“Lorsque nous avons débuté ces recherches, il y a maintenant plus de dix ans,” explique Thierry Jamin, “personne ne prenait véritablement au sérieux l’hypothèse selon laquelle les Incas s’étaient implantés de manière durable dans la jungle. Pourtant certains chroniqueurs, comme de la Vega ou Sarmiento de Gamboa, l’affirment clairement dès le XVIème siècle. En ce qui nous concerne, nous avons rencontré, durant ces douze dernières années, des indices de la présence des Incas partout où nous sommes allés. On trouve du matériel archéologique jusqu’à Iberia, près de la frontière brésilienne. Ce qui montre bien que les Incas ont pénétré loin dans la forêt. Jusqu’où sont-ils allés ? C’est encore une énigme.”
Jamin poursuit :
“La découverte de Mameria, par Nicole et Herbert, en 1979, est capitale dans l’histoire de la recherche archéologique moderne. C’est le premier indice matériel de la présence permanente des Fils du Soleil dans la jungle amazonienne. L’étude que nous avons réalisée au cours de notre campagne « Antisuyu 2009 » constitue véritablement une première. C’est en effet la première étude véritablement scientifique et multi disciplinaire jamais réalisée dans la région. Elle nous a permis de confirmer l’importance archéologique de cette zone et de constater qu’il n’y avait pas en réalité une « cité perdue » de Mameria, mais plusieurs. L’ensemble de la vallée apparaît comme un réseau de petits centres de populations en connexion avec d’innombrables cultures en terrasses. C’est là, l’un des principaux apports de nos deux semaines à Mameria.”
Mais la campagne 2009 est allée beaucoup plus loin et a réservée à nos explorateurs d’incroyables surprises. Écoutons Thierry :
"La campagne 2009 nous a surtout permis de donner à la science une dizaine de sites archéologiques extraordinaires ! Je n’en reviens pas encore. Lorsque nous étions en route pour Mameria, nous sommes passés pour la première fois dans la vallée de Lacco. C’est une zone encore très mal connue car aucune piste carrossable n’y mène. Les paysans de Lacco vivent un peu comme les Européens du XVIIIème siècle, sans eau potable, sans électricité ni même un téléphone. Ce sont eux qui nous ont parlé les premiers de ces sites. Et ils nous ont conduit sur place. Pour nous, ce fut un choc !"
Thierry Jamin et son groupe découvrent ainsi l’existence d’une dizaine de sites archéologiques, dont certains d’entre eux auraient l’ampleur de Pisac ou de Choquequiraw. Parmi ceux-là, des centres agricoles, une forteresse, un centre de contrôle administratif, un centre cérémonial en connexion avec une nécropole, etc. Et partout des andenes et des chemins incas.
"Certains de ces sites," commente encore Thierry Jamin, "sont des cités complètes, avec des centaines d’édifices, des rues, des places. Ce sont des petites Pompéi, englouties dans un l’océan vert. Un certain nombre de ces sites sont visiblement de filiation culturelle inca et remontent à l’époque de l’Horizon Tardif. D’autres, en revanche, semblent pré inca et se rattacher à d’autres cultures."
L’équipe de Thierry Jamin a ainsi réalisée en 2009 six expéditions dans la vallée de Lacco, enregistrant méticuleusement tous les indices archéologiques rencontrés sur sa route. L’ensemble de ces données a été communiqué en février 2010 aux autorités péruviennes (INC, Qhapaq Ñan) et une officialisation eut lieu à Cusco le 11 février à la Casa Garcilaso, sous les auspices de l’INC-Cusco.
Un jour de juillet 2009, tandis que Thierry et ses compagnons explorent une vallée voisine de Lacco, sur la route du parc national du Manú et de la zone archéologique de Mameria, ils tombent sur des ruines monumentales engluées dans la jungle…
"C’était incroyable," raconte Thierry, "car plus nous nous dirigions vers la forêt et plus nous rencontrions des sites imposants. Celui que nous avons repéré à la fin du mois de juillet est déconcertant. Nous n’avons fait, en réalité, qu’explorer une petite partie de ce site mais il semble que le plus important est un peu plus loin -d’après ce que nous ont assuré certains habitants du coin."
Vous pouvez vous renseigner d'avantage sur "les chercheurs du gran paititi".
C’est l’une des histoires les plus fascinantes de la mythologie inca. Et c’est aussi aujourd’hui la plus grande énigme archéologique d’Amérique du Sud. Une énigme que l’on est peut-être sur le point de percer.
