Pour permettre de comprendre comment on en est arrivé là, un petit peu d'histoire est nécessaire bien que ça risque peut-être d'en ennuyer certains mais c'est nécessaire. Il suffit de la lire sur Wikipedia : http://fr.wikipedia...._de_la_Belgique. Je vais rappeler néanmoins certains points importants.
Durant la période où les Pays-Bas du Nord (les Pays-Bas actuels) deviennent calvinistes, l'intelligentsia flamande se convertit et s'enfuit des Pays-Bas du Sud (la Belgique actuelle) ce qui va plonger la Flandre dans plusieurs siècles de pauvreté où seule l'activité agraire subsiste. En 1830, sous la domination des hollandais, lorsque les provinces du Sud des Pays-Bas catholiques qui forment l'actuelle Belgique se révoltent contre les provinces du Nord calvinistes suite à la représentation de l'opéra La Muette de Portici à Bruxelles, l'indépendance est déclarée. Une monarchie constitutionnelle se définit où le roi a peu de pouvoir. La constitution belge est considérée à l'époque comme une constitution très libérale où on y consacre la liberté de culte, d'expression et bien d'autres. A l'époque, la bourgeoisie flamande parlait essentiellement le français et la constitution ne reconnait comme seule langue officielle le français ce qui est une des origines des problèmes d'aujourd'hui. Il a fallu attendre le début du siècle dernier pour que le néerlandais soit reconnu langue officielle et que les flamands puissent être jugés dans leur langue.
La première question dite "communautaire" (qui a clairement montré la divergeance des opinions des deux cultures) est ce qu'on a appelé "La Question royale". Durant la 2e guerre mondiale, le roi des belges Leopold III a décrété la capitulation face à l'Allemagne contre l'avis du gouvernement ce qui fut considéré comme une trahison pour certains. Lors de son retour en Belgique après la fin de la guerre, les francophones demandent la fin de la monarchie et les flamands soutiennent le roi. Leopold III décide d'abdiquer pour son fils Baudouin Ier pour garder le pays intact et restaurer le calme.
Puis viennent des problèmes linguistiques, on décide alors de créer une frontière linguistique pour séparer la partie francophone, flamande et germanophone (héritée de la défaite de l'Allemagne). Ce fut un grand déchirement pour certains communes et on en ressent toujours les effets actuellement. Il reste néanmoins un écueil pour Bruxelles qui bien que située en Flandre a 90% de la population qui parle le français, elle obtient un statut bilingue. On invente le statut de communes dites à facilité où les habitants peuvent avoir un rapport dans leur langue même si la commune fait partie de l'autre territoire linguistique. Ces communes sont disséminées tout le long de la frontière linguistique. Un conflit mémorable nait dans une de ses communes situées en Flandre appelée Fourons où des extremistes flamands intimident les francophones à l'époque majoritaire dans cette commune. Il y a plusieurs incidents et violences dans la commune mais heureusement aucun mort. L'épisode néanmoins le plus célèbre de ses problèmes linguistiques fut l'expulsion des francophones de l'université de Leuven qui obligea les francophones à créer une ville universitaire à côté d'Ottignies appelé Louvain-La-Neuve
En ce qui concerne la communauté germanophone, il s'agit d'un ensemble de communes qu'on appelle "Les cantons de l'Est". Ce sont des communes que l'Allemagne a dû légué à la Belgique suite à la première guerre mondiale après la signature du Traité de Versailles. Elles sont toutes situées en province de Liège et ont comme principales villes Eupen, Malmédy et Saint-Vith. Il y a un gouvernement propre qui s'occupe de l'enseignement et de la culture germanophone mais également de certaines compétences que lui a donné récemment la région wallonne en ce qui concerne la tutelle sur les communes. Les germanophones votent pour des députés wallons et des députés siégeant à la communauté germanophone.
Puis vient la tendance régionaliste où les flamands veulent l'autonomie pour l'enseignement et la culture et les wallons veulent l'autonomie pour certaines compétences économiques. On crée alors trois entités fédérées appelées "communautés" qui gèrent la culture et l'enseignement sur base des 3 langues officielles et deux régions qui gèrent des compétences économiques (région flamande et région wallonne). La région bruxelloise obtient son statut plus tard suite à des dissensions sur sa superficie, elle contient maintenant 19 communes mais il existe autour de cette région 6 communes à facilité où habitent pour 4 d'entre elles une majorité de francophones.
