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Le mariage sacré, l'union interdite


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#151 atrahasis

atrahasis

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Posté 18 janvier 2012 à 20:01

Le mythe d’Osiris

Je recopie en extraits le texte de Frazer, hélas avec de nombreuses coupures puisque le sujet s'étale sur une centaine de pages et qu'il m'est impossible de tout citer.

Citation

Chapitre premier
LE MYTHE D’OSIRIS

Importance et antiquité du dieu Osiris

Dans l’ancienne Égypte, le dieu dont on célébrait chaque année la mort et la résurrection avec des alternatives de douleur et de joie était Osiris, le plus populaire des dieux égyptiens ; il y a de solides raisons pour le ranger, sous l’un de ses aspects, avec Adonis et Atys comme personnification des grandes vicissitudes annuelles de la nature et singulièrement du blé. Mais l’immense vogue dont il a joui pendant des siècles conduisit ses adorateurs à lui annexer les attributs et les pouvoirs des autres dieux ; aussi n’est-il pas toujours aisé de le dépouiller, pour parler ainsi, de ses plumes de paon et de les rendre à leurs véritables propriétaires. (…)

L’histoire d’Osiris n’est contée sous la forme d’un récit suivi que par un seul, Plutarque ; ce récit a été confirmé et, dans une certaine mesure élargi, à l’époque moderne, par les preuves tirées des monuments. Des textes qui illustrent le mythe ou la légende d’Osiris, les plus anciens sont une longue série d’hymnes, de prières, d’incantations et de liturgies, gravés en hiéroglyphes sur les murs, les couloirs et les galeries de cinq pyramides à Sakkara. Ces anciens textes sont connus, d’après l’endroit où ils furent découverts, sous le nom de Textes des Pyramides. Ils datent de la Ve et de la VIe dynastie ; la période où on les grava sur les pyramides s’étendit, approximativement, sur 150 ans à partir d’environ 2625 avant J-C.  Il semble, d’après leur contenu, que beaucoup de ces documents furent rédigés bien antérieurement, car il y a dans certains d’entre eux des références à des écrits qui ont disparu, et aussi des allusions politiques qui paraissent faire remonter ces textes à une époque où les royaumes du nord et du sud étaient encore des États hostiles et indépendants et ne s’étaient pas fondus en un seul royaume sous la souveraineté d’un seul et puissant monarque. Comme l’union des royaumes semble s’être produite 3400 ans environ avant notre ère, l’ensemble de la période couverte par la composition des Textes des Pyramides n’était probablement guère inférieure à un millier d’années. Ces documents forment ainsi le plus ancien corps de littérature religieuse que nous ait laissé le monde antique ; ils occupent dans l’histoire de la langue et de la littérature égyptiennes une place analogue à celles des hymnes et des incantations védiques dans l’histoire de la langue et de la civilisation des Aryens.

Le but spécial pour lequel ces textes furent gravés sur les pyramides était d’assurer la vie et la félicité éternelles des rois défunts qui dormaient sous ces monuments colossaux. Aussi la note dominante est partout une protestation pressante et passionnée contre la réalité de la mort : le mot « mort » ne se  rencontre jamais dans les Textes des Pyramides que pour être nié avec mépris ou appliqué à un ennemi. Sans cesse et sans cesse revient l’indomptable assurance que le mort n’est pas mort, mais qu’il vit. « Le roi Tétin n’est pas mort, il est devenu l’un des glorieux à l’horizon… » « Oh ! roi Ounas ! Tu n’es point parti mort, tu es parti vivant… » « Tu es parti pour pouvoir vivre, tu n’es pas parti pour mourir… » « Tu ne meurs point… » « Ce roi Pépi ne meurt point… » « Avez-vous dit qu’il mourrait ? Il ne meurt pas ; ce roi Pépi vit à jamais. » « Vis ! Tu ne mourras point… » « Tu vis, tu vis, lève-toi. » « Tu ne meurs pas, lève-toi, lève-toi… » « O toi, qui es élevé parmi les Étoiles impérissables, tu ne péris point pour toujours ». Ainsi, pour les rois égyptiens, la mort disparaissait dans la victoire ; et les Égyptiens en deuil pouvaient dire au milieu de leurs larmes, comme les chrétiens en deuil, des milliers d’années après, « O mort, où est ton aiguillon ? O tombe, où est ta victoire ? » (…)

La légende d’Osiris
Osiris était le fruit d’une intrigue entre le dieu de la terre Geb (nom jadis lu Seb) et la déesse du ciel Nout ; les Grecs identifiaient ses parents avec leurs divinités Cronos et Rhéa. Lorsque le dieu-soleil Ra s’aperçut que sa femme Nout l’avait trompé, il la maudit et déclara qu’elle ne pourrait accoucher dans aucun mois, ni dans aucune année. Mais la déesse avait un autre amant, le dieu Thot, ou Hermès, comme les Grecs l’appelaient ; celui-ci, en jouant aux dames avec la Lune, lui gagna la 72e partie de chaque jour et, ayant formé 5 jours entiers avec ces fractions, il les ajouta aux 360 de l’année égyptienne. Telle était l’origine légendaire des 5 jours supplémentaires que les Égyptiens inséraient au début de chaque année pour mettre d’accord le temps lunaire et le temps solaire. Ces 5 jours, considérés comme étant en dehors (épagomènes) de l’année de douze mois, échappaient à la malédiction du dieu-soleil ; aussi Osiris était-il né le premier de ces cinq jours. Au moment de sa naissance, une voix retentit pour proclamer que le « Maître de Tout » était venu au monde.  Certains disent qu’un nommé Pamylès entendit une voix lui ordonnant de proclamer très haut qu’un grand roi, le bienfaiteur Osiris, était né. Mais Osiris n’était pas le seul enfant de sa mère. Le second de ces jours supplémentaires, elle mit au monde Horus l’Aîné, le troisième le dieu Seth qui les Grecs appelaient Typhon, le quatrième la déesse Isis, et le cinquième la déesse Nephtys. Seth épouse plus tard sa sœur Nephtys et Osiris sa sœur Isis.

Osiris, régnant sur terre comme roi, fit sortir les Égyptiens de la barbarie, leur donna des lois et leur apprit à adorer les dieux. Avant lui, les Égyptiens étaient cannibales. Mais Isis, la sœur et l’épouse d’Osiris, découvrit le blé et l’orge qui croissaient à l’état sauvage et Osiris introduisit la culture de ces céréales dans son royaume ; les Égyptiens abandonnèrent aussitôt le cannibalisme et se mirent docilement au régime du blé. On disait en outre qu’Osiris avait été le premier à cueillir les fruits des arbres, à appuyer la vigne sur des échalas et à fouler les raisins. Désireux de communiquer ces bienfaisantes découvertes à tout le genre humain, il confia le gouvernement de l’Égypte à sa femme Isis et voyagea dans le monde, répandant, partout où il allait, les bienfaits de la civilisation et de l’agriculture. Dans les pays qu’un climat rigoureux ou un sol ingrat privaient de la vigne, il apprit aux habitants à se consoler du manque de vin en brassant de la bière, tirée de l’orge. Chargé des richesses dont les nations reconnaissantes l’avaient comblé, il retourna en Égypte où on le salua et on l’adora unanimement comme un dieu, à cause des bienfaits qu’il avait conférés au genre humain. Mais son frère Seth (Typhon), avec soixante-douze autres, forma un complot contre lui. (…)

(Je passe ici, la légende d’Osiris peut-être trouvée partout sur le net, par exemple http://ossiris.freehosting.net/)

Tombeaux et culte d’Osiris mort
Tel est le mythe ou la légende d’Osiris, comme le racontent les écrivains grecs, et augmenté par des remarques ou des allusions plus ou moins fragmentaires, tirées de la littérature égyptienne. Une longe inscription trouvée au temple de Dendérah a conservé une liste des tombes du dieu ; d’autres textes indiquent les parties de son corps que l’on conservait comme de saintes reliques dans chacun des sanctuaires. Son cœur était à Athribis, sa colonne vertébrale à Busiris, son cou à Létopolis et sa tête à Memphis. Comme il arrive souvent dans ces cas, certains de ses membres divins s’étaient multipliés d’une façon miraculeuse. Sa tête, par exemple, se trouvait à Abydos aussi bien qu’à Memphis et ses jambes, qui étaient remarquablement nombreuses, auraient suffi à plusieurs mortels ordinaires. Cependant, sous ce rapport, Osiris n’était en rien comparable à saint Denys, dont on ne compte pas moins de sept têtes, toutes absolument authentiques.

Selon des récits égyptiens qui complètent celui de Plutarque, lorsqu’Isis eut trouvé le corps de son Osiris, elle et sa sœur Nephtys s’assirent auprès du corps et prononcèrent une lamentation qui devint plus tard le type de toutes les lamentations égyptiennes pour les morts. « Viens dans ta maison, disaient-elles dans leurs plaintes, viens dans ta maison. O dieu On ! viens dans ta maison , toi qui n’as pas d’ennemis. O beau jeune homme, viens dans ta maison pour que tu puisses me voir. Je suis ta sœur que tu aimes ; (…) Ces lamentations en l’honneur du bel adolescent emporté à la fleur de l’âge nous rappellent les lamentations en l’honneur d’Adonis. Le titre qu’on lui donne, Ounefer « l’Etre bon », indique les bienfaits que l’on attribuait universellement à Osiris ; c’était à la fois un de ses titres les plus communs et un de ses noms comme roi.

Osiris ressuscité comme roi et juge des morts
Les lamentations des deux sœurs affligées ne furent pas vaines. Le dieu-soleil Ra, compatissant à leur douleur, envoya du ciel le dieu à tête de chacal Anubis. Celui-ci, avec l’aide d’Isis et de Nephtys, de Thoth et d’Horus, replaça ensemble les morceaux du corps du dieu assassiné, l’enveloppa de bandages de toile et accomplit tous les autres rites que les Égyptiens avaient coutume d’observer avec les corps des défunts. Isis éventa alors l’argile froide avec ses ailes : Osiris revint à la vie et, dés lors, régna comme roi sur les morts de l’autre monde. Il y portait le titre de Seigneur du monde souterrain, Seigneur de l’Éternité, Souverain des morts.  C’est aussi dans ce monde souterrain, dans la grande salle des Deux-Justices, qu’assisté par quarante-deux assesseurs venus chacun d’un des principaux Nomes de l’Égypte, présidait comme juge au jugement des âmes des morts : ceux-ci faisaient devant lui leur confession solennelle et, après que leur cœur avait été pesé dans la balance de la Justice,  ils recevaient la récompense de leur confession, ou plutôt la profession de foi que [/i]le Livre des Morts[/i] met dans la bouche des défunts comparaissant devant Osiris, montre sous un jours très favorable la moralité des anciens Égyptiens. En rendant compte de sa vie, le défunt protestait solennellement qu’il n’avait pas opprimé ses compatriotes, qu’il n’avait fait pleurer personne, qu’il n’avait commis ni meurtre, ni fornication, qu’il n’avait pas  porté de faux témoignages, qu’il n’avait pas falsifié la balance, qu’il n’avait pas pris le lait de la bouche des nourrissons, qu’il avait donné du pain à celui qui avait faim, de l’eau  à celui qui avait soif et des vêtements à celui qui était nu. Les épitaphes des tombeaux égyptiens ne contredisent pas ces professions : elles révèlent, sinon la pratique morale,  du moins les idéaux moraux de ceux qu’elles recouvraient. C’est ainsi qu’un homme dit dans une épitaphe : « J’ai donné du pain à ceux qui avaient faim et des vêtements à ceux qui étaient nus ; j’ai fait traverser dans mon bateau ceux qui n’avaient pas de barque. Je fus un père pour l’orphelin, un mari pour la veuve, un abri contre le vent pour ceux qui avaient froid. Je fus un de ceux dont la parole était bonne. J’ai gagné ma subsistance  dans la justice ». Ceux qui avaient agi ainsi dans leur vie mortelle et avaient été acquittés aux Grandes Assises allaient désormais demeurer, croyait-on, dans un pays où le blé croissait plus haut que sur terre, où les moissons étaient toujours abondantes, les arbres toujours verts et les épouses pour toujours jeunes et belles.

Nous n’avons pas d’informations bien claires sur le sort que les Égyptiens croyaient réservé aux méchants après la mort. Dans les scènes qui représentent le Jugement dernier, on voit, accroupi à côté des balances dans lesquelles on pèse le cœur des morts, un animal monstrueux connu sous le nom de « Mangeuse des Morts ». Il a la tête d’un crocodile, le tronc d’un lion, et le derrière d’un hippopotame. Certains croient que l’on abandonnait à ce monstre farouche, pour qu’il les dévorât, les âmes de ceux dont le cœur avait été pesé et trouvé insuffisant ; mais cette opinion paraît être conjecturale. « En général, il semble que l’animal ait été placé là simplement comme gardien de l’entrée des Champs des Bienheureux, mais quelquefois on le compare à Seth. Ailleurs, on dit que les juges des morts tuent les méchants et boivent leur sang. Bref, ici aussi nous nous trouvons en présence de témoignages qui se contredisent et nous pouvons seulement en conclure qu’il ne paraît pas y avoir eu chez les habitants de la vallée du Nil un accord général sur le sort final des méchants. »

La résurrection d’Osiris assure l’immortalité aux hommes
Dans la résurrection d’Osiris, les Égyptiens voyaient pour eux-mêmes le gage d’une vie éternelle outre-tombe. Ils croyaient que chaque homme vivrait à jamais dans l’autre monde, si seulement ses amis survivants faisaient pour son corps ce que les dieux avaient fait pour le corps d’Osiris. Aussi les cérémonies qu’observaient les Égyptiens à propos des morts étaient-elles une exacte copie de celles qu’Anubis, Horus et les autres avaient accomplies sur le dieu défunt. « C’était à chaque enterrement la représentation du mystère divin qui s’était accompli autrefois autour d’Osiris, quand son fils, ses sœurs, ses amis s’étaient réunis autour de ses restes mutilés et avaient réussi par leurs incantations et leurs manœuvres à en faire la première momie, puis avaient ranimé cette momie et lui avaient fourni les moyens de reprendre une vie particulière au-delà du tombeau. La momie du mort était Osiris, les pleureuses ses deux sœurs, Isis et Nephtys ; Anubis, Horus, tous les dieux de la légende osirienne se pressaient autour de lui ».  Dans ce drame solennel de la mort et de la résurrection, le rôle principal était joué par le célébrant qui représentait Horus, le fils d’Osiris mort et ressuscité.  Il ouvrait, dans les formes, les yeux et la bouche du mort en les frottant, ou en faisant semblant de les frotter, quatre fois avec le cœur sanglant et la cuisse d’un taureau sacrifié ; après quoi, on feignait d’ouvrir véritablement la bouche de la momie ou de la statue avec certains instruments réservés spécialement à cet effet. On sacrifiait aussi des oies et des gazelles en les décapitant ; on supposait qu’elles représentaient les ennemis d’Osiris qui, après le meurtre de l’homme divin, avaient cherché à échapper au juste châtiment de leur crime, mais avaient été découverts et décapités.

Ainsi, tout Égyptien mort était identifié avec Osiris et portait son nom. A parti du Moyen Empire, ce fut régulièrement l’usage d’appeler le défunt « l’Osiris N. » comme s’il était le dieu lui-même, et d’ajouter constamment l’épithète juste de voix, c’est-à-dire justifié ou sincère dans ses paroles, parce que la sincérité était caractéristique d’Osiris. Les milliers de tombeaux, avec des inscriptions et des peintures, que l’on a ouverts dans la vallée du Nil, prouvent que le mystère de la résurrection s’accomplissait pour chaque Égyptien qui mourrait ; de même qu’Osiris était mort et s’était levé d’entre les morts, ainsi tous les hommes espéraient se lever comme lui d’entre les morts et atteindre à la vie éternelle. (…)

Chapitre V
LA NATURE D’OSIRIS

Osiris, dieu du blé

L’examen du mythe et du rituel d’Osiris qui précède peut suffire à prouver que, sous l’un de ses aspects, le dieu était une personnification du blé dont on peut dire qu’il meurt et revient à la vie chaque année.  A travers toute la pompe et l’auréole dont les prêtres plus tard revêtirent son culte, la conception d’Osiris comme dieu du blé ressort clairement dans la fête de sa mort et de sa résurrection que l’on célébrait au mois de Khoiak et, à une période ultérieure, au mois d’Athyr. Cette fête paraît avoir été essentiellement une fête des semailles qui tombait justement à la date où le paysan confiait les graines à la terre. A cette occasion, on enterrait, avec des rites funéraires, une effigie du dieu du blé faite de terre et de blé ; on espérait qu’en mourant là ; il pourrait revenir à la vie avec la nouvelle récolte. La cérémonie était, en fait, un charme destiné à faire pousser le blé par magie sympathique, et nous pouvons supposer qu’il était pratiqué comme tel, dans une forme très simple, par tous les paysans égyptiens sur leur champ, longtemps avant que les prêtres l’aient adopté et transposé dans le rituel officiel du temple. Dans la coutume arabe moderne, mais sans doute ancienne (enterrer une gerbe de froment, « le Vieil Homme », dans le champ de la moisson et prier pour qu’il revienne d’entre les morts), nous voyons le germe qui s’est probablement développé en culte du dieu du blé, Osiris. (…)

(…) Il est de même bien naturel qu’on ait raconté du dieu du blé lui-même la légende d’après laquelle Osiris avait été le premier à enseigner aux hommes l’usage du blé. L’histoire de ses restes déchirés, dispersés dans tout le pays et enterrés en différents endroit est peut-être une façon d’exprimer par un mythe soit l’acte des semailles, soit celui du vannage du blé. La légende, qui montre Isis plaçant les membres épars d’Osiris dans un van, vient à l’appui de la seconde de ces interprétations. Ou, plus probablement, la légende pourrait être l’écho d’un usage où une victime humaine, peut-être un représentant de l’esprit du blé, était mise à mort et ses cendres répandues sur les champs pour les fertiliser.  Dans l’Europe moderne, on déchire quelquefois en morceaux l’effigie de la Mort et on enterre ces morceaux pour faire pousser de belles récoltes ; dans d’autres parties du monde, on traite de la même façon des victimes humaines. En ce qui concerne les anciens Égyptiens, nous savons, par le témoignage de Manéthon, qu’ils brûlaient des hommes roux et répandaient leurs cendres au loin au moyen de vans ; et, détail particulièrement significatif, ce sacrifice barbare était offert par les rois au tombeau d’Osiris. Nous pouvons supposer que les victimes représentaient Osiris lui-même , que chaque année on le tuait, on le démembrait, et on l’enterrait en la personne des victimes pour que ce dieu pût faire pousser les semences renfermées dans la terre.

Il est possible qu’à l’époque préhistorique, les rois eux-mêmes aient joué le rôle du dieu et aient été, en cette qualité, tués et mis en pièces. Seth, tout comme Osiris, fut, dit-on, déchiré en morceaux après un règne de dix-huit jours que l’on commémorait par une fête annuelle de la même longueur. Selon une tradition, Romulus, le premier roi de Rome, fut mis en pièces par les sénateurs qui enterrèrent ses fragments démembrés, et le jour traditionnel de sa mort, le 7 juillet, était célébré par de curieux rites qui avaient, semble-t-il , un lien avec la fertilisation artificielle de la figue. Une légende grecque racontait de même comment Penthée, roi de Thèbes, et Lycurgue, roi des Édoniens de Thrace, qui s’étaient dressés contre le dieu de la vigne, Dionysos, furent déchirés en morceaux pour leur impiété, l’un par les Bacchantes en furie, l’autre par des chevaux. Ces traditions grecques ne sont peut-être que le souvenir d’une coutume où des êtres humains, principalement des rois divins représentant Dionysos, étaient sacrifiés. Ce dieu ressemblait par plus d’un côté à Osiris et, d’après la légende, avait été comme lui déchiré en morceaux.

On rapporte qu’à Chio, on mettait des hommes en pièces lors d’un sacrifice à Dionysos ; et, puisqu’ils mourraient de la même mort que leur dieu, il est raisonnable de supposer qu’ils le personnifiaient. L’histoire selon laquelle Orphée de Thrace avait de même été mis en pièces par les Bacchantes semble indiquer qu’il avait, lui aussi, péri comme représentant du dieu dont il partageait la mort. Il est à signaler que Lycurgue de Thrace, roi des Édoniens, passait pour avoir été mis à mort afin que le sol, qui était devenu stérile, pût regagner sa fécondité. Dans certains villages Thraces, à l’époque du Carnaval, on observe encore chaque année une coutume qui est probablement un adoucissement de l’ancienne pratique de mettre un homme à mort, peut-être un roi, pour le bien des récoltes. On tire sur un homme vêtu de peaux de chèvre et de faon (livrée de Dionysos), et il tombe comme mort. On fait semblant de l’écorcher et de se lamenter sur sa perte, mais il revient bientôt à la vie. On traîne en outre une charrue à travers le village et on répand la semence, tout en priant pour que le blé, le seigle et l’orge soient abondants. Une ville (Viza), où ces usages sont encore observés, était la capitale des anciens rois de Thrace. Dans une autre ville (Kosti, près de la mer Noire), l’acteur principal est appelé le roi ; il porte des peaux de chèvre ou de mouton, et il est suivi d’un garçon qui distribue du vin au peuple. Le roi lui-même porte la semence ; il la lance sur le sol devant l’église, après avoir été invité à la jeter sur deux groupes d’hommes mariés et célibataires respectivement. Pour finir, on lui enlève ses peaux et on le précipite dans le fleuve. (…)

Osiris, esprit de l’arbre
Mais Osiris était plus qu’un esprit du blé ; il était aussi un esprit de l’arbre et c’était peut-être là son caractère primitif, puisque le culte des arbres est naturellement plus ancien dans l’histoire des religions que le culte des céréales. Quoi qu’il en ait été, pour un peuple d’agriculteurs comme les Égyptiens dont la subsistance dépendait presque entièrement de leurs céréales, le dieu du blé était naturellement un personnage beaucoup plus important que le dieu de l’arbre et attirait bien plus leur vénération. Le rôle d’Osiris comme esprit de l’arbre est représenté d’une façon toute graphique dans une cérémonie qu’a décrite Firmicus Maternus. On coupait un pin, on évidait l’intérieur et avec la matière ligneuse ainsi obtenue, on faisait une image d’Osiris que l’on ensevelissait comme un cadavre dans le creux de l’arbre : on ne saurait expliquer plus clairement la conception d’un arbre habité par un être. On laissait pendant un an cette image d’Osiris, puis on la brûlait, exactement comme on faisait pour l’image d’Atys, attachée au pin. Plutarque semble aussi faire allusion à cette cérémonie où l’on coupait l’arbre, comme l’a décrite Firmicus Maternus. C’était sans doute la contrepartie rituelle de la découverte légendaire du corps d’Osiris enfermé dans un arbre erica. (…)

Dans le petit temple d’Osiris à Dendérah, on a clairement représenté le cercueil contenant la momie hiéracocéphale du dieu, enfermé dans un arbre, un conifère à ce qu’il semble, dont le tronc et les branches apparaissent au-dessus et au-dessous du cercueil. La scène correspond donc exactement et au mythe, et à la cérémonie que décrit Firmicus Maternus. Dans une autre scène à Dendérah, on voit dans un arbre du même genre qui pousse entre l’Osiris mort et l’Osiris qui renaît, comme pour indiquer expressément que l’arbre était le symbole de la résurrection divine. Une pomme de pin apparaît souvent sur les monuments comme une offrande présentée à Osiris ; d’après un papyrus du Louvre, le pin avait poussé sur son corps. Le sycomore et le tamaris étaient aussi ses arbres. Les textes indiquent qu’Osiris résidait en eux. Dans les tombeaux, sa mère Nout est souvent représentée debout au milieu d’un sycomore et servant une libation pour les morts. Nous lisons dans un des Textes des Pyramides : « Salut à toi, Sycomore, qui enferme le dieu »,  et dans certains temples, il était d’usage de placer pendant sept jours la statue d’Osiris sur des branches de sycomore. L’explication que donnent les textes sacrés déclare qu’on plaçait l’image sur l’arbre pour rappeler les sept mois passés par Osiris dans le sein de sa mère Nout, la déesse du sycomore. Le rite fait songer à l’histoire d’après laquelle Adonis était né d’un arbre à myrrhen après dix mois de gestation. En outre, dans un sépulcre à How (Diospolis Parva), on voit un tamaris qui couvre de son ombre le tombeau d’Osiris ; dans les branches est perché un oiseau avec l’inscription significative : « L’âme d’Osiris. » , l’esprit du dieu mort passait pour hanter son arbre sacré. (…)

Chapitre X
LE ROI DANS LE ROLE D’OSIRIS


Nous avons vu, dans la discussion qui précède, les raisons qu’il y a de croire que l’Adonis sémitique et l’Atys phrygien étaient à une certaine époque représentés en chair et en os par des rois, des princes ou des prêtres qui jouaient le rôle du dieu, puis mouraient, en cette qualité, de mot violente, soit en accomplissant un semblant de sacrifice entraînant pour eux douleur ou danger, soit en déléguant à cet effet un remplaçant. Nous avons en outre supposé qu’en Égypte le roi lui-même jouait peut-être le rôle d’Osiris. Il reste à en apporter des preuves positives.

Les Égyptiens célébraient avec grande solennité, à des intervalles de trente ans, une grande fête appelée Sed. (…)  L’objet de la fête semble avoir été de procurer au roi une nouvelle vie, de renouveler son énergie divine et de lui donner une seconde jeunesse. Dans les inscriptions d’Abydos, on lit, après un récit de la fête, l’invocation suivante au roi : « Tu recommences ton renouvellement, tu obtiens de refleurir comme le dieu Lune, enfant ; tu rajeunis et cela de saison en saison, comme Noun au début de son temps ; tu renais en renouvelant les fêtes de Sed. Toute vie vient à ta narine, et tu es roi de la terre entière, à jamais. » En un mot, on croyait, semble-t-il, qu’en ces occasion le roi renaissait en quelques manière.

Mais comment s’effectuait la nouvelle naissance ? L’essence des rites consistait, apparemment, dans l’identification du roi avec Osiris ; de même qu’Osiris était mort et s’était levé d’entre les morts, ainsi le roi mourait, croyait-on, et revenait à la vie avec le dieu qu’il personnifiait. La cérémonie était donc pour le roi une mort aussi bien qu’une renaissance. Aussi, sur des représentations de la fête Sed, voyons-nous le roi dans le rôle d’Osiris mort. Il est assis dans un naos comme un dieu, et tient à la main le fléau d’Osiris ; il est enveloppé d’un linceul tel qu’Osiris momifié ; en somme, le nom seul indique que ce n’est pas Osiris lui-même. Le principal évènement de la fête semble avoir été la cérémonie où l’on mettait le roi sur le trône dans l’attitude du dieu mort. La reine et les filles du roi figuraient, en outre, au premier plan dans les cérémonies. Une décharge de flèches faisait partie des rites ; et dans des sculptures de Karnac, on voit la reine qui tire des flèches vers les quatre parties du monde, tandis que le roi fait de même avec des boules. (…)

Selon le professeur Flinders Petrie, on peut tirer la conclusion suivante. A l’époque sauvage des temps préhistoriques, les Égyptiens, comme beaucoup d’autres peuples de l’Afrique et de l’Inde, tuaient leur roi-prêtre à des intervalles fixes pour que le souverain pût maintenir le royaume en excellente condition, sans déclin de vie et de santé. Les filles royales étaient présentes pour pouvoir se marier au successeur du roi. (…) Le roi devenait ainsi le roi mort, patron de tous ceux qui étaient morts durant son règne, qui étaient ses sujets ici et plus tard. Il était donc le même qu’Osiris, le roi des morts. Cette coutume barbare se modifia, comme dans d’autres pays, lorsqu’on nomma un roi-délégué pour mourir à sa place ; (…)

Le Rameau d’Or, T2
p. 411-492

Il serait intéressant que je recopie ensuite des passages du volume 3 pour continuer sur cette voie du dieu qui meurt, d'après les travaux de JG Frazer, afin de compléter le sujet. Et ensuite ainsi d'y réfléchir, parce que il y a beaucoup d'informations.

Ce message a été modifié par atrahasis - 18 janvier 2012 à 20:08.


#152 atrahasis

atrahasis

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Posté 19 janvier 2012 à 21:04

Citation

Chapitre VII
Mise à mort du dieu au Mexique


Aucun peuple ne paraît avoir observé la coutume de sacrifier le représentant humain d'un dieu aussi couramment et avec autant de solennité que les Aztèques de l'ancien Mexique. Nous connaissons parfaitement le rituel de ces sacrifices remarquables, car il se trouve avoir été décrit en détail par les Espagnols qui firent la conquête du Mexique au XVIe siècle ; leur curiosité avait été naturellement excitée par la découverte, en ce pays lointain, d’une religion barbare et cruelle qui offrait bien des points de ressemblance avec la doctrine et le rituel de leur propre Église. « Ils se saisissent, dit le Jésuite Acosta, d’un prisonnier qu’ils jugent convenable ; avant de le sacrifier à leurs idoles, ils lui donnent le nom de celle à qui ils le consacrent, le parent des mêmes ornements, et déclarent qu’il représente cette idole. Pendant tout le temps que dure cette représentation, un an dans certaines fêtes, six mois, ou même moins, dans d’autres, ils le vénèrent et l’adorent tout comme leur idole ; et pendant ce temps, il mange, boit et s’amuse. Quand il passe dans la rue, les gens sortent pour l’adorer ; chacun lui apporte quelque aumône, et des enfants ou des parents malades, pour qu’il les guérisse ou les bénisse ; on lui permet de faire tout ce qu’il lui plaît ; mais il est escorté de dix ou douze hommes, afin qu’il ne puisse pas s’enfuir. Et (de façon à ce qu’on lui rende un culte convenable à son passage) il joue quelquefois d’une petite flûte, pour que le peuple vienne l’adorer. Quand arrivait la fête, et qu’il était bien gras, on le tuait, on lui ouvrait le corps, et on le mangeait, faisant ainsi de sa précieuse personne un sacrifice solennel. »

Nous pouvons maintenant illustrer par des exemples particuliers cette description générale de l’usage. Ainsi, à la fête appelée Toxatl, la plus grande de l’année mexicaine, on sacrifiait chaque année un jeune homme en tant que Tezcatlicopa, « dieu des dieux », après l’avoir entretenu et adoré comme cette puissante divinité en personne, pendant toute une année. Selon le vieux moine franciscain Sahagun, notre meilleure autorité pour tout ce qui concerne la religion des Aztèques, le sacrifice du dieu humain avait lieu à Pâques, ou quelques jours après, de sorte que, sauf erreur de sa part, cela correspondrait, en fait de date comme de cérémonial, à la fête chrétienne de la mort et de la résurrection du Rédempteur. Plus précisément, il nous dit que le sacrifice avait lieu le premier jour du cinquième mois aztèque, qui, selon lui, commençait le 23 ou le 27 avril. Cependant, selon d’autres autorités espagnoles du XVIe siècle, la fête durait du 9 au 19 mai, et le sacrifice de la victime humaine qui jouait le rôle du dieu s’accomplissait le dernier de ces jours. Une autorité moderne éminente, le Professeur E. Seler, est d’avis que, primitivement, cette fête commémorait le début de l’année, et qu’elle tombait le jour où le soleil dans sa course septentrionale vers le tropique du Cancer atteignait son zénith au-dessus de la ville de Mexico, c’est-à-dire le 9 ou le 10 mai (vieux style) suivant le calendrier du XVIe siècle, ou le 19 ou 20 mai (nouveau style). Quelle qu’ait été la date exacte de la célébration de la fête, « la cérémonie, nous dit-on, n’avait d’autre but que de demander la pluie, comme nous le faisons solennellement nous-mêmes aux Rogations ; la fête avait toujours lieu en mai, saisons où le besoin de pluie se fait le plus sentir dans ces pays. »

A cette fête, le grand dieu mourait en la personne d’un premier représentant humain, et revenait à la vie en la personne d’un second, qui était destiné à jouir du fatal honneur pendant une année, puis à périr comme tous ses prédécesseurs à l’expiration de ce laps de temps. (…) Une guirlande de fleurs, semblables à du maïs grillé, couronnait son front, et une autre, identique, lui passait sur les épaules et sous les aisselles. Des ornements en or pendaient à son nez ; des bracelets d’or lui décoraient les bras ; des clochettes d’or tintaient à ses chevilles à chaque pas qu’il faisait ; des turquoises formaient pendeloques à ses oreilles et bracelets à ses poignets ; des colliers de coquillages encerclaient son cou et retombaient sur sa poitrine ; il portait un manteau en filet et une riche ceinture lui ceignait la taille. Quand cet élégant, couvert de bijoux, se promenait dans les rues en jouant de la flûte, tirant de son gros cigare des bouffées de fumée, ou humant un bouquet de fleurs, les gens qu’il rencontrait se prosternaient devant lui, lui adressaient des prières accompagnées de soupirs et de larmes, ramassaient de la poussière et se la mettaient dans la bouche en signe de l’humiliation et de la soumission la plus profonde. Les femmes sortaient, leurs enfants dans les bras, et les lui présentaient, en le saluant comme un dieu. Car « on le regardait comme le Seigneur Dieu ; le peuple le reconnaissait pour le Seigneur. » Il saluait gravement et courtoisement tous ceux qui l’adoraient sur son passage. (…) Vingt jours avant sa mort, on le changeait de costume, et on lui donnait quatre jeunes filles, élevées avec grand soin et portant le nom de quatre déesses -  la déesse des Fleurs, celle du jeune Maïs, « notre Mère dans les Eaux », et celle du Sel ; elles étaient ses femmes, et il s’unissait à elles. Pendant les cinq derniers jours, les honneurs divins pleuvaient sur la future victime. Le roi restait dans son palais, tandis que la cour entière accompagnait l’homme-dieu. Des banquets solennels et des danses se succédaient dans un ordre établi et en des endroits fixés. Le dernier jour, le jeune home, suivi de ses femmes et de ses pages, s’embarquait dans un canot recouvert d’un dais royal, et passait de l’autre côté du lac, pour rejoindre un lieu où s’élevait, au bord de l’eau, une petite colline. On l’appelait la Montagne de la Séparation, parce que c’était là que ses femmes lui disaient un ultime adieu. Puis, accompagné uniquement des pages, il se rendait à un petit temple solitaire, au bord de la route. Comme en général, les temples mexicains, celui-ci avait la forme d’une pyramide ; tout en gravissant les degrés, l’adolescent divin brisait à chaque marche une des flûtes dont il avait joué dans ses jours de splendeur. Au sommet, des prêtres, qui l’attendaient, s’emparaient de lui et lui maintenaient le dos à terre contre un bloc de pierre ; l’un d’eux lui ouvrait la poitrine, plongeait la main dans la blessure, et en arrachait le cœur, qu’il offrait en sacrifice au soleil. On ne faisait pas rouler au bas des degrés du temple le corps du dieu mort, comme on le faisait de ceux des victimes ordinaires ; mais on le portait au pied des escaliers, et là, on le décapitait, pour embrocher sa tête sur un pique. Telle était, à l’accoutumée, la fin de l’homme qui personnifiait le dieu suprême du panthéon mexicain.

Mais il n’était pas le seul à jouer le rôle d’un dieu, et à être sacrifié comme tel au mois de mai. On adorait aussi, à la même époque, le grand dieu Vitzilopochtli. (…) le dieu avait aussi son représentant vivant dans la personne d’un adolescent. Celui-ci, tout comme le représentant humain de Tezcatlipoca, personnifiait la divinité pendant une année ; après quoi, on le sacrifiait. (…)

A Cholula, opulente cité commerciale du Mexique, les marchands adoraient un dieu appelé Quetzalcoatl. Sa statue, dressée dans un temple spacieux sur un autel ou un piédestal richement décoré, avait le corps d’un homme, et la tête d’un oiseau ; (…) On célébrait la fête du dieu le 3 février. Quarante jours avant, « les marchands achetaient un esclave bien proportionné, sans nul défaut ni trace d’infirmité ou de blessure ; ils le revêtaient des ornements de l’idole, de façon qu’il la représentât pendant quarante jours. Avant de l’habiller, on le baignait deux fois dans un lac que l’on appelait le lac des dieux ; après l’avoir purifié ainsi, on le parait comme l’idole. Pendant quarante jours, il était entouré de toute la vénération qu’on témoignait d’ordinaire à celui qu’il représentait. (…) Cette idole était une des plus honorées du pays ; aussi le temple où elle se trouvait jouissait-il d’une grande renommée.

Au Mexique, l’honneur de vivre quelques temps comme représentant du dieu, et en cette qualité de mourir de mort violente, n’était pas réservé uniquement aux hommes ; on permettait aux femmes, ou plutôt on les y obligeait, de jouer le glorieux et fatal rôle de déesses. Au cours du septième mois de leur année, qui correspondait à peu près au mois de juin, mes Aztèques célébraient une fête en l’honneur de Huixtocihuatl, Déesse du Sel. (…) elle avait découvert le procédé d’extraction du seul au moyen de poêles ; aussi les saulniers l’adoraient-ils comme leur patronne. (…) Pendant les dix jours qui précédaient la fête, une femme personnifiait la déesse et portait son costume somptueux. Il était de son devoir, pendant ce laps de temps, de mener les danses qui, à cette saison, étaient exécutées par les femmes et les filles des saulniers. Jeunes, vieilles et gamines dansaient une ronde, en tenant une corde, la tête couverte de guirlandes de fleurs odoriférantes et chantaient des airs d’une voix aigüe de soprano. Au milieu du cercle, dansait la femme qui tenait le rôle de la déesse ; ses clochettes d’or tintaient à chaque pas qu’elle exécutait ; elle brandissait son bouclier et battait la mesure de la danse et du chant avec son bâton. Le dernier jour, la veille de la fête, il lui fallait danser sans interruption toute la nuit, jusqu’à l’aube ; alors, elle devait mourir. (…)

De même, au huitième mois de l’année mexicaine, qui correspond à la seconde moitié de juin, et à la première de juillet, les Aztèques sacrifiaient une femme qui personnifiait Xilonen, la déesse des Jeunes Épis de Maïs (xiloth). La fête qui donnait lieu à ce sacrifice se célébrait le dixième jour du mois, environ à l’époque de la maturité du maïs, quand les barbes, jaillissant de l’épi vert, montrent que le grain est complètement formé. Pendant les huit jours qui précédaient la fête, les hommes et les femmes, portant de riches vêtements, parés de joyaux, dansaient et chantaient ensemble dans les cours des temples brillamment illuminés à cette intention, où des rangées de gros braseros projetaient leurs vacillantes flammes, et des porteurs de torches tendaient vers le ciel d’immenses torches de sapin. (…) la danse se déroulait au milieu des brasiers en flammes et des torches allumées. (…)

Au cours du dix-septième mois de l’année mexicaine, qui correspondait à la fin de décembre et au début de janvier, les Aztèques sacrifiaient une femme qui personnifiait la déesse Ilamatecutli ou Tonan, c’est-à-dire « Notre Mère ». Sa fête tombait le jour de Noël, le 25 décembre. La statue de la déeese portait un masque à double visage, avec de grandes bouches et des yeux saillants. La femme qui la représentait était vêtue de robes blanches et chaussée de sandales blanches.  (…) Quand elle avançait, les coquillages s’entrechoquaient avec un bruit qui s’entendait de très loin. (…) Dés qu’on atteignait la plate-forme élevée qui surmontait la pyramide du temple, on immolait la femme de la manière ordinaire ; on lui arrachait le cœur, et on lui tranchait la tête. On donnait cette tête dégouttante de sang au prêtre qui portait le costume et le masque de la déesse ; il la secourait de haut en bas et faisait le tour de la plate-forme en dansant, suivi des autres prêtres, qui portaient le costume et le masque des autres dieux. (…)

Comment expliquer le sacrifice d’une femme, qui personnifiait la déesse, par un homme qui portait, lui aussi, le costume et le masque de la déesse, et qui, immédiatement après le sacrifice, se mettait à danser, en tentant à la main la tête ensanglantée de la victime ? Peut-être ce rite étrange avait-il pour but de simuler la résurrection de la déesse immolée, revenue à la vie dans la personne du prêtre portant costume et son masque, et balançant la tête coupée de la morte qui l’avait représentée précédemment. S’il en était ainsi, cela expliquerait de même coup un autre rite, plus effroyable, dans lequel les Mexicains semblent avoir exposé la doctrine de la résurrection divine. Il consistait à écorcher la femme sacrifiée qui avait personnifié la déesse ; puis à revêtir de sa peau toute sanglante un homme qui s’ébattait dans cet accoutrement, comme s’il eût été la femme morte, ou, plutôt, la déesse ressuscitée. Ainsi, au cours du onzième mois mexicain, qui correspondait à la fin d’août et au début de septembre, on célébrait une fête en l’honneur d’une déesse appelée « Mère des Dieux » (Teteo innan) ou « Notre ancêtre » (Toci), ou « Cœur de la terre », au cours de laquelle l’on sacrifiait une femme revêtue du costume et des parures de la déesse. (…) Quand la malheureuse apparaissait, revêtue de l’appareil de la déesse, les gens, nous dit-on, la considéraient à l’égal de la Mère des Dieux elle-même, et lui accordaient autant d’honneur et de respect que si elle avait été réellement cette noble divinité. (…)

(…) On peut donc convenir que ce sacrifice mexicain, (…), fortifie, par son analogie, l’interprétation que nous avons donnée d’autres sacrifices humains offerts en faveur des récoltes. Si la vierge mexicaine dont on répand le sang sur le maïs, personnifie réellement la Déesse du Maïs, il devient plus probable que jamais que la vierge dont les Pawnees répandaient de même le sang sur le blé de semence, personnifiait pareillement l’esprit du blé, et qu’il en était ainsi également des autres êtres humains que des races différentes mettaient à mort pour activer la croissance des récoltes.

Enfin, le dernier acte du drame, dans lequel on écorchait le cadavre de la déesse humaine du Maïs, ce dénouement tragique où un homme affublé des insignes sacrés s’introduisait dans la peau encore chaude de la jeune victime, ce prêtre qui gambadait dans ce sinistre costume devant le peuple assemblé, comment les expliquer ? La meilleure hypothèse nous semble être que l’objet de tout cela était d’assurer qu’une résurrection divine suivît instantanément la mise à mort de la déesse incarnée. S’il en était bien ainsi, nous pouvons, avec une certain vraisemblance, en déduire que la pratique de tuer le représentant humain d’un être divin a souvent, sinon toujours, été observée pour conserver à la vigueur divine la plénitude de sa jeunesse, à l’abri des misères du rachitisme de l’âge, qui fatalement se seraient abattus sur la divinité, si on lui avait permis d’attendre une mort naturelle. (…)

Suivent le détail de quelques rites sanglants que j’épargne au lecteur pour leur contenu violent. Il dit ensuite que les parties du corps dont notamment la peau des malheureuses sacrifiées sont vus comme des reliques sacrées qui apportent, croit-on, bienfait et guérison. Vient ensuite quelques rituels de sacrifice de masse. Puis Frazer ajoute plusieurs petites histoires mexicaines qui expliquent la nature mortelle de l’homme et celle immortelle des serpents, du dépouillement de la peau comme symbolisant une nouvelle naissance et une régénération. Mais il ne comprend pas le double-sens du serpent, et se réfère à l’animal seulement.

Il apparaît donc que certains peuples non seulement ont remarqué les curieuses mues que subissent certains animaux, mais se sont imaginés que grâce à ces transformations l’animal renouvelait périodiquement sa jeunesse et vivait éternellement. De ces observations et de ces suppositions fantaisistes, il n’y a qu’un pas facile à faire pour arriver à la conclusion que l’homme pourrait très bien conclure un nouveau bail de vie, et renouveler ce bail indéfiniment, si seulement il était capable de faire peau neuve comme ces animaux. Selon toute apparence, les Mexicains cherchaient à atteindre cet objectif si enviable en écorchant des hommes et en revêtant leurs peaux sanguinolentes, tout comme un vêtement qu’ils auraient passé par-dessus le leur. Les personnes qui souffraient d’affections cutanées espéraient de cette façon acquérir une peau neuve et saine, et les prêtres essayaient ainsi non seulement de régénérer les dieux qu’ils venaient d’immoler en la personne de leur représentants humains,  mais encore de rendre toute la vigueur et l’énergie de la jeunesse à leur corps décrépit et usé.

Les rites que nous venons de décrire dans les pages précédentes suffisent à prouver que des sacrifices humains semblables à ceux qui, d’après notre hypothèse, se pratiquaient à Aricie, étaient, en fait, offerts méthodiquement et sur une vaste échelle, par un peuple arrivé à un niveau de culture qui, selon toutes probabilités, n’était pas inférieur, si toutefois il n’était pas franchement supérieur, à celui que les peuplades italiennes avaient atteint à l’époque reculée où il faut placer l’origine de la prêtrise d’Aricie. Nous avons le droit d’admettre que la preuve positive et indubitable que des sacrifices semblables se consommaient couramment au Mexique rend plus probable encore notre supposition qu’ils se consommaient également dans les localités sur lesquelles les témoignages sont moins détaillés et moins sûrs. Considérés dans leur ensemble, les faits que nous venons d’examiner semblent montrer que l’usage de tuer des humains divinisés par leurs adorateurs a fleuri dans de nombreuses parties du monde. (…)

Le Rameau d’Or, T3
p. 586 - 603

Ceci nous montre que le simulacre de mort et de renaissance qui était joué lors de ces fêtes solennelles et populaires est la survivance d'une coutume beaucoup plus ancienne liée à la divinisation des rois, et ressemble à certaines scènes qui étaient parfois jouées dans les mystères. C'est un système ancien et étendu au niveau mondial comme on peut le remarquer. On peut toutefois se permettre de douter de l'efficacité de la fête populaire en ce sens qu'elle n'apporte probablement pas l'immortalité escomptée à la pauvre victime ; elles sont une déformation, où subsiste un substrat symbolique, car leur origine est sûrement perdue dans le temps pour ces peuples. N'oublions pas aussi que pour cette époque Aztèque, on a sauté deux millénaires dans le temps. D'un autre côté elles ont probablement une certaine utilité, lorsque l'on voit qui sont à nouveau les 2 divines polarités qui tirent les ficelles.

Le chapitre qui va suivre revient du côté du bassin méditerranéen et traite des saturnales. Ce sera un gros chapitre dans lequel plusieurs choses se regrouperont, et qui fait office d'un conclusion - dans le cadre de l'hypothèse de Frazer.

Ce message a été modifié par atrahasis - 19 janvier 2012 à 21:05.


#153 atrahasis

atrahasis

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Posté 20 janvier 2012 à 10:33

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Chapitre VIII
Saturnales et fêtes similaires

Les Saturnales romaines

Dans une partie précédente de ce livre, nous avons constaté, chez beaucoup de peuples, l’observance annuelle d’une période de licence, pendant laquelle on relâchait les freins que la loi et la morale faisaient agir d’ordinaire. La population entière s’abandonne alors à une joie et une exubérance extravagantes ; les pires passions se donnent libre carrière, chose qu’on n’aurait jamais toléré dans le cours réglé et uniforme de la vie ordinaire. Ces explosions des forces comprimées de la nature humaine, qui dégénèrent trop souvent en orgies de luxure et de crime, ont lieu, en général, à la fin de l’année, et son fréquemment associées, nous l’avons indiqué déjà, avec certains moments agricoles, surtout avec les semailles et la moisson. La mieux connue de ces périodes de licence, celle qui, dans toutes les langues, a donné son nom aux autres, est celle des Saturnales. Cette fête célèbre tombait en décembre, dernier mois de l’année romaine ; on supposait communément qu’elle commémorait le règne joyeux de Saturne, dieu des semailles et de l’agriculture ; dans un lointain passé, ce dieu régnait en roi juste et bienfaisant sur la terre italienne, où il rassembla les grossiers montagnards dispersés, et leur enseigna l’art de cultiver la terre ; il leur donna aussi des lois, et gouverna d’une manière pacifique. Son règne était l’Age d’Or de la Fable : la terre alors produisait abondamment ; nul bruit de guerre ou de discorde ne troublait le bonheur du monde ; le funeste amour du lucre ne travaillait pas, comme un poison, le sang des paysans laborieux et satisfaits. L’esclavage et la propriété privée étaient également inconnus : tout était mis en commun. A la fin, le dieu bienfaisant, le bon roi, s’évanouit tout à coup ; sa mémoire se conserva toutefois jusqu’à des âges postérieurs ; on éleva des sanctuaires en son honneur, et nombre de collines et de lieux élevés d’Italie portèrent son nom. Cependant une ombre noire ternit l’éclatante tradition de son règne ; ses autels, disait-on, avaient été souillés du sang de victimes humaines auxquelles un siècle plus pitoyable substitua des effigies. De ce côté sinistre de la religion saturnienne, peu de traces subsistent, ou point du tout, dans les descriptions que les auteurs nous ont laissés des Saturnales. Banquets, orgies, et toutes les folles poursuites du plaisir sont les traits qui paraissent avoir marqué ce Carnaval antique ; les fêtes duraient sept jours, et se déroulaient dans les rues, les places publiques et les maisons de l’ancienne Rome, du 17 au 23 décembre.

Mais aucun caractère de la fête n’est plus remarquable que la licence accordée alors aux esclaves, et aucun ne semble avoir autant frappé les anciens eux-mêmes. La distinction entre hommes libres et esclaves se trouvait abolie pour un temps. L’esclave avait le droit de se moquer de son maître, de s’enivrer comme ses supérieurs, de s’asseoir à table avec eux, et nul ne lui adressait un mot de reproche pour des actes qui, à tout autre moment, lui auraient valu le fouet, l’emprisonnement, ou la mort. Bien plus, les maîtres allaient jusqu’à changer de place avec leurs esclaves, et à les servir à table ; (…)

Or, si nous nous souvenons que la liberté dont jouissaient les esclaves lors de ces fêtes était l’image, à ce que l’on pensait, de l’état de la société à l’époque de Saturne, et que, d’une façon générale, les Saturnales passaient pour n’être rien moins qu’une restauration provisoire du règne de ce joyeux monarque, nous sommes tenté de conjecturer que le faux roi qui présidait aux réjouissances représentait peut-être, à l’origine, Saturne lui-même. Cette hypothèse se trouve fortement confirmée, sinon absolument établie, par un récit très curieux et très intéressant, rapportant la façon dont les Saturnales étaient célébrées par les soldats romains qui campaient sur le Danube, sous le règne de Maximien et de Dioclétien. Le récit est conservé dans une relation du martyre de saint Dasius, qui a été découverte dans un manuscrit grec de la bibliothèque de Paris, et publiée par le professeur Franz Cumont de Gand. (…) Selon ces récits, qui paraissent tous authentiques, et dont le plus long est probablement fondé sur des documents officiels, les soldats romains de Durostorum, en Basse-Mésie, célébraient chaque année les Saturnales de la façon suivante : trente jours avant la fête, ils tiraient au sort parmi eux un homme jeune et beau, qu’on habillait de vêtements royaux pour le faire ressembler à Saturne. Ainsi vêtu, et escorté d’une multitude de soldats, celui-ci se promenait en public, avec pleine autorisation de donner libre cours à ses passions, et de goûter à tous les plaisirs, fussent-ils les plus vils et les plus honteux. Mais, si son règne était joyeux, il était court, et sa fin tragique : car, une fois les trente jours écoulés, et la fête de Saturne arrivée, il se coupait la gorge sur l’autel du dieu qu’il représentait. En l’année 303 de notre ère, le sort tomba sur le soldat chrétien Dasius, qui refusa de jouer le rôle du dieu païen, et de souiller ses derniers jours dans la débauche. Les menaces et les arguments de son chef, l’officier Bassus, ne parvinrent pas à ébranler sa constance ; il fut donc décapité, comme le martyrologe chrétien le rapporte avec une précision minutieuse, à Durostorum, par le soldat Jean, le vendredi 20 novembre, vingt-quatrième jour de la lune, à la quatrième heure.(…)

On a souvent noté la ressemblance des Saturnales antiques et du Carnaval de l’Italie moderne ; mais, à la lumière de tous les faits qui se sont présentés à nous, nous pouvons bien nous demander si cette ressemblance n’est pas une identité. Nous avons vu qu’en Italie, Espagne, et en France, c’est-à-dire dans les pays où l’influence de Rome a été la plus profonde et plus durable, un des traits les plus remarquables du Carnaval réside dans la présence de ce personnage burlesque, personnifiant la saison des fêtes, qu’on tue publiquement à coups de fusils, qu’on brûle, ou qu’on fait disparaître d’une autre façon, après une courte carrière de gloire et de dissipation, pendant que la populace s’abandonne à un chagrin simulé ou à des transports d’allégresse bien réels. Si cette interprétation du Carnaval est correcte, le grotesque personnage n’est autre qu’un successeur direct de l’ancien roi des Saturnales, le maître des réjouissances, l’homme qui personnifiait Saturne, et qui, la fête terminée, mourait en cette qualité. Le Roi de la Fève de l’Épiphanie, l’Évèque des Fous du Moyen Age, l’Abbé ou l’Évèque de la Déraison, sont des personnages du même genre, et ont peut-être eu une origine analogue. C’est ce que nous allons examiner dans les pages qui suivent.

Le Roi de la fève et la Fête des Fous
La coutume qui consiste à tirer au sort un Roi de la Fève, et souvent aussi une Reine, le Jour des Rois (Épiphanie, 6 janvier) ou la veille de cette fête, a longtemps existé en France, en Belgique, en Allemagne, et en Angleterre. Elle persiste encore dans quelques régions de France. On peut en retrouver la trace jusque dans la première moitié du XVIe siècle au moins ; et il est hors de doute qu’elle remonte à une bien plus haute antiquité. (…) Dés que le roi avait été désigné, on procédait à son intronisation, on le saluait, le soulevait par trois fois pendant qu’il traçait à la craie des croix sur les poutres et les chevrons du plafond. On supposait que ces croix mettaient pour l’année, la maison à l’abri de
Toute atteinte et tout mal dus aux démons maudits,
Aux conjurations, charmes, vermine, esprits.


(…) On observe encore dans tout le Nord de la France la coutume d’élire un Roi et une Reine de la Fève le Jour des Rois. On remplace quelquefois la fève du gâteau par une petite poupée en porcelaine. Si le sort, fève ou poupée, tombe sur un garçon, il devient le Roi et choisit sa Reine ; s’il tombe sur une fille, elle est Reine, et choisit son Roi. (…)

(…) Cette coutume était connue sous le nom de « Wassailing » ; on croyait qu’elle avait une influence salutaire sur les récoltes. D’après un de nos informateurs, du comté de Hereford, « on édifie, le Jour des Rois, douze petits feux de paille, et un treizième plus gros, pour y brûler la vieille sorcière ; on chante, on boit, et on danse autour de ce feu ; sans cette fête, les gens se figurent qu’ils n’auraient pas de récoltes. » (…) Cette interprétation des coutumes anglaises et françaises d’allumer des feux dans les champs et les vergers le Jour des Rois, se trouve confirmée par une coutume analogue pratiquée par les paysans macédoniens dans le but exprès de brûler certains démons malfaisants que l’on croit déchaînés à cette époque de l’année. Ces êtres pernicieux sont connus sous le nom de Karkantzari ou de Skatsantzari. On se figure que ce sont des créatures vivantes, hommes ou femmes, qui, durant les Douze Jours, se muent en monstres horribles, aux longues griffes, au visage rouge, aux yeux injectés de sang, au nez morveux et à la bouche bavochante. Sous ce masque hideux,  ils vagabondent la nuit, hantent les maisons, et rendent aux paysans la vie à peu près insupportable ; ils cognent aux portes, et si on leur refuse l’entrée, ils dégringolent par la cheminée, et vont pincer, taquiner et souiller les habitants endormis dans leurs lits. Le seul moyen d’échapper à ces bourreaux consiste à les saisir, et à les ligoter avec une corde de paille. Si vous n’avez pas de corde de paille, ou si le cœur vous manque, il ne vous reste qu’une chose à faire : c’est de vous enfermer chez vous avant la nuit ; de bien barricader la porte ; de boucher la cheminée, et d’attendre le jour ; car ce n’est que la nuit que ces monstres rôdent. Le jour, ils reprennent leur forme humaine coutumière. Toutefois, dans certains endroits, on fait tout ce qu’on peut, pendant les Douze Jours qui séparent Noël des Rois, pour détruire par le feu ces horribles démons nocturnes. Par exemple, la veille de Noël, certains brûlent les Karkantzari en allumant des fagots de chêne vert, qu’ils jettent dans la rue aux premières lueurs de l’aube. Ailleurs, notamment à Melenik, on grille les démons, la veille du Jour de l’An, en les échaudant au moyen de crêpes qu’on fait rissoler et grésiller sur la poêle. (…) Ainsi, l’opinion selon laquelle le grand feu allumé dans le comté de Hereford , le Jour des Rois, est destiné à brûler « la vieille sorcière », est plus admissible que la seconde hypothèse qui voudrait que le grand feu représentât la Vierge Marie, et les douze petits feux, les douze Apôtres. Selon toute probabilité, cette dernière interprétation n’est autre chose qu’une glose chrétienne adaptée à une coutume païenne dont on avait oublié la signification. (…)

Dans ces coutumes anglaises et irlandaises du Jour des Rois, les douze feux ou les douze flambeaux correspondent probablement soit aux douze jours qui séparaient Noël de l’Épiphanie, soit aux douze mois de l’année. Nous pouvons ajouter en faveur de ce point de vue que, selon une croyance populaire que l’on a relevée en Angleterre, et qui est très répandue en Allemagne et dans les provinces allemandes d’Autriche, le temps qu’il fait pendant les douze jours en question détermine le temps des douze mois suivants ; donc, d’après le temps qu’il fait pendant chacun des jours en question, on peut prédire le temps qu’il fera pendant l’année qui suit, au cours de chacun des mois correspondants. C’est pourquoi, en Souabe, on appelle ces jours « Les Douze Jours du Sort », et bien des gens cherchent à lire dans l’avenir, avec une précision scientifique, au moyen de douze cercles, chacun divisé en quatre quartiers, que l’on trace à la craie au-dessus de la porte de la salle, ou que l’on dessine sur le papier. Chaque cercle représente un mois, et chaque quartier le quart d’un mois ; et, selon que le ciel est couvert ou pur, au cours de chaque quart de journée, de Noël à l’Épiphanie, on ombre le quartier correspondant du cercle, ou on le laisse en blanc. Par ce procédé aussi simple qu’ingénieux, on peut prédire le temps pour toute l’année, avec plus ou moins de précision. (…)

Mais la croyance qu’on peut prédire le temps des douze mois d’après le temps des Douze Jours n’est pas particulière aux races germaniques. Elle se rencontre également en France, et chez les Celtes de Bretagne et d’Écosse. (…)

Dans la pensée populaire, les Douze Jours qui vont de Noël à l’Épiphanie sont donc considérés comme une réduction de l’année entière ; le temps de chaque jours particulier correspondant à celui de chacun des mois. Cette conception paraît être très ancienne, car on la rencontre aussi chez les Aryens de l’époque védique, dans l’Inde. Eux aussi semblent avoir investi douze jours, au milieu de l’hiver, d’un caractère sacré : ils les considéraient comme une époque où les trois Ribhus, ou génies des saisons, se reposaient de leurs labeurs dans la demeure du dieu-soleil ; et, à ces douze jours de repos, ils donnaient le nom « d’image ou de réplique de l’année. »

Le Rameau d’Or, T3
p. 604 - 615

A suivre.

Ce message a été modifié par atrahasis - 20 janvier 2012 à 10:35.


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atrahasis

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Posté 11 février 2012 à 06:23

Me voici de retour après un congé prolongé. Il est temps de terminer ce qui avait été commencé avec sans plus attendre les conclusions de James George Frazer dans son cycle du Rameau d'Or, fantastique ouvrage d'un érudit hors-pair sois-dit en passant, d'une limpidité éblouissante et contrastée, avec de nombreux détails, et qui, dans sa démonstration visant à nous expliquer la royauté sacrée et son curieux sacerdoce ; la chaîne perpétuelle de meurtre du roi, représentant humain du Dieu suprême céleste, parvient finalement à démontrer beaucoup de choses, avec des thèmes divers tels que la pensée magique, l'origine de la majorité des fêtes religieuses, populaires et agricoles, les sacrifices humains, le rôle prédominant d'un couple céleste primordial, et nous apporte un éclairage fascinant dans l'explication de bien des mythes, et d'autres choses encore.

