Salut
Dans le dernier n° du Monde Inconnu ils racontent qu'il y a un type qui est apparu en rêve à plus de 2000 personnes. Un portrait robot a été fait et ça correspond !
Avez vous plus d'infos, et pourquoi ce type apparaitrait ?
ça pourrait être un voyageur du futur qui essayerait de passer un message !
@+
NT
Un "hanteur de rêve" apparait à 2000 personnes !
Commencé par
Neotrouve
, 20 jun 2010 à 23:28
8 réponses dans ce topic
#1
Posté 20 juin 2010 à 23:28
"Il y a toujours un bug dans la Matrice"
signé Neotrouve, Webmaster du site du même nom c'est à dire sans pub pour mon site
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#2
Posté 20 juin 2010 à 23:54
ça ne serait-ty pas le grand monarque ?
ou je ne sais plus qui , il devait se présenter au monde et donner des interviews a la télé et par message télépathique ...
ha oui voila c est maitreya avec binjamin creme ... http://www.onnouscac...es-de-sagesses/
2000 personnes c est un peu vachement éloigner du nombre de la population mondial , c est un peu léger , non ?
ou je ne sais plus qui , il devait se présenter au monde et donner des interviews a la télé et par message télépathique ...
ha oui voila c est maitreya avec binjamin creme ... http://www.onnouscac...es-de-sagesses/
2000 personnes c est un peu vachement éloigner du nombre de la population mondial , c est un peu léger , non ?
#3
Posté 21 juin 2010 à 00:05
Tu ne mets aucun lien donc peut-être que je me trompe, mais je suppose que c'est de ça que tu veux parler
:
http://www.thisman.org/
Ils en ont d'ailleurs tiré un film. Je colle là le pitch pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler :
http://www.thisman.org/
Ils en ont d'ailleurs tiré un film. Je colle là le pitch pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler :
Citation
THIS MAN « suit un homme ordinaire découvrant que des gens qu’il n’a jamais rencontrés ne cessent de le voir dans leurs rêves. Il doit désormais découvrir pourquoi il est la source de cauchemars d’inconnus tout autour du monde ». Un pitch plutôt enthousiasmant. Dans le communiqué officiel, Ghost House, la société de Raimi, assure que THIS MAN est tiré de faits réels et pour produire le projet, la firme aurait acquis les droits d’un site web italien monté par le sociologiste Andrea Natella, thisman.org.
Un site prétendant qu’entre 2006 et 2010, plus de 2000 personnes dans le monde ont rêvé d’un même visage. Une curiosité récurrente assez effrayante (surtout que le visage en question est ultra flippant) remarquée au départ par un psychiatre. « En janvier 2006, à New York, un patient dessine à son psy le portrait d’un homme apparaissant constamment dans ses rêves et lui donnant des conseils sur sa vie privée. (…) Plusieurs jours après, un autre patient remarque le dessin et assure voir lui aussi le même visage dans ses rêves. Le psychiatre décide d’envoyer le portrait à certains de ses collègues et en quelques mois, quatre patients reconnaissent le visage ». Sauf qu’évidemment, tout ce ci est faux et seulement une expérimentation de Natella, spécialiste de la sociologie du marketing. Un « canular », qui toutefois, n’a pas encore été démenti…
Source : Cinema Teaser
Un site prétendant qu’entre 2006 et 2010, plus de 2000 personnes dans le monde ont rêvé d’un même visage. Une curiosité récurrente assez effrayante (surtout que le visage en question est ultra flippant) remarquée au départ par un psychiatre. « En janvier 2006, à New York, un patient dessine à son psy le portrait d’un homme apparaissant constamment dans ses rêves et lui donnant des conseils sur sa vie privée. (…) Plusieurs jours après, un autre patient remarque le dessin et assure voir lui aussi le même visage dans ses rêves. Le psychiatre décide d’envoyer le portrait à certains de ses collègues et en quelques mois, quatre patients reconnaissent le visage ». Sauf qu’évidemment, tout ce ci est faux et seulement une expérimentation de Natella, spécialiste de la sociologie du marketing. Un « canular », qui toutefois, n’a pas encore été démenti…
Source : Cinema Teaser
Aimer d'abord, et Aimer fort.
Si cela ne marche pas : Aimer plus fort encore…
Remlug
Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.
Voltaire (dixit Evelyn Hall)
Si cela ne marche pas : Aimer plus fort encore…
Remlug
Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.
Voltaire (dixit Evelyn Hall)
#4
Posté 21 juin 2010 à 00:11
Dans cet article, ils traduisent (du site www.thisman.org) la naissance du phénomène:
http://www.staragora...et-homme/357712
http://www.staragora...et-homme/357712
Do what must be done, do not hesitate.
#5
Posté 21 juin 2010 à 00:50
Neotrouve, le 20 juin 2010 à 23:28, dit :
Dans le dernier n° du Monde Inconnu ils racontent qu'il y a un type qui est apparu en rêve à plus de 2000 personnes. Un portrait robot a été fait et ça correspond !
Avez vous plus d'infos, et pourquoi ce type apparaitrait ?
ça pourrait être un voyageur du futur qui essayerait de passer un message !
Avez vous plus d'infos, et pourquoi ce type apparaitrait ?
ça pourrait être un voyageur du futur qui essayerait de passer un message !
Apres avoir lu les retranscriptions des rêves, ce gars n'a en aucun cas une action positive. C'est plutôt un squatteur de rêve et un manipulateur.
#6
Posté 21 juin 2010 à 08:29
Merci pour ces compléments d'information
oui j'avais pas de liens, juste lu rapidement le magazine mais ça m'avais interpellé. Donc effectivement plutôt un squatteur...
@+
NT
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#7
Posté 21 juin 2010 à 09:37
Sur le moment ça m'a fait l'effet d'une campagne de marketing viral. En fait, nous n'en sommes pas loin...
Comme le précise l'article déniché par boo, le site thisman.org est en effet celui d'un certain Andrea Natella. Je trouve que c'est intéressant de creuser cette piste qui nous amène (sans chercher très loin, ce qui signifie qu'il ne s'en cache pas vraiment) à découvrir que nous avons affaire à un sociologue également spécialisé en marketing.
Voici par exemple un article écrit par ce monsieur et traduit en français :
Source : http://www.cairn.inf...E=MULT_025_0169
Comme indiqué dans l'article, il dirige actuellement l'agence de communication guerrigliamarketing.it
En voici la présentation en italien :
Je ne parle pas couramment l'italien mais je le comprends en partie. Avec l'aide d'outils de traduction, voilà ce que ça donne :
Comme le précise l'article déniché par boo, le site thisman.org est en effet celui d'un certain Andrea Natella. Je trouve que c'est intéressant de creuser cette piste qui nous amène (sans chercher très loin, ce qui signifie qu'il ne s'en cache pas vraiment) à découvrir que nous avons affaire à un sociologue également spécialisé en marketing.
Voici par exemple un article écrit par ce monsieur et traduit en français :
Citation
Aux origins de l’usage subversif du canular en Italie
AuteurAndrea Natella du même auteur
Sociologue et expert en marketing vivant à Rome. Il a été l’un des animateurs de la scène culturelle alternative italienne en participant à divers projets télématiques hors normes, ainsi qu’au projet Luther Blissett, puis au collectif d’ufologie radicale Men in Red et à plusieurs initiatives éditoriales de nature politique. Il anime actuellement le groupe Guerriglia Marketing, une agence de communication non conventionnelle (www.guerrigliamarketing.it).
Au cours du mois d’août 1975, les principaux industriels et éditorialistes italiens reçurent un livre étrange, à tirage très limité et dont chaque exemplaire était numéroté à la main. L’ouvrage, signé sous le pseudonyme de Censor, s’intitulait Véridique rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie [1].
suite. L’auteur laissait entendre qu’il était un membre éminent de la classe dirigeante et qu’il se risquait à cette analyse critique et lucide afin de préserver le capitalisme pénin- sulaire d’un grave affrontement avec le monde ouvrier. En guise de solution à ce problème, il suggérait une implication accrue du Parti communiste italien dans la gouvernance du pays dans le but d’ins- taurer un contrôle optimal de la classe ouvrière. Les grands quotidiens d’information accordèrent un très vif intérêt à ce pamphlet, s’éton- nant du cynisme avec lequel les dirigeants nationaux se préparaient à affronter la crise, tout en s’interrogeant sur la véritable identité de l’auteur du libellé.
Quelques mois plus tard, Mursia, une grande maison d’édition d’obédience libérale, décida de republier le livre en l’accompagnant d’un bandeau de couverture accrocheur et interrogatif : « Qui est Censor ? Un conservateur éclairé ? Un réactionnaire cynique ? Une personnalité de gauche cachée derrière un nom de plume ? »
Il s’agissait bel et bien d’un canular. L’auteur du texte n’était autre que Gianfranco Sanguinetti, l’ultime rescapé des nombreuses vagues d’exclusion perpétrées par Guy Debord au sein de l’Internationale situationniste. Par un de ces surprenants paradoxes que cultivait le système politique italien, le PCI s’avérait effectivement être un acteur majeur du maintien de l’ordre bourgeois capitaliste tout en étant tenu à l’écart d’une participation formelle au pouvoir. Le texte de Censor ne faisait que rappeler crûment cette vérité sur un ton dénué de tout préjugé moral.
Ce canular situationniste constitua une sorte d’avant-première à des pratiques qui devinrent assez courantes à partir de 1977 au sein de la culture contestataire italienne. Jouer du paradoxe et pratiquer l’usage du faux a été, en effet, l’une des grandes particularités du style mao-dadaïste de Radio Alice et du mouvement des Indiens métropolitains durant le soulèvement étudiant de Bologne. Apparu en 1978 et vendu en kiosque jusqu’en 1982, l’hebdomadaire satirique Il Male, issu de cette mouvance, s’affirma rapidement comme l’un des plus beaux exemples d’usage politique du canular. Ce journal faisait de la publication de fausses éditions et de fausses affichettes de quotidiens l’une de ses spécialités. Son pastiche du Corriere della Sera annonçant le débarquement des extra-terrestres au Mexique ou celui de La Repubblica avec pour manchette « La troisième guerre mondiale a commencé » font aujourd’hui partie de la légende. La parution de journaux factices contenant la soi-disant nouvelle de l’arrestation de l’acteur Ugo Tognazzi accompagnée de photos le montrant menottes aux poings et encadré par des carabiniers fit encore plus de bruit. Dans de pareilles situations, le faux finit par produire des effets réels et les gens sont alors conduits à s’interroger sur les conséquences d’événements qui n’ont pourtant pas eu lieu. Tel fut le cas en 1978 lors de la publication, toujours par Il Male, d’un faux numéro du Corriere dello Sport qui titrait : « Annulation de la Coupe du Monde : l’Italie et l’Argentine doivent rejouer la finale ! ». Quelques heures durant, la nouvelle paralysa la ville de Rome. Les rédacteurs d’Il Male ont appelé cet effet « l’aspect holographique du faux » ; la production d’un court-circuit de l’information qui dévoile les mécanismes de fonctionnement du système médiatique.
La tradition de canular politique qui a précédé la naissance, en 1995, du projet Luther Blissett en Italie est donc assez longue. L’idée première de ce projet fut la création d’un nom multiple, une entité fictive que quiconque pouvait endosser pour prendre la parole et s’exprimer en dissonance avec le panorama politique et médiatique dominant. La production de supports et de contenus dans ce cadre fut abondante : deux transmissions radiophoniques (l’une à Bologne, l’autre à Rome), de nombreux livres, articles et publications, des chansons et des disques, des créations artistiques… jusqu’à l’apparition incongrue du nom de Luther Blissett sur des affiches, sur divers documents ou encore dans des génériques d’émissions de télévision. Luther Blissett a été un immense canular, qui a permis la démultiplication des pratiques politiques collectives. Luther Blissett a été un canular sachant s’incarner aussi dans une prolifération infinie de canulars. Son fondement canulardesque fut l’occasion pour des centaines de personnes de sensibilité proche de se rencontrer et de se reconnaître dans un positionnement paradigmatique. Chaque acte de communication provenant de n’importe quel Luther Blissett a toujours été suivi de sa négation farceuse, établissant systématiquement une faille dans le rapport entre le vrai et le faux. Ainsi, l’analyse publiée par Euripses en 1999 concernant le projet Luther Blissett (présentée ci-après dans le dossier), bien que produite par Luther Blissett lui-même (ou plutôt par l’une de ses multiples incarnations), fut rapidement critiquée et vivement démentie par Luther Blissett (c’est-à-dire un autre Luther Blissett).
Quelle est donc la véritable dimension subversive du canular ?
Tout canular produit dans un cadre social s’inscrit à l’intérieur des rapports de confiance qui sont à la base des relations interpersonnelles. De la même manière que l’argent trouve son usage effectif grâce à la reconnaissance mutuelle qui s’établit autour de sa valeur, la réalité est aussi et toujours le fruit d’une construction sociale. Si la satire est une mise en question du réel qui demeure au sein de l’univers de la représentation, le canular ne se laisse pas enfermer au sein d’un ordre discursif, mais il va au contraire le mettre à chaque fois au défi de retrouver sa propre légitimité.
Le canular refuse d’avoir droit de citoyenneté à l’intérieur de la sémantique ; il n’est jamais la simple recherche d’un regard nouveau sur le monde. Il est un défi lancé à l’univers pragmatique de la communication et au fait que chaque échange communicationnel cache toujours un rapport de pouvoir que le langage des mots ou des symboles n’est pas en mesure de décrire pleinement.
La présence répétée dans les médias de fausses nouvelles initiées par Luther Blissett ne représente pas seulement une critique du faible degré de professionnalisme des journalistes en matière de vérification et de recoupement des sources d’information. Pour Luther Blissett, le caractère trompeur des médias de masse a toujours été la trame dans laquelle il fallait se mouvoir, non pas l’objectif de la critique. Luther Blissett a montré que la prise de parole dans les grands moyens d’information est possible, même pour de petits groupes, pour peu qu’ils soient capables de mettre en œuvre des stratégies de « reverse engineering ». Les moyens de communication de masse sont semblables à un logiciel ; ils peuvent être explorés et déconstruits. De la même manière que les informaticiens peuvent parvenir à remonter au code d’un programme, il est possible d’explorer les mécanismes de la fabrication de l’information ; de cracker le code de production de la réalité simulée à travers une série d’actions expérimentales susceptibles de mettre en crise l’appareil informatif.
L’un des aspects les plus divertissants de toute l’histoire du projet Luther Blissett a été la manière dont les moyens de communication se sont à sa suite interrogés sur l’authenticité des nouvelles qu’ils publiaient. Pendant plusieurs années, la publication de toute nouvelle un peu surprenante, même dûment vérifiée, forçait les journalistes à de nombreuses précautions, tant ils redoutaient de pouvoir être les victimes d’un mauvais tour joué par Luther Blissett.
L’expérience Luther Blissett a engendré toute une série d’initiatives qui demeurent vivaces dans le panorama culturel italien contemporain. Outre le collectif d’écriture Wu Ming (www. wumingfoundation. org), qui pratique encore sporadiquement le canular, le projet Luther Blissett a donné vie à de nouveaux projets comme guerrigliamarketing.it, 0100101110101101.org ou Serpica Naro, qui poursuivent l’exploration du hoax comme stratégie de communication.
Le premier prend la forme d’une agence de communication non conventionnelle, qui fait usage du canular pour souligner le court-circuit existant aujourd’hui entre la production au sens strict et la consommation qui s’apparente toujours davantage à une forme de production sociale diffuse, comme dans le cas de leur faux site Internet « espropriproletari.com ». Il proposait aux entreprises d’acquérir une forte visibilité publicitaire au moyen d’actions spectaculaires d’expropriation prolétarienne conduites contre leur marque dans certains magasins par le mouvement des précaires (pour plus de détails, consulter le site www. espropriproletari. it).
Les 0100101110101101.org sont, eux, un collectif d’artistes, directement issus du projet Luther Blissett, qui continuent à faire du canular une stratégie artistique. Ils ont, par exemple, simulé la transformation de l’une des grandes places de Vienne en « Nikeplatz », au nom, soi-disant, du fabricant de vêtements de sport et des élus municipaux. Plus récemment, ils ont aussi organisé le lancement d’un film européen United We Stand, qui n’existe bien sûr pas davantage que l’Europe unie qu’il est censé promouvoir.
Le projet Blissett a laissé en Italie une conscience importante des usages possibles du hoax et de nombreux groupes continuent d’y recourir.
Traduit de l’italien par André Gattolin
[1] Traduit de l’italien par Guy Debord, il parut en France aux Éditions Champ Libre en 1976, avant d’être réédité par les Editions Ivrea en 2003.
AuteurAndrea Natella du même auteur
Sociologue et expert en marketing vivant à Rome. Il a été l’un des animateurs de la scène culturelle alternative italienne en participant à divers projets télématiques hors normes, ainsi qu’au projet Luther Blissett, puis au collectif d’ufologie radicale Men in Red et à plusieurs initiatives éditoriales de nature politique. Il anime actuellement le groupe Guerriglia Marketing, une agence de communication non conventionnelle (www.guerrigliamarketing.it).
Au cours du mois d’août 1975, les principaux industriels et éditorialistes italiens reçurent un livre étrange, à tirage très limité et dont chaque exemplaire était numéroté à la main. L’ouvrage, signé sous le pseudonyme de Censor, s’intitulait Véridique rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie [1].
suite. L’auteur laissait entendre qu’il était un membre éminent de la classe dirigeante et qu’il se risquait à cette analyse critique et lucide afin de préserver le capitalisme pénin- sulaire d’un grave affrontement avec le monde ouvrier. En guise de solution à ce problème, il suggérait une implication accrue du Parti communiste italien dans la gouvernance du pays dans le but d’ins- taurer un contrôle optimal de la classe ouvrière. Les grands quotidiens d’information accordèrent un très vif intérêt à ce pamphlet, s’éton- nant du cynisme avec lequel les dirigeants nationaux se préparaient à affronter la crise, tout en s’interrogeant sur la véritable identité de l’auteur du libellé.
Quelques mois plus tard, Mursia, une grande maison d’édition d’obédience libérale, décida de republier le livre en l’accompagnant d’un bandeau de couverture accrocheur et interrogatif : « Qui est Censor ? Un conservateur éclairé ? Un réactionnaire cynique ? Une personnalité de gauche cachée derrière un nom de plume ? »
Il s’agissait bel et bien d’un canular. L’auteur du texte n’était autre que Gianfranco Sanguinetti, l’ultime rescapé des nombreuses vagues d’exclusion perpétrées par Guy Debord au sein de l’Internationale situationniste. Par un de ces surprenants paradoxes que cultivait le système politique italien, le PCI s’avérait effectivement être un acteur majeur du maintien de l’ordre bourgeois capitaliste tout en étant tenu à l’écart d’une participation formelle au pouvoir. Le texte de Censor ne faisait que rappeler crûment cette vérité sur un ton dénué de tout préjugé moral.
