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Si je reprend le principe de ne pas appliquer aux autres ce que je n'aimerais pas que l'on me fasse à moi-même...
Et je n'aimerais pas naître aujourd'hui.
On a beau dire, les années 80 c'était quand même bien mieux !
Et pourtant dans les années 80 on dressait déjà aux enfants et aux jeunes un tableau d'avenir très sombre. Même dans le système scolaire, au niveau des orientations, on nous "préparait" à la crise, et je me souviens très bien avoir entendu le même genre de discours (que ce qui nous pendait au nez quoiqu'on choisisse, serait le chômage, qu'il fallait trouver un sens à sa vie autre que celui du travail car les valeurs étaient en train de se modifier, que nos conditions de vie seraient très difficiles), à tel point que lorsque le speech fut terminé, je m'étais demandée si le speech suivant ne nous ferait pas la liste du moyen de se suicider le plus doux.
Je me souviens aussi à cette époque, des années 80 (qui était la période de contre-crise pétrolière) de jeunes adultes déclarer qu'ils ne voulaient pas faire d'enfants dans ce monde pourri (et puis bien plus tard certains d'entre eux eurent quand-même des enfants donc certains éléments ont du les faire changer d'avis).
Donc la déception de découvrir que le monde n'est pas le paradis qu'on s'imaginait n'est pas une nouveauté.
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Regretteront-ils d'être venus au monde sur une Terre en perdition ?
Personnellement je me suis longtemps dit et depuis toute petite que je m'étais trompée de planète et que j'avais atterri sur Terre par erreur... Je m'octroyais donc la responsabilité de ce choix mais même, je suppose que toi comme tant d'autres avez entendu nombres d'enfants exprimer qu'ils n'avaient pas choisi de naitre dans ce monde pourri et demander à leurs parents pourquoi ils leur avaient fait ce sale coup là.
Pour ce qui est des valeurs transmises, là dessus je reste vraiment dans le doute ; je pense qu'on ne transmet pas forcément ce qu'on a l'intention de transmettre. Qu'en fait, ça ne se passe pas comme si un ordinateur téléchargeait des données bien précises dans un nouveau petit ordinateur tout neuf.
Pour exemple, une amie qui depuis de nombreuses années pratique bio et écolo et médecine holistique, en a même fait un métier, et qui a vu ses propres fils, devenus jeunes adultes, se taper des macdo à gogo, l'un d'eux faire d'énormes conneries, l'autre verser dans un système traditionaliste "bien-sous-tous-rapports"... et puis au fil du temps, des rencontres et de leurs propres prises de conscience, ils ont changé, brisé les habitudes qu'ils avaient mises en place.
J'ai aussi entendu une copine parler de son oncle comme d'un exemple de sagesse à suivre et un modèle pour ses choix de vie, en précisant qu'il n'a jamais cherché à ne rien transmettre, à ne rien prôner, c'est seulement sa manière de vivre qui l'avait touchée.
D'ailleurs inutile de chercher chez la copine, moi j'ai grandi dans un milieu athée où surtout mon père a tenté de me transmettre ses valeurs de rationalisme, matérialisme, et la passion paternelle des mathématiques, calculs, comptes... alors qu'aussi loin que je me souvienne (4 ans et moins) je portais en moi des valeurs sur la métempsychose, me suis passionnée pour nombre de religions... avec la case des maths complètement endormie.
Je ne peux apporter de réponses à ta question, du fait même de mon propre vécu face à la naissance de mon enfant (vu que je n'avais pas eu le temps de me poser la question) mais j'ai l'impression (corriges-moi si je me trompe) que tu t'exprimes du côté du parent, puisque tu te projètes en tant que tel, ce qui est normal, c'est à dire de celui qui "offre" quelque chose à l'enfant (un monde, des valeurs, un foyer stable, un avenir), avec les craintes que ce soit un cadeau empoisonné vu le contexte actuel, seulement, du côté de l'enfant, il n'y a pas qu'un rôle de récepteur. Que ce soit avant sa naissance, ou au fil de sa vie d'enfant, ado, jeune adulte, il a (du moins en potentiel) un rôle d'acteur, de sujet, et ce qui me dérange dans ce type de questionnement, c'est la part de fatalisme, comme si tout était déterminé à l'avance.
Ensuite, je crois qu'il y a toujours une petite part d'égoïsme et je dirais : heureusement ! Faire un enfant par sacrifisme sans y chercher une once de bonheur personnel, quelle lourde charge pour l'enfant ! Aussi, en faire pour trouver un sens à sa vie doit être assez lourd à porter comme responsabilité pour l'enfant.
De toutes façons, je crois qu'on en fasse ou pas, on aura toujours l'impression de "rater" quelque chose. Ceux qui n'en ont pas eu pourront penser avoir loupé une expérience, tandis que les autres auront une longue liste de tout ce qu'ils estiment avoir loupé par rapport à l'idéal d'éducation qu'ils projetaient d'avoir et de réussir une fois qu'ils se retrouvent... dans le bain.