ?

Un avenir plus proche des traditions, que la médecine des eaux reprenne sa place. En fait, nous ne savons pas quels sont réellement les pouvoirs de ces eaux, car aucune étude approfondie n'a été faite. Qui sait quels secrets et quels espoirs s'y cachent encore ?





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Interview réalisée par Lara Cataldi, avril 2003 pour la revue "Vers un développement solidaire" numéro 171.

© COPYLEFT Vers un développement solidaire 2003.

http://risal.collect...?id_article=606