J'ai pas mal réfléchi de mon côté à ce qu'on appelle le "processus révolutionnaire".
Voilà ce que j'en dis sur mon blog
http://didierlacapel...le-5785984.html
Citation
Dimanche 25 Février 2007
Sur le communisme révolutionnaire
Lénine a insisté sur l'importance de l'édification des masses pour la mise en oeuvre de la révolution socialiste.
De cette affirmation, les partis communistes ont longtemps déduit qu'il fallait faire "prendre conscience" au prolétariat de son aliénation dans la société capitaliste, afin de créer un parti de masse, homogène et prêt à intervenir le moment venu pour prendre le pouvoir.
Mais Lénine a aussi déclaré que les convictions individuelles et les motivations profondes avaient peu d'importance du moment qu'elles contribuaient à favoriser les vues révolutionnaires. Staline dira également que pour fédérer une foule ce n'est pas d'instruction qu'ont besoin les foules, mais d'un mythe collectif. Voilà pourquoi les leçons du catéchisme communiste n'avaient pas besoin d'être très élaborées : une vulgate suffisait. Le communisme venait simplement remplacer les anciennes croyances religieuses par une autre croyance, fort messianique d'ailleurs. L'illusion était d'autant mieux réussie que le présupposé initial est vrai : le capitalisme aliène bel et bien les travailleurs.
On voit bien que ces points de vue semblent en apparence contradictoires. En réalité, c'est l'interprétation des partis communistes occidentaux qui est fausse. A dessein pour les premiers révolutionnaires qui mirent en place les écoles du parti, qui n'allaient certainement pas dire qu'elles avaient pour objectif de créer un mythe. La plupart des leaders communistes après 1945 furent eux sans doute absolument convaincus de la nécessité de contribuer à former le parti de masse.
Les révolutions ont besoin d'une foule obéissante pour paralyser le pays, détruire les structures existantes et servir les desseins des chefs. Le fait est que les chefs révolutionnaires ont surtout besoin de soutenir les croyances des masses APRES la prise du pouvoir, afin d'empêcher les déviances et les contestations d'apparaître. Avant la révolution, l'exigence de conformité des masses à la doctrine est plus un handicap, car il n'existe pas d'appareil de coercition suffisamment fort pour tenir ces masses, et le nombre d'individus impliqués dans l'action révolutionnaire se trouve réduit d'autant.
Les révolutions ont aussi besoin de relais au sein des structures de pouvoir. Depuis les années 20 des familles russes immigrées aux Etats-Unis élevaient des enfants dans le but de leur faire faire des études qui les mèneraient aux postes les plus élevés du gouvernement fédéral. Ces familles restaient secrètement communistes, et instruisaient les enfants dans cette idéologie. Peu à peu le recours à ces agents dormants se fit plus rare, et ces derniers se retrouvèrent "désoeuvrés" après la chute du mur de Berlin.
Ces hommes n'ont pas besoin d'être très nombreux du moment qu'ils sont influents. Mitterrand vint soutenir ce point de vue en déclarant qu'avec 60 individus on pouvait tenir un pays. En France, le courant trotskyste lambertiste, majoritaire dans le mouvement trotskyste international, mais peu connu en France - continuait de suivre ce principe d'action en engageant ses militants les plus brillants à intégrer les rangs de la haute fonction publique ou à prendre du galon dans les syndicats et les partis ouvriers social-démocrates. Lionel Jospin est un bon exemple de cette stratégie. Ce courant n'a jamais cherché à à convertir les masses, ni même à les informer de leurs convictions.
La méthode est donc la suivante : des foules peu instruites mais cimentées par le mythe, et des hommes bien placés dans les structures de pouvoir, aux motivations profondes sans importance, mais loyaux aux buts de la révolution.
La plupart des courants dits révolutionnaires en Europe occidentale n'ont fonctionné que sur une seule jambe, sans possibilité de victoire. Les lambertistes étaient sans doute les mieux armés en France, car, s'ils n'avaient pas leur propre masse militante, ils pouvaient espérer utiliser les ressources du PCF.
