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Michel Collon contre Rambush


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2 réponses dans ce topic

#1 joel

joel

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Posté 18 février 2003 à 13:25

Voici un article trouvé sur l'excellent site de M. Chossudovsky http://globalresearch.ca/ . Certes, ça remonre déjà à quelques mois, ( 13 septembre 2002 ) mais les arguments de Michel Collon sont toujours aussi pertinents et d'actualité.


Citation

"Rambush" s’arroge le droit d’agresser tout pays sans même un prétexte

Michel Collon répond “à chaud” au discours de Bush à l’ONU

  13 septembre 2002

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Michel Collon animait la mission internationale des “inspecteurs de la paix” en Irak en avril dernier. Il a écrit “Attention, médias! Les médiamensonges du Golfe”, devenu ouvrage de référence sur la désinformation. Michel Collon commente à chaud le discours de Bush...

entrevue de Michel Collon avec David  Pestieau


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Michel Collon. Manifestement, Bush, fort critiqué pour son style Rambo, a voulu se donner une image plus « consensuelle ». Le temps d’un discours. Faire croire que sa guerre pour le pétrole et sa mondialisation incarne la volonté de tous. Or le monde entier a déjà dit qu’il ne voulait pas de cette guerre.

Mais Bush se vante « d’apporter l’aide médicale là où on l’attend désespérément »…

Michel Collon. Comme si c’était le problème ! Si les gens sont désespérés, c’est justement parce que les multinationales affament des pays entiers. Elles détruisent des économies entières. Mais que propose Bush comme « solution » ? « Etendre le commerce et la prospérité qu’il apporte ». Or, justement, tous les pays du tiers monde disent à chaque négociation OMC que ce commerce-là, dominé par les multinationales du Nord, ne cesse de les appauvrir et d’augmenter le fossé. Bush mérite le prix Nobel ! De l’hypocrisie.

Venons-en au fond. Un discours important ?

Michel Collon. Oui, la superpuissance US a formulé une nouvelle doctrine : elle s’arroge le droit d’attaquer n’importe quel pays sans aucune raison, sans même un prétexte (par exemple, que ce pays en aurait envahi un autre), mais simplement sur base de « soupçons ». En fait, les USA se sont arrogé le droit de se comporter en « agresseur » au sens technique du droit international. Ce pays devient officiellement « United States of Aggression ».

« Pas de justification », dites-vous. Mais Bush a avancé plusieurs accusations contre l’Irak.

Accusation n° 1 : violation des droits de l’homme.


Michel Collon. Culotté de la part de Washington qui a soutenu Pinochet, Mobutu, les généraux turcs et leur emploi d’armes chimiques au Kurdistan, les féodaux d’Arabie saoudite (pays sans Constitution !), les généraux d’Indonésie et leur génocide à Timor. Et bien sûr l’apartheid d’Israël.

Mais il décrit ces « femmes torturées en présence de leurs maris, d’enfants torturés en présence de leurs parents »…

Michel Collon. Son père disait que les Irakiens avaient volé 312 couveuses à la maternité de Koweït City : pur médiamensonge made in Hollywood. Que Saddam avait volontairement provoqué une gigantesque marée noire : c’étaient les Etats-Unis eux-mêmes. Qu’il torturait ses prisonniers de guerre : la BBC avait caché la cassette vidéo prouvant le contraire.

Chacune des guerres US des cinquante dernières années a été précédée de gros médiamensonges, discrètement démentis ensuite. Les récits d’atrocités guerrières sont le morceau préféré. Mais chacun sait que les USA refusent une Cour Pénale internationale : ils savent trop que leurs propres généraux et dirigeants accumulent les crimes de guerre : Corée, Vietnam, Nicaragua, Panama, Yougoslavie, Afghanistan…

Accusation n° 2 : L’Irak ne rendrait pas les prisonniers de la guerre de 91 et refuserait d’indemniser les Koweïtiens pour les dommages de guerre...