La situation économique en Flandre devient florissante depuis les années 70 alors qu'en Wallonie on commence à fermer les charbonnages qui ont été la fierté de cette dernière. Aujourd'hui, la Wallonie a un taux de chômage très élevé surtout dans le Hainaut où il est à près de 20% alors qu'en Flandre, il tourne à certains endroits à 4% mais ne dépasse rarement 8%
Avec les années, le mouvement extremiste et séparatiste flamand dont les membres fondateurs sont des adorateurs des commandants SS monte en Flandre jusqu'à atteindre la barre de 30% dans certaines communes. Pour lutter contre cette hémoragie, les partis flamands ont décidé de pratiquer la politique dite du "cordon sanitaire" (terme utilisé dans l'élevage de cochon pour éviter la propagation d'une maladie). Le Vlaams Blok qui deviendra ensuite Vlaams Belang n'a actuellement jamais gouverné mais le "cordon sanitaire" montre ses faiblesses. Le chef de ce parti est devenu une star et il est régulièrement invité dans des débats avec les autres politiques sur toute sorte de sujet. Certains politiques minoritaires à l'heure actuelle ne cachent pas qu'ils gouvernaient bien avec.
En plus de ce parti aux idées extremistes et xénophobes, un autre mouvement démocratique séparatiste appelée la VolksUnie (l'union du peuple) représente 5 à 10% des voix mais des dissensions internes fait exploser ce parti dans les années 90 en deux mouvements : Spirit et la NVA. Spirit s'allie aux socialistes flamands du SPA et la NVA aux sociaux-chrétiens flamands du CD&V et une partie restante de la VolksUnie rejoint le parti libéral flamand, le VLD. La tendance séparatiste s'est donc disséminée dans tous les partis flamands démocratiques et depuis les dernières élections qui composent les parlements régionaux en 2005, tous les partis flamands forment un gouvernement avec comme seule opposition le Vlaams Belang et Groen (le parti vert qui ne représente plus que 2%).
Tout ce mouvement est aussi lié à une mauvaise politique des langues en Wallonie où le néerlandais a été délaissé et est toujours à l'heure actuelle mal enseigné. Les flamands sont bilingues voire trilingues mais si leur jeunesse l'est de moins en moins.
Depuis les décrets du gouvernement flamand envers les francophones de Flandre s'accumulent :
- une circulaire impose d'envoyer toute communication administrative des communes en flamand et un francophone devra à chaque fois demander explicitement la version en français. Précédemment une seule demande suffisait pour recevoir par la suite toutes les communications en français. Cette disposition ne concerne que 6 communes en périphérie de Bruxelles.
- l'interdiction de l'utilisation des noms de villes flamandes dans une autre langue que le flamand. Tous les panneaux bilingues ont été remplacées dans toute la Flandre et cela concerne également les noms de ville françaises qui ne sont affichées qu'en flamand. Dans certaines communes à facilité où les noms de rue doivent rester dans les deux langues on se retrouve avec une plaque "rue de Gent - Gentstraat" au lieu de "rue de Gand ou Gentstraat".
- l'obligation de connaitre la langue pour toute personne voulant postuler pour un logement social en Flandre. Le décret n'est pas très clair car certains parlent d'une obligation de formation à la langue suivant d'un examen avec si examen échoué une expulsion éventuelle du logement social.
- l'obligation de passer un examen pour pouvoir aller dans une école flamande ainsi qu'une formation obligatoire pour les parents qui y mettent leur enfant s'ils sont francophones
- l'obligation pour les conducteurs de bus wallons qui passent une partie du trajet en Flandre de parler flamand lorsqu'ils sont en Flandre.
- l'interdiction de livres en français dans les bibliothèques publiques flamandes
A côté de tout cela, il y a des anecdotes relatés ici ou là dans divers magazines :
- une offre d'emploi de la banque nationale belge exigeant d'être trilingue néerlandais, français, anglais mais en plus d'être né flamand
- les militants du TAC, un groupe extremiste flamand qui a mis plein d'affiches sur les vitres des écoles francophones dans des communes à facilité en Flandre incitant à faire fuir les francophones avec des mots peu respectueux.