D’après ce que l’on sait grâce aux chroniques de l’époque et aux vieilles traditions légendaires, Païtiti aurait été une ville immense qui se trouverait enfouie quelque part dans la forêt amazonienne péruvienne. C’est une ville que l’on a cherchée dans toute l’Amérique du Sud. Mais depuis une cinquantaine d’années, les recherches se sont focalisées vers le sud-est du Pérou, en Amazonie péruvienne. Ce qui paraît logique, car Païtiti est lié à l’Empire inca. Et le Pérou moderne constitue ce qui fut le cœur de cet empire : le Tawantinsuyu.
Le point de départ de la légende se situe peu après la mort d’Atawualpa, l’Inca régnant à l’arrivée des Espagnols (1532). L’Empire était alors à son apogée, mais déchiré par une guerre civile entre Huascar, l’héritier légitime du trône des Incas, et son demi frère Atawualpa. C’est alors que surgit Francisco Pizarro. Celui-ci profitant de l’état de guerre civile dans lequel se trouvait l’Empire, capture Atawualpa. Prisonnier des Espagnols, l’Inca propose, en échange de sa liberté, le versement d’un trésor fabuleux. Il s’engage à remplir d’or la salle du palais où il est séquestré, jusqu’à la hauteur de sa main levée, et de remplir d’argent deux autres salles similaires, et en un mois. Pizarro, qui était ébloui par les richesses du Pérou, accepte évidemment le marché. La rançon de l’empereur commence alors à affluer dans le camp espagnol de toutes les provinces du Tawantinsuyu. Les chroniqueurs de cette époque parlent de véritables montagnes d’or ! On dit qu’à la même époque une partie de la noblesse inca, empruntant un réseau de cités secrètes, aurait trouvé refuge dans la forêt, sur le versant amazonien du Pérou. Et c’est à ce propos que l’on prononce, dès les premières années de la conquête, un mot mystérieux : celui de Païtiti.
S’agissait-il de la face cachée de l’Empire inca, d’un fief secret des Incas ? Nul ne le sait. Car personne n’a encore jamais retrouvé cette mystérieuse ville perdue. C’est là également qu’auraient été cachés en urgence tous les trésors de l’Empire. Du moins ceux de la région de Cusco, la capitale impériale. Des tonnes d’or et de magnifiques objets précieux auraient ainsi transité en hâte vers la jungle. Certains chroniqueurs parlent de vingt mille lamas chargés d’or, conduits vers l’est, pour une destination inconnue, par la Coya, l’épouse de l’Inca.
Plusieurs chroniques parlent notamment d’une merveilleuse “chaîne en or” que l’Inca Huayna Capac avait fait exécuter pour commémorer la naissance de Huascar, l’héritier légitime des Incas, qu’Atawualpa, son demi-frère, fera assassiner. Cette yahuirka, dont la longueur était au moins de deux cents mètres, avait, dit-on, des maillons aussi gros que le pouce d’un homme. Garcilaso de la Vega, un métis qui passa sa jeunesse à Cusco, prétend que son poids était tel que deux cents Indiens parvenaient à peine à la soulever. Elle était recouverte de plaquettes d’or articulées qui, simulant les écailles de la peau d’un serpent, scintillaient au Soleil. Les conquistadors tentèrent vainement de s’en emparer. Mais la légende raconte que cette inestimable chaîne d’or aurait été ramenée secrètement, par les Indiens eux-mêmes, jusqu’au royaume du Grán Païtiti et jetée dans une lagune, accompagnée de quantités d’objets d’une valeur inestimable.
On parle aussi d’un fabuleux disque solaire en or, le Punchao, qui trônait jadis dans la salle principale du Qorikancha, l’Enceinte d’Or, le Grand Temple de Cusco. Haut d’environ quatre mètres, cette idole anthropomorphe représentant Inti, le dieu Soleil, reposait sur un socle qui contenait, dit-on, les cœurs pulvérisés des empereurs incas. C’était le saint des saints, l’objet le plus précieux de l’Empire. On perd sa trace après 1572.
La légende de Païtiti, on le voit, est donc très liée à cette histoire de rançon et d’or. Et c’est d’ailleurs tout le drame de Païtiti. Car la plupart de ceux qui n’eurent de cesse, à travers l’histoire, de rechercher cette ville perdue, n’étaient animés, pour la plupart, que par l’appât de l’or. Mais Païtiti est avant tout un trésor… archéologique ! C’est le Graal du Pérou moderne. Et c’est un grand patrimoine de l’humanité.
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Ce message a été modifié par quetzalcoatl - 01 janvier 2011 à 16:37.