Pour des raisons de droit d'auteur, j'avais hésité à publier le texte brut que j'ai déjà commencé ici à recopier du livre que je possède. Fallait-il plutôt en offrir un résumé ? Ceci ma foi aurait été bien délicat voir impossible. Fort heureusement il se trouve que l'auteur J.G. Frazer nous a quitté le 7 mai 1941, soit cela implique que l'oeuvre fait désormais partie du domaine public aussi bien en France qu'au Canada. Sa citation est donc si je ne me trompe libre de droit :)

Citation

Cette curieuse coïncidence, si toutefois coïncidence il y a, entre les fêtes d’hivers des anciens Aryens de l’Inde et celles de leurs modernes descendants européens semble trouver sa meilleure explication dans la théorie qui veut que les douze jours en question aient été investis d’un caractère sacré en raison de la position qu’ils occupaient dans le calendrier des Aryens primitifs. La similitude des termes signifiant « mois » et « lune » dans les langues aryennes prouve que l’année de nos antiques ancêtres avait pour base l’observation de la lune, plutôt que celle du soleil ; mais, comme une année de douze mois lunaires, ou de trois cent cinquante-quatre jours (en comptant les mois alternativement de vingt-neuf et de trente jours) est plus courte de douze jours, en chiffres rond, que l’année solaire de trois cent soixante-cinq jours un quart, la différence ne pouvait manquer d’attirer l’attention d’un peuple intelligent comme l’étaient, nous devons le croire, les Aryens primitifs, qui avaient fait tant de progrès dans l’art de vivre. Le moyen le plus immédiat de faire disparaître cette différence, et de rendre égales les deux années, lunaire et solaire, consiste à ajouter douze jours à la fin de chaque période de douze mois lunaires, de façon à amener le nombre total des jours de l’année à trois cent soixante-six. L’égalité n’est pas absolument parfaite, mais elle l’était suffisamment pour la science rudimentaire des Aryens primitifs. Comme beaucoup de peuplades sauvages des temps modernes ont remarqué ce désaccord entre le temps lunaire et le temps solaire, et ont essayé de le corriger par l’observation du soleil et des constellations – des Pléiades en particulier -, il ne semble pas qu’il y ait la moindre raison de douter que les ancêtres des peuples indo-européens, dans les temps préhistoriques, aient été capables de faire de semblables observations, sans en être réduits, comme on l’a suggéré, à la nécessité d’aller emprunter la connaissance de faits aussi simples et évidents à la science des astrologues de l’ancienne Babylonie. Des savants, qui ne font guère usage de leurs yeux que pour lire des livres, sont trop enclins à déprécier la puissance d’observation des sauvages, qui vivent dans des conditions complètement différentes des nôtres, passent la plus grande partie de leur vie en plein air, et dont l’existence même dépend de l’exactitude avec laquelle ils notent les aspects variés et changeants de la nature.

On a proposé d’expliquer les multiples superstitions qui se rattachent aux Douze Jours, ou plutôt aux Douze Nuits, comme on les appelle plus communément, par la place qu’elles occupent dans le calendrier chrétien, où elles viennent immédiatement après Noël, et se terminent avec l’Épiphanie. Mais, tout d’abord, il est difficile d’apercevoir pourquoi l’intervalle qui sépare ces deux fêtes en particulier devait susciter une masse de croyances et de coutumes superstitieuses plus considérables, que celui qui s’étend entre deux fêtes quelconques du calendrier ; si la chose s’est réellement produite, le motif de cette attraction reste encore à découvrir ; car, sur ce point, les partisans de l’origine chrétienne des Douze Nuits ne projettent aucune lumière. En second lieu, les croyances et les coutumes superstitieuses paraissent n’avoir aucun rapport avec le christianisme, mais être uniquement païennes dans leur caractère. En dernier lieu, une objection fatale à la théorie en question réside dans le fait que la place des Douze Jours dans le calendrier ne coïncide pas uniformément avec l’intervalle qui sépare Noël et l’Épiphanie. Cette place varie considérablement dans la croyance populaire (…)

Si donc les Douze Jours qui séparent Noël de l’Épiphanie étaient véritablement une ancienne période intercalaire destinée à mettre d’accord l’année lunaire et l’année solaire, nous en arrivons à une meilleure compréhension des curieuses superstitions qui se sont agglomérées autour d’eux, ainsi que des coutumes bizarres qui se pratiquaient annuellement pendant ce laps de temps. Un esprit primitif peut très bien avoir considéré une période intercalaire comme en dehors de l’ordre régulier des choses, attendu qu’il n’appartient ni au système lunaire, ni au système solaire ; pour lui c’est une excroissance inévitable, mais inexplicable, qui rompt soudain le cours uni de la vie ordinaire, un remous qui brise la marche uniforme des mois et des années. On peut donc déduire de là que les règles habituelles de la vie ne s’appliquent pas à ces périodes extraordinaires, et qu’en conséquence, pendant leur durée, on a le droit de faire ce qu’on n’oserait jamais, même en rêve, à d’autres moments. C’est ainsi que les jours intercalaires tendent à dégénérer en périodes de licence effrénée ; ils forment un interrègne pendant lequel les contraintes habituelles de la loi et de la morale se trouvent suspendues ; les chefs ordinaires abdiquent leur autorité en faveur d’un régent temporaire, espèce de roi-bouffon qui exerce un pouvoir capricieux, précaire, et plus ou moins mal défini, sur une communauté qui s’abandonne, pour un temps, au tumulte, à la turbulence, et au désordre.  S’il en est ainsi – mais il nous faut toutefois avouer qu’il réside une grande part d’hypothèse dans ce point de vue – nous pouvons peut-être considérer comme derniers survivants de ces rois-bouffons, le Roi de la Fève et les autres personnages grotesques du même genre qui paradaient, avec toute la pompe simulée de la souveraineté, durant l’un ou l’autre des Douze Jours qui allaient de Noël à l’Épiphanie. Car le Roi de la Fève était loin d’être le seul régent de cette période de fêtes ; le Jour des Rois n’était pas davantage le seul jour où ses collègues et lui se livraient à leurs gambades. Nous allons en terminer avec cette partie de notre sujet en passant rapidement en revue quelques-uns de ces bouffons.

En premier lieu, il vaut la peine de remarquer qu’en beaucoup de pays du continent, comme la France, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne et l’Autriche, il est de règle d’associer le Douzième Jour avec les trois rois mythiques, Gaspard, Melchior et Balthasar, dont il tire son nom populaire : (…) Fête des Rois. (…) Il peut fort bien se faire que la coutume soit plus ancienne que le christianisme, en dépit du vernis chrétien dont elle a été revêtue ; on identifie souvent, en effet, les rois mythiques avec les Mages d’Orient qui furent, dit-on, attirés vers l’enfant Jésus, à Bethléem, par la vue de son étoile dans le ciel. Cependant, rien dans la Bible ne nous autorise à considérer les Mages comme des rois, ou à fixer leur nombre à trois. (…)

En Angleterre, un personnage populaire des fêtes de Noël était autrefois le Roi de la Déraison, ou, comme on l’appelait en Écosse, l’Abbé de la Déraison ; au cours de cette joyeuse période, c’est lui qui dirigeait les réjouissances dans les universités, au Palais, à la cour et dans les châteaux de la noblesse. (…)

En France, nous retrouvons les pendants des Seigneurs anglais de la Déraison. Vêtus d’habits ecclésiastiques, ils se déguisaient en faux Évèques, Archevèques, Papes ou Abbés. La fête, au cours de laquelle ils se livraient à leurs ébats, était connue sous le nom de « Fête des Fous » ; elle tombait à différentes dates selon les lieux, tantôt à Noël, tantôt à la Saint-Étienne (26 décembre), tantôt au Jour de l’An, ou au Jour des Rois. Selon un récit, « le premier jour, qui était la fête de Noël, les ordres inférieurs du clergé et les moines criaient à l’unisson : Noël ! et s’abandonnaient à la joie. Le lendemain, fête de Saint-Étienne, les diacres tenaient conseil afin d’élire un Pape ou Patriarche des Fous, Évèque ou archevèque des Innocents, Abbé des Nigauds ; le jour suivant, fête de la Saint-Jean, les sous-diacres ouvraient la danse en son honneur ; puis, le quatrième jour, fête des Saint-Innocents, les enfants de chœur et le clergé mineur proclamaient le Pape, Évèque, ou Abbé, qui faisait son entrée triomphale dans l’église le jour de la circoncision (1er janvier) et occupait son trône pontifical jusqu’au soir de l’Épiphanie. C’était donc le joyeux règne de ce Pape, Évèque ou Abbé de la Folie qui constituait la fête des Fous, et en réglait toutes les phases capricieuses, les mascarades grotesques et parfois sacrilèges, les scènes joyeuses et souvent ignobles, les orgies folles, les danses, les jeux, les chants profanes, parodies effrontées de chants de la liturgie catholique ». Au cours de la parodie des rites les plus solennels de l’Église, les prêtres qui portaient des masques grotesques et quelquefois des vêtements féminins, dansaient dans le chœur, et chantaient des refrains obscènes (…)

Parmi les bouffonneries de la Fête des Fous, une des plus remarquables était l’introduction d’un âne dans l’église, où on se livrait à des facéties variées avec l’animal. A Autun, on conduisait l’âne à l’église en grande pompe, couvert d’un drap d’or dont quatre chanoines tenaient les coins ; au moment où l’animal pénétrait dans l’église, on le revêtait d’une riche chasuble, et on exécutait une parodie de messe. Dans ces occasions, on récitait une véritable liturgie latine à la gloire de l’âne, et l’officiant imitait les braiments de la bête. (…)

Une pâle image, ou une faible réplique de la Fête des Fous, était la Fête des Innocents, qu’on célébrait le jour des Saints-Innocents, le 28 décembre. On observait cette coutume un peu partout en France et en Angleterre. En France, le jour des Saints-Innocents, ou la veille, les enfants de chœur s’assemblaient dans l’église, et choisissaient l’un d’entre eux, pour remplir le rôle d’Enfant-Évèque, qui officiait dans ce rôle avec un simulacre de solennité. Il semble que des parodies burlesques du rituel ecclésiastique aient été courantes ce jour-là, dans les monastères et les couvents, où les fonctions des prêtres et des laïques étaient interverties. (…)

Dans l’ensemble, il est difficile d’imaginer que ces curieuses superstitions et ces étranges cérémonies, ces algarades sacrilèges, et ces renversements de rôles, qui sont les caractéristiques de la célébration populaire des Douze Jours allant de Noël à l’Épiphanie, aient quelque relation avec les épisodes de l’histoire chrétienne que ces fêtes passent pour commémorer. Il est plus que probable que ce sont les vestiges d’une ancienne fête païenne qu’on célébrait pendant les douze jours intercalaires que nos ancêtres introduisaient tous les ans dans le calendrier, au milieu de l’hiver, pour mettre d’accord l’année lunaire, trop courte avec ses douze mois, et l’année solaire de trois cent soixante-cinq et trois cent soixante-six jours. Point n’est besoin de supposer que la licence et les bouffonneries caractéristiques de cette époque de fête eussent été empruntées aux Saturnales romaines ; les deux cérémonies peuvent très bien être dérivées, de façon parallèle et indépendante, d’une même philosophie primitive de la nature. Il n’existe, en effet, du moins pour autant que nous le sachions, aucune preuve directe que les Saturnales de Rome aient été une fête intercalaire ; mais la licence qui les caractérisait, et le règne temporaire d’un faux roi, qui personnifiait Saturne, nous conduisent à considérer la chose comme fort possible. (…)

Toutefois, nous avons de bonnes raisons de croire que les périodes intercalaires ont généralement passé pour malheureuses. Il est hors de doute que les Aztèques considéraient d’un mauvais œil les cinq jours supplémentaires qu’ils ajoutaient à la fin de chacune de leurs années pour atteindre le total de trois cent soixante-cinq jours. Ils appelaient nemontemi, c’est-à-dire vacants, superflus, inutiles, ces cinq jours supplémentaires, qui correspondaient aux quatre derniers jours de janvier et au premier de février. Comme ils n’étaient consacrés à aucun dieu, on les croyait de mauvais augure, et impropres aussi bien au service de la religion qu’aux transactions civiles et commerciales. Pendant ce laps de temps, les prêtres n’offraient aucun sacrifice, et nul fidèle ne fréquentait les temples. Les tribunaux ne jugeaient aucun procès. On ne balayait pas les maisons. On s’abstenait de tout acte important ; on se bornait à ceux dont on ne pouvait se dispenser. On passait le temps à se faire des visites les uns aux autres. Pendant ces jours néfastes, on prenait surtout soin de ne pas s’endormir au cours de la journée, de ne pas se quereller, et de ne pas trébucher ; parce qu’on croyait que si on se laissait aller à ces choses ces jours-là, elles se répéteraient toute l’existence. On se figurait que les gens qui venaient au monde l’un de ces cinq jours étaient voués au malheur ; que leurs entreprises étaient sûres d’échouer, et qu’ils vivraient dans la misère et l’indigence tout le temps de leur vie sur cette terre. Les Mayas du Yucatan se servaient d’un calendrier semblable à celui des Aztèques ; eux aussi considéraient les cinq jours supplémentaires de la fin de l’année comme funestes ; aussi ne leur donnaient-ils pas de nom, et tant qu’ils duraient restaient-ils enfermés chez eux la plupart du temps ; ils ne se lavaient pas, ni ne se peignaient, ni de s’épouillaient ; ils ne se livraient à aucun travail servile ou fatiguant, de peur qu’il leur arrivât malheur. (…)

Ainsi, tout comme les Douze Jours de la mi-hiver, autrefois, les trente jours du nouveau mois intercalaire ont parfaitement pu constituer un interrègne, une vacance dans le cours ordinaire du gouvernement, une période de désordre et de licence générale, au cours de laquelle l’autorité habituelle de la loi et de la morale se trouvait suspendue, et la direction des affaires confiée temporairement à un régent plus ou moins grotesque, ou Roi de la Fève, qui très probablement, devait, à l’occasion, payer de sa vie sa gloire éphémère de trente jours. Il a fort bien pu arriver que les traditions éparses relatives à ces joyeux monarques et à la vie insouciante et folle qu’on menait sous leur règne, se soient cristallisées, bien des siècles plus tard, dans la légende de Saturne et de l’Âge d’Or. Si cela était – et nous ne donnons à cette hypothèse que la consistance conjecturale d’une toile d’araignée tissée des fils ténus de la superstition populaire – nous pourrions comprendre comment il se fait que les Douze Jours intercalés chaque année dans le vieux calendrier aient survécu jusqu’à aujourd’hui dans le souvenir populaire, tandis que les trente jours intercalés tous les deux ans et demi, depuis longtemps, sont oubliés. Ce sont les idées les plus simples qui vivent le plus longtemps dans l’esprit naïf des paysans. Et puisque cette intercalation annuelle de douze jours, qui permet à la paresseuse lune de rattraper le soleil dans sa marche plus rapide, constitue évidemment un procédé plus facile et plus clair que celui d’attendre pendant deux ans et demi que le soleil ait devancé la lune de trente jours, il ne faut pas nous étonner que cette ancienne façon de mettre en harmonie le temps lunaire et le temps solaire se soit conservée dans le souvenir et les usages populaires, bien des siècles après que la méthode plus complexe, inventée par des esprits réfléchis pour arriver au même résultat, se fut effacé et de la mémoire des paysans, et des pages de l’histoire.

Les Saturnales et le Carême
Comme le Carnaval a toujours lieu les trois derniers jours qui précèdent le Carême, sa date se déplace quelque peu tous les ans, mais tombe invariablement en février ou en mars. Elle ne coïncide donc pas avec celle des Saturnales, que, depuis les temps historiques, on a toujours célébrées en décembre, même dans l’ancien temps, avant la réforme césarienne du calendrier, alors que l’année romaine finissait en février et non pas en décembre. Cependant si, au début, à l’instar de beaucoup d’autres périodes de licence, on célébrait les Saturnales comme une espèce de purification publique et générale, à la fin de la vieille année ou au commencement de la nouvelle, il peut très bien se faire qu’à une époque encore plus reculée, alors que l’année romaine commençait en mars, on les ait célébré régulièrement soit en février, soit en mars, c’est-à-dire approximativement à la même date que le Carnaval moderne. L’instinct conservateur du paysan, en ce qui concerne les vieilles coutumes, est si fortement enraciné et si tenace, qu’il n’y aurait rien de surprenant à ce que, dans les districts ruraux de l’Italie, on ait continué à célébrer l’ancienne fête à l’ancienne date, bien longtemps après que, dans les villes, on eut transféré de février à décembre la célébration officielle des Saturnales. Le christianisme latin, qui sapa le paganisme officiel ou citadin à la racine, a toujours toléré ses parents rustiques, nous voulons dire les fêtes et les cérémonies populaires ; celles-ci, que ni les révolutions politiques et religieuses, ni les changements de régimes ou de dieux ne pouvaient affecter, n’ont cessé d’être observées par le peuple, et cela sans grandes modifications, depuis les temps immémoriaux ; elles représentaient, en fait, la souche mère, dont les religions d’État de l’antiquité classique n’étaient que de tardifs rejets. Il a donc fort bien pu arriver, tandis que la nouvelle foi oblitérait les Saturnales dans les villes, qu’elle laissât la fête primitive, à peine dissimulée sous une différence de date, se perpétuer impunément dans les campagnes ; et qu’ainsi la vieille fête de Saturne, sous son nom moderne de Carnaval, ait reconquis les villes, et qu’elle survive joyeusement sous l’œil de l’Église catholique, et avec son approbation. (…)

Ce Carême païen, ils (= les chrétiens coptes et catholiques) ont très bien pu le découvrir dans les rites de Perséphone, la déesse grecque du blé, dont, tous les ans, on apportait dans les villes l’effigie sculptée dans un tronc d’arbre ; on la pleurait pendant quarante nuits ; après quoi, on la brûlait. Le vieil écrivain chrétien qui rapporte ces faits ne mentionne pas le moment de l’année où ces lamentations se produisaient. L’époque qui leur conviendrait le mieux serait celle des semailles, ou, en termes mythiques, celle où l’on enterrait la déesse du blé, chose qui, dans l’ancienne Italie, se passait surtout, comme nous l’avons vu, au mois de février et de mars. Nous savons qu’à l’époque des semailles d’automne les femmes grecques célébraient une fête triste et grave, parce que la déesse du blé, ou la Vierge, comme on l’appelait, descendait en terre avec le grain semé, pendant que Déméter, la tendre mère, pleurait la perte de sa fille ; alors, par sympathie pour la mère affligée, les femmes portaient le deuil et observaient un jeûne solennel, et s’abstenaient d’entrer dans la couche conjugale. (…)

Quoiqu’il en soit, il convient de remarquer qu’en Birmanie on pratique un jeûne analogue, que les écrivains anglais appellent le Carême bouddhique ; il se prolonge pendant trois mois de l’année, tout le temps que durent le labourage et les semailles. On croit que la coutume est bien plus vieille que le bouddhisme (…)

Les Saturnales dans la Grèce antique
(...) la fête grecque qui paraît se rapprocher le plus des Saturnales italiennes était celle des Cronies, ou fête de Cronus, roi dont le mythe barbare et le rituel sanguinaire appartiennent évidemment à une très ancienne stratification religieuse de la Grèce ; toute l’antiquité l’identifiait du reste avec Saturne. On célébrait sa fête, nous rapporte-t-on, dans la majeure partie de la Grèce, mais spécialement à Athènes, où le vieux dieu et sa femme Rhéa avaient un sanctuaire auprès du temple majestueux, mais beaucoup plus moderne, de Zeus Olympien. Le trait principal de la cérémonie consistait en un joyeux festin où maîtres et esclaves prenaient place de compagnie. A Athènes, la fête tombait au fort de l’été, le douzième jour du mois de Hecatombaeon, autrefois appelé mois de Cronus, qui correspondait presque à juillet. La tradition voulait que Cécrops, premier roi de l’Attique, ait fondé un autel en l’honneur de Cronus et de Rhéa, et ait commandé aux maîtres et aux esclaves de participer à un commun repas, dés que la moisson avait été rentrée. Il y a toutefois des indices qui prouvent qu’à Athènes les Cronies ont très bien pu être jadis une fête du printemps. (…) On croyait en effet que, comme son pendant italien, Saturne, le Cronus grec, était un roi qui avait régné dans le ciel ou sur la terre pendant le bienheureux âge d’or, alors que les hommes passaient leur existence comme des dieux, sans mal ni douleur, alors que la vie n’était qu’une longue suite de fêtes, et que la mort vous surprenait comme le sommeil, soudaine mais douce, sans être annoncée par aucun de ses tristes avant-coureurs, les maladies et les infirmités de la vieillesse. Ainsi l’analogie entre les Cronies d’Olympie, selon toute vraisemblance une des plus vieilles célébrations de la Grèce, et les Saturnales italiennes, serait très étroite, si, comme nous le supposons, les Saturnales tombaient primitivement au printemps, et si Saturne y était personnifié, comme nous avons toutes raisons de le croire, par un homme portant le costume de roi. Pouvons-nous faire un pas de plus, et supposer que, juste comme l’homme qui représentait Saturne aux Saturnales était autrefois immolé dans ce rôle, un des rois qui célébraient les Cronies, à Olympie, non seulement tenait le rôle de Cronus, mais était sacrifié, en tant que dieu et victime à la fois, sur le sommet de la colline ? Cronus jouissait certainement dans l’antiquité d’une sinistre réputation. Il passait pour un père dénaturé qui avait dévoré sa propre progéniture, et les Grecs l’identifiaient normalement avec les cruels Baals sémitiques qui se complaisaient dans les sacrifices de victimes humaines, et spécialement d’enfants. Il subsiste, au sujet d’un sanctuaire situé au pied même de la colline du dieu, à Olympie, une légende qui dissimule mal la pratique de mettre à mort des enfants, et l’on racontait l’histoire, sans la moindre équivoque celle-là, d’un nouveau-né qui avait été immolé au Jupiter Lycéen sur le mont Lycée, en Arcadie, lieu où le culte de Jupiter (Zeus) n’était probablement que la survivance, sous un nouveau nom, du vieux culte de Cronus, et où l’on sacrifiait encore régulièrement, semble-t-il, des victimes humaines jusqu’à l’ère chrétienne. Au mois de Metageitnion, les Rhodiens sacrifiaient, tous les ans, un homme à Cronus ; (…) Dans cet ordre d’idées, il faut se rappeler que nous avons déjà rencontré des exemples, solidement étayés, d’une coutume qui consistait à sacrifier les rejetons des maisons royales, dans l’ancienne Grèce. Si le dieu à qui, ou plutôt dans le rôle duquel, on sacrifiait les princes, était Cronus, il deviendrait tout naturel que les Grecs d’une époque postérieure l’aient identifié à Baal ou Moloch, divinités auxquelles les rois sémitiques immolaient leurs enfants de même manière. Le Jupiter Laphystien de Thessalie et de Béotie, que la tradition associait avec ces sacrifices humains, n’était probablement, comme le Jupiter Lycéen d’Arcadie, pas autre chose que la divinité aborigène, connue généralement sous le nom de Cronus, dont les envahisseurs grecs avaient laissé les prêtres de la race vaincue perpétuer les rites sinistres, tandis qu’ils apaisaient les scrupules de leur conscience, ou satisfaisaient leur orgueil de conquérants, en revêtant le vieux sauvage, altéré de sang, du nom, sinon du caractère, de leur propre divinité mois farouche, le gracieux et humain Jupiter.[/u]

Les Saturnales en Asie occidentale
Si nous passons de l’Europe à l’Asie occidentale, de la Grêce antique à l’ancienne Babylone et aux régions où pénétrait l’influence babylonienne, nous rencontrons encore des fêtes qui présentent la plus étroite ressemblance avec la forme primitive des Saturnales italiennes. Le lecteur se souvient peut-être de la fête des Sacées, dont nous avons eu l’occasion de dire un mot dans une partie antérieure de cet ouvrage. Elle se célébrait à Babylone au mois de Lous, commençait le seize du mois, et durait cinq jours. Tout le temps qu’elle se poursuivait, exactement comme aux Saturnales, maîtres et esclaves changeaient de places ; les domestiques commandaient, et les maîtres obéissaient ; dans chaque famille un esclave, habillé en roi, et portant le titre de Zoganes, avait la haute main sur toute la maisonnée. En outre, et de même qu’aux Saturnales dans leur forme originelle, on revêtait un homme, qui représentait le roi Saturne, de parures royales ; on lui permettait de s’abandonner à cœur joie à ses passions et à tous ses caprices, puis on le mettait à mort ; de même aux Sacées, on parait de vêtements royaux un condamné qui portait, probablement aussi pour la circonstance, le titre de Zoganes ; on le laissait jouer au despote, on souffrait qu’il usât des concubines du roi, qu’il se livrât, corps et âme, à l’orgie et à la débauche, mais seulement pour le dépouiller, à la fin, de ses oripeaux d’emprunt, le fouetter, et le pendre ou le crucifier. Strabon nous apprend que cette contrepartie asiatique des Saturnales se célébrait, en Asie Mineure, partout où le culte de la déesse persane Anaïtis, s’était établi. Il décrit cette fête comme une orgie bacchique, dont les acteurs étaient déguisés en Scythes, et où hommes et femmes buvaient et folâtraient ensemble, jour et nuit.

Comme le culte d’Anaïtis, bien que d’origine perse, a été fortement déformé, semble-t-il, sous l’influence d’apports grossiers tirés de la religion de Babylone, nous pouvons peut-être considérer la Mésopotamie comme le berceau primitif d’où est sortie la fête des Sacées, pour se répandre, à l’ouest, dans les autres régions de l’Asie Mineure. Or, on a pu, de façon fort plausible, identifier la fête des Sacées, telle qu’elle est décrite dans le premier livre de son histoire de Babylone par le prêtre Berosus, avec la fête babylonienne du Nouvel An, appelée Zakmuk, Zagmuk, Zakmuku, ou Zagmuku, que nous ont révélée récemment des inscriptions. L’année babylonienne commençait au printemps, avec le mois de Nisan, qui recouvrait, sans doute, la seconde moitié de mars et la première d’avril. Ainsi, la fête du Nouvel An, qui occupait au moins les onze premiers jours de Nisan, englobait probablement l’équinoxe de printemps. Elle était célébrée en l’honneur de Marduk ou Merodach, le dieu principal de Babylone, dont le grand temple d’Esagila, dans la cité, formait le centre religieux de la solennité. Car c’était là, dans une chambre splendide du vaste édifice, que tous les dieux se réunissaient, croyait-on, à cette époque sous la présidence de Marduk, dans le but de trancher les destins pour la nouvelle année entière, et en particulier le destin de la vie du roi. En cette occasion, tous les ans, le roi de Babylone était tenu de renouveler son pouvoir royal en étreignant la main de la statue de Marduk, dans son temple. C’était une façon de signifier qu’il recevait son royaume directement des mains de la divinité, et de se déclarer incapable, sans l’aide et la permission divines, de le conserver plus d’un an. S’il ne procédait pas, ainsi, à sa réinstallation officielle sur le trône, une fois par an, le roi cessait de régner légitimement. Quand l’Assyrie eut conquis la Babylonie, les monarques assyriens eux-mêmes vinrent à Babylone accomplir cette cérémonie ; ils étreignaient les mains du dieu, de façon à établir par cet acte solennel leur droit au royaume qu’ils avaient conquis par l’épée ; leurs sujets babyloniens ne les reconnaissaient pas pour rois tant qu’ils n’avaient célébré ce rite. Et, en fait, certains d’entre eux, trouvant la formalité ou trop fastidieuse, ou trop humiliante pour leur orgueil de conquérants, préfèrent, plutôt que de s’y prêter, renoncer au titre de roi de Babylone, et se contenter de celui, plus modeste, de Régent. Un autre trait remarquable de la fête du Nouvel An à Babylone semble avoir résidé dans le mariage rituel du dieu Marduk ; car, dans un hymne qui fait allusion à la solennité, on dit du dieu « qu’il se hâta vers son épousée ». La fête datait de la plus haute antiquité ; elle était connue de Gudea, vieux roi de la Babylonie méridionale, qui vivait deux ou trois mille ans avant le début de notre ère, et on la trouve mentionnée dans un antique récit du Déluge. A une époque bien postérieure, le roi Nabuchodonosor et ses successeurs la citent à maintes reprises. Nabuchodonosor raconte comment il bâtit de briques et de bitume une chapelle ou un autel, « objet de joie et de délices », pour la grande fête de Marduk, le Seigneur des dieux ; on peut lire dans son récit la description des riches et abondantes offrandes que le grand-prêtre fit en cette circonstance. (…)

Le point central, on s’en souvient, des Sacées, semble avoir été la préservation de la vie royale pendant une autre année, grâce à la substitution d’un criminel qu’on sacrifiait à sa place sur la croix ou la potence. Il nous est donc aisé de comprendre que l’époque fut critique pour le roi, et que l’on put considérer qu’elle détermina son sort pendant les douze mois suivants. La cérémonie annuelle du renouvellement de la puissance royale par contact avec l’effigie du dieu, qui constituait un des traits principaux de la fête de Zakmuk, était ainsi parfaitement de circonstance immédiatement après l’exécution ou le sacrifice du roi temporaire, qui mourait au lieu et place du vrai monarque.

(…) En vue d’arriver à une solution du problème, nous ne pouvons que formuler cette suggestion conjecturale : ou bien, au temps de Berosus, on a, pour une raison ou pour une autre, changé la date de la fête ; ou bien, il y avait deux fêtes distinctes, à deux époques distinctes de l’année, l’une au printemps, l’autre en été ; ces fêtes étaient peut-être célébrées par deux tribus différentes, mais apparentées, qui conservaient leurs rites religieux respectifs après avoir été incorporées dans l’empire babylonien. Ces deux hypothèses peuvent recevoir l’appui de cas analogues ; d’un côté, par exemple, sous l’influence babylonienne, dans le calendrier juif, on a transporté le Jour de l’An de l’automne au printemps ; et, comme nous le verrons dans une partie subséquente de cet ouvrage, la fête chinoise du feu nouveau, qu’on célébrait tout d’abord au printemps, fut dans la suite transférée au solstice d’été, pour être, plus tard encore, ramenée à sa date primitive ; d’un autre côté, les fêtes populaires de nos paysans d’Europe offrent de multiples exemples de rites qui présent entre eux une grande analogie de caractère, mais se célèbrent à des époques différentes de l’année. Telles sont, par exemple, les cérémonies, qui concernent la végétation, du 1er mai, de la Pentecôte et de la Saint-Jean d’été, et les fêtes du feu qui sont réparties, à de plus grands intervalles encore, sur les douze mois de l’année. (…) Ces exemples suffisent à nous mettre en garde contre le danger qu’il y aurait à conclure trop hâtivement, d’une différence apparente ou réelle de dates, à une différence essentielle entre Zakmuk et les Sacées.

On peut trouver un nouvel et puissant argument en faveur de l’identité de ces deux fêtes dans le parallèle que l’on a dressé entre elles et la fête juive de Purim. Il y a de fortes raisons de croire que la fête de Purim était inconnue des Juifs avant leur exil ; c’est pendant leur captivité en Orient qu’ils ont appris à la célébrer. La fête se trouve mentionnée pour la première fois dans le livre d’Esther que la majorité des critiques assigne au IVe ou au IIIe siècle avant Jésus-Christ, et qui ne peut certainement pas être antérieur à la période perse, puisque l’action se déroule à Suse, à la cour d’un roi perse, Assuérus, dont le nom paraît être la forme hébraïque de Xerxès. La seconde allusion à la fête de Purim se rencontre dans le deuxième livre des Machabées, ouvrage qui fut probablement composé au début de notre ère. Ainsi, en l’absence de tout renseignement concernant Purim, dans les anciens livres de la Bible, nous avons le droit de conclure que la fête fut instituée par les Juifs, ou importée chez eux, à une date relativement récente. Cette conclusion se trouve confirmée par le livre d’Esther lui-même, qui, selon toute évidence fut écrit pour expliquer l’origine de la fête, et suggérer des raisons de la célébrer. En effet, d’après l’auteur du livre, on institua cette fête pour commémorer la délivrance d’un grand danger auquel les Juifs furent exposés en Perse, sous le règne du roi Xerxès. Ainsi, l’opinion des érudits modernes, suivant laquelle la fête de Purim, telle que la célébraient les Juifs, était de date récente et d’origine orientale se trouve corroborée par la tradition juive elle-même. L’examen de cette tradition et du mode de célébration de la fête nous montre que Purim n’est probablement qu’une forme plus ou moins déguisée de la fête babylonienne des Sacées ou de Zakmuk.

En premier lieu, la fête de Purim se célébrait, et se célèbre encore, le quatorzième et le quinzième jour d’Adar, dernier mois de l’année juive, lequel correspond grosso modo à mars. Ainsi la date concordait à peu près, pas exactement cependant, avec celle de la Zakmuk babylonienne qui tombait quinze jours plus tard, tout au début du mois suivant de Nisan. On trouverait peut-être un vestige de la célébration primitive de Purim au mois de Nisan dans cette indication qu’« on jeta Pur, c’est-à-dire le sort, devant Aman » au mois de Nisan, premier mois de l’année. On a suggéré, avec assez de raison, que les Juifs ont pu changer la date de Purim, pour que cette nouvelle fête étrangère ne vînt pas se heurter à leur vieille fête de la Pâque qui commençait le quatorzième jour de Nisan. Un autre détail proclame de façon incontestable l’origine étrangère de Purim, et son identité avec Zakmuk : c’est son nom. L’auteur du livre d’Esther fait dériver le mot Purim de pur « un sort » ; mais, en hébreu, il n’existe aucun mot pareil possédant cette signification. Aussi sommes-nous conduits à chercher, dans une autre langue, le sens et l’étymologie de Purim. Une théorie spécieuse veut que ce nom dérive d’un mot assyrien puhru, « une assemblée » ; il aurait désigné primitivement le grand conseil des dieux qui, nous l’avons vu, constituait un des traits essentiels de la fête de Zakmuk ; il se tenait tous les ans, dans le temple de Marduk, à Babylone, afin de décider des destins ou des sorts de la nouvelle année ; occasionnellement, sinon régulièrement semble-t-il, on a parfaitement désigné par ce nom de puhru cette auguste assemblée. (…) On a présenté une autre explication : « pür ou bür pourrait être un vieux mot assyrien pour « pierre » ; (…) L’une et l’autre de ces étymologies, en faisant remonter l’origine du mot Purim à l’assemblée que tenaient les dieux, tous les ans, à Babylone, pour « tirer le sort », nous expliquent, d’une manière adéquate, cette association traditionnelle de Purim avec la détermination des sorts. Et cette association est d’autant plus remarquable et offre d’autant plus de chances d’être ancienne que rien ne la justifie, ni dans la langue hébraïque, ni dans la manière juive de célébrer la fête. Si, à cela, nous ajoutons le caractère joyeux, que dis-je, extravagant des réjouissances qui ont toujours distingué Purim, caractère qui s’accorde parfaitement avec une célébration du Nouvel An, on nous concèdera que nous avons atteint un degré de probabilité assez satisfaisant dans la démonstration que la fête juive de Purim dérive de la fête babylonienne du Nouvel An, la Zakmuk. Que les Juifs aient emprunté directement cette fête aux Babyloniens, ou indirectement, par l’intermédiaire des conquérants perses de Babylone, c’est là une question qui mérite examen ; mais le coloris persans du livre d’Esther, fournit un argument puissant en faveur du point de vue selon lequel Purim est venu en Israël par le chemin de la Perse, ou, en tout cas, de Babylone, au temps  de la domination perse ; cette opinion se trouve confirmée par d’autres preuves que nous soumettrons à l’attention du lecteur un peu plus loin.

Si les mailles de la chaîne qui relie Purim à Zakmuk sont de solidité raisonnable, la chaîne de preuves qui relie la fête juive aux Sacées est bien plus forte encore. Et cela n’a rien d’étonnant : rappelons-nous en effet que si nous ignorons la manière populaire dont on célébrait Zakmuk, nous possédons des détails importants et dignes de foi sur la façon de célébrer les Sacées. Nous avons vu que les Sacées étaient de folles bacchanales, où des hommes et des femmes se déguisaient, buvaient et jouaient de compagnie d’une manière plus joyeuse que décente. Or c’est, ou plutôt c’était là, le trait distinctif de Purim. (…) A la vérité, on a souvent désigné Purim comme la bacchanale juive ; et on nous rapporte qu’à cette époque, tout ce qui peut contribuer à la joie et à la gaieté de la fête est considéré comme licite. Des écrivains du XVIIe siècle affirment que ces deux jours-là, et surtout le soir du second, les Juifs ne faisaient que festoyer et boire tout leur saoul, jouer, danser, chanter et s’amuser ; en particulier, ils se travestissaient : les hommes changeaient de vêtements avec les femmes, et, ainsi accoutrés, couraient de tous côtés comme des fous, en violation formelle de la loi de Moïse, qui défend expressément aux hommes de s’habiller en femmes, et aux femmes de s’habiller en hommes. Chez les Juifs de Francfort, qui habitaient la vieille rue sordide, mais curieuse et pittoresque, connue sous le nom de Judengasse, dont beaucoup d’entre nous se souviennent, la fête de Purim conservait encore tout son éclat au XVIIIe siècle. (…) Le soir du premier jour, les femmes jouissaient du privilège d’ouvrir leur fenêtre grillagée, pour regarder dans la synagogue des hommes, parce que, disait-on, au temps du roi Assuérus, c’était une femme qui avait délivré les Juifs de leurs ennemis. Un trait de cette fête qu’il ne convient point de passer sous silence était constitué par la représentation de l’histoire d’Esther sous forme de comédie ; Esther, Assuérus, Aman, Mardochée et d’autres y figuraient, mais de telle sorte que la farce, quelquefois, dégénérait en ribauderie. Ainsi, en résumé, nous pouvons admettre que Purim a toujours été une espèce de Saturnales, et que son caractère correspond à celui des Sacées, telles que Strabon nous les a décrites.

Ce message a été modifié par atrahasis - 11 février 2012 à 06:34.


#155 atrahasis

atrahasis

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Posté 11 février 2012 à 06:25

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(…) Le livre d’Esther tout entier gravite autour du sort de deux hommes, le vizir Aman, et le Juif méprisé Mardochée, à la cour d’un roi perse. Mardochée, nous dit-on, avait mortellement offensé le vizir ; celui-ci, en conséquence, fit dresser une haute potence où il espérait bien voir pendre son ennemi ; pour lui, il s’attendait à recevoir la plus haute marque de faveur royale, c’est-à-dire, le droit de porter la couronne et les vêtements du monarque ; revêtu de cet appareil, il se voyait déjà paradant dans les rues, monté sur le propre cheval du roi, et escorté d’un des plus nobles princes qui proclamerait bien haut à la foule sa dignité et sa gloire temporaires. Mais les intrigues pleines de ruse du méchant vizir avortèrent, et aboutirent juste à un résultat opposé à celui qu’il poursuivait et attendait ; en effet, les honneurs royaux qu’il avait convoités échurent à son rival Mardochée, et il fut pendu à la potence qu’il avait destinée à son ennemi. Il semble que nous retrouvons dans cette histoire un souvenir plus ou moins confus du Zoganes des Sacées, autrement dit, de la coutume de revêtir un particulier, pendant quelques jours, des insignes de la royauté, puis de le mettre à mort, sur la potence ou la croix. Il est vrai que dans le récit, le rôle du Zoganes est partagé entre deux personnages : l’un espère jouer le rôle de roi, et au lieu de cela, se retrouve pendu ; l’autre joue le rôle de roi, et échappe à la potence à laquelle son ami le destinait. Mais ce dédoublement du Zoganes, si nous pouvons nous exprimer ainsi, a bien pu être inventé exprès par l’auteur juif du livre d’Esther dans le but de placer l’origine de Purim, qu’il voulait expliquer, sous un jour glorieux pour son propre peuple. Ou peut-être, ce qui est encore plus probable, cela nous indique-t-il une coutume antérieure qui consistait à désigner deux pseudos-rois aux Sacées : l’un d’eux était mis à mort à la fin de la fête ; l’autre conservait sa liberté, pour un temps du moins. Nous serons d’autant plus enclin à adopter cette dernière hypothèse, quand nous aurons remarqué que, correspondant aux deux aspirants rivaux à la royauté temporaire, apparaissent, dans le récit juif, deux reines rivales, Vashti et Esther, dont l’une vient occuper la haute dignité d’où l’autre est déchue. (…)

(…) Il est maintenant généralement admis, semble-t-il, par les savants, que le nom de Mardochée, qui n’a aucune signification en hébreu, n’est qu’une forme légèrement modifiée de Marduk ou Merodach, nom du dieu principal de Babylone, dont la grande fête était Zakmuk ; de plus, on admet communément que, de la même façon, Esther est l’équivalent de Ishtar, la grande déesse babylonienne que les Grecs appelaient Astarté, et qui est plus familière aux lecteurs anglais sous le nom d’Ashtaroth. La dérivation des noms d’Aman et de Vashti est moins bien établie ; (…)

Si nous ne nous trompons point en faisant remonter l’origine de Purim aux Sacées babyloniennes, et en voyant dans Aman et Mardochée des équivalents du Zoganes, il apparaîtrait que le Zoganes, durant les cinq jours de son ministère, personnifiait non seulement un roi, mais un dieu, que ce dieu fût le Marduk babylonien ou quelque autre divinité non encore identifiée. La réunion des caractères divins et royal en une même personne est si commune, qu’il ne faut pas nous étonner de la rencontrer dans l’antique Babylone. Il n’est pas non plus nouveau de voir le faux roi des Sacées mourir, en qualité de dieu, sur la croix ou le gibet. (…)

Quoi qu’on puisse penser de cette dernière hypothèse, il est indéniable que Movers a raison de faire grand état et de l’autorisation donnée au faux roi de pénétrer dans le harem du vrai roi, et des rapports intimes qui liaient les Sacées au culte d’Anaïtis. Strabon certifie cette analogie, et, si l’on considère que ce culte s’était, pour ainsi dire, fondu dans le culte sensuel de l’Ishtar ou Astarté babylonienne, on sera disposé à accepter avec faveur une autre conjoncture de Mover, suivant laquelle une esclave peut très bien avec été désignée pour jouer le rôle de la reine divine, au côté du roi divin représenté par le Zoganes. Le souvenir de cette reine aurait survécu dans le mythe ou la légende de Sémiramis. Selon la tradition, Sémiramis était une belle courtisane, aimée du roi d’Assyrie, qui en fit sa femme. Elle prit tant d’empire sur le cœur du roi, qu’elle réussit à lui persuader de lui abandonner son royaume pendant cinq jours ; s’étant donc emparée du sceptre, et ayant revêtu les parures royales, le premier jour, elle donna un grand banquet ; mais le second jour, elle jeta le roi dans une prison, ou le fit mettre à mort ; et, à partir de ce moment, elle régna seule. Cette tradition, jointe au témoignage de Strabon concernant le rapport des Sacées et du culte d’Anaïtis, paraît clairement indiquer une coutume qui consistait, pendant les cinq jours de son règne, à donner au Zoganes une reine représentant la déesse Anaïtis, ou Sémiramis, ou Astarté, en un mot, la grande déesse asiatique de l’amour et de la fertilité, quel que fût son nom. En effet, que, dans la légende orientale, Sémiramis fût une véritable reine d’Assyrie, qui avait accaparé bon nombre des attributs de la déesse Astarté, paraît avoir été établi par les recherches d’érudits modernes. Robertson Smith, en particulier, a montré que le culte d’Anaïtis n’est pas seulement modelé sur le culte d’Astarté en général, mais correspond au type distinct spécialement associé avec le nom de Sémiramis. L’identité d’Anaïtis et de la Sémiramis mythique trouve une preuve évidente dans ce détail que le grand sanctuaire d’Anaïtis à Zéla, dans le Pont, était construit sur un mont de Sémiramis, il est probable que l’ancien culte de la déesse sémitique continua toujours à s’y célébrer, même lorsqu’on eut changé son nom sémitique de Sémiramis ou d’Astarté, contre le nom perse d’Anaïtis, et cela, peut-être, en exécution d’un décret du roi perse d’Artaxerxès II, qui répandit le premier le culte d’Anaïtis dans l’ouest de l’Asie. Il est hautement significatif que, non seulement la fête des Sacées se célébrait tous les ans au siège même du culte de Sémiramis ou d’Astarté, mais encore, que toutes la ville de Zéla fût autrefois habitée par des esclaves et des prostituées sacrées, placés sous l’autorité d’un pontife suprême qui administrait la ville plutôt comme un sanctuaire que comme une cité. On peut supposer qu’autrefois ce roi-prêtre lui-même mourait de mort violente à la fête des Sacées, en qualité d’amant divin de Sémiramis, pendant qu’une des prostituées sacrées jouait le rôle de la déesse. Cette supposition se trouve grandement renforcée par l’existence du prétendu mont de Sémiramis, sous le sanctuaire. Car on prétendait que tous les monts de Sémiramis qui sont disséminés, un peu partout dans l’Asie occidentale, étaient les tombeaux de ses amants qu’elle enterrait vivants. La tradition rapportait que cette grande reine Sémiramis, si dépravée, appréhendait de convoler en justes noces, de crainte que son époux ne la dépouillât de son pouvoir ; aussi n’admettait-elle dans sa couche que les plus beaux de ses soldats, mais pour les faire périr ensuite. Or cette tradition est un des indices les plus certains de l’identité de la Sémiramis mythique et de la déesse babylonienne Ishtar ou Astarté. En effet, le célèbre poème épique babylonien qui relate les exploits du héros Gilgamesh, nous dit comment, lorsqu’il revêtit ses ornements royaux et se couronna du diadème, la déesse Ishtar s’éprit d’amour pour lui, et voulut qu’il devînt son amant. Mais Gilgamesh repoussa ses avances perfides, car il connaissait le triste destin qui avait été réservé à tous ses amants, (…) Mais ce n’est pas tout : si le mythe d’Ishtar s’accorde avec la légende de Sémiramis, le culte de la déesse était marqué par un libertinage dont nous retrouvons comme un écho dans le caractère dépravé que la tradition attribue à la reine. Des inscriptions, qui confirment et corroborent le témoignage d’Hérodote, nous apprennent qu’Ishtar était servie par des prostituées, appartenant à trois classes différentes, toutes consacrées à son culte. Et même, nous avons de bonnes raisons de croire que ces femmes personnifiaient la déesse elle-même, attendu qu’un des noms qu’on leur donnait s’appliquait aussi à la déesse (Mylitta).

Ainsi, il ne peut guère y avoir de doute que la Sémiramis mythique ne fût, en substance, une forme d’Ishtar ou Astarté, la grande déesse sémitique de l’amour et de la fertilité ; et par conséquent, nous pouvons supposer avec assez de probabilité que le grand pontife de Zéla, ou son substitut, qui jouait le rôle du roi des Sacées, dans le sanctuaire de Sémiramis, périssait comme amant infortuné de la déesse, peut-être comme Tammouz, que « tous les ans, elle faisait pleurer ». Quand il avait parcouru sa rapide carrière de plaisirs et de gloire, on déposait ses ossements sous le grand mont qui recouvrait la poussière des nombreux dieux humains, ses prédécesseurs, que la déesse avait honorés de son fatal amour.

Ici donc, dans le grand sanctuaire de la déesse, à Zéla, on mettait régulièrement son mythe en action. L’histoire de ses amours, et la mort de son amant divin étaient représentées, d’année en année, comme une espèce de mystère, par des hommes et des femmes qui vivaient pour un temps, et quelquefois mouraient, dans le rôle des personnages imaginaires qu’ils représentaient. Ces drames sacrés, on peut en être certain, n’avaient nullement pour but d’amuser ou d’instruire des auditeurs désoeuvrés ; ils n’étaient pas davantage destinés à permettre aux acteurs de satisfaire leurs honteuses passions, auxquelles on lâchait la bride pour un moment ; c’étaient des rites solennels, qui copiaient les gestes des êtres divins ; l’homme s’imaginait que, par de tels simulacres, il pouvait s’arroger les fonctions divines, et les mettre en œuvre pour le bien de ses semblables. C’étaient, croyait-il, des personnages mythiques, ayant avec lui beaucoup de ressemblance, qui effectuaient les opérations de la nature ; et, si seulement il pouvait s’assimiler complètement à eux, il deviendrait capable de disposer de toute leur puissance. L’origine de la plupart des drames religieux, ou mystères, des peuples grossiers, se trouve probablement là. On jouait ces drames, on exécutait ces mystères, non pas pour enseigner aux spectateurs la doctrine de leur religion ; encore moins pour les divertir ; mais afin de provoquer les effets naturels qui y étaient représentés sous un déguisement mythique ; en un mot, c’étaient des cérémonies magiques, qui opéraient par similitude ou sympathie. Nous ne nous tromperons probablement pas en supposant que bien des mythes, que nous ne connaissons aujourd’hui que comme des mythes, avaient jadis leur contrepartie magique ; autrement dit, on les jouait pour produire effectivement les évènements qu’ils décrivaient dans un langage figuré. Il arrive souvent que des cérémonies disparaissent, alors que le mythe survit ; il ne nous reste plus, alors, qu’à déduire, du mythe vivant, la cérémonie morte. Si les mythes sont, en un sens, les réflexions ou les ombres que projettent les hommes sur les nuages, on peut renseigner sur les faits et gestes des hommes qui les ont projetées, longtemps après que les hommes eux-mêmes ont non seulement passé hors de vue, mais ont plongé derrière l’horizon.

(…) Il semble probable, en effet, que les danses et les cérémonies masquées, qui ont, de tout temps, joué un rôle considérable dans la vie sociale du sauvage, en maintes parties du monde, n’avaient primitivement d’autre but que de servir à des fins pratiques ; et ne tendaient pas simplement à exciter les émotions des spectateurs, ni à distraire l’ennui de leurs heures de loisir. Les acteurs cherchaient à attirer des bénédictions sur la communauté, en singeant certains puissants êtres surnaturels, et en opérant, sous leur rôle d’emprunt, les miracles qu’en qualité d’hommes ils se seraient déclarés incapables d’effectuer. En fait, le but de ces drames primitifs, qui contiennent en germe la comédie et la tragédie des nations civilisées, c’était la conquête d’une puissance surhumaine, en vue du bien public. Que ce fût là la véritable fin de bon nombre de ces représentations dramatiques, on va le voir dans les récits suivants que, par souci  d’exactitude, nous citerons en conservant les termes mêmes des observateurs originaux.

Un des traits remarquables de la vie sociale des tribus indiennes du nord-ouest de l’Amérique est constitué par les danses masquées, et les pantomimes compliquées auxquelles elles se livrent, et dans lesquelles les exécutants personnifient des esprits et des animaux légendaires. Il semble que la plupart d’entre elles aient pour but de mettre sous les yeux du peuple les esprits gardiens de leurs clans. « Par le fait que ces esprits sont héréditaires, leurs dons se trouvent toujours contenus dans la légende qui explique en détail la manière dont l’ancêtre du clan les a acquis. Dans ces récits, les dons principaux sont : le harpon magique, qui assure le succès dans la chasse à la loutre ; le porteur de mort, qui, pointé contre un ennemi, le tue ; l’eau de vie, qui ressuscite les morts ; le feu brûlant, qui dirigé contre un objet, le consume ; et, en outre, une danse, un chant, et des cris qui sont particuliers à l’esprit. Le don de cette danse signifie que le protégé de l’esprit doit accomplir les mêmes danses que celles qui lui ont été enseignées. Dans l’exécution de ces danses, il personnifie l’esprit. Il porte son masque et ses ornements. La danse doit donc être considérée comme une représentation dramatique du mythe relatif à l’acquisition de l’esprit ; elle montre au peuple que l’acteur, par sa visite à l’esprit, a obtenu sa puissance et ses désirs. Aujourd’hui, quand un esprit apparaît à un jeune Indien, il exécute la même danse devant lui, et le jeune homme revient de son initiation tout plein de la puissance et des désirs de l’esprit. Il démontre, par sa danse, l’authenticité de son initiation, comme le fit son ancêtre mythique. L’obtention des dons magiques, de la part de ces esprits, porte le nom de lokoala ; la personne qui les a obtenus devient naualaku, surnaturelle, ce qui est également la qualité de l’esprit lui-même. (…) Comme je m’informais de l’origine de ces cérémonies, j’appris que les Indiens n’en étaient pas les inventeurs ; elles étaient dues aux révélations des esprits gardiens, qui faisaient savoir ce qu’ils désiraient que l’on exécutât. (…) « Dans chaque tribu, des hommes intelligents, et, à les entendre, inspirés, entreprennent la tâche de représenter les dieux ; ils forment des sociétés secrètes, de façon que le mystère de leur art et de leur doctrine, de leurs représentations et de leurs mascarades ne puisse être révélé aux non-initiés et au public. Le but de ces exhibitions est d’affermir la foi des jeunes gens et des femmes dans les anciennes traditions qui concernent les rapports des dieux avec les hommes, et leurs propres et intimes relations avec les dieux. Pour convaincre les incrédules, s’il en existe, les membres des sociétés secrètes on eut recours à toute espèce de procédés mystérieux, qui paraissent forcément, à l’homme civilisé, toucher au comble de la sauvagerie ; par exemple, ils se mutilent le corps ; ils mettent en pièces des cadavres et les dévorent ; ils déchirent le corps d’hommes vivants, et ainsi de suite. En outre, la vanité presque morbide des Indiens du Nord-Ouest, leur amour de la gloriole, des honneurs, et leur besoin de se distinguer, les ont peut-être poussés à s’affilier aux sociétés secrètes, attendu que tout membre de ces sociétés jouit d’un grand respect. Ils ont employé, et emploient encore des centaines de déguisements, dont chacun représente un esprit qui figure dans leurs légendes. Dans les exhibitions, ils paraissent isolés ou en groupes, selon que les légendes qu’on veut représenter l’exigent ; et la foule étonnée contemple les hommes masqués non seulement comme des acteurs qui jouent le rôle de dieux, mais comme étant des dieux eux-mêmes, qui ont quitté le ciel pour descendre sur terre. Aussi, chaque figurant doit-il faire exactement ce que faisait l’esprit dans la légende. Si le représentant ne porte pas de masque, comme il arrive souvent chez les Hametzes (les Cannibales ou Mordeurs) ou les Pakwallas (hommes-médecine), c’est qu’alors l’esprit qu’il représente est entré dans son corps, et, par conséquent, l’homme possédé de l’esprit, n’est pas responsable des méfaits qu’il commet dans ce rôle. Comme l’emploi de masques jette une espère de mystérieux éclat sur la représentation, et permet, en même temps, à l’acteur de garder l’incognito, on célèbre plus souvent les fêtes particulièrement sacrées avec des masques, que sans. (…)

(…) Des mascarades analogues sont encore en vogue chez les voisins de ces Indiens, les Esquimaux du détroit de Behring. Il apparaîtra, d’après le récit suivant, que leurs représentations sont basées sur les mêmes idées et croyances. « Les chamans fabriquent des masques qui représentent les visages grotesques d’êtres surnaturels qu’ils prétendent avoir vus. Ce peuvent être des yu-à, c’est-à-dire des esprits des éléments, des localités, ou des choses inanimées en général ; des tunghät, ou génies errants, ou les spectres de gens et d’animaux. Les premiers nommés se manifestent dans les lieux solitaires, dans les plaines, sur les montagnes, ou en mer, mais plus rarement autour des villages, aux yeux des chamans clairvoyants. Habituellement, ils sont invisibles au commun des mortels ; toutefois, il arrive qu’ils se rendent visibles aux gens, pour des raisons variées.

« Beaucoup d’entre eux, spécialement parmi les tunghät, sont d’un caractère malfaisant ; par simple caprice, ou pour se venger de quelque tort imaginaire, ils apportent la maladie ou le malheur aux gens. (…)

« Les fêtes masquées empruntent généralement le caractère d’une espèce de cérémonie d’actions de grâces rendues aux ombres et aux puissances de la terre, de l’air, de l’eau, pour le succès accordé au chasseur. Les inuas, ou ombres des puissances et des créatures de la terre, y sont représentées, afin qu’on puisse se les rendre favorables, et assurer ainsi le succès à venir. »

Le rituel religieux des Indiens Coras, au Mexique, comporte des danses et des cérémonies dramatiques compliquées ; les acteurs ou les danseurs s’y identifient aux dieux – dieu de l’Étoile du Matin, déesse de la Lune, et divinités de la Pluie. Ces danses constituent la partie principale des fêtes Coras ; elles sont accompagnées de chants liturgiques ; les Indiens s’imaginent que les paroles de ces chants ont été révélées à leurs ancêtres par les dieux ; qu’elles exercent une influence magique directe sur les divinités elles-mêmes et, par leur intermédiaire, sur la nature. (…) « Tous ces simulacres reposent sur l’idée de leur efficacité magique. Ils ont pour but d’attirer des bénédictions et la fertilité sur le village et ses habitants, sur les plantations, et sur toute la nature environnante, en compensation, pour ainsi dire, de la disparition de l’homme dont la fête célèbre la mort. En copiant aussi fidèlement que possible les faits et gestes de l’être qu’il personnifie, l’acteur s’identifie avec lui. La force mystérieuse qui réside dans le masque passe dans le danseur, transforme l’homme lui-même en un puissant démon et lui confère le pouvoir soit d’expulser les mauvais esprits, soit de gagner leurs faveurs. (…)

Ainsi, les représentations dramatiques de ces peuples primitifs sont, en fait, des cérémonies religieuses, ou, plus souvent peut-être, magiques ; les chants ou les récitations qui les accompagnent sont des charmes ou des incantations, bien que l’homme civilisé, habitué à ne voir dans le drame qu’un passe-temps agréable, ou, au mieux, le véhicule d’un enseignement moral, ait une tendance à perdre de vue ce double caractère. Cependant, si nous pouvions remonter à l’origine du drame chez les nations civilisées, nous découvririons, sans doute, qu’il a sa source dans des idées magiques ou religieuses toutes semblables à celles qui président à l’élaboration ou à l’exécution des danses masquées de bien des sauvages. Il est certain que les Athéniens, au zénith de leur brillante civilisation, conservaient le sentiment vivace de la portée religieuse des représentations dramatiques ; en effet, ils les associaient directement avec le culte de Dionysos, et ne permettaient qu’on les exécutât que pendant les fêtes du dieu. Dans l’Inde, également, le drame semble être sorti des danses ou pantomimes religieuses, dans lesquelles les acteurs récitaient les exploits et jouaient le rôle des dieux et des héros nationaux. C’est donc une hypothèse tout au moins légitime que de supposer que le criminel figurant comme roi dans la mascarade, et périssant à ce titre aux bacchanales des Sacées, était simplement un des membres de la troupe d’acteurs qui jouaient, en la circonstance, un drame sacré dont la substance nous a été conservée dans le livre d’Esther.

Les dieux et les déesses, les héros et les héroïnes de l’antiquité ont donc été représentés officiellement, pour ainsi dire, par une longue succession de femmes et d’hommes vivants, qui portaient leurs noms, et qui passaient pour exercer les fonctions de ces êtres légendaires. Ceci établi, nous nous trouvons en position d’offrir, il nous semble, des propositions de paix aux deux écoles rivales de mythologie qui, pendant des siècles, se sont fait une guerre acharnée. D’un côté, on déclarait que les personnages mythiques n’étaient pas que des personnifications d’objets naturels et de phénomènes naturels ; de l’autre, on soutenait que c’étaient des hommes et des femmes remarquables qui, durant la vie, pour une raison ou pour une autre, avaient produit une forte impression sur leurs semblables, mais dont les actions avaient été déformées et exagérées par une tradition erronée et crédule. Ces deux points de vue de s’excluent pas réciproquement, comme leurs défenseurs le croyaient. Les personnages qui figurent dans toutes les merveilleuses histoires de la mythologie ont très bien pu être des créatures humaines, comme l’allèguent les Évhéméristes ; cependant, ils peuvent parfaitement avoir été, en même temps, des personnifications d’objets ou de phénomènes naturels, comme le soutiennent les adversaires de l’Évhémérisme. La doctrine de l’incarnation nous fournit le chaînon qui manquait pour relier ces deux théories en apparence inconciliables. Si on conçoit les puissances de la nature, ou d’une certaine partie de la nature, comme personnifiées par cette divinité, et si cette divinité peut s’incarner dans un homme ou dans une femme, il est évident que la divinité incarnée est, en même temps, un être humain réel, et une personnification de la nature. Pour en revenir à l’exemple qui nous intéresse ici, Sémiramis peut très bien avoir été la grande déesse sémitique de l’amour, Ishtar ou Astarté, et cependant s’être incarnée dans une femme véritable, et même toute une série de femmes, reines ou prostituées, dont le souvenir a survécu dans l’histoire ancienne. Saturne, également, peut très bien avoir été le dieu des semailles et des plantations, et avoir été représenté, sur terre, par une série, ou une dynastie de rois sacrés, dont la vie joyeuse, mais courte, a pu contribuer à établir la légende de l’Âge d’Or. Il est évident que, plus la série de ces divinités humaines a été longue, plus le mythe ou la légende a de chances de survivre. Quand, en outre, une divinité d’un type uniforme se trouvait représentée, avec ou sans le même nom, à travers une immense étendue de pays, par de nombreuses dynasties locales de femmes et d’hommes divins, il est clair que les histoires relatives à cette divinité avaient une tendance encore plus nette à persister et à revêtir une forme stéréotypée.

