yoananda, le 03 août 2010 à 22:13, dit :
parce que la plus value du boulanger est "fixe", celle du développeur diminue fortement quand 98% du logiciel qu'il livre provient d'autres briques "libres" piochées ailleurs. Ce qu'on vends (c'est un modèle commercial, il en existe d'autres), c'est le service autour du logiciel, mais pas son développement : tu vends l'intégration au SI de l'entreprise, la formation, le support et la maintenance. Mais tu ne vends pas le développement. Donc oui, il en est différement pour les développeurs. Parce que un bout de code se duplique "virtuellement", alors qu'un bout de pain, en dehors de jésus, non.
Sans compter que les indiens font la même chose pour des clopinettes ... lol
Le libre est une mutation du travail d'informaticien. On collabore beaucoup plus plutot que d'être en concurrence et garder pour soi son petit bout de code. On partage. Globalement, les couts sont réduits. On profite du travail collectif des autres. On peut donc aller plus loin, plus vite. Mais on n'est plus payé pour les même choses non plus.
De toute manière, plus un soft fait des choses a moindre cout, plus on lui en demande. Au final ca ne fait pas moins de travail, mais juste plus de "résultat". Plus de productivité. A terme, en raison de ses atout intrinsèques le soft privé ne pourra survivre que dans quelques rares niches. M$ est condamné. Ils ont eu chaud avec Vista, et 7ven n'est pas vraiment un franc succès par rapport aux ambitions initiales. C'est juste Vista debuggé ! Rien de plus. Ce n'est pas un nouveau système d'exploitation, il n'y a rien de nouveau. WinFS a été abondonné en route, etc...
Linux lui progresse tout les jours et c'est de plus en plus dur pour MS de suivre. Idem coté Office. Ils en sont réduits a devoir corrompre les états pour rester en place (cf l'affaire OOXML qui a discrédité l'organisme de standardisation).
Il n'y a plus de vrais progrès chez MS depuis des lustres. Ils font du réhabillage. Coté libre on a la virtualisation et plein d'autres nouveautés. Une fois Office éliminé, Windows suivra. Ensuite, plus de vache a lait. D'autant qu'ils ont loupé la révolution internet il y a 10, et se font bouffer par google.
Bref, tout ce petit monde est en forte mutation.
Juste une question ? Si tu es toi même développeur à titre professionnel pourrais-tu me dire dans quel branche travailles-tu ?
Si développeur n'est pas ton activité qui te permet de remplir ton réfrigerateur à chaque fin de mois alors il serait plus sage d'éviter de faire des généralités sur des cas particuliers, car le développement informatique ne se limite pas à l'intégration de "briques" logiciels comme tu le dis, il serait assez gentil de ne pas présupposer de ce que l'on souhaite faire dans notre métier, ni de la manière dont on le conçoit.
Etre développeur est un vrai métier, ce n'est ni une idéologie ni une philosophie
La plus value d'un développeur n'est pas que d'assembler des "briques", il ne fait pas que cela et d'ailleurs certains ne le font jamais car contrairement à ce que certains pensent et disent, on réinventer la roue assez souvent en informatique (surtout dans l'embarqué) et c'est comme cela que les programmes s'améliorent. A écouter certains on habiterait encore dans des huttes et on voyagerait en charrettes.
Chez pas mal de "libriste" il y a une attitude assez commune avec pas mal de jeunes informaticiens, qui considèrent que tout à déjà été fait, qu'il ne faut pas réinventer la roue, et qu'il suffit donc d'aller piocher du code des autres, et d'assembler tout cela pour faire de bons logiciels...
L'erreur ce serait de croire que le développement, c'est comme le débogage : "given enough eyeballs, all bugs are shallow" d'Eris S. Raymond (il suffit d'être nombreux et en libre pour développer de bons programmes).
Bien sûr et pendant ce temps la marmotte emballe le chocolat dans le papier aluminium.
Ainsi, ceux qui font la plupart du "code fondamental" (code sur lequel s'appuie tous les autres) ont une sainte horreur que l'on galvaude, déconsidère leur métier (j'en suis convaincu après avoir vu de nombreuses démissions).
Je n'ai rien contre le libre, mais il faut bien comprendre que la "philosophie du libre" ne peut pas fonctionner pour toute les branches de l'informatique.
