L'ogre de notre galaxie a faim
Le 201e congrès de l'association astronomique américaine réunit cette année plus de 2 000 astronomes à Seattle du 5 au 9 janvier. C'est l'occasion rêvée pour de nombreux chercheurs de présenter au public leurs dernières découvertes, comme la première observation du grand trou noir au coeur de notre galaxie ou d'une nouvelle planète extra-solaire très lointaine.

C'est dans les galaxies en spirale que l'on trouve le plus grand nombre de trous noirs.
(Photo Nasa.)
La chasse au grand trou noir tapi au centre de la galaxie touche à sa fin. Armés des meilleures images du télescope Chandra, des astronomes américains ont réussi à repérer les traces de ce monstre énorme, lourd comme 3 millions de soleils, et pourtant étonnamment discret.
Il est vrai que, par définition, un trou noir est invisible : il est si dense que la lumière qui y entre ne peut en ressortir. En fait, le trou noir lui-même ne peut être vu, mais sa présence est généralement trahie par les bouffées de rayonnements émises par la matière qui s'y engouffre en tourbillonnant à toute vitesse. Depuis une vingtaine d'années, les astrophysiciens recherchaient des émissions de rayonnements très énergétiques, rayons X ou de rayons gamma, qui trahiraient la présence de cet astre supermassif au coeur de la galaxie, à quelque 26 000 années-lumière de distance.
Ce trou noir, appelé Sagittarius A* à cause de sa position dans la constellation australe du Sagittaire, est l'une des cibles principales des télescopes X, comme l'américain Chandra et l'européen XMM-Newton, ainsi qu'Integral, lancé en 2002 par l'Agence spatiale européenne pour regarder les rayons gamma.
Malgré des instruments de plus en plus sensibles, les astronomes commençaient à désespérer de ne jamais rien voir. Il est vrai que notre trou noir galactique fait pâle figure face à certains de ses confrères vraiment gigantesques, dont certains, situés dans des galaxies à des millions d'années-lumière, pèsent des milliards de masses solaires. Heureusement, de nombreuses preuves indirectes, comme celle apportée en octobre 2002 par le télescope géant VLT, de l'Observatoire austral européen, au Chili, confirmaient qu'un corps massif mais invisible existait bien dans cette région.
Les premiers dans cette course sont finalement Frederick Baganoff et son équipe, du Massachusetts Institute of Technology, qui ont présenté leurs derniers résultats à Seattle le 6 janvier, au cours du congrès annuel de l'Association astronomique américaine. Pendant les mois de mai et juin 2002, ils ont accumulé plus d'une centaine d'heures d'observation avec le télescope spatial américain Chandra. Ceci leur a permis de détecter près d'une dizaine de bouffées de rayons X, durant à chaque fois des dizaines de minutes, provenant du centre de notre galaxie. Ces sursauts sont fréquents, environ un tous les deux jours, mais leur intensité est assez faible. «Même s'il paraît casser la croûte souvent, ce trou noir suit un régime sévère», a commenté Frederick Baganoff. Les bouffées de rayons X sont discrètes car seules de petites quantités de gaz tombent dans le trou noir.
Cette diète forcée «pourrait être due à des explosions qui, par le passé, ont chassé l'essentiel du gaz du voisinage du trou noir», explique le professeur Baganoff. Cette idée est d'ailleurs confirmée par une autre étude sur Sagittarius A*, présentée à Seattle en début de semaine également, par Mark Morris, de l'université de Californie à Los Angeles. Grâce à la très longue pause de Chandra en quête du trou noir galactique, les astronomes ont aussi eu l'occasion de découvrir des sommes de détails jamais observés dans les rayons X. Mark Morris a ainsi pu décrire deux nouvelles structures en forme de lobes, des immenses poches de gaz chauffées à près de 20 millions de degrés, s'étirant à des dizaines d'années-lumière du trou noir. «Ces lobes montrent que d'énormes explosions se sont produites plusieurs fois au cours des dix mille dernières années», a expliqué Mark Morris. Les causes de ces phénoménales explosions qui ont nettoyé les gaz présents dans la région du trou noir ne sont pas encore connues.
Source :
Article de Cyrille Vanlerberghe
le Figaro. 09 janvier 2003










