Bonjour à tous,
Voici des échanges, il est vrai, un peu complexes. Le temps d'une réflexion, et de mûrir une réponse, et je reviens parmi vous.
jean-yves, le Mardi 05 Juin 2007 17h03, dit :
Tu as certainement raison d'aller jusqu'au bout de ta recherche et je suppose que ce post vient à la suite des échanges que nous avons eus il y a quelques jours [...]
Oui, en partie suite à notre échange, mais cela fait quelques temps que je m'intéresse pas mal à la philosophie, pas tout, loin s'en faut, mais j'aime ce vieux thème culture/nature. Je me prends souvent à dire : ceci est naturel, ceci est contre-nature, etc., mais on m'a souvent reproché de ne pas avoir de définition de la nature. C'est ce qui m'a amené à développer ces réflexions.
jean-yves, le Mardi 05 Juin 2007 17h03, dit :
Pas facile de suivre ton raisonnement et surtout de voir l'idée essentielle qu'il dégage... Tu appelles "nature" tout ce qui issu du subconcient par opposition à "culture" pour tout ce qui est le fruit de la pensée humaine ???
Ce que je voulais montrer, c'est qu'une définition opératoire de la nature n'est possible que dans une perspective et psychanalytique et sociobiologique, la philosophie, quant à elle, ne pouvant dire que tout et son contraire sur la question, et donc,
in fine, rien de bien fécond, sur ce sujet.
Malkuth, le Jeudi 07 Juin 2007 02h41, dit :
Par contre je comprends pas ta démarche regbar. Tu dis qu'il n'y a plus de distinction nature/culture, mais tu t'empresses de la réintroduire, et ce d'après moi uniquement pour parler de la nature humaine ensuite, en excluant l'interdépendance que celle ci a avec la culture.
La mort de la distinction nature/culture qui n'était qu'un énième morcellage cartésien du tout, oblige à penser la nature humaine en rapport avec la culture, le biologique et le social [...]
Comme dit plus haut en réponse à Jean-Yves, l'un des objectifs de ma réflexion était de montrer que la philosophie ne peut rien démontrer, elle ne reste qu'un
a priori. La philosophie débouche sur un cul-de-sac sur la question, car l'Homme étant issu de la nature et en faisant partie intégrante, tout ce que fait l'homme ne peut qu'être naturel. Je propose donc la psychanalyse et la sociobiologie, car finalement, je considere que ce sont des angles d'attaque beaucoup plus prometteurs que la philosophie Pour moi, savoir ce qu'est la nature est surtout de l'ordre du ressenti, de la connaissance de ses instincts premiers, et non pas de la spéculation intellectuelle.
nexus11, le Mardi 05 Juin 2007 15h36, dit :
Bonjour regbar,
D'accord avec toi sur l'avion et les centrales nucléaires, mais pas sur les animaux qui ont également une culture, qui se transmettent leur savoir-faire, leurs outils et pas seulement chez les primates, aussi chez les oiseaux, les loutres, les dauphins, bref tous les animaux sociaux ont une culture à un niveau plus ou moins développé [...]
Brenda, le Mardi 05 Juin 2007 15h48, dit :
premiere faille dans le raisonnement, la notion que la culture est la propre de l'homme.
Certaines des aptitudes qui definissent la culture au sens propriete exclusive de l'humain sont en fait partagees par les animaux--l'usage et l'acquisition d'outils chez les primates, l'existence de langages animaux sophistiques, une forme primitive de coscience de soi car l'animal se reconnait dans un miroir, des comportements altruistes, etc.
Il existe donc des manifestations embryonnaires de culture humaine chez certains animaux et le fosse entre H et A n'est en fait qu'une continuite [...] De meme, il n'est nullement exact de pretendre qu'une organisation sociale de type collectiviste est contre nature. Beaucoup de societes animales sont de type economiquement collectiviste, et on pourrait dire que c'est plutot l'individualisme capitaliste qui est humain/culturel.
Ma définition de la nature et de la culture ne sont que convention de langage. J’ai supposé que l’intellect est le propre de l’Homme, qu’il n’existe pas chez les animaux. Cela est bien possible, comme cela est peut-être faux. La notion que la culture est le propre de l'Homme est attaquable, car effectivement, comme vous le dîtes bien, certaines des aptitudes qui définissent la culture au sens de ce qui serait propriété exclusive de l'Homme sont en fait partagées par les animaux, comme le montrent l'éthologie, que vous évoquez avec raison.