Michel Collon. Le Koweït n’est pas un pays, mais un régime artificiel créé de toutes pièces par le colonialisme. Il y a quelques mois, Le Monde Diplomatique a montré comment Washington poussait le Koweït à réclamer le retour de personnes décédées. Et à tellement gonfler les dommages réclamés (sans aucune vérification, ni enquête) afin qu’il soit impossible pour l’Irak de rembourser. But : conserver un prétexte de guerre.

Mais le morceau de résistance, c’est les armes de destruction massive.

Michel Collon. Les inspecteurs de l’ONU eux-mêmes ont déclaré que l’Irak avait été désarmé. Leur chef Scott Ritter, un républicain très à droite, a dénoncé les manipulations de Bush.

Pourtant, récemment, les principaux dirigeants US ont insisté sur la menace nucléaire irakienne, prouvée par une photo et un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique...

Michel Collon. Laquelle a démenti aussitôt, disant que la photo ne montrait rien et que son rapport disait le contraire! Ca aussi, c’est culotté ! Israël amasse illégalement plus de cent têtes nucléaires, personne n’en parle. Mais surtout les Etats-Unis sont la plus dangereuse puissance nucléaire du globe : 6000 têtes nucléaires. Et ils se sont officiellement déclarés prêts à les employer, même contre des pays sans nucléaire !

En fait d’armes de destruction massive, ce sont les Etats-Unis qui en ont le plus employé dans l’histoire : Hiroshima, armes biologiques en Corée, “Agent Orange” au Vietnam, etc.

Une vulgaire guerre pour le pétrole, donc ?

Michel Collon. Oui, comme nous le disons depuis 1991, et comme la plupart des dirigeants politiques européens l’admettent à présent. Washington entend contrôler le prix du pétrole (maintenir le vol des matières premières en fait) et contrôler toutes les sources du pétrole (donc pouvoir faire chanter ses rivaux européens et japonais). C’est seulement ça qui inquiète l’U.E.

Qui semble devenir quand même une “force de paix”...

Michel Collon. J’ai été frappé par le ton de Louis Michel au JT spécial RTBF depuis “Ground Zero” New York. On n’arrêtait pas de critiquer Rambo-Bush... Tant mieux si les pays riches sont divisés entre eux. Tant mieux si Bush est isolé.

Mais ne nous faisons pas d’illusions. Sur le fond, Louis Michel, Chirac, Schröder veulent, tout comme Bush, maintenir la domination des multinationales sur les matières premières du tiers monde. Sauf qu’eux pensent d’abord aux multinationales européennes. Et qu’ils craignent qu’un style trop cow-boy enflamme la révolte des pays arabes, provoquant le renversement de régimes pro-occidentaux (Egypte, Arabie, Jordanie...) Ils veulent aussi un Irak à genoux, et tous les Arabes à genoux. Mais par des moyens plus diplomatiques et moins grossiers.

Tous les Arabes à genoux ?

Michel Collon. C’est bien le premier but, en effet. Le Washington Post vient de publier un important article exposant les vues des extrémistes de l’administration Bush : “L'Irak est juste la première pièce du puzzle. Après avoir évincé Saddam les États-Unis auront plus de force d’appui pour agir contre la Syrie et l'Iran, pour être en meilleure position afin de résoudre le conflit israélo-palestinien, et pour moins compter sur le pétrole saoudien. Le but n'est pas uniquement un nouveau régime en Irak; le but est un nouveau Moyen-Orient.”(11/9).

“Résoudre le conflit israélo-palestinien”, c’est évidemment briser l’OLP. Et sans doute déporter les ¨Palestiniens en Jordanie ou en Irak justement. Parler de “première pièce du puzzle” montre bien que Bush a lancé une guerre globale. D’autres pays du Moyen-Orient suivront. Et la Corée. Tout cela pour isoler et encercler l’adversaire final, la Chine, et faire main basse sur son marché convoité. En fait, pour sortir de la crise, le système capitaliste a besoin de recoloniser les territoires qui lui ont échappé, même en partie. C’est ça la guerre globale : la recolonisation totale du monde.