A partir des années 40, les méthodes initiales qui avaient si bien réussi à l'Est, avaient été oubliées. L'URSS demandait aux partis communistes occidentaux de faire en sorte de ne PAS prendre le pouvoir. Et les dirigeants de ces partis occidentaux étaient édifiés avec le mythe à l'usage des masses. Ils n'étaient pas impliqués dans les questions d'infiltration des structures de pouvoir, que les soviétiques réservaient surtout aux Etats-Unis. Ils revendiquaient d'être tantôt l'avant-garde révolutionnaire, tantôt le parti des masses, n'ayant jamais bien compris qu'il s'agissait pour les bolcheviks de groupes aux fonctions distinctes, pour lesquels les consignes n'étaient pas les mêmes. Aussi, même au plus fort de ses résultats électoraux, le PCF n'aurait pas été en mesure de prendre le pouvoir.
De même, à partir de 1950, les partis d'extrême-gauche français ont dans leur majorité exprimé le souhait de "construire le parti révolutionnaire" avant de renverser le capitalisme, d' "atteindre un seuil de conscientisation" avant que d'agir, de "réunir les conditions nécessaires à la révolution" avant de soutenir tout mouvement de sédition. L'infiltration des structures de pouvoir - à l'exception du courant lambertiste et de sa scission la LCR à ses débuts - n'était pas considérée comme une question importante. Concrètement, les méthodes ont été inversées par rapport à celles de Lénine.
Le fait que ces courants soient peu nombreux - quelques milliers de militants - n'aurait pas posé de problème aux bolcheviks. Mais même les centaines de milliers de militants du PCF n'ont pas permis de conquérir le pouvoir. Le fait est qu'une telle entreprise nécessite des complicités parmi les hauts-fonctionnaires et les militaires. Les facteurs et les employés de banque ne sont d'aucune utilité.
Il est significatif que les groupes qui ont réellement mis en oeuvre les principes d'infiltration des structures de pouvoir - les trotskystes américains, les trotskystes et les maoïstes français, les soviétiques jusque dans les années 60 à vue de nez - ont conservé leurs positions de pouvoir et réorienté leur credo. Ce sont aujourd'hui les néo-conservateurs des deux côtés de l'Atlantique. Leur objectif principal est toujours le même : l'intégration verticale du pouvoir politique mondial. Ce fut le communisme, c'est à présent l'ONU, l'OTAN, l'OMC.
Les autres principes politiques initiaux sont également conservés. Il y a révolution permanente, avec l'activité guerrière au Moyen-Orient et la propagande qui l'accompagne. Le fait que les motivations profondes ne comptent pas s'observe aussi très bien. Il suffit de lire la blogosphère socialiste pour s'en convaincre :ils n'aiment pas George Bush, mais trouvent le plus souvent tout à fait acceptable d'envoyer une bombe atomique sur l'Iran par précaution.
A l'inverse, les groupes aujourd'hui appelés "communistes" ne connaissent plus de l'entreprise que le catéchisme à l'usage des masses. Les méthodes ont été oubliées et l'internationalisme perdu de vue, à moins qu'il soit "alter". Mais ils conservent une grande utilité pour les ex-communistes à présent au pouvoir. Le PCF a dans ses municipalités une population déshéritée parfois encline à critiquer le système, même si elle n'est pas en mesure de le renverser. En lui octroyant des emplois municipaux et des subventions pour ses associations culturelles, elle lui offre le pain et les jeux.
De même, la rhétorique radicale des courants trotskystes permet de contrôler les jeunes individus potentiellement dangereux pour le système en leur faisant croire que "prendre le temps de construire le parti révolutionnaire" structure leur démarche pour la rendre plus efficace.
Ils mettent en avant le système électoral comme un moyen de diffuser leurs idées, comme si la diffusion de ces idées renforçait d'une quelconque façon l'entreprise révolutionnaire. Leurs électeurs ne sont pas prêts à abandonner le principe électoral, et ce d'autant moins qu'ils ne disent jamais vouloir l'abolir. Mais ceci est une bonne chose pour le pouvoir capitaliste car elle rend ces électeurs passifs. Un gain de 1% aux élections présidentielles pour le PCF ne modifie en rien les conditions matérielles des électeurs. Mais il permet à celui-ci de négocier un poste d'adjoint supplémentaire sur la liste de gauche pour les élections muncipales de Sarcelles. Au demeurant, quand bien même le PCF ne ferait pas 1% de plus, il est vraisemblable que le PS leur offrirait malgré tout de conserver ses positions électorales, car cela permet de bloquer toute perspective "révolutionnaire".
