Turquie-Terrorisme kurde : la France échoue dans la lutte contre le PKK, par Axel Gérard
Publié le 14 mars 2007
Les autorités européennes sentent bien qu’il faut "faire quelque chose" contre les réseaux criminels dirigés par le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes armés de Turquie) qui finance ainsi ses attentats meurtriers et ses campagnes de violence en Turquie. Mais c’est pourtant le laxisme qui prédomine dans les politiques européennes en matière lutte antiterroriste. Même lorsqu’il s’agit de protéger ses propres populations du trafic de drogue, les pays européens semblent encore peu motivés pour mener une lutte efficace contre le PKK.
Durant plus de 20 ans, la position officieuse des pays occidentaux vis-à-vis du PKK a été de laisser sur leur sol une grande marge de manoeuvre à cette organisation terroriste tant que les attentats perpétrés par celle-ci ne visaient que les Turcs, les citoyens européens d’origine turque, et les intérêts de la Turquie (cocktails Molotov contre les ambassades et consulats, racket des commerçants d’origine turque et kurde...).
Les opérations menées contre le PKK en France en février dernier [1] ont laissé croire que les pays européens s’étaient enfin décidés à empêcher que leur territoire ne serve de base arrière pour toutes sortes d’actions clandestines destinées à financer le meurtre de civils en Turquie. C’est du moins ainsi que les démocrates ont interprété l’initiative de la France, mais la tournure prise par les événements a finalement montré que rien n’avait changé et que le PKK était toujours aussi libre d’agir en toute impunité.
L’opération policière contre des associations servant de couverture aux activités criminelles du PKK en France s’était soldée par l’arrestation de 14 personnes, dont Riza Altun, responsable au niveau européen de l’organisation terroriste, et Nedim Sever, autre cadre de premier plan du PKK. A la demande de la police française, Canan Kurtyilmaz, présentée comme la numéro 1 de l’organisation terroriste en Europe [2] et arrêtée en Belgique le 5 février, avait par ailleurs été livrée à la France.
Mais au fil de l’enquête sur le trafic de drogue et le blanchiment d’argent auxquels se livre depuis des années le PKK en France, il s’est avéré que les terroristes arrêtés entretenaient des relations étroites et régulières avec un service secret français [3], la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Attila Balikci, un des militants mis en examen, a ainsi expliqué au juge Thierry Fragnoli qu’il était, depuis 2002, l’intermédiaire entre la DST et Riza Altun, responsable politique du PKK en France. Ces contacts ont aussi été évoqués par Canan Kurtyilmaz qui, pour sa part, a finalement été placée sous simple contrôle judiciaire par un juge des libertés et de la détention (JLD), à la stupéfaction des juges antiterroristes et du parquet, qui a fait appel.
Balikci avait également impliqué Patrick Devedjian [4] avec lequel il a déclaré avoir eu plusieurs entretiens [5]. Patrick Devedjian, tristement connu pour ses prises de position ouvertement turcophobes [6] entretient depuis des années -et ne s’en cache pas- des relations très étroites avec les milieux ultra-nationalistes arméniens de France, tout particulièrement avec l’Asala [7] (organisation terroriste arménienne responsable de plusieurs attentats contre des Turcs en France ; un attentat contre les bureaux de la Turkish Airlines à l’aéroport d’Orly dans les années 1980 a fait de nombreuses victimes civiles : Devedjian [8] a été l’avocat des assassins qu’il a défendus par adhésion à leur idéologie raciste et meurtrière) et la FRA-Dashnaksoutioune, parti d’extrême droite national-socialiste arménien qui exerce une influence déterminante sur la diaspora arménienne dans le monde, particulièrement en France. [9]
Me Jean-Louis Malterre, avocat de Atilla Balikci a déclaré : "Jusqu’à leurs arrestations, les activités de ces gens étaient parfaitement connues. Certains pointaient à la Préfecture pour une autorisation provisoire de séjour, des contacts réguliers existaient avec les autorités. Et voilà qu’on les criminalise du jour au lendemain !"
Interrogée par les journalistes français, la DST a confirmé avoir eu des contacts avec les membres du PKK, "afin de prévenir toute activité subversive". Patrick Devedjian, de son côté, a admis avoir rencontré ces personnes de manière régulière mais a prétendu s’être entretenu avec elles dans le cadre de "rencontres avec des associations culturelles". Il a toutefois refusé de révéler le véritable contenu de ces discussions.
Cette opération policière qui a porté au grand jour les relations suivies entres le PKK, les milieux du renseignement français et certains cercles politiques farouchement turcophobes, s’est finalement transformée en un fiasco judiciaire. La France se retrouve aujourd’hui dans une situation plus qu’embarassante. En Turquie, l’affaire a eu un énorme écho : le peuple turc peine à comprendre comment les autorités françaises ont pu laisser une telle liberté d’action à une organisation terroriste qui, depuis des décennies, a tué et assassiné des milliers de civils, enseignants et militaires de toutes origines. Et l’incompréhension perdure puisque les activistes du PKK arrêtés début février ont finalement été remis en liberté [10] et les demandes d’extradition de la Turquie refusées.
Le PKK figure pourtant sur la liste noire des organisations terroristes établie par l’Union Européenne. La justice française le sait, elle qui a rendu illégale en 1993 les activités du PKK sur le territoire français. Alors, comment expliquer cette débâcle judiciaire ? L’atmosphère étouffante et résolument anti-turque qui règne en ce moment en France ? Le malaise devant la compromission des services secrets français avec le terrorisme kurde ? La peur de voir éclater une nouvelle campagne de violences du PKK en France ?
Les questions restent posées. Le fait est que la France a raté une occasion de démontrer sa détermination à lutter contre le terrorisme international. Il y avait là une opportunité pour mettre un terme définitif au laxisme invraisemblable et criminel dont bénéficie le PKK depuis plusieurs années dans l’Hexagone, qui sert de base logistique pour le trafic de drogue et de clandestins mené par les terroristes kurdes.
Les racketteurs du PKK pourront donc continuer leurs basses besognes en France. L’argent collecté servira à acheter fusils, bombes, mines et autres grenades qui tueront en Turquie des femmes, des enfants et des vieillards. En France, dans nos villes et dans nos quartiers, les activités criminelles du PKK se poursuivront, et ce, sous le regard bienveillant de certains élus turcophobes. Le terrorisme et le racisme anti-turc semblent encore avoir de beaux jours devant eux en terre de France.
Par Axel Gérard