La guerre, conséquence de la crise ?

Michel Collon. Et aggravation de la crise! Cette guerre-ci pourrait faire flamber le prix du pétrole. Multipliant les faillites et restructurations. Que les travailleurs paieront bien sûr: licenciements, dérégulation sociale, augmentation des budgets militaires...

En Europe aussi?

Michel Collon. Bien sûr. Le social va payer pour les marchands de canons! Relisez le document du président belge du Sénat, critiquant Bush, pour avancer ensuite les pions propres des multinationales européennes de l’armement : “Il faut maintenant en tirer toutes les conséquences politiques, budgétaires

(je souligne),structurelles et opérationnelles : les Européens devront très prochainement envisager la créatuion d’une véritable armée européenne directement financée par le budget communautaire.” (Le Soir, 10/11, p. 13). Ce que j’avais annoncé dans mon livre Monopoly, au lendemain de la guerre contre la Yougoslavie.

Vous n’avez pas confiance dans les réserves exprimées par Schröder et Chirac?

Michel Collon. Ils avaient aussi émis des réserves, moins fortes il est vrai, avant la guerre contre la Yougoslavie. Mais ils font déjà le jeu de Bush en faisant semblant que le problème, c’est les inspections, et en refusant la juste exigence irakienne : des inspections, oui mais sans les espions de la CIA et avec un calendrier pour mettre fin à l’embargo qui assassine.

Justement, Bush dit “n’avoir rien contre le peuple irakien”.

Michel Collon. Ils n’ont jamais rien contre les peuples bombardés, leurs guerres sont toujours humanitaires ! Mais les experts avertissent : une invasion, même limitée, tuerait un million d’Irakiens en démantelant le système central qui les approvisionne en nourriture dans les conditions d’embargo. Ce serait une guerre aux conséquences encore plus barbares dans ce pays étranglé.

A quoi faut-il s’attendre ?

Michel Collon. Comment avant chaque guerre: nous allons avoir une phase de médiamensonges quotidiennement ressassés, de mises en scène CNN, du bourrage de crâne pour faire peur aux gens, qu’ils croient que vraiment l’Irak les menace.

Et une provocation majeure. L’Ouest fera à l’Irak une offre volontairement inacceptable : imposer des inspections avec des forces militaires occidentales d’occupation. Ce qu’ils avaient proposé en 99 à la Yougoslavie, juste afin d’avoir un prétexte pour la bombarder (cfr Michel Collon, Monopoly, ed. EPO, 2000, pp. 38-41). Et l’U.E. marchera en se vantant d’avoir obtenu (à coups de chantages en coulisses) une approbation par l’ONU.

C’est à désespérer, alors ?

Michel Collon. Non, si l’U.E. hésite c’est à cause de la résistance des Palestiniens, des masses arabes, et aussi de pas mal de travailleurs en Europe. Et même aux USA: nos amis US annoncent une très grosse mobilisation pour leur manif du 26/10. Bruxelles manifestera le 27, Londres le 28...

Qui veut arrêter cette guerre, n’a pas trente-six solutions : seule la mobilisation et l’unité internationale des peuples peut mettre en échec Rambush & C° !


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Copyright Michel Collon 2002,  For fair use only/ pour usage équitable seulement .