Elle montre notamment l'existence de langages animaux sophistiqués, une forme primitive de ce qui semblerait être une conscience de soi, car l'animal se reconnaît dans un miroir. Mais est-ce là une preuve de l'existence de la conscience chez les animaux autres que l'Homme ?
Tout ceci implique la définition du terme conscience, à partir duquel j'ai bâti toute ma définition de la culture en opposition à la nature, qui relèverait de la partie de nous qui précède la conscience. Beaucoup de philosophes se sont cassés les dents sur la définition de la conscience.
Entre les deux propositions « l'Homme est le seul être à posséder une conscience », « l'Homme n'est pas le seul être à posséder une conscience », comment trancher ? Est-ce de la science ? Ou n'est-ce pas plutôt de la métaphysique ?
La proposition « tous les cygnes sont blancs » est une proposition scientifique, car réfutable : il suffit en effet de voir un cygne noir pour réfuter cette proposition.
« Tous les cygnes sont blancs » est une proposition réfutable. C'est-à-dire qu'elle est mise sous une forme telle qu'elle peut être réfutée : si vous voyez un cygne noir, cette observation réfute la proposition « tous les cygnes sont blancs ». Cela ne signifie pas que les propositions scientifiques sont réfutées, mais qu'elles sont réfutables.
Par contre, les propositions « l'Homme est le seul être à posséder une conscience » et « l'Homme n'est pas le seul être à posséder une conscience » sont-elles des propositions scientifiques ? Elles sont peut-être bien plutôt métaphysiques, si aucune observation ne peut les réfuter. Ce sont toutes deux des propositions irréfutables, il me semble, en tous cas, je me pose la question.
Je ne dis pas qu'elles sont vraies (puisqu'il y en a bien une de fausse), mais qu'elles ne peuvent pas être réfutées, alors que la proposition « tous les cygnes sont blancs » peut être réfutée par des observations (de cygnes bleus, noirs, etc.).
L'exemple du cygne blanc est de Popper, et il est un exemple canonique en épistémologie pour différencier la science de la métaphysique :
http://fr.wikipedia..../Réfutabilité
http://www.liberaux....tle=Karl_Popper
Pour revenir à votre message, dans certaines disciplines scientifiques, sociobiologie, éthologie, anthropologie culturelle, la société humaine est placée, comme société plus complexe et plus sophistiquée, en continuité, et non en opposition, des sociétés
animales.
Ces études soulignent que nous trouvons des ordres sociaux reposant sur des systèmes complexes de règles de comportement chez des animaux situés très bas dans l'échelle de l'évolution. La littérature éthologique, en particulier, soutient que la sélection naturelle a progressivement abouti à un certain ordre, délimitant des territoires, délimitant des « propriétés », établissant des ordres de prééminence entre les individus, etc.
Ainsi, les allusions de la littérature consacrée à la cognition animale sur l'existence de « droits de propriété » chez certains animaux (écrevisses, rouge-gorges, etc.) ne peuvent être considérées comme simplement métaphoriques :
http://www.cahiersps...que_3/R3SR1.htm
La culture existe bel et bien chez les animaux, si on définit celle-ci comme un ensemble de règles de conduite partagées dans une communauté, et qui permettent de produire une relation d'ordre entre individus. Voir à ce propos les travaux de Dominique Lestel
Les Origines Animales de la Culture. Voici un petit extrait, si cela vous intéresse :
Citation
« Les éthologues appuient leurs travaux sur une conception de la culture qui tourne autour de quelques notions clefs : celle de variations comportementales entre groupes sauvages qui ne peuvent être expliquées ni par l'écologie de ces groupes ni par leur génétique, celle d'imitation ou celle de tradition - plus largement celle d'apprentissage sociale. [...]
La nature des communications entre membres du groupe n'est jamais réellement prise en compte. Des phénomènes comme celui de l'interaction avec d'autres espèces ou celui de la gestion de la violence sont discutés ailleurs. Comparer les sociétés animales et les sociétés humaines s'appuie sur la conviction que l'on sait clairement de quoi on parle ; est-ce vraiment le cas ?