Il est probable que la conclusion à laquelle nous sommes arrivés, en ce qui concerne la légende de Sémiramis et de ses amants, s’applique à tous les récits analogues qui avaient cours dans les temps anciens par tout l’Orient ; en particulier, nous avons le droit de supposer qu’elle s’applique au mythe d’Aphrodite et d’Adonis en Syrie, de Cybèle et d’Atys en Phrygie, d’Isis et d’Osiris, en Égypte. Si nous pouvions remonter à l’origine de ces légendes, nous trouverions sans doute que, dans chaque cas, un couple humain jouait tous les ans le rôle de la divine amante et du dieu qui meurt. Jusqu’à l’époque romaine, nous le savons, Atys fut personnifié par des prêtres qui portaient son nom ; et si, au cours de la période que couvrent nos connaissances, Atys et Adonis morts étaient représentés uniquement par des effigies, nous pouvons conjecturer qu’il n’en avait pas toujours été ainsi, et que dans l’un et l’autre cas, la mort du dieu avait jadis été figurée par la mort d’un homme. En outre, la licence accordée, aux Sacées, à l’homme qui jouait le rôle du dieu mis à mort, vient apporter un solide appui à l’hypothèse suivant laquelle, avant d’immoler publiquement le dieu incarné, on tolérait dans tous les cas, ou plutôt on exigeait de lui, qu’il reçût les caresses d’une femme jouant le rôle de la déesse de l’amour. Il n’est pas difficile de deviner la raison de cette union obligatoire du dieu humain et de la déesse. Si l’homme primitif est persuadé que les rapports sexuels entre hommes et femmes ordinaires peuvent stimuler la croissance des récoltes, quelle pluie de bénédictions n’est-il pas en droit d’escompter du commerce d’un couple que son imagination revêt de toute la gloire et de toute la puissance de divinités de la fertilité ?

Ainsi, la théorie de Movers, d’après laquelle, aux Sacées, le Zoganes représentait un dieu qui s’unissait à une femme, personnifiant une déesse, se trouve reposer sur des bases plus solides et plus larges que ne le supposait ce savant érudit. Il croyait que le couple divin qui figurait, par délégation, à la cérémonie, se composait de Sémiramis et de Sandan ou Sardanapale. Il apparaît maintenant qu’il avait foncièrement raison quant à la déesse ; il reste à nous occuper du dieu. Il semble hors de doute que le nom de Sardanapale n’est qu’une déformation grecque d’Assurbanipal, nom du plus grand, et presque du dernier, des rois d’Assyrie. Mais les documents qui concernent le personnage réel, et qui ont vu le jour durant ces dernières années, ne confirment guère les fables dont la tradition classique entoure son nom. Ils prouvent, en effet que, loin d’être la femmelette qu’ont vue les gens d’une période postérieure, c’était un monarque guerrier et éclairé, qui porta les armes assyriennes dans des pays lointains, et favorisa le développement des sciences et des arts dans son royaume. Pourtant, et bien que la réalité historique du roi Assurbanipal soit tout aussi prouvée que celle d’Alexandre ou de Charlemagne, il n’y aurait rien de surprenant à ce que des légendes se soient amoncelées, comme des nuées, autour de cette grande figure qui se découpait vigoureusement à l’orageux couchant de la gloire assyrienne. Or, les deux traits les plus saillants des légendes de Sardanapale sont sa débauche effrénée, et sa mort violente dans les flammes d’un énorme bûcher sur lequel il fit monter, avec lui, ses concubines, pour les empêcher de tomber aux mains de ses ennemis victorieux. On raconte que ce roi efféminé se fardait le visage, se vêtait de parures féminines, et passait ses jours dans la retraite du harem, à filer la laine pourpre au milieu de ses épouses, et à se vautrer dans les plaisirs les plus sensuels ; on dit aussi que, sur l’épitaphe qu’il fit graver sur son tombeau, il rappela que tous les jours de sa vie il avait bu, mangé, et s’était amusé avec des femmes, se souvenant que la vie était courte et pleine de déboires, que la fortune était incertaine, et que d’autres étaient tout prêts à jouir des bonnes choses qu’il serait forcé, bientôt, de laisser derrière lui. Ces traits ne présentent guère de ressemblance avec ce que nous savons de la vie et de la mort d’Assurbanipal ; car, après une suite brillante de conquêtes, le roi d’Assyrie mourut de vieillesse, au comble des honneurs humains, laissant la paix à l’intérieur de son royaume, après avoir triomphé à l’extérieur, conquis l’admiration de ses sujets, et provoqué la terreur de ses ennemis. Toutefois, si le caractère traditionnel de Sardanapale concorde mal avec ce que nous savons du monarque véritable qui porta ce nom, il s’adapte assez bien avec ce que nous connaissons, ou pouvons imaginer, des faux rois qui menaient une existence brève, mais joyeuse, durant les fêtes des Sacées, ces fêtes asiatiques parallèles aux Saturnales. Il ne peut guère y avoir de doute que la plupart de ces hommes, les yeux constamment fixés sur la mort qui les attendait, cherchaient à noyer leur anxiété et à étouffer leurs craintes, en se plongeant à corps perdu dans toutes les joies éphémères qui s’offraient encore à eux sous le soleil. Une fois leurs plaisirs si brefs et leurs souffrances si amères terminées, quoi de plus naturel que, sur leurs tombes – ces tertres que les gens, non sans raison, considéraient comme les sépultures des amants de Sémiramis -, de graver quelques lignes semblables à celles que la tradition a placée dans la bouche du grand roi assyrien, pour rappeler au passant insouciant la brièveté et le néant de la vie.

si nous nous tournons vers Sandan, l’autre être légendaire ou mythique que, selon, Movers, le Zoganes pouvait personnifier, nous trouvons les arguments en faveur de sa théorie encore plus forts. On rapporte que la cité de Tarse, en Cilicie, fut fondée par un certain Sandan que les Grecs identifiaient avec Hercule ; et que, à la fête de ce dieu, ou héros, on le brûlait en effigie sur un grand bûcher. Ce Sandan est, sans aucun doute, le Sandes qu’Agathias nomme le vieil Hercule perse. L’historien byzantin, qui entend nous fournir une liste des dieux que les Perses adoraient avant l’époque de Zoroastre, nous cite Bel, Sandes et Anaïtis, qu’il identifie respectivement avec Jupiter, Hercule et Aphrodite. Or, nous savons que Bel était une divinité babylonienne et non perse ; et qu’à une époque postérieure, Anaïtis était en réalité à peu près équivalente à Ishtar ou Astarté ; il est donc à présumer que Sandes, lui aussi, était une divinité babylonienne, ou tout au moins sémitique ; en parlant de lui comme d’origine perse, l’historien a confondu les anciens Perses avec les Babyloniens, et, peut-être, avec d’autres races de l’Asie occidentale. Voici qui renforce la présomption : on trouve qu’en Lydie Hercule portait le surnom de Sandon, un équivalent sans aucun doute de Sandan, parce qu’il était revêtu d’une tunique de femme appelée sandyx, aussi fine et diaphane qu’une toile tissée de fils de la vierge ; ce vêtement lui avait été imposé par la Reine Omphale que le héros, habillé de pourpre, servit comme un esclave pendant trois ans, cardant de la laine, et se laissant frapper à coups de pantoufle d’or par l’irascible souveraine. La légende bien connue suivant laquelle Hercule se jeta, vivant, sur un grand bûcher, achève le parallèle entre l’Hercule Sandon efféminé de Lydie, et le Sardanapale assyrien. Un parallélisme aussi remarquable doit sûrement reposer sur une coutume et un mythe communs. Selon l’hypothèse de l’admirable érudit K.O. Müller, la coutume a fort bien pu être celle de représenter une divinité asiatique efféminée sous les traits d’un débauché, et de brûler cette effigie sur un bûcher. « Nous avons le droit de supposer, dit Müller, que, dans la vieille mythologie assyrienne, un personnage appelé Sandan, ou peut-être Sardan, figurait aux côtés de Baal et de Mylitta ou Astarté. Le caractère de ce personnage mythique est un de ceux que nous rencontrons souvent dans la religion orientale – excès de volupté et de sensualité combiné à une force miraculeuse et une puissance héroïque. On peut supposer qu’aux grandes fêtes de Ninive on exhibait ce Sandan ou Sardan sous des traits gaillards et féminins, le visage passé au blanc de céruse, les sourcils et les cils au noir ; tout le corps chargé de bagues, de chaînes et de pandeloques d’or ; il était paré de vêtements transparents d’un rouge vif ; d’une main il tenait un gobelet, et de l’autre, peut-être comme symbole de force, une hache à double tranchant ; il était assis, les jambes croisées, entouré de femmes, sur une couche magnifique, sous un dais pourpre ; en somme il ressemblait assez à l’Adonis des fêtes de la cour, à Alexandrie. Alors les habitants de la "folle Ninive", comme l’appelait le poète Phocylide, de la « "courtisane au beau visage", comme l’appelait le prophète Nahum, se divertissaient et se livraient à la joie avec leur héros chéri. Après quoi, nouveau spectacle : le splendide Sandan ou Sardan montait sur un bûcher fait de bois précieux, garni de tapisseries brodées d’or, et chargé d’encens et d’épices de toutes sortes. On y mettait le feu, au milieu des hurlements d’une multitude innombrable et du tintamarre assourdissant d’une musique suraigüe : une colonne monumentale de flammes s’élevait dans le ciel en tourbillonnant, et recouvrait à demi Ninive de fumée et de parfums. »

Le savant distingué que nous venons de citer ne laisse pas de reconnaître la part que tient l’imagination dans le tableau qu’il nous a tracé, mais il nous rappelle fort à propos que, dans des recherches historiques, l’imagination doit toujours jouer le rôle d’un ciment qui réunit les fragments épars de la tradition. Une chose, pense-t-il, ressort clairement de ces recherches : le culte et la légende d’un héros efféminé, tel que Sandan, paraissent avoir gagné, par suite de la dispersion rapide de la souche sémitique, d’abord le voisinage de Tarse, en Cilicie, puis Sardes en Lydie. A l’appui de l’antique existence de ce rite en Lydie, on peut aussi ajouter que la plus ancienne dynastie de rois lydiens faisait remonter son origine non seulement au héros mythique assyrien, Ninus, mais aussi au héros grec, Hercule, dont la mort légendaire par le feu trouve un écho tout au moins curieux dans les récits qui nous rapportent que Crésus, dernier roi de Lydie, fut placé par son vainqueur perse, Cyrus, sur un grand bûcher, et ne fut sauvé des flammes qu'au dernier moment. Ce récit ne pourrait-il contenir un souvenir de la manière dont mouraient autrefois les anciens rois de Lydie, en tant que représentants vivants de leur dieu ? C’était ainsi, nous l’avons vu, que les anciens souverains de Prusse se donnaient la mort, en face du chêne sacré, et, par une bizarre coïncidence, si ce n’est davantage, Hercule donna ordre que le bûcher sur lequel il allait se jeter fût constitué de bois de chêne et d’olivier sauvage. Nous avons montré aussi les raisons que l’on a de croire que, dans certaines tribus du Sud de l’Afrique, les chefs étaient peut-être brûlés, jadis, au cours de solennités religieuses ou magiques. Tous ces faits, toutes ces indications tendent à confirmer la théorie de Movers : à savoir qu’aux Sacées également l’homme, qui jouait le rôle de dieu pendant les cinq jours, était primitivement brûlé, à leur expiation. Il se peut que la mort par pendaison ou par crucifiement soit venue, dans la suite, apporter un adoucissement à ses souffrances ; il est encore tout à fait possible que les deux formes d’exécution, ou plutôt de sacrifice, se soient combinés ; qui l’on commençât par pendre ou par crucifier la victime et qu’on la brûlait ensuite, absolument comme nos ancêtres étripaient les traîtres après les avoir pendus quelques minutes au gibet. Selon toutes les apparences, à Tarse, la coutume s’était encore adoucie, et on brûlait une effigie, au lieu d’un homme ; mais ici, les preuves ne sont pas formelles. Il convient de remarquer que du temps même de Lucien, à Hiérapolis – siège principal du culte d’Astarté -, la fête centrale de l’année tombait au début du printemps, et tirait son nom du Bûcher ou de la Torche, constitué par de grands mâts, que l’on brûlait dans la cour du temple en même temps que les moutons, les chèvres, et autres animaux qu’on y avait accrochés. Ici, la saison, le feu, la potence, tout s’accorde avec notre hypothèse ; il n’y manque que l’homme-dieu.


#156 atrahasis

atrahasis

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Posté 11 février 2012 à 06:25

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Si la fête juive de Purim était, comme nous avons essayé de le montrer, issue soit des Sacées, soit de quelque autre fête sémitique, dont le trait central était constitué par le sacrifice d’un homme dans le rôle d’un dieu, on pourrait espérer découvrir des vestiges de sacrifice humain s’y rattachant, sous l’une ou l’autre de ces formes adoucies auxquelles nous venons de faire allusion. Cet espoir se trouve parfaitement réalisé. Dés les temps les plus reculés, en effet, les Juifs, à la fête de Purim, avaient l’habitude de brûler, ou de détruire d’une autre manière, l’effigie d’Aman. On connaissait parfaitement cette pratique au temps de la domination romaine, car, en l’année 408 de notre ère, les empereurs Honorius et Théodose prirent un décret qui ordonnait aux gouverneurs de provinces de veiller à ce que les Juifs ne brûlassent pas, sur une croix, l’effigie d’Aman, au cours de leurs fêtes. Ce décret nous apprend que cette coutume offensait gravement les chrétiens qui la considéraient comme une parodie et une profanation du mystère essentiel de leur propre religion. Ils ne soupçonnaient guère que c’était la simple continuation, sous une forme adoucie, d’un rite qu’on avait probablement célébré en Orient bien des siècles avant la naissance du Christ. Selon toute apparence, la coutume survécut longtemps à la publication de l’édit, car, dans une formule d’abjuration que l’église grecque imposait aux Juifs convertis, et qui semble dater du Xe siècle, voici les paroles que le renégat avait à prononcer : « Je maudis aussi ceux qui célèbrent la fête du dénommé Mardochée, le premier Sabbat (samedi) du jeûne chrétien, et ceux qui clouent Aman à l’arbre, en symbole du crucifiement, et le brûlent, tout en proférant des imprécations et des malédictions contre les chrétiens. » Voici le texte d’un récit juif de la cérémonie telle qu’on la pratiquait en Babylonie et en Perse au Xe siècle de notre ère : « En Babylonie et en élymaïde, les garçons ont l’habitude de fabriquer une effigie qui ressemble à Aman ; ils la suspendent au toit de leur maison quatre ou cinq jours avant Purim. Le jour de Purim, ils allument un feu de joie, et y jettent l’effigie, pendant que tous se tiennent en cercle autour du brasier, plaisantent et chantent. Il y a un anneau de suspendu au-dessus du feu, que l’on balance d’un côté à l’autre ». D’autre part, l’historien arabe Albîrûnî, qui écrivait en l’an 1000 de notre ère, nous informe qu’à Purim, de son temps, les Juifs se livraient à de grandes réjouissances, en souvenir de la mort d’Aman, et qu’ils fabriquaient des effigies de ce personnage qu’ils battaient et brûlaient « pour simuler la mort d’Aman sur le bûcher ». Aussi un des noms de la fête était-il Hâmân-Sûr. (…) Pendant le Moyen-âge, les Juifs italiens célébraient Purim d’une manière joyeuse que leurs propres historiens ont comparé à celle de fêter le Carnaval. Les enfants se rangeaient face à face sur deux rangs, et se bombardaient avec des noisettes, tandis que les hommes faits parcouraient les rues à cheval, des branches de pin à la main, ou, encore, qu’ils soufflaient dans des trompettes et gambadaient joyeusement autour d’un mannequin qui représentait Aman ; le mannequin était d’abord placé sur une plate-forme ou un échafaud, puis on le brûlait sur un bûcher. (…)

Or si nous considérons le rapport parfait qui existe, aussi bien dans le caractère que dans la date, entre le Purim juif et le Carnaval chrétien, et si, en outre, nous nous souvenons que l’effigie de Carnaval qu’on détruit, de nos jours encore, à cette joyeuse époque, avait probablement son prototype dans un homme vivant qu’on faisait mourir de mort violente dans le rôle de Saturne, aux Saturnales, l’analogie nous suggèrera d’elle-même qu’autrefois les Juifs, tout comme les Babyloniens, à qui ils semblent avoir emprunté leur Purim, ont très bien pu, à une certaine époque, brûler, pendre, ou crucifier un homme réel, dans le rôle d’Aman. Nous avons des raisons positives de croire qu’il en fut bien ainsi. Le vieil historien ecclésiastique, Socrate, nous informe qu’à Inmestar ville de Syrie, les Juifs avaient coutume de se livrer entre eux à certaines réjouissances, au cours desquelles ils commettaient maintes folies. En 416 de notre ère, sous l’action échauffante du vin, ils poussèrent leurs plaisanteries plus loin qu’à l’ordinaire, et se mirent à railler les chrétiens et le Christ lui-même ; pour donner plus de sel à leurs moqueries, ils s’emparèrent d’un enfant chrétien, et, l’attachèrent sur une croix, qu’ils dressèrent. Au début, ils ne firent que rire et se moquer du crucifié, mais bientôt, emportés par leurs passions, ils maltraitèrent tellement l’enfant qu’il mourut sous leurs coups. La chose s’ébruita ; il en résultat une sérieuse bagarre entre les Juifs et leurs voisins chrétiens. Les autorités intervinrent, et les Juifs payèrent cher le crime qu’ils avaient perpétré pour rire. L’historien chrétien ne mentionne pas – peut-être l’ignorait-il – le nom de cette fête joyeuse et déréglée qui eut une si tragique fin ; il n’est guère douteux que ce fût Purim, et que l’enfant mort sur la croix représentât Aman. Au Moyen-âge et dans les temps modernes, on a maintes fois porté contre les Juifs l’accusation de perpétrer des meurtres rituels, comme on les appelle. Toutefois, les arguments pour et contre cette accusation ont été discutés, par les deux partis, avec un acharnement tel, qu’il a plutôt réussi, tout naturel qu’il fût, à enflammer les passions des adversaires, qu’à faire jaillir la vérité. Nous préférons ne pas nous aventurer dans une arène aussi dangereuse ; nous nous bornerons à observer, pour autant que nous ayons étudié les cas cités, qui sont du reste rapportés en assez grand détail, que les victimes auraient été en majorité des enfants, et qu’elles auraient trouvé la mort au printemps, souvent au cours de la semaine qui précédait Pâques. Ce dernier détail, si toutefois il faut attacher quelque créance à ces accusations, indique qu’il existerait une certaine connexité entre ces sacrifices humains et la Pâque qui tombait la même semaine, plutôt qu’avec Purim qui tombait un mois plus tôt. Et, en fait, l’accusation ajoutait souvent que le sang des jeunes victimes devait être employé à la fête de Pâques. Si toutes les accusations de meurtre rituel portées contre les Juifs dans les temps modernes ne sont pas, comme il est fort probable, des calomnies pures et simples, fruits empoisonnés de la bigoterie, de l’ignorance, de la méchanceté, la vitalité que manifestent les formes les plus basses de la superstition dans l’esprit des gens ignorants, qu’ils soient Juifs ou Gentils, suffirait à expliquer ces recrudescences occasionnelles de barbarie primitive chez les membres les plus avilis de la communauté juive. Rendre la nation juive tout entière responsable de crimes qui, si toutefois ils se produisent, lui causent tout autant de répugnance qu’à quiconque, serait d’une monstrueuse injustice. Il serait tout aussi juste d’accuser les chrétiens en général de complicité dans les massacres et les atrocités, en nombre incalculable, perpétrés par des chrétiens, au nom du christianisme, non seulement sur des Juifs et des païens, mais sur des femmes, des hommes et des enfants, qui professaient la même foi que leurs bourreaux et leurs assassins, et mouraient pour elle. Si des actes de cette sorte ont été réellement commis par les Juifs – question sur laquelle nous nous refusons absolument à exprimer une opinion – ils intéresseraient le chercheur, comme des cas isolés de retour au vieux rituel barbare qui florissait jadis assez communément chez les ancêtres des Juifs et des Gentils, et sur lesquels, comme sur un monstre dangereux, une humanité plus éclairée a depuis longtemps posé le talon. De telles coutumes ont la vie dure, et ce n’est pas la faute de la société en général, si, parfois, il reste assez de force au reptile pour relever sa tête venimeuse et piquer.

Mais entre le stade où les sacrifices humains se pratiquaient effrontément à la lumière du jour, et celui où ils ont été obligés de se dissimuler loin des regards dans des trous et des coins obscurs, il a existé une période au cours de laquelle la coutume s’est progressivement effacée, devant le jour croissant de la science et de la philanthropie. On a eu recours, dans cette période intermédiaire, à bien des subterfuges afin de conserver le vieux cérémonial d’une façon qui n’offensât pas la nouvelle morale. Un procédé commun et efficace consiste alors à consommer le sacrifice au moyen d’un malfaiteur, dont la mort sur l’autel, ou ailleurs, n’a guère de raison d’exciter la pitié ou l’indignation ; ce sacrifice revêt, en effet, un caractère de châtiment, et les gens reconnaissent que si le prêtre ne s’était pas emparé du criminel, il aurait été indispensable, dans l’intérêt public, de le livrer au bourreau. Nous avons vu qu’à Rhodes, dans les sacrifices offerts à Cronus, on substitua au bout d’un certain temps, à la victime innocente, un condamné à mort ; il ne fait guère de doute qu’à Babylone les criminels, qui mouraient en qualité des dieux, aux Sacées, bénéficiaient d’un honneur qu’à une époque plus ancienne on réservait à des personnages plus honorables. Il ne semble donc nullement impossible que les Juifs, en empruntant les Sacées à Babylone, sous le nouveau nom de Purim, aient emprunté également la coutume de mettre à mort un malfaiteur qui, après avoir paradé sous le nom de Mardochée, affublé de la couronne et de la robe royales, était pendu ou crucifié dans le rôle d’Aman. Nous avons des raisons de penser que c’est ainsi que les choses se passaient ou presque ; toutefois, il vaut mieux attendre, pour examiner ces raisons, que nous ayons éclairci quelques points restés obscurs dans la fête de Purim, et dans l’explication que les Juifs donnent de son origine.

Il faut donc, en premier lieu, noter que la joyeuse fête de Purim, qui tombe le quatorzième ou le quinzième jour du mois d’Adar, est invariablement précédée d’un jeûne, connu sous le nom de jeûne d’Esther, le treizième jour ; en fait, certains juifs jeûnent pendant plusieurs jours avant Purim. Dans le livre d’Esther, le jeûne est expliqué comme étant la commémoration du deuil et des lamentations que provoque, chez les Juifs, le décret du roi Assuérus leur annonçant un massacre général pour le treizième jour du mois d’Adar ; car « dans toutes les provinces atteintes par l’ordre et le décret du roi, il y eut chez les Juifs une grande désolation, des jeûnes, des pleurs et des lamentations ; beaucoup revêtirent le cilice et se couvrirent de cendres ». Et Esther, avant de se rendre devant le roi, pour plaider en faveur de son peuple, ordonna à ses sujets de « rendre réponse à Mardochée. Allez, rassemblez tous les Juifs présents à Shushan ; jeûnez pour moi ; ne buvez ni ne mangez de trois jours – nuit comme jour ; moi-même et mes femmes, nous jeûnerons de la même manière ». Il résulte de cela que le jeûne et les lamentations étaient prescrits comme une préparation appropriée à la joyeuse fête de Purim, commémorant la manière dont les Juifs avaient été délivrés de la menace de destruction qui avait pesé sur eux le treizième jour d’Adar. Or nous avons vu que, dans l’opinion de certains savants modernes éminents, le livre d’Esther ne repose aucunement sur des fondements historiques, mais sur un mythe babylonien qui célébrait les triomphes et les souffrances de divinités plutôt que d’hommes. Dans ce cas, comment expliquer le jeûne qui précède Purim ? La meilleure explication paraît être celle de Jensen, suivant laquelle le jeûne et le deuil prenaient place, primitivement, à l’occasion de la mort annuelle et supposée d’un dieu ou d’un héros sémitique, du type Tammouz ou Adonis, dont la résurrection, le lendemain, provoquait ces éclats de joie et de satisfaction qui sont la caractéristique de Purim. Il se peut, selon Jensen, que le dieu ou héros particulier dont la mort et la résurrection plongeaient dans la désolation ou la joie ses adorateurs, ait été soit le grand héros Gilgamesh, soit son camarade et ami éabani (= Enkidu). Les exploits valeureux et les aventures de ces deux amis forment le thème du plus long des poèmes babyloniens qu’on ait découvert jusqu’ici. Ce poème est écrit sur douze tablettes, détail qui incite certains érudits à penser que cette histoire pouvait fort bien constituer un mythe solaire, décrivant la course annuelle du soleil à travers les douze mois ou les douze signes du Zodiaque. Quoi qu’il en soit, l’action se déroule en majeure partie dans la très ancienne cité babylonienne d’érech, siège principal du culte de la déesse Ishtar ou Astarté, qui joue un rôle important dans l’histoire. Car on y raconte que la déesse avait été frappée par la beauté de Gilgamesh et lui aurait fait des avances ; mais lui, dédaigna son amour et tomba peu après dans une douloureuse maladie, due probablement au courroux de la déesse offensée. Son compagnon éabani suscita également la fureur d’Ishtar et reçut une blessure mortelle. Il languit pendant douze jours sur un lit de douleur, et quand il mourut, son ami Gilgamesh le pleura et n’eut de cesse qu’il n’ait obtenu du dieu des morts la permission, pour l’âme d’éabani, de revenir dans le monde supérieur. La résurrection d’éabani, enregistrée sur la douzième tablette, forme la conclusion du long poème. La théorie de Jensen est que la mort et la résurrection d’un être mythique, en qui se combinaient à la fois les traits d’un dieu solaire et ceux d’un ancien roi d’érech, se célébraient à la Zakmuk babylonienne, ou fête du Nouvel An ; d’érech, son siège primitif, le drame rituel fut, plus tard, transféré à Babylone, ce qui conduisit naturellement à la substitution de Marduk, le grand dieu de Babylone, à Gilgamesh ou éabani, dans le rôle du héros. Bien que Jensen ne paraisse pas identifier Zakmuk avec les Sacées, un bref examen nous montrera que sa théorie générale de Zakmuk concorde parfaitement avec les caractères de la fête des Sacées que nous avons vue apparaître au cours de notre enquête. Aux Sacées, sauf erreur de notre part, un homme qui personnifiait un dieu ou un héros du type Tammouz ou Adonis, recevait les faveurs d’une femme, probablement d’une courtisane sacrée, qui représentait la grande déesse sémitique Ishtar ou Astarté ; et après qu’il avait ainsi joué son rôle, pour assurer, par magie sympathique, le renouveau de la vie végétale au printemps, on le mettait à mort. Nous avons le droit de supposer que la mort de cet homme divin était pleurée par ses adorateurs, en particulier par les femmes, d’une manière qui rappelle fort celle dont les femmes de Jérusalem lamentaient la mort de Tammouz à la porte du temple, et celle dont les jeunes filles syriennes pleuraient la mort d’Adonis pendant que le fleuve roulait ses eaux rougies par son sang. En fait, ces rites paraissent avoir été communs à toute l’Asie occidentale ; le nom du dieu que l’on mettait à mort variait avec le lieu, mais le rituel, dans sa substance, demeurait identique. Au fond, cette coutume constituait une cérémonie religieuse, ou plutôt magique, qui avait pour but d’assurer la renaissance et le renouvellement de la vie au printemps.

Or, si cette interprétation des Sacées est exacte, il est évident qu’un point capital de la cérémonie est absent des relations très brèves qui nous en sont parvenues. On rapporte bien la mort de l’homme-dieu, mais il n’est nulle part question de sa résurrection. Pourtant, si réellement il personnifiait un être du type d’Adonis ou d’Atys, on peut avoir la presque certitude que sa mort dramatique était suivie d’une résurrection dramatique, après un intervalle de temps plus ou moins long, tout comme aux fêtes d’Atys et d’Adonis, la résurrection du dieu mort succédait rapidement au simulacre de sa mort. Ici, cependant, une difficulté se présente. Aux Sacées, l’homme-dieu, mourait de mort véritable, non d’une mort simulée ; et dans la vie ordinaire, la résurrection même d’un homme-dieu, n’est pas du tout un évènement journalier. Que faire alors ? L’homme, ou plutôt le dieu, était indubitablement mort. Comment le rappeler à la vie ? Naturellement, la meilleure, sinon l’unique ressource était de lui substituer un autre homme, vivant celui-là, qui assumerait le rôle de dieu revenu à la vie, et c’est là, nous pouvons le supposer, ce qu’on faisait. On peut conjecturer que les insignes royaux, dont l’homme mort avait été paré, passaient à son successeur. Celui-ci, les ayant revêtus, se présentait devant ses adorateurs ravis comme leur dieu ressuscité ; il est même probable qu’à son côté se trouvait une femme, tenant le rôle de l’épouse divine, la déesse Ishtar ou Astarté. On peut faire observer, en faveur de cette hypothèse, qu’elle nous fournit immédiatement une explication claire et intelligible d’un point remarquable du livre d’Esther, qu’on n’a pas encore, que nous sachions, élucidés de façon satisfaisante ; nous voulons parler du dédoublement apparent des principaux personnages, sur lequel nous avons déjà appelé l’attention du lecteur. Si nous voyons juste, Aman représente le roi temporaire ou le dieu mortel qu’on mettait à mort aux Sacées, et son rival, Mardochée, représente l’autre roi temporaire, qu’on revêtait, à la mort de son prédécesseur, des insignes royaux, et qu’on montrait au peuple comme le dieu ressuscité. D’une façon analogue, Vashti, la reine détrônée du récit, correspond à la femme qui jouait, aux côtés du premier faux roi, Aman, le rôle de reine et de déesse, et sa rivale heureuse, Esther ou Ishtar, correspond à la figurante qui tenait la place de l’épouse divine du second faux roi, le Mardochée ou Marduk. Un vestige de la licence sexuelle, dont jouissait le faux roi de la fête, semble s’être conservé dans le récit de la Bible suivant lequel le roi Assuérus trouva Aman couché sur le lit avec Esther et demanda : « Ferait-il bien encore violence en ma présence à la reine en cette maison ? » Nous avons vu que le faux roi des Sacées avait parfaitement le privilège d’user des concubines du roi ; il y a de fortes présomptions en faveur de l’opinion de Movers selon laquelle le faux roi commençait son règne éphémère en exerçant ce droit en public. Dans le rituel parallèle d’Adonis, le mariage de la déesse avec son amant infortuné était célébré publiquement le jour qui précédait le simulacre de sa mort. Un souvenir très net des temps où les relations qui unissaient Esther et Mardochée étaient regardées comme beaucoup plus intimes qu’un simple cousinage semble s’être conservé dans quelques-unes des pièces juives que l’on jouait à Purim ; Mardochée y paraît comme l’amant d’Esther. Cette indication probante se trouve confirmée par l’enseignement des rabbins : le roi Assuérus, d’après eux, ne connut jamais réellement Esther ; c’est un fantôme à la ressemblance d’Esther qui entra dans sa couche, pendant que la véritable Esther était assise sur les genoux de Mardochée.

Le cadre persan, où l’auteur hébreu du livre d’Esther a situé son tableau si riche en couleurs, nous suggère naturellement la pensée que les Juifs ont emprunté leur fête de Purim non pas directement aux anciens Babyloniens, mais à leurs conquérants perses. Même si l’on arrivait à démontrer cette dérivation, cela n’invaliderait nullement la théorie selon laquelle Purim tire son origine de la fête babylonienne des Sacées, puisque nous savons que les Perses la célébraient aussi. Il vaut donc la peine de rechercher si, dans la religion perse, nous pouvons retrouver les traces d’une fête analogue aux Sacées et à Purim. Lagarde nous a montré la voie, ici, en attirant l’attention sur la vieille cérémonie perse connue sous le nom de la « Chevauchée de l’Homme sans Barbe ». Elle se pratiquait aussi bien en Perse qu’à Babylone, au début du printemps, le premier jour du premier mois ; d’après le plus ancien calendrier perse, cette époque correspondait au début de mars ; il en résulte que la date de la cérémonie concordait avec celle du Nouvel An, Zakmuk, à Babylone. On plaçait, tout nu, sur un âne, un cheval ou un mulet, un bouffon sans barbe et si possible borgne, et on le conduisait par les rues de la ville en une espèce de marche triomphale dérisoire. D’une main, il tenait un corbeau ; de l’autre, un éventail, dont il s’éventait en maugréant contre la chaleur, cependant que la foule lui jetait de la glace et de la neige et l’aspergeait d’eau glacée. On supposait qu’il chassait le froid, et pour l’aider, peut-être, à s’acquitter de cette fonction utile, on le nourrissait de mets chauds, et on le barbouillait de matières chaudes. Monté sur son âne, et escorté de toute la maison du roi, si par hasard on se trouvait dans la capitale, et, sinon, par la garde du gouverneur, elle aussi à cheval, il défilait par les rues et extorquait des contributions. Il s’arrêtait à la porte des riches, et s’ils ne lui donnaient pas ce qu’il demandait, il souillait leurs vêtements de boue ou d’un mélange d’ocre rouge et d’eau, qu’il portait avec lui dans un pot de terre. Si un marchand tardait à s’exécuter, l’insolent mendiant avait le droit de confisquer toutes les marchandises de la boutique ; aussi, les commerçants qui le voyaient approcher se hâtaient-ils, comme bien l’on pense, de prévenir ses désirs en lui offrant une partie de leurs marchandises avant qu’il les mette au pillage. Tout ce qu’il ramassait ainsi, du point du jour jusqu’aux prières du matin, appartenait au roi ou au gouverneur de la ville ; mais tout ce qu’il recueillait entre la première et la seconde heure de prières, il le conservait pour lui. Il disparaissait après les secondes prières, et si les gens l’attrapaient au cours de la journée, ils étaient libres de le battre tant qu’ils voulaient. « D’une façon identique, rapporte un des écrivains indigènes qui ont décrit cette coutume, on désigne aujourd’hui un Seigneur du Nouvel An, et les divertissements commencent. On agit de la sorte parce que cette époque de l’année, qui tombe au début d’Azur ou de Mars, coïncide avec l’entrée du soleil dans le Bélier ; ce jour-là, on s’amuse et on se réjouit parce que l’hiver est terminé.»

Or, dans cet arlequin qui chevauchait par les rues, escorté de la suite du roi, percevant des contributions destinées en partie au trésor royal et, en partie, au collecteur lui-même, nous reconnaissons les traits familiers du faux roi ou du roi temporaire, investi, pendant un temps très court, de la majesté et des privilèges royaux, pour des raisons qui ont été précédemment expliquées. La disparition subite du bouffon perse, à une heure déterminée de la journée, et l’autorisation accordée à la populace de le battre s’il se laissait prendre après cette heure, rappellent assez clairement le sort plus terrible qui l’attendait probablement à une époque antérieure, quand il payait de sa vie son éphémère royauté. La ressemblance entre son grotesque défilé et celui de Mardochée, par les rues de Suse, est parfaitement nette ; disons toutefois que l’auteur juif d’Esther a peint sous des couleurs plus brillantes le triomphe de son héros, « en habits royal de couleur d’hyacinthe et blanc avec une grande couronne d’or et une robe de fin lin et d’écarlate », monté sur le destrier même du roi, et conduit dans les rues de la ville par l’un des plus nobles princes de la maison royale. La différence entre les deux scènes ne peut sans doutes pas s’expliquer uniquement par le désir, chez l’écrivain juif, d’entourer d’un halo de gloire le personnage qu’il considérait comme le libérateur de son peuple. Tant que le roi temporaire resta un véritable substitut du monarque régnant, et qu’il dut, tôt ou tard, mourir en son lieu et place, il fut naturel qu’on le traitât avec une plus grande référence, et qu’il copiât son royal confrère avec plus de précision qu’un bouffon qui n’avait rien de pis à craindre qu’une bastonnade, quand il abandonnerait ses fonctions. Bref, lorsqu’on eut oublié la signification sérieuse de la coutume, et qu’on eut permis au substitut de s’échapper, la vie sauve, l’ancienne cérémonie tragique dégénéra rapidement en farce.

Mais, si la « Chevauchée de l’Homme sans Barbe » est, à un certain point de vue, une réplique affaiblie et pervertie de l’original, examinée sous un autre angle, elle conserve certains traits qui certainement remontent à son origine primitive, bien qu’ils ne paraissent pas dans les fêtes apparentées, babylonienne et juive. La coutume perse porte l’empreinte d’une réjouissance populaire, plutôt que d’une solennité pompeuse ; or, partout, il est manifeste que les fêtes populaires, quand on les a laissées se développer librement, révèlent leur vieille signification et leur ancienne destination de façon bien plus transparente que lorsqu’elles ont été englobées dans la religion officielle et encadrées dans un rituel. La simplicité de pensée de nos ancêtres est bien mieux comprise de leurs descendants illettrés que de la majorité des gens instruits ; leurs rites grossiers sont conservés bien plus que fidèlement, et interprétés avec plus de sincérité par de grossiers paysans que par les prêtres, qui recouvrent leur nudité du voile somptueux de la pompe religieuse, ou par le philosophe qui cache leur âcre saveur sous le sucre de l’allégorie. Dans le cas qui nous intéresse, le but de la « Chevauchée de l’Homme sans Barbe », au début du printemps, est d’une suffisante évidence. Ce but, c’était de hâter le départ de l’hiver et l’arrivée de l’été.  On nous dit en termes exprès que le bouffon qui déambulait par les rues en s’éventant et en maugréant contre la chaleur, pendant que la populace l’accueillait avec des boules de neige, passait pour chasser le froid ; à défaut même de cette assurance, nous aurions le droit de tirer la même conclusion de son attitude. D’après les principes de la magie homéopathique ou imitative – magie qui n’est guère que le faux-semblant érigé en système -, on peut rendre le temps chaud en prétendant qu’il l’est ; si on n’y arrive pas soi-même, on est persuadé que quelqu’un d’autre, plus malin, y réussira. C’est un sorcier de ce genre que les Perses croyaient trouver dans le Borgne sans Barbe qui jouait le rôle que nous avons décrit ; et nul doute que ses défauts physiques ne dussent contribuer, de façon occulte, au succès du rite. La cérémonie était donc, comme Lagarde l’a clairement distingué, la contrepartie orientale de ces coutumes populaires européennes qui célébraient l’arrivée du printemps en représentant sous une forme dramatique l’expulsion ou la défaite de l’hiver par l’été victorieux. Mais, tandis qu’en Europe on use souvent, sinon régulièrement, de deux acteurs ou de deux effigies, pour personnifier les deux saisons rivales, il suffit d’un seul acteur, en Perse. On ne sait pas au juste s’il représentait l’hiver ou l’été ; mais comme il prétend souffrir de la chaleur, et qu’il disparaît finalement, nous pouvons supposer que, s’il personnifiait l’une de ces deux saisons, c’était plutôt l’hiver en train de finir, que l’été qui arrivait.

Si le rapport ainsi découvert entre Purim et la « Chevauchée de l’Homme sans Barbe » présente la moindre exactitude, nous sommes enfin en mesure de démasquer les personnages principaux du livre d’Esther. Nous avons tenté de montrer qu’Aman et Vashti ne font guère que doubler Mardochée et Esther, qui, à leur tour, dissimulent sous un mince déguisement les traits de Marduk et d’Ishtar, le grand dieu et la grande déesse de Babylone. Mais pourquoi, demandera le lecteur, ce couple divin se dédoublerait-il, et pourquoi opposer l’un à l’autre les deux couples ? La réponse nous est indiquée par les fêtes populaires du printemps, en Europe, auxquelles nous venons de faire allusion. Si notre façon d'interpréter ces coutumes est exacte, le contraste entre l’été et l’hiver, entre la vie et la mort, qu’on représente au moyen d’effigies, ou même de personnages vivants aux fêtes printanières de nos paysans, n’est, au fond, qu’un contraste entre la végétation moribonde ou morte de la vieille année, et la végétation en germe de la nouvelle, contraste qui ne perdrait rien de sa force, bien au contraire, si, comme dans l’ancienne Rome, à Babylone et en Perse, le début du printemps était en même temps le début de l’année nouvelle. Dans ces cérémonies, comme dans toutes celles que nous avons examinées, l’antagonisme ne réside pas dans des puissances d’ordre différent, mais entre les différents aspects d’une même puissance, considérée tantôt dans sa caducité, tantôt dans son renouveau ; en somme, ce n’est pas autre chose que le contraste éternel et pathétique entre la jeunesse et la vieillesse. Et, de même que l’on représente la puissance ou l’esprit de la végétation dans le rituel religieux, ou dans les coutumes populaires, par un couple humain, que ce soit celui d’Ishtar et de Tammouz, de Vénus et d’Adonis, ou du Roi et de la Reine du Mai, de même il faut nous attendre à trouver l’esprit décrépit et âgé de l’année disparue personnifié par un couple, tandis que le frais et jeune esprit de la nouvelle année le sera par un autre. Ceci, si notre hypothèse est exacte, fournit l’ultime explication du conflit qui s’élève entre Aman et Vashti d’une part, et leurs doubles, Mardochée et Esther, d’autre part. En dernière analyse, ces deux couples représentaient les puissances qui procurent la fertilité aux plantes, et peut-être aussi aux animaux, mais l’un des deux couples personnifiait l’énergie défaillante de la vieille année, l’autre la vigueur et la force croissantes de l’année nouvelle. Suivant notre hypothèse, on personnifiait les deux puissances non pas simplement dans le mythe, mais aussi dans la pratique populaire : tous les ans, en effet, un couple humain entreprenait de ranimer la vie de la nature par une union, qui, pareille à un microcosme, passait pour résumer, de manière mystique, les amours des arbres et des plantes, des herbes et des fleurs, des oiseaux et des animaux. Nous pouvons supposer que, à l’origine, ces couples exerçaient leurs fonctions durant une année entière ; à l’expiration de cette période, on mettait à mort l’époux, le roi divin ; toutefois, dans les temps historiques, il semble, en règle générale, que le dieu humain – Saturne, Zoganes, Tammouz, peu importe son nom – n’ait joui de ses privilèges et ne soit acquitté de ses devoirs divins que pendant un court laps de temps. L’usage de raccourcir ainsi son règne sur terre s’introduisit, sans doute, à l’époque où les vieilles divinités héréditaires ou les rois déifiés réussissaient à se décharger de la partie la plus pénible de leurs fonctions sur un substitut, ce substitut fût-il un fils, un esclave, ou un malfaiteur. Comme le substitut devait mourir en tant que roi, il fallait qu’il vécût également comme roi pendant une certaine période ; mais, tout naturellement aussi, le vrai monarque restreignait à la fois la durée et l’étendue d’une autorité qui, tout le temps qu’elle se prolongeait, empiétait sur la sienne, et même, s’y substituait. Quel sort était réservé à l’épouse du roi divin, cette déesse humaine qui partageait sa couche et transmettait son énergie bienfaisante au reste de la nature ? Nous ne pouvons le dire. Autant que nous le sachions, il n’y a guère de preuves qu’elle ait été, comme lui, mise à mort une fois qu’elle s’était acquittée de ses importantes fonctions. Le caractère de la maternité nous suggère, avec assez d’évidence, des raisons pour qu’on l’épargnât un peu plus longtemps, c’est-à-dire jusqu’au moment où cette mystérieuse loi, qui enchaîne la vie de la femme aux aspects changeants du ciel nocturne, se fût accomplie avec la naissance d’un enfant-dieu, qui, à son tour, une fois élevé par les tendres soins de sa mère, donnerait sa vie pour le monde.

Conclusion

Nous pouvons maintenant résumer les résultats généraux de l’enquête que nous avons poursuivie au cours du présent chapitre. Des fêtes du type des Saturnales, caractérisées par un renversement des rangs sociaux et par le sacrifice d’un homme en qualité de dieu, ont été célébrées en un moment donné, nous en avons trouvé la preuve, dans tout l’ancien monde, depuis l’Italie jusqu’à Babylone. Ces fêtes semblaient remonter à une époque très ancienne de l’état agricole, alors que les gens vivaient en petites communautés dont chacune était présidée par un roi divin ou sacré. Le premier devoir de ce roi était d’assurer la succession régulière des saisons, la fertilité de la terre, et la fécondité aussi bien des bestiaux que des femmes. Associée à lui, se trouvait son épouse, ou autre conjointe, avec qui il accomplissait certaines des cérémonies indispensables, et qui, en conséquence, partageait son caractère divin. A l’origine, il semble que la durée de ses fonctions ait été limitée à une année, à la fin de laquelle on le mettait à mort ; mais, avec le temps, et, soit par force soit par ruse, il réussit à prolonger son règne ; parfois même à se procurer un substitut qui, après une occupation éphémère et plus ou moins effective du trône, mourait à sa place. Tout d’abord, le substitut du père divin fut probablement le fils divin ; mais, à une époque postérieure, cette règle cessa d’être appliquée ; plus tard encore, avec le développement d’idées plus humaines, on exigea que la victime fût toujours un condamné. A ce stade avancé de dégénérescence, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’éclat de la divinité ait subi une éclipse, beaucoup se refusant à découvrir un dieu dans un malfaiteur. Pourtant, la décadence du dieu déchu ne s’arrête pas là ; il arrive qu’on considère un criminel comme trop bon encore pour personnifier un dieu à la potence ou sur le bûcher ; il ne reste plus qu’à fabriquer des effigies plus ou moins grotesques, et à pendre, à brûler, ou à détruire de toute autre manière le dieu, en la personne de son méchant représentant. Dés lors, la signification primitive de la cérémonie est peut-être à ce point oubliée qu’on suppose que le mannequin représentait quelque personnage historique ayant encouru la haine et le mépris de ses semblables durant sa vie, qu’on vouait tous les ans à exécration éternelle en détruisant l’effigie. Les représentations d’Aman, de Carnaval, de L’Hiver, de la Mort, que les Juifs, les Catholiques et les paysans de l’Europe centrale détruisent, ou détruisaient encore respectivement, tous les ans, au printemps, paraissent être les descendants directs de ces incarnations humaines des puissances de la nature dont la vie et la mort passaient pour indispensables au bonheur de l’humanité. Mais, des trois personnages, le seul qui ait conservé l’empreinte visible de sa signification primitive est celui de l’Hiver ou de la Mort. Chez les autres, l’ancienne valeur de la coutume, en tant que cérémonie magique destinée à diriger le cours de la nature, s’est trouvée presque entièrement obscurcie par un regain abondant de légendes et de mythes. Il y a une raison à cette différence : tandis que, chez les paysans à l’esprit simple, les générations successives se sont transmis, depuis un temps immémorial, la coutume de détruire une effigie de l’Hiver ou de la Mort, les fêtes de Purim et du Carnaval, tout autant que leurs prototypes babylonien et italien, les Sacées et les Saturnales, ont été, pour ainsi dire, domestiquées pendant des siècles dans les cités, où elles se trouvaient naturellement exposées aux mille transformations et aux mille courant dissolvants qui proviennent de la spéculation philosophique ou scientifique, de la religion ou de la politique, qui roulent leurs eaux bourbeuses à travers les denses agglomérations d’hommes, mais sans souiller, dans la campagne, les sources limpides de l’imagination mythique.

S’il se rencontre quelque vérité dans l’analyse des Saturnales et des fêtes apparentées que nous venons de terminer, cette étude semble indiquer une homogénéité remarquable de civilisation aux temps préhistoriques à travers toute l’Europe méridionale et l’Asie occidentale. Jusqu’à quel point cette homogénéité dans la civilisation peut-elle être donnée comme une preuve d’homogénéité dans la race, c’est là une question qui concerne l’ethnologue, et ne nous intéresse pas ici. Toutefois, sans entrer dans la discussion, nous pouvons rappeler au lecteur que, dans l’extrême orient asiatique, nous avons rencontré des rois temporaires dont les fonctions magiques et les rapports intimes avec l’agriculture apparaissent en pleine lumière ; l’Inde, de son côté, abonde en exemples de rois qui étaient obligés de se sacrifier, à l’expiration d’un nombre d’années déterminé. Toutes ces coutumes semblent se tenir ; on peut les considérer, peut-être, comme les restes épars d’une vaste zone religieuse et sociale qui, à une époque reculée, encerclait le vieux monde de la Méditerranée au Pacifique. Qu’il en fût ainsi ou non, nous avons du moins le droit de prétendre que nous avons établi certaines probabilités : si le Roi du Bois, à Aricie, vivait et mourait en tant que l’incarnation d’une divinité sylvestre, les fonctions dont il s’acquittait n’avaient nullement un caractère unique ; en effet pour rencontrer des cas analogues, point ne nous est besoin de franchir les frontières de l’Italie, où le divin Saturne – le dieu de la semence confiée à la terre et en train de lever – était chaque année mis à mort, en la personne d’un représentant humain, à son ancienne fête des Saturnales.

Il est possible que de tels sacrifices d’hommes divinisés, accomplis pour le salut du monde, aient contribué à faire naître l’idée que l’univers, ou partie de l’univers, avait été primitivement créé avec le corps de dieux offerts en sacrifice. Il est certainement curieux de noter que nous rencontrons des idées de ce genre précisément dans les parties du monde où il apparaît qu’on a régulièrement effectué ces sacrifices. Ainsi, dans l’ancien Mexique, où les sacrifices d’êtres humains en tant que dieux constituaient un des traits marquants de la religion nationale, on rapporte qu’aux premiers temps, alors que la lumière du jour n’existait pas encore, les dieux créèrent le soleil pour éclairer la terre, en se jetant volontairement, l’un après l’autre dans les flammes d’un brasier. De même, d’après la genèse de Babylone, le grand dieu Bel créa le monde en fendant en deux le monstre femelle Tiamat, et en se servant des deux moitiés séparées de son corps pour former le ciel et la terre. Après quoi, s’apercevant que la terre était déserte et vide, il eut l’obligeance de forcer un de ses dieux à le décapiter, lui, le créateur, et avec le sang qui jaillit, mêlé à de l’argile, il pétrit une pâte dont il façonna l’homme et les animaux. De même encore, nous lisons dans un hymne du Rig Véda que les dieux créèrent le monde avec le corps démembré du grand géant primitif Purushu. De sa tête, ils firent le ciel ; la terre, de ses pieds ; le soleil, de ses yeux ; la lune, de son esprit, et les hommes et les animaux furent créés avec la graisse qui tombait de son corps, et avec ses membres ; quant aux dieux Indra et Agni, ils bondirent hors de sa bouche. Ce récit grossier, barbare même, de la création, que nous présente le poète, fut conservé par les docteurs brahmanes d’un âge ultérieur ; ils le raffinèrent au point d’en tirer une théorie subtile du sacrifice en général. Selon eux, le monde ne fut pas seulement créé au commencement par le sacrifice du créateur, Prajapati, Seigneur des Créatures, mais, aujourd’hui encore, on ne le renouvelle et on ne le préserve que par la répétition mystique du rituel sacrificatoire quotidien, que célèbrent les brahmanes. Tous les jours, le corps du Créateur et Sauveur est rompu à nouveau, et tous les jours les morceaux en sont rassemblés pour amener la restauration et la préservation d’un univers qui, sans cela, se désagrégerait et s’émietterait. Le monde est merveille, le prêtre qui offre le sacrifice s’identifie avec le Créateur ; ainsi, par le sacrifice qu’il accomplit, il renouvelle l’univers et protège contre toute solution de continuité la révolution du temps et de la matière. Toutes choses dépendent de son activité bienfaisante, bien plus, divine, depuis le ciel en haut, jusqu’à la terre en bas ; depuis le plus grand des dieux jusqu’au moindre vermisseau, du soleil et de la lune au plus humble brin d’herbe, et au plus petit atome de poussière. Heureusement cette théorie grandiose du sacrifice, considéré comme acte essentiel au salut du monde, n’oblige pas le prêtre à imiter son glorieux prototype en démembrant son propre corps et en répandant son propre sang sur l’autel ; au contraire, un corollaire réconfortant qu’il en déduit, lui laisse entrevoir l’agréable perspective de vivre jusqu’à un âge très avancé, pour l’indicible bonheur de la société, et même de prolonger au-delà de cent ans la brève existence humaine. On doit se réjouir non seulement pour le prêtre, mais aussi pour les hommes en général, quand, au cours du lent progrès de la civilisation et de l’humanité, les âpres réalités d’un cérémonial barbare s’adoucissent et s’amollissent ainsi pour ne plus être que les nébuleuses abstractions d’une théologie mystique.

Le Rameau d'Or, T3
p. 616 - 665

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:humhum:

Ce message a été modifié par atrahasis - 11 février 2012 à 06:30.


#157 atrahasis

atrahasis

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Posté 22 février 2012 à 10:32

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Esther et Mardochée, par Aert de Gelder

http://fr.wikipedia....wiki/Mardochée

Mardochée ou Mordekhaï
Mardochée est le fils de Jaïr de la tribu de Benjamin, une des deux tribus qui constituèrent le Royaume de Juda avant sa destruction par les Babyloniens et les déportations de l'élite du royaume vers les provinces de l'empire perse.
L'origine du nom Mardochée est incertaine. Il semble que cela signifie, en araméen, "serviteur de Mardouk", Mardouk étant le nom d'un dieu babylonien. (…) Il est fait mention à de nombreuses reprises dans le livre de Daniel, de Juifs exilés ayant reçu des noms en rapport avec l'un des dieux babyloniens.
Mardochée est le premier personnage de la Bible à être qualifié de "Yehoudi" que l'on traduit par "Juif" ou "Judéen".

Couple intéressant que les personnages Esther – Mardochée. On a vu que ces personnages ne possèdent aucune réalité historique et leur récit a été imaginé afin de fournir une raison de fêter Purim chez les Juifs, s’inspirant à la base d’éléments d’origine perse et babylonienne. Leur nom ne signifie rien, ils sont une transcription à peine voilée de Marduk et Astarté, le dieu suprême du panthéon babylonien, le dieu-roi, et sa divine épouse.
Celle-ci est comme vous le savez citée en plusieurs passages dans la Bible :

Jérémie 17.1-2
Le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, Avec une pointe de diamant; Il est gravé sur la table de leur coeur, Et sur les cornes de vos autels.
2 Comme ils pensent à leurs enfants, ainsi pensent-ils à leurs autels Et à leurs idoles d`Astarté près des arbres verts, Sur les collines élevées.

Samuel 7.3
Alors Samuel leur dit : « Si c'est de tout votre coeur que vous revenez au Seigneur, cessez d'adorer les idoles d'Astarté et de tous les autres dieux étrangers ; attachez-vous au Seigneur et servez-le, lui seul ; alors il vous sauvera du pouvoir des Philistins. »
Jérémie 44.16-17
Tu prétends que tu nous parles de la part du Seigneur, mais nous refusons de t'écouter.
Nous ferons plutôt ce que nous avons promis : nous présenterons des offrandes de parfum et de vin à la déesse Astarté, la Reine du ciel, comme nous l'avons fait jusqu'ici, ainsi que nos parents, nos rois et nos ministres, dans les villes de Juda et les rues de Jérusalem.


Ainsi que son amant Tammuz (1 seule fois).

Ezéchiel 8.14
Et il me conduisit à l'entrée de la porte de la maison de l'Éternel, du côté du septentrion. Et voici, il y avait là des femmes assises, qui pleuraient Thammuz.

On peut se demander comment le livre d’Esther a pu s’incorporer dans la tradition des juifs de l’époque sans provoquer le tollé et l’indignation de la communauté. L’exode à Babylone appartient à une période bien trouble où la sauvegarde - voir la constitution - d’un patrimoine national prime davantage sur la préservation de la tradition des prophètes. D’autant plus si Mardochée, personnage légendaire, est le premier désigné de Yehoudi comme l’indique wikipédia, cela montre un aspect de la falsification de l’histoire du peuple hébreu à une certaine époque. De cet environnement hostile, les enfants d’Israël, assis parmi les idoles des dieux étrangers qu’ils répugnaient tant, ont en effet perdu beaucoup de leur culture, s’y mêlant de nombreux éléments perses et babyloniens. C’est la période de la rédaction de l’Ancien Testament. Cela dit il y avait déjà précédemment des divisions au sein des douze tribus si l’on suit le récit biblique, la tribu de Juda par exemple est clairement dénoncée pour son infidélité (la tribu d’où sont issus les rois d’Israël, les fils de David, la maison de Salomon tiens tiens…). Peut-être l’idée d’un peuple hébreu soudé et réunis en douze tribus organisées autour de l’Alliance perpétuelle avec YHWH relève du mythe, mais j’avoue que je n’en sais rien. L’ancienne Alliance est de toute façon désuète, dorénavant, et comme Il l’a décrété « Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur coeur ». Je 31.33, He 8.10 La nouvelle alliance est établie dans le cœur des hommes.

Quant à Marduk il n’y est pas cité directement. Par contre ’Baal’ revient très souvent. On remarque qu’il y a similitude dans le nom (Bêl en akkadien). Il faut préciser que ce terme, qui était probablement le nom d’un dieu à l’origine, et précisément celui-là, ce nom s’est fortement popularisé et est tombé dans le langage courant pour devenir un terme générique appliqué à la royauté (sacrée). Je recopie les infos wikipédia qui explique les subtilités que contiennent ce mot :

Citation

Le terme Baal n'est pas à l'origine religieux : cet appellatif répandu dans de nombreuses langues sémitiques dénote un être respectable, le seigneur, le maître, le propriétaire ou parfois l'époux. Ce titre est particulièrement appliqué à une divinité de l'orage et de la fertilité proche-orientale, nommée Melqart en Phénicie ou Hadad en Syrie. De nombreux noms de rois sont également précédés de cette particule. Le mot n'était d'ailleurs pas utilisé qu'à des fins honorifiques ; l'exemple ba‘lāh hāri’šôn (l'ex-mari, le veuf) démontre la portée très large de ce mot. Un rabbin particulièrement reconnu était appelé Baal Shem Tov.

Baal est une appellation générique d'un dieu, accompagnée d'un qualificatif qui révèle quel aspect est adoré : Baal Marcodés, dieu des danses sacrées ; Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; et surtout, Baal Hammon, le terrible dieu des Carthaginois. On peut aussi citer Baal-Zebub, qui a donné Belzébuth. Ainsi, chaque région avait son dieu, son Baal local.

Baal est devenu l'appellation punique de nombreux dieux d'origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIe millénaire av. J.-C. jusqu'à l'époque romaine. C'est notamment le titre donné à Yhwh : Bealiah (plus justement bə‘’alyâ), qui signifie Yhwh est Baal. Il s'agit du point de vue de la religion hébraïque d'un blasphème, car remettant en cause l'unicité de Dieu, puisque la Bible considère les Baal étrangers comme de faux dieux.

Son nom — le maître ou l'époux — se retrouve partout dans le Moyen-Orient, depuis les zones peuplées par les sémites jusqu'aux colonies phéniciennes, dont Carthage. Il est invariablement accompagné d'une divinité féminine (Astarté, Ishtar, Tanit), même s'il est lui même hermaphrodite, tout comme Ishtar.

Wikipédia

J’ajoute ici la plupart des passages bibliques, elles contiennent de nombreuses indications :

2 Rois 23.4
Le roi ordonna à Hilkija, le souverain sacrificateur, aux sacrificateurs du second ordre, et à ceux qui gardaient le seuil, de sortir du temple de l'Éternel tous les ustensiles qui avaient été faits pour Baal, pour Astarté, et pour toute l'armée des cieux; et il les brûla hors de Jérusalem, dans les champs du Cédron, et en fit porter la poussière à Béthel.
Juges 10.6
Les enfants d'Israël firent encore ce qui déplaît à l'Éternel; ils servirent les Baals et les Astartés, les dieux de Syrie, les dieux de Sidon, les dieux de Moab, les dieux des fils d'Ammon, et les dieux des Philistins, et ils abandonnèrent l'Éternel et ne le servirent plus.
Juges 8.33
Lorsque Gédéon fut mort, les enfants d'Israël recommencèrent à se prostituer aux Baals, et ils prirent Baal Berith pour leur dieu.
Jérémie 19.5
Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, Pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal : Ce que je n'avais ni ordonné ni prescrit, Ce qui ne m'était point venu à la pensée.
Jérémie 32.35
Ils ont bâti des hauts lieux à Baal dans la vallée de Ben Hinnom, Pour faire passer à Moloc leurs fils et leurs filles : Ce que je ne leur avais point ordonné; Et il me n'était point venu à la pensée Qu'ils commettraient de telles horreurs Pour faire pécher Juda.
Jérémie 23.13
Dans les prophètes de Samarie j'ai vu de l'extravagance; Ils ont prophétisé par Baal, Ils ont égaré mon peuple d'Israël.
Jérémie 23.27
Ils pensent faire oublier mon nom à mon peuple Par les songes que chacun d'eux raconte à son prochain, Comme leurs pères ont oublié mon nom pour Baal.
Jérémie 2.8
Les sacrificateurs n'ont pas dit : Où est l'Éternel ? Les dépositaires de la loi ne m'ont pas connu, Les pasteurs m'ont été infidèles, Les prophètes ont prophétisé par Baal, Et sont allés après ceux qui ne sont d'aucun secours.
Sophonie 1.4
J'étendrai ma main sur Juda, Et sur tous les habitants de Jérusalem; J'exterminerai de ce lieu les restes de Baal, Le nom de ses ministres et les prêtres avec eux,
1 Roi 18.21
Élie s'avança devant tout le peuple et dit : « Quand cesserez-vous de sautiller tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre ? Ou bien c'est le Seigneur qui est le vrai Dieu, et alors rendez un culte au Seigneur ! Ou bien c'est Baal qui est le vrai Dieu, et alors rendez un culte à Baal ! » Mais personne dans le peuple ne répondit.
1 Roi 22.51-53
51 Achazia, fils d'Achab, régna sur Israël à Samarie, la dix-septième année de Josaphat, roi de Juda. Il régna deux ans sur Israël.
52 Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, et il marcha dans la voie de son père et dans la voie de sa mère, et dans la voie de Jéroboam, fils de Nebath, qui avait fait pécher Israël.
53 Il servit Baal et se prosterna devant lui, et il irrita l'Éternel, le Dieu d'Israël, comme avait fait son père.

2 Roi 21.3
Il (Manassé) rétablit les lieux sacrés que son père Ézékias avait détruits, il dressa des autels en l'honneur du dieu Baal, fabriqua un poteau sacré, comme l'avait fait autrefois Achab, roi d'Israël, et rendit un culte aux astres.
2 roi 23.5
Josias renvoya les faux prêtres que les rois de Juda avaient désignés pour offrir des sacrifices dans les lieux sacrés des villes de Juda et des environs de Jérusalem ; il les renvoya, parce qu'ils offraient des sacrifices à Baal, au Soleil, à la Lune, aux signes du zodiaque et à tous les autres astres.
Vous avez vu de vos propres yeux comment le Seigneur votre Dieu a agi dans l'affaire du dieu Baal de Péor : il a exterminé tous ceux de votre peuple qui avaient rendu un culte à ce dieu ;

Psaumes 106.28
A Péor, ils se livrèrent au culte du dieu Baal,
et mangèrent des viandes offertes en sacrifice à des dieux morts.

Jérémie 2.8
Les sacrificateurs n`ont pas dit: Où est l`Éternel? Les dépositaires de la loi ne m`ont pas connu, Les pasteurs m`ont été infidèles, Les prophètes ont prophétisé par Baal, Et sont allés après ceux qui ne sont d`aucun secours.
Jérémie 3.24
Depuis notre enfance,
le culte honteux de Baal a dévoré
ce que nos parents avaient acquis,
leur petit et leur gros bétail,
leurs fils et leurs filles.

Jérémie 7.9
Quoi ! Vous commettez des vols, des meurtres, des adultères, vous faites de faux serments, vous offrez des sacrifices à Baal, vous vous attachez à des dieux étrangers, avec lesquels vous n'avez rien de commun
Jérémie 11.13
Le peuple de Juda a autant de dieux que de villes, et on a installé à Jérusalem autant d'autels qu'il y a de rues, pour offrir des sacrifices à Baal-la-Honte.».
Jérémie 23.27
Ils pensent faire oublier mon nom à mon peuple Par les songes que chacun d`eux raconte à son prochain, Comme leurs pères ont oublié mon nom pour Baal.
Osée 9.10
J'ai trouvé Israël comme des raisins dans le désert, J'ai vu vos pères comme les premiers fruits d'un figuier; Mais ils sont allés vers Baal Peor, Ils se sont consacrés à l'infâme idole, Et ils sont devenus abominables comme l'objet de leur amour.

Évidemment Baal est vu comme Satan.
Dans Esaïe Satan apparaît sous le nom de Lucifer. Je ne vais pas faire un exposé à ce sujet, je pense que tout le monde a déjà fait des recherches. Seulement il vaut la peine de souligner qui désigne le mot ‘Lucifer’ dans les passages le concernant : il s’agit du roi de Babylone ! Donc un représentant terrestre de Marduk.
Esaïe 14.4
Alors tu prononceras ce chant sur le roi de Babylone, Et tu diras : Eh quoi ! le tyran n'est plus ! L'oppression a cessé !
Esaïe 14.12-14
Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton coeur : Je monterai au ciel, J'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, A l'extrémité du septentrion ; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très Haut.
Un détail amusant est cette formulation ‘Tu es abattu à terre’, ce qui laisse à figurer que Lucifer est un arbre. On retrouve la même idée en Daniel 4:8 - 16, où Nebucadnetsar et Babylone sont comparés à un arbre abattu.
Il est également qualifié d'ange déchu.

Note :
Cela dit au sein de nombreux courants ésotériques, je pense à la théosophie par exemple, ‘Lucifer’ est féminisé puisqu’il désigne la planète vénus - ou la déesse-. L’astre du matin étant vénus. La déesse peut tout autant être qualifiée de « porteur de lumière » qu’un viril wotan. L’attribut de la torche ou du flambeau se retrouve autant sur les représentations de divinités mâles que femelles. L’emploi codé du prénom féminin Lucie est fréquent. On a parmi de nombreux exemples la sainte Lucie qui tombe en date du 13 décembre dans notre calendrier (symbolique 13/12), ou je pense encore à la ‘Lucy in the sky with diamonds’ chantée par les Beatles.


On voit combien le message biblique est en farouche opposition à la royauté sacrée que nous étudions. Les hébreux possédaient la tradition la plus lointaine, puisque remontant à Abraham, Noé, et avant cela Enoch jusque Adam. Ne connaissant que le seul Dieu Unique et sachant ce qu’il s’était passé en Eden, Satan détaché de ses chaînes, ils ont vu de nouveaux dieux apparaître et les habitants se tourner vers ces nouveaux faux-semblants s’affirmer Dieu et réclamer le prix du sang, instituer toutes sortes de cultes et de cérémonies dégradantes dont le véritable Créateur n’aurait jamais eu idée de  soumettre à sa créature.

Sans pour autant entrer dans un principe de dualité, par trop simplificateur, nous avons une opposition évidente entre deux dieux, l’un bon et miséricordieux, l’autre mauvais, usurpateur et « tombé du ciel ».

Dans ma prochaine intervention, afin de compléter ce fil, il me sera nécessaire je pense de partager mes réflexions sur le dieu de la Bible et de ses anges. Ce ne sera pas facile étant donné que je ne suis parvenu à établir aucune conclusion à ce sujet. Personnellement au stade de mes recherches la révélation biblique demeure un mystère et son dieu également. Ainsi la question reste amplement ouverte, ce qui n’est pas plus mal. Je pense donc synthétiser plusieurs idées sans pour autant être en mesure de parvenir à une conclusion.

Ce message a été modifié par atrahasis - 22 février 2012 à 10:48.


#158 atrahasis

atrahasis

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Posté 17 mars 2012 à 16:19

Avant de continuer, puisque j’hésite encore à divulguer le reste de mes recherches, non pour quelques raisons personnelles mais parce que je ne parviens pas à mettre toutes les idées en place, je propose une petite pause avec cette pastiche. Ce sera ma contribution à démontrer le fondement luciférien de la Franc Maçonnerie. Cela dit ce n’est pas le but du présent sujet, d’autres auteurs ont suffisamment contribué à démontrer cela (lire par ex. "The hand of Ibliss", O. Zaïd), mais parce qu’il est nécessaire d’évoquer les nombreuses implications des anciens cultes polythéistes que nous étudions. Remarquez que je n’utiliserai que des sources maçonniques, le texte sera suffisamment parlant ^^

Le Dieu qui meurt et qui ressuscite dans la Franc-Maçonnerie

Wikipédia :
Hiram (ou Hyram) est le nom de deux personnages mentionnés dans la Bible
• Hiram Ier, roi de Tyr et allié des rois d'Israël.
• Hiram, fondeur et forgeron envoyé par son roi auprès du roi Salomon pour aider à la construction du Temple de Jérusalem.
On en parle dans le premier livre des Rois (1 R) où ils sont écrits Hiram et dans le deuxième livre des Chroniques (2 CH) où ils sont écrits Huram. Le premier était roi de Tyr, allié de Salomon roi d'Israël, et le deuxième un maître bronzier.
Je vous propose de nous attarder un peu de temps sur ces deux personnages et plus particulièrement sur le second, héros d'un des mythes fondateurs du compagnonnage et de la maçonnerie. (…)

(…) Il est probable que bon nombre de personnages bibliques mentionnés dans ces livres n’aient pas eu d’existence propre. C’est probablement le cas des deux Hiram. Plus précisément, les faits historiques avérés ne commencent qu’après le règne de Salomon. Le premier livre des rois, qui fait suite au deuxième livre de Samuel, commence par le problème de la succession de David et se poursuit par le récit du long règne de Salomon avant de se terminer par la pénible histoire de sa succession. Hiram, roi de Tyr apparaît au chapitre 5 verset 15. C'est grâce à ce roi, mythique, que Salomon a pu se lancer dans la construction du temple de Jérusalem que son père David n'a pas pu réaliser avant de mourir, trop occupé qu'il était par les guerres qu'on lui faisait de tous côtés. (…)

Considérations étymologiques[modifier]
En cherchant dans le dictionnaire Briggs anglais-hébreu à partir des lettres qui forment le mot Huram (de préférence à Hiram) on trouve tout d'abord la racine (Heit, Vav, Resh) qui veut dire : être resplendissant, éblouissant de blancheur; briller, être noble… Le même dictionnaire mentionne une racine phénicienne ,(Heit, Resh, Mem final) qui veut dire : consacré, oint. Sans chercher si loin, si on décompose le mot en deux nous avons en premier Hur, noblesse resplendissante et ensuite ram, élever, être en haut. Hiram est donc la noblesse resplendissante qui vient d'en haut.
Hiram Abif est l’ancêtre mythique de la Franc-Maçonnerie, c’est le 1er Grand Maître, et bien sûr selon les croyances tout Grand Maître de Loge est considéré comme étant sa réincarnation. Son récit est un mythe, au-delà des références bibliques déjà douteuses, se construit l’histoire d’un personnage particulier, dont la trame est une représentation symbolique des mystères.

(courte) présentation du personnage :


Je n'entrerai pas dans les détails du mythe d'Hiram, je présuppose qu'il est suffisamment connu de tous, et je n'ai pas la prétention d'être en mesure de l'expliquer dans les détails.

La légende d'Hiram Abif
ou la véritable initiation aux mystères antiques

Tous les travaux des loges, bien qu'évidemment diversement rédigés, vont à l'essentiel et font ressortir nettement la proche parenté qu'il y a entre le mythe maçonnique développé au troisième degré symbolique et le rituel de mort et de résurrection contenu dans les textes sacrés des anciens égyptiens et mettant en scène Osiris, Isis, Horus, Nephtys, Anubis et Seth.
Concernant l'existence de ce rituel dans la maçonnerie et comme l'a fait remarquer La loge Amon Rê dans son travail, Le mythe d'Hiram Abif n'est pas présent à l'origine dans les premiers manuels connus, à savoir ceux de la Grande Loge d'Angleterre de 1717 et encore moins dans les plus vieux manuscrits, celui de Cooke datant de 1420 et celui du Régius datant de 1390.
(…) Le mythe d'Hiram Abit est introduit en 1723 et c'est lui, réelle¬ment, qui fonde le caractère initiatique de la maçonnerie. (…)
source :
http://www.ledifice.net/K023-3.html

NDR : Ne soyons pas dupe son caractère initiatique n’est pas né d’hier, la légende d’Hiram n’est qu’une partie visible, elle constitue l’expression symbolique de son idéologie depuis le commencement. Le but principal de la FM est la perpétuation des anciens mystères.

Travaux complets du GRADE DE MAITRE (troisième degré)

     *
   * *

PRÉLIMINAIRES

La Franc-Maçonnerie est la suite des mystères de l’antiquité. Ces mystères étaient divisés en deux classes : les petits  et les grands.  Les petits avaient pour but d’instruire les initiés dans les sciences humaines ; la doctrine sacrée était réservée aux derniers degrés de l’initiation : c’est ce qu’on appelait la grande manifestation de la lumière.
Entre la connaissance des sciences humaines et celle de la doctrine sacrée, il y avait des degrés symboliques à parcourir ; tous les mystères roulaient sur trois points principaux : la morale, les sciences exactes et la doctrine sacrée.
Du premier objet, on passait au deuxième sans intermédiaire ; mais, arrivé à ce second degré de l’initiation, il fallait de longues préparations qui faisaient l’objet de trois autres degrés symboliques ; le premier terminait et complétait les petits mystères, les deux autres  ouvraient les grands.
Ce n’était qu’au premier degré symbolique, le troisième de l’initiation, que les fables étaient exposées, et en suivant les deux autres degrés, on s’exerçait à pénétrer le sens de ces fables, et l’on devenait digne de la grande manifestation de la lumière, doctrine qui explique le magnétisme, le somnambulisme, les songes, la prescience ou les prévisions, les sympathies ou antipathies, etc. Cette doctrine a été celle des mages de l’antiquité. Pythagore en a été l’interprète le plus célèbre.
La division générale comprenait les préparations, les voyages et les symboles ; l’autopsie, les préparation se divisaient en deux classes. La première avait pour titre symbolique le mot Sagesse, et pour objet la morale ; les initiés s’appelaient Thalmédimites ou disciples. La seconde avait pour titre symbolique le mot force, et pour objet les sciences humaines ; les initiés de ce second degré s’appelaient Hébérimites ou Associés.
Les voyages et les symboles se divisaient en trois classes : dans la première, appelée les obsèques, les initiés portaient le nom de Mouréhimites ; dans la seconde, appelée la vengeance (des passions humaines), ils prenaient celui de Bhérimites, et dans la troisième, nommée l’affranchissement, celui de Néschérites.
L’autopsie était le grand complément de l’initiation, le couronnement de l’édifice, la clé de la vôute.

                                        PETITS MYSTERES
1er degré, Thalmédimites,       Sagesse |
2e degré, Hébérimites,          Force | Préparation
3e degré, Mouréhimites,         Obsèques |

                                        GRANDS MYSTERES
4e degré, Bhérémites,           Vengeance |
5e degré, Neschérites,          Affranchissement | Voyages et symboles
6e degré, Grands Initiés,       Autopsie |

7e degré, Maîtres du Grand Œuvre, chefs suprêmes.

L’initiation était le symbole de l’immortalité de l’âme ; les difficultés, les dangers, les privations, les ténèbres des lieux remplis d’horreur et d’effroi, étaient l’image de la vie terrestre.
La pompe, l’éclat, les chants de musique, des spectacles enchanteurs, un séjour délicieux, qui succédaient aux épreuves, étaient l’image de la seconde existence ; aussi, mourir et être initié s’exprimaient par des termes semblables ; c’était mourir allégoriquement à la vie profane pour en commencer une plus pure.
Rien, dans ce vaste univers, ne garde éternellement sa forme, mais le grand tout se perpétue par l’anéantissement apparent et par la régénération.
La mort nous apprend à estimer à leur juste valeur les vanités de la vie humaine, à s’attacher aux biens solides, à la paix de la conscience, à la noble indépendance, à l’activité dans les travaux, sans les tourments de l’ambition et de la cupidité. (NDR : bla bla bla… alors d’après eux ce langage ne serait que pure allégorie ? Baratin qui ne fonctionne qu’avec les crédules).
Lorsque l’initié était arrivé à la fin de ses épreuves et dégagé des liens terrestres, que, mort aux vices, il était arrivé à la pureté primitive, on le revêtait d’une tunique blanche, il tenait dans sa main une branche de palmier, son front était ceint d’une bandelette bleu azur ; on lui faisait monter les sept marches du sanctuaire où se tenait le grand Hiérophante assis sur un trône resplendissant de lumière. Son visage était voilé, sur sa poitrine un triangle lumineux composé de sept pierres précieuses, au centre brillait un Job. Le Hiérophante soulevait un coin de son voile et lui disait :
«1. Chercher dans les merveilles visibles de l’univers la connaissance du Sublime Architecte des mondes et de ses perfections ; être toujours docile à la voix de la nature, qui est celle de la raison et de la conscience.
2. Pratiquer la vertu et fuir le vice, pour être toujours satisfait de soi-même.
3. Aimer ses semblables, leur être utile autant que possible, et ne chercher son propre intérêt que dans le bien-être commun de tous. »
Que de morale dans ces recherches ! Elles sont la conséquence de la pure doctrine de notre divin Maître, que l’ignorance, la superstition et l’avarice ont défigurée par la suite des temps.
Hiram est, sous le rapport astronomique, l’emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente ; sous cette légende allégorique se cache l’expression de la grande et profonde loi palingénésique, qui exige la mort violente de l’initiateur comme complément de l’initiation. Cette loi a sa consécration dans le mythe antique de Prométhée, qui, pour avoir révélé aux hommes le feu sacré, a été enchaîné sur le Caucase et foudroyé par Jupiter.
Le nom mystique du maître est Épopte, c’est-à-dire parfait voyant ; il porte aussi le nom de Gabaon, emprunté aux Gabaonites, qui étaient les gardiens de l’arche d’alliance, emblème des traditions et de la science.
La branche d’acacia qui lui est remise est le symbole de son initiation. On trouverait la preuve de cette assertion dans les traditions antiques et dans les ingénieuses fictions de la poésie ; lorsqu’un Franc-Maçon se présentait, en effet, dans une assemblée de haute science, interrogé sur sa qualité Maç., il répondait : « L’acacia m’est connu », l’acacia est un arbre dont l’attribut mystique ne doit être connu que des maîtres, il remplace le myrte des initiés d’Éleusis, le rameau d’or que Virgile place dans la main d’Énée, la branche de lierre d’Héliopolis, le papayer des Indiens, le rosier consacré à la déesse Isis par les Hiérophantes de Memphis.

(…) La légende d’Hiram, que la plupart regardent comme le récit d’un simple fait historique, est un de ces aide-mémoire symbolique. En chaldéen, le mot hiram est l’expression la plus élevée de la vie ; comme personnage allégorique, Hiram est évidemment l’Osiris des Égyptiens, le Mithra des Perses, l’Atys des Phrygiens, l’Adonis des Phéniciens, le Bacchus des Grecs ; il est, comme eux, l’emblème du soleil qui, parcourant dans sa marche apparente les douze signes du zodiaque, va porter la chaleur et la vie à l’hémisphère austral. Dans un hymne qu’on attribue à Orphée, le poète dit que tantôt Adonis habite le Tartare obscur, et que tantôt montant vers l’Olympe, il fait renaître la verdure et mûrir les fruits. Macrobe à son tour dit que les physiciens ont donné le nom de Vénus à l’hémisphère supérieur que nous habitons, et celui de Proserpine à l’hémisphère inférieur. « La même chose, ajoute-t-il, se passe chez les Égyptiens, sous différents noms religieux : lorsqu’Isis pleure Osiris, il est clair qu’Osiris n’est autre que le soleil, Isis autre que la terre ou la nature ».

Source :
J.E Marconis, La Rameau d’Or d’Éleusis, Paris, 1863
https://www.4shared....meau_dor_d.html

En conclusion :

(…) De ce qui précède, il ressort que, sous des formes diverses niais identiques au fond, le mythe d'Hiram Abif est aussi vieux que la spiritualité humaine ( Summer, Ancienne Egypte, Christianisme des origines... ); il n'est pas une invention de la Franc Maçon¬nerie spéculative dont les fondateurs se sont intelligemment emparé pour le préserver et le transmettre afin qu'il continue son chemin clans la pensée collective de l'humanité. Il est lié à la réincarnation qui sous tend toute la cosmogonie et l'ontologie sacrées rites anciens égyptiens, laquelle consiste à transformer l'hérédité horizontale (profane) en hérédité verticale ratta¬chant directement l'initié à la cons¬cience divine en courbant le temps linéaire pour soucher l'humanité réalisée sur La Source, Divinité Suprême; c'est en cela que l'Hiram Abif de nos rituels est à la fois Osiris et Horus des mystères égyptiens.. C'est aussi pour cela que la mise en oeuvre du mythe d'Hiram Abif en nos loges est une opé¬ration de magie opératoire destinée à faire revivre à tous les Maîtres Maçons ce que les prêtres-initiés égyptiens activaient clans la grande pyramide afin de transférer l'esprit du Pharaon défunt (Osiris) au nouveau Pharaon désigné pour en faire un nouvel Horus.

Philippe DI MARTINO Patrick-Gilbert FRANCOZ
http://www.ledifice.net/K023-3.html

(A lire éventuellement si vous en avez le courage, moi perso la bien-pensance maçonnique fardée d'oripeaux j’en ai la claque.)


"Masonry has nothing to do with the Bible; it is not founded upon the Bible, for if it were, it would not be Masonry, it would be something else." - The Digest of Masonic Law, p. 207-209.

"Freemasonry is a search for Light. That search leads us directly back, as you see, to the Kabala.… All truly dogmatic religions have issued from the Kabala and return to it; everything scientific and grand in the religious dreams of the Illuminati... all the Masonic associations owe to it their Secrets and their symbols." - Albert Pike, Morals and Dogma , p. 741,]

―What is more absurd and more impious than to attribute the name of Lucifer to the devil, that is, to personified evil. The intellectual Lucifer is the spirit of intelligence and love; it is the paraclete [an advocate]; it is the Holy Spirit, where the physical Lucifer is the great angel of universal magnetism." - Eliphas Levi, 33rd Degree Freemason, Rosicrucian Adept at Magick, The Mysteries of Magic, A Digest of the Writings of Eliphas Levi.

"LUCIFER, the Light-Bearer... Is it he who bears the Light? Doubt it not!… "The true name of Satan, the Cabalists say, is Yahweh (GOD) reversed; for Satan is not a black god, but a negation of God. For Initiates, this is not a Person, but a Force..." - Albert Pike, Morals and Dogma, p. 321, p 102]

"The result is light or illumination. Such are the Illuminati." - J.D. Buck, 32nd Degree Mason, Mystic Masonry, Introduction, p. xl.

Ce message a été modifié par atrahasis - 17 mars 2012 à 16:31.


#159 atrahasis

atrahasis

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Posté 25 mars 2012 à 11:23

Image IPB
Stèle du Baal au foudre, Musée du Louvre (découverte à Ras Shamra).

Le décor de cette stèle cintrée représente le grand dieu de l'orage, Baal, brandissant un casse-tête et plantant dans le sol une lance qui se termine par un rameau végétal. Un personnage plus petit, sûrement le roi d'Ougarit, semble être sous la protection du dieu. Cette stèle, la plus importante découverte à Ougarit, s'intègre dans la production de stèles du Levant, qui s'affirment à l'Age du Bronze récent comme un moyen d'expression majeur.

Le dieu de l'orage protège le roi
Tout le monde aujourd'hui s'accorde à reconnaître dans cette scène l'image du dieu Baal déchaînant l'orage de son casse-tête brandi, dans le geste traditionnel des dieux de l'orage vénérés dans toutes les régions du Levant, attitude que reprendront, avec les mêmes attributions, le Grec Zeus et le Latin Jupiter. La belle métaphore graphique de la lance changée en rameau évoque les bienfaits de la pluie qui vient grâce à l'orage. Dans le petit personnage blotti entre le corps et la lance du dieu, on s'accorde aussi à reconnaître le roi d'Ougarit, dans un costume de cérémonie, les bras croisés en prière et bénéficiant de la protection divine : comme le dieu, est-il placé sur un autel pour faire allusion à son rôle d'officiant dans les cérémonies ? Les motifs placés sur le double autel du dieu sont plus difficiles interpréter : au-dessus des vagues de la mer, gravées en bas, est-ce le serpent monstrueux qui causera la mort de Baal qui est évoqué ? Ou bien est-ce l'horizon des montagnes qui entourent le royaume d'Ougarit, protégé par Baal, dont la demeure se trouve "dans les replis du Mont Sapon" ?

source :
http://www.louvre.fr...-baal-au-foudre

Image IPB
Vase de la déesse Ishtar AO 17000

Ce grand vase cultuel est orné de l’image d’Ishtar.

Ishtar, ou Inanna pour les Sumériens, est à la fois déesse de la guerre, et l’incarnation divine de l’amour, maîtresse de la sexualité et de la fertilité.
Il faut sans doute voir en elle l’ancêtre des déesses-mères. Elle sera Isis A167 en Egypte, Aphrodite en Grèce, Vénus à Rome, Astarté en Phénicie, Ashthoreth dans la Bible.

Ce prototype babylonien est la source du culte ultérieur des déesses-mères. Essentiel et omniprésent dans l’histoire de l’homme, il constitue un des thèmes majeurs à l’origine des religions et des civilisations. A169   Les documents découverts en 1929 à Ras Shamra (l’Ougarit antique) ont confirmé la nature extraordinairement vile et perverse du culte cananéen. Les déesses Astarté, Anath et Ashérah symbolisaient à la fois la luxure, la violence sadique et la guerre. Les rites et les fêtes des déesses de la Fécondité dégageaient une incontestable sensualité.   Les Cananéens adoraient leurs dieux en pratiquant devant eux des actes immoraux, qui avaient valeur de rites religieux, et en assassinant leurs premiers-nés. Il semble que le territoire soit devenu une sorte de Sodome et Gomorrhe à l’échelle nationale.

Une civilisation d’une corruption et d’une brutalité si abominable avait-elle le droit de vivre plus longtemps ? Sommes-nous encore surpris que Dieu ait commandé de les exterminer ?  Deutéronome 7:1.

Comme son prototype suméro-babylonien, Astarté apparaît sous un double aspect : tantôt c’est la déesse de la guerre, tantôt celle de l’amour.
Ici une femme nue, prête aux enlacements qui seront créateur de vie, là une créature vêtue et armée, qui conduit au combat ceux qui la vénèrent.

Les archéologues qui creusent dans les ruines des villes cananéennes s’étonnent que Dieu ne les ait pas détruites plus tôt qu’il ne le fit. A247

Source :
http://www.louvrebib...O&id_oeuvre=127

Le Taureau - un symbole solaire et phallique
(article issu d'un site ésotérique)

Citation

Revenons sur le sens initial du symbole phallique, qui est le même que celui du taureau et du bouc : « Les anciens, pour représenter, par un objet physique, la force régénératrice du Soleil au printemps, et l’action de cette force sur tous les êtres de la nature, adoptèrent le simulacre de la masculinité, que les Grecs nommaient « phallus ». Ce simulacre, quoi qu’il paraisse indécent à la plupart des modernes, ne l’était point dans l’antiquité. Toutefois, pour éviter tout d’abord de le mêler à une confusion de son sens premier, les anciens lui substituèrent deux emblèmes animaux que sont le taureau (le signe du Taureau correspond à l’arrivée du printemps et au retour du Soleil qui va faire renaître la nature) et le bouc (la constellation du Taureau comprend celle du Cocher, anciennement nommée « constellation de la Chèvre » ou du Bouc (Mendès), dont l’étoile Capella (Chèvre) est la plus brillante).

D’où que le taureau, comme le bouc, jouent un grand rôle dans la mythologie, comme emblèmes du Soleil réparateur et régénérateur. Plusieurs taureaux étaient adorés en Egypte sous des noms différents. Le taureau Apis, le plus célèbre de tous, l’était à Memphis ; le taureau Mnevis à Héliopolis, le taureau Onuphis ou Bacis l’était, suivant Macrobe, à Hermuntis (sans doute le futur Bacchus romain - NDA), ville de la haute Egypte. Chez les Grecs, on trouve le « taureau de Cadmus », dont Jupiter prit la forme pour enlever Europe ; le « taureau de Marathon », dompté par Hercule. Les Hébreux empruntèrent des égyptiens le « veau d’or », détruit par Moïse, ainsi que le veau de Samarie, contre lequel déclame le prophète Osée (Osée 8 et 13). Les Romains eurent leur taureau expiateur, réparateur, qu’ils égorgeaient dans les sacrifices appelés « tauroboles », et dont le sang effaçait les péchés de ceux sur lesquels il était répandu. Les monuments symboliques du dieu-soleil Mithra (culte de Mylitta) offrent un taureau dont le sang est versé pour le même objet.

Les Cimbres, les Teutons avaient leur taureau sacré, sur lequel ils prononçaient leur serment ; les Scandinaves adoraient Thor ou « taureau », dont l’idole existait à Upsal dans le temple du Soleil. Le taureau est adoré au Japon, à Méaco. Les Rabbins parlent d’un taureau gigantesque appelé « Béhémoth » » (Jacques-Antoine Dulaure – Des divinités génératrices). Sans aucun doute du temps où les Hébreux vivaient captifs à Babylone, où certains d’entre eux comme Ezéchiel voyaient des animaux étranges peints sur les murs : « Le Seigneur me mena à l’entrée de la cour et je vis qu’il y avait un trou dans le mur. Et il me dit : « Fils de l’homme, creuse donc dans le mur », et je creusai dans le mur, et voici qu’il y avait une entrée. Et il me dit : « Entre et vois les exécrables abominations qu’ils commettent ici ». J’entrai et je vis qu’il y avait toutes les formes de reptiles et d’animaux immondes, et toutes les idoles de la maison d’Israël gravées sur le mur, tout alentour » (Ezéchiel.8 ).

« Ainsi, les mêmes causes qui élevèrent le signe du Taureau au rang des Dieux, procurèrent un pareil honneur au signe du Bouc. Ces deux signes indiquaient également le retour du printemps : ils eurent le même sort, portèrent le même nom. Le bouc sacré était adoré sous le nom de Pan à Mendès, car Mendès signifie « bouc ». « Le bouc ou le dieu « Pan » (Priape), dit Hérodote, s’appelle « Mendès » en égyptien. Plutarque dit formellement que les Egyptiens donnaient au bouc de Mendès le nom d’Apis ».

De même pour Horus : « Les Egyptiens regardaient Horus comme le principal auteur de la fécondité de l’Egypte et de la fertilité universelle ; ils appuyaient le trône de ce dieu sur des figures de lion pour exprimer sa force : Horus est souvent représenté tenant en main l’organe de la génération dans une forte érection. (…) Il était la même divinité que Bacchus et Priape. (Pierre Nicolas Rolle – Recherches sur le culte de Bacchus. 1819)

Et c’est sur une stèle d’Horus qu’Aleister Crowley trouve inscrit le fameux chiffre 666 : « Se rendant au printemps 1904 au Caire pour son voyage de noces, Aleister Crowley entendit sa future épouse Ourda lui dire « Ils t’attendent », alors qu’ils évoquaient Horus. Et, bien qu’ignorant tout de l’Egypte antique, la compagne du mage reconnut au musée Boulak une stèle de bois peint datant de la XXVIème dynastie représentant Horus et immatriculée du nombre auquel Crowley était associé depuis son enfance : 666 ».

Or, quel est le point commun de toutes ces divinités figurées par un bouc ou par un taureau sinon qu’elles sont à l’origine la représentation du Soleil ? C’est donc cet astre porte-bonheur qui rayonne subtilement à travers ces figures. Pour en intensifier encore l’assimilation, les anciens marquèrent sur leurs stèles le nombre du carré du Soleil, dont le total est 666.

Donc, bien avant de devenir le nombre de Satan, le chiffre du Diable dont le Livre de l’Apocalypse témoigne l’existence d’une manière autant maudite qu’énigmatique, 666 est le nombre du Soleil pour son carré, se trouvait logiquement marqué auprès des divinités solaires, et les superstitieux le considéraient comme un nombre porte-bonheur ou capable d’apporter la chance.

En annonçant que « Pan est mort », les premiers Pères de l’Eglise signifiaient haut et fort que les divinités antiques venaient de périr dans les antres de la géhenne, même et surtout celles dont le Soleil était l’astre. Mais comme les dieux ne meurent jamais, les mêmes prophètes de l’apocalypse délivrèrent le message qu’au lieu de périr, ils étaient devenus des démons mauvais et étaient, de fait, plus dangereux que jamais. Les dieux solaires devinrent des démons furibonds. Voilà le résultat de leur luxure.

Pan en enfer devint Satan et son nombre solaire évolua en un chiffre maudit. De porte-bonheur, il changea en synonyme de vie débridée, de luxure. Pas seulement, il est le nombre des péchés capitaux, de celui des richesses (codes bancaires) et de la communication entre les hommes (www.).

Aux temps antiques de Babylone, le dieu Bel ou Baal, dont la figure était celle d’un taureau viril ou d’un roi gravé dans une borne phallique, se faisait nommer « Stur » pour Saturne*, puisque cet astre gouvernait l’aspect magique du divin. Ce nom, comme Sorath, a pour nombre 666.

(* « Dans « l’Almageste », Ptolémée, en parlant des peuples qui vivent sous le triangle « notapéliotique », dit que, chez eux, les membres destinés à la génération sont sacrés, à cause des aspects du Soleil, de Saturne et de Vénus, qui sont « séminaux » (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837).)

Les experts en guématrie étudièrent ainsi toutes les combinaisons de noms possibles où le chiffre 666 est susceptible de s’y trouver.

Des mystiques du Diable affirment qu’un ancêtre de Satan est le dieu-bouc Mendès. Celui-ci avait pour parèdre une certaine divinité féminine dont le corps finissait comme celui d’un poisson, Hatmehyt. Au final, comme pour Hathor, il s’agit toujours d’une adaptation plus ou moins locale de la même Astarté que l’on nommait Ashera. Signe que la divinité est androgyne, « Ashera », entité d’aspect féminin, a pour nombre 506, celui du « taureau viril ». Des traductions bibliques nomment « Ashera » le poteau sacré qui n’est autre que le phallus sacré.

Le dieu-taureau Baal était identifié en Egypte, dans la localité de Mendès, au dieu-bouc du même nom. On trouvait celui-ci en union avec sa parèdre ou compagne Ashera. Leur union « Mendès (154) et (6) Ashera (506) » forme le nombre 666. Ce genre de guématrie abonde mais celle-ci est significative pour approcher de la dimension autant solaire que luxurieuse.  

http://www.eros666.c...s-43109959.html


(désolé de me faire attendre mais c'est un préliminaire nécessaire pour la suite sur laquelle je travaille encore - un gros boulot cela dit)

Ce message a été modifié par atrahasis - 25 mars 2012 à 11:46.


#160 atrahasis

atrahasis

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Posté 03 avril 2012 à 08:59

Accompagné des travaux de J.G. Frazer nous avons exploré la royauté sacrée, du bois de Némi à un rituel de fertilité tenu annuellement à Babylone (et aussi en Égypte), la fête de la Zagmuk, fête solennelle symbolisant la régénération de la végétation et par là même les forces du roi, cette nature qu’il personnifie en tant que dieu incarné sur terre. Nous nous sommes interrogés sur sa nature divine et vu qu’elle impliquait un sacerdoce rigoureux avec des divinités auxquelles l’homme était soumis et avec lesquelles il fallait négocier afin d’assurer la prospérité de la tribu, à une époque à laquelle la conception du monde et de ses lois étaient à un stade embryonnaire du développement de la pensée humaine. Sur ces nombreuses divinités nous avons observé l’importance significative d’un couple divin, à travers le symbolisme notamment, pour constater que nous retrouvions systématiquement un semblable archétype dans toutes les mythologies et religions. Ces dieux, avec leurs rejetons, ont il y a bien longtemps apporté la science, la connaissance à l’humanité, plongeant le monde dans un nouveau paradigme dans lequel l’homme produisait sa propre nourriture tout en se développant en de larges communautés, cultivant la terre, étendant ses territoires, honorant ses ancêtres fondateurs et participant activement au développement des arts et des sciences. Des similarités évidentes ont pu être constatées avec le Livre d’Énoch, qui narre le récit d’anges, des immortels qualifiés de déchus, ayant quitté le ciel pour s’accoupler avec des femmes, et leur enseigner toutes sortes de connaissances : astronomie, médecine, enchantements, armes de guerre... et dont la descendance s’est retournée contre les créatures de la terre pour les dévorer. Nous avons découvert qui étaient ces deux êtres mythiques, leurs symboles (taureau/bouc, foudre, femme, serpent/dragon, colombe.. etc) , et il devient un constat que les saintes Écritures répondent correctement à cette problématique. Nous avons encore démontré la persistance à travers l’histoire de sociétés initiatiques, depuis le culte de Mithra qui en constitue en quelques sortes le prototype, aux mystères d’Orphée, les gnostiques, l’alchimie… etc et bien d’autres choses.
Ainsi s’est construite progressivement une mosaïque dont la finalité s’est trouvé fort surprenante,  insoupçonnable au départ mais pourtant avérée par les nombreuses sources qui, agencées de manière intuitive, parlent d’elles-mêmes. Nous avons de surcroît, et sans vraiment s’en rendre compte, percés de nombreux secrets de l’occultisme, celui des écoles des mystères, sujet tabou et sévèrement gardé depuis l’antiquité jusqu’aux temps présents. Parce que le moment est arrivé de se poser les vrais questions et prendre conscience de notre histoire. Nous avons exposé à qui veut l’entendre le secret des élites de ce monde.

Jusqu’à présent nous avons été rigoureux, prudent aussi, face à un sujet délicat, nous avons tenté d’être le plus exact possible. Maintenant, alors qu’une partie importante de la révélation biblique s’éclaire, des questions se posent à propos de ces textes et de son Dieu, et c’est parfaitement légitime. Seulement dés lors que nous érigeons cette explication en guise de solution, ce n’est pas par facilité. Il faut être en mesure d’expliquer ce choix. Il faut en assumer la critique. Pas évident lorsque ces textes sont obscurs et que nous ne les comprenons pas nous même en majeure partie. Il faudra alors prendre quelques risques et essayer d'en discuter. Bien sûr je n'ai pas les réponses, ce qui va suivre ne sera qu’une esquisse. Il faut, je pense, montrer la difficulté qu’il y a à tenter d’y fournir une réponse.

Comme l’a remarqué Sedenion il y a beaucoup d’ambiguité sur le texte original, notamment de la Genèse. Malgré les hypothèses avancées il reste encore des inconnues sur ce point, et à ce stade certaines données nouvelles peuvent être capitales et nous faire voir les choses sous un angle différent. Ce serait bien d’y revenir. Quitte à partager avec vous mes hésitations. La Torah contient de nombreux emprunts aux récits et éléments babyloniens, perses, et cananéens, c’est un fait. A partir de là, plusieurs d’entre vous croient qu’il y a eu plagiat des hébreux, venant à la conclusion que la Bible a été inventée de toute pièce à partir de ces récits ; je voudrais montrer que tendre vers cette conclusion serait une erreur ; pour ma part les Écritures ont été mal comprises, puis réorientées, mélangée aux cultures avoisinantes. Il y a  un substrat dans ces textes qui nous vient bien de Dieu. Que nous y retrouvions des faits coïncidents avec d’autres récits mythologiques n’est pas surprenant, l’inverse le serait davantage. Étant donné le lieu proche, même commun, où se déroule le récit il est normal qu’il y ait ces échanges de culture, et que les hébreux connaissaient les mythes étrangers ; ils sont les histoires populaires de la région. Ce qui est intéressant est le sens dans lequel le racontent les hébreux, improbable pour l’époque. Ainsi donc, de là nous pouvons nous lancer dans une recherche comparative et tenter d’en découvrir un peu plus sur cette question que je me suis tout comme vous longtemps posé, en définitive : qui est Yavhé ? Qui est le Dieu des hébreux ? Voir même, se peut-il, est-il le diable ? Étude difficile, impossible pour des raisons évidentes, j’avais déjà proposé un début (hénothéisme…), je vais à présent, pour continuer, tenter d’en ajouter selon mes recherches.

Dieu existe-t-il ?
Personnellement je n’ai aucun doute à ce sujet, car autrement la démonstration établie jusqu’alors n’aurait plus de sens. Nous avons pu démontrer que le diable existe, il serait alors logique que Dieu existe. Sinon que reste-t-il de Justice en ce monde ?
Nous vivons sur un caillou lancé à toute allure dans l’infinie immensité d’un univers chaotique, et pourtant la vie est apparue sous une multitude de formes et a pu prospérer tout ce temps, trouver sa subsistance et se reproduire de manière autonome. Ca dépasse l’entendement.
L’hypothèse de l’existence d’un créateur tout-puissant a parfaitement sa raison d’être.
Bref, nous ne reviendrons donc pas sur cette question ; nous admettons son existence. C’est la suite qui est intéressant…

Le dieu de la Bible est-il Dieu ?
Comme je le disais, nous avons ici, dans ce sujet, en le replaçant dans son contexte, apporté une meilleure compréhension du message contenu dans les saintes Écritures. A défaut d’être clair, il se laisse deviner facilement. Il semble que les religions, par la suite, n’ont pas compris ce message, voir même ont tenté de le faire disparaître. Un exemple flagrant sont les rivalités historiques entre les trois religions monothéistes alors que ces rivalités sont absurdes ; ces 3 religions ont le même Dieu unique et le même ennemi commun mais combien peu s’en sont vraiment rendu compte ? Il arrive même qu’un musulman ne croit pas aux djinns comme un chrétien ne croira pas aux anges. Puisque tout cela a été mal compris, pourquoi les Écritures se tromperaient-elles à priori ?

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Ninive - Chasse au lion palais d'Assurbanipal (roi d'Assyrie de 669 av. J.-C. à 627 av. J.-C )
http://www.lankaart....l-51302267.html

Certes, artistiquement ces bas-reliefs sont magnifiques. Ces images ne permettent d’ailleurs pas d’en apprécier la perfection des détails. Mais d’autre part quelle violence dans ces scènes de chasse ! Ces fauves ne sont pas des animaux symboliques et ces scènes encore moins imagées ; elles représentent l’extermination concrète de ces créatures, par des hommes rebelles, défiant Dieu et défiant sa création. C’est une longue guerre menée contre la nature dont on peut encore en voir les graves conséquences de nos jours. Si vous étiez Dieu, et que vous voyez ce comportement apparaître au sein de vos créatures, vous ne pourriez le tolérer.
« Les rois chaldéens et assyriens étaient grands chasseurs de lions. »
La tradition remonte de longue date. Ceux qui ont pu lire « les deux Babylone » ont pu apprendre que Nemrod, qu’A. Hislop identifie comme étant Ninus (fondateur de Ninive ; aurait régné environ -2189 BC), était non seulement « celui qui apprend à dompter le cheval », mais aussi qu’il l’utilise pour la chasse, car il est aussi « celui qui tue le léopard », « grand chasseur devant l’Éternel ». On peut faire remonter la tradition à Gilgamesh, où l’on voit fréquemment des représentations du géant Gilgamesh tuer le lion à mains nues. Le rapport avec le début de Énoch est encore ici évident.

Personnellement les miracles du Coran m’ont convaincu. J’invite les gens qui ne savent pas à quoi je fais référence de faire des recherches sur ce sujet. Il y est écrit « Dis: "Même si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les uns les autres".   » (Coran, 17 : 88). Le texte est extrêmement riche, je suis convaincu qu’aucun homme n’aurait pu accomplir pareille prouesse. Il est impossible que le prophète Muhammad en soit l’auteur.
De son côté le témoignage de Jésus Christ est de celui qui touche les cœurs au plus profond de l’âme. Il nous a légué des paraboles simplement magnifiques et enseigné un puissant message d’espoir.

Maintenant pour le cas de l’ancien testament c’est plus délicat...

A suivre…

Et Allah certes prit l’engagement des enfants d’Israël. Nous nommâmes douze chefs d’entre eux. Et Allah dit: «Je suis avec vous, pourvu que vous accomplissiez la Ṣalāt, acquittiez la Zakāt, croyiez en Mes messagers, les aidiez et fassiez à Allah un bon prêt. Alors, certes, j’effacerai vos méfaits, et vous ferai entrer aux Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux. Et quiconque parmi vous, après cela, mécroit, s’égare certes du droit chemin»!  Et puis, à cause de leur violation de l’engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs cœurs: ils détournent les paroles de leur sens et oublient une partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras de découvrir leur trahison, sauf d’un petit nombre d’entre eux. Pardonne-leur donc et oublie [leurs fautes]. Car Allah aime, certes, les bienfaisants. Et de ceux qui disent: «Nous sommes chrétiens», Nous avons pris leur engagement. Mais ils ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons donc suscité entre eux l’inimitié et la haine jusqu’au Jour de la Résurrection. Et Allah les informera de ce qu’ils faisaient.
Sourate 5, v12-14

Ce message a été modifié par atrahasis - 03 avril 2012 à 09:06.


#161 atrahasis

atrahasis

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Posté 15 avril 2012 à 05:36

Je voudrais d’abord commencer avec un excellent article à propos du nom d’Allah, issu du site alterinfo, histoire de débuter avec une base solide.

Citation

Qui est Allah ?!!

Entre musulmans, juifs, chrétiens et athées, trop nombreuses sont les personnes qui ignorent jusqu'où remonte et jusqu'où s'étend l'emploi du terme Allah.
Ne leur facilitant par la tâche comme ils le prétendent souvent, pseudo-orientalistes et islamophobes n'ont cesse de diaboliser ce nom, n'hésitant nullement à inventer sur son compte toute sortes de mensonges, de déformations et de diffamations.

En réponse à la propagande de désinformation vieillissante de ces faux guides sévissant sur toutes sortes de médias et d'estrades, et aux débats incessants soulevés autour des origines et significations de ce mot divin dans le monde de la web sphère en particulier, je tiens à mettre à la disposition du néophyte comme celle du plus éclairé toute une série d'éléments d'exception, qui démystifieront à jamais (du moins je l'espère) ce Nom dans les imaginations, que je vous appelle à décortiquer, quelles que soient vos convictions religieuses, à vérifier, et à faire circuler tout autour de vous.

Le résumé de cet essai vous sera livré juste ci-dessous. Ce suite à quoi vous serez amenés à explorer toutes sortes de preuves étayant l'idée générique qui y est exposée, toutes aussi inattendues les unes que les autres.

Que veut dire Allah ?!!!
La réponse est toute simple.
En arabe, les dévots des trois religions disent Allah pour faire référence à Dieu.
En hébreu, Dieu est dit: Elah, Eloh, Eloah *. El n’est que la contraction de ce nom.
* : Si en hébreu on aurait à remodeler à ces mots leurs signes diacritiques, ces trois variantes pourraient être lues indistinctement et en toute aisance sous la prononciation: Allah.
En araméen, Dieu est dit: Allaha

Dans les trois langues la racine sémitique est la même: ALH (même la prononciation ne diffère que très très peu).
En araméen et en arabe, selon l’emplacement du terme Dieu dans la phrase il peut être prononcé (invariablement dans les deux langues): Allah, Allaha, Allahi, Allahu.
YHWH, le tétagramme n’est pas un mot sémitique. Il s’agit d’un nom composé, d’origine égyptienne.
YHWH est facile à prononcer quand on le revet de ses signes diactriques, ce qui par adjonction des voyelles dans les langues latines donne ceci: YaHuWaH.
YaHuWaH se décompose ainsi: YaH+ HuWaH
(en hébreu le dernier H n’est jamais prononcé, comme pour le prénom Sarah)
HuWaH  = Lui , et ce en ancien égyptien, en arabe, en araméen et en hébreu.
YaH = est un nom porté par une divinité égyptienne, qui dut certainement être récupéré et utilisé par les Héreux comme nom générique. D'ailleurs, l'Ancien Testament commence par une phase Yahviste avant de transiter par la suite vers une phase Eloïste.
YaH+ HuWaH= c’est lui Dieu.
Yah se retrouve dans pas mal de prénoms et de mots hébreux (composés). Cela s’explique aisément, les hébreux étant nés et ayant passé à peu près 400 ans en Egypte, forcément la culture égyptienne y survécut de façon sous-jacente fort omniprésente ; l’usage du terme Yah en témoigne. [je pourrais en donner une centaine d’exemples au minimum]  
Allah, Allaha, Elah, Eloh, Eloah ce n’est qu’un seul et même mot sémite (signifiant DIEU).
En Islam et dans le Coran, Allah est considéré comme étant le Nom Propre de Dieu.

Pour le musulman, le fait que ce Nom soit commun aux trois religions et aux trois langues sémites corrobore parfaitement cette idée que le Coran lui dicte et le lui rappelle, celle que Allah est le Nom Propre et Eternel de Dieu.
(…)
Qu'en est-il de l'usage du Nom de Dieu dans le Judaïsme ?!

Ce sujet à lui seul mériterait un article à part, très très long, et très détaillé, qu'une quinzaine de jours ou un mois ne permettront pas d'élaborer (tout en le référençant), tellement la question est complexe, et tellement y eut-il, au grès des siècles, beaucoup de déformations et de désinformations relayées par les historiens, les archéographes et les biblologues uniquement dans le but de coller par pur concordisme aux idées véhiculées classiquement autour de l'Ancien Testament et autour de l'histoire du Judaïsme.
(…)
Je voudrais par de tels appels et mise en gardes faire remarquer que la langue hébraïque ne dut pas naître par enchantement, mais dut certainement provenir du brassage des hébreux avec plusieurs peuples et civilisations, au contact desquels, ces nomades, une fois sédentarisés, finirent par adopter une langue syncrétique s'inspirant des langues de tous ces peuples et civilisations, tels l'akkadien, le babylonien, l'égyptien, le phénicien, l'araméen, ainsi que toutes les branches cananéennes, et même la langue arabe *, voire l'ancien persan (dont d'ailleurs on retrouve des traces dans l'hébreu biblique).
(…)
Les termes hébraïques
El, Eloah, Elohim
sont des dérivés et issus de la même racine Allaha

Les Attributs de Dieu dans le Coran et en Islam
En Islam, Dieu s'est de tout temps révélé à l'humanité, par le biais des prophètes qu'Il suscita en différents temps et en différents espaces, parmi différentes sociétés et civilisations. Ce n'est que par paganisme et innovation que ces peuplades altérèrent la pureté des messages qui leur furent transmis et enseignés, ne rechignant aucunement à accorder à Dieu des associés, à lui substituer des idoles, lorsqu'ils ne les introduisaient pas déjà comme intermédiaires entre eux et le Dieu Unique, délaissant la lumière pour l'obscurité, troquant la clarté des dogmes par leur dépravation.

Comme tous ses prédécesseurs messagers, le prophète Muhammad ne vint pas pour inventer une nouvelle religion, mais pour restaurer le message un et unique, original et originel que Dieu révéla en tout temps et en tout espace.
Il ne vint pas pour appeler à adorer un autre Dieu, mais pour restaurer l'image plutôt immaculée de Dieu, que les injustes, les fourbes et les ignorants parmi les humains n'hésitèrent pas à altérer et à affecter.
Il ne vint pas pour subdiviser la religion, mais plutôt pour effacer les schismes religieux, élevant et élargissant l'Alliance Divine à une échelle universelle, parce que telle était sa mission, parce que Dieu l'avait promis, et parce que l'humanité y était enfin et désormais prédisposée.

En Islam, les attributs divins sont illimités et ne peuvent être cernés par quelconque description. Tenter de les dénombrer serait les limiter. Tenter de les décrire serait les circonscrire. Les approcher selon un référentiel purement humain serait les amenuiser et ne ferait que porter atteinte à leur intégrité et à leur divinité suprême.
Dans le Coran, maintes fois il y est dit à l'égard de Dieu que : RIEN NE LUI RESSEMBLE. Ainsi est le maître mot. Et que' IL N’A POINT ENFANTE NI N’A ETE ENFANTE.

Un tel rappel si incessant se soucie systématiquement de mettre en garde le néophyte contre la vanité de comparer le comparable avec l'incomparable, Le Créateur avec la créature, L'Incréé avec le créé.
Ce mot insiste à dire qu'aucune extrapolation issue de notre esprit humain et de notre cerveau - pesant à peine un kilogramme - ne saurait embrasser tous les attributs divins ni ne saurait être séante pour s'appliquer à celui qui créa l'immensité. La même formule dénonce l'inanité des esprits et des pseudo-développements de ceux qui assimilent Dieu à l'image de l'homme et l'homme à l'image de Dieu, voire disent de l'homme être le fils de Dieu et de Dieu être le père de l'homme, ou se disent être les fils de Dieu, à Dieu ne plaise de lui appliquer de telles outrances si anthropomorphes et si paganistes.

Le même mot n'entend pas que Dieu soit insondable, ni connaissable, ni perceptible, au contraire : Toute La Création et Tout l'Existent témoignent de Lui et prouvent Sa présence et Son existence.

Pour approcher Dieu, l'Homme est appelé à ouvrir ses sens, à désinhiber ses perceptions, à utiliser sa bonne raison, à élargir son coeur et à faire preuve de logique.

Au lieu de citer le Coran, dont les versets tentant de décrire Dieu sont très nombreux et très éparses, je vous propose en partage deux très beaux textes parlant de Dieu à la lumière de ce qui se dégage du Coran et de l'esprit de l'Islam. (…)

Par Paradisial
Article que je vous invite à lire à l’adresse
http://www.alterinfo...ah-_a34126.html

Venons-en au dieu de l’Ancien Testament. Cela pourrait prendre du temps et mériterait un développement approfondi que nous ne saurions entreprendre. Nous pouvons rassembler ici quelques idées et articles et tenter d’y voir plus clair. Ainsi je veux avant-tout montrer combien la question est complexe. Il y a en fait pas mal d’infos sur internet, ce qu’il manque c’est de synthèse car parmi ces articles chaque auteur y va de son point de vue, et ne saurait disserter que d’une partie propre à son domaine d’étude. Je conserve ce qui me paraît le plus correct selon ce que j’avais envisagé d’exposer. Donc il y aura quelques idées oui, certaines pouvant vous surprendre, le tout étant de voir si l’on arrive à quelque chose de cohérent.

Il y a une difficulté de taille lorsqu’on souhaite étudier la Bible c’est bien entendu la langue. L’évolution de la langue hébraïque comme évoqué dans l’article ci-avant, mais aussi ce qui nous touche encore plus directement c’est-à-dire les différentes traductions de la Bible en français. Le texte de la Bible est remplis d’allégories, de mots pouvant porter un double-sens , dans ce cas si un mot-clé est changé alors le sens est perdu. Mais pis encore, ces traductions françaises ont permis de dissimuler le fait qu’il existe plusieurs divinités sous le seul vocable de ‘Dieu’, masquant ainsi un facteur important et intriguant ; son Dieu unique devient un être pluriel. Beaucoup parlent de polythéisme juif. In fine, il n’est pas souvent question de Dieu – le Créateur – dans la Torah. Une autre difficulté à signaler est de faire la part des choses avec l’influence des croyances des peuples voisins qui s’intègreront pour constituer la religion du judaïsme. Sans aucun doute, les hébreux n’ont pu se défaire des idoles. L’intérêt pour les cultes étrangers s’est semble-t-il inscrit dans la tradition depuis l’époque de Salomon, et n’a jamais délogé malgré les réformes successives, il a même eu plutôt tendance à s’y incorporer. Ainsi, il nous est permis de croire que les hébreux manifestaient une conception floue du divin. Ou encore, plus exactement, que les lévis et les rabbins s’étaient alliés à de fausses croyances qu’ils entretenaient, et inculquaient à un peuple ainsi prédestiné à un constant égarement.

Avant de nous aventurer plus loin, il me faut mettre en évidence un curieux « dédoublement » du personnage de Dieu dans les Écritures et montrer qu’il s’agit de deux personnages distincts.

Les textes qui composent le canon biblique sont hétéroclites et sont réparties généralement en deux sources distinctes : une source dite Eloïste et une autre dite Yahviste. Grossièrement au Nord de Jérusalem les isréalites vénéraient le dieu El tandis qu’au Sud le dieu national était Yavhé. Ces noms ont été mélangé pour constituer une divinité unique, mais il faut utiliser plusieurs traductions de la bible pour s’en apercevoir. Nous aurons encore l’occasion de préciser notre pensée par la suite.
Plusieurs passages traduisent une incohérence, voir une contradiction dans ses ordres. Le plus évident concerne la question du sacrifice.
Lorsque YHVH établit son sacerdoce avec Moïse, celui-ci établit et règlemente la loi du sacrifice.
On trouve quelques exemples de ce que l’éternel réclame à son peuple :
Exode 25
1 L'éternel parla à Moïse, et dit :
2 Parle aux enfants d'Israël. Qu'ils m'apportent une offrande; vous la recevrez pour moi de tout homme qui la fera de bon coeur.
3 Voici ce que vous recevrez d'eux en offrande : de l'or, de l'argent et de l'airain;
4 des étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre;
5 des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins; du bois d'acacia;
6 de l'huile pour le chandelier, des aromates pour l'huile d'onction et pour le parfum odoriférant;
7 des pierres d'onyx et d'autres pierres pour la garniture de l'éphod et du pectoral.

Exode 30
Tu feras un autel pour brûler des parfums (…)

Il y a là des associations symboliques propres à la magie sympathique.
Dans le Lévitique, texte répugnant sois-dit en passant (établi la liturgie des sacrificateurs d’Israël, notions d’impureté – ce qui n’est pas sans rappeler les croyances égyptiennes… etc), est expliqué en détail le déroulement des holocaustes d’animaux. Notez que les animaux sacrificiels commandés par le Seigneur sont des boucs ou des chèvres, symboliquement il y a un lien évident, quand on sait ce que ces animaux à corne représentent.

Lévitique 1.10-13
Si son offrande est un holocauste de menu bétail, d'agneaux ou de chèvres, il offrira un mâle sans défaut.
Il l'égorgera au côté septentrional de l'autel, devant l'éternel; et les sacrificateurs, fils d'Aaron, en répandront le sang sur l'autel tout autour.
Il le coupera par morceaux; et le sacrificateur les posera, avec la tête et la graisse, sur le bois mis au feu sur l'autel.
Il lavera avec de l'eau les entrailles et les jambes; et le sacrificateur sacrifiera le tout, et le brûlera sur l'autel. C'est un holocauste, un sacrifice consumé par le feu, d'une agréable odeur à l'éternel.


Citation

Le Lévitique (du grec ancien Λευιτικός/Leuitikós, relatif aux Juifs) est un des cinq livres du Pentateuque dans l'Ancien Testament chez les Chrétiens ou Torah chez les Juifs. Il doit son nom au terme « lévite », prêtre hébreu, lui-même issu de la tribu de Lévi. Il parle des devoirs sacerdotaux en Israël. Il met l'accent sur la sainteté de Dieu et le code selon lequel son peuple pouvait vivre pour devenir saint. Son but est d'enseigner les préceptes moraux et les vérités religieuses de la loi de Moïse au moyen du rituel.
L'étude de l'Hébreu dans le texte montre plusieurs styles d'écriture différents, et l'étude du contenu montre plusieurs préoccupations théologiques qui ne sont pas toujours conciliables. Il est donc raisonnable de penser que le Lévitique, comme l'ensemble du Pentateuque, a été écrit par plusieurs auteurs, et il est peu vraisemblable que Moïse en ait fait partie. (Wikipédia)

Ce dieu se régale donc des odeurs d’encens et de celui des holocaustes. On peut se demander quel genre de dieu est-il au juste?
Pourtant, ailleurs dans la Bible nous avons affaire à un message bien différent :

Jérémie 6.20
Qu`ai-je besoin de l`encens qui vient de Séba, Du roseau aromatique d`un pays lointain? Vos holocaustes ne me plaisent point, Et vos sacrifices ne me sont point agréables.
Esaïe 1.11
Qu'ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices ? dit l'Éternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs.
Et enfin Michée:
Michée 6
Avec quoi me présenterai-je devant l`Éternel, Pour m`humilier devant le Dieu Très Haut? Me présenterai-je avec des holocaustes, Avec des veaux d`un an?
7 L`Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d`huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? -
8 On t`a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l`Éternel demande de toi, C`est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu.


Cette importante contradiction dans le texte montre que nous avons affaire à au moins deux personnages différents.
Nous pourrions encore nous interroger à propos de l’autel à cornes, que Dieu demande de construire à Moïse dans l’Exode, quand plus loin dans Jérémie il y montre un certain mépris.
Exode 27
Tu feras l'autel de bois d'acacia; sa longueur sera de cinq coudées, et sa largeur de cinq coudées. L'autel sera carré, et sa hauteur sera de trois coudées.
2 Tu feras, aux quatre coins, des cornes qui sortiront de l'autel; et tu le couvriras d'airain.
3 Tu feras pour l'autel des cendriers, des pelles, des bassins, des fourchettes et des brasiers; tu feras d'airain tous ses ustensiles.

Jérémie 17.1
Le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, Avec une pointe de diamant; Il est gravé sur la table de leur coeur, Et sur les cornes de vos autels.

Ces autels ne sont-ils pas censés être les siens ? Pourquoi ne dit-il pas ‘MES autels’ ? Il y a une distance et un mépris évident dans ces paroles. Cela montre encore qu’il s’agit d’un dieu différent.
Le livre de Jérémie donne de nombreuses indications. (éventuellement revoir les extraits cités plus haut)

Jérémie 2.8
Les sacrificateurs n`ont pas dit: Où est l`Éternel? Les dépositaires de la loi ne m`ont pas connu, Les pasteurs m`ont été infidèles, Les prophètes ont prophétisé par Baal, Et sont allés après ceux qui ne sont d`aucun secours.

Jérémie 23.13
Dans les prophètes de Samarie j'ai vu de l'extravagance; Ils ont prophétisé par Baal, Ils ont égaré mon peuple d'Israël.

On y apprend qu’un culte au dieu Baal existait en Samarie, au sein de la tribu de Juda, et même dans les rues de Jérusalem (ce que confirme l’archéologie). C’est aussi l’accomplissement de la Parole annoncée dans Deutéronome :

Deutéronome 35.20
Car je mènerai ce peuple dans le pays que j'ai juré à ses pères de lui donner, pays où coulent le lait et le miel; il mangera, se rassasiera, s'engraissera; puis il se tournera vers d'autres dieux et les servira, il me méprisera et violera mon alliance;

Il semble que les israélites eurent beaucoup à apprendre du Christ lorsqu’il dit « vous ne pouvez servir deux maîtres à  la fois »…
Les coupables sont désignés ; les Lévis et la tribu de Juda, soit les prêtres et la royauté.
Nous pouvons ainsi conclure qu’il y a 2 dieux dans la Bible : le dieu des prophètes et le dieu des dirigeants et des prêtres (et celui-là est Baal).
L’idée est simple, la démonstration d’une logique implacable, et pourtant vous noterez que très peu de monde ont constaté ce fait.

A présent, je voudrais passer par un exemple pour que vous vous rendiez mieux compte par vous-même à quel point la Bible a pu être falsifiée, tout comme la religion des hébreux. On pourra d’ailleurs le compléter de façon enrichissante.

L’énigme de Melchisédek.

Beaucoup se sont probablement interrogé concernant ce personnage présent dans le texte de la Genèse (je compte au moins 3 apparitions : Genèse 14, Psaume 110, Livre d’Énoch). En effet, Melchisédek est un personnage assez curieux. Genèse dit qu’il est à la fois roi et prêtre au service du Très-Haut, il est encore dit qu’il n’a pas de mère, ni de père ; il est Prince de la Paix et il est éternel. Après qu’Abraham eut pourchassé les armées assyriennes et délivré Lot , celui-ci s’en vient s’agenouiller devant lui, et ils partagent ensemble le pain et le vin. Autre symbole fort, il est dit que Abraham lui remet la dîme de ses conquêtes. C’est à signifier que ce personnage est hiérarchiquement plus important que le patriarche.

« Melchisédech, roi de Salem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu très haut. Il prononça cette bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu très haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et Abraham lui donna la dîme de tout. » Genèse 14

"Et il sera mon prêtre des prêtres, à jamais Melkitsédeq, et je le sanctifierai, et je le
changerai en un grand peuple qui me sanctifiera".


"Et Melkitsédeq deviendra la tête des prêtres en un peuple de monarchie qui te sert,
Seigneur".
  (Livre des secrets d’Énoch)

Ses qualités de prêtre et de roi ne sont pas sans rappeler le rôle du monarque dans les cités-états babyloniennes. Qui plus est, il récupère l’impôt à hauteur d’un dixième du butin d’Abraham, ce qui est encore une caractéristique des rois babyloniens, puisque nous savons que cette pratique était d’application sous le règne du roi Ur-Nammu par exemple (roi d'Ur de 2112 à 2095 av. J.-C. selon la chronologie moyenne, de 2047 à 2030 selon la chronologie basse) (voir l’origine de la « dîme »).

Voici un article qui je l’espère saura vous convaincre et mettra fin une fois pour toute à ces interrogations.

Citation

MARTIN BODINGER
Université Ben-Gurion, Beer Sheva (Israël)
L'ÉNIGME DE MELKISÉDEQ

Melkisédeq est un personnage énigmatique, qui paraît accomplir plusieurs fonctions dans les textes bibliques et extra-bibliques où il apparaît. Pour l’auteur, l'hypothèse selon laquelle ce personnage a été à l’origine un dieu solaire sémitique, adoré en Canaan, permet d'expliquer ces fonctions et de mieux comprendre les textes en question.

Melkisédeq est un personnage énigmatique. Il apparaît d'une manière insolite et sans aucun lien avec le texte dans deux passages de l'Ancien Testament, reparaît dans les textes de Qumran, dans l'Epître aux Hébreux et dans un certain nombre de livres gnostiques. De plus, il figure fréquemment dans la littérature patristique et rabbinique. En quoi donc est-il si important ?
Une première réponse est donnée par le rôle qu'il joue dans l'Epître aux Hébreux, rôle d'importance majeure pour la théologie chrétienne. Une autre est suggérée par le caractère des textes de l'Ancien Testament où il est mentionné. Ce sont des textes à problèmes, que la présence de Melkisédeq n'est pas de nature à simplifier, au contraire.
Il faut encore observer que Melkisédeq est unique, en ce qu'il est le seul personnage non juif de l'Ancien Testament à figurer dans les Psaumes et le seul mortel qui devient, dans la littérature eschatologique, une figure divine à traits messianiques. (…)

La plupart des commentateurs ne doutent point de l'existence historique de Melkisédeq et de ses fonctions de roi et prêtre à Jérusalem. On pense d'habitude qu'il dut être une figure d'importance dans l'histoire de Canaan ; sans cela il est difficile d'expliquer le choix de l'auteur qui l‘а inclus dans le texte de la Genèse. Mowinckel accorde une importance essentielle à sa double fonction, qui assurait le bien-être du peuple et provenait directement de la nature divine qu'on attribuait aux rois dans l'Orient antique.
Sans doute, l'existence historique de Melkisédeq est possible. Mais on n'en possède aucune preuve. R. H. Smith, par exemple, cherche des preuves dans l'étude comparative des textes littéraires sémitiques. Mais l'existence de motifs et modèles analogues ne peut qu'accentuer le caractère mythique de ce personnage. Pour admettre la réalité de Melkisédeq il faut — remarque Horton — supposer au préalable l'unité littéraire et le caractère documentaire du 14e chapitre de la Genèse et accepter l'identité entre Salem et Jérusalem. Toutes ces présomptions manquent de preuves suffisantes.

On reconnaît aujourd'hui que Gen 14 est un texte composite et que les versets 18-20 sont une interpolation. Leur origine n'est pas claire et dépend de la date d'élaboration du chapitre, qui est controversée, comme, d'ailleurs, d'autres aspects de ce texte : le caractère historique du récit, ou sa structure littéraire.
Quant au psaume 110, Melkisédeq y apparaît de façon météorique et rien ne permet d'établir ni à qui s'adresse le verset en question, ni de quoi il s'agit, au bout du compte. Les commentateurs ont cherché à s'appuyer sur Gen 14, mais sans établir s'il y a entre les deux textes un autre lien que la présence de Melkisédeq. La lecture des textes nous permet aussi de constater qu'aucune cérémonie religieuse ne justifie le titre de prêtre donné à Melkisédeq dans le psaume, de même que le roi de Gen 14 n'accomplit aucune action digne de ce titre. (…)

La rédaction du chapitre 14 n'est pas très ancienne — on l'a vu ; mais ses éléments le sont. Cette rédaction doit se placer dans un moment de marasme politique, quand l'évocation de la figure glorieuse du patriarche aurait surgi comme compensation. On trouve aussi dans le texte une tendance polémique claire, à l'adresse d'une personne ou d'une force politique située à l'est, au-delà du Jourdain. Le but est clair : souligner l'ancienneté du peuple juif sur sa terre, sa légitimité, face aux pressions du dehors. C'est pourquoi au centre se trouve la confrontation entre Abram et le roi de Sodome. Leurs relations ne sont guère amicales, plutôt même rivales. Le roi de Sodome est battu et (peut-être) presque tué, pendant qu'Abram, avec une poignée de guerriers, accable l'ennemi et obtient un gros butin. Le récit souligne l'attitude indépendante du patriarche, qui refuse toute rétribution supplémentaire de la part du roi.

La rédaction du chapitre 14 de la Genèse pourrait remonter au IVe ou IIIe siècle avant notre ère, sous l'empire du conflit entre les Oniades et les Tobiades. Je ne raconterai pas en détail ce conflit. Les aspirations au pouvoir de la riche famille des Tobiades ont provoqué une forte réaction dans les milieux patriotiques et orthodoxes de Jérusalem, pour qui les Tobiades étaient des païens, promoteurs de l'hellénisme. Cette réaction se manifeste, entre autres, sous la forme de l'introduction dans l'Ancien Testament de passages qui pouvaient servir à l'opprobre des adversaires. Le 14e chapitre affirmait la supériorité du patriarche des Hébreux et insinuait que l'ancêtre des Ammonites était son débiteur. Le roi de Sodome, l'allié de Lot — et donc le symbole des alliés païens des Tobiades — , apparaît inférieur à Abram, mais aussi à Melkisédeq, qui joue ici le rôle de symbole de la ville de Jérusalem et peut-être aussi de la famille légitime des grands prêtres Oniades (sa véritable identité étant oubliée). En même temps, Melkisédeq pouvait aider à détruire l'alliance des Tobiades avec les Samaritains, en offrant à ceux-ci l'occasion d'une réconciliation avec les Juifs par l'intermédiaire de la reconnaissance de leur héros, en déplaçant le lieu de sa résidence du mont Garizim sur le mont Sion. Souvenons-nous que les Samaritains s'appelaient eux-mêmes aussi « Hébreux », à cause d'Abraham.

C'est le moment de souligner que ce nom a été souvent incompris. Les commentateurs y voient le nom que donnaient aux Juifs les étrangers et cherchent avec insistance le lien entre « Hébreux » et « Habiru » des textes égyptiens. A. Arazy a démontré, dans une intéressante thèse, que ce nom était utilisé surtout pour souligner l'ancienneté du peuple, le lien avec les patriarches. « Abram l'Hébreu » symbolise le peuple tout entier, les vrais fils d'Israël — tandis que les Tobiades étaient présentés comme les descendants des Ammonites (cf. Néhémie 2:10, 19). Une allusion similaire se trouve dans le psaume 83 : « les enfants de Lot » sont les Tobiades. Le psaume raconte l'attaque des voisins d'Israël, alliés à « Ashur » (les Syriens ?) contre le premier. On retrouve ce thème dans le Livre des Jubilés ; c'était, sans doute, chose fréquente. L'équation « Lot = Tobiades » n'était donc pas une formule isolée.

Les noms que l'auteur donne aux rois de Sodome et de Gomorrhe ont aussi un sens symbolique, comme l'a remarqué M. C. Astour. Bera et Beresha signifient le Mal, l'injustice ; on a cherché évidemment à souligner l'opposition entre les forces du Mal et celles du Bien, que symbolisait Melkisédeq.
D'autre part, dans le nom Bera on peut trouver une allusion au nom Birrha, la ville des Tobiades.
M. Peter pense que le noyau du chapitre est formé par l'histoire des relations entre Abram et le roi de Sodome. Ce dernier, qui embaucha Abram pour lutter contre les envahisseurs, après avoir reçu de lui la dîme, lui offre tout le butin et le bénit au nom du Dieu El-Elyon, dieu suprême de sa place et protecteur des guerriers. (…).

Qui est donc Melkisédeq ?
Après avoir remarqué le manque d'arguments pour la formule « roi-prêtre » Horton suggère qu'il s'agit peut-être d'un chef local, dont la fonction a été transférée aux rois de la monarchie davidique. Quoique mieux argumentée, cette hypothèse est toutefois inacceptable. Un petit chef à Jérusalem était, à l'époque, sous le pouvoir de l'Egypte et il serait impossible qu'on lui attribue un si grand rôle. La place qu'occupe Melkisédeq dans le chapitre 14 et le psaume 110 fait supposer qu'à l'origine il occupait une position plus importante.

H. W. Hertzberg fut probablement le premier qui entrevit la solution, quand il affirma que l'histoire de Melkisédeq était l’hieros gamos d'un sanctuaire canaanéen devenu plus tard juif. J. T. Milik, sans citer Hertzberg, voit en Melkisédeq le chef des armées du Ciel, qui apparaît à Abraham sous les traits d'un noble distingué, mais ne cache pas son origine divine ; sa fonction de prêtre n'est que le reflet de celle qu'il exerce dans le Temple céleste. Milik identifie Melkisédeq avec l'archange Michel (j'y reviendrai plus bas).

Je pense qu'il faut aller jusqu'au bout de cette hypothèse et affirmer que Melkisédeq, dans Gen 14 et dans le psaume 110, n'est autre que le dieu solaire Sédeq, bien connu chez les Sémites. A l'appui de cette opinion je crois devoir souligner en premier lieu la forte similarité de structure et de contenu entre la religion des peuples du Canaan et celle d'Israël avant la victoire du monothéisme. Dans le Canaan préisraélite a existé un culte du Soleil sous des noms divers et en divers lieux ; ce culte a influencé, sans doute, les croyances et les institutions religieuses des Hébreux. Les traces de ce culte sont visibles dans les découvertes archéologiques, comme sont visibles les traces de son influence dans l'Ancien Testament. Sédeq est un des noms de ce dieu. Beaucoup de commentateurs ont souligné le caractère théophore du nom de Melkisédeq, mais sans en tirer les conséquences. On explique d'habitude ce nom par comparaison avec celui d'Adonisédeq, sans remarquer que dans ce chapitre le soleil joue un rôle particulièrement important. C'est à lui que le chef des Hébreux adresse la demande de s'arrêter ; il y a des parallélismes avec le chapitre 14 de la Genèse et je n'exclus pas une influence réciproque.
« Melekh » et « Sédeq » sont des noms de dieux. Mais « Melekh » est aussi un titre, que portaient les dieux des Sémites et qui soulignait leur pouvoir royal. Il y avait Melkart à Tyr, Carthage et beaucoup d'autres lieux, Milkashtart (qu'on interprète comme Melekh d'Ashtoret), Malkandros ou Malk-Addr, présent à Béryte et Sidon. Dans l'Ancien Testament on trouve Milkom, dieu suprême des Amorites.

« Sédeq » est, à son tour, un nom avec de multiples sens : le plus répandu est celui de « justice », un attribut principal du dieu solaire non seulement chez les Sémites, mais aussi chez presque tous les peuples qui vénéraient le Soleil. Les chercheurs ont abordé le problème de façon inverse : ils pensent que c'est la notion abstraite de justice qui fut personnifiée, sur un fond monothéiste. En réalité, à l'origine se trouve la croyance dans le dieu-soleil, qui reçoit plus tard l'attribut de justicier, à côté d'autres ; chez les Sémites il apparaît comme exécuteur de la volonté du dieu suprême.
Chez les Hébreux le dieu solaire devint un être subordonné à Dieu, et la « Justice » se transforma en un attribut abstrait du dernier. Mais cette évolution se fit progressivement et les traces de la vieille croyance ne disparurent pas complètement, ce qui permit les spéculations.

Une analyse sans idée préconçue montre qu'en Gen 14 comme dans le psaume 110 Melkisédeq est un être supérieur aux mortels, quoique sa divinité ne soit pas explicitée. En Gen 14 il est l'intermédiaire entre El Elyon et Abraham ; ce rôle d'agent de Dieu est joué tout au long du livre par un ange, mais jamais par un prêtre.

D'où vient le nom de Melkisédeq ? Je crois que c'est une influence hittite. Un texte trouvé dans les archives diplomatiques d'Ougarit (RS, 17.340 = PRU IV, p. 18-52) contient une formule à peu près identique : « Le Soleil, le Grand Roi, mon maître. » Dans le contexte de l'histoire d'Abraham on n'a pas à s'étonner d'une telle similitude. La déesse du soleil des Hittites portait le titre de « Reine du Ciel et de la Terre », qui est très proche de qone shamaiim va ares le titre d'El Elyon en Gen 14. La formule hittite est, sans doute, canonisée et très ancienne — peut-être du temps des patriarches hébreux.

« Salem » ou « Shalem » serait-il le nom ancien de la ville de Jérusalem ? Certains auteurs en doutent. Les traditions médiévales plaçaient la rencontre d'Abraham avec Melkisédeq en d'autres lieux : Mont Garizim, Mont Tabor — qui sont, il faut le souligner, des endroits liés au culte du Soleil. Pour Cameron Mckay le Salem biblique est Sichem ; Gammie parle aussi de Shilo. Enfin, R. H. Smith et R. Schmid mentionnent Hébron. Horton soutient l'identité de Salem avec Jérusalem, nom qui apparaît dans les textes d'Amarna ; mais « Urusalim » peut être aussi Sichem. Les commentaires les plus récents reconnaissent qu'on ne peut établir l'équation Salem = Jérusalem qu'à une époque plus récente.

Mais Salem est aussi le nom d'un dieu sémite bien connu. Les dieux Shabar et Shalim figurent dans les textes d'Ougarit et on les identifie aux Dioscures. Gray pense que ce sont des hypostases du dieu 'Athtar qu'adoraient les nomades sémites — Amorites et Arabes. Il affirme que Shalem était connu depuis le XIXe siècle av. J.-C. et que Jérusalem fut un des centres de ce culte. Pour Nyberg, Shalem était un autre nom du dieu Elyon. D'autre part, « Melekh » comme nom de dieu était, lui aussi, lié au culte du Soleil. Wood pensait que les Hébreux l'identifiaient avec Yahvé. De toute façon, le titre de « roi » pour Dieu figure fréquemment dans l'Ancien Testament.

« Melekh Salem » pourrait donc être un autre nom du dieu Soleil associé à El Elyon. Ce dernier est, lui aussi, un nom qui suscite des controverses. La formule « El Elyon qone shamaiim va ares » a un caractère très spécifique. La plupart des auteurs traduisent « qone » par « créateur » ; mais Levi délia Vida pense que ce terme signifie « maître » ou « possesseur ». Une telle interprétation facilite l'association avec « Baal », le nom commun des dieux cananéens et phéniciens.
Reste le titre « cohen ». A l'égard de celui-ci Horton mentionne un fait important : dans l'Ancien Testament « cohen » n'est pas lié exclusivement aux fonctions sacerdotales. Il signifie parfois une fonction laïque, civile ou militaire. Dans notre texte il peut signifier « chef militaire ».
« Melkisédeq Melekh Salem cohen El Elyon » est donc un nom complexe, qui désigne un dieu solaire, subordonné au dieu suprême, au nom duquel il commande les anges — ou les astres.

Il y a encore la formule « apporta le pain et le vin », dont on cherche le sens. Kirkland l'associe à l'idée d'alliance. Nyberg souligne le rôle du vin dans le culte d'Elyon. Toutefois, la plupart des commentateurs adoptent l'interprétation traditionnelle. Mais cette formule a un contenu religieux indubitable : c'est l'expression symbolique de l'action bien faisante du soleil, qui fertilise la terre. Le blé et la vigne étaient parmi les principales cultures du Canaan.

Il faut revenir maintenant à l'aspect « géographique », c'est-à-dire au problème de l'endroit où se trouvait le centre du culte de Sédeq. J'ai déjà parlé de la diversité des lieux qu'on associe avec Melkisédeq. Jérusalem reste toutefois en tête de liste. J. Gray met en valeur les toponymes des alentours de cette ville. Baumgarten souligne l'association permanente de la notion de justice avec la ville de Jérusalem. Emerton soutient lui aussi cette hypothèse, qui reste dominante.
Il est probable qu'à une certaine époque on identifia le nom « Salem « avec Jérusalem. Le rédacteur du chapitre 14 désirait associer le patriarche Abraham avec la ville sainte et cette interprétation était la meilleure. Mais le dieu solaire qu'on appelait Melkisédeq était-il, lui, associé à cette ville ? Nous ne savons rien de précis.
J. J. Schmitt souligne, d'autre part, que — d'après les textes d'Amarna — la plus forte ville de Canaan était à l'époque Sichem et non Jérusalem. La présence du culte du Soleil à Sichem est attestée non seulement par le livre des Jubilés, Eupolemos et d'autres textes d'après l'Exil, mais aussi par le livre d'Ezéchiel et par la tradition samaritaine. On connaît pour Sichem une tradition ferme du culte de « Theos Hypsistos » et on a remarqué, d'autre part, la fréquence de « Sédeq » dans l'onomastique samaritaine. Et il n'est pas superflu d'ajouter qu'à Sichem se trouvait aussi un « Gilgal », donc un monument dédié au culte du Soleil.

Gammie pense que la multitude des endroits liés au culte de Melkisédeq s'explique par le déplacement des porteurs de cette tradition de Sichem à Jérusalem, en passant par Shilo et Nob (cette « Wanderung » est supposée aussi par Hertzberg).
L'épisode de la rencontre d'Abraham avec Melkisédeq peut alors être conçu comme une théophanie, analogue à celles des chapitres 18 et 22 de la Genèse. Melkisédeq y joue le rôle de l'Ange de Dieu, rôle que le dieu-Soleil joue souvent dans d'autres religions. Il remet à Abraham la bénédiction du dieu suprême, qu'il représente en tant que chef de son armée, et reçoit d'Abraham la dîme que celui-ci doit à Dieu.
Les versets 18-20 de Gen 14 représentent en ce cas un fragment, probablement très ancien, d'un texte rituel cananéen, consacré au dieu-Soleil Melkisédeq. Celui-ci y joue un double rôle de dieu de la fertilité et de guerrier du dieu suprême. Peut-être dans ce texte bénit-il vraiment Abraham (ou un autre personnage) et reçoit-il de celui-ci la part de Dieu.

Quant au psaume 110, il appartient à une catégorie qui se prête à de multiples interprétations à cause de son obscurité (cf. les psaumes 53, 82, 87, 120). Comme je l'ai déjà mentionné, la plupart des commentateurs le situent parmi les textes exprimant l'idéologie royale israélite. Je crois qu'on peut arriver à des résultats plus satisfaisants si on part de l'hypothèse qu'ici, comme en Gen 14, Melkisédeq est un dieu.

Le nom shahar est une des énigmes de ce texte. Du fait que c'est un nom divin dans la mythologie sémitique on a déduit que le v. 3 décrit la naissance divine du roi ; cette interprétation a été considérée comme inacceptable par certains commentateurs en raison du fait que Shabar est un dieu et non une déesse. Shahar et Shalem sont vraiment des dieux, mais le nom « Shafrar » appartient aussi à une déesse, ce qui est fréquent chez les Sémites. Cela a lieu même dans l'Ancien Testament.
De l'analyse des psaumes 2 et 110 N. Lemche a tiré la conclusion que le roi des Hébreux était « le fils de Yahvé » et que cela indique une influence égyptienne. Cette hypothèse est affaiblie par le manque de preuves en faveur du caractère divin du roi, chez les Hébreux comme chez les Cananéens. La preuve manque aussi pour l'utilisation du psaume 110 en faveur des descendants de la dynastie divadique.

Si Melkisédeq est le dieu-Soleil, bien des énigmes du psaume 110 trouvent leur solution. La naissance sur les mon tagnes sacrées, du sein de l'aurore, est sûrement le privilège du soleil. Del Medico traduit le mot « tal » par « fer de lance ». En le prenant au sens figuré, on peut vraiment interpréter le verset comme l'expression d'un hieros gamos du Dieu Très Haut et de la déesse Shahar. D'autre part, « ro'sh » du verset 6 est sans doute l'équivalent de « resha », l'ennemi que le Dieu Très Haut écrase sans merci.
Bien des chercheurs ont trouvé dans le psaume 110 une orientation messianique. Je ne vois pas de justification à une telle interprétation. Elle n'est apparue que plus tard, quand une telle orientation devint dominante.
Le psaume 110 est, sans doute, très ancien. La présence de Melkisédeq peut s'expliquer de la même manière que pour le chapitre 14 de la Genèse. On peut supposer que les deux textes sont étroitement liés, même s'ils ont été introduits dans l'Ancien Testament à des dates différentes. Je n'exclus pas la possibilité que ce soient des fragments d'un texte liturgique destiné au culte du Soleil.
Les buts de ceux qui les ont introduits étaient, sans doute, tout autres que leur destination originaire. Du moment que les noms des dieux Sédeq, Shahar, Shalim furent isolés de leur ambiance religieuse spécifique, leur sens changea : Melkisédeq devint un roi, son titre de « cohen » fut interprété de façon nouvelle.

III
A première vue, la littérature intertestamentaire ne paraît point s'intéresser à Melkisédeq. La légende de sa naissance miraculeuse, contenue dans Hénoch slave, est sans doute une oeuvre tardive, influencée visiblement par le christianisme. Philon et Flavius Josèphe parlent de lui ; mais pour le premier c'est plutôt un prétexte pour une dissertation sur les principes du judaïsme à la lumière de la philosophie néo-platonicienne (Horton estime que le texte de Philon sur Melkisédeq est un midrash haggadique). L'écrivain alexandrin était préoccupé par Theos Hypsistos, et Melkisédeq était pour lui le prêtre du Dieu Suprême. Dans Legum Allegoriae c'est une figure abstraite. Quant à Josèphe, dans sa paraphrase de Gen 14 il parle de Melkisédeq comme d'un chef cananéen et du « premier prêtre du Dieu Très Haut ».
On retrouve Melkisédeq dans le pseudo-Eupolème. Cet auteur, connu par l'intermédiaire d'Alexandre Polihistor et d'Eusèbe de Césarée, est considéré comme samaritain. Il place la rencontre d'Abraham avec Melkisédeq sur le mont Garizim, le sanctuaire des Samaritains. Cette association de Melkisédeq avec les Samaritains ouvre des perspectives intéressantes sur l'histoire de la secte et de son idéologie.

La réapparition de ce personnage dans un manuscrit de Qumran a paru surprenante. Mais je crois qu'il faut, précisément à la lumière de cette réapparition, apprécier de nouveau la présence de Melkisédeq ou de personnages similaires dans la littérature biblique.
Il est dans l'Ancien Testament une figure qui présente un intérêt particulier sous cet aspect. Il s'agit de l'Ange de Dieu. C'est un personnage de second rang, anonyme, messager, interprète et exécuteur des ordres du Dieu Très Haut. Cet Ange joue pourtant des rôles parfois particulièrement importants, qui méritent une analyse plus détaillée. L'Ange de Dieu apparaît fréquemment dans les histoires du cycle patriarcal. Son apparition est souvent accompagnée de phénomènes « solaires ». Ainsi, en Gen 18:1 Dieu et ses anges visitent Abraham « pendant la chaleur du jour », c'est-à-dire au moment où la force du soleil est au maximum.
Le récit de la lutte de Jacob avec l'Ange souligne que « le soleil brillait, quand il passa Penuel » (Gen 32:32). D'habitude on traduit cette expression comme une indication du temps (il faisait jour, par ex.) ; mais à vrai dire cela pourrait signifier que le soleil lui était favorable. Penuel ou Peniel signifie la face de la divinité.
J'ai signalé plus haut la présence de traces du culte solaire dans le livre de Josué. Josué rencontre, après avoir passé le Jourdain, « le chef des armées de Dieu ». Cette rencontre a lieu à Gilgal, évidemment un lieu dédié au culte du Soleil et qu'on appelait ainsi à cause du cromlech qui s'y trouvait.

Le même personnage apparaît dans le livre de Daniel. Il y porte aussi le titre de « Prince des Princes » et, outre son rôle militaire, il est aussi prêtre, officiant dans le sanctuaire céleste et recevant des offrandes ; enfin, il dévoile le futur au prophète. L'armée qu'il commande se compose d'anges ; mais souvent on les nomme « astres » et les anges ne sont que les divinités associées à ces astres.
Ce Prince des Princes, chef des armées du ciel, est le soleil. Sa ressemblance avec Melkisédeq est frappante.
On trouve dans le psaume 89:37-38 un personnage appelé « témoin fidèle qui est dans le Ciel », garant du règne de David et de sa postérité. E. T. Mullen pense que ce témoin, qui est associé à la lune, peut s'identifier au soleil. Les deux astres-dieux étaient souvent pris comme témoins et garants.
Dans la littérature apocryphe on retrouve des personnages similaires. Dans le Testament de Lévi c'est le prêtre qui reçoit la mission d'accomplir le jugement divin sur la terre (18:12). On a vu dans ce personnage une allusion aux rois de la dynastie hasmonéenne ; mais cette dynastie est présentée dans ce livre sous un jour négatif — et d'ailleurs ces rois n'ont jamais eu le rôle de juge. Le patriarche lui-même est, dans ce texte, prêtre, mais il est appelé aussi fils du Très Haut, « lumière de la connaissance » et « soleil d'Israël ». Le rite d'investiture du prêtre comprend une offrande de pain et de vin (comme en Gen 14). Le patriarche est prêtre à jamais, comme Melkisédeq dans le psaume 110 et — tout comme Melkisédeq — il a le statut de prêtre dans les cieux et de roi sur la terre.
Une autre figure qui présente des analogies surprenantes avec Melkisédeq est le nuntius de l‘Assomption de Moïse (10:2) ; c'est un être angélique, mais il est aussi (ou il va devenir) prêtre, et sa première action consiste à venger Israël de ses ennemis ; dans ce but il est élevé au ciel.
Je crois qu'on peut trouver une autre allusion à une figure similaire dans le 3e Livre Sibyllin (v. 651-656). On y parle d'un roi « venu de la part du soleil », qui arrêtera la guerre injuste et accomplira d'autres missions à lui confiées par Dieu. J. J. Collins y voit une allusion aux Ptolémées, mais — sauf son opinion sur la provenance égyptienne de ce livre — il n'apporte pas d'arguments en faveur de cette hypothèse.
S'il n'y a pas dans les livres d'Hénoch de personnage « melkisédéquien » (outre le récit tardif de sa naissance), on y raconte la révolte et la chute des anges. Je pense que de cette façon l'auteur polémique avec l'idolâtrie ; cela explique l'absence de Melkisédeq.

La facilité avec laquelle la mythologie solaire s'est intégrée dans la religion des Hébreux, en dépit de la lutte contre l'idolâtrie, montre combien profonde était la tradition de ce culte. En même temps, la place importante qu'occupaient la notion de justice et les justes dans le judaïsme aida à cette intégration. Dans la littérature eschatologique, à Qumran et dans les livres d'Hénoch, la Justice et la Lumière s'identifiaient.
On peut détecter aussi dans la littérature du judaïsme une orientation opposée à cette intégration. Cette orientation est liée au messianisme sacerdotal, provenant des milieux lévitiques. Elle se trouve chez Malachie et dans L’ Assomption de Moïse. Ici, le messager de Dieu est un prêtre, personnage terrestre, mais chargé des fonctions de censeur, de juge et d'exécuteur des ordres du Dieu Très-Haut. Ainsi, tout en gardant les attributs du dieu solaire devenu l'Ange de Dieu, ce personnage est dépouillé de sa divinité et transformé en précurseur sacerdotal du Messie. Ce fut peut-être une préface à l'action du courant orthodoxe du judaïsme pour éliminer l'influence de cette figure assez gênante. Il s'agit donc d'une tradition de longue date, qui a réussi à se maintenir. L'existence du texte 11QMelch n'est pas chose fortuite. (…)

Il y a encore quelques observations à faire concernant Melkisédeq dans les textes de Qumran. En soulignant la haute position qu'il occupe, au-dessus de toutes les autres figures célestes mentionnées, la plupart des commentateurs identifient Melkisédeq de 11QMelch avec l'archange Michel. Je ne crois pas que cette identification soit justifiée. Elle n'est affirmée nulle part de manière explicite. Michel apparaît une seule fois, dans le Rouleau de la Guerre ; mais ici — contrairement à l'opinion de Milik et de Carmignac — il n'est pas sûr qu'il soit identifié au Prince de la Lumière. Il faut dire la même chose en ce qui concerne Daniel. Le rôle de juge et sauveur que Melkisédeq joue dans le texte de 11QMelch n'est pas celui de l'archange Michel. (…)

D'autre part, Milik pense que Melkisédeq (qui dans le texte 4Q Visions d'Amram — à son avis, préessénien — occupe une position subordonnée) parcourt une certaine évolution et atteint dans 11QMelch la position d'hypostase de Dieu lui-même. Cette opinion est partagée par d'autres auteurs. Je la crois hasardée. Melkisédeq porte dans ce dernier texte le titre d'elohim, mais ce titre est donné à tous les êtres divins, sauf à Dieu, qui reste au-dessus de tous. Si, dans l'Ancien Testament, l'Ange de Dieu se confond parfois avec Dieu, c'est seulement en sa qualité de messager, jamais en tant qu'exécuteur de la justice divine.

Melkisédeq à Qumran est-il le grand prêtre céleste ? Il est vrai qu'en 11QMelch on parle du « lot de Melkisédeq » et que Milik pense que ce lot est formé par les prêtres aaronides. On ne peut pas exclure, non plus, l'hypothèse qu'il soit le Messie-prêtre. Mais en llQMelch il est avant tout le justicier ; son sacerdoce reste dans l'ombre.

On a souligné l'absence de toute allusion aux textes de l'Ancien Testament en 11QMelch. Peut-être les membres de la secte connaissaient-ils d'autres traditions ; mais peutêtre, simplement, l'état fragmentaire du manuscrit nous empêche-t-il de trouver ces références.

En conclusion, 11QMelch nous fait connaître un des courants de l'essénisme caractérisé par l'importance qu'il attribue à un personnage déjà connu de l'Ancien Testament, mais dans l'ambiance eschatologique du mouvement. C'est ici un être divin, chef des armées de Dieu, Prince de la Lumière, exécuteur de la justice divine. Il s'y oppose à l'Esprit du Mal, appelé Beliar ou Melki-resha. En dernière instance, il est le précurseur du Messie, le juge qui prépare le règne de la justice. (…)

J'ai suivi la présence et l'évolution du personnage de Melkisédeq dans la littérature religieuse juive et chrétienne à la lumière de l'hypothèse selon laquelle ce personnage fut à l'origine un dieu solaire adoré en Canaan sous le nom de Sédeq. Cette hypothèse offre la possibilité de résoudre de façon plus satisfaisante les difficultés qui apparaissent dans l'interprétation de textes de l'Ancien et du Nouveau Testament ; elle permet de comprendre pourquoi Melkisédeq occupe une place si éminente dans l'Epître aux Hébreux. Dans le contexte du dualisme essénien, ce personnage — Prince de la Lumière et Esprit de la Justice, du Bien et de la Vérité — opposé au Prince des Ténèbres, Esprit du Mal (qui figure, lui aussi, dans les textes de l'Ancien Testament et dans ceux de Qumran, sous les noms de « resha », de « ro'sh » ou de « Milkiresha ») — redevient un être divin, qui continue sa fonction de chef des armées du Ciel et remplit dans le futur une mission de juge et d'exécuteur divin. Cette évolution s'inscrit dans la vision religieuse générale du monde antique, qui voit le Soleil comme le représentant de la Justice de Dieu.

Source
http://www.persee.fr..._num_211_3_1366


Que le personnage de Melchisédek  ait réellement existé ou non (qu’il eut existé reste fort probable – à la limite on s’en tape à ce niveau ;-)), nous découvrons ce qu’il représente ; à savoir un archétype du dieu solaire sémitique. Il est donc un personnage improbable, incompatible avec le récit biblique et l’histoire ancienne (à laquelle il est placé) du peuple hébreu. Cela dit vous pouvez imaginer l’intérêt pervers que revêt son apparition dans le texte ; ce sont de tels ajouts qui donnent un sens totalement différent au récit.
On peut s’interroger aussi de la notoriété de ce personnage dans les sectes diverses, ainsi que dans le New Age à notre époque. Je pense entre-autre à ce type qui se fait appeler Drunvalo Melchisédek, qui peut porter un nom aussi ringard ?  Enfin vous comprenez pour qui roulent ces gens (et leur logique).

Ainsi donc même si cela en surprendra encore certains, nous pouvons envisager que les israélites se sont constitués, à une certaine époque indéterminée, autour d’une monarchie sacrée semblable à celle des autres peuples sémites, et bien entendu, avaient adopté le dieu Baal malgré les avertissements des prophètes.

Je développerai bientôt à propos du dieu solaire sémitique, en fait il me reste encore pas mal de choses à dire.

A suivre.

Ce message a été modifié par atrahasis - 15 avril 2012 à 06:06.


#162 atrahasis

atrahasis

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Posté 15 avril 2012 à 15:14

Influence de l’Égypte sur Israël

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HISTOIRE DU PEUPLE D’ISRAËL
TOME PREMIER
LIVRE PREMIER. — LES BENI-ISRAËL À L’ÉTAT NOMADE JUSQU’À LEUR ÉTABLISSEMENT DANS LE PAYS DE CHANAAN
CHAPITRE XI. — INFLUENCE DE L’ÉGYPTE SUR ISRAËL.

Ce séjour pacifique d’Israël dans le pays de Gossen fut peut-être assez long, infiniment moins long cependant qu’on ne le suppose généralement [1]. Nous en évaluerions la durée à un siècle. Ce fut un état stable, organisé, qui n’exerça pas néanmoins sur l’esprit du peuple une action assez profonde pour modifier ses idées patriarcales ni substituer les fables de l’Égypte au vieux fond des traditions babyloniennes qu’il portait avec lui. De même que les Hyksos avaient donné à leur culte de Sydyk les formes de la religion égyptienne, de même, en une certaine mesure, les Beni-Israël durent accommoder leur vieux culte au goût de leur nouveau pays ; ou plutôt, à ce culte d’une simplicité toute bédouine, ils durent ajouter des observances qu’ils voyaient pratiquer autour d’eux, avec une foi entière en leur efficacité. Quelques parties, regardées plus tard comme essentielles de la religion d’Israël, datent de ce temps, et c’est ainsi que l’Égypte, quoique profondément païenne, se trouve avoir inséré des éléments importants dans la tradition religieuse de l’humanité.

L’Égypte avait, dès ces temps reculés, des textes Sacrés et une littérature religieuse assez développée. Rien n’autorise à croire que ces textes aient exercé sur les Israélites la moindre influence. Les Israélites ne lisaient pas l’égyptien, et, si l’alphabet de vingt-deux lettres existait, ils ne s’en servaient pas. Il est probable que pas un seul des émigrés hébreux ne se trouva en rapport avec les prêtres qui enseignaient les mystères plus ou moins relevés de la théologie égyptienne. Ils n’auraient sans doute pas rencontré un seul de ces hiérophantes dans le canton à peine égyptien où ils demeuraient ; d’ailleurs, de telles spéculations, à supposer qu’elles aient eu quelque sérieux, n’étaient guère .dans la tournure de leur esprit. Rien de rare, rien de savant n’arriva jusqu’à eux. L’Israélite vit l’Égypte comme l’Arabe musulman voit les pays païens, uniquement par le dehors, n’apercevant que les surfaces et les apparences. Tout subit aux yeux de ces observateurs bornés de singulières transformations.

Les rapprochements entre la Bible et la sagesse égyptienne qui supposeraient une connaissance approfondie des secrets de l’Égypte doivent donc être écartés. Ce qu’on appelle le Décalogue a beaucoup d’analogie avec la confession négative du mort devant Osiris, au moment du jugement [2]. Mais ces petits codes de morale éternelle n’ont pas de date ; d’ordinaire, ils existent longtemps avant d’être écrits. Loin que l’Égypte ait perfectionné la religion israélite, nous croyons qu’en beaucoup de choses elle l’altéra.

Le culte de l’Égypte était fort idolâtrique ; le dieu habitait un lieu déterminé, un temple, une arche, des statues ; on lui faisait fête selon des rites compliqués. Nul doute que les Beni-Israël, comme les Hyksos, n’aient subi la contagion de ces idées. Il n’est pas probable que l’esprit de retour à la vie nomade les ait assez abandonnés pour qu’ils aient bâti des temples dans le pays de Gossen. Mais un usage qu’ils adoptèrent fut celui des arches ou tabernacles, abritant derrière les ailes d’éperviers affrontés et sous une autre grande aile oblique, formant châle, l’image du dieu, invisible pour les profanes. Dans le rite égyptien, cette petite chapelle fermée était toujours superposée à une barque, que les prêtres portaient sur leurs épaules dans les processions ou dans les pérégrinations du dieu. C’était un naos portatif, grâce auquel le dieu pouvait quelquefois accomplir d’assez longs voyages sans être privé en route d’aucun de ses honneurs [3]. Dès leur séjour dans le pays de Gossen, les Israélites se firent sans doute une arche de cette sorte pour servir de centre au culte, passablement éclectique, qu’ils pratiquaient. Ils l’emportèrent probablement avec eux, quand ils quittèrent le pays. Cette arche était la chose du monde la mieux appropriée à la vie nomade. Elle les suivit dans tous leurs voyages à travers la péninsule du Sinaï. Nous la verrons prendre une importance extraordinaire et devenir le berceau de toutes les institutions religieuses d’Israël. La barque, qui était une partie essentielle de l’arche égyptienne, disparut dans cet emploi nouveau ; ce qui resta, ce fut une sorte de grand coffre, garni de leviers pour les porteurs, et recouvert par des sphinx ou éperviers se regardant et repliant des deux côtés leurs ailes, de façon à constituer dans l’entre-deux une sorte de trône divin [4]. Comme, dans le langage populaire des Israélites, un sphinx s’appelait cherub, le privilège de s’asseoir entre les cherubs devint d’avance le privilège essentiel du dieu national [5].
Les pains sacrés, disposés sur une table devant le dieu, étaient une des bases du culte égyptien [6]. Les Israélites adoptèrent ce rite et le mirent en pratique dès qu’il fut applicable, c’est-à-dire dès que leur culte eut quelque stabilité. Ces pains étaient sans levain, ce qu’on tenait pour une condition particulière de pureté [7]. Les employer à un usage profane passait pour un sacrilège qui ne pouvait être justifié que par une extrême nécessité.
De la religion égyptienne, les Israélites ne connurent ainsi que le dehors, des momeries, des fétiches. Le dieu serpent les poursuivit durant des siècles, à la fois cauchemar et talisman [8]. Les taureaux sacrés, l’Apis de Memphis, le Mnévis d’Héliopolis[9], les génisses Hathor, parurent surtout les frapper [10]. La partie grossière des Beni-Israël adopta ces simulacres dorés presque comme des dieux de la tribu, et nous verrons le peuple, toutes les fois qu’il pourra échapper à la pression des puritains, se retourner vers ces protecteurs visibles, à qui l’on rendait un culte pompeux. L’usage des cris (teroua) [11], de la musique bruyante, des danses en rond autour du dieu, choses qui ne paraissent nullement patriarcales, remontent peut-être à ce temps. La circoncision était, chez les Beni-Israël, antérieure à leur venue en Gossen. Cependant il n’est pas impossible que le séjour des Beni-Israël dans un pays où cette pratique était en quelque sorte endémique, n’ait contribué à y donner plus d’extension et de régularité.

Le disque ailé, flanqué d’uræus, qui fit tant d’impression sur les Phéniciens et devint le motif essentiel de leur art [12], fut sans doute également adopté par les Israélites. Les plus anciens cachets juifs portent ce symbole [13]. Les sphinx restèrent sûrement dans l’imagination des Israélites. Les cherub en viennent en partie, bien que ces êtres chimériques aient changé de forme plusieurs fois, selon les caprices de la mode orientale, et que le nom même de cherub paraisse plutôt venir du côté de l’Assyrie. Ce qui concerne l’éphod, l’urim et le tummin, dans les écrits hébreux, est si obscur, qu’on ne peut s’en faire une image précise. Ici, pourtant, l’influence du globe ailé, flanqué d’uræus, paraît se retrouver encore. Les réponses de Iahvé, quand on le consultait par l’urim-tummim de la forme ancienne, ressemblaient beaucoup à celles des dieux égyptiens. D’un autre côté, l’urim-tummim du pectoral des prêtres juifs avait son parfait analogue dans le costume des juges en Égypte [14]. Les vêtements sacerdotaux de Jérusalem furent, comme tous les objets de luxe, empruntés à l’Égypte [15]. A l’époque reculée où nous sommes, rien n’autorise à supposer l’existence de tels ornements. L’usage du lin pour les surplis sacerdotaux parait bien, cependant, une imitation de l’Égypte, et une imitation très ancienne [16].
Ce qui paraît aussi tout à fait égyptien, c’est l’idée de personnes qui, par état et phi- suite d’une sorte de vocation divine héréditaire, sont chargées des choses religieuses, qui seules savent le culte et la manière d’honorer les dieux. Le clergé est bien une chose d’origine égyptienne. Rien n’était plus opposé, à l’esprit de la société patriarcale, où la famille gardait elle-même ses sacra. Dès leur séjour en Gossen, les Israélites eurent probablement de ces sortes de ministres, d’origine égyptienne, que chaque famille nourrissait pour les services religieux qu’ils rendaient. C’est ce qu’on appela un lévi, mot qui parait signifier inquilinus, un adhérent, un adjoint à la tribu, un aubain [17]. Il est possible que ce mot ne se soit produit que plus tard, quand les lévis formèrent une sorte de tribu à part, sans terre, et qu’il fut convenu que Lévi avait été un fils de Jacob, à qui son père n’assigna pas de lot, parce que ses descendants devaient vivre répandus parmi les autres et nourris par eux. Le nom de Gersom, porté par des fondateurs plus ou moins fabuleux de l’ordre lévitique, semble faire allusion à un, état de choses qui rendait les membres de cet ordre étrangers en tout lieu [18].

Il importe, en tout cas, de remarquer que le lévi n’est pas du tout le cohen patriarcal. Tout chef de famille était cohen. Dans beaucoup de tribus pieuses, le chef de la tribu s’appelait cohen [19] ; notables s’appelaient cohanim [20]. Ces noms étaient entourés de la plus haute considération. Le lévi, au contraire, n’était qu’une sorte de sacristain, ne voyant du culte que le côté matériel. Aussi la tribu de Lévi (pour parler selon la manière convenue), contribuera-t-elle très peu, du moins avant la captivité, au progrès religieux [21] ; aucun grand prophète ne sera lévite. Le bas prophétisme, au contraire, tiendra beaucoup de l’Égypte. L’habitude de consulter les dieux, qui répondaient par des signes, était un des traits de la religion égyptienne. L’éphod et les devins tireurs de sorts, à la manière du lévite de Mika [22], viennent probablement de là.
En somme, l’Égypte, loin de contribuer au progrès religieux d’Israël, ne fit que semer des obstacles et des dangers dans la voie que le peuple de Dieu devait parcourir. L’Égypte donna le veau d’or, l’éternelle pierre d’achoppement des masses, le serpent d’airain, que les puritains détestaient [23], les oracles menteurs, le lévite, qui fut la lèpre d’Israël, peut-être, la circoncision, qui fut sa plus grande erreur et faillit un moment contrebuter ses destinées. Si l’on excepte l’arche, l’Égypte n’introduisit en Israël que des éléments perturbants, qu’il fallut éliminer, parfois avec crise. Il n’en fut pas de même des données empruntées à la Chaldée. Toutes celles-ci furent fécondes, et, sauf peut-être le nom imprononçable, restèrent des colonnes de la religion. L’humanité croyante en vit encore ; elle doit à ces vieilles fables toute une préhistoire, qu’elle goûte fort, et une cosmogonie, dont elle est très fière. Le génie d’Israël ne vient pas de la Chaldée ; mais la Chaldée lui a fourni les dix premières pages du livre qui a fait son incomparable succès.
L’Égypte, au contraire, lui a fourni peu de germes féconds. Et combien de choses exquises elle tua ! La belle vie jacobélite est finie. Plus de ces nobles types d’aristocrates, fiers, honnêtes, sérieux en religion. L’autorité n’est plus entre les mains du chef de la tribu. Elle se démocratise en quelque sorte. La foule a désormais une voix, et cette voix ne sera pas du tout en faveur du puritanisme religieux. Le culte des élohim va bientôt sembler fade. A tout propos, le peuple regrettera les vulgarités de l’Égypte, et, pour le contenter, il faudra lui élever des Apis aux cornes dorées.

Dans l’ordre social et politique, en effet, le changement qui s’opéra en Israël, par suite de son séjour au pays de Gossen, fut très considérable. Durant le siècle qu’il passa en Égypte, Israël se multiplia considérablement. L’esprit de la tribu nomade disparut peu à peu de son sein. A l’époque patriarcale, nous ne voyons pas un seul exemple de révolte contre le patriarche ; car l’autorité était toute morale. Maintenant le gouvernement absolu a créé sa contrepartie, l’esprit révolutionnaire. Les masses, aigries par les fonctionnaires pharaoniques, se révoltent fréquemment contre leurs chefs. Ces douces familles de pasteurs, dont les populations sédentaires accueillaient le passage avec bénédiction, deviennent un peuple dur, obstiné, à la nuque résistante. Son approche excite la crainte de tous ; c’est un ennemi. Il est féroce pour quiconque se trouve sur son chemin. La transformation est opérée : Israël n’est plus une tribu, c’est déjà une nation. Hélas ! depuis le commencement du monde, on n’a pas encore vu une aimable nation !

Source :
http://www.mediterra.../T1/T1_0111.htm

Combien importante fut l’influence de l’Égypte sur le peuple hébreu…
Comme vous le voyez quantité d’éléments du culte ont été emprunté directement à l’Égypte. Il en est ainsi de la tenue religieuse des prêtres :

L'origine royale des vêtements sacerdotaux est moins contestable ; G. W. rappelle que les rois phéniciens portaient le pectoral comme le grand prêtre juif (cet ornement est sans doute emprunté à l'Egypte) et les pierres précieuses qui recouvrent le roi de Туr selon Ezechiel 28,13 y font allusion (mais les « pierres de feu » du v. 14 désignent probablement autre chose). Le pectoral est un instrument de divination. Possesseur de ces instruments, le roi-prêtre est celui qui rend les oracles et c'est là l'origine de sa fonction législatrice. (Revue de l'histoire des religions, tome 150 n°2, 1956)

De même fort probablement pour l’Arche ramenée d’Égypte (pas d'autre source sous la main dsl), et comme nous allons le voir pour la Ménorah. Enfin, il sera question du sceau de Salomon.

/ ! \ l’article suivant vient d’une source F-M.

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Symbolisme du Chandelier

Image IPB

En Franc-maçonnerie et suivant le Rite choisi par la Loge, un Chandelier à Sept branches est posé sur le plateau du Vénérable Maître. Diverses interprétations font autorité selon qu’il s’agit d’un symbole hébraïque (la ménorah), égyptien ou plus prosaïquement maçonnique.

Le Chandelier qui possède 7 branches rappelle que dans toutes les traditions ce chiffre symbolise l’union entre le Ciel et la Terre (3 le chiffre du ciel + 4 celui de la Terre et ses points cardinaux). Il est le centre et indique le sens d’un changement après un cycle accompli et d’un renouvellement positif. Au presque sommet de notre hiérarchie, les 7 échelons de l’échelle des Kadosh (30e degré de la Maçonnerie Ecossaise) indiquent le nombre d’états spirituels hiérarchisés qui permettent le passage de la Terre au Ciel et d’atteindre la perfection du Grand Architecte de l’Univers.

Le Chandelier à Sept branche dans l’iconographie juive
La Menorah est l’emblème le plus répandu de l’iconographie juive choisi pour représenter l’Etat d’Israël. Une description minutieuse de ce chandelier en or, qui ornait la face sud du Sanctuaire de la Tente du Rendez-vous et du Temple de Jérusalem, est donnée dans l’Exode. Il est manifeste que cet objet évoque un arbre, un amandier ou un palmier. En fait le modèle serait un arbuste du type sauge qui pousserait sur le mont du Temple à Jérusalem. Le mot Menorah évoquerait la lumière, mais aussi la chaleur. Prenant racine soit dans la Terre, soit dans le Ciel par ses branches, l’arbre-chandelier faciliterait une forme de communication entre le haut et le bas. Les kabbalistes voyaient un Arbre de Vie dans ce symbole cosmique.
La Menorah est pour le Peuple juif le Symbole de la lutte pour son indépendance, de sa victoire contre l'oppression étrangère et un symbole de continuité entre le passé et le présent.
Le mot "Ménorah" hrwnm vient de la racine « rwn » qui est une expression Chaldéenne signifie "FEU". On retrouve cette même expression dans Daniel 3:6 ... "feu ardent"... "Noura YaKideta".

La tradition biblique du chandelier commence au mont Sinaï, après la révélation de Dieu aux Hébreux et la divulgation de la Torah. Au chapitre 25 de l'Exode, Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier d'or pur, d'une seule pièce, une branche centrale et trois de chaque côté. Elle devait brûler sans cesse et le nettoyage des tubulures se faisait chaque soir par les Lévites (lisez les passages Bibliques suivants : Exode 25:31 à 40 - Exode 37:17 à 24 – Nombres 8:2 à 4 et II Chroniques 13:11). La "Ménorah" était alimentée d'huile d'olive spécialement pure, vierge et provenant d'olives concassées spécialement par cet usage (Exode 27:20 à 21).
Ce chandelier devant être placé dans le Saint (ou Sanctuaire) de la Tente du Rendez-vous dans le désert, pour témoigner de la relation permanente et réciproque entre Dieu et son peuple. Le Saint des Saints de la Tente, espace contigu au Sanctuaire mais secret et interdit, abritait les tables de la loi ainsi que les chérubins entre lesquels on pensait que la Présence divine se déployait.
La "Ménorah" était donc dans l'Arche au désert ainsi que dans le Temple de Jérusalem, un des symboles prophétiques des plus importants ! Elle était placée dans le "Lieu Saint" (la tente du Rendez-vous) et avant le "Lieu Très Saint" (le Sanctuaire).
Sur le plan historique, la Ménorah est restée allumée pendant une période de plus de quinze siècles, à l'exception de deux interruptions, lors de son vol par Nabukhanetsar, après le destruction du premier temple, et lors de l'exil des Judéens à Babel qui a duré 48 ans et lors de la profanation du deuxième Temple par Antiochus Epiphane, pendant 11 ans.
Lors de l'exil de Babel, les juifs ont adopté la Ménorah comme emblème: après avoir représenté la lumière intérieure d'un peuple constitué en nation, désormais elle représentait la nation juive disloquée et dispersée.
Pour Philon d'Alexandrie, philosophe juif de l'époque romaine, le chandelier était l'image du ciel, avec le système planétaire au centre duquel brille le soleil: il pouvait donc illustrer la vie éternelle, et c'est peut-être à ce titre qu'on le trouvait sculpté sur les sépultures juives de Rome. Historien du 1er siècle, Flavius Joseph décrit le chandelier ainsi: "il y avait un chandelier d'or non pas massif, mais creux par le milieu: il était enrichi de petites boules rondes, de lys, de pommes de grenade; il était composé de sept branches, en relation avec les sept planètes"

Toujours est-il qu'après avoir détruit le deuxième Temple, l'empereur romain Titus captura le candélabre et ordonna à ses sculpteurs de le reproduire dans tous ses détails sur l'arc de triomphe célébrant sa victoire sur la Judée: il imaginait ainsi avoir éteint pour toujours la lumière d'Israël en se l'appropriant; on peut voir cette sculpture aujourd'hui sur la face intérieure de l'une des colonnes de l'arc de Titus, dans le Forum romain. Au gré des invasions, le chandelier changea de mains plusieurs fois puis disparut.
II ne faut pas confondre la Ménorah chandelier à 7 branches ordonné par l'Eternel pour le Temple avec la "HanouKiath" chandelier à 8 branches plus 1 pour l'allumage, et qui rappelle la victoire de Juda Maccabi sur Antiochus Epiphane en 165 avant Y.M. (Voir TMPI n°103 - Une lumière ... Hanoucah ou Noël).
Cette Ménorah à 7 branches typifie le Messie Yéshoua qui est la lumière du Monde. En effet, elle représente les 7 flammes du Nom de Yéshoua et aussi les 7 qualités d'Esprit énumérées en Isaïe « 11:1 à 2... Un rameau sortira du tronc d'Isaïe, un "Netzer" (rejeton) naîtra de ses racines L'ESPRIT DE L'ETERNEL reposera sur lui, ESPRIT de sagesse, d'intelligence de conseil, de force, de connaissance et de crainte de Dieu (ou soumission) ».
Dans l'Apocalypse (ou Révélation) Yéshoua est représenté derrière LA MÉNORAH dont les 7 lumières représentent les 7 "Kéhilots" ou "Assemblées" que les Chrétiens appellent "Eglises" : Apocal. 7:12 à 16 et v.20. Il est évident que le texte parle de 7 lampes allumées et non 7 chandeliers !
Enfin ce chandelier ou Ménorah est aujourd'hui le symbole prophétique par excellence : Une Ménorah gigantesques se dresse devant la Knesseth (parlement Israélien) et le blason du pays d'Israël est un chandelier encadré de deux branches d'oliviers (Israël et l'Eglise des gentils issus tous deux de l'olivier Biblique : lire Zach. 4:2 à 3 et Rom. 11:16 à 24.).

(image:Menorah devant la Knesseth)

Le Chandelier à Sept branches dans les temples égyptiens
Dans la tradition égyptienne, les sept branches du Chandelier auraient pu représenter les différents bras du Nil ou encore le Soleil et les planètes connues à cette époque. Cependant, Le Temple, comme plus tard celui de Salomon figurait le Cosmos, et dans un grand nombre de chambres de ces temples figurait un candélabre à sept branches en or. Placé dans le Saint des Saints, du côté Sud du Tabernacle (le Naos), il représentait Saturne, le Soleil, la Lune - deux branches chacun – soit les trois périodes du développement de l’homme avant de s’incarner. La septième branche ayant une lampe alimentée par de l’huile d’olive pure, représentant la lumière spirituelle.

Le Chandelier à Sept branches dans la tradition maçonnique
Dans la tradition maçonnique, l’homme est replacé au centre de son Univers. L’Initiation qui caractérise son devenir ne lui enseigne rien, mais lui suggère quelques directions à explorer avant de s’engager dans une voie où les certitudes sont chaque jour remises en question.
Dans le Chandelier à sept branches, l’homme antenne qui vibre entre les énergies cosmique et tellurique est symbolisé au centre d’une croix dont la branche verticale est enracinée sur la Terre pour s’élever vers le ciel, et une branche horizontale définissant son positionnement sur la Terre. Symboliquement, celui-ci possède un Corps, une Ame et un Esprit que l’on peut figurer par des cercles concentriques. Si comme le prétendait Hermès Trismégiste dans sa table d’Emeraude, que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, nous pouvons séparer ces deux parties et découvrir le sens de notre évolution spirituelle.

Image IPB

Le Chandelier à sept branches symbolise donc le point de rencontre entre deux mondes (matériel et spirituel). Ce changement de plan marque ce que peut être le Midi des Maçons cherchant à s’élever en spiritualité.
Avant l’ouverture des travaux, une seule étoile est allumée. Elle symbolise la présence de la lumière que nous venons partager dans le temple. C’est à partir de celle-ci que s’allumeront toutes celles qui éclaireront notre espace sacré.
Au premier degré du Rite d’ouverture de nos travaux, deux étoiles viennent s’y ajouter suggérant d’une part, que travaillant au progrès de l’humanité nous constituons « le corps matériel » de cette Grande Fraternité qu’est la Franc-maçonnerie, et que d’autre part, nous sommes censés limiter notre travail sur notre « corps ethérique et spirituel ». A ce niveau de conscience, éclairé par ces trois flammes reliant notre monde à celui d’en haut le Maçon s’engage à explorer en lui-même les arcanes du connais-toi toi-même.

Source:
http://www.ordoabcha...chandelier.html

Ce message a été modifié par atrahasis - 15 avril 2012 à 15:15.


#163 atrahasis

atrahasis

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Posté 15 avril 2012 à 15:28

Afin d’enrichir voici un autre article d’une source assez différente (Kamet Renaissance- Afrique) (ce qui nous permettra d’enchaîner plus tard avec le dieu solaire) :

Citation

L'origine dans l'Egypte pharaonique des rites du Kwanzaa et de la Ménorah du peuple Hébreux
La signification du Dieu suprême Bantu
Par : SIM Mi NSONKON Rémy

Le Kwanzaa des peuples Kamet et la Ménorah du peuple Hébreux sont basés sur le chiffre sacré 7. L'origine de ce symbolisme remonte dans l'Egypte pharaonique, plus précisément à la période des Textes de Pyramides qui sont considérés comme le plus ancien ensemble d'écrits religieux au monde. Les premiers textes ou dessins en langage hiéroglyphe sont apparus vers -2400, sur les murs de la Pyramide du Roi OUNAS de la cinquième dynastie officielle (règne de -2397 à -2364 avant notre ère).

