« Il y a une subtile différence entre le mot anglais "vérité" et le mot japonais ma-koto. Dans le monde d'aujourd'hui, ce que l’on appelle "la vérité" est quelque chose que l’on considère comme objectif — une réalité qui doit être atteinte en la visant. Je sens que sont présentes ici des influences trop académiques, qu’il y a trop d'intellectualisme au lieu d’une attitude sincère d’un être dans un engagement absolu avec un mystère inconnu, divin.
Le mot japonais ma-koto (vérité) est également difficile à définir ou expliquer. Il est dérivé de koto, qui peut être traduit à partir des caractères chinois pour y comprendre aussi la notion de "vérité", accompagnée de l'idée d'un "événement". Il évoque un écho survenant entre un être unique et un autre. Un exemple de ceci, serait la réaction d'un être humain à un pétale de rose flottant dans la lumière du soir. Voyant la rose, je la reçois tout simplement en moi-même et la reconnais comme un koto. La rose me parle comme un vrai mot, qui peut être reconnu comme étant un "mot-événement".
Un mot-évènement pourrait être ensuite traduit en un mot-idée, afin d’être introduit dans notre conscience, mais les mots-idées ne peuvent jamais réellement remplacer les mots-événements. En ce qui concerne son origine, un mot-idée est lui-même un mystère. C'est quelque chose qui est conçu en nous face à un mot-événement. Nous appelons cela un "concept". Il porte en son sein un écho du mot-événement qui le produit.
Le mot japonais hito (homme ou être humain) est la combinaison de hi (feu ou esprit) et de to (rester ou résider). Hito est donc l’être où réside le feu ou l'esprit. Ce genre de réalité, celle d’un concept, est différent d'un concept pouvant être manipulé logiquement, sans référence direct au "mot-événement" originel — par exemple, parler d'une "patte de poulet", qui pourrait être une patte droite ou une patte gauche ou les deux pattes. Ce type de "mot-idée" ne peut exister que dans nos esprits sans aucune référence concrète et spécifique.
Lors de nos rencontres et de nos échanges, l’attitude et la manière d'être d'une personne sont nécessairement impliqués. Koto est en effet révélée dans une personne en fonction de sa manière d'être et de son attitude. Koto se révèle d’autant plus profondément que la personne est plus profondément centrée sur elle. Ainsi il y a une demande de "plus de koto réel". Ma signifie "vrai" ou "réel". Ma-koto porte toujours, je crois, un écho de cette demande sous-jacente. C'est la raison pour laquelle ma-koto est exprimée en caractères japonais comme un mot sans trait d'union, c'est-à-dire, "sincérité". Une personne et son attitude sont une. Il y a une unité entre eux. Les deux sont inséparables.
Makoto peut parvenir à être vraie seulement lorsque nous sommes devenus tout à fait simples et sincères. Ce qui nous arrive dans nos périodes de profond silence. Le mot Makoto en lui-même ne pointe vers rien dans son énonciation, ce qui peut être présent chez le pauvre d'esprit, ou chez quelqu'un dont les bouddhistes diraient : "Il est devenu comme Bouddha" et est baigné de Lumière Divine.
De tels gens baignés dans le silence pourront alors peut-être rencontrer un jour une nouvelle ma-koto ou makoto, et découvrir la "Main" ou la "Parole" de Dieu à travers cette nouvelle expérience. Sans la compréhension de cette ultime réalité, toute discussion théologique est vaine. Les "mots-idées" peuvent nous avoir aidés à prendre conscience de l’ultime réalité, mais le centre de celle-ci sera toujours dans la "vérité de la Parole-Évènement de Dieu". Donc notre travail d'évangélisation consiste essentiellement à faire avancer notre petit bateau dans les profondeurs de l'être de Dieu, pour rencontrer la Main (Parole) de Dieu avec plus de réalité, et à approfondir notre propre engagement en faveur de la Foi. Dieu agit par notre simplicité. N'est-ce pas là notre foi ? »
Vincent Shigeto Oshida, extrait de Evangelization and Inculturation, traduit par mes soins.
« Plus de koto réel »…
Commencé par
Regbar
, 05 déc 2009 à 12:03
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