« Existe-t-il une différence de degré et non de nature, entre les comportements de l'homme et ceux du chimpanzé ? (.) Que signifie la notion de degré ici ? L'homme lit. Le chimpanzé lit-il moins ? (.) Il existe de nombreuses postures intellectuelles dans ces débats qui n'ont d'autre intérêt que la situation de leur producteur dans un espace professionnel. (.) « Deux positions sont tout particulièrement difficile à tenir. La première stipule que les cultures humaines sont, par nature, différentes des cultures animales. La deuxième considère qu'il existe seulement des différences de degré entre elles. Une troisième thèse, plus réaliste à mes yeux défend l'idée quelles ont une origine commune, mais qu'elles sont séparées par des différences intrinsèques de même nature que celles qui séparent une société de fourmis et une société de chimpanzés.
Les différences entre les deux types de culture appartiennent à une même logique évolutionniste mais elles ont des caractéristiques radicalement étrangères les unes aux autres. Rien ne justifie d'attribuer aux cultures humaines un statut spécial, alors qu'un statut particulier est largement suffisant. Autrement dit l'irréductibilité des cultures humaines aux cultures animales est la seule position qui soit satisfaisante en toute rigueur mais cette reconnaissance des particularités des cultures humaines ne justifie aucunement leur « sortie » des procédures suivies par l'Évolution naturelle. Il est donc possible de renvoyer dos à dos ceux pour qui il n'existe que des différences de degré et non de nature entre cultures humaines et cultures animales et la position de l'anthropologue Kroeber pour qui un fossé infranchissable sépare les unes des autres. Le fond du problème réside bien plutôt dans l'extrême difficulté que nous avons à penser la diversité du vivant et dans notre propension à transformer une différence de nature à l'intérieur du vivant en différence de nature en dehors du vivant.
L'homme n'est pas sorti de l'état de nature mais il en a exploré avec succès une niche extrême au même titre que la faune des profondeurs sulfurées de l'océan.
Néanmoins, rien ne prouve, selon moi, que les animaux sont dotés d'un intellect. La question, c'est comment le prouver ou le réfuter ? Question épineuse...
nexus11, le Mardi 05 Juin 2007 16h25, dit :
Juste une nuance sur le collectivisme animal qui en souvent un égoïsme naturel caché, l'altruisme va toujours plus vers nos proches génétiques, donc nos autres nous-même (ou en partie), sans parler du fait qu'un troupeau est aussi une sécurité pour l'individu.
Chez les abeilles, la proximité génétique entre sœurs est de 100%, autant dire qu'une ruche est pleine d'une seule abeille et qu'il est normal qu'elles travaillent ensemble...
http://ethologie.uni.../2005_01_28.htm
D'ailleurs le collectivisme pure n'a jamais existé chez l'humain, puisque seule des dictatures individualistes ont vu le jour, l'individualisme étant tout à fait naturel mais destructeur sur le long terme si il est trop exlusif (la preuve) car ce sont les individus les plus coopératifs qui survivent le mieux, ceux qui sont trop individualistes sont rejetés ou tués par le groupe.
Je parlais du marxisme, pas de l'altruisme, qui a une composante mécanique (ou naturelle, selon la définition que j'ai donné à ce terme plus haut, c'est-à-dire la partie de nous qui précède la conscience), et comme vous l'avez démontré avec vos liens.
En ésotérisme, on parle de
sentiment, à ce propos. Le sentiment est en effet parfaitement naturel, ce qui, d'ailleurs, est reconnu aujourd'hui, notamment par la psychologie évolutionniste, une discipline prometteuse, qui devrait prendre de l'ampleur dans les années et décennies à venir, et selon la sociobiologie, ou encore, l’éthologie. Selon certaines études, l'amour est fait pour que l'enfant soit protégé, jusqu'à qu'il soit assez fort pour vivre seul (car la nature le fait ainsi qu’il devra forcement quitter ses parents un jour) :
http://www.psycholog...cle.cfm?id=3430 (extrait) :
Citation
« ce mécanisme est ancré dans nos gènes, c’est un programme génétique. Le comportement amoureux est né, chez l’homme, de la nécessité d’assurer la reproduction de l’espèce. Dans un monde où seuls les plus forts survivaient, il fallait protéger les bébés. Pour survivre, l’enfant a besoin de deux parents. Car un parent tout seul ne peut à la fois le surveiller, l’abriter, aller chercher à manger et se défendre contre les prédateurs. Or, le seul phénomène qui puisse obliger les deux parents à rester unis est l’amour. »
Pour moi, amour et altruisme relève d'une seule et même chose : le sentiment, au sens ésotérique du terme (soufisme, gnose, notamment).