Image IPB
Osiris

L'origine mathématique du chiffre sacré 7
Le chiffre 7 représente, dans la pensée Kamet de l'antiquité égyptienne à nos jours, la moitié de l'espace géométrique, matérielle (le corps d'Osiris découpé en 7 morceaux).
Les Mathématiciens égyptiens qui ont inventés les Sciences exactes (Évidences des Théorèmes et problèmes du Papyrus Rhind) utilisaient un système de numération à base 10 de type additif : pour écrire le chiffre 7 par exemple , à la différence de notre système d'écriture , ils répétaient le symbole de l'unité 7 fois.
Ils ont signifié que shesep, « main », « palme », est un coudée = 7 mains = 28 doigt (Papyrus Rhind, problèmes 56). Cette coudée = 7 mains entre dans le calcul des éléments d'une pyramide.
Le chiffre 7 se dit en égyptien sefeth. Les langues négro-africaines modernes ont génétiquement des correspondances suivantes : (…)  
Nous remarquons ici que le 7, dans la langue swahili et hébraïque, correspond exactement à l'égyptien et aux autres langues d'Afrique noire moderne. Alors, nguzo saba signifiant l'expression « les Sept éléments du Kwanza » provient de l'égyptien sefeth.
Le terme sangwâ de la langue bisoo-bakoko vient du verbe sand signifiant « couper », « trancher ». Et nous savons que le corps d'Osiris fut découper en 7 morceaux. On a également zanga qui signifie « moitié » en bisoo-bakoko. De quel « moitié » s'agit-il ici ? Celle de 14/2 = 7. Sur le plan Mathématique, si 7 est la « moitié » de 14, alors 4 est aussi la « centrale », le « milieu », la « symétrie » d'un ensemble de 7 éléments. Nous comprenons ici pourquoi la lumière centrale de la Ménorah, le Shamach, est la branche la plus importante du chandelier des Hébreux
La pensée Égyptienne et Dogon éclairent magistralement ce rapport de 7 à 14. L'Egypte pharaonique connaissait en tout 7 planètes. D'ou : la Totalité = 7. Mais, comme il apparaît dans les Théorèmes mathématiques, les Kamet d'Egypte ont opté pour l'utilisation du chiffre 9 qui symbolise l'infini.
Dans la pensée Dogon : « Le nombre 14, attribué aux mondes stellaires en spirales réalisés par Amma, implique l'idée de reproduction et de multiplication en puissance : 7 totalise 3, nombre masculin et 4, nombre féminin. Il désigne ici les 7 terres et les 7 ciels. Amma crée 7 * 2 c'est-à-dire une infinité de mondes (1). »
Le chiffre sacré 7 est aussi dans la pensée métaphorique égyptienne la moitié de la vie d'Osiris car il était tué et coupé en 7 morceaux. Et son deuil dura 7 jours.

Le Chandelier du Kwanzaa et de la Ménorah du peuple Hébreux
Nous savons qu'Osiris et Isis désignent les astres que les prêtres ont assimilé « aux dieux » dans le monde des non-initiés . Les Textes de Pyramides qui relatent l'histoire d'Osiris font apparaître le chiffre 7 à plusieurs reprises.
Effectivement, Seth, l'assassin, tua Osiris en le « découpant », « divisant », en sept morceaux. Son corps fut exposé durant 7 jours.
Ce deuil de 7 jours en l'honneur d'Osiris est comparable à la semaine pascale chrétienne qui dure aussi 7 jours.
Lors de leurs séjours en Terre Égyptienne, les Hébreux ont carrément copié le symbolisme du nombre 7 et sont matérialisme inventés en Egypte. Le vocable hébraïque zayin signifiant 7, et parenté à l'égyptien sefeth et aux langues d'Afrique noire moderne, en est une évidence irréfutable.
Chez les Juifs, le chandelier joue aussi un rôle très significatif dans le culte. On appelle ce chandelier, une « ménorah », c’est un candélabre à 7 branches, pour rappeler les 7 jours de la création et pour signifier que tout vient de Dieu et que tout retourne à Dieu. C’est Dieu qui donne la lumière, c’est Dieu qui donne la vie. Chandelier à 7 branches en or, il était en relation exclusive avec le Tabernacle.
Le chandelier avait été fait selon le modèle donné par Dieu à Moïse au Sinaï. Il pesait un talent, c’est-à-dire environ 35 kg d’or. D’or étaient aussi les 7 lampes dont les prêtres s’occupaient chaque matin et chaque soir. Au fait, pourquoi l'or ? Parce que ce métal ou le cuivre est la métaphore de la lumière, du Soleil. C'est la raison pour laquelle les chambres funéraires de l'Egypte Kamet étaient peintes avec une mince couche d'or. Les Églises Chrétiennes sont aussi ornées d'or.
Ce Chandelier est d'origine égyptienne. Messod et Roger Sabbah rapportent à propos que : « Chandelier en hébreu se dit « Ménorah », ayant pour racine Amon et Râ, émanation, illumination d'Amon-Râ. La Lumière centrale s'appelle « Shamach », le soleil (2). »

La signification du Dieu suprême Bantu
La correspondance du « Shamach » chez les peuples Bantu est Nyambe/Zamba. Dans les deux cas, l'idée de « l'illumination » est éminente comme nous pouvons d'ailleurs le voir par le biais des images du chandelier de cet article. Le philosophe du Verbe Ogotemmeli rapporte, à propos des Dogon : « Le Soleil est une terre cuite entourée d'une spirale de cuivre portée à l'incandescence qui lui donne son mouvement diurne, qui donne lumière et vie à l'univers. Le soleil est comme du cuivre en fusion. La preuve c'est qu'au feu le métal jette des rayons comme ceux de l'astre (Dieu d'Eau, Marcel Griaule, Librairie Fayard, 1966, Paris, p. 133). Chez les Douala, « Nyambe est celui qui engendre les ancêtres (3). » De quels ancêtres fait-on allusion ici ? Les 7 planètes qui sont sortis du système Solaire.
Les peuples Kamet modernes ont magistralement exposé la relation entre le Dieu solaire et l'idée de la « Lumière. » Avec plus de détails, E. J. Brill écrit aussi que : « Dans les langues guinéennes, le nom de Dieu est Onyame et signifie le brillant... Dans les langues bantou, ce même terme se trouve avec certaines différences dans les préfixes, mais laissant le radical presque inaltéré. Les Bantou de la côte occidentale donnent à ce terme le même sens de Dieu. En benga et dikélé, les idiomes cafres les plus rapprochés géographiquement des Guinéens, nous trouvons Nyambi; en dualla : Nyambe; dans l'Angola, plus au sud : Nzambi ; en héréro enfin, le plus méridional : Ndyambi...
Les Bantou de la côte orientale semblent ne donner à ce terme que la signification de Soleil, et nous le présentent sous diverses formes, comme dyambo, ditambo, dambo, mwamba, etc. Le nom du pays de l'Unyanyembi, non loin du Tanganyika, signifie le pays du Soleil, comme celui du pays voisin, l'Unyanyembi, le pays de la lune (4). » Et le Prof. Théophile Obenga précise que : « Le Soleil demeure l'astre principal (5). » des Bantu. Ils considèrent cet astre, écrit-il, comme étant le « Dieu, le Préexistant, l'Esprit Ainé, c'est la cause efficiente première de l'être, la source de toute vie, de tout moyen vital, de toute chose (6). »
Nous pouvons, par conséquent, établir la lexicologie comparative (NB : la plupart des termes sont tirés de l'ouvrage - Les Bantu, Présence Africaine, Paris, 1985, p. 151) suivante sur le Dieu solaire :  (…)
D'après le tableau qui précède, il apparaît clairement que le vocable hébraïque « shamach » vient de l'egyptien « shuu ».
Le 7 est aussi le symbole du système Judiciaire dans l'Egypte pharaonique et l'Afrique noire moderne. Cas des différents 7 notables que l'on raconte dans l'Afrique sub saharienne. L’emblème choisi pour l'État d'Israël est le signe le plus répandu de l’iconographie juive, le chandelier à sept branches ou ménorah. Une description minutieuse de ce chandelier en or, qui ornait la face sud du Sanctuaire de la Tente du Rendez-Vous et du Temple de Jérusalem, est donnée dans l’Exode.
L'écusson de la Ménorah, ce qui veut signifier que de la terre juive doive rayonner vers le monde entier la lumière, la culture, la vérité et la justice.  
Nous avons vu que 7 veut aussi dire la moitié ou zangwä en langue bisoo-bakoko. Et dans un ensemble de 7 branches comme ceux du chandalier, le 4e élément est aussi la moitié. Toutes les images du chandelier, de notre article, confirment nos analyses. Nous pouvons nettement voir l'expression iconographique de la 4e branche qui est plus longue que toutes les autres.  

Conclusion
Le Dieu suprême Zamba/Nyambé/etc. des Kamet d'Egypte et des Bantu est le Soleil, garant de la vie sur terre. Son explosion ou Big Bang est à l'origine des 7 astres qui influencent les systèmes socio-économiques et politiques des peuples Kamet depuis la nuit des temps. Cet astre a une signification essentiellement mathématique. La religion étant le masque de ce savoir dans le monde des non-initiés. Chez certains peuples, la religion est la clé de voûte de la nation. Les peuples Kamet n'adorent pas le Soleil. Mais il s'en servent dans la vie pratique des Sciences exactes, de l'Économie et de la politique.
Les éléments du Kwanzaa et de la Ménorah du peuple Hébreux proviennent des Sciences exactes et de la religion des Kamet de l'Antiquité Égyptienne. Les Hébreux ont intégralement copié ses éléments lors de leurs séjours en Egypte. La parenté linguistique confirme les correspondances liés au nombre sacré 7, entre l'Egypte, l'Afrique noire et ce peuple d'Asie.
Nos analyses, sur le Dieu suprême Bantu, le Kwanzaa, prouvent que l'Egypte pharaonique est la civilisation classique des peuples Kamet d'aujourd'hui.
Illustrations des 7 éléments du Chandelier
Remarquons l'iconographie particulière du 4e élément qui est au milieu des 7.

a) Kwanzaa
Image IPB
Chandelier du Kwanzaa : la 4e bougie représente le « milieu ».

b) Hébreux
Image IPB
La Ménorah, emblème choisi pour l'État d'Israël.
Ici, le 5e élément sur 9 symbolise la « moitié », le « milieu », la « symétrie ».
Dans la pensée d'Afrique Kamet, le chiffre 4 est lié à la féminité alors que 5 symbolise la masculinité. Au total : 4 + 5 = 9.
(...)

Source
http://www.kametrena.../sim-doc14.html

De même il nous faudra en dire plus à propos de ce chiffre sacré ‘sept’, mais cela n’est pas pour tout de suite.

Dernier article (de source un peu plus ‘populaire’ - les interprétations n'engagent que l'auteur, certaines étant un peu hasardeuses)

Citation

L'OCCULTE SCEAU DE SALOMON
UN SYMBOLES COMME UNE ÉNIGME... QUI PEUT RÉPONDRE À TOUTES LES QUESTIONS...

Image IPB

LE « SCEAU DE SALOMON » = LA CLÉ DE TOUS LES SAVOIRS

Selon la légende, le Sceau de Salomon était un anneau magique que le Roi Salomon possédait... Dans une légende musulmane, ce sceau lui donnait simultanément le pouvoir de commander les démons et les génies (djinns), ou de parler avec les animaux. Le Coran parle explicitement de ce sceau et des pouvoirs de Salomon qui en découle…

LES ALLÉGATIONS FARFELUES DE VICTOR VIENNE :
Par Matthieu Langlois

Quant à la théorie de V. Vienne elle est peut-être moins farfelue qu’elle en donne l’air…
D’abord, il explique que « Salomon, maintient toujours et encore l’humanité dans le piège au mille tentacules de son labyrinthe sans sortie ! »
Il explique encore : « Le sceau de Salomon est la clé de voûte, la pierre angulaire de l’architecture de son pouvoir et du monde sur lequel il maintient son pouvoir… Le sceau de Salomon scelle et recèle tous les secrets. Il est le symbole de celui qui possède le monde, et toutes les connaissance, il est le symbole du "Grand Architecte", il est le symbole qui donne à l’argent sa valeur, mais qui enlève de la dignité aux homme et sert à vendre leurs âmes… C’est le symbole du Roi des Rois…
C’est encore l’étoile qui figure sur le drapeau d’Israël car il évoque la trinité : "Is" + "Râ" + "El" c’est à dire : "Isis" + "Osiris" + "Horus" ».

Le professeur Vienne poursuit ainsi son explication...
« Le sceau de Salomon est nécessairement un symbole "solaire" et "saturnien", qu’on doit aussi sans doute associé à la constellation d’"Orion" et à "Sirius".
Pour ma part, je considère qu’il y a un lien à faire entre "Osiris" et "Sirius", car il s’agit en fait du même mot : "SIRIOS".
Du reste, le sceau de Salomon est directement à mettre en rapport avec la "pierre cubique" (ka’aba) et à la pratique de la kabale, ainsi qu’avec de nombreuses autres pratiques occultes, voire sataniques.

Image IPB

J'ose attirer l'attention du lecteur sur "la faux" et la "tête de taureau" présentes sur ce talisman de Saturne et ce que représentent bien trop souvent dans ce contexte occulte, les crop circles en formations d'étoiles de ce type souvent rencontrées dans les champs.

Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur les symboliques de cette "faux" et de cette "tête de taureau", en relation avec avec le culte sacrificiel de Moloch.

L'historicité officielle de l'étoile à six pointes remonte en fait aux temps anciens de l'Égypte où elle était utilisée dans la magie, la sorcellerie, la divination, l'astrologie et l'occultisme en général. Mais on sait moins qu'elle était aussi associée au sacrifice d'enfants par le feu aux dieux Moloch et Baal :

ISIS + RÂ + HORUS = ISHTAR + BAAL + MOLOCH
Reine des cieux + Roi des rois + Roi, Fils des dieux

Chez les Mésopotamiens, le Dieu Saturne avait récupéré les "tables des lois de l'Univers et du Destin" volées par un dragon...
Le culte idolâtre Assyrien dédié à Saturne adopté par les Juifs apostats s'est transmis en Égypte avec leur déportation sur ces terres...»

Ce sceau en forme d'étoile est en fait une substitution d'un anneau/cachet sur lequel était gravé le nom de Dieu. Un sceau que Salomon gardait toujours sur lui pour contrôler les démons et les esprits au cours de cérémonies de magie opérative. Lié au culte de "Remphan" ou "Saturne", cet anneau faisait de Salomon le "Seigneur de l'Anneau" et la "communauté de l'anneau" sont ceux-là qui se livrent à ces pratiques occultes... »

CE QU'EN DIT LA BIBLE :

"[...] À l'époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes inclinèrent son cœur vers d'autres dieux; et son coeur ne fut point tout entier à l'Éternel, son Dieu, comme l'avait été le coeur de David, son père. Salomon alla après Astarté, divinité des Sidoniens, et après Milcom, l'abomination des Ammonites. Et Salomon fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, et il ne suivit point pleinement l'Éternel, comme David, son père. Alors Salomon bâtit sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemosch, l'abomination de Moab, et pour Moloc, l'abomination des fils d'Ammon. Et il fit ainsi pour toutes ses femmes étrangères, qui offraient des parfums et des sacrifices à leurs dieux." (1 Rois 11/4-8)

" [...] Sa puissance s'accroîtra, mais non par sa propre force; il fera d'incroyables ravages, il réussira dans ses entreprises, il détruira les puissants et le peuple des saints. A cause de sa prospérité et du succès de ses ruses, il aura de l'arrogance dans le cœur, il fera périr beaucoup d'hommes qui vivaient paisiblement, et il s'élèvera contre le chef des chefs; mais il sera brisé, sans l'effort d'aucune main. Et la vision des soirs et des matins, dont il s'agit, est véritable. Pour toi, tiens secrète cette vision, car elle se rapporte à des temps éloignés." (Daniel 8/24-26).

V. Vienne poursuit ainsi :
« "Milcom", l'abomination des Ammonites est aussi appelé "Moloch".
C'est à cette époque de construction du temple sous le règne du Roi Salomon qu'est officiellement née une puissance, la Franc maçonnerie, de laquelle Daniel a annoncé la prospérité, mais aussi la décadence et les ravages futurs…
Le Sceau de Salomon est une étoile à 6 branches, formées de deux triangles insérés l’un dans l’autres représentant 3 fois la lettre "M" (ou la lettre "W") ainsi que le nombre "13" mais encore formant WWW = 666 !

On associe souvent l’Étoile de Salomon avec l’"Oeil d’Horus" ("L’œil qui voit Tout"), sinon avec le "phénix" ou encore l’aigle royal...
Tout ces symboles sont reconnaissables sur le billet de 1 dollars. Ce sont là des symboles franc-maçonniques certes, (voir l’histoire de la construction du temple de Salomon et le passage concernant Hiram), mais aussi, il s’agit de symboles concernant le pouvoir "royal" de Salomon et la lignée des Rois… Donc cela a aussi à voir avec "L’Ordre des Templiers", ni plus ni moins la continuation (en périphérique, dans l’espace et le temps/ du légendaire "Temple du Roi Salomon". L’histoire de l’humanité est intimement lié à l’histoire "mystique" ou "mythologique" des rois, depuis la nuit des temps…
Il faut connaître à ce sujet les tablettes de Sumer concernant la lignée des Rois… De là découle le règne du roi Salomon et de l’histoire abracadabrante de lignée des Rois… Il est donc aussi associé, la plupart du temps, à l’Étoile à 5 branches (pentagramme).
Cette fameuse lignée de rois qui se doivent de conserver le pouvoir sur l’humanité et d’instaurer un ordre mondial totalitaire, alors qu’à la fin des temps Salomon reviendra prendre le trône et régner sur la Terre comme seul et unique roi despotique et omnipotent.
Le sceau de Salomon est aussi le sceau de la prêtrise, du sacerdoce, de la religion suprême dont les officiants, se coiffait d’une tête de poisson en souvenir de l’enseignement du premier maître venu des océans, nommé « Oanès » chez les Babylonniens, surnommé « Dagon » dans les textes de la bible. Les première mitres papales ressemblaient à s'y méprendre à une gueule de poisson...

Dagon était une divinité, "l'homme-poisson", associée au front et aux mains, endroits désignés pour recevoir la marque de la bête. Sa couronne était surmontée d'une étoile à six branches. La mitre papale avec ses deux cornes représente en fait une tête de poisson à la bouche ouverte et perpétue cette tradition païenne.
Dagon = "un poison"
1) divinité Philistine de la fertilité; représentée avec la face et les mains d'un homme et un corps de poisson.
Selon mon interprétation SALOMON = SALMON. »

CE QU'EN DIT LA BIBLE :

"[...] Les Philistins prirent l'arche de Dieu, et ils la transportèrent d'Ében-Ézer à Asdod. Après s'être emparés de l'arche de Dieu, les Philistins la firent entrer dans la maison de Dagon et la placèrent à côté de Dagon. Le lendemain, les Asdodiens, qui s'étaient levés de bon matin, trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l'arche de l'Éternel. Ils prirent Dagon, et le remirent à sa place. Le lendemain encore, s'étant levés de bon matin, ils trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l'arche de l'Éternel; la tête de Dagon et ses deux mains étaient abattues sur le seuil, et il ne lui restait que le tronc. C'est pourquoi jusqu'à ce jour, les prêtres de Dagon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon à Asdod ne marchent point sur le seuil." (1 Sa 5/1)

Le professeur Vienne conclut ainsi :
« Mais encore, le sceau de Salomon est évidemment le symbole des commerçants et des exploiteurs de ce monde… C’est pourquoi on le retrouve inséré judicieusement dans les logos de nombreux produits que nous consommons… Selon mon interprétation SALOMON = SALEMAN
Il faut se souvenir que Salomon détenait non seulement la clé du pouvoir mais aussi il possédait vraisemblablement le secret de l’immortalité… Pour un magicien de son calibre, favori des dieux de surcroît, c’est la moindre des choses… Mais ce secret là il le paya à un prix fort ! »
(extraits de : « La Vérité est trop dangereuse à dire... », Victor Vienne (1989), aux Éditions Volte-Face).

LE SCEAU DE SALOMON = UN SYMBOLE MAGIQUE ?
L'hexagramme est couramment utilisé en magie noire. Le sceau de Salomon est à la base de l’élaboration de la plupart des pentacles, et objet d’invocation.
Il est l’outil privilégié de ceux qui pratiquent la sorcellerie ou le vaudouisme, qui décrit les rituels pour invoquer des démons à partir de l'hexagramme. Les autres symboles utilisés le plus couramment par les thaumaturges et sorciers sont le pentagramme (étoile à 5 branches) et la croix gammée.

Le "Sceau de Salomon", dit aussi "Bouclier de David" ("magen David", en hébreu"), "double triangle", "hexagramme étoile", est un symbole graphique fait de deux triangles équilatéraux entrelacés et de direction opposée.
Ce symbole est le complémentaire du fameux pentagramme.
Traditionnellement, le pentagramme représente symboliquement le microcosme, l'Homme (et ses cinq extrêmités : quatre membre plus une tête), tandis que l' hexagramme ou Sceau de Salomon représente symboliquement le macrocosme, le Monde.
En effet, les deux triangles sont supposés désigner l'un la Matière qui monte vers l'Esprit, l'autre l'Esprit qui descend vers la Matière, donc les deux substances de l'Univers (Esprit et Matière) se complétant grâce à deux forces (l'une qui fait descendre, l'autre qui fait monter). (…)
UN SYMBOLE FAMILIER...

C'est un symbole courament utilisé par les francs-maçons :

Image IPB

Évidemment on le retrouve sur le billet américain : (...)

On retrouve le "Sceau de Salomon" sur le blason de Renne-le-Château!

Image IPB

Le Sceau de Salomon figure encore sur le logo du cercle de la "Théosophie" :

Image IPB

Etc …

Source : http://agentssanssec...de-salomon.html


#164 td26

td26

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Posté 17 avril 2012 à 20:56

Bravo atrahasis pour ce topic qui et toutefois pas facile à décortiquer mais néanmoins très intéressant, en attendant la suite ....

Reflexion à partir du chapitre 25 de l'Exode,
" Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier d'or pur, d'une seule pièce, une branche centrale et trois de chaque côté " , Ce chandelier et la Menorah.
- pourquoi Dieu demande de fabriqué un objet dans cette matière, l'or ?  L'or qui n'est que convoitise !
Pas logique de la part de Dieu ....

Citation

il y a 2 dieux dans la Bible : le dieu des prophètes et le dieu des dirigeants et des prêtres (et celui-là
est Baal).

Il ne faut jamais désespérer, la vie et un combat !

#165 rené

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Posté 17 avril 2012 à 22:10

Voir le messagetd26, le 17 avril 2012 à 20:56, dit :

Bravo atrahasis pour ce topic qui et toutefois pas facile à décortiquer mais néanmoins très intéressant, en attendant la suite ....

Reflexion à partir du chapitre 25 de l'Exode,
" Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier d'or pur, d'une seule pièce, une branche centrale et trois de chaque côté " , Ce chandelier et la Menorah.
- pourquoi Dieu demande de fabriqué un objet dans cette matière, l'or ?  L'or qui n'est que convoitise !
Pas logique de la part de Dieu ....

Citation

il y a 2 dieux dans la Bible : le dieu des prophètes et le dieu des dirigeants et des prêtres (et celui-là
est Baal).
Pourquoi l'or ? Parce qu'il est un excellent conducteur d'électricité et de plus inoxydable
donc parfait pour en faire une antenne HF de réception. Le lavage de cerveaux est bien antérieur à la télévision.
Tout est possible, à condition d'être suffisamment insensé.

#166 td26

td26

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Posté 18 avril 2012 à 20:04

Voir le messagerené, le 17 avril 2012 à 22:10, dit :

Voir le messagetd26, le 17 avril 2012 à 20:56, dit :
Bravo atrahasis pour ce topic qui et toutefois pas facile à décortiquer mais néanmoins très intéressant, en attendant la suite ....

Reflexion à partir du chapitre 25 de l'Exode,
" Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier d'or pur, d'une seule pièce, une branche centrale et trois de chaque côté " , Ce chandelier et la Menorah.
- pourquoi Dieu demande de fabriqué un objet dans cette matière, l'or ? L'or qui n'est que convoitise !
Pas logique de la part de Dieu ....

Citation
il y a 2 dieux dans la Bible : le dieu des prophètes et le dieu des dirigeants et des prêtres (et celui-là
est Baal).
Pourquoi l'or ? Parce qu'il est un excellent conducteur d'électricité et de plus inoxydable
donc parfait pour en faire une antenne HF de réception. Le lavage de cerveaux est bien antérieur à la télévision.

Comprend pas, désolé ! ma question et con ou quoi , c'est ironique ?
Peut tu t'expliquer stp, Merci
Il ne faut jamais désespérer, la vie et un combat !

#167 rené

rené

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Posté 18 avril 2012 à 23:02

Voir le messagetd26, le 18 avril 2012 à 20:04, dit :

Voir le messagerené, le 17 avril 2012 à 22:10, dit :

Voir le messagetd26, le 17 avril 2012 à 20:56, dit :
Bravo atrahasis pour ce topic qui et toutefois pas facile à décortiquer mais néanmoins très intéressant, en attendant la suite ....

Reflexion à partir du chapitre 25 de l'Exode,
" Dieu demande à Moïse de réaliser un chandelier d'or pur, d'une seule pièce, une branche centrale et trois de chaque côté " , Ce chandelier et la Menorah.
- pourquoi Dieu demande de fabriqué un objet dans cette matière, l'or ? L'or qui n'est que convoitise !
Pas logique de la part de Dieu ....

Citation
il y a 2 dieux dans la Bible : le dieu des prophètes et le dieu des dirigeants et des prêtres (et celui-là
est Baal).
Pourquoi l'or ? Parce qu'il est un excellent conducteur d'électricité et de plus inoxydable
donc parfait pour en faire une antenne HF de réception. Le lavage de cerveaux est bien antérieur à la télévision.

Comprend pas, désolé ! ma question et con ou quoi , c'est ironique ?
Peut tu t'expliquer stp, Merci
Volontiers !

Ce site :http://www.morpheus....p.php?article20
où il est question de l'arche d'alliance est excellent pour éviter de prendre des vessies pour des lanternes.
Tout est possible, à condition d'être suffisamment insensé.

#168 atrahasis

atrahasis

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Posté 19 avril 2012 à 06:04

@rené

Je pense qu’il vaut mieux rester dans un cadre purement symbolique L’or est le métal associé au soleil.

Je ne connaissais pas la théorie proposée dans le lien, il est possible que l’Arche se comporte comme un puissant condensateur électrique, cela expliquerait le foudroiement des philistins, mais au-delà cette théorie soulève des problèmes. Est-il possible que le champ électrique de l’arche puisse faire tomber à la renverse la statue de Dagon, probablement construite d’airain ?

Les branches de la Ménorah ne sont pas des antennes. Il est dit plus haut qu’elle devait brûler sans cesse, son feu était entretenu. Non, la Ménorah a plutôt un rapport avec l’arbre de vie, en tout cas elle exprime la même idée.

Enfin je pourrai oser qu’il omet de parler de la nuée qui a guidé les hébreux dans le désert, que tout le monde pouvait voir, et qui s’arrêtait au-dessus de la tente d’assignation lorsque Moïse s’adressait à Yavhé. Ca me semble important pour comprendre d’où vient la voix. L’article s’égare forcément en suivant cette logique E.T. / technologique, qui n’est d’ailleurs pas compatible avec notre sujet.

L’arche est citée une fois dans le Coran :
Sourate 2 v247-248
Et leur prophète leur dit: «Voici qu’Allah vous a envoyé Ṭālūt (Saül) pour roi.» Ils dirent: «Comment règnerait-il sur nous? Nous avons plus de droit que lui à la royauté. On ne lui a même pas prodigué beaucoup de richesses!» Il dit: «Allah, vraiment l’a élu sur vous, et a accru sa part quant au savoir et à la condition physique.» - Et Allah alloue Son pouvoir à qui Il veut. Allah a la grâce immense et Il est Omniscient. (247) Et leur prophète leur dit: «Le signe de son investiture sera que le Coffre va vous revenir; objet de quiétude inspiré par votre Seigneur, et contenant les reliques de ce que laissèrent la famille de Moïse et la famille d’Aaron. Les Anges le porteront. Voilà bien là un signe pour vous, si vous êtes croyants!

Dans l’Islam l’arche est bien moins terrifiante, elle tient le rôle de contenant, elle est traduite par « coffre » ici. L’important est ce qui se trouve à l’intérieur.

Mais bon après tout, l’histoire de cette arche reste teintée de mystère.

#169 ishtar

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Posté 19 avril 2012 à 07:38

dans "Arche d'Alliance" je trouve que l'on oublie trop souvent le mot "alliance"

je connaissais la théorie du condensateur....je pense que cela se rapproche de la "vérité"

mais ne pas oublier la notion d'alliance ,au-delà du jeu de mot que l'on pourrait faire concernant les métaux je pense surtout à un traité,une "entente"

#170 atrahasis

atrahasis

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Posté 20 avril 2012 à 16:16

Je vous conseille de prendre le temps de lire la suite, parce que j’y ai condensé plusieurs idées afin d’accélérer dans ma démonstration. Mais rassurez-vous, je resterai le plus explicite possible et éventuellement ce qui viendra après pourra venir compléter.

A priori, nous aurions pu expliquer le message de la Bible comme puisant sa source dans les démêlées de Adam et Eve avec Satan, puis, à travers la chaîne d’une transmission orale, le récit se serait vu largement complété des expériences de leur descendance avec le divin, dans une conception floue qui aurait permis l’intégration d’éléments d’autres croyances.  Mais à vrai dire ce n’est pas simple. Les trois religions monothéistes et les textes insistent sur l’idée de la ‘révélation’ et la croyance aux anges, messagers de Dieu, qui sont les porteurs du message, intermédiaires entre Dieu et les hommes. Le Coran a été révélé par l’Ange Gabriel à Muhamad. Marie, la mère de Yeshoua, a reçu la visite de Gabriel avant de porter en son ventre le messie. Daniel s’entretenait avec l’ange Michaël. Abraham reçu la visite de deux (ou trois?) anges. Saint Jean a écrit l’Apocalypse sous la dictée d’un ange… etc Quand il n’est pas nommé, il est simplement désigné comme étant l’ange ou l’esprit de Dieu.

C’est cette étude que je vais à présent partager avec vous. Cela dit sachez que j’ai hésité avant de livrer cette interprétation, car si elle me semble cohérente dans son ensemble, il persiste tout de même certains doutes (et une mauvaise lecture peut être critique ici). C’est là que je ferai appel à votre sagacité pour me dire si je fais erreur ou pas ;-) Cela dit j’estime que la suite se situe suffisamment dans le vrai. J’ai d’ailleurs choisi d’écourter ce thème du monothéisme, afin que terminé, nous puissions revenir intégralement vers notre sujet principal, et vous verrez les choses se mettre en place d’une manière étonnante (c’est promis ^^).

Bien. Lorsque je vous disais que les conceptions du divin chez les hébreux étaient floues, c’est encore plus évident lorsqu’on constate qu’ils aient pu confondre Dieu avec… un ange !
Exemples de cette confusion dans le texte  :

"Et Moïse faisait paître le bétail de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian. Et il mena le troupeau derrière le désert, et il vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson à épines ; et il regarda, et voici, le buisson était tout ardent de feu, et le buisson n’était pas consumé.
Et Moïse dit : Je me détournerai, et je verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas.
Et l’Éternel (Yahweh) vit qu’il se détournait pour voir ; et Dieu l’appela du milieu du buisson, et dit : Moïse ! Moïse ! Et il dit : Me voici.
Et il dit : N’approche pas d’ici ; ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
Et il dit : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Et Moïse cacha son visage, car il craignait de regarder vers Dieu."
(Exode 3; 1-6)

-----> Ici il est bien dit que c'est l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) qui apparut dans le feu ... et pourtant un peu plus loin il est dit que c'est Dieu lui-même qui était dans le feu.

"...11 Et un ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) vint, et s’assit sous le térébinthe qui est à Ophra, lequel était à Joas, l’Abiézerite. Et Gédéon, son fils, battait du froment dans le pressoir, pour le mettre en sûreté de devant Madian.
12 Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) lui apparut, et lui dit : L’Éternel (Yahweh) est avec toi, fort et vaillant homme.
13 Et Gédéon lui dit : Ah ! mon seigneur, si l’Éternel (Yahweh) est avec nous, pourquoi donc toutes ces choses nous sont-elles arrivées ? Et où sont toutes ses merveilles que nos pères nous ont racontées, en disant : L’Éternel (Yahweh) ne nous a-t-il pas fait monter hors d’Égypte ? Et maintenant l’Éternel (Yahweh) nous a abandonnés, et nous a livrés en la maigan de Madian.
14 Et l’Éternel (Yahweh) le regarda, et dit : Va avec cette force que tu as, et tu sauveras Israël de la main de Madian. Ne t’ai-je pas envoyé ?....
.......
21 Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) étendit le bout du bâton qu’il avait en sa main, et toucha la chair et les pains sans levain ; et le feu monta du rocher et consuma la chair et les pains sans levain. Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) s’en alla de devant ses yeux.
22 Et Gédéon vit que c’était un ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh), et Gédéon dit : Ah ! Seigneur Éternel (Yahweh), si c’est pour cela que j’ai vu l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) face à face !
23 Et l’Éternel (Yahweh) lui dit : Paix à toi ; ne crains point, tu ne mourras pas."
  (Juges 6)

------> On voit bien ici que c'est l'Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) qui parle à Gédéon ... pourtant il est dit aussi que c'est Dieu lui-même qui regarde Gédéon. et qui le rassure à la fin

"3 Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) apparut à la femme, et lui dit : Voici, tu es stérile et tu n’enfantes pas ; mais tu concevras, et tu enfanteras un fils....
.....
8 Et Manoah supplia l’Éternel (Yahweh), et dit : Ah, Seigneur ! que l’homme de Dieu que tu as envoyé, vienne encore vers nous, je te prie, et qu’il nous enseigne ce que nous devons faire au jeune garçon qui naîtra.
9 Et Dieu exauça la voix de Manoah ; et l’Ange de Dieu vint encore vers la femme, comme elle était assise aux champs, et Manoah, son mari, n’était pas avec elle.
10 Et la femme se hâta et courut et rapporta à son mari, et lui dit : Voici, l’homme qui était venu vers moi l’autre jour m’est apparu....
......
17 Et Manoah dit à l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) : Quel est ton nom, afin que nous t’honorions, quand ce que tu as dit arrivera ?
18 Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) lui dit : Pourquoi demandes-tu mon nom ? Il est merveilleux.
19 Et Manoah prit le chevreau et le gâteau, et il les offrità l’Égaternel sur le rocher. Et il fit une chose merveilleuse, tandis que Manoah et sa femme regardaient.
20 Et il arriva que, comme la flamme montait de dessus l’autel vers les cieux, l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) monta dans la flamme de l’autel, Manoah et sa femme regardant ; et ils tombèrent sur leurs faces contre terre.
21 Et l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh) n’apparut plus à Manoah, ni à sa femme. Alors Manoah connut que c’était l’Ange de l’Éternel (Mal'âkh Yahweh).
22 Et Manoah dit à sa femme : Nous mourrons certainement, car nous avons vu Dieu..."
  (Juges 13)

-----> Ici aussi l'Ange de Yahweh (Mal'âkh Yahweh) semble bien distinct de Dieu qui l'envoit ... pourtant Manoah dit bien que c'est Dieu qu'il a vu.

http://atil.ovh.org/...phere/anges.php

Il y a comme une insistance chez ces hébreux à voir Dieu partout… Ca créé la confusion dans les esprits.

C’est en contradiction avec le Coran qui nous dit qu’aucun vivant n’a pu voir Allah ; mais que nous rencontrons notre créateur qu’une fois après notre mort. De même je doute que quiconque ait pu avoir un véritable dialogue en face à face avec Dieu lui-même. Toutes les conceptions théologiques sont claires sur le rôle des anges comme intermédiaires. Ces hébreux n’ont donc pas pu voir Dieu, ni lui parler directement : mais il s’agissait plus probablement d’un ange messager.

Sourate 22.75
Allah choisit des messagers parmi les Anges et parmi les hommes.

Il apparaît ainsi que le porteur du message puisse avoir été pris pour Dieu. Ce qui explique des tournures de phrase de type « Et l’Éternel apparut à Abraham », ou « Dieu dit à Moïse »… etc
Vu sous cet angle, nous pouvons donner un autre sens de lecture de la Bible en supposant que la révélation de la Torah s’est effectuée de manière similaire à la révélation du Coran, par l’intermédiaire de l’ange ou de l’esprit de Dieu comme il figure dans les textes.

Le rôle de l’ange est très présent dans le Nouveau Testament :

Actes 8:26 Un ange du Seigneur, s’adressant à Philippe, lui dit: Lève-toi, et va du côté du midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, celui qui est désert.

Matthieu 2:13 Lorsqu’ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr.

Etc.

Apparemment, l’ange peut se rencontrer sous deux formes :

----   soit sa rencontre se déroule lors d’un songe (l’ange y tient notamment le rôle de guide) :

Ezékiel 11:24 L’esprit m’enleva, et me transporta en Chaldée auprès des captifs, en vision par l’esprit de Dieu; et la vision que j’avais eue disparut au-dessus de moi.

Il est nécessaire ici de développer. Le songe est la manière dont Dieu s’adresse aux prophètes :

Nombres 12:6 Et il dit: Écoutez bien mes paroles! Lorsqu’il y aura parmi vous un prophète, c’est dans une vision que moi, l’Eternel, je me révélerai à lui, c’est dans un songe que je lui parlerai.

Job 33:14/15  Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, Tantôt d’une autre, et l’on n’y prend point garde.
Il parle par des songes, par des visions nocturnes, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Quand ils sont endormis sur leur couche.


Genèse 15:1  Après ces événements, la parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit: Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande.

Daniel 2:19 Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision pendant la nuit. Et Daniel bénit le Dieu des cieux.

Etc.

C’est ici qu’il faut commencer à parler de voyage astral. Chacun aura sûrement déjà entendu parler de ce plan, de cet état de l’esprit. A mon avis le songe est une forme de sortie astrale. C’est dans cet état que les anges peuvent s’adresser à nous, dans ce plan spirituel. Notez cependant qu’ici « c’est l’ange qui s’adresse » et le prophète n’a rien fait pour provoquer cette rencontre, c’est important. Le songe lequel il faut différencier de l’ascension céleste, qui est aussi un voyage astral, mais poursuivant un but différent. Il me semble que certains récits de songe / sortie astrale aient pu être interprétés comme une ascension céleste à partir du récit biblique, mais c’est une autre question bien difficile celle-là, quand il est clairement affirmer dans le texte que de célèbres patriarches tels que Énoch ou encore Élie sont « montés aux cieux ». Mais on a vu par exemple dans le cas de l’Isra et Miraj qu’un tel récit a pu être affublé sans preuve évidente au prophète Muhamad par une influence perse, ce que le prophète n’a sans doute pas fait. C’est encore un autre débat qui nous mènerait à nous demander si le prophète était un possédé, allégation souvent posée alors que pourtant clairement démentie dans le texte :

Quand ils t’écoutent et qu’ils chuchotent entre eux, les injustes disent: «Vous ne suivez qu’un homme ensorcelé». (47) Vois ce à quoi ils te comparent! Ils s’égarent donc et sont incapables de trouver un chemin (vers la vérité).
S17 v47-48

Rappelle donc et par la grâce de ton Seigneur tu n’es ni un devin ni un possédé.
S52 v29

Certes, avec plus de temps nous pourrions considérer les ascensions célestes des patriarches, mais bon pour l’instant je ne suis pas totalement convaincu de l’interprétation à y apporter. Peut-être certains patriarches ont-ils été initiés (comment le prouver avec toutes ces erreurs? Ex : l’erreur de traduction pour les cornes de Moïse), mais surtout je préfère garder la ligne conductrice du sujet et conserver l’idée qu’elles sont des allégations fondées sur des éléments mal interprétés et d’un concept erroné, mais cependant fort et poétique ayant marqué l’époque.

En tout cas la sortie astrale était connue des anciens hébreux, quelque soit son but, et probablement elle aussi mal connue car pas vraiment pratiquée. Ainsi par exemple ce passage du Testament d’Abraham (ceci dit un apocryphe) l’exprime clairement : « Alors le chef-capitaine se leva et sortit comme poussé par la contrainte de son ventre pour faire la sortie d’eau et monta au ciel en un clin d’œil et se tint devant le seigneur et dit : (…) »

Je pense encore à la nudité d’Adam après le péché. Cette nudité pourrait signifier qu’il est « nu de corps » : il est dévêtu du vêtement du corps ; il se voit en esprit. Ce derrière quoi il y a l’idée d’une ascension aux cieux. Rappelez-vous que le Coran nous parle des «  chuchotements de Satan » que Adam pouvait désormais entendre. Cela montre en d’autres termes que son 3e œil est ouvert ; il a acquis cette perception (vue de l’esprit) parce que Satan est en lui / le possède. Ces éléments sont rendus obscurs dans le récit ou pas toujours exprimés.


----   soit celui-ci prend l’apparence d’un homme et la rencontre est bien physique

Abraham a vu de ses yeux les trois hommes qui approchaient de sa tente : Genèse 18:1 L’Eternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
Moïse aussi a vu physiquement la vision du buisson : Exode 3:2 L’ange de l’Eternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
Ainsi que Gédéon : Juges 6:12 L’ange de l’Eternel lui apparut, et lui dit: L’Eternel est avec toi, vaillant héros!

http://www.pasteurwe...onsEtSonges.htm

Il y a aussi ce hadith bien connu :

Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) a dit :Alors que nous étions assis auprès du Messager d'Allah, -à lui bénédiction et paix d'Allah-, apparut devant nous un homme aux vêtements d'une blancheur éclatante et aux cheveux très noirs. On ne voyait sur lui aucune trace de voyage et(pourtant,) aucun d'entre nous ne le connaissait. Il s'assit face au Prophète -à lui bénédiction et paix d'Allah-, appuyant ses genoux contre ceux du Prophète et posant ses deux mains sur les cuisses du Prophète; puis il dit :"O Mohammad ! Informe-moi au sujet de l'Islam." Le Messager d'Allah -à lui bénédiction et paix d'Allah- répondit : "L'Islam consiste à ce que tu témoignes qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah et que Mohammad est le Messager d'Allah, que tu accomplisses parfaitement la salât que tu t'acquittes de la Zakâ, que tu jeûnes (durant le mois de) Ramadan et que tu fasses le grand pèlerinage de la Maison (Sacrée) si tu as les moyens de t'y rendre." Il (le visiteur) dit : "Tu as dit vrai." Nous fûmes étonnés par son attitude : Il le questionnait pour confirmer ses dires… L'homme poursuivit en ces termes : "Informe-moi au sujet de la foi (al-imân)." Le Prophète (SallaAllah `Alaihi Wa Sallam) répondit : "Elle consiste à ce que tu apportes foi à Allah, à Ses anges, à Ses livres, à Ses Messagers, au Jour Dernier et que tu croies à la prédestination avec ses (aspects) de bien et de mal." Il répliqua :"Tu as dit vrai." Puis, il ajouta : "Informe-moi au sujet de la Bienfaisance (al-'ihsân)." Le Prophète (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) dit : "(L'ihsân consiste) à ce que tu adores Allah comme si tu Le voyais, car si toi tu ne Le vois pas, Lui, certes, te voit." Il poursuivit : "Informe-moi au sujet de l'Heure." Il (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) répondit : "Le questionné n'en sait pas plus à ce sujet que celui qui interroge." Il dit : "Alors informe-moi au sujet de ses signes (annonciateurs)." Il (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) répondit : "(L'Heure surviendra lorsque) la servante engendrera sa maîtresse, que tu verras les va-nu-pieds, dénudés, miséreux, gardiens de troupeaux rivaliser (en hauteur) dans les constructions." `Omar (qu'Allah soit satisfait de lui)raconte : Puis il partit. Je restai un instant (ainsi, sans savoir de qui il s'agissait…) Puis, il (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) me dit : "O `Omar Sais-tu qui était celui qui (m') interrogeait ?" Je dis : "Allah et Son Messager savent mieux." Il (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) dit :"C'était Djibrîl (Gabriel). Il est venu vous enseigner votre religion".
les deux Sahîhs, d'après Ibn `Omar

A suivre…

Ce message a été modifié par atrahasis - 20 avril 2012 à 16:24.


#171 atrahasis

atrahasis

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Posté 27 avril 2012 à 17:20

Les Anges

En latin ‘angelus’
En grec ‘angelos’ (messager)
En hébreu ‘Malakh’ (messager)
En arabe ‘Malak’ (issu de l’hébreu)

La racine ‘M.L.K’ du mot mérite de s’y arrêter.

Hébreu : melek מלך roi
malak מלך régner
Arabe : malaka ملك posséder
malik ملك roi
C'est la même racine dans les deux langues (quand on n'écrit pas les voyelles, les deux mots sont à l'écrit identiques) : MLK notion de royauté, puissance, possession, etc
La racine est usitée de façon générale dans les langues sémitiques : ex., phénicien mlk, roi, ; akkadien malkum prince, roi.

Il semble qu’en réalité la racine concrète du mot serait plutôt ‘L’K’ (je laisse les experts en décider):

Hébreu : la'ak לאך envoyer
mal'ak מלאך envoyé, "ange"
arabe : mal'ak, ‘ange ‘
La racine est usitée en hébreu L'K, notion d'envoi, de mission, etc. le mot arabe est un emprunt à l'hébreu.
http://projetbabel.o...pic.php?t=10111

De la même racine :
mamelouk est un emprunt à l'arabe d'Égypte mamluk, « esclave blanc, mamelouk » (littér. « le possédé », mamluk étant le part. passif du verbe malaka « posséder »), d’une racine sémitique m-l-k (notions de pouvoir, d’autorité).
moloch est un emprunt au gréco-latin Moloch, et celui-ci à l'hébreu Molekh, nom du dieu des Ammonites, à qui l'on offrait des sacrifices humains. Mot phénicien signifiant « celui qui règne » ; cf. hébreu melk et arabe malik, « roi, chef ». (NB Aucun rapport avec molosse.)
et
melchite est un emprunt au grec Melchitai ou au lat. Melchitae « id. », et ceux-ci adaptés du syriaque malkåye, « royalistes (c'est-à-dire partisans de l'empereur Marcien) », dér. de malkå, « roi ».

Les conceptions angéliques des trois monothéismes étant fortement identiques, nous partirons de la croyance musulmane. Le Coran est certainement le plus détaillé à ce sujet, et la croyance musulmane s’est constituée fort riche, emprunte de diverses croyances. Cela dit nous entrons immédiatement dans un vaste domaine où se retrouvent beaucoup de croyances populaires et il est souvent difficile d'en tirer la part des choses.

Les anges ont fait descendre le Coran
S15 v 6-12
Et ils (les mecquois) disent: «Ô toi sur qui on a fait descendre le Coran, tu es certainement fou! (6) Pourquoi ne nous es-tu pas venu avec les Anges, si tu es du nombre des véridiques?» (7) Nous ne faisons descendre les Anges qu’avec la vérité; et alors, il ne leur sera pas accordé de répit [à ces impies]. (8 ) En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien(3). (9) Et nous avons certes envoyé, avant toi, [des Messagers] parmi les peuples des Anciens(4). (10) Et pas un Messager ne leur est venu sans qu’ils s’en soient moqués. (11) C’est ainsi que Nous faisons pénétrer (la mécréance) dans les cœurs des coupables. (12) Ils ne croiront pas en lui [le Messager ou le Coran] bien que se soit accompli le sort traditionnel des anciens.

La révélation du prophète de l’Islam dans la grotte de Hira :
http://www.sajidine..../revelation.htm

Citation

Leurs traits physiques les plus importants :

Premièrement : Les ailes des Anges

Les Anges ont des ailes, comme nous en a informés Allah le Très-Haut. Parmi eux, il y a ceux qui ont deux ailes, ceux qui en ont trois ou quatre et ceux qui en ont davantage :
« Louange à Allah, créateur, sans modèle préétabli, des cieux et de la terre qui fit des Anges Ses messagers dotés de deux, trois ou quatre ailes. Il ajoute à Sa création ce qu'Il veut, car Allah a pouvoir sur toute chose. » [Coran 35.1]

Deuxièmement : La beauté des Anges

Allah les a créés dans des formes belles et généreuses, comme le Très-Haut l'a dit à propos de Gibril :
« Un être puissamment doué l'a initié. Un être d'une vigueur inouïe qui lui apparut. » [Coran 53.5-6]

Il a été convenu chez les gens de qualifier les Anges de beaux, comme il a été convenu de qualifier les démons de laids. C'est pourquoi les gens disent d'un bel homme qu'il ressemble à un ange :

« Lorsqu'elles l'eurent contemplé (Joseph), elles furent si émerveillées de sa beauté qu'elles s'en taillèrent les mains. Ô Allah! s'écriaient-elles. Ce ne peut être un mortel, mais un Ange de toute perfection. » [Coran 12.31]

Troisièmement : ils ne peuvent être qualifiés ni de masculins ni de féminins

Les polythéistes arabes prétendaient que les Anges sont du genre féminin et qu'ils sont des filles d'Allah.

« Interroge tes concitoyens! Trouvent-ils tout naturel que ton Seigneur n'ait que des filles quand eux-mêmes ne recherchent pour enfants que des garçons ? Aurions-nous donc créé les Anges sous leurs propres yeux les faisant de sexe féminin ? Ils vont affirmer dans leur imposture : « Allah a engendré! » Ils ne font en vérité que blasphémer. » [Coran 37.149-152]

« Ils ont fait des Anges, serviteurs du Miséricordieux, des êtres féminins. Ont-ils été témoins de leur création ? Leur témoignage sera consigné et ils auront à en répondre. » [Coran 43.19]

Quatrièmement : Ils ne mangent pas, ni ne boivent

Les anges n'ont besoin ni de nourriture, ni de boisson humaines.

« Le récit des hôtes d'Ibrahim, si généreusement accueillis, t'est-il parvenu? ... Il servit le plat à ses hôtes. Quoi! s'étonna Ibrahim. N'en mangerez-vous pas ? Il s'en effrayait en lui-même, quand les inconnus lui dirent : n'aie pas peur! Et ils lui annoncèrent une heureuse nouvelle, la naissance d'un fils (Isaac) bien doué. » [Coran 51.24]

Et dans un autre verset : Voyant que leurs mains n'y touchaient pas, il fut pris de soupçons à leur endroit et en eut peur. « Ne crains rien, lui dirent-ils. Nous sommes envoyés vers le peuple de Loth. » (Coran 11.70)

Cinquièmement : Ils ne s'ennuient pas et ne se fatiguent nullement

Les Anges sont chargés de l'adoration d'Allah, de Lui obéir et d'exécuter Ses Ordres sans épuisement ni ennui, tout en n'étant nullement touchés par ce qui affecte les humains. Allah le Très-Haut a dit dans la description de Ses Anges :
« Ils Le glorifient nuit et jour, sans relâche. » [Coran 21.20]

Dans un autre verset : « Si, tout enflés d'orgueil, les hommes refusent de L'adorer, ceux du moins qui sont auprès de Lui, ne cessent, nuit et jour, de célébrer Ses louanges, sans se lasser. » [Coran 41.38]

Sixièmement : les lieux d'habitation des Anges

Les demeures des Anges et leurs habitations se situent au ciel, comme l'a dit le Très-Haut :
« Peu s'en faut que les cieux ne s'affaissent depuis leur faîte sous Sa grandeur, tandis que les Anges y glorifient leur Seigneur, implorant Sa faveur pour ceux qui sont sur terre. » [Coran 42.5]

Et ils descendent sur terre par ordre d'Allah pour accomplir les missions dont ils sont chargés et à qui elles incombent :

« Nous ne descendons que sur l'ordre de ton Seigneur qui Seul régente notre destin passé, présent et à venir. Et ton Seigneur n'oublie rien. » [Coran 19.64]

Septièmement : le nombre des Anges

Le nombre des Anges est considérable et Seul Leur Créateur le connaît :

Gibril à propos d'Al-Beït Al-Ma'mour (« la Demeure peuplée »), situé au septième ciel, lorsque le Messager l'a interrogé à ce propos lors du Voyage Nocturne (Al-Isrâ) : « Soixante-dix mille Anges y entrent chaque jour, et ils ne reviennent jamais (...) ». [Boukhari et Mouslim]

Mouslim, dans son Sahih, rapporte que le Messager d'Allah a dit : « On fait venir la Géhenne, ce jour là, avec soixante-dix mille rênes. A chaque rêne, il y a soixante-dix mille Anges. »

Autrement dit, ceux qui ramènent la Géhenne, le jour du Jugement Dernier, sont au nombre de quatre milliards neuf cents millions. Et si tu contemples les textes relatifs aux Anges, qui s'occupent de l'homme, tu sauras leur grand nombre ; car il y a un Ange chargé du liquide de la procréation, deux Anges pour écrire les oeuvres de chaque être humain, des Anges pour le protéger et un Ange-gardien pour l'orienter et le guider, comme nous le verrons plus loin.

Huitièmement : les noms des Anges

Les Anges ont des noms dont nous ne connaissons que peu. Voici les versets qui évoquent les noms de certains Anges :

Gibril (Gabriel) : Il est l'ange de la Révélation et celui qui a suivi le Prophète durant toute sa mission.

Gibril est l'Esprit dévoué cité dans les versets suivants :
« Que l'Esprit de fidélité est venu de Là-Haut déposer en ton coeur, afin que tu sois un Avertisseur parmi tant d'autres. » (Coran 26.193-194)
« Sur ordre de leur Seigneur, les Anges et l'Esprit y descendent tout régler sur la terre. » (Coran 97.4)

Mikail (Michael) : « Quiconque est ennemi d´Allah, de Ses anges, de Ses messagers, de Gabriel et de Michaël... [Allah sera son ennemi] car Allah est l´ennemi des infidèles. » (Coran 2.98)

Ibn Kathir dit dans Al-Bidaya wa an-nihaya : la pluie et les plantes dont résultent les moyens de vie des gens dans le monde d'ici-bas sont confiées à Mikail qui a des assistants exécutant ces ordres qu'il reçoit, à son tour, de son Seigneur. Ils détournent le vent et les nuages selon la volonté du Seigneur l'Omnipotent.

Israfil (Raphael) : Il est chargé de souffler à deux reprises dans la trompe à la fin des Temps.

« Et on soufflera dans la Trompe, et voilà que ceux qui seront dans les cieux et ceux qui seront sur la terre seront foudroyés, sauf ceux qu´Allah voudra [épargner]. Puis on y soufflera, et voilà debout à regarder. » [Coran 39.69]

Malik : Il est le gardien de l'Enfer.

« Ils s'écrieront : ô Mâlik! que ton Maître, une fois pour toutes, nous livre au néant! Mais l'Archange leur répondra : vous êtes ici à jamais ! » [Coran 43.77]

Ridhwâne : Il est le gardien du Paradis. Il est cité explicitement par certains Hadiths.

Mounker et Nakir : Il y a deux Anges que le Messager a nommés Mounker et Nakîr. Ils sont abondamment cités dans les Hadiths relatifs aux interrogatoires de la tombe.

Haroute et Maroute : Il y a deux Anges qu'Allah a nommés Haroute et Maroute. Le Très-Haut a dit :

« Souleiman ne commit pas d'impiété ; les démons seuls en furent coupables. Ce furent eux qui enseignèrent aux hommes les pratiques de sorcellerie, selon des rites remontant aux deux Anges Hâroûte et Mâroûte, jadis initiés à Babylone. Ceux-ci prenaient soin d'avertir tout futur disciple : nous ne sommes là que pour tenter les hommes. Aussi prends garde d'être impie. » [Coran 2.102]

Il apparaît du contexte du verset qu'Allah les a envoyés comme épreuve pour les gens, à une époque donnée. On constate qu'on a tissé autour d'eux, dans les livres d'exégèse des sourates coraniques et dans les livres d'histoire, toute une mythologie, qui n'a rien à avoir avec le Coran et la Sunna. Il suffit pour les connaître de se référer aux versets majestueux.

Azrail : Certaines sources évoquent le nom de 'Azraîl, l'Ange de la mort, mais ce nom ne figure ni dans le Coran ni dans les Hadiths véridiques.

Neuvièmement : les Anges meurent-ils ?

Les Anges meurent à l'instar des humains et des djinns, et ceci est explicite dans la Parole du Très-Haut :
« Et on soufflera dans la Trompe, et voilà que ceux qui seront dans les cieux et ceux qui seront sur la terre seront foudroyés, sauf ceux qu´Allah voudra [épargner]. Puis on y soufflera, et voilà debout à regarder. » [Coran 39.68]

Les Anges sont inclus dans ce verset, parce qu'ils sont dans le ciel. « Tout doit périr, excepté Sa Face. » [Coran 28: 88]

Y a-t-il des anges qui mourraient avant le souffle dans la Trompe ? Ceci nous ne le savons pas, et nous ne pouvons disserter dans ce domaine, compte tenu de l'inexistence sur ce point de textes affirmatifs ou négatifs.

2. Les caractéristiques morales

Les Anges sont généreux et vertueux

Allah a décrit les Anges comme étant généreux et pieux : « Vraiment ceci est un rappel ... consigné dans des feuilles honorées élevées, purifiées, entre les mains d´ambassadeur, nobles, obéissants » [Coran 80.15] c'est-à-dire que le Coran est entre les mains de messagers, en l'occurrence, les Anges.

Boukhari rapporte que'Aïcha - qu'Allah soit satisfait d'elle - a dit : le Messager d'Allah a dit : « Celui qui lit le Coran alors qu'il l'a appris par coeur se trouve avec les envoyés généreux et pieux, et celui qui le lit laborieusement a deux récompenses. » [Boukhari et Mouslim]

La pudeur des Anges

L'un de leurs traits moraux dont le Messager nous a informés est incontestablement la pudeur. Mouslim dans son Sahih rapporte que 'Aïcha a dit : le Messager était couché sur son flanc, dans sa maison, dénudant ses pieds et ses jambes, lorsque Abou Bakr demanda l'autorisation d'entrer. Il l'autorisa, tout en restant dans cette posture, puis vint le tour de 'Omar qu'il autorisa, sans changer de position, avant que 'Othmane ne demande la permission d'y entrer. Alors le Messager s'assoit complètement et rassemble ses habits, puis ('Othmane) entra et prit part à la discussion. Lorsqu'il fut dehors, 'Aïcha lui dit : Abou Bakr entra, tu n'as pas été chaleureux avec lui, et tu es resté indifférent à son encontre, puis 'Omar entra, et tu n'as pas été chaleureux avec lui et tu es resté indifférent à son encontre, puis 'Othmane entra, alors tu t'es assis conventionnellement et tu as rassemblé tes vêtements. Il lui répondit : « Comment ne pouvais-je pas faire montre de pudeur face à celui devant qui les Anges font preuve de pudeur. » [Mouslim]

http://islammedia.fr.../foi-anges.html

Nous voyons ce que l’on pourrait qualifier d’une certaine naïveté dans les croyances musulmanes, comme ici :

Citation

Les anges de le Coran

Introduction

D'après le Coran et les Hadith, il y a différentes sortes d'Anges, et chacun est responsable de chaque catégories de créatures. Dieu (qu'Il soit exalté) leur donna pour mission la responsabilité des montagnes. Les nuages et la pluie sont également sous la responsabilité des Anges. Le soleil et la lune sont également sous la responsabilité d'une certaine catégorie d'Anges. Les planètes sont sous le soin des Anges, qui les meuvent.

Certains Anges sont responsables de la rencontre du spermatozoïde et de l'ovule, jusqu'à la création d'un bébé. Et d'autres Anges se chargent de la protection de chaque être humain : Ce sont les Anges gardiens. D'autres encore pour noter chaque action et sa comptabilité. Pour la mort, il y a une catégorie d'Anges. Dans la tombe, une classe d'Anges joue le rôle d'inquisiteur. Le feu de la Géhenne est entretenu, par les gens qui lui sont destinés, ils sont sous la responsabilité des Anges de l'Enfer. L'aménagement du Paradis, les fleuves qui y coulent, ses plantations se sont encore des Anges.

Ibn Qayim El Jawzya

Parmi eux il y des Anges de la Miséricorde et ceux du châtiment, des responsables du transport du trône (de Dieu). D'autres séjournent dans les cieux pour la prosternation, l'invocation et la glorification de Dieu. Le nombre des Anges n'est comptabilisé que par Dieu l'Unique. La signification du terme Ange, montre que c'est un envoyé exécuteur aux ordres d'une autre entité. Il ne peut absolument rien, et ne désobéit à aucun ordre provenant de Dieu le Tout-Puissant.

Ibn Qayim El Jawzya dit au sujet de la nécessité de croire à l'existence des Anges : « Tout ce qui se passe dans le monde, qu'il soit visible ou invisible est le fait des Anges agissant sous l'ordre de Dieu. Il affirme que ce sont des intermédiaires chargés de missions bien définies. Ainsi, certains sont chargés du soleil, de la lune, des étoiles et des astres, d'autres s'occupent de la pluie, des nuages, d'autres encore des plantes, d'autres des animaux, d'autres de la mort, un groupe est chargé des montagnes, un autre des êtres humains afin de recenser leurs actions, alors qu'un autre groupe a pour charge de noter les bonnes et mauvaises actions, un dernier groupe de la Révélation, pour citer que quelques exemples. Il affirme enfin que toutes ces créatures se caractérisent par leur beauté, leur force et leur totale soumission de Dieu.

Note: On remarque à priori que les anges ont simplement ‘éclipsés’ le rôle généralement attribués aux dieux dans l’antiquité.

Les Anges sont des créatures de Dieu, qui ne peuvent être vues, que par ceux que Dieu choisit à cet effet. Ce sont des créatures bénies de Dieu, créées de lumière, comme en témoigne les versets du Coran et des Hadith du Prophète (Que la Bénédiction et le Salut de Dieu soit sur lui). Ils sont chargés par Dieu d'accomplir certaines tâches bien déterminées. Parmi eux, il y a ceux qui sont préférés de Dieu, tel que Gabriel, Mikaël, Israfil et l'Ange de la mort, alors que d'autres occupent un rang moins important. Tout Croyant se dot de croire en l'existence des Anges, des Génies et des démons ainsi qu'aux mondes invisibles.