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The URL of this article is:http://globalresearch.ca/articles/COL209A.html


#2 ferma

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Posté 18 juin 2005 à 23:44

Casquer pour l'Euro-Armée ?
De: Michel Collon, juin 2005

Pacifique, l'Europe ? Le débat sur la Constitution n'a pas assez abordé un point essentiel. Ce traité ouvre la porte à l'augmentation des budgets militaires, au détriment du social. L'Europe cherche à concurrencer les USA aussi sur le terrain de la guerre. Récemment, Alliot-Marie, ministre française de l'Armée, a réclamé que l'UE augmente de 45 milliards d'Euros/an ses dépenses en équipement et recherche militaires. Elle a commandé un rapport exigeant aussi la privatisation de certaines activités militaires. (Financial Times, 06/06/2005 p. 1) Ceci confirme ce qu'annonçait notre livre Monopoly - L'Otan à la Conquête du monde, après la guerre contre la Yougoslavie.

Extrait :
Naissance de l'Euro-armée: nous allons casquer MICHEL COLLON L'unification européenne se poursuit aussi au plan politique. Après avoir brillamment fait ses preuves contre la Yougoslavie, (écrit en janvier 2000 - ndlr) Javier Solana est nommé Monsieur Défense de l'Union Européenne. Avec deux missions: 1. Unifier les armées et armements européens sous la direction de Berlin et du groupe Dasa-Matra. 2. Obliger plusieurs pays, dont la Belgique, à augmenter leurs dépenses militaires. Les choses ne traînent pas. Dès la fin novembre 99, les quatre grands -- Berlin, Paris, Londres et Rome -- se mettent d'accord pour une politique militaire commune: 60.000 euro-soldats prêts à attaquer partout «sur des théâtres de crise hors d'Europe», un état-major militaire européen, un commandement européen de transport aérien, la construction d'un avion transporteur de troupes, un satellite commun d'espionnage militaire, etc. Manifestement, ce plan n'a rien à voir avec la «défense de nos territoires» (contre qui, d'ailleurs?), mais tout à voir avec des opérations offensives. Et toutes les décisions seront prises par des ministres, généraux et ambassadeurs. Aucun contrôle démocratique.80 Cette montée du militarisme est alarmante. Cela veut dire que le sort infligé à la Yougoslavie, d'autres pays peuvent s'y préparer: l'Europe de l'Est si elle se révolte, le Caucase riche en pétrole, le Moyen-Orient et l'Algérie pour la même raison, le Congo... D'ailleurs, exactement au même moment, Chirac et Schröder annoncent qu'ils prévoient un voyage commun en Afrique «afin de marquer leur intérêt commun pour les problèmes africains»81 Quels problèmes? Ne s'appelleraient-ils pas «diamants, cuivre, uranium et pétrole»? Ce ne serait pas la première fois que la France interviendrait militairement en Afrique. Avec, cette fois, une dimension et un drapeau européens, question d'augmenter son poids face aux Américains? En fait, l'Union Européenne veut se donner les moyens, elle aussi, de mater les pays récalcitrants.

Certains, même à gauche, appellent à renforcer la puissance européenne qui aurait «davantage une tradition de paix que les USA, et qui serait plus diplomatique, plus ouverte au dialogue.» Une «tradition de paix»? Attention à l'amnésie. Deux guerres mondiales ont commencé en Europe. Quant à la tradition de paix de la France, il faudrait peut-être demander leur avis aux peuples du Maroc, d'Algérie et de tant d'autres pays africains qui ont subi des massacres nombreux. Idem pour la Grande-Bretagne, couverte de sang aux quatre coins du monde (et récemment encore par ses bom- bardements sur l'Irak). Sans oublier que l'Allemagne, pour s'assurer un accès à la Méditerranée, a délibérément provoqué la guerre en Yougoslavie, comme nous l'avons exposé aux chapitres 2 et 4 de notre livre Poker menteur.