- certains postes de direction dans certaines grandes entreprises demandent officieusement d'être quadrilingue néerlandais, anglais, français ET flamand (comme le flamand est un dialecte et n'est pas enseigné)
- une école flamande à Ypres a voulu créé une section d'immersion en français (certains cours donnés entièrement en français). Le tollé du Vlaams Belang a été telle dans les medias ainsi que le peu de soutien des autres partis politiques flamands qu'ils ont dû abandonner l'idée. Inversément, l'immersion en néerlandais a le vent en poupe en Wallonie depuis 5 ans.
- lorsque des journaux flamands ont parlé de la grève dans l'usine Volkswagen qui risquait la fermeture, certains ont caricaturé en disant que c'était à cause essentiellement d'ouvriers francophones qui devraient pas se plaindre selon eux vu le chômage qu'il y a en Wallonie.
Il faut aussi parler de la particularité de Bruxelles qui malgré une population d'environ 90% de francophones et 10% de néerlandophones doit respecter des quotas très stricts :
- au niveau de la justice c'est 50% pour les flamands de Bruxelles et 50% pour les francophones de Bruxelles. Le parquet francophone est celui qui a le plus de dossiers en retard dans tout le pays.
- les institutions bruxelloises doivent prendre toutes leurs décisions avec l'accord de la majorité des deux communautés linguistiques ce qui semble logique mais suite à une revendication flamande, il faut moins d'électeurs flamands pour élire un député bruxellois flamand que d'électeurs francophones pour élire un député bruxellois francophone. Le Vlaams Belang est le premier parti flamand à Bruxelles et paralyse un peu les discussions comme tous les autres partis politiques flamands à Bruxelles font partie du gouvernement bruxellois
Depuis le choc du 13 décembre, plusieurs initiatives ont eu lieu entre journaux de différentes communautés. La RTBF qui a fait le docu-fiction a commencé une série de débats dont le premier a eu lieu à Gand.
Ce débat à Gand a été enregistré 24h avant sa diffusion comme la RTBF se doutait d'éventuels problèmes avec certains invités du monde politique flamand et c'est ce qui s'est passé. Un peu avant le début de l'émission, tous les politiques flamands ont décidé de ne parler qu'en néerlandais car l'émission se faisait à Gand. Les artistes et les économistes flamands qui ont participé ont parlé en français. Je précise que l'émission n'était absolument pas diffusée en Flandre sur la chaine publique flamande. Le choc fut saisissant, tous les politiques flamands parlaient suivant les cas de régionaliser l'emploi (allocation de chômage, impôt sur société, conventions collectives, syndicats), la santé (la sécurité sociale), les allocations familiales, la justice tout en vantant les mérites de cette régionalisation pour le bien de la Wallonie. Si on regroupait tout, il ne reste en gros que les affaires étrangères et les retraites (la population flamande vieillit plus vite que la population wallonne) plus quelques petites compétences dans certains domaines au niveau fédéral. Il y avait de quoi tomber de sa chaise.
Les derniers propos du très probable futur premier ministre belge Yves Leterme qui dirige le plus gros parti de Flandre ne fait aucun doute. Il ne rentrera dans un gouvernement que si on répond à TOUTES ses exigences de régionalisation or mathématiquement lors des prochaines élections du 10 juin, on sait très bien que son parti ainsi que tous les autres partis flamands démocratiques devront gouverner ensemble puisqu'il faut voter 2/3 des voix pour faire des réformes constitutionnelles et que le Vlaams Belang représentera près d'1/3 des voix. Dernièrement, il n'a pas caché qu'il voulait transformer la Belgique en état confédéral (une étape qui mène au séparatisme d'ici quelques années).
Alors que des sondages récents montrent que ni les flamands ni les francophones à plus de 80% ne veulent de séparation, les politiques eux ont déjà décidé à la place de la population et je citerai pour finir une phrase d'un homme politique flamand qui résume bien cela "L'histoire a toujours montré que c'est une minorité qui a toujours décidé pour la majorité".
J'espère que cela vous éclaire sur la situation presque inéluctable vers laquelle la Belgique va.
Ce message a été modifié par billou - 31 mars 2007 à 11:51.










