Un complot consiste à renverser le pouvoir en place, or les gens qui ont de l'influence et qui ont du pouvoir ne cherchent pas à se renverser eux-mêmes. Cela n'a pas de sens. Ils cherchent simplement à défendre leurs avantages pour les conserver le plus longtemps possible voire les augmenter. D'autre part, les projets des élites sont publiés, mais ils ne sont simplement pas diffusés sur les média de masse. Il ne s'agit donc pas vraiment d'un secret non plus.
En clair, l'expression "théorie du complot" est piégeuse, elle nous incite à défendre ce que nous disons comme un complot, alors que cela n'en est pas un. Un exemple emblématique de pouvoir cherchant à rester au pouvoir est celui des Etats-Unis (en fait, des élites des Etats-Unis). On peut citer Georges Kennan, qui a écrit en 1948 dans le Policy Planning Study 23 du gouvernement américain :
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Nous avons environ 50% des richesses mondiales mais seulement 6,3% de la population. Cette disparité est particulièrement importante entre nous [les Etats-Unis] et les peuples d'Asie. Dans cette situation, nous ne pouvons manquer d'être l'objet de l'envie et du ressentiment. Notre tâche réelle dans la période à venir est de concevoir un ensemble de relations qui nous permettront de maintenir cette position de disparité sans réel détriment pour notre sécurité nationale. Pour ce faire, nous devrons nous dispenser de toute sentimentalité ou rêve éveillé ; et nore attention devra être concentrée partout sur nos objectifs nationaux immédiats. Nous ne devons pas nous faire d'illusions que nous puissions nous permettre le luxe de l'altruisme et du bienfait mondial.
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Les médias se sont imposés comme un pouvoir clé car ils se sont attribués la représentation de l'opinion publique. En se l'attribuant, ils la façonnent. Or nous sommes dans une société où la principale force politique est l'opinion. Cette dictature de l'opinion ouvre un boulevard à l'influence des médias.
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La création du consentement n'est pas un art nouveau. Il est un très ancien et était supposé disparaitre avec l'apparition de la démocratie. Mais ce n'est pas le cas. La technique de cet art a, en fait, été énormément améliorée, parce qu'elle est à présent basée sur l'analyse plutôt que sur des règles approximatives. Ainsi, grâce aux résultats de la recherche et psychologie, associée aux moyens de communication modernes, la pratique de la démocratie a effectué un tournant. Une révolution est en train de prendre place, infiniment plus significative que tout déplacement du pouvoir économique.
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L'Amérique devenant une société de plus en plus multiculturelle, il risque d'être plus difficile de façonner un consensus en terme de politique internationale, sauf dans le cas de la perception d'une menace extérieure directe et massive.
Il me semble donc que nous allons vers une mondialisation du système de propagande qui fonctionnait déjà nationalement, les Etats-Unis jouant bien sûr un rôle important. Ces derniers sont en effet concernés, puisqu'ils mettent en place la "démocratie" dans les pays stratégiques, à savoir notamment les pays ayant des ressources en pétrole (surtout au Moyen-Orient et en Asie Centrale) et des ressources en eau (surtout en Amérique Latine). Le but n'est pas de pourvoir les Etats-Unis en pétrole, mais simplement de contrôler les ressources et de les taxer.
Une question se pose, bien sûr. Faut-il avoir peur de la mise en place d'une dictature plus directe, à la place de la "fabrication du consentement" avec les média ? En 1975, la Commission Trilatérale publia un rapport intitulé Crisis of Democracy dont l'introduction commence ainsi :
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Est-ce que la démocratie est en crise ? Cette question est posée avec un urgence croissante par certains des dirigeants de l'Ouest, par des éditorialistes et des spécialistes, et, si les sondages d'opinions sont fiables, même par le public. [...]
Le rapport qui suit n'est pas pessimiste. Ses auteurs croient que, dans un sens fondamental, les systèmes démocratiques sont viables.
Le rapport qui suit n'est pas pessimiste. Ses auteurs croient que, dans un sens fondamental, les systèmes démocratiques sont viables.
Eh bien malgré l'échec du référendum européen, la prise de pouvoir par les grandes entreprises est assez réussie. La Commission européenne est devenue la voix des lobbies, représentés par José Manuel Barroso, et "l'américanisation" de l'Europe est en cours. Par exemple, le forum européen des services (European Services Forum, ESF) est une organisation rassemblant des multinationales européennes de services créée en avril 1999 afin de fournir à la Commission européenne des recommandations pour les négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce, c'est-à-dire pour l'AGCS. En gros le but est de libéraliser le maximum de services partout dans le monde, c'est-à-dire transformer les services publics en marchés pour les entreprises privées pour augmenter les profits des multinationales européennes ou autres. Il y a également le marché transatlantique, qui entrera complètement en application en 2015.
La libéralisation (c'est-à-dire la privatisation) des services publics entraîne une baisse du niveau de vie pour les non-riches, qui se fait progressivement, en même temps que le « pouvoir d'achat » baisse également pour les produits et services payants. Le problème n'est pas qu'il existe des entreprises privées, mais que les services publics soient privatisés. Par ailleurs, il se développe une forme de gouvernance non démocratique, constitué du sommet des pyramides sociales, notamment le sommet des multinationales. Les partis représentant ce mouvement sont l'UMP et le PS. Dans cette voie, il y a une concentration du pouvoir dans les mains des élites capitalistes dominantes.
Parallèlement, afin de gérer les aspirations sociales, on canalise les mouvements de gauche vers le communisme, c'est-à-dire la nationalisation et la gestion collective de toutes les entreprises. Il s'agit d'un excès dans l'autre sens, à savoir la négation de la propriété privée. Les partis représentant ce mouvement sont le Front de Gauche, le PC et le NPA. Dans cette voie, il y a une concentration du pouvoir dans les mains des élites politiques dominantes.
D'un côté, il y a donc la propriété privée sans limite qui grignote tout y compris les services publics, et de l'autre il y a la négation de la propriété privée. Cette opposition sert à effacer une chose : la régulation de la propriété privée. En effet, il est possible, et c'est ce que je propose, de limiter de permettre la propriété privée tout en la limitant, par exemple en limitant le capital maximum qu'un individu peut détenir, et de permettre les entreprises privées tout en gardant des services publics pour assurer le bien commun.