On prétend aussi, parfois, que «l'Europe serait mue par les valeurs, les Etats- Unis par les intérêts». Ceci pose une question fondamentale. Les multinationales européennes seraient-elles meilleures et plus morales que les multinationales US? On peut en douter à voir l'exemple de la Générale belge qui a fait assassiner Lumumba et imposé par le sang le tyran Mobutu. Ou l'exemple de la corruption organisée par Elf et de la collaboration de Tractebel avec la maffia du Kazakhstan. Ou encore l'exemple de Total ou Shell, s'appuyant sur les pires dictatures (Birmanie, Colombie, Nigéria...) pour augmenter leurs profits pétroliers. Y aurait-il des multinationales amorales et d'autres morales? Ou y aurait-il seulement une loi du profit maximum, loi s'imposant à chaque multinationale sous peine de disparaître, loi objective plus puissante que toute moralité? Une multinationale (européenne) plus faible qu'une autre (américaine) n'est pas plus pacifique. Elle cherche seulement à conquérir les moyens de devenir la plus forte. Toute illusion sur ce point serait très dangereuse.

VOIR AUSSI : Pourquoi ne parle-t-on jamais des 8ème et 10ème corridors ? http://www.michelcol...mage=img/livres /Monopoly_Kosovo/96_petrole_gaz_corridors_strategiques. jpg

Table des matières du livre Monopoly: http://www.michelcol...fo/table_mo.php

#3 ferma

ferma

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Posté 21 juin 2005 à 09:59

La politique de la souveraineté
Abdul-Ilah & Hana Al-Bayaty   Envoyer à un(e) ami(e)    Imprimer  
hanaalbayati@yahoo.fr
  
Le grand quotidien égyptien Al Ahram vient de publier cette proclamation de la légitimité de la résistance par deux opposants à l'occupation...  
  
La politique de la souveraineté
La résistance à l’occupation de l’Irak représente la continuité de l’Etat irakien

Seuls ceux qui ne sont pas conscients des outils et méthodes de propagande utilisés au cours de l’histoire par les puissances impérialistes pour diviser et conquérir les peuples pourraient croire que l’Irak connaît aujourd’hui un véritable processus politique censé bâtir un Etat unifié, doté d’une constitution durable.
Il est clair que l’occupation est une tentative de construire trois protectorats si faibles et si antagonistes que les Irakiens ne seront pas en mesure de se débarrasser du contrôle militaire, politique et économique des Américains. Aujourd’hui, en Irak, nul réel processus politique ne tend à construire un Etat unifié, respecté de tous les Irakiens et du monde entier. Les citoyens qui participent à ce que les Américains appellent un processus politique ne peuvent construire un Etat irakien unifié et ce n’est nullement leur intention non plus. Les Kurdes tentent de bâtir un Etat dans l’Etat afin de s’assurer le contrôle de Kirkuk et d’engager un processus d’indépendance.
Dans le sud du pays, le parti du Premier ministre Ibrahim Al-Jaafari, l’Alliance irakienne unie, met sur pied un Etat religieux semblable à l’Iran et allié avec lui. Ces groupes ont temporairement forgé une alliance de convenance contre la résistance mais n’œuvrent en aucun cas à la construction d’un Etat irakien unifié pour tous les citoyens du pays.
Parler de participation « sunnite » ou de celle de quelque groupe partisan ou religieux que ce soit dans le processus politique, c’est faire le jeu des dissensions et des querelles entre Irakiens. Bien sûr, les sunnites en Irak représentent une couche sociale spécifique dotée de sa propre identité religieuse, mais ils refusent toutefois de s’engager dans un processus politique qui leur conférerait une identité à part, distincte de celle des autres Irakiens. Cette idée s’est déjà manifestée dans le passé, en Irak, dans l’histoire des mouvements nationalistes arabes, y compris celle du parti Baath ou des mouvements de gauche. Si les sunnites acceptent une séparation s’appuyant sur des considérations sectaires, ils seront forcés d’accepter la division de l’Irak en sectes et groupes ethniques et c’est précisément ce à quoi ils s’opposent avec véhémence aujourd’hui.
Du point de vue du droit international, la guerre préventive contre l’Irak et l’occupation qui s’en est suivie sont illégales. Les Nations unies ont été créées dans le but spécifique de répondre à de tels crimes contre la paix et dans une tentative de protection des générations futures contre de tels conflits. La doctrine de la guerre « préventive » est incompatible avec le droit international qui limite l’usage de la force à l’autodéfense, en particulier dans des situations où un Etat a subi une attaque armée ou une agression. Par conséquent, l’invasion de l’Irak sans l’approbation du Conseil de sécurité, de même que l’occupation qui s’en est suivie, sont illégales.
Bien que les Etats-Unis considèrent la garantie de leurs intérêts propres comme la définition même du droit international, depuis 1945, les relations internationales entre les Etats indépendants ont été régies par la Charte des Nations unies via le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale. Aucun de ces deux organes n’a déclaré la guerre à l’Irak. Au contraire, la Résolution 2649 de l’ONU, adoptée par l’Assemblée générale du 30 novembre 1970, « affirme la légitimité de la lutte que mènent les peuples asservis à une domination coloniale et étrangère et auxquels on a reconnu le droit à disposer d’eux-mêmes pour recouvrer ce droit par tous les moyens dont ils disposent ».
La souveraineté irakienne est sous la protection de la Charte des Nations unies, du traité de La Haye et des conventions de Genève. Ces traités énoncent les obligations des puissances occupantes, obligations qui affirment que les lois promulguées sous l’occupation l’ont été par et pour l’occupation et non par un Etat indépendant, qu’elles ne peuvent en aucun cas revêtir un caractère permanent et qu’aucun Etat n’a le droit de décider des institutions politiques d’un autre. Par conséquent, le projet de constitution permanente pour l’Irak occupé est illégal et injustifiable.
Comment peut-on rédiger une constitution définitive quand plus de 150.000 soldats américains mènent des opérations militaires chaque jour contre des villes et des villages irakiens, quand les prisons débordent de prisonniers politiques, quand les citoyens vivent sous la loi martiale et n’ont même pas le droit de se réunir et quand les Etats-Unis contrôlent les forces de sécurité, l’armée, l’économie, les tribunaux et toutes les institutions de quelque importance ? Comme l’écrit Eman Khammas, d’Occupation Watch : « Vous devez expliquer au monde extérieur ce que l’occupation a apporté à l’Irak. Comment elle l’a détruit en tant qu’Etat, pays, nation et puissance. Vous devez au moins parler des atrocités commises chaque jour contre les droits de l’homme. Nous ne nous sentons pas en sécurité dans nos propres maisons. » Qu’est-ce qu’une constitution permanente sinon les principes et mécanismes sous lesquels les citoyens peuvent vivre ensemble pacifiquement et sont acceptés par tous, sans violence ni intimidation ? L’occupation est la forme suprême de la dictature, puisqu’elle tente d’imposer la loi par des moyens militaires.
Selon la commission électorale présidée par Abdul-Hussein Al-Hindawi, huit millions d’Irakiens ont voté, sur les quatorze millions habilités à le faire, et six millions ont boycotté les élections. Parmi les votants, deux millions sont des Kurdes et ils ont leur propre parlement. En outre, seulement 20 pour-cent des quatre millions d’Irakiens en exil ont voté. Le but des récentes élections irakiennes était de désigner une institution capable de rédiger une constitution. Toutefois, une moitié de la population a-t-elle le droit de rédiger une constitution pour l’autre moitié et d’agresser violemment celle-ci quand elle refuse ses conditions ? Le gouvernement a-t-il le droit de réprimer la moitié de la population pour la simple raison que la puissance d’occupation le force à le faire ? Si la moitié seulement des Irakiens habilités à voter l’a fait, quel genre de légitimité autorise le gouvernement irakien à rédiger une constitution définitive pour la totalité des citoyens irakiens ?
Le nouveau gouvernement irakien a été installé sur base de l’acceptation de la loi de transition imposée par l’administrateur civil américain Paul Bremer et approuvée par le conseil gouvernemental intérimaire et non élu. Ces deux organes étaient illégaux. Le mouvement hostile à l’occupation refuse cette dernière ainsi que les lois qui en résultent, à l’instar de l’ayatollah Al-Sistani, qui a refusé ouvertement les fameuses « ordonnances de Bremer » et s’y est opposé. Les Nations unies ont ignoré ces ordonnances de Bremer parce qu’elles ne respectaient pas les principes du droit international et les Irakiens ont boycotté massivement les élections parce que le but avoué de celles-ci était de légitimer l’occupation et les lois qui en découlaient.
Ceux qui soutiennent les mesures de la coalition citent volontiers en exemple la capitulation de l’Allemagne et du Japon, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, afin de justifier leur droit de rédiger une constitution définitive pour l’Irak. C’est ce qu’ils appellent bâtir une nation. En Irak, il n’y a pas eu de capitulation et aucun représentant de l’ancien Etat n’a donné aux Américains le droit de déterminer l’avenir de l’Irak via une reddition ou quelque traité. Ni l’ancien régime, ni l’armée ni le gouvernement de l’Irak n’ont accepté les ordonnances de Bremer. Au contraire, une section importante de l’armée et du peuple irakien a décidé de résister.
C’est pourquoi, conformément aux principes du droit international, la résistance politique, civile et militaire irakienne représente la continuité de l’Etat irakien indépendant. Les Etats-Unis ont mené une guerre d’agression, non seulement pour renverser le régime de Saddam Hussein, mais pour détruire l’Etat irakien, l’abolir et en créer ensuite un nouveau, très faible.
Après s’être opposées à la guerre dès le début, certaines sections du mouvement original contre la guerre légitiment désormais l’occupation au nom du renversement réussi de l’ancien régime oppresseur. Mais le fait de lutter contre la politique de Saddam Hussein ne signifie nullement que l’on accepte l’abolition de l’Etat irakien ni les lois politiques répressives édictées par l’occupation contre les baathistes et qui visent plus d’un million de personnes tout en s’opposant à toutes les valeurs de la justice, de la démocratie et des droits de l’homme, ni que l’on accepte la répression qui s’exerce contre les forces s’opposant à l’occupation.
Si les Etats-Unis n’ont pas le droit de conquérir un Etat indépendant ni de bâtir à sa place un nouvel Etat, qui, dans ce cas, représente le peuple irakien ? La résistance, en luttant par des moyens différents contre l’occupant et ses lois, représente la continuité de l’Etat irakien. La résistance lutte pour sauvegarder les ressources naturelles, les réformes agraires et pour restaurer les infrastructures, les systèmes de l’éducation et des soins de santé qui sont actuellement détruits par l’occupation. La résistance représente en toute légalité le peuple irakien et son indépendance jusqu’au moment où ce même peuple irakien aura la possibilité de créer librement un nouvel Etat, indépendant de toute influence extérieure. Représenter la continuité de l’Etat ne signifie pas nécessairement représenter l’ancien régime, puisqu’il y a une différence entre la notion de l’Etat et celle d’un gouvernement particulier.
Le peuple de l’Irak a besoin d’un Etat démocratique propre à ses citoyens, indépendant de toute hégémonie, régionale ou internationale, qui gère ses propres affaires et intérêts pacifiquement et démocratiquement, avec la capacité de pouvoir exercer une souveraineté complète sur son territoire et ses ressources. Il a besoin d’un Etat dans lequel la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des Droits de l’Homme font partie de la Constitution. Cela ne sera possible qu’après le retrait complet et inconditionnel de toutes les troupes étrangères d’occupation du sol irakien.

Abdul-Ilah Al-Bayaty est un analyste politique irakien installé en France et Hana Al-Bayaty est membre du Comité organisateur du BRussells Tribunal on Iraq.

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