La théorie d'Olduvai : le glissement vers un âge de pierre post industriel.
Citation
Cette théorie propose de mesurer la Civilisation Industrielle avec un seul indicateur : le rapport entre la consommation mondiale d'énergie et la population. L'idée principale est que, contrairement aux autres civilisations qui sont apparues et se sont effondrées pour être remplacées par de nouvelles, la Civilisation Industrielle sera la dernière parce qu'elle aura épuisé toutes les ressources (pétrole, charbon, minéraux) qui sont vitales au développement d'une nouvelle civilisation.
Outre son unique indicateur (la production mondiale d'énergie en équivalent pétrole par habitant), la théorie est simple. Elle stipule que la durée de vie de la Civilisation Industrielle est plus ou moins égale à 100 ans : 1930-2030.
Entre 1920 et 1945, la production d'énergie par habitant a augmenté à un rythme modéré de l'ordre de 0.79% par an. La production mondiale d'énergie a crû entre 1945 et 1973 à une vitesse folle de 3,45% par an. Ensuite, depuis 1973 jusqu'au pic absolu de 1979, elle s'est ralentie à un modeste 0,64% par an. Alors soudainement - pour la première fois dans l'Histoire – la production d'énergie par tête entama un déclin à long terme, de 0,33% entre 1979 et 1999. Si la production d'énergie au cours de cette période a augmenté à un rythme annuel moyen de 1.34%, la population mondiale a en effet connu une croissance plus rapide encore. Le sommet de la courbe représentant la production mondiale d'énergie par habitant élaborée par BP Amoco se situe aussi en 1979, et chaque année suivante confirme le mouvement de déclin.
Selon les calculs effectués par Duncan, la production mondiale d'énergie par habitant devrait décroître à un rythme annuel d'environ 0.70% entre 2000 et 2011. Vers 2012, explique-t-il, des pannes d'électricité d'abord récurrentes puis permanentes se produiront un peu partout Dans le monde. La Production d'énergie continuera à décliner à un rythme de 5.44% par an entre 2012 et 2030. Autour de cette date, elle sera retombée à 3.32 barils d'équivalent pétrole par an, soit son niveau de 1930.
La théorie d'Olduvai explique le pic de 1979 et le déclin qui s'en suit. Elle explique d'autre part que la production d'énergie par tête retombera à sa valeur de 1930 en l'an 2030, donnant ainsi une durée de l'ère du pétrole et de la Civilisation Industrielle qui en dépend plus ou moins égale à 100ans.
Conclusion
La théorie Olduvai développée par Duncan depuis 1989 s'appuie sur deux postulats : le développement de la civilisation industrielle peut être caractérisé par un seul indicateur : la production mondiale d'énergie par habitant; et la période industrielle ne durera qu'une centaine d'années.
Ce n'est qu'en 1996 que Duncan a pu disposer de suffisamment de données pour vérifier sa théorie. Quatre faits émergent :
En moyenne, la consommation mondiale d'énergie par tête a connu un pic en 1979 (presque égalé en 1990).
De 1977 à 1995, le déclin a été en moyenne de 0.9% par an.
La consommation mondiale d'énergie par tête déclinera tant que le taux de croissance de la population sera supérieur au taux de croissance de la production énergétique.
Si le déclin continue, nous atteindrons un niveau tel qu'il sera inférieur à notre besoin énergétique de subsistance.
La civilisation industrielle et tertiaire est donc sur le déclin. La situation suggère réellement l'urgence et nous sommes si peu à nous manifester pour changer les choses. Cette vision eschatologique d'un retour de l'humanité à l'âge de pierre est-elle une fatalité ?
Un peu de philosophie pour terminer : Quelles sont les conséquences de la théorie Olduvai appliquée à l'univers ?
En prenant davantage de recul, la théorie Olduvai pourrait se résumer à ceci : Lorsqu'elle apparaît en tout point de l'univers, toute espèce intelligente épuise sa planète, fait écologiquement faillite, s'effondre et ne se redresse jamais. La théorie Olduvai dit finalement que la croissance infinie d'une civilisation intelligente est impossible. Et même en supposant que cette civilisation déchue se reconstitue après des milliers d'années, c'est pour recommencer les mêmes bêtises, sans prendre en considération les erreurs du passé connues par les travaux des archéologues. L'histoire de l'Empire Romain devrait nous en apprendre long sur l'avenir de notre civilisation et pourtant, nous faisons comme si l'homme n'avait pas eu d'histoire.
