Aller au contenu


Plume d'ange


  • Please log in to reply
9 réponses dans ce topic

#1 NumberX

NumberX

    Chercheur

  • Membres
  • 424 Messages :

Posté 03 juin 2007 à 02:09

Ceci est le témoignage d'une rencontre qui a eu lieu  entre le chanteur Claude Nougaro et un ange. C'est un des plus beaux channelings que je connaisse. Il est authentique. Il est vrai. Entre temps, le chanteur est mort. On ne sait pas ce que l'ange est devenu. Avec la magie du verbe de ses mots, le nègre blanc nous a laissé un témoignage sacré de cette flamme capable d'illuminer nos vies au sein des ténèbres de nos jours. Pour les tripes, l'âme et le coeur, pour tout çà et pour le reste, merci à toi, Claude...



Vous voyez cette plume?
Eh bien, c'est une plume... d'ange
Mais rassurez-vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.
Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l'air.
J'ouvre les yeux, que vois-je?
Dans l'obscurité de la chambre, des myriades d'étincelles...
Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grands ailes de lait.
Comme une flèche d'un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit:
"C'est une plume d'ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie.
Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange.
Adieu et souviens-toi: la foi est plus belle que Dieu."

Et l'ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d'extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps-là, je vivais pour les seins somptueux d'une passion néfaste.
J'allume, je la réveille:

"Mon amour, mon amour, regarde cette plume... C'est une plume d'ange!
Oui! un ange était là... Il vient de me la donner...
Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse...
Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir... le monde!"
La belle, le visage obscurci de cheveux, d'araignées de sommeil, me répondit:
"Fous-moi la paix... Je voudrais dormir... Et cesse de fumer ton satané Népal!"
Elle me tourne le dos et merde!

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l'Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidais mon sac biblique, mon oreiller céleste:
"Tu m'entends bien, André, qu'on me prenne au sérieux et l'humanité tout entière s'arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste.
A dégager! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent!"
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m'entraîna dans la cuisine et devant un café, m'expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos... L'air de la campagne... Avec les oiseaux précisément, les vrais!

Je me retrouve dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire? Que faire?
"Monsieur l'agent, regardez, c'est une plume d'ange."
Il me croit!
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s'aplatissent.
Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s'embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux!
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui-ci? La petite dame?
Et soudain l'idée m'envahit, évidente, éclatante... Abandonnons les hommes!
Adressons-nous aux enfants! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants... Oui, mais lequel?
Je marchais toujours, je marchais encore.
Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d'enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais... Le vent de mes pas feuilletait Paris...
Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent... Les escaliers de Montmartre.
Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses.
Faussement paternel, j'attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés.
Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l'école, une petite fille s'est arrêtée.
Dans la vive lumière d'avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle prend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j'ai suivi la boule brune et bouclée, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
A quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.

Le lendemain je revins à la sortie de l'école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s'appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l'aborder.
Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale?
Alors, qu'est-ce que je fais? Je me tue? Je l'avale, ma plume?
Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste?
Et puis un jeudi, je me suis dit: je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J'ai précipité mon pas, j'ai tendu ma main vers la tête frisée...
Au moment où j'allais l'atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s'est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau: "Suivez-nous."

Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich...
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r:
"Asseyez-vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles?
- Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m'a fait m'approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j'y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
- Fanny, j'en suis certain, m'aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c'était fini, envolé!
- Voyons l'objet, me dit le commissaire.
D'entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
- C'est de l'oie, ça..., me dit-il, je m'y connais, je suis du Périgord.
- Monsieur, ce n'est pas de l'oie, c'est de l'ange, vous dis-je!
- Calmez-vous! Calmez-vous! Mais vous avouerez tout de même qu'une telle affirmation exige d'être appuyée par un minimum d'en quête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s'occuper de vous. Gentiment hein? gentiment."

On s'est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l'on m'héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s'ébattent ou s'abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine.
C'est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban.
Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J'ai fini par m'approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd'hui, nous sommes amis. C'est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu'il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c'est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s'unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.

Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l'eau fraîche et limpide de l'intelligence alliée à l'amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, ils sort des noix, de grosses noix qu'il brise d'un seul coup dans sa paume, crac! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d'ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l'écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l'ange t'a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c'est lui, il est là, devant toi!
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
"Quel magnifique spécimen de plume d'ange, vous avez là, mon ami.
- Alors vous me croyez? vous le savez!
- Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s'y méprendre.
Je puis même ajouter qu'il s'agit d'une penne d'Angélus Maliciosus.
- Mais alors! Puisqu'il est dit qu'un homme me croyant, le monde est sauvé...
- Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
- Vous n'êtes pas un homme?
- Nullement, je suis un noyer.
- Vous êtes noyé?
- Non. Je suis un noyer. L'arbre. Je suis un arbre."

Il y eut un frisson de l'air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l'épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l'ange malicieux qui m'avait visité.
Tous les trois, l'oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps...
Le fou rire, quoi!


http://www.frmusique.../plumedange.htm


Image IPB

#2 napo

napo

    Chercheur de lumière

  • Modérateurs
  • 2 836 Messages :
  • Genre : Femme
  • Localisation : Belgikistan

Posté 03 juin 2007 à 06:55

Je me souviens très bien de ce texte :bravooo:  :bravooo:
Nous l'avions étudié au cours de français au lycée. Une pure merveille. Raconté par Nougaro, c'est un vrai régal :D

Comment comprends tu le dénouement ?
La vérité est un pays sans chemin (krishnamurti)

#3 Prosodie

Prosodie

    Chercheur de vérités

  • Membres
  • 1 344 Messages :
  • Genre : Femme

Posté 03 juin 2007 à 09:24

:D  La symbolique du noyer c'est l'Arbre Prophète (chez les Grecs anciens)... alors lisez, lisez...

Tout n'est que symbole, et lui le savait parfaitement, compte-tenu des études qu'il pratiquait en fraternité.... Rires..

:humhum:  :humhum:  :humhum:
Toute âme est une mélodie qu'il convient de révéler . St. Mallarmé

#4 ishtar

ishtar

    Chercheur de vérités

  • Modérateurs
  • 1 560 Messages :
  • Genre : Ne souhaite pas le dire

Posté 03 juin 2007 à 09:46

merci  :D

à chaque fois que je vois un petit bout de plume duveteux virevolter je souris aux anges ,rassurée de ce clin d'oeil la journée me parait plus douce

que cette journée vous soit aussi douce que la plume de l'ange  :calin:

#5 Dam

Dam

    UFO addicted

  • Membres
  • 429 Messages :
  • Localisation : Poitou

Posté 03 juin 2007 à 10:11

.. et 'Les dialogues avec l'ange' ?  :ange:

http://www.onnouscac...ic.php?p=283472

#6 Prosodie

Prosodie

    Chercheur de vérités

  • Membres
  • 1 344 Messages :
  • Genre : Femme

Posté 03 juin 2007 à 10:55

:D  Je préfère, pour ma simple part, le Dialogue avec l'Ange qui ne semble pas une planche, un travail, mais un ressenti - vécu - à moins que je ne me trompe.

L'approche est totalement différente.

L'une est volontairement poético-rêveuse, tandis que l'autre, est ou serait une approche de l'essence même du Ciel (essentielle ), donc rien à Voir.

L'un se disait le "Poéteux ", et là-haut cela lui sera décompté, l'autre ne disait rien de Lui, ne se pensait rien, sinon une passerelle de compréhensions...

Cela dit, ça ne vaut que pour moi. - j'ai bien bonnu le 1er !!!

Bonne journée à Vous tous. :humhum:  :humhum:  :humhum:
Toute âme est une mélodie qu'il convient de révéler . St. Mallarmé

#7 Akany

Akany

    Confirmé

  • Membres
  • 35 Messages :
  • Localisation : 77

Posté 03 juin 2007 à 18:46

Je trouve que c'est un très beau texte, en effet, mais rien ne m'a vraiment indiqué qu'il s'agissait d'une réelle expérience de l'artiste... je prends plutôt ça comme une belle façon de penser, et il est certain qu'il peut être utile de se pencher dessus.  :D

Ce message a été modifié par Akany - 03 juin 2007 à 18:46.


#8 météore interne

météore interne

    chercheur du sol

  • Membres
  • 1 131 Messages :
  • Localisation : japon

Posté 03 juin 2007 à 19:30

peut on croire a une preuve physique de la foi ?
la foi c est quant meme arrive a croire sans aucune preuve , c est pour ca qu il ce retrouve dans un asile , non ?

#9 feduloji

feduloji

    Chercheur d'idées

  • Membres
  • 623 Messages :
  • Genre : Femme

Posté 03 juin 2007 à 19:34

Numberx,

Citation

Avec la magie du verbe de ses mots, le nègre blanc nous a laissé un témoignage sacré de cette flamme capable d'illuminer nos vies au sein des ténèbres de nos jours.
Ce texte m'avait émerveillée quand je l'ai lu ado. c'était en cours de français, comme quoi, il y a quelques perles , au milieu de la lourdeur de l'éducation nationale.

A cette époque, Claude Nougaro mettait des mots et de l'espoir sur ce que je ressentais au plus profond de moi, sans pouvoir l'exprimer. J'en ai encore des frissons.

ce texte est très riche en symboles, et il me touche d'autant plus que Nougaro parle avec ses tripes, avec sa pâte d'homme, d'homo erectus.

Citation

Comment comprends tu le dénouement ?
Napo, à propos du dénouement, il m'a longtemps ( j'avais peut-être 15 ans quand je l'ai découvert ) laissée sur ma faim ( et sur ma fin aussi  finalement :piout: ).
çà me rappelle notre solitude implacable au milieu des hommes, même dans les moments les plus enchantés.  :cpasmafaute:

Cette rencontre vécue avec l'ange, comme les clins d'oeil divins qui nous touchent parcimonieusement dans la vie de tous les jours, sont tellement intimes et profonds, qu'on ne peut les partager complètement, même avec le plus sûr des amis ou notre compagne ou compagnon .

Finalement, il trouve enfin quelqu'un qui reconnait sa plume d'ange au moment où il ne s'y attend plus, et ce quelqu'un n'est pas tout-à-fait homme, car considéré comme fou, et il se prend pour un arbre.... C'est comme dans la vie, on trouve souvent quand on arrête de chercher, et au moment et dans le lieu où on s'y attend le moins.

La foi ne peut venir que de notre intériorité, pas de l'extérieur, et on ne peut la communiquer aux autres....

le fou rire à la fin , c'est génial, ce moment de complicité entre un homme, un fou et un oiseau , reliés par le coeur !

et en tant qu'amoureuse des arbres, j'ai cherché quelques symboles du noyer et du cèdre :

Le cèdre est un arbre millénaire, résistant, symbole de persévérance et d'éternité. Dans l'astrologie celtique, il symbolise la confiance. Le nom latin du cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodara) dérive du sanscrit devadara («arbre des dieux»).

Merci Prosodie, je ne connaissais pas ce symbole du noyer, j'avais sutout entendu parler de ses influences néfastes pour qui dort sous un noyer. J'ai donc cherché un peu plus loin, et j'ai trouvé çà : Le nom botanique du noyer, Juglans regia rappelle que le noyer était consacré à Jupiter. Le Noyer était dans l'Antiquité le symbole de la fécondité.


Citation

peut on croire a une preuve physique de la foi ?
bonne question ...la plume est le symbole matériel le plus juste de notre lien avec "le divin", elle fait rêver les enfants, mais la foi  est en soi, elle ne se prouve pas.

Ce message a été modifié par feduloji - 03 juin 2007 à 19:46.


#10 NumberX

NumberX

    Chercheur

  • Membres
  • 424 Messages :

Posté 03 juin 2007 à 20:16

napo, le Dimanche 03 Juin 2007 07h55, dit :

Je me souviens très bien de ce texte :bravooo:  :bravooo:
Nous l'avions étudié au cours de français au lycée. Une pure merveille. Raconté par Nougaro, c'est un vrai régal :D

Comment comprends tu le dénouement ?

A vrai dire, je ne crois pas avoir jamais essayé de le "comprendre" ? :cogite:  La poésie, c'est comme la musique. Telle note tombe à point parce que c'est la seule et unique dans tout l'univers qui doit se placer là... et nulle part ailleurs. C'est de l'art, déjà de la transcendance, de la pure intuition comme tu l'aime tant, Napo !   :calin: Cela dit, on peut se questionner, c'est pas interdit non plus. Mais ce fou rire final, c'est bien la meilleure preuve du vécu... Et souviens-toi: la foi est plus belle que Dieu.  :aureole7:  
  

:D