Pour résumer, il y a une méthode qui fonctionne : celle de Lénine, où la révolution est or-ga-ni-sée par un cercle d'élite. Et celle de Besancenot qui 1) soit attend qu'une majorité partage ses convictions avant de soutenir tout mouvement de révolte 2) soit espère tirer profit politique d'une révolution spontanée dépourvue de corps idéologique.
Aucun des deux cas ne se produira jamais. Si révolution spontanée il y avait, c'est comme toujours un chef politique ou militaire déjà puissant qui viendrait mettre de l'ordre et prendrait le pouvoir, pas un groupuscule d'extrême-gauche.
D'ailleurs, il n'existe pas de révolution spontanée.
Citation
quelqu'un d'autre (je crois que c'est toi pop) dit que la révolte ne peut naitre que de la faim
La révolte, oui, la révolution non. La Révolution de 1789 a été organisée par des milieux maçons et commerçants.
MaJiK
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Oui, c'est certain que la jeunesse, par définition, a plus tendance à remettre en cause l'ordre établi que les autres, c'est ainsi depuis la nuit des temps, pour le pire et pour le meilleur, et je m'en félicite.
Je pense que c'est une légende ta définition. Les jeunes sont opposés en tant que groupe à un certain ordre établi par les adultes. Mais au sein de ce groupe, ils sont on ne peut plus conformistes. Il y a des individus en marge de la jeunesse elle-même qui conserveront une tendance à l'indépendance d'esprit. Mais les "rebelles conformistes" seront plusn tard les piliers de l'ordre adulte.
D'ailleurs leur rebellion est souvent infantile, mal fondée intellectuellement et velléitaire.
Pour la révolution non-violente,
1) ceux qui parlent de la nécessité de changement de conscience global ont probablement raison, mais cela les consigne à attendre, peut-être pas longtemps si leurs spéculations ésotériques sont justes, mais peut-être beaucoup plus longtemps.
2) ceux qui parlent de révolution non-violente font référence à des cas particuliers non transposables. A l'époque de Gandhi, il y avait plus de 500 millions d'indiens pour 50 000 britanniques en Inde (1 pour 10 000). Autant dire que même sans violence, la force des indiens était écrasante. La fin de l'apartheid en Afrique du sud repose sur un rapport de force certes inférieur, mais aussi sur un boycott international très efficace. Et il faut aussi se rappeler de la période pendant laquelle un rapport de 1 pour 10 000 a permis malgré tout aux britanniques de coloniser l'Inde !
En France, il n'existe pas d'identification possible à un groupe défavorisé. D'une part, les populations immigrées non assimilées sont encore très minoritaires (20 % de "noirs et arabes"). D'autre part les pauvres n'ont pas d'homogénéité ethnique et culturelle pour les unir. Très souvent ils jouent les uns contre les autres plutôt que de s'en prendre au pouvoir.
De plus, il y a le mythe de la République qui empêche culturellement les individus de mettre en place un rapport de force bloc contre bloc. Dès que vous lancez l'idée, vous entendez aussitôt les choeurs de "citoyens" qui refusent de s'engager dans une logique raciale pour des raisons de "principes", de s'engager dans une logique où la discipline de groupe est importante par amour pour les "institutions démocratiques" ou d'envisager toute forme de violence face à un pouvoir qui ne se gênera pas.
Autant dire que beaucoup parlent de "révolution", mais comptent dès le départ tout saboter.
En pratique, la seule chose qui puisse mettre à terre une puissance, c'est une autre volonté de puissance. Par définition, une volonté de puissance, ce n'est pas plein d'amour et de bonnes intentions. Il faut donc bien regarder ce qu'on a à gagner et à perdre matériellement à la soutenir. Et ne pas avoir en tête des principes éthiques qui ne peuvent qu'entraîner la désillusion ou la passivité.