On peut prouver l'effondrement de toute civilisation intelligente par l'absence d'extraterrestres. C'est une des thèses explorées pour expliquer le paradoxe de Fermi. Ce paradoxe d'Enrico Fermi s'intéresse à la question de savoir pourquoi nous ne sommes pas déjà en contact avec des extraterrestres, vue la relative jeunesse de notre étoile, le Soleil, par rapport à toutes celles existant dans l'univers. En croissant même lentement, une civilisation conquiert l'univers entier en très peu de temps à l'échelle de l'univers. La voie lactée fait "seulement" 100 000 années lumière de diamètre. Il n'y a pas de problème de distance, la faible vitesse de déplacement (inférieure à la vitesse de la lumière quand même) est largement compensée par la croissance exponentielle de cette civilisation qui ferait des sauts de puces entre les planètes habitables de l'univers. Les extraterrestres devraient déjà être là, s'il existait un moyen de perpétuer la croissance. La théorie Olduvai expliquerait donc que dans l'Univers qui nous entoure, à des milliers d'années lumière de chez nous, des civilisations intelligentes auraient pu voir le jour ponctuellemen,t mais qu'elles se seraient effondrées rapidement, rendant ainsi impossible la rencontre entre deux civilisations intelligentes interstellaires. Dans l'univers vaste et froid apparaissent très ponctuellement de rares civilisations qui ne sont toutes que des feux de paille, et cela pourrait bientôt être la fin pour la nôtre. Dans l'univers, la vie intelligente peut apparaître mais du fait que l'intelligence est liée à l'agressivité en rendant les effets de plus en plus graves, elle peut aussi disparaître avant de se diffuser ou de laisser des traces visibles. Telles sont les conclusions que l'on pourrait tirer de la théorie Olduvai appliquée à l'Univers.
Cette théorie devrait faire réfléchir chacun d'entre nous. Elle donne le vertige. Sommes nous sur Terre pour simplement piller les trésors accumulés par la vie sur notre belle planète ? Le suicide collectif est-il notre seul destin ? Sommes nous autre chose ?
La théorie Olduvai n'est pour moi qu'une théorie. Je suis convaincu qu'il ne tient qu'à nous qu'elle ne soit pas une fatalité. Notre destin peut être autre chose qu'un retour au moyen âge ou une faillite environnementale. L'intelligence doit être autre chose qu'une maladie planétaire menant à l'autodestruction. Il faut pour cela que l'homme passe au stade supérieur, il faut qu'il devienne sage, qu'il prenne conscience de sa responsabilité. En choisissant de réparer les dégâts déjà infligés à la planète, l'homme du XXIème siècle se donnerait ainsi une chance d'être la première forme d'intelligence capable d'échapper à l'autodestruction. A terme, dans quelques milliers d'années, sur une planète Terre rayonnante de vie et de biodiversité, nos enfants n'auront-ils pas envie de chercher d'autres formes de vie intelligente pour leur transmettre ce message : "Prenez soin de votre planète et prenez conscience que la croissance infinie mène à l'autodestruction !"
Si de telles civilisations "sages" existaient quelque part dans l'univers, elles devraient déjà être parmi nous pour nous convaincre d'agir autrement. Visiblement, elles n'existent pas. Elles sont peut être en route mais il semble qu'elles pourraient manquer le rendez-vous au moment où nous en aurions bien besoin. L'homme ne doit donc compter que sur lui-même pour se sortir du piège qu'il s'est créé.
Il ne faut pas oublier que l'expansion infinie n'est pas une fatalité pour les civilisations intelligentes. Par exemple, la Chine entre le XVe et le XVIIe siècle était figée dans une parfaite stabilité d'institutions. En effet, après les campagnes maritimes de l'amiral eunuque Zheng He qui ont exploré l'Océan indien, certains prétendent qu'il aurait reconnu la côte occidentale de l'Amérique du Nord, avec des navires beaucoup plus grands que les caravelles qui allaient se répandre peu après lui de part le monde. La Chine se referme alors, persuadée que le monde périphérique n'a rien à lui apporter.
Une dernière idée me semble intéressante à développer : L'évolution de la vie aboutirait forcément à l'intelligence en tout point de l'univers où la vie est physiquement possible. L'intelligence mènerait toujours à l'autodestruction (théorie Olduvai) mais à chaque fois, au sommet de leur expansion, ces civilisations enverraient des sondes dans l'espace, des sondes racontant l'histoire tragique de leur civilisation. Nous serions peut être des millions de civilisations intelligentes à faire cela dans l'univers. Des millions de sondes "voyager" se baladeraient ainsi dans l'espace et il y aurait une petite chance pour que des civilisations en expansion tombent sur une de ces sondes et en tirent les conclusions : "L'intelligence n'est rien sans la conscience de notre responsabilité vis à vis des autres formes de vie." Il est possible que ces messages soient très mal interprétés, qu'ils soient captés par des sectes et donc pervertis, mais il est possible que dans un ultime sursaut, une civilisation choisisse de passer au stade de la sagesse.
Ainsi la vie se donnerait une chance de survivre dans cet univers à priori inhospitalier. La vie résisterait à ce passage difficile de l'évolution qu'est le stade de la civilisation intelligente. La question qui se pose à nous est : "Voulons nous devenir sages en prenant les mesures qui s'imposent pour devenir la première forme d'intelligence qui saura sauvegarder la vie dans l'univers ? Ou voulons nous simplement participer à l'envoi de messages à destination d'une autre civilisation qui le fera à notre place, parce que nous sommes incapables d'éviter la faillite écologique de notre planète ?"
Ce message a été modifié par nabucadnezzar - 14 février 2007 à 18:23.











