docteur vincent, le 23 juillet 2011 à 13:15, dit :
J'avais quitté le forum il y quelques temps pour voguer vers d'autres horizons, mais je vois qu'il est toujours aussi actif, et tant mieux!
Bienvenue de nouveau chère Docteur !
Des parents d'une amie ont réussi à la faire interner à 17 ans car elle refusait de faire la fac de Pharmacie et souhaitais se pencher sur la nutrition. Elle a fugué chez son copain tout en disant à ses parents où elle se trouvait. C'est la gendarmerie qui est venue la chercher, et elle s'est retrouvée dans la journée en hôpital psychiatrique pour une durée indéterminée. Ce qui la sauvée en hôpital. Elle ne mangeait pas, ou peu, en piquant dans les plateaux du personnel. Ne prenait pas les médocs donc. A chaque entretien, elle restait elle-même, ce qui a fait que le psy n'a pas pu l'entrer dans leur grille. Mais c'est quand même l'accord de ses parents qui a fait qu'elle est sortie. Elle aurait pu y rester longtemps.
Le DSM Kesako ?
Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (du titre original : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) (DSM), publié par l'Association Américaine de Psychiatrie (APA), est un manuel de référence classifiant et catégorisant des critères diagnostiques et recherches statistiques de troubles psychiatriques spécifiques. Il est utilisé aux États-Unis, et internationalement à travers le monde, par les cliniciens, chercheurs, psychiatres et compagnies d'assurance santé et pharmaceutiques.
Les diagnostics de pathologie psychiatrique portés à l'aide du DSM, depuis la troisième révision reposent sur l'identification clinique de syndromes et de leur articulation en cinq axes dans une approche statistique et quantitative.
La valeur clinique du DSM, depuis la troisième édition, est l'objet de vives critiques de la part de certains psychiatres et psychologues cliniciens, entre autres ceux qui se référent à la psychopathologie psychanalytique.
En gros et pour résumer, c’est une grille de lecture permettant de diagnostiquer ce qu’ils appellent « désordres mentaux ». Sauf qu’ils n’ont pas prévu une maladie très répandue : « Casopathie : mettre tout dans des petites cases », synonyme d’ « Etiquetopathie : mettre des étiquettes sur tout ». Qui constitue une des maladies de base du mental humain, dont une des représentations est le DSM.
Alors bon, si c’était chargé de bonnes intentions, jusque là y’aurait pas de problèmes, mais si on y regarde de plus près : ne créé-t-on pas certaines maladies « volontairement », sous couvert de vouloir le bien de nos congénères ?
Le DSM, incluant le DSM-IV, est une marque appartenant à l'Association américaine de psychiatrie (APA)3. Cette publication, par laquelle l'APA gagne en fait un "énorme profit" et gagne une popularité considérable auprès du monde de la psychiatrie.
Le DSM-IV est un système de classification catégoriques. Les catégories sont des prototypes, et un patient possédant une approximation proche du prototype est dit comme possédant ce trouble. Chaque catégorie de troubles possède un code numérique tiré de la liste de codes CIM-10, utilisé pour des buts administratifs du service (incluant l'assurance) de la santé.
Le DSM-IV comprend cinq axes qui s'attachent respectivement :
§ Axe I : Les troubles majeurs cliniques
§ Axe II : Les troubles de la personnalité et le retard mental
§ Axe III : Aspects médicaux ponctuels et troubles physiques
§ Axe IV : Facteurs psychosociaux et environnementaux
§ Axe V : Échelle d'Évaluation Globale du Fonctionnement
Dans une certaine mesure, elles intègrent au DSM-IV la notion dimensionnelle de déviation par rapport à une norme. À la différence de la "classification dimensionnelle d'Achenbach" ou des organisations psychologiques des classifications psychanalytiques, le DSM-IV individualise des entités diagnostiques qui sont fréquemment associées, comme par exemple les troubles anxieux et dépressifs.
Les troubles communs de l'Axe I incluent dépression, troubles anxieux, trouble bipolaire, TDA, troubles du spectre autistique, anorexie mentale, boulimie et schizophrénie.
Les troubles communs de l'Axe II incluent les troubles de la personnalité : trouble de la personnalité paranoïaque, trouble de la personnalité schizoïde, trouble de la personnalité schizotypique, trouble de la personnalité borderline, trouble de la personnalité antisociale, trouble de la personnalité narcissique, trouble de la personnalité histrionique, trouble de la personnalité évitante, trouble de la personnalité dépendante, névrose obsessionnelle et retard mental.
Les troubles communs de l'Axe III incluent les lésions cérébrales et autres troubles médicaux/physiques qui peuvent aggraver les maladies existante ou symptômes présents similaires aux autres troubles.
Tant à sa sortie qu'actuellement, l'orientation se voulant « athéorique » du DSM-IV a provoqué des violentes polémiques tant en Europe qu'aux États-Unis. Un article de la revue Prescrire met à nouveau en cause le manque de sérieux et l'arbitraire des rédactions des DSM et indique que de plus en plus de spécialistes prévoient le pire pour la prochaine version, le DSM-5.
De nouvelle pathologies "inutiles et dangereuses" exploitées par les firmes pharmaceutiques pour des indications hasardeuses, notamment les neuroleptiques atypiques pour des troubles anxieux, etc. L'article mentionne aussi
l'abaissement de seuils de diagnostics, toujours dans la même dynamique commerciale.