Ce canular situationniste constitua une sorte d’avant-première à des pratiques qui devinrent assez courantes à partir de 1977 au sein de la culture contestataire italienne. Jouer du paradoxe et pratiquer l’usage du faux a été, en effet, l’une des grandes particularités du style mao-dadaïste de Radio Alice et du mouvement des Indiens métropolitains durant le soulèvement étudiant de Bologne. Apparu en 1978 et vendu en kiosque jusqu’en 1982, l’hebdomadaire satirique Il Male, issu de cette mouvance, s’affirma rapidement comme l’un des plus beaux exemples d’usage politique du canular. Ce journal faisait de la publication de fausses éditions et de fausses affichettes de quotidiens l’une de ses spécialités. Son pastiche du Corriere della Sera annonçant le débarquement des extra-terrestres au Mexique ou celui de La Repubblica avec pour manchette « La troisième guerre mondiale a commencé » font aujourd’hui partie de la légende. La parution de journaux factices contenant la soi-disant nouvelle de l’arrestation de l’acteur Ugo Tognazzi accompagnée de photos le montrant menottes aux poings et encadré par des carabiniers fit encore plus de bruit. Dans de pareilles situations, le faux finit par produire des effets réels et les gens sont alors conduits à s’interroger sur les conséquences d’événements qui n’ont pourtant pas eu lieu. Tel fut le cas en 1978 lors de la publication, toujours par Il Male, d’un faux numéro du Corriere dello Sport qui titrait : « Annulation de la Coupe du Monde : l’Italie et l’Argentine doivent rejouer la finale ! ». Quelques heures durant, la nouvelle paralysa la ville de Rome. Les rédacteurs d’Il Male ont appelé cet effet « l’aspect holographique du faux » ; la production d’un court-circuit de l’information qui dévoile les mécanismes de fonctionnement du système médiatique.
La tradition de canular politique qui a précédé la naissance, en 1995, du projet Luther Blissett en Italie est donc assez longue. L’idée première de ce projet fut la création d’un nom multiple, une entité fictive que quiconque pouvait endosser pour prendre la parole et s’exprimer en dissonance avec le panorama politique et médiatique dominant. La production de supports et de contenus dans ce cadre fut abondante : deux transmissions radiophoniques (l’une à Bologne, l’autre à Rome), de nombreux livres, articles et publications, des chansons et des disques, des créations artistiques… jusqu’à l’apparition incongrue du nom de Luther Blissett sur des affiches, sur divers documents ou encore dans des génériques d’émissions de télévision. Luther Blissett a été un immense canular, qui a permis la démultiplication des pratiques politiques collectives. Luther Blissett a été un canular sachant s’incarner aussi dans une prolifération infinie de canulars. Son fondement canulardesque fut l’occasion pour des centaines de personnes de sensibilité proche de se rencontrer et de se reconnaître dans un positionnement paradigmatique. Chaque acte de communication provenant de n’importe quel Luther Blissett a toujours été suivi de sa négation farceuse, établissant systématiquement une faille dans le rapport entre le vrai et le faux. Ainsi, l’analyse publiée par Euripses en 1999 concernant le projet Luther Blissett (présentée ci-après dans le dossier), bien que produite par Luther Blissett lui-même (ou plutôt par l’une de ses multiples incarnations), fut rapidement critiquée et vivement démentie par Luther Blissett (c’est-à-dire un autre Luther Blissett).
Quelle est donc la véritable dimension subversive du canular ?
Tout canular produit dans un cadre social s’inscrit à l’intérieur des rapports de confiance qui sont à la base des relations interpersonnelles. De la même manière que l’argent trouve son usage effectif grâce à la reconnaissance mutuelle qui s’établit autour de sa valeur, la réalité est aussi et toujours le fruit d’une construction sociale. Si la satire est une mise en question du réel qui demeure au sein de l’univers de la représentation, le canular ne se laisse pas enfermer au sein d’un ordre discursif, mais il va au contraire le mettre à chaque fois au défi de retrouver sa propre légitimité.
Le canular refuse d’avoir droit de citoyenneté à l’intérieur de la sémantique ; il n’est jamais la simple recherche d’un regard nouveau sur le monde. Il est un défi lancé à l’univers pragmatique de la communication et au fait que chaque échange communicationnel cache toujours un rapport de pouvoir que le langage des mots ou des symboles n’est pas en mesure de décrire pleinement.