Le sentiment est donc naturel, c'est important de le dire. Mais avec le développement de l'intellect humain, il devient alors culturel, donc n’est plus naturel dans la culture, c'est-à-dire qu’il nous éloigne de la situation naturelle où l'Homme doit disposer entièrement de sa force pour servir l'espèce dans les meilleures conditions naturelles possibles.
Le sentiment, à ce stade, n'est alors plus naturel, car toute culture qui l’impose au-delà du naturel permet à l'Homme, ou voire même l’oblige, à ne plus utiliser la force, et donc l'amène vers une paresse, que tout Homme prend naturellement, puisque nous préférons tous la paresse à l'effort.
C’est ce que nous constatons à notre époque avec le marxisme, qui est, pour moi, le signe que nous vivons actuellement la fin d'un cycle de civilisation. C’était d’ailleurs l’un des objectifs de mon message d’ouverture sur ce fil : donner matière à réflexion sur l’évolution des civilisations.
Je vois que l’Homme se prend pour quelque chose au dessus de la nature, alors que je pense, pour ma part, comme je le dis dans mon premier message, que la nature agit sur l’évolution des cultures. Nous savons que tout est impermanent sur Terre, ce qui signifie que la civilisation l'est aussi. Elle finit donc, tôt ou tard, par s'incliner, entraînant dans le tourbillon de sa chute beaucoup d'Hommes qui s'y accrocheront, parce qu'ils croient en ses valeurs ! Je pense que le début d’un nouveau cycle de civilisation se marque par une prise de pouvoir par la force d'une culture plus naturelle sur une culture en fin de vie comme la nôtre.
Il est facile d'observer l’existence de ce cycle actuellement. On peut de plus en plus constater que beaucoup d’Hommes ne se satisfont plus de notre société, par trop sophistiquée par une culture, qui, avec le temps, nous a éloigné de nos racines naturelles.
Notre culture qui décline va laisser la place, après conflit, à une culture naissante, ou à une culture déjà existante, moins coupée de l'Homme en tant qu'être naturel. Certains sur ce forum (je pense à Angel of Death, par exemple) savent que selon certaines sources, la guerre la plus sanglante que l'humanité aura connu nous attend !
Ce qui est révélateur à ce propos, c’est que ceux qui admettent l’imminence de cette guerre inéluctable, croient qu’elle aura lieu pour des raisons économiques, géopolitiques, sociologiques. Or, pour moi, c’est une croyance erronée. Je pense que la guerre qui nous attend est un réflexe naturel (inconscient) de vouloir échapper à sa culture, par trop coupée de la nature humaine, pour la remplacer par une culture plus naturelle (mais en prétextant des motivations économiques, sociologiques, etc.). Pour moi, les Hommes (individuellement ou collectivement) poursuivent des fins conscientes (économiques, morales, sentimentales, etc.), mais chacun des actes qu’ils mènent pour parvenir à ses fins sont sous-tendus par une téléologie, une téléologie immanente à l'histoire humaine, celle de la perpétuation de l’espèce, ce qui suppose donc d’accepter la nature des choses.
Mais les Hommes ne peuvent pas obéir directement à la nature, car leur intellect, leur raison, leur permet de s’expliquer la nature, avant même de la comprendre, et cela, ils ne peuvent le supporter. Ils inventent donc des cultures. Mais l’explication de la nature les perturbe. Elle crée le mensonge, qui naît avec la naissance du langage. D'une position naturelle basée sur la vérité première, la force, on est passé à celle de la sournoiserie, celle du mensonge.
Avec la culture, l'Homme s'est mis de plus en plus à mentir. Mensonge, qui, perpétué au fil des siècles, s’est normalisé, l’Homme culpabilisant de plus en plus sur sa nature humaine, qu’il méprise, tant il a fini, à force de vivre dans le mensonge, par ignorer que c’était la sienne !