De quoi sont fait les Anges ?

Pendant l'ère anté-islamique, les gens avaient coutume de dire que les Anges étaient de sexe féminin. A l'avènement de l'Islam, le Coran est venu rectifier ces revendications en qualifiant les Anges de « Créatures du Très-Miséricordieux ». Aucun sexe ne leur a été attribué. Il est du devoir de tout Musulman de s'arrêter à ce point de la description et de ne pas s'aventurer dans ce qu'il ignore.

Quant à la morphologie des Anges, elle est différente de celles des êtres humains, des génies ou des animaux. Lorsque le Messager de Dieu (Que la Bénédiction et le Salut de Dieu soit sur lui) était à Taef, l'Ange Gabriel, l'un des Anges des montagnes, est apparu pour lui demander s'il voulait qu‘il les écrase entre les deux montagnes entourant la ville, sachant que le volume d'une montagne est colossal.

L‘imam Ahmed rapporte que ‘Abdallah Ibn Messaoud a dit : « L'Ange Gabriel est apparu au Messager de Dieu (Que la Bénédiction et le Salut de Dieu soit sur lui) avec 600 ailes dont chacune couvrait tout l'horizon et dont retombaient des rubis et des perles aux couleurs d'arc-en-ciel. »

Abou Houreira (Que Dieu soit satisfait de lui), rapporte quant à lui, que le Prophète (Que la Bénédiction et le Salut de Dieu soit sur lui) a dit : « Dieu a des Anges qui cherchent à travers le monde les gens de bien. Quand ils trouvent des Croyants invoquant Dieu, ils s'interpellent : ‘Vaquez à vos affaires' et alors ils protègent ces personnes de leurs ailes jusqu'au ciel.»

Les Anges sont des créatures dévouées généreuses et nobles. Leurs qualités, comme leurs actes, reflètent cette noblesse et la pureté de leurs âmes, ce qui fait d'eux des créatures pudiques.

Comment les Anges adorent Dieu ?

Les Anges sont des créatures de Dieu qui n'ont aucune faculté de désobéissance, ayant été créés pour adorer Dieu et pour Lui obéir. Ainsi, Dieu dit :

"..Et ceux qui sont auprès de Lui (les Anges) ne se sentent nullement trop grands pour L'adorer et n'en éprouvent ni ennui ni lassitude. –Ils proclament Sa gloire et Sa pureté la nuit et le jour, sans arrêt." - Sourate 21 - verset 19-20 -

Ou encore : "Ceux qui portent le Trône et ceux qui l'entourent chantent la gloire et la louange de leur Seigneur et croient à Lui." - Sourate 40 - verset 7 -

Ou encore : "Ceux qui sont auprès de Ton Seigneur (les Anges) chantent Sa Gloire de nuit et de jour sans éprouver le moindre ennui." - Sourate 41 - verset 38

http://www.voieducoe...nges_coran.html

Ce que je veux dire est qu’il y a presque systématiquement un euphémisme béat lorsqu’il s’agit des anges. Ceux-ci sont considérés comme des êtres nobles, chastes, purs et parfaits. On nous ferait croire qu’ils sont sans défauts, ce qui n’est pourtant pas toujours le cas. On se rappellera ce verset, qui est aussi la clé de notre démonstration :
S7 v20
Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché - leurs nudités(1) - leur chuchota, disant: «Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des Anges ou d’être immortels».

Qui implique non seulement que l’homme peut devenir un ange,  mais aussi que c’est le diable qui propose à l’homme cette possibilité.

Dés lors il serait sage de se montrer prudent lorsque notre sujet pourrait tout aussi bien s’intituler ‘la conspiration angélique’.

Un premier indicateur à la vigilance est celui-ci :

Similarité des anges avec les djinns

Citation

Avec les anges (malaïka) et les démons (shayâtîn) les djinns forment une sorte de triptyque des entités non-humaines, généralement invisibles mais pouvant être perçues dans certaines conditions particulières. A vrai dire les lignes de démarcation entre ces entités sont parfois estompées ou ambiguës. Les djinns ne sont pas des démons mais il peut cependant arriver qu'ils soient traités ainsi s'ils ont fait du mal. Ainsi Iblis, dont l'équivalent hébreux et chrétien est plutôt Satan, est-il compté parmi les djinns dans le verset 50 de la sourate 18 alors qu'il est compté parmi les anges dans le verset 34 de la sourate 2. Iblis que de nombreux auteurs rapprochent du diabolos grec, ancêtre linguistique du Diable chrétien. De la même manière on sait que certaines confréries, les Gnoua par exemple, utilisent le mot mlouk comme équivalent à djinn alors que l'on peut y reconnaître la même racine (m.l.k.) que celle des anges. Nous reviendrons sur cette question dans un prochain paragraphe. Pour être au plus près des textes nous avons distingué entre les représentations des djinns issues du Coran d'avec celles issues du Hadîth.
(…)

Discours populaires
De la même manière le monde des djinns et celui des humains ne sont pas pensés comme séparés, étanches. Au contraire, il serait peut-être plus juste de dire qu'il s'agit du même monde mais habité par les uns ou les autres à des niveaux différents. Dans l'invisible lui-même, les représentations culturelles ne différencient pas toujours aussi nettement les djinns d'autres entités comme les anges (malaïka), les ghwal (ogres mâles : ghul, ogres femelles : ghula), les ifrit, les mârid, les shayatin. Ces derniers sont cependant généralement conçus comme plus proches des démons et appartenant au groupe d'Iblis. Ce dernier correspond certainement un peu plus au Diable [N3] des chrétiens malgré la proximité phonétique de shaïtân et de Satan. Crapanzano, reprenant d'ailleurs des considérations de Westermarck, a pu écrire :«  "Les saints, les anges et les jnun sont souvent pris en bloc, comme quand l'expression rjal al-blad, qui désigne d'habitude les saints, est employée pour les jnun, et en particulier pour ceux que j'appelle les jnun qui portent un nom.»
(…)

Les djinns et le Coran
Si l'on s'en tient au Coran, la description suivante peut être proposée :
Les djinns ne sont que des créations de Dieu. On ne saurait les considérer comme égaux ou participant directement de sa transcendance. Ils ont été créés de feu subtil, sans fumée et cela avant les hommes qui eux l’ont été en limon et argile. A moins qu’il ne s’agisse de métaphore, les djinns ont un cœur, des yeux et des oreilles. Leur force est supérieure à celle des hommes ainsi que leur vitesse de déplacement qui peut être quasiment instantanée. Ils peuvent produire des objets concrets au regard humain ; c’est ainsi qu’ils ont travaillé pour Salomon.
Les djinns ont de commun avec les hommes d’avoir été créés pour adorer Dieu, d’avoir reçu des prophètes, de pouvoir être des tentateurs, même aux prophètes et, s’ils se sont égarés de subir le châtiment et d’aller en enfer. Ils sont mortels.
Il a pu se trouver que des djinns aient abusé des hommes et que ces derniers aient même adoré des djinns. Entre eux, les relations sexuelles sont possibles. Leur association reste impuissante devant la volonté de Dieu. Les djinns ne peuvent connaître l’inconnaissable même si certains d’entre eux ont écouté le Coran et se sont convertis.

Toute autre précision relèvent nécessairement du Hadîth ou du Tasfîr (commentaires du Coran).

http://patrick.fermi.free.fr/djinn.htm

1) Prenez la description qui précède (en bleu) et remplacez le mot ‘djinn‘ par le mot ‘ange’. Avouez que la concordance est troublante.

2) Il est dit que les anges sont créés de lumières, alors que les djinns sont créés d’un feu sans fumée, ce qui est sensiblement la même chose.

3) Les anges sont souvent cités en complémentarité ou en opposition avec les hommes. Certainement pour évoquer l’antagonisme entre le monde céleste et le monde terrestre ; les anges sont les habitants du ciel tandis que les hommes sont les habitants de la terre. Considéré ainsi les anges deviennent une dénomination parmi d’autres pour désigner ces êtres. Par contre une fois et une seule les 3 ‘espèces’ sont citées dans le même verset :
S34 v39
Et un jour Il les rassemblera tous. Puis Il dira aux Anges: «Est-ce vous que ces gens-là adoraient?» (40) Ils diront: «Gloire à Toi! Tu es notre Allié en dehors d’eux. Ils adoraient plutôt les djinns, en qui la plupart d’entre eux croyaient.

Passage assez obscur. En effet, si Allah suppose que les hommes adorent les anges, pourquoi se tromperait-il ? Après tout Il est l’Omniscient. Et même lui en vient à confondre ces deux espèces. Il semble que la distinction tient particulièrement aux anges, qui ne veulent pas se faire identifier aux djinns, à ces êtres inférieurs. Il faut alors comprendre qu’il s’agit d’êtres d’intérêts différents au sein d’une même population. Ce qui expliquerait pourquoi ils sont si souvent confondus.

Une distinction s’impose
En effet ‘ange’ est un terme général qui regroupe plusieurs entités. Comme on peut le voir ce ne sont pas tous les anges qui adorent Dieu :
S16 v49
Et c’est devant Allah que se prosterne tout être vivant dans les cieux, et sur la terre; ainsi que les Anges qui ne s’enflent pas d’orgueil.
S4 v172
Jamais le Messie ne trouve indigne d’être un serviteur d’Allah, ni les Anges rapprochés [de Lui]. Et ceux qui trouvent indigne de L’adorer et s’enflent d’orgueil... Il les rassemblera tous vers Lui.

Ceci montre bien une distinction à procéder : tous les anges ne sont pas des serviteurs de Dieu, mais seulement ceux qui ne sont pas orgueilleux. Le Nouveau Testament corrobore ce fait :
Il a réservé pour le jugement du grand jour, enchaînés éternellement par les ténèbres, les anges qui n'ont pas gardé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure; Jude 1.6

Les ‘mauvais’ anges ici sont ceux qui ont quittés les cieux pour se mêler parmi les hommes.

L’origine des anges
La problématique est que les religions ne savent pas expliquer l’origine des anges. Au mieux  ils leur attribuent une antériorité à l’homme ce qui laisse un flou certain.
Ex. :

Citation

Nous ne savons pas quand ils ont été créés, Allah le Très-Grand ne nous a pas informés de cela, mais nous savons que leur création a précédé celle d'Adam, le Père des humains, car Allah nous a informés qu'il a fait savoir aux Anges qu'il allait mettre sur terre un Khalifa (Lieutenant) :
« Vint le jour où ton Seigneur dit aux Anges: J'ai résolu d'installer un lieutenant à Moi sur terre. Y mettras-Tu, firent-ils, un être qui y sème le désordre et répand injustement le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et Te glorifier ? Il est des choses, dit le Seigneur, que Je suis le Seul à savoir. » (Coran 2.30)

Seulement voilà, dans cette logique le référentiel utilisé est Adam. Celui-ci ayant vécu il y a probablement 10-12 milles ans, il ne peut pas être le premier homme, puisque nous savons que l’homme moderne existe depuis 40.000 ans, où l’on pourrait remonter cette filiation à plus de 100.000 ans et voir même sur quelques millions d’années pour les datations les plus audacieuses. De fait de cette erreur de postulat, il est bien délicat d’affirmer avec certitude que les anges soient antérieurs à l’homme.

Lors de notre développement, nous avons considéré les anges comme appartenant à Satan. Or dans cette présente étude il apparaît que des anges puissent également être au service d’Allah. Je dois vous avouer que cette énigme me taraude encore l’esprit. Mais les deux ne sont pas inconciliables ;  peut-être Allah accorde une possibilité de rédemption à ces âmes égarées. C’est le cas des djinns selon l’Islam, puisqu’ils peuvent choisir de se mettre au service d'Allah et devenir musulman. S’il en est ainsi, on comprend pourquoi ces âmes s’accordent à glorifier le Nom de Dieu pour l’éternité, selon les conceptions monothéistes ; c’est une reconnaissance éternelle à celui qui les a sortis de l’abîme.

Notre théorie me paraît la meilleure explication à ce jour pour expliquer leur origine … en tout cas cela reste compatible avec les Écritures et permet de les expliquer.

Une autre possibilité éventuellement suggérée par les Écritures serait que les anges proches de Dieu, soient en fait les ‘élus’. Dans les religions il y a parfois confusion entre les ‘anges’ et les ‘élus’ (voir Apoc. Les ‘élus’, les gens vêtus de lin blanc ; c’est une caractéristique des anges). Prenons aussi ce verset :
S21 v19
A Lui seul appartiennent tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre. Ceux qui sont auprès de Lui [les Anges] ne se considèrent point trop grands pour L’adorer et ne s’en lassent pas.

Dans ce verset, le traducteur a traduit « Ceux qui sont auprès de Lui » par [les Anges], qui est le sens le plus implicite. Mais peut-être fait-il erreur ? Le texte voulait peut-être parler « des élus ».

Cela dit cette interprétation n’apparaît pas clairement dans les Écritures, c’est pourquoi je me contente de la mentionner.  Il faut avouer que les textes sont lacunaires à propos des anges. Avis aux exégètes :-)

Voici encore un indice qui me pousse à croire que les anges sont des déchus : il s’avère que les anges sont la même chose que les dieux… Je l’avais déjà mentionné, il reste à le démontrer.

Des anges et des dieux
1) Ce verset :
Sourate 43
46. Nous avons effectivement envoyé Moïse avec Nos miracles, à Pharaon et à ses notables. Il dit : "Je suis le Messager du Seigneur de l'univers".
47. Puis lorsqu'il vint à eux avec Nos miracles, voilà qu'ils en rirent.
48. Chaque miracle que Nous leur montrions était plus probant que son précédent. Et Nous les saisîmes par châtiment, peut-être reviendront-ils [vers Nous].
49. Et ils dirent : "Ô magicien! Implore pour nous ton Seigneur au nom de l'engagement qu'Il a pris envers toi. Nous suivrons le droit chemin".
50. Puis quand Nous eûmes écarté d'eux le châtiment, voilà qu'ils violèrent leurs engagements.
51. Et Pharaon fit une proclamation à son peuple et dit : "Ô mon peuple! Le royaume de Misr [l'égypte] ne m'appartient-il pas ainsi que ces canaux qui coulent à mes pieds? N'observez-vous donc pas?
52. Ne suis-je par meilleur que ce misérable qui sait à peine s'exprimer?
53. Pourquoi ne lui a-t-on lancé des bracelets d'or? Pourquoi les Anges ne l'ont-ils pas accompagné?"
54. Ainsi chercha-t-il à étourdir son peuple et ainsi lui obéirent-ils car ils étaient des gens pervers.
55. Puis lorsqu'ils Nous eurent irrité, Nous Nous vengeâmes d'eux et les noyâmes tous.


---> Pourquoi Pharaon fait-il mention des Anges ? Comment ce grand roi peut-il connaître les anges ?
Au vu des connaissances archéologiques, les anges ne figurent pas dans les croyances égyptiennes. Par contre ils avaient des dieux. Et l’on commence à voir que ces termes sont extrapolables.

2) Ensuite, les anges sont associés aux astres ou aux planètes, tout comme les dieux, tout comme les djinns.
On aura l’occasion d’y revenir plus loin.

3) Les anges sont invisibles, (prétendus) immortels, portent des ailes, accomplissent les mêmes rôles que les dieux… etc

Pour terminer aujourd’hui je cite cet article :

Citation

Les anges (…)
Dans la tradition juive
Dans sa dévotion pour le monothéisme, culte d'un seul Dieu, l'ancien peuple d'Israël transforma, semble-t-il, tous les dieux vénérés précédemment (comme, par exemple, le dieu du puits, dit Lahaï Roy, voir Genèse, XVI, 14) en anges servant le Dieu unique, un peu comme des courtisans serviraient un roi. Il était, en effet, nécessaire de reconnaître l'existence de puissances intermédiaires entre le Dieu d'Abraham et les hommes. Cette acceptation de la croyance aux anges fut une évolution relativement facile parce que les dieux inférieurs et les anges pouvaient être appelés " fils de Dieu ". Dans la pensée hébraïque traditionnelle, on pensait que les anges avaient une forme humaine masculine, de sorte qu'on les prenait parfois pour des hommes. Après l'exil babylonien d'Israël (597-538 av. J.-C.), la pensée juive sur les anges se modifia et s'enrichit considérablement. S'inspirant de l'art mésopotamien, des artistes et des écrivains dotèrent les anges d'ailes, même les anges anthropomorphes, et se prirent d'intérêt pour les vêtements, le nom et le rang relatif des anges. Le symbole des ailes eut deux significations principales : la beauté et la capacité de s'envoler au-dessus de la condition humaine. Ainsi on pensa que la mort n'affectait pas les anges. Outre l'influence mésopotamienne, la tradition dualiste perse ajouta une autre dimension à la conception juive des anges avec sa croyance en des anges bienfaisants et en des anges destructeurs, en rébellion contre Dieu. La communauté juive de Qumran ou Esséniens, par exemple, considérait le monde comme un champ de bataille, la scène d'une lutte entre L'Esprit de Vérité et l'Esprit du Mal, ce dernier étant une puissance angélique opposée à Dieu et appelé Bélial.

Dans le christianisme
Par la suite, le folklore angélique connut un développement extraordinaire dans le judaïsme et le christianisme, notamment parce qu'il perpétua l'ancienne pratique consistant à absorber les dieux des religions polythéistes en les transformant en anges. Bien que la croyance dans les anges soit largement reconnue par la Bible, certains théologiens pensent que la référence aux anges fut adoptée par les écrivains bibliques à la fois comme outil littéraire pour personnifier la présence divine et comme moyen de reléguer à l'arrière-plan les dieux des religions polythéistes. D'autres pensent que les anges rappellent aux chrétiens la transcendance du Dieu inaccessible qui a voulu communiquer avec les hommes. Certains chrétiens des premiers siècles ont pensé que Jésus était un ange et non un homme véritable, ce qui provoqua des discussions théologiques poussant les chrétiens à préciser progressivement les deux natures humaine et divine du Christ.

Dans l'Islam
S'inspirant des traditions du judaïsme et du christianisme, considérées comme des révélations authentiques ayant précédé la révélation finale de Mahomet, l'islam élabora sa propre hiérarchie des anges. Le Coran mentionne souvent les anges (principalement Gabriel, que Mahomet décrivit doté de 140 paires d'ailes, le transmetteur de la Révélation), ainsi que les démons et les djinns, et la théologie musulmane leur consacre une place importante. Nombre d'entre eux, notamment les archanges Michel et Gabriel ou ceux qui soutiennent le trône d'Allah (un lion, un aigle, un taureau et un homme), trahissent une inspiration judéo-chrétienne directe. Les anges sont pour l'islam impeccables (ils ne peuvent pas commettre de faute), asexués et supérieurs aux hommes et aux prophètes, sauf à Mahomet. La religion arabe pré-islamique était polythéiste, ce qui explique peut-être l'apparition d'une hiérarchie angélique dans l'islam. Gardien ou signe d'un divin diffus, l'ange est l'une des figures centrales des courants de spiritualité occidentales contemporaines, rassemblées sous l'étiquette de " Nouvel Age " (New Age).

http://www.dark-refu...emons/anges.php

Nous tenterons d'aller plus loin lors de notre prochaine intervention où il sera notamment question des anges Gabriel et Michaël.

A suivre.

Ce message a été modifié par atrahasis - 27 avril 2012 à 17:28.


#172 syl

syl

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Posté 30 avril 2012 à 20:44

ok atrahasis, je découvre tes recherches :-)
merci pour ton lien!

#173 atrahasis

atrahasis

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Posté 01 mai 2012 à 20:08

(Rappelle le moment) où Abraham dit à ‘Azar, son père: «Prends-tu des idoles comme divinités? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement évident!» (74) Ainsi avons-Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre, afin qu’il fût de ceux qui croient avec conviction. (75) Quand la nuit l’enveloppa, il observa une étoile, et dit: «Voilà mon Seigneur!» Puis, lorsqu’elle disparut, il dit: «Je n’aime pas les choses qui disparaissent». (76) Lorsqu’ensuite il observa la lune se levant, il dit: «Voilà mon Seigneur!» Puis, lorsqu’elle disparut, il dit: «Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des gens égarés». (77) Lorsqu’ensuite il observa le soleil levant, il dit: «Voilà mon Seigneur! Celui-ci est plus grand» Puis lorsque le soleil disparut, il dit: «Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah. (78) Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés.»
Sourate 6, v74-79

Une histoire bien étrange : les anges Harut et Marut

Citation

Harut et Marut sont deux Anges mentionnés a une seule reprise dans le Coran, mais dont la Tradition, au moyen notamment du Tafsîr de Ibn Kathir (1), rapporte une histoire supplémentaire "étonnante" dont l’exégèse met en avant des connaissances tout à fait instructive sur l’être humain, les Anges et de façon plus générale l’obéissance à Dieu.

Harut et Marut à travers le récit coranique
Dans le récit coranique, Harut et Marut sont décrits comme deux Anges initiant les êtres humains à la pratique d’un don esotérico-subversif que certains commentateurs n’ont pas hésité d’assimiler à l’équivalent de sorcellerie, qui elle fut enseignée par les entités maléfiques que sont les « chayateens ». Si le récit coranique n’indique pas la nature des enseignements prodigués par les deux anges aux humains, il n’hésite pas un instant à pointer le caractère « subversif » de leur enseignement qui peut être nocif pour les hommes : «Nous ne sommes rien qu'une tentation (fitna) : ne soit pas mécréant ». En effet, l’apprentissage de la magie noire et de l’occultisme aurait pour effet de faire tendre leurs adeptes vers la dénégation (al kufr), le détournement et le renversement des principes spirituels et la divination d'entités maléfiques (satan, djinns...), condition sinequanone imposée par ses derniers pour initier les hommes qui s’allient à eux à la magie : « a-sihr ».
102. Et ils suivirent ce que les diables racontent contre le règne de Solayman. Alors que Solayman n'a jamais été mécréant mais bien les diables : ils enseignent aux gens la magie ainsi que ce qui est descendu aux deux anges Harout et Marout, à Babylone; mais ceux-ci n'enseignaient rien à personne, qu'ils n'aient dit d'abord : “Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne soit pas mécréant”; ils apprennent auprès d'eux ce qui sème la désunion entre l'homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu'avec la permission d'Allah. Et les gens apprennent ce qui leur nuit et ne leur est pas profitable. Et ils savent, très certainement, que celui qui acquiert [ce pouvoir] n'aura aucune part dans l'au-delà. Certes, quelle détestable marchandise pour laquelle ils ont vendu leurs âmes ! Si seulement ils savaient !
Sourate 2 : Al-BAQARAH (LA VACHE)

Dans ce verset, il est fait mention en premier lieu du prophète Salomon (2) (Suleyman en arabe), que Dieu innocente de toute dénégation, bien que ce dernier eu reçut de nombreux dons surnaturels de par Dieu, comme celui de comprendre le langage animal (mantiqul-hayawan), de contrôler le vent ou d'avoir autorité sur les djinns (voir notre article sur les djinns >>).
En revanche, ceux qui choisirent sciemment de suivre les enseignements des chayateens ou d’utiliser ceux de Harut et Marut pour oeuvrer dans le mal sont eux des dénégateurs, car bien que prévenus, ils vendirent leur "salut" et leur âme en échange d'un force éphémère et illusoire. On peut voir ici une parabole sur les êtres humains et leur quête sans fin de pouvoir, dont on peut de nos jours malheureusement trouver encore de nombreux exemples. L’effet pervers que le pouvoir à sur ses hommes, les éloignant de la soumission à Dieu, qui doit être considéré comme le Seul possédant la toute puissance.

Harut et Marut à travers la Sunna
La Tradition rapporte, en la qualité de certains commentaires d'Ibn Kathir ou d'Al Kurtubi par exemple, qu’à l’annonce de la création de l’homme par Dieu et de sa qualité de viscère sur la Terre, les anges demandèrent à Dieu pourquoi eux, qui avaient été créés pour se soumettre à Lui, n’avaient pas été institué de ce privilège, sachant que l’homme est faible et à tendance à pencher vers le mal.
Dieu refusa de leur expliquer une chose sur laquelle ils n’avaient aucune autorité, et décida de leur donner une leçon en envoyant Harut et Marut, deux anges, sous forme humaine sur Terre, mais décida de plus de leur donner les désirs «shahawât » inhérent à la nature humaine.
Or les deux anges, dotés de ces faiblesses, finirent par abandonner le culte de Dieu l’Unique et commirent de nombreux péchés, allant de la consommation de vin, à la fornication en passant par le meurtre.
Tous ces péchés ne furent que le reflet de la faiblesse des deux anges devenus humains, et les autres anges comprirent alors que c’est leur nature même qui les poussent à l’adoration exclusive de Dieu, et non leur volonté, et que c’est également l’absence de désirs ou même de conscience, qui les rend invariablement soumis à l’ordre divin.
Harut et Marut, condamnés à errer sur la Terre sous forme humaine, s’établirent donc à Babylone, et y pratiquèrent ce que nous savons par le verset coranique précédemment cité, non sans mettre en garde les humains contre le danger de s’éloigner de la route de la soumission totale, route qu’ils ont malgré eux quittés par leur incapacité à réfréner leur pulsions et leurs désirs.
Il est a signaler que bon nombre de commentateurs de la tradition musulmane jugent l’histoire de la déchéance des deux anges Harut et Marut peu crédible au regard des enseignements de l’islam du simple fait que les interprètes de la tradition musulmane qui la reprirent (tel qu’ Al Kurtubi, Ibn Kathir,Al Baghaoui ou Quassimi), puisèrent leur écrits dans les sources israélites. Ces dernières sont souvent discrédités par les savants « coranico-exclusivistes » de l’islam qui les jugent mensongères et non digne de confiance car travesties durant l’histoire par la main de l’homme : (muharafa).

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
http://www.islamdefr...ubrique_menu=13


Voilà pour ce qui est de la présentation en général. Il est à noter que contrairement à la Torah, l’ange de l’Islam prend la défense de Salomon dans le Coran ; celui-ci est innocenté et ce sont les shaytans les coupables. Je ne connais pas la vérité à ce sujet, il va sans dire que le personnage de Salomon a été abondamment repris dans les traditions de magie noire. Sur un plan archéologique nous pourrions remarquer que le roi, en Égypte et ailleurs au proche-orient, est le bâtisseur du temple, et c’est aussi le cas de Salomon. Dans la Torah, il est celui qui a rompu l’alliance en bâtissant des autels pour les autres dieux (afin de satisfaire ses nombreuses épouses étrangères) et notamment un temple à Astarté. Si l’Islam fait bonne figure de Salomon, il est difficile d’en tirer le clair.

Maintenant si l’on creuse plus loin dans les traditions en rapport avec Harut et Marut on découvre une bien étrange histoire :

Citation

Il faut cependant savoir que certains des commentaires du Coran par Ahle-Sunnat ont enregistré certaines traditions obscènes sur ce sujet, et leur luxure elle-même prouve leur nature forgée. Par exemple, ils disent que les djinns ont volé la bague de Hazrat Sulaiman (psl) et avec l'aide de sa puissance ont régné pendant quarante jours depuis de son trône et au cours de cette période, les satans ont répandu la pratique de la sorcellerie parmi les masses. Ils ont aussi écrit que Harut et Marut étaient deux anges et quand ils sont devenus saisi avec la sensualité, ils buvaient du vin et ont assassiné un homme; plus tard, ils commirent un adultère avec une femme. La femme est alors montée aux cieux, et l’étoile Zahra dans le ciel est cette même femme.

Traduction depuis http://www.al-islam....complete/36.htm

(…)

Pour montrer aux anges les rangs exaltés des êtres humains, Dieu a demandé qui d'entre eux irait sur  la terre et vivrait comme des êtres mortels, afin de vivre la réalité de la condition humaine directement. Deux anges s'avancèrent : Harut et Marut. Dieu les envoya vers le bas dans une ville de croyants, l'un devait agir comme un juge, tandis que l'autre devait être un érudit. Ils vivaient, mangeaient, et buvaient tout comme les gens mortels au cours de la journée. La nuit, ils retournaient  à leurs stations célestes au moyen du Très Saint Nom qui leur avait été donné en considération de leur nature angélique.

Dans cette ville vivait une femme la plus belle sous le nom de Zahra (certains disent Anahid). Elle a réalisé que Harut et Marut n'étaient pas des êtres humains normaux, mais plutôt des anges qui possédaient un grand secret. Elle résolut de l'obtenir, peu importe ce qu'il lui coûte. Elle invita les deux anges de sa maison et fit un festin pour eux. Elle leur donna le meilleur de la nourriture et de la boisson. Étant donné qu’aux anges avait été donné une âme humaine inférieure, ils étaient vulnérable et corruptible. Sous l'influence du vin et de la musique, leurs têtes devinrent lumière et ils oublièrent qu'ils étaient des anges. Ils tombèrent amoureux de Zahra-Anahid. Quand elle leur  demanda de montrer leur véritable identité, ils se révélèrent, et ils donnèrent le secret du Très Saint Nom. Zahra-Anahid parla immédiatement le nom et dès qu'elle l'avait prononcée, elle s'envola et disparut de la surface de la terre, et n'a plus jamais été vue là. Il est dit que le Seigneur des Mondes lui pardonna, et l’établit comme une étoile sur le firmament. Elle est appelée Zuhra (Vénus) et s'élève dans le ciel tôt le matin ou le soir.

En ce qui concerne les deux anges qui étaient restés derrière, ils se remettaient lentement de leur insouciance. Mais quand ils ont essayé de réciter le nom secret, ils ont constaté qu'ils ne pouvaient plus échapper à leurs formes terrestres. Ils étaient inextricablement liés à l'existence mondaine. Ceci parce que, pour un bref moment ils avaient échangé le manteau de la mémoire de Dieu pour le manteau de la mémoire du monde. C'était alors que la réalisation de ce qui était arrivé se leva sur eux. Conscient de la vérité de la Parole de Dieu concernant les êtres humains, ils étaient surpris par le courage des prophètes et des saints qui ne perdent jamais de vue Dieu pour une seconde, même si ils sont des êtres humains. Lorsque Dieu vit qu’ils s’étaient repentis, il leur dit: «Maintenant, voyez-vous le rang de l'humanité, et combien ils sont aimants envers Moi ? Si ils décident de venir vers moi d’un empan, je viendrai vers eux d’un bras, et si ils marchent vers moi, je courrai vers eux, et si ils se souviennent de Moi, je me souviendrai d’eux".

Traduction depuis http://www.naqshband.../angels_36.html


- Étrangement la femme Zahra - qui d’ailleurs est Vénus - partage en commun le récit de Lilith, lorsque celle-ci s’empare du Nom divin afin de « monter aux cieux » avant de « disparaitre ».
- L’alternance de leur venue et leur départ entre le jour et la nuit rappelle encore le très ancien mythe d’Oannès rapporté par Bérose (sera bientôt cité dans ce sujet).

Allons plus loin. Cet article présente un intéressant développement à propos de ces deux anges. Il montre que ce récit a pu emprunter à celui de Samyaza et Azazel, les deux chefs des anges déchus dans Énoch (je conseille de le lire) :

Citation

Les anges déchus

...

Selon un autre Midrach, Moïse aurait dit à son Seigneur :
"... mais il y a deux anges qui sont descendus de Tes hauteurs, Ouza et Azaël (ou Aza et Azâya), et qui ont convoité les filles de la terre et se sont corrompus avec elles."[ (V. La Voix de la Thora. Les nombres. Elie Munk. p. 117).

Selon le Emeq ha-Melekh, Aza (Shemhazai) et Azazel ont été enchaînés ensembles. Et un texte de la kabbale dit qu'Afrira et Qastimon, démons-archontes de la terre d’Arqa (une des sept terres inférieures), réveillent à chacun de leurs passages Aza et Azaël. Ceux-ci se lèvent alors, pensant que c’est déja l’heure du jugement et que Dieu les réclame.

On retrouve le même genre d'histoire chez les Musulmans, mais ici les deux anges sont appelés Harout et Marout.
Ces deux noms apparaissent dans les versets 102-103 de la sourate Baqarah (2) du Coran (…)
Les musulmans pensent que c'est sur l'ordre direct d'Allah que Harout et Marout sont descendus sur terre et non pas par un esprit de désobéissance ou de rebellion.

L’historien persan Tabari (839 - 923) fut le premier à apporter des précisions sur ces deux anges :
"Il y avait deux anges, et ils ont été envoyés en bas, afin qu'ils puissent arbitrer entre les hommes,. Et cela était dû au fait que les anges tournaient en dérision les décisions judiciaires prononcées par les mortels. Alors, une femme fit appel à eux pour une condamnation judiciaire, et ils ont accepté de donner une peine injuste en sa faveur ... Ensuite, ils ont voulu remonter au ciel, mais ils ont été empêchés de le faire. Et on leur a dit qu'ils devaient choisir entre une punition dans ce monde et une punition dans l'autre. Ils ont donc choisi d'être punis dans ce monde."

Ibn Abbas apporta une version plus détaillée :
"Dieu a ouvert le ciel pour les anges et ils ont regardé les actes des fils d'Adam; Quand ils les ont vu faire le mal, les anges ont dit : 'Ho Seigneur, ce sont les fils d'Adam, que vous avez créé de vos propres mains. Et vous avez créé aussi les anges pour qu'ils se prosternent. Et voici tous les péchés des hommes !'
Dieu a dit : 'Mais si vous étiez à leur place vous feriez ce qu'ils font.'
Ils dirent : 'Nous sommes loin de cette imperfections. Nous ne ferions pas comme eux.'
Il leurs a donc été commandés de choisir, parmi eux, ceux qui seraient descendus sur la Terre. Et ils ont élu Harut et Marut qui sont descendus sur la Terre.
Dieu a rendu licite pour eux tout ce qui était là-bas, sauf adorer plusieurs dieux, voler, forniquer, boire du vin, et prendre une vie que Dieu a interdit de prendre.
Il n'a pas été long avant que ne comparaisse devant eux une femme à laquelle la beauté avait été donnée. C'était Vénus sous les traits d'une femme perse. Et les Perses l'appelaient Bedukhut." (Bedukht ou Dulhiter - Kosrovidukt = "Qui provoque le malheur")
Quand ils dirent qu'ils désiraient commettre l'adultère avec elle, elle a dit, 'J'accepterai seulement lorsque vous adorerez plusieurs dieux, buvrez du vin, prendrez une vie et vous prosternerez devant une idole.'
Ils ont répondu : 'Nous n'allons pas adorer d'autres dieux.'
Ensuite, ils demandèrent à nouveau à la femme d'aller avec eux.
Elle dit : 'Non. Seulement quand vous buverez du vin.'
Alors ils le firent, jusqu'à ce qu'ils tombent en état d'ébriété.
Alors un mendiant est venu à eux et ils l'ont tué. Quand ils firent ce pêché, Dieu a ouvert le ciel aux anges, et ils lui ont dit : ''Vous saviez mieux que nous !'
Dieu a alors inspiré Salomon, fils de David, pour qu'il leur donne le choix entre une punition dans ce monde ou dans l'autre monde. Ils ont choisi la punition dans ce monde et ils ont été mis dans des chaînes de leurs chevilles à leurs cous, comme des chameaux de Bactriane, et ils ont été placés à Babel (Babylone)."


L’Imam Ahmed, le livre Sahih d'Abou Hatim, et le livre Tafsîr d'Ibn Kathîr (1301 - 1373) donnèrent cette autre version :
"Quand Allâh a mis Adam sur Terre, les anges ont dit :
'O Seigneur ! Pourquoi faire régner sur terre un être qui y mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous sommes là à te sanctifier et à Te glorifier ? Notre Seigneur ! Nous te respectons plus que les hommes.'
Allâh le Très Haut leur répondit : ’Moi, Je sais ce que vous ne savez pas .... J’ai ôté les désirs et Satan de vos cœurs et j’ai introduit les désirs et Satan dans le cœur des hommes. Et si vous descendiez, vous feriez comme eux .... Désignez donc deux anges parmi vous pour être envoyés sur Terre...'
Les Anges dirent : 'O Seigneur ! Nous avons choisi deux anges pour qu’ils descendent sur terre : Hârût et Mârût.'
Une fois descendus sur Terre, Zohra (Zuhara = la 'Brillante', c’est-à-dire Vénus) leur a été présentée comme la plus belle femme de l’humanité.
Ils lui demandèrent de coucher avec elle, mais celle-ci répondit : ’Seulement si vous reniez votre croyance en Allâh.’
Ils s’y refusèrent et elle s’éloigna pendant un instant.
Quand elle revint, elle portait un bébé dans ses bras. Alors qu’ils réitéraient leur demande, elle leur dit : ‘Tout d’abord, vous devrez tuer cet enfant.’
Comme ils refusèrent, elle s’éloigna encore une fois.
Une fois de retour, elle portait un verre de vin à la main et exigea : ’Vous devez au préalable boire ce verre de vin.’
Ils acceptèrent le vin et s' ennivrèrent. Ils commirent avec elle l’acte de chair et finirent par tuer l’enfant.
Quand ils reprirent les esprits, la femme leur dit : 'Par Allâh ! Vous venez de boire du vin et vous avez commis tout ce que vous aviez refusé auparavant. Vous avez cependant toujours eu le choix de vos actes. Vous avez choisi la vie présente, au détriment de celle de l’au-delà.' "


Ibn Messaoud, Qua'b Al Ahbar, Ali Ibn Abi Talib, Ibn Abbes, Oubayd Allah Ibn Atba, Moujahid, Qoutada et Ibn Omar rapportèrent cette autre version :
"Lorsque Allah a montré aux anges la désobéissance des humains, ils se sont étonnés, voyant les faveurs qu'Allah leurs avait pourtant accordé. ils se sont alors adressés à Allah pour lui dire que les hommes ne méritaient pas d'être son représentant sur la terre. Allah répondit en disant que les hommes ne sont pas comme les anges puisque ils ont tous les vices, la haine, l'amour, la méchanceté etc. Les anges par contre n'ont rien de tout cela. Ils répondirent qu'ils voulaient montrer à Allah qu'ils seraient bien meilleurs que les hommes si Allah leur permettait de descendre sur la terre et que même en étant à égalité avec les humains, ils seraient capables d'être de bon juges et de bons croyants.
Allah leur dit : 'Si vous étiez à leur place vous feriez les mêmes choses '. Alors ils ont choisi Harout et Marout pour descendre sur terre et Allah leurs a permis toute chose à part le vol, l'idolâtrie, la fornication, le vin et l'assassinat. Allah ajouta que, à partir de ce moment, ils étaient exactement comme les hommes et que s'ils échouaient, ils seraient sévèrement châtiés.
Sur la terre, à Babylone, ils furent des juges dans un tribunal. Un jour une femme se présenta qui se plaignait de son mari. et les deux anges ont été ébahis et très attirés par sa beauté. Ils tombèrent amoureux d'elles et demandèrent ses faveurs.
Après des longues discussions, elle consentit à les recevoir chez elle. Le soir venu, ils se rendirent chez la belle femme et là elle leur dit :' je n'arrive pas à me débarrasser du garçon que mon mari m'a laissé avant de disparaître. Voulez-vous le tuer s'il vous plaît ?' Harout et Marout répondirent qu'ils craignaient Allah et qu'ils sont sur la terre pour démontrer qu'ils peuvent faire mieux que les hommes.
La jeune femme mit alors sur la table une bouteille de vin pour eux. Et comme ils n'avaient pas l'habitude de boire, ils ont fini par tuer l'enfant et coucher avec la femme. Ils tuèrent aussi un homme qui passait par la de peur de le voir dévoiler de ce qu'ils avaient fait. Ensuite ils apprirent à la femme des mots avec lesquels elle pouvait monter au ciel. Elle les prononça mais oublia les mots pour descendre, et elle fut alors transformée en étoile.
Les anges furent étonnés de voir que la journée n'était même pas finie qu'ils avaient commis tous les actes interdits.
Harout et Marout ne pouvaient plus remonter au ciel, alors ils restèrent sur terre à enseigner la sorcellerie après s’être engagé à ne rien apprendre à quelqu’un sans lui avoir dit au préalable : 'Nous ne sommes qu’une séduction, ne sois pas impie !'.
Allah leur fit choisir de subir sa colère ici bas ou alors d'attendre le jugement dernier en étant à égalité avec les hommes. Leur choix était de subir sa colère ici bas. Alors ils furent accrochés par les paupières dans un puit (ou la tête en bas) en attendant le jugement dernier afin d'être libres."


La version d'Al Rabi apporte quelques détails supplémentaires :
"...Lorsque les deux anges descendirent, c'était l'époque d'Idris (Enoch) ... Il y avait
une femme à cette époque aussi jolies que Venus parmi les étoiles..."


La version d'Ibn Kathîr nous en dit plus sur la femme :
"Vénus était une jolie femme perse qui a porté une affaire en justice devant Harut et Marut. Elle les a tenté. Elle leurs a fait réaliser tous ses désirs et a appris d'eux la répétition de la formule permettant de monter au ciel. Ils la lui ont enseigné. Elle l'a prononcé, est montée au ciel et fut transformée en une étoile."
(Certaines sources donnent le nom de "Nâhil" ou "Anahid" à cette Vénus, ce qui correspond à "Anahita", le nom persan de la planète vénus).

Version D'Al-Suddi :
"L'homme a dix passions qui ont été données aussi à Harut et Marut. Ils ont atterri à Babel (Babylone), descendant du ciel chaque matin, et remontant de la terre chaque soir... Le plaignant était une femme qui avait eu une querelle avec son mari. Pour pouvoir commettre l'adultère avec elle, ils ont prononcé une condamnation judiciaire contre le mari. Ils sont allés ensuite dans un bâtiment en ruine, où elle a refusé de faire quoi que ce soit à moins qu'ils ne lui donnent la formule par laquelle ils montent, et descendent dans le ciel. Ils lui ont dit la formule, elle l'a prononcée, et est montée au ciel, mais Dieu lui a fait oublier la seconde formule, celle permettant de descendre. Elle est donc restée où elle était et Dieu a fait d'elle une étoile."

En fait, de nombreux érudits musulmans ont conscience que toutes ces histoires ont été recopiées sur les midrashs juifs, et ils les rejettent donc comme non-islamiques.

Mais d'ou viennent ces noms de Harout et Marout, utilisés par les Musulmans ?
C'est la déformation de Haurvatât et Ameretât, noms de deux des Amesha-Spentas ("Saints Immortels") de la religion zoroastrienne. Ceux-ci étaient des sortes d'archanges : Haurvatât était l'archange de la santé et Ameretât était l'archange de l'immortalité (leurs noms ont été donnés à deux mois du calendrier iranien : Chordâd et Mordâd). En pehlevi leurs noms sont Mourd'd et Hrou'd, et en sgogdien ils sont Hrout et Mrout,. Et les Arméniens ont donné leurs noms à deux plantes : Haurot et Maurot.
Ces deux Ameshas-Spentas étaient la version zoroastrienne des deux dieux Nâsatyas des anciens Aryens Indo-Iraniens. Et ils sont également l'équivalent des deux Dioscures (Castor et Pollux) de la mythologie grecque.
A noter que certaines versions disent que la femme avait un compagnon appelé Mushtari ... hors celui-ci est également une divinité tirée de la mythologie perse.

En Europe, c'est Théodore Bibliander qui fera connaître cette légende musulmane des deux anges, en 1543 :
"Il y avait deux anges, Arot et Marot, qui furent jadis envoyés du ciel sur la terre par Dieu, afin d’y gouverner et d’y instruire les hommes. Il y avait pour eux trois interdits : ils ne pouvaient pas tuer, pas juger injustement, et pas boire de vin. Et longtemps ils furent ainsi les juges pour la terre entière.
Puis un jour, une femme vint vers eux qui était d’une beauté qui dépassait de loin celle des autres femmes. Elle avait un litige avec son mari. Et, afin de gagner les juges pour sa cause, elle les invita à déjeuner chez elle, ce qu’ils acceptèrent.
Elle mit les petits plats dans les grands, et présenta à ses invités non seulement un repas de fête, mais aussi des coupes de vin. Elle fait le service, les ressert sans cesse, veille à ce qu’ils s’échauffent les sens.
Que dire de plus ? Les flatteries de la femme triomphèrent. Saoûlés par les coupes de vin, les anges se prirent de désir pour la belle hôte et lui demandèrent de coucher avec eux.
Elle consentit, mais à cette condition, que l’un lui dise le mot par lequel il monte au ciel, et l’autre celui par lequel il descend de là sur terre.
La condition fut acceptée. Mais dès que la femme fut mise dans le secret, elle décolla sans attendre et monta au ciel. Et Dieu, après en avoir fait le constat et l’enquête, fit d’elle l’étoile du matin (Vénus). Ainsi, celle qui avait été la plus belle parmi les femmes, devint la plus belle des étoiles.
Quant aux anges : après les avoir convoqués en justice, Dieu leur proposa de choisir entre une peine dans ce monde ou une peine dans l’autre monde. Leur choix se porta sur une peine dans ce monde. Et ainsi ils furent suspendus à l’envers à des chaînes en fer, avec leurs têtes dans le puits Bebil (de Babylone), et ce jusqu’au jour du dernier jugement. "


Et Jacques Yver rapporta cette autre version en 1572 :
" ... Deux anges, étant envoyès de Dieu pour venir voir ici-bas comment tout se portait, allèrent battre l’estrade vers Egypte, où ils virent une femme, d’excellente beauté, qui allait seule à sa métairie ; sa beauté les ravit tellement, qu’ils estimèrent les cieux malheureux au regard de la terre. Et, se communiquant l’un à l’autre leur affection nouvellement conçue, ils se firent compagnons en amour. C'est pourquoi, sentant leur désir s’allumer tant et plus ils approchèrent de cet ardent objet, ne pouvant se maîtriser, et ayant accosté la dame, ils la prièrent d’amour, lui expliquant qu’elle ne ferait pas ce plaisir à des personnes viles, car ils étaient des anges de nature céleste ... et qu’ils ne seraient pas ingrats à récompenser cette courtoisie ; et qu’ainsi ne fût, ils lui accorderaient tout ce qui lui plairait de leurs demander. Ca à quoi la dame, qui n’estimait guère ces divinités dignes de sa faveur ...., fit réponse qu’elle se sentait bien honorée d'un si avantageux parti, et qu'elle était prête à acquiescer en tout et partout à leur vouloir, pourvu qu’aussi de leur côté ils tiennent leur promesse : de quoi elle vouloit être assurée en premier que passer outre, puisqu'elle n’avait pas la puissance de les contraindre, comme ils l'avaient sur elle. Or, la requête qu’elle leur fit, pour donner de son amour, fut qu’ils lui apprissent l’oraison qu’ils disaient pour monter au ciel. Ce que les anges, s’échauffant en leur harnais, lui accordèrent volontiers. Ils lui dirent mot à mot, si bien que la femme, la prononçant, soudain se sentit élevée de terre par une force inconnue. De quoi les anges étonnés, et connaissant leur faute, coururent après pour l’arrêter, lui disant que Cupidon n’habitait plus au ciel."

http://atil.ovh.org/...here/azazel.php


Que retenir de cette histoire ?
Elle est inévitablement à la fois très riches et ambigue, variant légèrement d’un récit à l’autre, il est difficile d’en produire une interprétation cohérente et détaillée. Les anges Harut et Marut sont présentés dans la tradition musulmane comme des « anges de Dieu » et envoyés sur terre afin d’être testés face aux turpitudes de l’existence terrestre.  Il leur a été explicitement interdit certains vices comme la consommation d’alcool, l’adultère ou le meurtre, et pourtant ils ne purent se résoudre à tenir cet engagement lorsque confrontés à la malice de cette femme très belle et séductrice, Zahra. On peut constater avec étonnement qu’il s’agit là du rituel mithraïque qui a été décrit loin plus avant dans notre exposé : la consommation de vin, la prosternation devant une idole, le meurtre de l’enfant et enfin l’acte d’adultère, c’est le déroulement des mystères de Mithra ! Suite à quoi Zahra « montera aux cieux » et les deux anges seront punis de leur faute. La morale est intéressante.

D’autre part on peut voir que Harut et Marut partage ce récit avec les deux chefs des anges déchus. Et aussi que leur identité puise dans les croyances perses où ils figurent parmi les sept Amesha-Spentas, et correspondraient aux Dioscures grecques. Il semble alors peu probable que ces anges soient réellement des anges de Dieu malgré la concordance monothéiste du récit. Peut-être même pour être plus exact n’étaient-ils pas des anges AVANT de descendre sur terre, mais plutôt ils le devinrent APRES avoir été initié en compagnie de Zahra, tout comme elle le fut. Hélas au vu de ce qui nous en est conservé, j’avoue qu’il est difficile d’expliquer clairement les curiosités de ce récit ainsi qu’en ce qui concerne ces deux personnages.

Ce message a été modifié par atrahasis - 01 mai 2012 à 20:38.


#174 atrahasis

atrahasis

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Posté 02 mai 2012 à 19:09

Aujourd’hui je vous propose quelques lumineux articles retracant le parcours de ces entités dans notre histoire, leur représentations à travers l’art et les religions, leur rôle eschatologique… etc. Le texte étant assez long, j’ajouterai des commentaires une prochaine fois. Cela dit c’est une excellente synthèse, en fait tout est dit.

Les anges

Que ce soit dans le judaïsme, le christianisme ou l'islam, les anges restent des « puissances célestes » auréolées de mystère, à la fois ambassadeurs de la parole divine et médiateurs entre le monde sensible et le monde intelligible. Combattants, guérisseurs, adorateurs ou messagers, ils assument différentes missions auprès des hommes et symbolisent pour eux un idéal à imiter. Exception faite des anges déchus, ennemis du Bien voués à la damnation éternelle. Si des siècles de querelle théologique ne sont pas parvenus à régler la fameuse controverse sur le sexe des anges, ces derniers ont été une source d'inspiration inépuisable pour les artistes.
Des influences mésopotamiennes au marketing spirituel actuel, ce dossier retrace les tribulations de ces « êtres de lumière », qui suscitent aujourd'hui un regain d'intérêt, à la faveur d'un profond désir de réenchantement du monde.

La naissance des « envoyés de Dieu »
Dans le judaïsme, le christianisme et l'islam, l'avènement de ces « puissances célestes » fut le fruit d'une longue maturation, adaptant les figures mésopotamiennes aux monothéismes naissants. Ambassadeurs de la parole divine, les anges deviennent une présence active auprès des hommes.
Les anges ont-ils une date et un lieu de naissance ? Comment se sont-ils imposés jusqu'à devenir des figures spirituelles indissociables des grandes traditions monothéistes ? Ces questions amènent une fois encore l'historien des religions dans le creuset du Proche-Orient ancien, entre Méditerranée et golfe Persique, entre Égypte, Syrie et Babylonie.

À l'origine de l'ange dans les langues européennes, le mot grec angelos est une traduction de l'hébreu malakh, qui se rapporte à la notion de roi, de prince et d'ambassadeur de prestige. Au deuxième millénaire avant notre ère, ce vaste carrefour de civilisations, de routes commerciales et d'influences culturelles qu'est le Proche-Orient est segmenté en cités États, qui possèdent chacune leur propre panthéon de divinités, placé sous l'autorité d'une triade, d'un couple ou d'un dieu. La cour du monarque terrestre fournit l'image adéquate d'un univers céleste hiérarchisé, dans lequel la divinité suprême, roi des rois, délègue son pouvoir et se fait représenter par une divinité secondaire, un ambassadeur dont la majesté doit refléter celle de son maître. Sur les tablettes d'argile retrouvées dans l'antique cité d'Ougarit (Ras Shamra), en Syrie du Nord, qui connaît son apogée vers 1500 avant notre ère, apparaît le verbe la'aka, « envoyer un messager », à l'origine du mot hébreu malakh, « l'envoyé », et de l'expression malakhi (« mon envoyé »), que l'on retrouve dans les noms du prophète Malachie et de Melkior, le premier des rois mages.

Le Dieu cananéen Baal est alors représenté siégeant au milieu de ses courtisans et conseillers. L'image de la cour royale a exercé une forte influence sur les populations sémitiques d'éleveurs nomades qui se déplacent dans le Croissant fertile, de la Mésopotamie au pays de Canaan, et se sédentarisent peu à peu. Une autre réalité doit être prise en compte dans cette préhistoire des anges : dans le polythéisme foisonnant de l'époque, la distinction plus nette entre des dieux suprêmes et des dieux subalternes s'est accompagnée d'une spécialisation des fonctions et des missions confiées aux divinités secondaires. Dans des sociétés de plus en plus sédentaires et vouées à l'agriculture, ces divinités spécialisées sont en rapport avec les éléments : elles régissent le ciel et la terre, maintiennent l'ordre naturel, favorisent la fécondité. Les lieux habités, palais et temples en premier lieu, bénéficient aussi de la présence d'une divinité protectrice, souvent représentée par une forme humaine ou animale ailée. Les plus célèbres d'entre elles sont les kerubîm, taureaux à tête humaine et aux ailes d'aigle, sculptés à l'entrée des monuments assyriens de Ninive ou d'Assur. Dans les croyances assyriennes et babyloniennes, l'individualité humaine est elle-même placée sous la protection d'un esprit dont il convient d'entretenir la présence bienveillante par des rites et des prières particuliers.

Les génies gardiens babyloniens
Le peuple hébreu a été fortement tributaire de ces évolutions religieuses. Dans le mouvement de collation des traditions des Patriarches, qui s'affirme à la suite de la création du royaume d'Israël, on discerne plusieurs éléments essentiels : l'expression « malakh Yhwh » (« l'ange de Yahweh » ou « l'ange du Seigneur ») demeure assez mystérieuse, mais elle met l'accent sur la transcendance du Dieu d'Israël et sur sa manifestation auprès de son peuple. Si l'ange n'est pas clairement distingué de la divinité, il est déjà le porteur de sa parole devant les hommes. Une autre expression biblique, « beney Elohim » (les « fils de Dieu ») montre que le peuple hébreu a intégré l'image de la cour royale : si elle désigne d'abord l'assemblée des serviteurs de Yhwh, elle permet dans un second temps de les identifier aux divinités des autres nations, lorsqu'Israël affirme l'autorité de son Dieu, à la suite de la création du royaume. De même, l'expression « l'armée des cieux », qui désignait les puissances astrales pour les Cananéens, est appliquée à la cour de Yhwh (1 Rois 22, 19) ; il y a là un signe de neutralisation et d'intégration des anciennes conceptions religieuses. Au Xe siècle avant notre ère, sous le règne de Salomon, la construction du Temple de Jérusalem montre que l'élite sacerdotale n'hésite pas à utiliser le motif des génies gardiens babyloniens, les kerubîm : après avoir orné l'Arche d'Alliance, qui renfermait les tables de la Loi, ils sont promus soutiens du trône de Yhwh et inspirent les motifs ornementaux situés à l'intérieur du temple, selon le livre de l'Exode.

Autour du « trône de gloire »
Mais cet ensemble de formules de majesté et de motifs ne fait pas une doctrine précise ou une véritable angélologie. Il faut attendre la destruction du temple en 587 avant notre ère et la captivité à Babylone pour voir s'opérer une mutation profonde. L'élite sacerdotale est alors amenée à repenser la relation entre Yhwh et son peuple, à la lumière de ce traumatisme historique. Les visions des prophètes Ézéchiel et Daniel fondent une nouvelle forme de relation avec Dieu, qui se laisse approcher à travers sa gloire. Cette gloire est celle du trône divin (merkabah) porté et entouré par les anges. L'effacement de Dieu, plus lointain, s'accompagne d'une réflexion sur les médiations de la volonté divine, qui conduit à l'essor de l'angélologie. Au retour de l'Exil, les anges prennent une place plus grande et acquièrent des fonctions plus spécialisées, à la faveur de la nouvelle phase de rédaction des traditions anciennes. Dans le livre de Daniel, apparaissent les noms de Michaël et Gabriel ; dans le livre de Tobie, celui de Raphaël. La figure de Satan émerge dans le livre de Job, puis dans le livre de Zacharie comme un ange de la cour céleste, tentateur, accusateur et adversaire de l'être humain.

À partir des racines « iah » et « El », qui désignaient la divinité, l'Éternel, le Seigneur dans les langues sémitiques, la langue hébraïque élabore un grand nombre de noms d'anges, qui apparaissent comme autant de qualités ou d'attributs de Dieu. Si la Bible hébraïque ne mentionne que les trois noms déjà cités, la littérature juive des pseudépigraphes, tels que les livres d'Hénoch et d'Esdras, en contient un grand nombre. Les textes mystiques aussi accordent une grande importance aux anges et contribuent à promouvoir un ordre hiérarchique qui correspond à des degrés de connaissance des mystères célestes. Dans la communauté des Esséniens de Qumrân, au Ier siècle avant notre ère, c'est à l'adepte de découvrir les noms angéliques, demeurés secrets, au fur et à mesure qu'il progresse dans la connaissance spirituelle des mystères divins. À l'époque hellénistique, en Égypte, en Palestine, en Asie mineure, la piété populaire s'empare volontiers des noms angéliques pour les graver sur des coupes, des lamelles ou des papyrus, devenues supports d'invocations, car on attend des anges protection ou guérison. Au Ier siècle avant notre ère, l'expansion des religions orientales et des cultes à mystères favorise certaines convergences entre les dieux grecs et les anges ; c'est ainsi que Zeus a pu être qualifié de « dieu ange ».

Un état spirituel de référence
Dans le christianisme, la présence angélique s'inscrit dans la continuité de la tradition vétérotestamentaire, mais elle apparaît clairement, dans le Nouveau Testament, subordonnée au mystère du Christ. En effet, cette présence se concentre au début et à la fin des Évangiles, à travers une série d'apparitions, autour de la séquence de la Nativité (annonce de la naissance de Jésus par l'ange Gabriel, annonce à Zacharie, annonce aux bergers...) et autour de la séquence de la Passion et de la Résurrection (ange consolateur du mont des Oliviers, anges au tombeau vide, anges de l'Ascension). Mais d'autres épisodes et certaines paroles du Christ (Mt 18, 10 ; 22, 30) montrent que les anges sont toujours perçus comme un état spirituel de référence et une présence agissante auprès des hommes, parfois comme un double céleste. Dans les Actes des Apôtres, les êtres célestes accompagnent les premiers pas de la communauté chrétienne, délivrant saint Pierre de sa prison ou protégeant saint Paul dans sa mission évangélisatrice. L'Apocalypse se situe dans la continuité de ce qui est devenu un genre littéraire, depuis le livre de Daniel. Les anges y sont tantôt porteurs de fléaux, tantôt les célébrants d'une liturgie céleste qui se déploie autour du trône divin ; la mystique du trône et les visions des prophètes étant ici reformulées à la lumière de la révélation du mystère du Christ, « agneau de Dieu » . Pendant les premiers siècles, la littérature des apocryphes ne cesse d'amplifier cette présence active et contemplative des anges, autour de la vie de la Vierge et de Jésus (Protévangile de Jacques) ou autour des révélations de l'au-delà (Apocalypse de Paul), tandis que la littérature hagiographique illustre l'idée de la présence agissante des anges auprès des saints, des moines, des confesseurs, et en tout premier lieu des martyrs.

Sous l'autorité du Christ
Les épîtres de saint Paul témoignent d'un autre registre : elles sont à l'origine des considérations théologiques sur les êtres spirituels et de la mise en ordre qui s'opère beaucoup plus tard, au Ve siècle. Le premier souci de l'apôtre fut de freiner l'essor d'une dévotion aux puissances célestes qui risquait, à la faveur du mouvement d'évangélisation des populations païennes d'Asie mineure, de dévoyer la foi chrétienne et de mêler inextricablement les cultes à des divinités locales et la dévotion aux anges. Un tel culte est fermement condamné et les puissances célestes clairement placées sous l'autorité du Christ. Le message chrétien ne dévie pas de cette ligne, et sous le règne de Charlemagne, l'Église ne reconnaît officiellement comme dignes de vénération que les trois archanges explicitement nommés dans les Écritures.

Il reste qu'une figure angélique majeure a suscité assez rapidement un culte particulier : Michaël, l'ange protecteur d'Israël, devenu saint Michel pour les chrétiens, protecteur de l'Église, nouvel Israël, puis, au Ve siècle, protecteur de la ville de Constantinople et de l'empire romain, avant d'être adopté par Charlemagne comme saint patron de l'empire carolingien, et, bien plus tard, protecteur du royaume de France à la faveur de la guerre de Cent-Ans. Cet éclatant succès de l'archange s'explique à la fois par l'importance de ses fonctions, notamment de son rôle eschatologique, par ses apparitions, notamment celle du mont Gargan, dans les Pouilles, à la fin du Ve siècle, qui est à l'origine du développement de son culte et de pèlerinages, et par sa capacité à prendre le relais de cultes païens antérieurs. Si la filiation entre Mercure et saint Michel relève de l'affabulation, en Orient, l'assimilation du dieu Hermès, messager des secrets célestes et porteur d'âmes, à Michel est une réalité dont témoignent des médailles égyptiennes, de même que le fait qu'il ait succédé à Mithra sur certains lieux sanctuarisés comme le mont Gargan. Sa qualité de patron des eaux et des sources en Orient explique aussi le nombre important de basiliques et chapelles qui furent dédiées à l'archange au cours des premiers siècles.

