Retour sur les évènements de Davos, c'est-à-dire de Landquart (40 km de Davos), Fideris (20 km de Davos) et de Berne.
Tout ceci est mon témoignage, accompagné d'infos prises dans le quotidien genevois Le Courrier, qui était le seul à mes yeux à décrire correctement les évènements. L'hebdomadaire dimanche.ch est totalement à côté de la plaque, ou alors trop influencé par son choix politique pour être objectif, Le Matin pose un article neutre et bien, mais pas assez précis, quand aux autres quotidiens il me reste de la lecture à faire
La manifestation prévue par le canton des Grisons, organisée par l'Alliance d'Olten, a été autorisée, le samedi 25 janvier, début à 13h30.
La police avait annoncé un dispositif qui s'occuperait de contrôler l'identité des manifestants. Une "liste noire" dont les noms resteraient secrets permettrait d'arrêter sur le champ les indésirables à cette manifestation. Le Parti Socialiste a accepté ces mesures, l'Alliance d'Olten les a refusées, sous prétexte que les sans-papiers ont aussi le droit de manifester sans contrainte, et que non seulement la liste noire pourrait servir à arrêter des manifestants alétoirement (les noms étant tenus secrets) mais ces contrôles pourraient constituer une base de données de n'importe quel manifestant dans le but de criminaliser celui-ci. Le mot d'ordre était le refus du contrôle d'identité.
Arrivée à Fideris du Syndicat de l'Industrie et du bâtiment, arrêt du car par la police Genevoise (qui s'était spécialement déplacée avec la police allemande, à Landquart et Fideris), qui a voulu contrôler l'identité des manifestants. Suite à leur refus, ils ont procédé simplement à une fouille aléatoire des sacs, puis ont laissé passer les manifestants. Même méthode pour les trains montés en fin de matinée à Davos.
De cette façon, et d'autres par le contrôle d'identité (PS), 2000 manifestants ont pu rejoindre Davos.
Environ un milier de manifestants de Genève, Lausanne, Yverdon, Fribourg, Neuchâtel arrivent à Landquart, où 2500 autres manifestants, de Suisse allemande et d'autres pays attendaient le départ à Davos.
Descriptif de "l'enclos" de Landquart: 100 mètres en largeur, du bord de l'autoroute au parking de la gare, 300 à 400 mètres de longueur à partir d'un pont à 50 mètres de la gare à 250 mètres sur la continuation de la ligne ferroviaire. Autoroute (sur la droite à 50m en arrivant à la gare) protégée par des barbelés en spirale de 1m50 de haut, effectif de 30 à 40 policiers; entrée de la gare (rails), même type de barbelés tout le long plus une vingtaine de policiers; sur la gauche, d'un immeuble d'habitation jusqu'au bout du parking: grillages (2m de haut pour l'immeuble, 50 centimètres le reste) et effectif de 150 policiers environ. Malheureusement je n'ai pas été au bout des lignes de train pour voir comment la sécurité était assurée là bas, mais en gros, la police encerclait tout le site, empêchant qui que ce soit de sortir du périmètre...ils étaient disposés sur toute la longueur à 50 cm d'espace entre chacun...
4 trains ont été remplis, beaucoup attendaient encore. Suite aux nouvelles de Fideris, un train aurait pu passer sans le contrôle d'identité. Alors la décision est prise, l'accord est fait avec la police, nous acceptons le passage de policiers et juristes dans les wagons, pour des fouilles de sacs aléatoires.
Le premier train part, un autre arrive et se rempli immédiatement (des manifestants attendaient encore sur le quai). L'attente devient insupportable, depuis l'arrivée à 12h15 rien n'avance, et il est déjà 14h.
Des nouvelles de Fideris: après avoir fait descendre une partie des manifestants des rames pour permettre l'entrée de la police et les fouilles, ces manifestants sortis du train sont priés de passer par les portails (un système de contrôle installé par la police genevoise) pour le contrôle des identités. Les organisateurs présents (groupe Anti-OMC) décident de faire demi-tour, le mot d'ordre était de refuser le contrôle des identités, soit tout le monde passe, soit personne ne passe, par solidarité. (infos obtenues au téléphone par anti-omc genève)
A Landquart, il est 15h, les nouvelles de Fideris annoncent déjà qu'il n'y aura pas de manifestation à Davos pour les 3500 personnes présentes. Les trains se vident. Indignés, une partie des manifestants bloquent d'abord un train en partance pour Zurich, puis l'idée du blocage de l'autoroute se propage.
