Les anglais aussi
Le Sun invite ses lecteurs à "rigoler aux dépens des Français"
LONDRES (AFP) - La presse anglaise, volontiers francophobe, se déchaîne depuis le début de la crise irakienne mais le Sun, plus fort tirage des quotidiens britanniques, se distingue mercredi avec une photo-montage de Saddam Hussein posant devant la Tour Eiffel, comme Hitler en 1940.
"Regardez ce qui se passe lorsque la France cède aux tyrans", proclame le Sun (3,5 millions d'exemplaires/jour, au moins trois fois plus de lecteurs), en montrant la fameuse photo d'Adolf Hitler devant le célèbre monument parisien et, à côté, une photo-montage du président irakien.
"Le farceur, c'est toi, crétin", poursuit le Sun, qui s'en prend directement -jeu de mots douteux à l'appui (Jacqass/Jackass)- au président français Jacques Chirac, qualifié de "comique".
Le Sun, plus connu pour ses clichés de jeunes femmes dénudées que pour la pertinence de ses analyses politiques, propose aussi dix plaisanteries anti-françaises, toutes d'un goût exquis. Parmi les "meilleures", citons:
"Combien de vitesses possède un char français? Six. Cinq pour la marche arrière et une pour la marche avant, en cas d'attaque par derrière".
"Comment appelle-t-on un groupe de 100.000 Français levant les mains en l'air? L'armée française".
"Pourquoi les Français enverraient-ils des troupes dans le Golfe? Pour apprendre aux Irakiens à se rendre".
"Pourquoi les navires de guerre français ont des fonds en verre? Pour mieux voir ceux qui sont déjà au fond".
"Rigolons aux dépens des Français", suggère le Sun, qui appartient (comme le Times et le Sunday Times) au groupe News Corporation du magnat américain d'origine australienne Rupert Murdoch. Le tabloïde invite ses lecteurs à lui envoyer des plaisanteries anti-françaises, par lettre ou par courrier électronique, les meilleures seront publiées.
Dans un entretien avec l'AFP début février, le chef du service politique du Sun, Trevor Kavanagh, se défendait d'être anti-français. "Je ne me souviens pas que le Sun ait été anti-français, affirmait-il sans rire. Nous avons critiqué le président Chirac, mais pas le peuple français".
"En fait, ajoutait-il, c'est un sentiment mitigé: nous admirons les Français car ils ont les tripes pour mettre en avant leurs intérêts nationaux, comme nous aimerions que notre gouvernement le fasse".
"Quand il y a des règles, les Britanniques tendent à les suivre et à les obéir, poursuivait-il. Les Français les regardent, les saluent mais les ignorent".
Les autres journaux britanniques - à l'exception notable du Financial Times (milieux d'affaires), du Guardian et de l'Independent (centre gauche) - sont à peine moins outranciers que le Sun.
Andrew Marr, l'un des journalistes britanniques (BBC) les plus respectés, s'étonnait mercredi de "cette explosion furieuse de Gallophobie", notant au passage que, "dans la presse (anglaise) au moins, (Jacques) Chirac est considérablement moins populaire que Saddam Hussein ou Oussama ben Laden".
A l'occasion du sommet franco-britannique du Touquet, le 4 février, Français et Britanniques sont convenus de préparer les cérémonies du centième anniversaire de l'Entente cordiale, en 2004...