Cette culpabilité amene l’Homme, inconsciemment, à encourager l’hypocrisie. Il ne veut pas s'avouer qu'il est mauvais, il se dit bon. Il ne veut pas s’avouer qu’il est barbare, il se dit humaniste. Il ne veut pas s'avouer qu'il est égoïste, il se dit altruiste. Il croit ainsi être sincère, mais il ment. Au fil des siècles, le mensonge a tellement imprégné les esprits, qu'aujourd'hui, l'Homme ne sait même plus qu'il vit dans le mensonge, il croit mordicus en sa sincérité.
Mais pour moi, ce qu'on appelle sincérité est, en réalité, refus de voir la réalité, parce qu'elle est trop brutale. Et dans son tréfonds, tout Homme le sait bien. Aussi se ment-il à lui-même chaque fois qu'il prétend ne pas vouloir perdre sa sincérité.
J’aime beaucoup ce passage extrait d’un site internet évoquant la lucidité cathare :
http://philippe.anna.../pessimisme.htm (extraits)
Le catharisme
Citation
La nature est cruelle. Elle respire le meurtre. Elle ne vit que du sang des êtres vivants. Mais seul l’homme est capable de l’immonde et de l’abjecte. Notre lucidité nous incite à ressentir le plus profond mépris pour l’espèce humaine […]
L'humanité est exécrable, c'est une évidence. L’homme, pour Pio Baroja (1872-1956), s’agite entre un millimètre au-dessus du singe et un centimètre au-dessous du porc. Pourtant de nombreux individus que nous côtoyons nous semblent mériter notre confiance et paraissent même parfois animés des meilleures intentions. Comment expliquer alors que la somme de toutes ces bonnes volontés n'arrive pas à améliorer les choses ? La seule explication possible c'est que tous ces individus mentent. Tous les hommes mentent : l'homme politique, le syndicaliste, le chef d'entreprise, le commerçant, le prêtre, l'imam, le rabbin, l'instituteur, le professeur, le philosophe, l’écrivain bien sûr, le policier, le juge, l'amoureux, le père, la mère, l'enfant… Pas un ne dit la vérité pure et simple parce que la vérité n'est jamais pure et jamais simple. C’est tellement plus facile de mentir alors que la vérité demande efforts et prise de risques. Toute relation sociale ne peut être basée que sur l'hypocrisie, comme tout homme qui n’accepte pas la totalité de son Être est obligé de mentir […]
« Dès l’aurore, dis-toi d’avance : aujourd’hui je rencontrerai un indiscret, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste » (Marc Aurèle [121-180]). La vérité fait peur aux hommes, elle les angoisse. Ils préfèrent se voiler la face, plutôt que de la laisser révéler les contradictions du conditionnement social […]
Le Mal est le point central de la nature de l'homme. « Je savais que le monde avait toujours été et serait toujours tel qu’il était à présent. Ce que les moralistes appelaient le mal était en réalité l’ordre des choses. » Certains possèdent la volonté de faire le mal. D'autres n'ont pas la volonté de faire le mal, tout simplement parce qu'ils ont peur du retour de bâton. Ils se croient bons alors qu'ils ont simplement peur. Ils prêchent et pratiquent la bonté tant qu’ils sont faibles, tant qu’ils sont éloignés du pouvoir. Dès qu’ils s’en sont emparés, le pouvoir les corrompt et ils n’ont de cesse que d’en abuser. La vengeance est le sentiment naturel de l'homme, le pardon l'expression magnanime de sa lâcheté […]
« Ne cherchez pas à séparer le bon grain de l’ivraie, en arrachant l’ivraie, vous risqueriez d’enlever aussi le froment » (Matthieu 13-30). Lorsque Jésus dit qu’il est venu pour accomplir les Ecritures, ne se réfère-t-il pas plutôt au Dhammapada, les « paroles du Bouddha » qu’à l’Ancien Testament qui est tellement aux antipodes de son message de compassion, d’amour et de tolérance ? La compassion bouddhique est objective, basée sur l’observation de la nature des choses qui détermine une théorie immuable et logique des causes et des effets. Elle n’a pas de valeur sociale qui est toujours relative, impermanente et fonction des raisons changeantes du cœur, de l’époque et du lieu. Elle a donc peu de choses à voir avec la pitié enseignée par l’Eglise et qui fait appel à la sensibilité, et même le plus souvent à la sensiblerie, quand ce n’est pas encore une façon de gonfler son ego […]
J’adhère entièrement à cette idée que tout Homme n’accepte pas la totalité de son Être, il est obligé de mentir. Si, par exemple, nous pouvons aujourd’hui apprendre davantage sur la nature de l’être humain, pourtant, nous en avons peur. Nous détestons nous rappeler que nous sommes des animaux. La vérité non dénaturée nous est une nourriture indigeste. L’ouvrage de Darwin a été fustigé à l’époque, par la morale chrétienne en particulier, nous le savons tous. De même, plus récemment, la psychanalyse a beaucoup choqué, parce qu’elle a fait éclater au grand jour l'hypocrisie de la morale puritaine. Rien n’a changé aujourd’hui, comme en témoigne les réactions affectives très négatives que suscite la sociobiologie, souvent regardée par les tenants de la morale égalitariste, comme une sorte de « fascisme biologisant ».
A présent, l’opposition ne provient plus tant de la morale religieuse, en déclin depuis de nombreuses décennies, que d’une idéologie ruisselante d’humanisme débridé, utopique, contre-nature. Les marxistes d’aujourd’hui, et plus largement, les humanistes en tous genre – je ne parlerai même pas des féministes les plus extrêmes -, me font doucement sourire, car ils ne se rendent absolument pas compte à quel point leur moral n’a absolument rien de plus légitime qu’une autre : elle ne reflète qu’un conditionnement culturel. Depuis que l’humanité existe, nous vivons sous le diktat de diverses cultures, du christianisme au marxisme, en passant par le féodalisme, patriotisme, mercantilisme, fascisme, progressisme, humanisme, maints noms d’oiseaux se terminant en « isme », et bien d’autres encore, qui font l'apologie de certaines valeurs morales (solidarité, honneur, fidélité, liberté, égalité, fraternité, et j’en passe), et chacun est convaincu d’être dans le bien.
Et cela ne peut être autrement, c’est l’histoire même de nos civilisations : les nazis étaient convaincus d’être dans le bien, les gardes rouges de la révolution culturelle étaient convaincus d’être dans le bien, les religieux sont certains d’être dans le bien, les capitalistes sont certains d’être dans le bien, etc. Les différentes sociétés engendrent des individus à chaque fois certains de leur bon droit. C'est toujours la même rengaine.
En ce qui me concerne, je préfère m’affranchir de la morale, respecter les règles de la société, mais intérieurement demeurer libre, ne pas être dupe, car il vaut mieux qu'un homme se trompe lui-même, plutôt que d'être trompé par tous, ne sachant plus en définitive et petit à petit, par qui et comment.
Si une personne vivant en Corée du Nord me dit qu'elle se sent libre, je l'accepte, même si je sais que cela est faux, tout comme je fais semblant de croire les Occidentaux, même si je sais que c'est faux aussi. Tout n'est qu'une notion de culture, faut se mettre un peu en retrait de la culture pour pouvoir l'analyser. La culture, la moralité, quelqu’elle soit, c’est une prison en soi. Toutes les cultures se valent les unes les autres, puisqu’elles sont toutes fausses.
Le vrai, c’est la nature. Or, nos sociétés arrivent à un tel degré d’éloignement de la nature que tout est réuni pour les prémices d'une guerre, nécessaire et inéluctable pour conduire à la fin d’un cycle de civilisation.
Je suppose que certains d’entre vous ont entendu parlé du passage de l’Ere des Poissons à l’Ere du Verseau, qui s’opère. Pour moi, il y a plusieurs signes qui ont marqué le début du déclin de l’Ere des Poissons, la philosophie des Lumières au XVIIIème siècle, le début de la marxisation croissante des esprits, depuis le XIXème siècle, en passant par le matérialisme poussé depuis la Révolution Industrielle.
PS : dans une perspective nietzschéenne (auteur que je n'ai pas lu), la morale n'est qu'un frein employé par les faibles, qui ont choisi la facilité, et qui culpabilise les forts. Je suis entièrement d'accord avec cette idée si Nietzsche parlait là de la morale non naturelle, c'est-à-dire celle inventée par l'Homme avec son intellect.
On m'a conseillé de lire Julius Evola, est-ce une bon complément à mon exposé ?
A bientôt,
Regbar,