Les pays membres et la structure de l'Otan
L'Allemagne, la France et la Belgique mettent leur veto
C'est la première fois qu'un pays membre de l'OTAN invoque ainsi l'article 4 (qui stipule que ces «consultations » doivent avoir lieu entre alliés si l'un d'eux estime son «intégrité territoriale » ou sa «sécurité » menacée) depuis la création de l'Alliance, en avril 1949.
Divisés en deux camps, à seize contre trois (France, Belgique et Allemagne), les dix-neuf pays de l'OTAN ont une nouvelle fois échoué lundi après-midi à trouver un accord sur l'adoption de mesures pour la défense de la Turquie en cas de conflit en Irak, a annoncé le secrétaire général de l'Organisation, le Britannique George Robertson.
Une nouvelle réunion pour tenter de trouver un consensus aura lieu mardi à 11h00, a précisé Lord Robertson au cours d'un point de presse tenu à l'issue d'un Conseil de l'Atlantique nord (qui rassemble les ambassadeurs des Dix-Neuf), le second au cours de la même journée.
"Nous avons un sérieux problème et il faut donc le résoudre le plus vite possible", a ajouté le secrétaire général de l'OTAN alors que les passions se déchaînaient dans la plupart des capitales alliées contre l'attitude des trois "récalcitrants".
L'Alliance est plongée dans l'une des plus graves crises de son histoire, après le veto opposé lundi matin par la France, la Belgique et l'Allemagne à des demandes américaines de soutien en cas de conflit en Irak, qui portent principalement sur la protection par l'Alliance atlantique de la Turquie - le seul pays de l'OTAN à partager une frontière commune avec l'Irak.
Ankara a pour sa part invoqué dans la foulée l'article 4 du traité fondateur de l'OTAN pour reprendre à son compte la demande de protection de son territoire.
C'est sur cette demande de "consultations" qu'a porté le Conseil de lundi après-midi, au cours duquel le président du Comité militaire de l'OTAN, le général allemand Harald Kujat, a présenté un exposé sur les préoccupations turques en matière de sécurité, mais sans parvenir à vaincre les réticences de Paris, Bruxelles et Berlin.
Malgré les pressions de leurs alliés, la France, la Belgique et l'Allemagne estiment que le moment n'est pas venu d'entamer des préparatifs militaires en vue de la défense de la Turquie et préfèrent donner toutes ses chances à la mission des inspecteurs en désarmement de l'ONU présents en Irak.
Ces trois pays ont néanmoins réaffirmé leur engagement à protéger la Turquie. Lord Robertson a pour sa part une nouvelle fois affirmé que le désaccord portait sur le calendrier, et non sur le principe. Le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a quant à lui rappelé la position de la Belgique à propos de l'Irak, lundi après-midi, en affirmant, lors d'une courte déclaration à la presse, que "nous voulons tout faire pour éviter la guerre".
La Belgique estime qu'il faut donner plus de temps et de moyens à la diplomatie et aux inspecteurs des Nations-Unies pour trouver "une solution durable" à la crise irakienne. "Nous avons de l'aversion pour le régime de Bagdad et espérons l'avènement d'un autre régime mais nous sommes d'avis qu'il faut tout tenter pour éviter la guerre", a-t-il insisté. "Nous croyons qu'il existe encore une petite chance d'arriver au but poursuivi, à savoir la destruction des armes de destruction massive" a encore dit le Premier ministre, rappelant que de toutes façons, une intervention militaire n'est envisageable qu'après le vote d'une deuxième résolution aux Nations-Unies.
A propos de l'invocation de l'article 4 du Traité de l'OTAN par la Turquie, Guy Verhofstadt a indiqué qu'une évaluation était en cours et qu'elle se déroulait en concertation avec la France et l'Allemagne. "La Turquie peut compter sur notre aide si elle est attaquée. Nous n'abandonnerons pas nos alliés de l'OTAN", a-t-il assuré en récusant tout "isolement" de la Belgique sur la scène internationale. "Je crois que la majorité de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité tout comme la majorité de l'opinion publique pensent comme nous qu'il faut utiliser aux maximum les moyens disponibles pour éviter la guerre", a-t-il dit.
A Washington, le secrétaire (ministre) américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré que la France, la Belgique et l'Allemagne faisaient "une erreur" "regrettable" en bloquant les demandes de soutien à la Turquie. Ces trois pays sont "isolés", a lancé M. Rusmfeld - considéré comme l'un des "faucons" de l'administration du président George W. Bush - lors d'une conférence de presse au Pentagone.
"Il est regrettable qu'ils soient en profond désaccord avec le reste des alliés de l'OTAN. Il y a 19 pays dans l'OTAN. On est donc à 16 contre 3. Je pense que c'est une erreur", a-t-il ajouté. M. Rumsfeld s'est dit convaincu qu'une solution serait finalement trouvée à Bruxelles. "Les Etats-Unis doivent faire en sorte que la planification continue, de préférence dans l'OTAN, sinon de la façon bilatérale", mais "je suis sûr que l'OTAN trouvera un moyen d'y arriver finalement", a-t-il déclaré.
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