Il poursuit sur le constat d'une "vision étriquée" de spécialistes disparates. En conclusion, le DSM-5 apparaît comme "
une combinaison dangereuse de diagnostics non spécifiques et imprécis, conduisant à des traitements d'efficacité non prouvée et potentiellement dangereux". Ils recommandent enfin aux praticiens de garder leur distance avec le DSM.
§ Étiquetage : on ne définit la personne qu’à partir d’une attribution qu’on lui fait. Ce processus d’attribution est méconnu.
§ Catégorisation : si on fait un diagnostic, il faut savoir quelle portée il va avoir, il ne faut pas emmurer les gens, définir ce qui fait que ceci ou cela est un trouble psychique.
§ Évaluation restreinte : quand quelqu'un se présente et que l'on n'a que le DSM, on a toutes les chances de lui trouver quelque chose. Il faut d’autres moyens d’évaluer (ne pas oublier de regarder les ressources du patient, regarder ce qui va bien, évaluer le vécu subjectif du trouble, ce qui lui est difficile ou non). Il faut évaluer la personne autant que la maladie. Tenir compte du fait que l'évaluation se fait dans un contexte spécifique et que dans un autre contexte, on n’aurait pas vu les mêmes choses.
§ Risque de céder à une médicalisation excessive de l’état de souffrance : vision de l’homme biomédicale, on compartimentalise l’homme. Le DSM se veut athéorique, il ne fait que décrire les maladies.
Une expertise publiée au mois d'avril 2006 dénonce des conflits d'intérêts de certains experts du comité du DSM-IV qui ont eu ou ont des liens financiers avec l'industrie pharmaceutique. D'après cette étude, cela concerne un tiers des experts ayant exercé leur activité d'experts au profit de firmes pharmaceutiques.
Depuis une dizaine d'années, la prise de conscience croissante de l’importance de la transparence dans les publications biomédicales se reflète par le nombre croissant de revues médicales qui ont adopté des politiques éditoriales de divulgation de conflit d'intérêt financier et par le soutien recueilli par ces politiques au sein des associations professionnelles. Or, si des conflits d’intérêts financiers peuvent biaiser les résultats d’une étude, il y a tout lieu de croire qu’ils peuvent aussi biaiser les recommandations d’un comité d’experts.
Il est avéré que les compagnies pharmaceutiques subventionnent largement les congrès, revues et recherches liés au contenu du DSM, car ce qui y est considéré comme susceptible d’être diagnostiqué a un impact direct sur les ventes des médicaments.
L'expertise a identifié plusieurs catégories d’« intérêts financiers » : avoir perçu des honoraires ou détenir des actions dans une compagnie pharmaceutique, être directeur d’une startup, membres du comité scientifique ou du conseil d’administration d’une entreprise pharmaceutique, être expert pour un litige mettant en cause une compagnie pharmaceutique, détenir un brevet ou un droit d'auteur, avoir reçu des cadeaux d’une compagnie pharmaceutique incluant des voyages, des subventions, des contrats et du matériel de recherche.
Les résultats montrent que parmi les 170 membres des panels du DSM, 95 (56 %) présentaient au moins un des onze types de liens financiers possibles avec une compagnie de l’industrie pharmaceutique. Dans 6 commissions sur 18, des liens avec l’industrie pharmaceutique ont été trouvés chez plus de 80 % des membres. Ces liens concernent 100 % des membres du groupe de travail « Troubles de l’humeur » (n =

et du groupe « Schizophrénie et désordres psychotiques » (n = 7), ainsi que 81 % du groupe « Troubles anxieux » (n = 16), 83 % du groupe « Troubles de l’alimentation » (n = 6), 88 % du groupe « Troubles kinesthésiques liés à la prise de médicaments » (n =

et 83 % du groupe « Troubles dysphoriques prémenstruels » (n = 6).
Parmi les membres répondant aux critères « liens financiers » (n = 95), 76 % avaient bénéficié de subventions de recherche, 40 % de revenus comme consultants, 29 % travaillaient dans la communication, et 25 % recevaient des honoraires d’un autre type. Plus de la moitié des membres ayant un lien financier présentaient plus d’un type de relation financière l’engageant auprès d’une compagnie. Onze membres avaient 5 types de liens.
Étant donné que les catégories de maladies mentales désignées par « Troubles de l’humeur » et « Schizophrénie et autres troubles psychotiques » sont les deux principales catégories pour lesquelles un traitement psychotrope est habituellement proposé, le lien entre le recours au DSM et la consommation des produits des firmes pharmaceutiques est une évidence. Les compagnies pharmaceutiques ont un intérêt direct sur la détermination des troubles mentaux intégrés dans le DSM. La transparence en ce domaine devient cruciale lorsque les liens financiers entre chercheurs et industrie pharmaceutique sont stables et multiples.
Les groupes de travail du DSM présentant les liens avec les industries pharmaceutiques sont ceux qui travaillent dans les champs diagnostiques (e.g. troubles de l’humeur et désordres psychotiques) où l’approche psychopharmacologique constitue le traitement habituel. Le marché des psychotropes étant très rentable, il y a lieu de s'inquiéter, et au minimum d'énoncer une sévère critique à l'égard de certains aspects fonciers de ce manuel de diagnostic. C'est d'autant plus patent comme conclusion que, par exemple,
les antidépresseurs et les neuroleptiques totalisent respectivement des ventes annuelles d'environ 20,3 et 14,1 milliards dollars.
Accorchez vous au pinceau, on enlève l'échelle...
Dieu est humour ! Fervente pratiquante.
L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne.