Sarkozy = roi ?
Nicolas Sarkozy, c'est la promesse d'une "rupture" politique. Pour cela, attendons sa prise de fonctions. Mais depuis quatre jours, Nicolas Sarkozy, c'est déjà pour les Français une rupture de style. Qui pourrait imaginer François Mitterrand sortant du Fouquet's en petites foulées et jean délavé après sa victoire ? Qui pourrait concevoir un Jacques Chirac improvisant un karaoké géant place de la Concorde devant des milliers de partisans ? Qui pourrait visualiser Valéry Giscard d'Estaing faisant son jogging entouré de gorilles sur une île de Méditerranée ? Impossible. Or ces images du futur chef de l'Etat tournent en boucle depuis dimanche soir et vont imprégner progressivement les esprits. La France change d'époque, "pied au plancher", à l'image du rythme de vie trépidant de son futur président.
Il entend
illustrer une droite
décomplexée
et moderne,
"parvenue"
diront certains
Certains la regrettent peut-être mais la monarchie républicaine est morte dimanche soir. La dissimulation de la vie privée, la (relative) sobriété des goûts, la rareté de la parole publique étaient de mises chez les anciens présidents. Ainsi, François Mitterrand a caché pendant des années l'existence de sa fille Mazarine. Jacques Chirac a protégé scrupuleusement la vie privée de son petits-fils Martin, n'autorisant que récemment quelques clichés, de dos ou le visage flouté.
Sur leur train de vie, les anciens locataires de l'Elysée ont tous eu à cœur de ne pas trop dépasser la mesure, du moins en apparence. Certes, François Mitterrand était coutumier de séjours dans un palace égyptien, au bord du Nil, et son successeur fréquentait régulièrement de très grands hôtels en Asie ou dans les îles. Mais après avoir été épinglé l'été 2000 par Paris-Match pour des vacances luxueuses au Royal Palm (Ile Maurice), Jacques Chirac avait décidé de baisser la voilure et s'était replié sur le peu glamour fort de Brégançon (Var), résidence officielle de la République. L'Elysée n'avait pas commenté l'affaire.
Avec Nicolas Sarkozy, rien de tout cela. Fort d'une légitimité démocratique incontestable, le nouvel élu entend illustrer une droite décomplexée et moderne, "parvenue" diront certains. Au soir de sa victoire, il choisit le Fouquet's. Dès le lendemain, il s'envole en jet privé pour Malte où il passera trois jours sur un yacht prêté par son ami, Vincent Bolloré. La presse ironise, la gauche critique et certains de ses soutiens qualifient en coulisses l'escapade de "maladresse dommageable". C'est en plein jogging qu'il répond aux questions des journalistes : "Je n'ai pas l'intention de me cacher, je n'ai pas l'intention de m'excuser (...). Je souhaite pour l'économie française beaucoup de Vincent Bolloré".
Le sport
chez Sarkozy,
une école
de l'énergie et
de la volonté
D'une phrase, il brise un tabou ancré depuis si longtemps dans la culture politique française. Car pour le patron de l'UMP, l'argent n'est pas sale s'il est synonyme de réussite sociale. A ses amis qui s'interrogeaient sur l'effet dans l'opinion de l'exil fiscal de Johnny Hallyday, il lance : "Qu'est-ce que vous êtes conventionnels !", un gros mot dans la bouche du pourfendeur de la pensée unique. Et deux sondages indiquent que les Français sont peut-être en avance sur "les conventionnels" : ils sont une majorité à ne pas être choqués par les vacances dorées de Nicolas Sarkozy.
Le roi est mort, vive le président - manager ! Nicolas Sarkozy veut en effet faire bouger l'entreprise France. Dans sa campagne, il a souvent qualifié ses futurs homologues de "patron de l'Allemagne, patron de l'Espagne". Contrairement à ses prédécesseurs, le prochain locataire de l'Elysée veut incarner l'action et le pragmatisme, des valeurs anglo-saxonnes qu'il revendique. "Aux Etats-Unis, chacun à une chance de réussir s'il travaille dur, quel que soit son nom". Sarkozy l'Américain ? L'intéressé ne s'en offusque pas. Et enfile même régulièrement l'habit lorsqu'il fait son jogging, à la manière d'un Bill Clinton, arborant un tee-shirt aux initiales de la police new-yorkaise (NYPD) et des lunettes argentées. Le sport chez Sarkozy, une école de l'énergie et de la volonté. Il le répétera d'ailleurs au futur ministre de l'Education nationale...
Les Français ne font que commencer à découvrir le style de leur nouveau "boss". Un quinquagénaire fils et petit-fils d'immigré , boulimique de travail qui assume sa réussite et celle des autres, même tape-à-l'œil. Il est le premier chef de l'Etat français à n'avoir aucune attache provinciale. Avec lui, pas de scène de chasse giscardienne, pas de promenade mitterrandienne dans les forêts de pins landais ou d'amour chiraquien de la Corrèze. Nicolas Sarkozy est un enfant de la ville et de la télé. Il assume son amour de la culture populaire, des chansons de Johnny aux films de son ami Clavier. Celui qui prendra ses fonctions la semaine prochaine aime à sentir les Français, comme une star sent son public. Pendant cinq ans, la France va changer de visage, pour le meilleur ou pour le pire. La rupture est déjà en marche."
Brrrrrrrrr...