Ce que je reproche au libre façon Stallman : "Soyez libres ou morts", c'est remplacer un monopole par un autre, et pas forcément pour le bien de tous, contrairement à ce que les "gentils libristes" voudraient faire croire en s'opposant aux "méchants propriétaires".
Dans le monde du libre où chacun se doit de mettre à disposition (selon les termes de la license bien sûr) ce qu'il a modifié d'un code "libre", tu aurais tort de croire que les entreprises sont nombreuses à jouer à le jeu, elles prennent ce qui les intéresse et rient aux éclats en pensant aux braves pigeons qui ont travaillé dur pour fournir le produit. Quand le service financier te demande combien coûte l'outil, la seule chose qu'il a retenu, c'est "gratuit". Et comme le client interdit souvent (pour ne pas dire systématiquement) que l'on diffuse la moindre bribe du produit (specifications, conception, code, architecture) alors tout est confidentiel.
Je ne vois pas pourquoi une société devrait investir pendant des années dans un produit pour ensuite le donner gratuitement à tous les parasites commerciaux / hotliners du monde qui lui boufferont sa part de marché de service sans avoir rien investi à la base... En exagérant à peine, c'est la mort de la R&D qui est visée, ni plus, ni moins.
D'ailleurs certains pensent que "code propriétaire" = source inaccessible. Ou j'entends souvent dire que si la boite coule alors il n'y a plus personne pour reprendre le projet. C'est trop réducteur par rapport à la réalité, car c'est bien plus subtile que cela selon les contrats signés avec le client.
Dans la boite où j'ai bossé pendant près de 10 ans le client est libre à 100%, vu que le programme lui appartient au final.
Le code est ouvert suivant la volonté du client, même s'il choisit souvent de ne pas le faire. Sauf pour le code développé en interne sur fonds propres (y compris sur la base du code payé par le client), qui ne sera accessible qu'en cas de faillite de la société.
Autre exemple : les librairies de composants graphiques de la VCL de borland sont propriétaires, mais j'ai accès aux sources, et aux mises à jour pendant une certaine durée (et la possibilité de resouscrire après). J'ai l'autorisation de modifier ces composants pour les développements faits par ma société, donc pour mes clients,.
Pour vous dire que les modèles d'ouverture et de propriété du code sont extrêmement variés, même à l'intérieur d'une petite société.
La vision d'un libre qui ressemble à Linux et d'un proprio qui ressemble à Microsoft est affreusement simpliste.
Et
l'offshore dans tout cela ? parlons-en alors de ces "développeurs payé au rabais", leur "devise" en gros est :
"moins un programme est maintenable, plus on gagne demain..."
Il n'y a donc aucune incitation à bien faire le travail. Combien de fois j'ai dû mettre les mains dans du code "offshore", je peux t'assurer que c'est pas jolie, architecture logiciel trop rigide, trop difficile à maintenir, bref un vrai merdier.
Le problème est qu'à terme on va dévaloriser notre boulot, qui est avant tout un
métier.
Les bons développeurs, c'est rare car cela demande un bon niveau de base et des années de pratique.
Grosso modo, même avec de très bons diplômes on ne vaut pas grand chose avant 5 ans d'expérience, c'est un métier intéressant mais dur.
Pour devenir développeur faut avoir un peu la foi car lorsque je compare ce que je bosse et ce que je gagne avec ceux qui bossent dans les banques ou à la direction d'entreprises industrielles je me pose de sérieuses questions.
On risque de dévaloriser progressivement le métier de développeur, on va continuer à faire baisser le niveau, et cela va se ressentir sur la qualité des programmes.
J'ai déjà aussi entendu que tant qu'il y aura des passionnés il y en aura toujours.
Oui, la passion c'est bien gentil mais les passionnés sont rarement de bons développeurs en entreprises (dans la "vraie vie"). Ils perdent souvent un temps monstre sur des pécadilles, mais laissent des erreurs monstrueuses en tests d'intégration. En général, il faut les faire "recadrer" par des professionnels.
En résumé, dans la "vraie vie" ce n'est pas le vilain Microsoft VS le gentil Linux, c'est beaucoup, beaucoup plus subtile que cela, et il ne faut pas confondre micro-informatique avec informatique