Je n'ai pas vécu longtemps en grande ville donc je n'ai peut-être pas le même regard que vous.
Quand j'étais petite, je voyais ma mère aller leur acheter à bouffer, et s'installer avec eux pour taper la causette, sous le regard effaré des passants. Ou en prendre en stop, les rammener bouffer à la maison avant d'aller les poser là où ils allaient... Du coup c'est assez naturellement que j'ai repris le flambeau, et j'adore ça. J'ai rencontré des gens étonnants, et je ne sais pas si c'est moi qui les attire mais on finit presque toujours par parler de spiritualité ou de truc dans le genre.
Je ne crois pas que l'on puisse sincèrement porter sur des gens qui vivent si différement, et parfois si difficilement, un regard "normal". Ce ne sont pas des situations normales, moi je crois qu'on a des gros effort de *pure* gentillesse à faire, accepter de n'avoir rien d'autre à donner que ce que l'autre nous demande (quitte à ce que ce soit pour acheter un litron), en y ajoutant simplement un truc, je sais pas, un sourire, une clope, un coup à boire... un truc qui dit "tu es mon frère humain".
Pour moi donner c'est un acte d'une grande valeur symbolique, et en plus c'est le premier pas vers l'échange.
Je ne donne pas dans l'optique d'endiguer la misère du monde ou de sauver un pauvre type paumé ; je donne simplement parce qu'il y a en face de moi un autre humain qui me demande quelque chose. Point. C'est pas tout le temps de l'argent, mais tout le temps au moins un bonjour ou quelques minutes de parlotte.
Je n'ai jamais eu l'impression de me faire voler -mon argent, mon temps, mon energie - ça a toujours débouché sur des échanges sincères, même avec des "faux aveugles"
Il y a quelques années, à Lyon, une gamine de l'est, 7 ou 8 ans, m'a taxé quelques euros. Elle a dû me trouver suffisament sympa parce quelques minutes plus tard elle et revenue me tirer par la manche, en baragouinant quelque chose que je n'ai pas compris tout de suite. MA première réaction a été de lui dire, hého poulette, t'abuse, je viens de te donner 2 euros là. En fait elle m'a entrainé jusqu'une boulangerie ; elle voulait que je lui achete à manger avec l'argent qu'elle avait ramassé depuis le matin............ genre la gamine elle avait compris que si elle bouffait pas les euro en bonbecs et pains au choc, elle en verrait jamais la couleur une fois rentrée dans son camp le soir...
Et puis un des moments inoubliables pour moi ça a été un reveillon du jour de l'an ; à l'époque je ne me déplaçais qu'en train ou en stop, et ce jour là donc j'avais emporté mon duvet parce que je devais passer la soirée puis la nuit chez des amis.
J'ai finallement fini avec une bande de clodo à la gare de la part dieu, y'avait des écossais et des français, ils m'ont pris pour une clocharde avec mon duvet, alors pour leur montrer que moi j'avais de la thune je les ai emmener boire un coup, et du coup on a passé une nuit mémorable.
Plus recement j'ai pris un mec en stop, c'était un retraité de l'armée, genre 60 ou 65 ans, qui vivait dehors parce que sa pension lui permettait pas de se trouver un logement. Il était marrant, il montait à Paris pour passer les séléctions de koh lanta
Et puis aussi y'a pas longtemps, là c'est mon mari qui m'a completement surprise, lui qui était pas du tout ouvert et plutot méfiant, il a ramener chez nous un type d'une quarantaine d'années qui dormait depuis quelques jours sur un banc en ville, on a partagé avec lui notre repas et le lendemain il nous a demandé de l'accompagné jusqu'une gare. Il avait traversé la France pour aller retrouver son père biologique qui l'avait abandonné quand il était enfant, avec une pauvre pension d'invalidité... comme ça, juste parce qu'il avait son nom et que c'était le seul être qui lui restait.....
des rencontres comme ça, super riches, j'en aurait plein à raconter. mais le mieux c'est quand même que tout le monde puisse le vivre... alors donnez
haa si juste une dernière : un jour je me balladais avec mon père, en passant je donne un pièce à un type assis par terre, et quelques metres plus loin mon père me dit "ce type, je le connais ; il est mécanno, proprietaire d'un garage, et le we il fait la manche, il en a pas vraiment besoin, il se paye ses vacances comme ça". Ca m'a fait trop rigoler, je me suis dit, faut quand même être dingue pour se payer ses vacances en mendiant
Et puis bon, une fois la vexation de m'être faite entuber passée, j'ai repensé à coluche qui voulait pas qu'on demande de justificatifs aux gens qui venaient bouffer aux restos du coeur parce, forcément y'avait des fraudeurs, mais que soit on donne, soit on donne pas, mais on trie pas.