La présence répétée dans les médias de fausses nouvelles initiées par Luther Blissett ne représente pas seulement une critique du faible degré de professionnalisme des journalistes en matière de vérification et de recoupement des sources d’information. Pour Luther Blissett, le caractère trompeur des médias de masse a toujours été la trame dans laquelle il fallait se mouvoir, non pas l’objectif de la critique. Luther Blissett a montré que la prise de parole dans les grands moyens d’information est possible, même pour de petits groupes, pour peu qu’ils soient capables de mettre en œuvre des stratégies de « reverse engineering ». Les moyens de communication de masse sont semblables à un logiciel ; ils peuvent être explorés et déconstruits. De la même manière que les informaticiens peuvent parvenir à remonter au code d’un programme, il est possible d’explorer les mécanismes de la fabrication de l’information ; de cracker le code de production de la réalité simulée à travers une série d’actions expérimentales susceptibles de mettre en crise l’appareil informatif.
L’un des aspects les plus divertissants de toute l’histoire du projet Luther Blissett a été la manière dont les moyens de communication se sont à sa suite interrogés sur l’authenticité des nouvelles qu’ils publiaient. Pendant plusieurs années, la publication de toute nouvelle un peu surprenante, même dûment vérifiée, forçait les journalistes à de nombreuses précautions, tant ils redoutaient de pouvoir être les victimes d’un mauvais tour joué par Luther Blissett.
L’expérience Luther Blissett a engendré toute une série d’initiatives qui demeurent vivaces dans le panorama culturel italien contemporain. Outre le collectif d’écriture Wu Ming (www. wumingfoundation. org), qui pratique encore sporadiquement le canular, le projet Luther Blissett a donné vie à de nouveaux projets comme guerrigliamarketing.it, 0100101110101101.org ou Serpica Naro, qui poursuivent l’exploration du hoax comme stratégie de communication.
Le premier prend la forme d’une agence de communication non conventionnelle, qui fait usage du canular pour souligner le court-circuit existant aujourd’hui entre la production au sens strict et la consommation qui s’apparente toujours davantage à une forme de production sociale diffuse, comme dans le cas de leur faux site Internet « espropriproletari.com ». Il proposait aux entreprises d’acquérir une forte visibilité publicitaire au moyen d’actions spectaculaires d’expropriation prolétarienne conduites contre leur marque dans certains magasins par le mouvement des précaires (pour plus de détails, consulter le site www. espropriproletari. it).
Les 0100101110101101.org sont, eux, un collectif d’artistes, directement issus du projet Luther Blissett, qui continuent à faire du canular une stratégie artistique. Ils ont, par exemple, simulé la transformation de l’une des grandes places de Vienne en « Nikeplatz », au nom, soi-disant, du fabricant de vêtements de sport et des élus municipaux. Plus récemment, ils ont aussi organisé le lancement d’un film européen United We Stand, qui n’existe bien sûr pas davantage que l’Europe unie qu’il est censé promouvoir.
Le projet Blissett a laissé en Italie une conscience importante des usages possibles du hoax et de nombreux groupes continuent d’y recourir.
Traduit de l’italien par André Gattolin
[1] Traduit de l’italien par Guy Debord, il parut en France aux Éditions Champ Libre en 1976, avant d’être réédité par les Editions Ivrea en 2003.
Source : http://www.cairn.inf...E=MULT_025_0169
Comme indiqué dans l'article, il dirige actuellement l'agence de communication guerrigliamarketing.it
En voici la présentation en italien :
Citation
1. Guerriglia Marketing è un insieme di tecniche di comunicazione non convenzionale che consente di ottenere il massimo della visibilità con il minimo degli investimenti
2. Guerriglia Marketing concorre allo sviluppo delle strategie di mercato attraverso la messa in scena di pseudo-eventi concepiti in integrazione all'immagine dell'azienda
3. Guerriglia Marketing sfrutta il bisogno di novità dei mezzi comunicazione e la permeabilità dei suoi meccanismi per promuovere idee, marchi o prodotti
4. Guerriglia Marketing programma e inocula nel sistema media virus memetici in grado di autoreplicarsi nelle menti dei consumatori
5. Guerriglia Marketing è un processo di dissipazione della fiducia che il consumatore ancora ripone nell'economia nel suo complesso a vantaggio del successo di una singola impresa: la tua
2. Guerriglia Marketing concorre allo sviluppo delle strategie di mercato attraverso la messa in scena di pseudo-eventi concepiti in integrazione all'immagine dell'azienda
3. Guerriglia Marketing sfrutta il bisogno di novità dei mezzi comunicazione e la permeabilità dei suoi meccanismi per promuovere idee, marchi o prodotti
4. Guerriglia Marketing programma e inocula nel sistema media virus memetici in grado di autoreplicarsi nelle menti dei consumatori
5. Guerriglia Marketing è un processo di dissipazione della fiducia che il consumatore ancora ripone nell'economia nel suo complesso a vantaggio del successo di una singola impresa: la tua
Je ne parle pas couramment l'italien mais je le comprends en partie. Avec l'aide d'outils de traduction, voilà ce que ça donne :
Citation
1. Guerriglia Marketing (NDT : guérilla marketing donc) est un ensemble de techniques de communication non conventionnel qui permet d'obtenir le maximum de visibilité avec le minimum d'investissements.