Les anarchistes les plus effervescents se lancent, se servent de planches de bois et de plastique et de tout ce qu'ils trouvent pour passer par dessus les barbelés. Quand l'accès est créé, la police réplique, tirant des balles de caoutchouc. Alors ce que la police a voulu provoquer depuis le début (par la séparation des manifestants entre Davos, Fideris, et Landquart, sans parler de ceux bloqués sur l'autoroute) a été fait, les affrontements venaient de commencer. D'un côté, une vingtaine de punks (ils étaient cagoulés, mais bon...) munis de boucliers en planches de bois ou d'autres moyens du bord ont commencé la bataille de cailloux et boules de neige (!?) contre les policiers (qui étaient 30 ou 40 et qui ont appelé des renforts), balles en caoutchouc et gaz lacrymogène. A noter le comportement malveillant de la police envers les photographes et cameramen (on a reçu des lacrymos!!). Un des leaders du mouvement anarchiste des "cagoulés" est par la suite arrivé avec des feux d'artifice. Au début ces feux étaient tirés en l'air, puis suite à des blessures chez quelques manifestants, aux mains et à la tête, ils se sont mis à tirer DANS les policiers, et non plus au dessus. La police fait usage des canons à eau (6 camions mis à disposition par la police allemande, 2 présent à Landquart, 4 à Davos, qui ont été rapatriés à Landquart au moment des affrontements)
De l'autre côté, au parking, un milier de manifestants font la fête, dansent (plusieurs groupes sont venus déguisés et avec des instruments de musique), crient leurs slogans devant l'effectif policier et la population locale, curieuse pour une partie et méprisante pour une autre. Certains manifestants et même Le Courrier ont utilisé le mot "zoo" pour décrire la situation de Landquart.
Le train revenant de Fideris s'arrêtent à 400m de la gare de Landquart, les portes s'ouvrent et des odeurs de gaz lacrymogènes envahissent les wagons, les manifestants sortent coincés entre rail et autoroute, puis la police charge, canons à eau et lacrymos, la dispersion est réussie. Rassemblement à l'entrée du village, la police permet aux 500 manifestants de rejoindre les miliers déjà présents à la gare. Manifestation sur place. (selon Le Courrier, j'ai vu uniquement leur arrivée à la gare et la suite)
A 16h30 l'espoir est définitivement perdu, les faux accords des policiers avaient annoncé le dénouement, personne n'est monté à Davos et il était trop tard. Décision d'une manifestation à Berne, contre l'état policier (en fait, contre le coup monté pour empêcher la manifestation).
20h45, arrivée à Berne. En plus des 1000 romands revenant de Landquart, 500 suisse allemands attendaient dans le hall central de la gare. Sortie imminente, direction le palais fédéral, où le droit à la liberté d'expression sans contraintes serait requis. Une marche qui ne durera pas longtemps. Toutes les rues sont bloquées par la police (395 policiers au total, selon Le Courrier). Suite au lancement d'un feu d'artifice en l'air (!), la police charge: d'un nombre indéterminé de lacrymogènes (sûrement 15-20, et beaucoup plus violents que ceux de Landquart), tout le monde, y compris piétons, et clients des transports publics et de la gare, sont dégagés de la Banhofplatz. Une agression injustifiée, et sans cible exacte si ce n'est n'importe quelle personne se trouvant dans un rayon d'un peu plus de 50m. Tout le monde se réfugie à la gare, puis les manifestants rentrent. Les anarchistes les plus effervescents (les punks, on a compris) partent en "mission", casser le plus possible...affrontements avec la police (jusqu'aux alentours de minuit, selon Le Courrier) et beaucoup de dégâts dans le quartier de la gare.
En fait on venait juste d'assister au résumé de toute une journée. Le droit à la manifestation n'existe plus. Je reste encore perplexe face à la réaction de la police bernoise...j'avais du retard sur le cortège, j'avais mis mon appareil photo et mon sac dans un casier à la gare, puis j'ai été aux toilettes...je sors de la gare en mangeant un sandwich, et hop, gaz lacrymogènes...en voyants les flics courir vers nous je me suis réfugié à la gare aussi, j'avais pas envie de me faire arrêter ni tabasser.
Sans vouloir justifier les violences, il y a un moment où la patience n'y est plus. Les habitants et responsables de la gare de Landquart sont contents. Aucun dégât n'est à déplorer. C'est seulement à Berne et suite à un geste incompris de la police bernoise que les casseurs sont sortis pour leur "fête". Après une journée où on les a fait tourner en rond, où les autorités savaient déjà que les manifestants seraient dispersés et que les 2/3 n'arriveraient jamais à Davos, pour une manifestation AUTORISEE. Les membres de l'Alliance d'Olten présents à Davos ont rendu au maire l'autorisation de manifester, selon Le Courrier.
Citation d'un manifestant hollandais "les gens honnêtes n'ont pas besoin de barrières"
otherkin, frustré lui aussi
Ce message a été modifié par otherkin - 27 janvier 2003 à 18:03.