2. Guerriglia Marketing concourt au développement de la stratégie de marché via la mise en scène de pseudo-événements conçus en intégrant l'image de l'entreprise (NDT : au sens de business, d'affaire).
3. Guerriglia Marketing tire partie du besoin de nouveauté des moyens de communication et de la perméabilité de leurs mécanismes pour promouvoir une idée, des marques ou des produits.
4. Guerriglia Marketing programme et inocule au système des virus mémétiques médiatiques en mesure de s'autorépliquer dans les esprits des consommateurs.
5. Guerriglia Marketing est un processus de dissipation de la confiance que place toujours le consommateur dans l'ensemble de l'économie pour le bénéfice de la réussite d'une seule entreprise : la votre.
2. Guerriglia Marketing concourt au développement de la stratégie de marché via la mise en scène de pseudo-événements conçus en intégrant l'image de l'entreprise (NDT : au sens de business, d'affaire).
3. Guerriglia Marketing tire partie du besoin de nouveauté des moyens de communication et de la perméabilité de leurs mécanismes pour promouvoir une idée, des marques ou des produits.
4. Guerriglia Marketing programme et inocule au système des virus mémétiques médiatiques en mesure de s'autorépliquer dans les esprits des consommateurs.
5. Guerriglia Marketing est un processus de dissipation de la confiance que place toujours le consommateur dans l'ensemble de l'économie pour le bénéfice de la réussite d'une seule entreprise : la votre.
« Le principe de la culture libre est de proposer légalement des œuvres, des informations, des créations en libre partage pour tous. Il est question de proposer une alternative libre et d'œuvrer au maintien de cette possibilité. » - Wikipédia, article sur la culture libre (version du 10 mars 2011)
#8
Posté 21 juin 2010 à 10:46
mouais ce que veut dire que c'est un fake et que le Monde Inconnu a fait un article sans trop vérifier la source
Ce message a été modifié par Neotrouve - 21 juin 2010 à 10:48.
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#9
Posté 22 septembre 2011 à 16:25
Bon, c'est établi depuis longtemps que c'est un hoax viral, j'ai vraiment honte pour la rédaction du Monde Inconnu. Peut-être n'ont-ils pas accés à Google depuis leurs bureaux? pffffff
Sinon, soit dit en passant, le travail des Luther Blissett, des psychogéographes et autres néoistes mérite vraiment d'être découvert! Je recommande particulièrement "Mind Invaders", une très bonne collection de pamphlets des 90's autour de ce mouvement.
(juste, on peut leur reprocher de détester Hakim Bey, l'écrivain qui m'a donné mon pseudo
)
Selam i wadada
---
['aKiM]
PDG de l'Internationale Situationiste
Sinon, soit dit en passant, le travail des Luther Blissett, des psychogéographes et autres néoistes mérite vraiment d'être découvert! Je recommande particulièrement "Mind Invaders", une très bonne collection de pamphlets des 90's autour de ce mouvement.
(juste, on peut leur reprocher de détester Hakim Bey, l'écrivain qui m'a donné mon pseudo
Selam i wadada
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['aKiM]
PDG de l'Internationale Situationiste