Dans le domaine des représentations, s'opèrent également des transferts entre figures mythologiques et angéliques : les Amours qui ornaient les sarcophages romains, les Victoires qui ornaient les arcs de triomphe subissent une transformation en figures angéliques après que le christianisme est devenu religion d'État de l'empire romain.

Le terme hébreu malakh est passé tel quel en arabe (malak, pluriel malâ'ika), par l'intermédiaire de l'éthiopien, pour désigner les anges, cités 88 fois dans le Coran. L'ange Gabriel, cité trois fois et parfois associé à Michel (2, 97-98 ; 66, 4) est considéré comme l'ange de la Révélation, celui qui a dicté au Prophète le message coranique. Ce mode de transmission de la parole divine s'inscrit pleinement dans une tradition plus ancienne, dont témoignent les Apocalypses, y compris celle de saint Jean, dictée par un ange (Ap 1, 1).

La réalité angélique est un article de foi en islam, au même titre que l'unité divine, la mission des prophètes, les livres révélés et le jour de la Résurrection. Les anges sont de nature lumineuse ou ignée, ils ont reçu de Dieu la vie, la parole, l'intelligence (55, 15) ; soumis à la volonté divine, ils sont liés aux différents degrés de la Création. Le Coran distingue trois catégories d'êtres invisibles, les anges, les djinns et les démons (shayatîn), mais ils se différencient moins par leur nature que par leur rang, leurs attributs et leurs fonctions. Certaines allusions à des conflits entre anges et djinns ou à un culte des djinns (6, 100 ; 72, 6 ; 34, 41) pourraient signifier qu'une part au moins de ces êtres invisibles porte la marque de divinités antérieures et de cultes païens islamisés.

L'adversaire chassé du Paradis
Le rapport des anges à l'homme n'est pas fondamentalement différent de ce qu'il est dans la Bible. L'histoire d'Iblîs, qui refuse de se prosterner avec les autres anges devant Adam parce que c'est une créature d'argile et non de feu (2, 34 ; 15, 30-33) témoigne d'une supériorité de l'être humain par rapport au monde angélique. Chassé du Paradis, Iblîs devient l'adversaire, autorisé à tenter et égarer l'homme, à l'instar de Satan dans le livre de Job. De nature plus faible mais plus méritante, l'homme est créé pour servir Dieu de manière diversifiée, alors que les anges sont liés à des missions bien définies. Quant à Jésus, il est de nature angélique (rûh) et messager en tant que verbe de Dieu (kalima) ; si l'islam lui accorde par là un statut particulier, il n'en fait pas le seigneur et maître de tous les anges. Les anges du judaïsme, du christianisme et de l'islam ont, dans une certaine mesure, hérité des fonctions et des formes des anciens dieux, mais comme serviteurs généralement anonymes du Dieu unique. P.F.

Philippe Faure
Professeur d'histoire médiévale et président de la revue Connaissance des religions, il est l'auteur de Les Anges (Cerf, 1991) et de Les Anges dans le christianisme médiéval (Aubier, 2003).

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La répartition en chœurs
Il est difficile de parler de hiérarchie angélique à propos des anges de la Bible, bien que l'image de l'échelle, dans la vision de Jacob (Gn 28, 12) puisse suggérer un ordre céleste. Les Écritures ne font que mentionner des catégories d'êtres distingués par leurs fonctions et leurs noms : les séraphins d'Isaïe (Is 6, 2), les chérubins de la vision d'Ézéchiel, les hayyot ou « vivants » (Éz 1, 5), les ofannim ou « roues » oscellées (Éz 1, 16) ; le livre de Tobie fait allusion à sept anges qui se tiennent devant Dieu (Tb 12, 15) sans plus de précision. C'est dans la littérature mystique juive, dans les pseudépigraphes de l'Ancien Testament, que l'on peut trouver une hiérarchisation plus ou moins accentuée du monde céleste. Le premier livre d'Hénoch ou le quatrième livre d'Esdras distinguent sept anges supérieurs ou archanges et mentionne leurs noms (1 Hénoch 20, 1-8) ; la littérature dite des « palais célestes » (hékhalot) approfondit cette représentation en lui donnant le sens d'une révélation progressive des secrets divins, chaque degré du monde céleste étant placé sous la garde d'anges qui ont la charge de laisser passer le néophyte ou de lui refuser le passage.
Le Nouveau Testament ne comporte pas une présentation hiérarchique du monde angélique. Néanmoins, figure dans les épîtres de saint Paul une liste de noms : « trônes, dominations, principautés, puissances » (Co 1, 15-16), qui s'ajoutent aux anges, séraphins et chérubins intégrés dans la Bible chrétienne. Toutes ces catégories d'êtres invisibles sont utilisées assez tôt dans la liturgie et les hymnes.

Un écho à l'organisation sociale
La théologie dionysienne de la lumière marque profondément la spiritualité orientale, et, plus tardivement, celle du Moyen-Âge occidental, surtout au XIIIe siècle. Il faut dire que jusqu'à cette période, la représentation la plus courante du monde angélique est celle du pape Grégoire le Grand (590-604), qui ignore la notion de triade mais utilise la répartition en neuf chœurs, avec des variations. L'ordre « grégorien » permettait de distinguer essentiellement les anges voués à la prière et la contemplation de Dieu, les anges princes et combattants, et les anges messagers ou serviteurs. Cette tripartition a fait écho à la représentation de la société féodale, divisée par le discours ecclésiastique entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent.

La spiritualité médiévale a mis à l'honneur la relation entre les anges et les hommes, et plus précisément l'imitation des anges. Dans le contexte d'un monachisme triomphant, s'est imposé l'idéal du moine contemplatif, destiné à s'unir aux anges dans les cieux et à combler les rangs laissés vacants par les anges déchus. Plus tard, à partir du XIIIe siècle, l'idéal de l'imitation des anges s'est élargi aux laïcs et a pris en compte la diversité des missions et fonctions des anges. L'islam a également esquissé une hiérarchisation des anges, déjà suggérée par l'image coranique de l'escalier entre Dieu et le monde (Cor 56, 3-4). Dans un autre passage, les êtres célestes sont répartis en sept cieux, au-delà desquels des myriades glorifient Dieu (Cor 74, 33), en se déployant autour de son trône, et le prophète Mohammed entreprend de les traverser sous la conduite de Gabriel. Ces représentations ont permis l'essor de doctrines angélologiques en islam aussi bien sunnite que chiite. Influencées par le néoplatonisme, l'aristotélisme et par les conceptions de l'ancienne religion perse, les théosophies d'Avicenne (980-1137) et de Sohravardî (1155-1191) développent un schéma de procession de dix intelligences angéliques à partir de l'unité divine. Cette hiérarchie est doublée par celles des âmes, motrices des corps, et se trouve reliée à l'homme par l'ange de l'humanité, identifié à Gabriel, l'ange Esprit saint, dont émanent les âmes humaines. Ces doctrines conduisent à une anthropologie sacrée, pour laquelle l'ange est le pôle céleste de l'être humain. P.F.

Des fonctions symboliques
Combattant, guérisseur, adorateur ou messager : médiateur entre le monde sensible et le monde intelligible, l'ange assume différentes missions, révélatrices d'enjeux philosophiques et ésotériques universels.

Dans Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, Gilbert Durand, maître de la recherche sur les mondes symboliques et l'imagination, consacre quelques pages à l'ange. Il rappelle l'une de ses caractéristiques, commune aux imageries religieuses monothéistes : la possession d'une aile, l'« outil ascensionnel par excellence » ! L'oiseau, qui semble être un prototype de l'ange, est perçu comme symbole des horizons ; il est désanimalisé : « C'est pour ces motifs que nous attribuons tant de qualités morales à l'oiseau, qu'il soit d'azur ou de feu, et que nous négligeons l'animalité au profit de la puissance d'envol. » Dans le récit du baptême de Jésus, l'Esprit saint est associé à une colombe... Les armes de l'ange - épée, lance ou flèche - confirment cette dimension célestielle.

Pour sa part, l'historien de la pensée ésotérique européenne moderne Antoine Faivre souligne l'importance de l'angélologie pour saisir l'ésotérisme, plus particulièrement sa troisième composante, constituée par l'imagination. Ainsi, il est possible d'échapper à la représentation « populaire » et naïve, qui souvent domine à propos de l'ange. Les sciences humaines peuvent nous aider à faire naître de nouveaux questionnements, et à relever de nouvelles perspectives, et cela sans s'opposer aux lectures traditionnelles, qui ne sont pas de même nature. Nous n'entendons pas proposer une somme exhaustive d'informations sur les anges, mais seulement mettre en lumière quelques-unes de leurs fonctions, ainsi que certaines problématiques philosophiques et ésotériques qui leur sont associées.
Pour les croyants, la Bible et le Coran sont les premières sources de leur connaissance des anges. Pourtant, des spécialistes ont montré qu'une partie d'entre elles s'ancrait dans les cultures polythéistes assyro-babylonienne, perse, ougaritique, sudarabique. Les monothéismes empruntèrent des images, des formes et des fonctions. Ainsi, la figure biblique du chérubin est d'origine mésopotamienne : les kâribu, dont le corps était celui d'un lion ailé avec les pattes d'un taureau, protégeaient les palais de Babylone. Nous retrouverons leurs traces dans le texte de la construction du Temple de Salomon, à Jérusalem. Comme chez les Babyloniens, les chérubins protègent le lieu saint. « Il fit dans le sanctuaire deux chérubins de bois d'olivier sauvage, ayant dix coudées de hauteur. Chacune des deux ailes de l'un des chérubins avait cinq coudées... » (I Rois 6, 23).
Prenant appui sur les Écritures, les visionnaires juifs, chrétiens et musulmans vont hiérarchiser le monde angélique. Par exemple, Pseudo-Denys, un disciple chrétien du néoplatonicien Proclus, au Ve siècle, établira une structure en trois plans avec, sur le plan supérieur, la place des séraphins, chérubins et trônes ; pour le deuxième, celle des dominations, vertus et puissances ; et, enfin, au troisième, celle des principautés, archanges et anges. Le vocabulaire provient de la Bible (notamment Genèse 3, 24 ; Isaïe 6, 2 ; Col 1, 16 ; Éphésiens 1, 21). Dans le judaïsme, nous connaissons plusieurs formalisations, du livre des Jubilés, texte apocryphe du Ier siècle avant notre ère, qui classait les anges selon quatre fonctions - présence, sanctification, protection et maintenance de l'ordre cosmique - jusqu'à l'ésotérisme de la kabbale. Dans cette dernière, il existerait dix rangs d'anges, avec, pour chacun, un chef.

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L'ange cosmique
Les anciens philosophes distinguaient la cause première des causes secondes. Si la première correspond à l'action immédiate de Dieu, les secondes, elles, désignent les mécanismes immanents à la Création. Les anges furent souvent associés à ces causes secondes, avec pour mission de garder les structures de la nature vivante, afin d'empêcher qu'elle ne revienne à l'état de chaos. Le livre de l'Apocalypse nous renseigne sur cette fonction cosmique de l'ange : « Après cela, je vis quatre anges debout aux quatre coins de la terre ; ils retenaient les quatre vents de la terre, afin qu'il ne soufflât point de vent sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre » (7, 1). Un peu plus loin, les rédacteurs évoquent un « ange des eaux » (16, 5). Fidèle aux conceptions antiques, le cosmos est l'ordonnancement des quatre éléments. Dans son ouvrage, le Mysterium Magnum (1623), le théosophe allemand Jacob Boehme, qui consacre une partie non-négligeable aux créatures du ciel, écrit qu'« il existe des anges qui règnent sur les quatre éléments, sur l'air et sur le feu, également sur l'eau et la terre ».

L'ange protecteur et guérisseur
Les anges peuvent intervenir, sur ordre divin, lorsqu'un péril plane sur le fidèle. Un ange protège Daniel dans la fosse aux lions (Daniel 6, 22). Le psalmiste, lui, implore : « Aucun malheur ne t'arrivera, aucun fléau n'approchera de ta tente, car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes voies ; ils te porteront sur les mains de peur que ton pied ne heurte une pierre » (91, 10-12). Dans le Coran, les anges ont aussi cette fonction protectrice, comme le montre le passage où il est dit que Dieu envoie vers les humains des « anges gardiens » (6, 61). Les anges implorent le pardon de Dieu « en faveur des habitants de la Terre » (42, 5). Relativement à la fonction de guérison, nous avons dans l'Évangile de Jean l'épisode du soin apporté à des aveugles, boiteux, paralytiques, à la piscine de Bethesda, à Jérusalem. Le texte précise qu'ils attendaient « le mouvement de l'eau » provoqué par un ange qui « descendait de temps en temps dans la piscine » (5, 3-4).

L'ange de la mort
Le Coran mentionne des anges de la mort. Celui dont le nom revient, traditionnellement, est l'ange Israfil. Il est accompagné par deux anges, l'un de la miséricorde et l'autre du supplice. Leur rôle est primordial, car « quand l'heure de l'un de vous aura sonné, nos émissaires viendront recueillir son âme, sans jamais manquer leur tâche » (6, 61). Cette tâche consiste à présenter devant Dieu les deux livres de la vie du défunt, rédigés par les deux anges qui accompagnent chaque humain. Ces nobles scribes « sont au courant de tout ce que vous faîtes ! », dit une autre sourate (82, 11). L'Évangile de Luc semble partager la conception selon laquelle les humains, lorsqu'ils meurent, sont pris en charge par les anges (Luc 16, 22).

L'ange des révélations
Pour l'islam, le Coran est la parole divine révélée au prophète Mohammed. Par le biais de l'ange Gabriel, celui-ci n'est plus seulement transmetteur de messages particuliers, mais aussi porte-parole de Dieu : « Dis à qui se déclare ennemi de Gabriel que c'est lui qui, sur ordre de Dieu, a déposé progressivement dans ton cœur le Coran qui confirme les Écritures antérieures et qui constitue en même temps un guide et une bonne nouvelle pour les fidèles. Que ceux qui s'érigent en ennemi de Dieu, de ses anges, de ses prophètes de Gabriel et de Michaël sachent bien que Dieu sera l'ennemi de ses négateurs » (2, 97-98).

L'ange des initiations
L'histoire spirituelle des peuples ne s'épuise pas avec l'histoire des prophètes et des textes sacrés. Elle se prolonge à travers des personnages qui diront avoir été introduits dans le monde des secrets divins par des anges. Le livre des Jubilés, dans un contexte juif, indique que ce sont les anges qui apprirent aux humains l'écriture, plus précisément à Enoch. Au sein de la chrétienté médiévale, et même après, les saints et les mystiques nous lègueront leurs conversations avec les créatures angéliques. Pour l'islam, justement, nous ne citerons que L'Ennuagement du cœur, du soufi iranien Rûzbehân (XIIe siècle). Dans le récit de ses ravissements, il nous parle des diverses fonctions des anges Gabriel, Michel, Azraël, mais aussi Séraphiel.

L'âme du monde (l'anima mundi des Grecs et des Latins, la shekinah des Juifs, la sophia des chrétiens, l'âme universelle des musulmans) est un thème spirituel majeur qui irriguera une bonne part des traditions ésotériques. Profondeur qualitative du monde et de l'humain, cette âme relie les réalités singulières à l'ultime réalité, à l'Un. Elle est aussi médiatrice entre le monde sensible et le monde intelligible. Le théologien orthodoxe russe Serge Boulgakov nous apprend que l'âme du monde se dédouble en « ciel » et en « terre ». Alors que le premier est « le monde des anges, porteurs des archétypes sophianiques du créé », le second est « la réalité terrestre sous laquelle bouillonne le tohu-va-bohu, le chaos originel ». En une belle formule, il considère les anges comme formant « l'auréole céleste de l'âme du monde ». Ces spéculations trouvent en partie leur origine dans l'ésotérisme de la Renaissance. Au XVIIe siècle, dans une période qui met en place les conditions économiques, sociales et politiques de ce que le sociologue Max Weber nommera le « désenchantement du monde », il en est certains qui veulent maintenir les anciennes conceptions du monde relatives à la profondeur spirituelle de l'univers. Celui-ci n'est pas une collection d'objets, mais une constellation de signes, qui sont dans un dialogue cosmique les uns avec les autres, en raison des correspondances qui les lient. Ainsi les anges sont-ils souvent associés aux astres. En 1636, l'Italien Thomas Campanella, dans sa Metaphysica, rapporte une vision : « Je crois très fermement - et cela semble crédible à tous les peuples, comme en témoignent Philon et Origène - que les étoiles sont une république d'esprits surnaturels qui sont passés du monde du mental au monde corporel. » Pour lui, le corps de l'ange est le soleil visible et son âme assimilée à l'âme du monde.

La relation de l'ange et de l'humain est paradoxale. La proximité des anges avec Dieu fait d'eux des êtres supérieurs. L'ange apparaît parfois comme le futur de l'humain. Lors de la Résurrection, les hommes et les femmes, dit l'Évangile de Matthieu, « seront comme les anges dans le ciel » (22, 30). Le poète mystique musulman, Rûmi, dans son Diwan, écrit : « Quand tu auras transcendé la condition de l'homme, tu deviendras, sans nul doute, un ange ; alors tu en auras fini avec la Terre ; ta demeure sera le ciel. » Pourtant, l'humain jouit, dans la Création, d'un rang exceptionnel. Le Coran l'explique en abordant le thème de la chute des anges : « Et il apprit à Adam tous les noms ; puis les présenta aux anges en leur disant :"Faites-moi connaître les noms de ses êtres pour prouver que vous êtes plus méritants qu'Adam !" Et les anges de dire : "Gloire à toi ! Nous ne savons rien d'autre que ce que tu nous as enseigné ; tu es, en vérité, l'Omniscient, le Sage." Dieu dit alors : "Ô Adam ! Fais-leur connaître les noms de ces choses !" Et lorsqu'Adam en eut instruit les anges, Dieu ajouta : "Ne vous avais-je pas avertis que je connais le secret des cieux et de la Terre, ainsi que les pensées que vous divulguez et celles que vous gardez dans votre for intérieur ?" Et lorsque nous dîmes aux anges : "Prosternez-vous devant Adam !", ils s'exécutèrent tous à l'exception de Satan qui refusa avec orgueil, et fut ainsi du nombre des infidèles » (2, 31-34).

Dans le même esprit, mais en insistant sur les différences de nature, le théologien orthodoxe anglais Kallistos Ware met en relief l'idée que « notre nature humaine est (...) plus complexe que la nature angélique et dotée de possibilités beaucoup plus riches. Vu dans cette perspective, l'homme est non pas inférieur aux anges, mais supérieur ». La raison est que seul l'homme existe spirituellement, avec les anges, et corporellement. Mais les anges et les humains, en raison de la liberté qui les constitue, ont ceci de commun qu'ils participent à ce grand drame cosmique qui caractérise l'existence depuis la Chute. Les anges peuvent déchoir et se transformer en démons... M.T.

Mohammed Taleb
Professeur d'écopsychologie à l'École supérieure en éducation sociale de Lausanne, il a dirigé Sciences et archétypes, fragments philosophiques pour un réenchantement du monde (Dervy, 2002).

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Dans le Proche-Orient antique, déjà, la mythologie était peuplée de créatures divines à la fois bénéfiques et maléfiques : tel était le cas du redoutable Pazuzu, démon responsable de la propagation d'épidémies, mais que les hommes pouvaient aussi invoquer pour qu'il les protège. Pazuzu était paré d'une double paire d'ailes, iconographie particulièrement intéressante quand on sait à quel point le récit biblique est imprégné de l'ancienne culture babylonienne. Plus tard, vers le VIIe siècle avant notre ère, dans le mazdéisme - religion fondée, ou du moins réformée, par le prophète iranien Zarathustra -, le Dieu unique Ahura Mazdâ était assisté de sept archanges. Le plus puissant d'entre eux, appelé l'« Esprit saint » (Spenta Mainyu) mena une lutte céleste contre l'« Esprit mauvais » (Angra Mainyu), qui avait fait le choix de la révolte, entraînant dans sa chute les Daeva, dieux déchus désormais démons. Dans l'hindouisme, des anges rebelles, conduits par leur chef Moïsasour, qui avait excité leur orgueil, furent également chassés du ciel...

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L'éternel débat du sexe des anges
Purs esprits par principe mais qui pourraient assumer temporairement ou non un « corps subtil » ? Des siècles de querelle théologique ne sont pas parvenus à régler la controverse sur la nature et la corporéité des créatures angéliques.
Dans la ville de Montauban, en juillet 2009, trois jeunes catholiques intégristes ont vandalisé un dessin du peintre Ernest Pignon-Ernest représentant des anges dotés d'un sexe féminin. Ce dessin était affiché sur la façade de la cathédrale dans le cadre d'une exposition consacrée à Ingres. Ce fait divers, qui a provoqué un certain émoi dans le « landerneau » catholique, en dit long sur la bêtise de certains intégristes obsédés par la nudité et la représentation des sexes. Il illustre aussi, de manière caricaturale, la persistance de la querelle théologique sur le « sexe des anges ».
L'expression est passée à la postérité pour désigner des débats le plus souvent creux et qui n'en finissent pas. Et pour cause, comment concilier l'existence des anges, qui sont par principe de purs esprits, incorporels, avec des textes sacrés et une expérience religieuse qui incluent des manifestations angéliques sous forme de visions et d'apparitions et une floraison de représentations artistiques ? Ils apparaissent, mais sous quelle forme ? Sont-ils doués d'attributs sexués ? La vérité oblige à dire que jamais la tradition chrétienne n'a statué sur cette question, ouvrant la voie à toutes les controverses possibles. Et elles n'ont pas manqué.

Une image de lumière
Les anges de l'Ancien Testament - les visiteurs d'Abraham (Gn 18), l'annonce de la naissance de Samson (Juges 13), Raphaël et Tobie (Tb 5, 5) - sont le plus souvent décrits comme de jeunes hommes. La Genèse évoque aussi l'union des « fils de Dieu » (des anges selon certaines traductions) avec les « filles des hommes » (Gn 6, 2). Sur ce point, la continuité entre les traditions hébraïque et chrétienne est totale, puisque, dans les Évangiles, les anges qui apparaissent dans l'enfance de Jésus comme lors de la Résurrection, sont également de sexe masculin. Malgré ce verdict des Écritures, le débat sur la nature et la corporéité des anges s'ouvre aux IVe et Ve siècles chez les Pères de l'Église.
Ils ne peuvent concevoir une nature corporelle égale à celle de l'être humain, mais ils n'osent conclure à une nature purement spirituelle des anges : la spiritualité absolue n'appartient qu'à Dieu. À l'instar des Pères grecs, saint Augustin (354-430) reprend donc l'idée d'un corps éthéré, d'une corporéité très subtile, nettement distinguée de la corporéité grossière des démons. Mais chez Grégoire le Grand (540-604), les anges sont décrits comme de jeunes hommes aux cheveux d'or. Cette image de lumière se prolongera au Moyen-Âge dominé par la tradition monastique : chez les moines, l'idéal de l'imitation des anges s'exprime dans toute une littérature hagiographique comprenant des visions et des visites d'anges. La Légende dorée (recueil de vie de saints au XIIIe siècle) reprendra et diffusera cette tradition de la présence lumineuse des anges aux côtés des saints.
La querelle sur le sexe des anges éclate dans le monde byzantin déchiré, à partir du VIIIe siècle, sur le culte des images. La représentation de Dieu et de ses créatures est-elle légitime dans l'art chrétien ? Au concile de Nicée II, en 787, la controverse fait rage. Grâce à l'évêque Jean de Thessalonique, s'impose l'idée que si les anges sont bien de nature spirituelle, ils assument temporairement, lors des apparitions, un corps subtil avec ses attributs. Ils sont « circonscrits » dans une forme extérieure. Le patriarche Nicéphore de Constantinople qui, au siècle suivant, défend le culte des images contre les iconoclastes, soutient ce point de vue de la « circonscription » des anges. Mais le Moyen-Âge byzantin se divisera à perte de vue sur le caractère provisoire ou permanent de ce corps subtil.

Des représentations androgynes
Dans la tradition occidentale, la controverse sur la corporéité des anges reprend aussi au XIIIe siècle, aiguisée par l'essor du gothique qui se traduit par des représentations androgynes des anges, et parfois même des représentations féminisées, liées au développement du culte marial et des images de la Vierge comme reine des anges. Thomas d'Aquin (1225-1274), qui domine la période, insiste sur la nature spirituelle des anges plus que sur leur corporéité. En bon héritier d'Aristote, il leur prête une intelligence radicalement différente de la nôtre, qui a pour objet propre l'immatériel. Pour lui, la nature angélique est incorporelle. Elle n'est pas composée de matière, ni de forme.
En revanche, chez le franciscain Bonaventure (1221-1274), l'autre grand théologien de la période, les anges ont une nature complète, puisqu'ils se manifestent aux hommes. Plus que Thomas, le franciscain Bonaventure insiste sur la capacité des anges à assumer un corps. Ce faisant, il s'inspire de l'expérience mystique de François d'Assise qui reçoit la visite d'un séraphin sur la montagne de La Verna en Ombrie, en 1224. Une expérience religieuse qui va dans le sens de la manifestation des anges les plus élevés sous la forme d'une corporéité de feu ou de lumière, symbole de l'amour divin. Depuis les controverses médiévales, plus personne ne s'est aventuré dans le débat sur le sexe des anges, considéré comme clos. L'époque moderne de la théologie ne tranche pas la question de la corporéité de ces « purs esprits qu'on appelle aussi les anges », comme disait le pape Paul VI en 1968.

« Créés de feu » dans le Coran
La tradition musulmane fait aussi une large part aux anges. Elle n'est pas différente des traditions juive et chrétienne sur ce point. Le Coran les cite souvent, de même que les démons et les djinns qui sont aussi des entités spirituelles mi-anges, mi-démons. Les anges sont des « corps subtils », « créés de feu ». Pour l'islam, ces esprits éternels ne sont ni homme, ni femme, mais serviteurs de Dieu chargés de protéger les hommes de bien, d'informer et d'exécuter ses ordres de protection ou de justice. Tous sont asexués, incorruptibles et supérieurs aux prophètes. Ils sont aussi les vecteurs d'une connaissance spirituelle dont l'épisode fondateur est le miraj, l'ascension du Prophète dans les sphères célestes sous la direction de Gabriel. Dans la tradition soufie, et particulièrement chez Ibn'Arabî, l'ange est la forme suprême de la connaissance de Dieu. H.T.

Leur présence dans les arts
Des sculptures ardentes du Moyen-Âge aux audaces des peintres de la Renaissance, de la naissance des chœurs sacrés et de l'opéra à la fascination du cinéma pour l'invisible : au fil du temps, les représentations angéliques ont été le reflet des aspirations spirituelles de leurs contemporains.
L'art occidental s'est toujours interrogé sur la manière de représenter les anges, d'en imiter la voix dans une nostalgie prégnante des origines et de les mettre en scène. En effet, comment montrer ces « corps éthérés », comment traduire la substance d'êtres immatériels ? À travers les siècles, les représentations angéliques connaîtront de continues variations, perdant parfois leur sens sacré, des corps inachevés d'un Giotto au « réalisme symbolique » de l'Ecce ancilla domini du préraphaélite Dante Gabriel Rossetti, en passant par les sensuels « anges éphèbes » de la période baroque.

Une iconographie archétypale
Dès les premiers siècles, et pendant tout le Moyen-Âge, les anges prennent visage humain et sont représentés en groupe (à l'exception de saint Michel pesant les âmes). Inspirés des génies ailés de l'Antiquité, ils sont masculins, vêtus de bleu ou de blanc, référence à leur irradiante lumière. Au plus près de Dieu, ils veillent, debout ou en lévitation, mais volent rarement. Aux portails des cathédrales gothiques, viennent s'épanouir des archétypes de cette iconographie - « l'ange de Reims » et son bienheureux sourire par exemple - qui traduisent la foi ardente du XIIIe siècle. En Italie, chez Cimabue (XIIIe) et Giotto (XIVe), les anges conservent les valeurs médiévales - fond doré, symbole de la lumière divine, auréole stylisée, ailes multicolores et travaillées - mais annoncent déjà une liberté de traitement plus fidèle de la nature. Fra Angelico, au XVe siècle, intégrera aux compositions de ses prédécesseurs les audaces de la Renaissance, avec ses anges annonciateurs qui gagnent en épaisseur et en humanité. Beau jeune homme au visage androgyne chez Lippi ou Vinci, l'ange, chez Raphaël, est aptère, et illumine quant à lui le décor carcéral de La Délivrance de saint Pierre, par sa présence à la fois transcendante et incarnée. Une corporéité qui, au XVIe siècle, s'affirme aussi chez Véronèse ou Barbieri, dans un art italien où dominent la grâce et la créativité. Dans le Saint Matthieu de Rembrandt, très bel exemple de la peinture flamande du XVIIe siècle, si toute la lumière est centrée sur le visage de l'évangéliste, c'est qu'il est transfiguré par la parole de l'ange, qui pose sa main sur son épaule et lui souffle l'inspiration de l'esprit.

Le chant des mystiques
À l'époque baroque, l'ange revêt les traits d'un troublant adolescent, avec une implication érotique qui irritent les thuriféraires du classicisme. Dans le chef-d'œuvre du Bernin, l'Extase de sainte Thérèse, aérien et rieur, il terrasse la religieuse d'une flèche mystique évocatrice. Dans cette architecture complexe, se penchent au bord du vide des putti potelés qui prennent les traits de Cupidon, dieu romain de l'amour. Le XIXe siècle prête des traits féminins aux créatures célestes chez les préraphaélites (Rossetti), les symbolistes (Gustave Moreau) et dans l'Art nouveau. Depuis le début du XXe siècle et la crise du religieux, les artistes recourent encore au symbole angélique, mais de manière détournée, comme dans l'Angelus novus de Paul Klee, avec ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte et ses ailes déployées, qui incarne ici l'ange de l'histoire : « Du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès », écrit à son propos Walter Benjamin dans Thèses sur la philosophie de l'histoire (Denoël, 1971). Quant à L'Ange blessé des plasticiens Pierre et Gilles, photo retouchée avec des couches de peinture et de glacis, décor onirique et mise en scène théâtrale, il s'inscrit volontairement dans la culture populaire, avec une mièvrerie et un kitch assumés.

Saint Jean Chrysostome, Hildegarde de Bingen, la Bienheureuse Marguerite d'Oing : on retrouve dans les écrits des grands mystiques chrétiens des références au chant des anges, qui se déploie devant la « grande beauté » du Christ. C'est sous l'aile de l'ange que prendront ainsi naissance les chœurs sacrés et l'opéra. Et plus particulièrement les voix d'eunuques chanteurs, introduits au IXe siècle en Europe par les cours musulmanes d'Espagne.
Si les femmes peuvent chanter dans les couvents, cela leur sera longtemps interdit dans l'Église comme sur scène. Pour prolonger l'idéal de pureté et d'innocence non encore sexué qui sourd des chœurs d'enfants, la voix masculine sera traitée dans l'aigu, qui, par sa hauteur, évoque les sphères célestes. Pour y parvenir, on n'hésitera pas à mutiler avant la mue - jusqu'à la fin du XVIIIe siècle - des enfants dont on a repéré la voix de soprano. Car ces « Farinelli » (le plus célèbre des castrats, né au XVIIIe siècle à Naples) fascinent par l'étendue de leur tessiture mais aussi par ce timbre, incomparable, « hors-sexe », aux accents d'unité primordiale perdue.
L'opéra moderne poursuivra ce « dialogue » avec l'ange. Il prendra alors figure féminine, en révélant des facettes opposées. Elisabeth dans Tannhäuser (Wagner) ou Léonore dans Fidelio (Beethoven) sauvent et libèrent : « Un ange flotte à mes côtés dans des vapeurs de rose, un ange consolateur aux traits de Léonore ; il me conduit à la liberté, au céleste royaume ! », chante Florestan, son époux emprisonné. D'autres, débauchées, comme Leonora dans La Favorite de Donizetti (L'Ange de Nissida) ou Violetta, la Traviata de Verdi, connaissent quant à elles la rédemption grâce à l'amour... avant de mourir. Quant à Lulu, l'héroïne de Berg, mélange de perversité et d'innocence, c'est son versant « fatal » qui la fera qualifier d'un « toi, l'ange exterminateur ».

Gardien, déchu ou rédempteur
Le cinéma est fasciné par l'invisible et c'est tout naturellement que l'on trouve des créatures angéliques dans une centaine de films : ange gardien, déchu, exterminateur ou encore métaphore désignant un être vertueux comme dans Les Anges aux figures sales de Michaël Curtiz - où un voyou est touché par la grâce. Même rédemption dans Liliom (qui fera l'objet, dans les années 1930, de deux versions), histoire d'un mauvais garçon qui se suicide pour échapper à la justice, mais à qui il est donné une journée sur Terre pour racheter sa conduite. Chez Frank Borzage, les anges sont représentés comme des soldats divins, avec leur casque ailé. Dans l'au-delà, Gabriel sonne de la trompe, référence explicite aux représentations médiévales. Chez Fritz Lang, le héros est attendu par une cohorte de putti, mais aussi par son ange gardien (Antonin Artaud), qui regrette de ne pas avoir su le maintenir dans la voie juste. Les anges y sont fonctionnaires zélés, un peu désenchantés.
Comment oublier le réjouissant La Vie est belle de Franck Capra ? S'il parvient à sauver Georges, sur le point de se suicider, Clarence, ange gardien de seconde classe, gagnera ses ailes. Très loin de l'être lumineux de l'iconographie traditionnelle, cet ange-là cherche à obtenir ses galons mais avec une tendresse toute humaine. L'ange touché par l'amour fait aussi partie des thèmes récurrents au cinéma : dans Honni soit qui mal y pense, l'ange gardien (Cary Grant) répond à la prière d'un évêque uniquement préoccupé par sa future cathédrale et déboule dans sa vie privée. Mais il tombe amoureux de la femme de son protégé, qui lui demandera de repartir dans ses sphères lointaines. Le couple se retrouvera, la morale est sauve ; le ton, lui, résolument humoristique. L'Ange exterminateur de Luis Buñuel, titre faisant référence à l'Apocalypse, vise quant à lui à dénoncer la bourgeoisie et ses questions existentielles, avec la mort comme issue. Ce dernier thème se retrouve dans Orphée de Jean Cocteau, où la princesse, figure de la mort, a pour chauffeur l'ange Heurtebise. Créature habillée de noir, traversant le miroir d'un monde à l'autre mais surtout, amoureux d'Eurydice, il hésite à exécuter la sentence du tribunal de l'au-delà.

Vide spirituel et destin
L'ange qui, armé de sa terrible beauté, traverse tout de blanc vêtu Théorème de Pasolini, révèle la vérité de chacun des membres de la famille qu'il « visite » en ayant avec eux des relations sexuelles. « Après son brusque départ, rien ne restera du message laissé. Seule l'humble servante connaîtra le salut car, à la différence des bourgeois, elle n'a pas, selon Pasolini, substitué la morale à son sens du sacré », commentera alors la critique. Pasolini - à qui l'on doit le révolutionnaire Évangile selon Matthieu - montre ici le vide spirituel du monde, à l'exception d'Emilia qui empruntera le chemin de la sainteté. Le poétique opus de Wim Wenders, Les Ailes du désir, qui révèle un Berlin d'avant la chute du Mur, est traversé par deux anges veillant sur les humains. Damiel et Cassiel notent chaque détail de leurs pensées et leur redonnent parfois espoir, même s'ils n'ont pas le pouvoir d'infléchir leur destin. Damiel est fasciné par Marion, la trapéziste aux ailes d'oiseau. L'ange (Bruno Ganz) cèdera au vertige de l'amour en se jetant dans le vide... de l'Incarnation. Du noir et blanc de la vie angélique, le film passe alors à la couleur de la vie humaine. Dernier avatar_: Dogma, comédie pour adolescents montrant deux anges déchus cherchant à retourner au Paradis, dont la sortie a entraîné des plaintes de la Catholic League, à cause de son parti pris antireligieux. F.Q.

Retour des anges, l'état de grâce
Plus qu'un phénomène de mode, le regain d'intérêt actuel pour les anges révèle le rejet d'un Dieu lointain et abstrait, et un besoin de réenchanter le monde. Un désir que le marketing spirituel et les courants ésotériques ont su investir avec succès.
«Attention, ce n'est plus moi qui parle ! » Ce sont les premiers mots de Gitta, qui, pendant dix-sept mois, retranscrira, mot à mot, les messages de « l'ange ». 1943, au cœur de l'Europe déchirée, quatre jeunes - Hanna, Lili, Joseph et Gitta - vivent retranchés, avec pour seul espoir la quête de la vérité. Tous seront déportés ; tous sauf la Hongroise Gitta Mallasz. Publiés pour la première fois en 1976 (Aubier), traduit en 15 langues, ses Dialogues avec l'ange deviendront un best-seller planétaire. Un battement d'aile suffit à déclencher une tornade. Bien plus qu'un phénomène de mode, cette déferlante continue à faire des vagues du septième art à Internet. Les Ailes du désir de Wim Wenders, L'Ange exterminateur de Buñuel, ou plus récemment Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré, incarnés par Gérard Depardieu et Christian Clavier, ont sublimé sur grand écran les figures séraphiques, tandis que Mimie Mattie angélise le petit écran. Depuis douze ans, Joséphine ange gardien veille sur 8 millions de Français en moyenne à chaque épisode. La Toile est, elle aussi, devenue un ciel parsemé de bonnes étoiles, tant les sites Internet, blogs et forums d'angélologie scintillent. En deux clics, chacun peut identifier ses trois anges gardiens, selon la date et l'heure de naissance, à l'instar de « Who is your guardian angel ? » sur le site de réseau social Facebook, qui n'attire pas moins de 400 000 internautes. Numérologie angélique, tarots et jeux de cartes de divination alimentent une lucrative littérature, de moins en moins spirituelle. « Nos lecteurs ne veulent plus comprendre l'angélologie, ils veulent se comprendre à travers les médiateurs qu'incarnent les anges », remarque-t-on à la Fnac. Si Dialogues avec l'ange reste un ouvrage spirituel de référence, Communiquer avec son ange gardien de Haziel (Bussière, 1995) est un manuel pratique, qui caracole en tête des ventes. Avec vingt-quatre livres publiés sur le sujet, cet auteur prolixe livre un mode d'emploi pour entrer en relation avec les 72 anges recensés par la kabbale. Loin des étagères ésotériques, rayonnent également des témoignages angéliques, tels que la célèbre Enquête sur les anges gardiens du journaliste Pierre Jovanovic (J'ai Lu, 2004). Vendu à plus d'un million d'exemplaires et traduit dans neuf langues, ce livre s'adresse à « tous ceux qui ne croient en rien mais qui veulent comprendre tout ce qui reste inexplicable, tels que les anges, les miracles, les Near Death Experiences [les expériences de mort imminente] ».
En atteste l'ouvrage du directeur de la rédaction du Monde des Religions, le philosophe Frédéric Lenoir, sur Les Métamorphoses de Dieu (Plon, 2003) : « Ce qui fait la particularité de notre époque est que ce retour aux esprits n'est pas uniquement insufflé par les croyants mais également par les incroyants. » Ce « retour du refoulé » s'étaye sur le « rejet d'un Dieu lointain, uniquement transcendant », tel que « le Dieu rationnel des scolastiques, le Grand Architecte des maçons ou encore l'Être suprême des philosophes des Lumières ». L'homme ne veut plus éprouver un sentiment religieux en relation avec un Dieu abstrait voire abscons ; il éprouve le « besoin de réenchanter le monde, à travers le développement de croyances en des êtres intermédiaires entre l'humain et la divinité suprême ». « Alors que [ces] croyances avait quasiment disparu du christianisme depuis plusieurs siècles, la dévotion aux anges connaît un très fort regain », poursuit Frédéric Lenoir. Or, tout renouveau présuppose en amont un rejet, un oubli, voire un déni. Pourtant, les trois monothéismes, reconnaissant l'existence et la croyance aux anges, récusent toute désaffection angélique. « On a laissé croire que les catholiques avaient "éliminé les anges". Il n'en est rien ! Aujourd'hui encore, l'Église se joint aux anges pour louer Dieu », affirme Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France. « Les croyants, de leur enfance à leur mort, sont liés à un ange gardien qui intercède pour eux. L'angélologie n'est donc pas secondaire en catholicisme », insiste-t-il. Loin d'être secondaire dans le Coran, les anges constituent le « deuxième pilier de la foi musulmane », dit-on à la Grande Mosquée de Paris. Niant « tout oubli et par conséquent tout retour des anges, l'islam populaire continue de prêcher les 73 occurrences des anges citées dans le Coran », assure M. Iwaz, responsable de l'enseignement de la mosquée. Le Suisse Jean-François Mayer, historien des religions, nuance le propos : « S'il est vrai que les anges ne sont jamais tombés en désuétude, une rationalisation de la religion, amorcée depuis la Réforme, a aseptisé l'ésotérisme au sein du catholicisme. » « Et depuis Vatican II, on a nettoyé nos églises, renchérit l'historien des religions André Couture, professeur à Laval, au Canada. Les saints, les angelots et les archanges ont laissé place au Christ et à lui seul. Dans cette relation directe à Dieu, exit tout intermédiaire. » Selon Frédéric Lenoir, « au Moyen-Âge, le culte des saints dans le catholicisme et l'orthodoxie manifestait le besoin de se relier à des êtres supérieurs plus proches qu'un Dieu lointain ; aujourd'hui, l'engouement pour les anges exprime ce même désir et pallie ce manque ». Un désir que les différents courants ésotériques ont su investir. Récupérée à la fois par le New Age américain des années 1960 et par le néo-kabbalisme, l'angélologie s'est répandue en Europe dès les années 1970.

L'évacuation du manichéisme
Mais ce « retour » annonce-t-il l'avènement des mêmes anges ? Car derrière ce concept unique, une plurivocité d'anges papillonne. Si l'aggelos grec ou l'angelus latin désignaient un émissaire divin autorisé à répéter exclusivement la parole de Dieu, afin de ne pas faire d'ombre à la transcendance divine, le néo-kabbalisme les a convertis en conseillers, en guides, en « coachs », libres de toute parole, tandis que le Nouvel Age les a dotés de « forces » secrètes, révélées pendant les NDE, les expériences de mort imminente. Un glissement sémantique que l'on retrouve également dans l'évolution des représentations : « L'ange ailé croqué par le Moyen-Âge se métamorphose en chérubin enfantin et joufflu dépeint par la Renaissance, jusqu'à être sublimé en une lumière irradiante esquissée par les témoignages des NDE », commente Jean-François Mayer. En changeant de peau, l'ange a été réinventé. « Cette infantilisation de l'ange jusqu'à sa surnaturalisation a ainsi contribué à sa décrédibilisation », constate-t-il. Plus encore, elle a, se faisant, insidieusement occulté toute négativité angélique. Alors que le christianisme reconnaît l'existence d'anges exterminateurs, d'anges accusateurs, tel Satan, dont le rôle est d'incriminer les hommes au tribunal de Dieu, l'angélologie contemporaine a éconduit tous ces anges de malheur. L'ange n'étant là que pour faire le bonheur des hommes... et des femmes. Cette évacuation du manichéisme s'est sans doute déplacée dans la sexuation angélique. L'ange chérubin asexué est de nos jours incarné par des hommes et des femmes « nus comme des vers », souligne André Couture, « d'une beauté aveuglante », d'après Pierre Jovanovic, nouveaux mannequins de nos âmes.

Ces anges n'ont pas seulement pris l'apparence de l'homme, ils sont « devenus Dieu en l'homme », constate André Couture : « Aujourd'hui, les hommes ne veulent plus être en relation avec Dieu, ils souhaitent entrer en relation avec ce qu'il y a de divin en eux. Cette médiation vers leur propre fond divin ne se fait plus par Dieu mais par les anges, intermédiaires d'eux à eux-mêmes. » Est-ce à dire que l'homme s'est fait ange ? Question philosophique que Michel Serres ne manque pas de soulever dans La Légende des anges (Flammarion, 1993) : « Sommes-nous des anges nous aussi ? - nous communiquons à la vitesse de la lumière, nous nous déplaçons à celle du son et transformons les autres et le monde par nos paroles ! » Le philosophe nous invite à nous poser la question des intermédiaires divins, ces médias, à l'ère de la communication. Tel que l'économiste Jacques Attali, qui révélait, dès 1995, sa croyance aux anges. « En effet, l'idée d'une religion monothéiste est quelque chose de tellement insupportable en soi qu'il existe nécessairement des intermédiaires, qui transmettent les suppliques des hommes vers Dieu. À moins que ce ne soit l'inverse : nous ne savons jamais très bien, du reste, dans quel sens se passe la communication. » Le « retour » des anges est-il alors tant attendu par l'homme ou par les anges eux-mêmes ? C.T.

http://www.lemondede...es,10145403.php

Ce message a été modifié par atrahasis - 02 mai 2012 à 19:13.


#175 syl

syl

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Posté 03 mai 2012 à 08:40

par rapport à mes recherches....je pense qu'il s'agit de l'"alliance" qui joint ....ce que nous nommons pour nous  anges gardiens (et autres noms) à "chaque humain" : pour moi, " survivants manipulés"....

http://spirite.free....nge gardien.htm

(et tout ceci par rapport à "ce dieu machine" ).

ce serait un mariage.....sacré et une union .....interdite. (voire impossible).

#176 atrahasis

atrahasis

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Posté 04 mai 2012 à 07:06

Syl, je pense qu'il vaut mieux garder de partager nos idées pour plus tard. J'en aurai bientôt fini étant donné que là on atteint les limites de mes recherches et de ma compréhension. La thématique est aussi fort complexe et demande sa part de concentration. D'autre part tu risques d'être encore surpris comme beaucoup quand ils verront ce qu'il reste à dire...

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Les anges Michel et Gabriel et la tradition hermétique.

Si la filiation entre Mercure et saint Michel relève de l'affabulation, en Orient, l'assimilation du dieu Hermès, messager des secrets célestes et porteur d'âmes, à Michel est une réalité dont témoignent des médailles égyptiennes, de même que le fait qu'il ait succédé à Mithra sur certains lieux sanctuarisés comme le mont Gargan.

Cette association entre Michel et Mercure d’une part, et Michel et Mithra d’autre part m’a assez surprise de prime abord, parce que Mercure est un dieu lunaire, au contraire d’un Mithra, dieu solaire par excellence. Pourtant, si dans les deux cas de telles associations sont attestées, nous allons voir qu’il n’y a pas forcément de contradiction entre-elles. En entrant dans des considérations de nature cultuelles et hermétiques, il est possible d’expliquer ce « glissement ». Par ailleurs aborder ce point n’est pas évident, compte tenu que la science alchimique ne nous a pas été dévoilée dans ses détails et demeure mystérieuse. J’espère alors être en mesure de rendre les choses le plus justement possible au lecteur selon notre compréhension. Heureusement le concept de forum permet de progresser dans nos connaissances, en mettant les choses en commun et de se corriger par la suite si nous venions à nous tromper.

Par contre je suis scandalisé par l’attitude égoïste des personnes connaissant l’alchimie qui contribuent à garder secret ce mystère, en se réservant pour eux seuls l’explication de cette science. C’est un interdit - un tabou paradoxal de nos sociétés de liberté d’expression-, que je ne comprend pas. Durant la seconde guerre mondiale, militaires, savants et mathématiciens de tous pays se sont réunis afin de casser le cryptage des communications de l’Allemagne nazie, et ont brillamment réussi. Entre les mains d’une équipe de chercheurs, l’alchimie séculaire et son codage devrait se résoudre rapidement, pourtant il n’en a jamais été question. (Bref ca c’était pour le coup de gueule).

Il ne sera pas vraiment question de la Bible comme vous allez le constater.

Tout d’abord il sera question de Michaël en tant que dieu solaire, ensuite nous étudierons le rôle du dieu solaire, un moment attendu j’imagine, et enfin nous tenterons d’expliquer pourquoi Michaël est associé indifféremment à Mithra ou a Mercure.

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Michaël, dieu solaire.

Commençons par un texte assez obscur issu de l’enseignement de Samael Aun Weor, qui nous donnera une bonne vue d’ensemble (un rosi-crucien gnostique et fondateur de secte, pas toujours apprécié par ailleurs).

Citation

Le Christ est le pouvoir qui vient du Très-Haut.
Le Christ est le sauveur de Pistis-Sophia.
Si ce n'était du Christ intime, Pistis-Sophia ne pourrait pas sortir du Chaos.
L'Initié, rempli de Pistis-Sophia, sort du Chaos grâce au Christ intime.
Le pouvoir qui sort du Christ est le double du Christ ; le double du Christ donne l'impulsion érotique à l'homme.
Le Christ dédoublé ou, pour mieux dire, le double vivant du Christ, c'est Lucifer, le « Faiseur de lumière ».
Pistis-Sophia se libère grâce au « Faiseur de lumière ».
Dans le double du Christ se trouvent déposés les pouvoirs du Christ.
Le pouvoir qui sort du Christ intime et l'Ame christifiée de Sabaoth le Bon s'unissent, s'intègrent, fusionnent, pour ne faire qu'un seul rayon de lumière, un tout unique.
Ainsi, l'Homme-Christ revêtu du Soma Puchicon est un tout resplendissant.
Gabriel, en tant que Régent de la Lune, est l'un des sept Génies planétaires ; le Gabriel intime est quelque chose de différent, il est l'une des parties autonomes et conscientes de notre propre Etre.
Le Gabriel intime gouverne notre propre Lune psychologique.
La Lune psychologique a aussi deux faces, la face visible et la face cachée.
Dans la partie visible de la Lune psychologique, il y a tous nos défauts psychologiques visibles à première vue ; dans la partie cachée de notre propre Lune psychologique se trouvent les défauts secrets.
Il n'y a aucun doute que dans la partie cachée de notre propre Lune psychologique, il existe des défauts, des agrégats psychiques, des perversités que nous ne soupçonnons pas le moins du monde.
Michel, le Régent du Soleil, est un Archange ineffable, mais le Michel qui est à l'intérieur de nous est différent, il est une partie indépendante et consciente de notre propre Etre.
Nos lecteurs ne doivent pas oublier les quarante-neuf Feux. Ces quarante-neuf Feux sont, indubitablement, les quarante-neuf parties autonomes et conscientes de notre propre Etre.
Michel et Gabriel, c'est-à-dire, le Soleil et la Lune, le Soufre et le Mercure, servent à l'Alchimiste à réaliser le Grand-Œuvre.
Grâce au Magistère du Feu, les Initiés, comblés de Pistis-Sophia, achètent, délivrent la lumière de la Conscience emprisonnée dans les agrégats psychiques.
Il est indéniable que les agrégats psychiques sont du Mercure sec, à l'intérieur duquel la lumière de la Conscience est emprisonnée.
Nous devons annihiler les agrégats psychiques et le Soufre arséniqué.
Le Soufre empoisonné, arséniqué, est le Feu de type infernal dans les bas-fonds animaux de l'être humain.
Le Soufre arséniqué est l'horrible serpent Python qui se traînait dans la lie de la terre et qu'Apollon, courroucé, a frappé de ses dards ; c'est « la Queue de Satan ».
Nous devons distinguer Lucifer de Satan : celui-ci est le Diable, noir comme le charbon, Lucifer déchu.
Il nous faut blanchir le Diable, et c'est ce que nous faisons quand nous pratiquons intensément la Magie Sexuelle et que nous désintégrons l'Ego.
(…)
Le Mercure et le Soufre sont les éléments du Grand-Œuvre.
Pistis-Sophia ne peut reconquérir ses pouvoirs qu'au moyen du Soufre et du Mercure.
L'Initié resplendit personnellement des pouvoirs qui divinisent.
Les pouvoirs dont la lumière avait été perdue sont, précisément, les quarante-neuf parties autonomes et conscientes de notre propre Etre.
Toutes et chacune des parties autonomes et conscientes de notre propre Etre sont, précisément, les pouvoirs cosmiques de Pistis-Sophia ; chaque pouvoir est personnifié par l'une ou l'autre des parties autoconscientes de notre propre Etre.
(…)
Gabriel, le Mercure, et Michel, le Soufre, nous permettent, dans le Grand-Œuvre, d'entrer dans les Mystères de la Lumière.
Grâce au Mercure et au Soufre, nous pouvons recevoir le rayon de la lumière.
Jamais le Mercure et le Soufre ne soutirèrent la lumière des lumières de Pistis-Sophia. Bien au contraire, Gabriel et Michel enlèvent à l'Obstiné, à l'Ego, la lumière que les agrégats psychiques avaient dérobée.
Pistis-Sophia devient lumineuse lorsque le rayon de lumière extrait ou libère l'Essence qui était embouteillée dans les émanations de l'Obstiné (de l'Ego).
Nous savons que le rayon de lumière intégré est Christ-Sabaoth ou Lucifer-Sabaoth.
Les pouvoirs de lumière reviennent à Pistis-Sophia lorsque tous les éléments indésirables de l'Obstiné ont été annihilés.
Le Corps d'or, le To Soma Heliakon, que revêt Pistis-Sophia, resplendit de toutes les lumières qui ont été déposées en elle.
Il va sans dire que lorsque Pistis-Sophia se laisse tomber, elle perd le To Soma Heliakon, le Corps d'or de l'Homme solaire.
Les pouvoirs de Pistis-Sophia se relèvent lorsque l'Ego a été annihilé.
Les pouvoirs de Pistis-Sophia sont restaurés dans la lumière lorsque l'Ego meurt et ils croissent dans le sens de la lumière.
(…)
http://www.gnose-de-...stis-Sophia.php

Probablement personne n’a-t-il compris, au moins ca vous donne une idée du délire fanatique de ces dégénérés.

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La tradition a voulu que l’ange Michaël devienne un avatar du dieu solaire, messianique et justicier tel Melchisédek, on l’a vu.

Voyons plus en détails l’histoire de Saint Michel :
(source maçonique)

Citation

Afin de mieux comprendre la signification exotérique et ésotérique de Michel, il est bon de se reporter aux origines légendaires des deux princi¬paux sanctuaires consacrés à l'archange : celui du Mont Gargan, dans les Pouilles et celui du Mont Saint-Michel en Normandie.

Pour Saint-Michel du Gargano, voici le résumé d'une des légendes trans¬mises par les habitants de la région. C'est là qu'un bouvier, en l'an 490, recherchant un jeune taureau noir qui s'était égaré, le retrouva agenouillé à l'entrée d'une grotte, position surprenante pour un taureau... C'est alors qu'apparût au bouvier, dans l'ombre mystérieuse, la lumineuse image de l'archange Saint-Michel qui, dans toute sa gloire, lui ordonna d'instaurer ici son culte.

Cette légende aurait une certaine corrélation avec l'existence d'un culte païen rendu à Calchar présenté comme fils d'Apollon, culte qui exigeait le sacrifice d'un bouc égorgé sur le roc de la grotte. A chaque célébration, des participants s'enveloppaient alors dans la peau du bouc sacrifié et couchés sur le sol, attendaient tout au long de la nuit les oracles du dieu. Calchas fut un célèbre devin qui joua un rôle très important dans le siège de Troie, c'est lui qui ordonna le sacrifice d'Iphigénie et conseilla la construction du fameux cheval. Un culte lui fut rendu en Apulie, région dans laquelle se trouve le Mont Gargan.

La Légende dorée présente l'histoire légendaire du Mont Gargan d'une manière quelque peu différente, puisque christianisée. Il n'est plus ques¬tion de Calchas, mais le taureau est présent et joue également un rôle important. En voici le résumé : un taureau s'échappa d'un troupeau et grimpa jusqu'au sommet de la montagne. Son maître, habitant de la ville voisine de Manfrédonie, se mit à sa recherche, le trouva enfin sur la mon¬tagne près de l'entrée d'une caverne. Furieux, il lança contre lui une flè¬che empoisonnée ; mais celle-ci, comme repoussée par le vent, se retourna vers lui et le frappa lui-même. On vint demander à l'évêque de Manfrédo¬nie l'explication d'un tel prodige. Il ordonna un jeûne de trois jours, au bout duquel Saint-Michel lui apparût et lui dit : «Sache que c'est par ma volonté que cet homme a été frappé de sa flèche ; et j'ai eu recours à ce signe pour faire connaître que j'en étais l'habitant et le gardien ». Depuis un sanctuaire consacré à Saint-Michel a été érigé au Mont Gargan qui est devenu un lieu de pélerinage toujours fréquenté.

La légende se rapportant au Mont Saint-Michel en péril de la mer le relie au Mont Saint-Ange de Gargano et sur le grand axe qui relie de la Normandie aux Pouilles les deux grands sanctuaires, on relève maintes églises et chapel¬les qui sont consacrées à l'Archange, particulièrement en Auvergne.
Avant de rapporter la légende, il est indispensable de rappeler que les Gaulois avaient fondé sur le rocher qui fut appelé plus tard Mont Saint- Michel, un temple consacré à Belenus dont le symbole était le soleil, ainsi qu'un collège de druidesses, qui rendaient des oracles. Les Romains l'appelèrent d'abord Mons Tomba Beleni, puis, abolissant le culte rendu par les druidesses à Belenus, y élevèrent un autel à [/u]Jupiter[/u] et le rocher prit le nom de Mons Jovis (Mont de Jupiter) ou Mont Jou.

A cette époque le mont était relié au continent. Les Francs, devenus chré¬tiens, y édifièrent, sur le versant méridional, deux oratoires sous l'invoca¬tion de Saint-Etienne et de Saint-Symphorien. Le Mont Jou se dénomma dès lors Mons Tombae (ou Mont de la Tombe). Au Vie siècle, Saint Pair y fonda un monastère. C'est en 709, à la suite d'un affaissement de terrain dû à un tremblement de terre que le Mont de la Tombe fut séparé du con¬tinent et que la forêt de Scissy fut submergée, c'est l'actuelle baie d'Avranches ou du Mont Saint-Michel. C'est en 708, un an avant la catas¬trophe que Saint Aubert 12e évêque d'Avranches qui se retirait fréquem¬ment au Mont Tombe pour s'y livrer à la prière et à la méditation y érigea une modeste chapelle en forme de grotte, dédiée à Saint-Michel. La légende rapporte que l'Archange apparût par deux fois à l'évêque et lui commanda de bâtir une église en son honneur comme il en avait déjà une au Mont Gargan. Comme l'évêque, prudent, craignant d'être dupe d'une supercherie de Satan, ne se pressait pas d'obéir, l'Archange lui apparût une troisième fois et manifesta sa volonté par un signe visible, il appliqua son doigt sur le crâne de l'évêque, attouchement formant une petite concavité qui demeura ineffaçable. L'évêque, dès le lendemain, se rendit sur le Mont Tombe suivi d'un grand concours de peuple. Comme sa vision le lui avait annoncé aussi, Saint Aubert trouva sur le Mont, un taureau attaché à un arbre par des voleurs. L'espace foulé par ce taureau indiquait l'emplacement que l'on devait choisir pour y bâtir l'église ; ainsi fut-elle construite, et l'on y transporta du Mont Gargan une partie du manteau que l'Archange avait déposé sur l'autel ainsi qu'un morceau du marbre sur lequel il avait imposé son empreinte.

Dans les deux cas, nous constatons que c'est un taureau qui marque l'emplacement où doit être construit le sanctuaire consacré à Saint-Michel.

Le taureau a été l'une des représentations de Jupiter, qui d'après son éty¬mologie est le « Père du Ciel ». Comme signe du zodiaque, le taureau est le symbole de l'orgueil, de la force, de la confiance outrée dans sa puissance et dans ses propres conseils. Mais il est aussi le travail et le sacrifice géné¬reux : sous ce double aspect il est encore, comme dans les mystères de Mithra, le dieu se sacrifiant jusqu'à la mort pour assurer la pérennité de la vie. Dans les mystères orphiques, le taureau brise de sa corne l'oeuf dont le monde doit naître.

Dans la Kabbale hébraïque Michel (Mikaël) est identique à Métatron (…)

L'étymologie de Métatron est, suivant René Guénon, fort incertaine. Il avance que l'une des hypothèses émises à ce sujet le fait dériver du chal¬daïque Mitra qui signifie « pluie » ou «rosée » et par sa racine a un certain rapport avec la « lumière ». Le seul hymne du Rig-Veda où il est question de Mitra qui est l'un des sept fils d'Aditi, personnification du Principe premier, le présente sous une physionomie solaire, comme soutien de la Terre et du Ciel, de protecteur vigilant des peuples, de souverain bienfai¬sant et plein de sagesse ; il est l'ami par excellence. Dans l'Avesta, sa qua¬lité de puissance lumineuse et de génie véridique en font le juge des âmes après la mort. Il forme couple avec une parèdre Anâhita qui signifie en iranien immaculée. Le Soleil est l'un des symboles du Mithra zoroastrien qui est considéré comme l'Intermédiaire, le Médiateur entre le Tout puis-sant et le monde manifesté. Il est représenté comme naissant d'un rocher et du feu céleste. Et Michel, lorsqu'il apparût tout lumineux au Mont Gargan, s'assit sur une pierre où il laisse l'empreinte de son corps, l'évê¬que Aubert fit apporter un fragment de cette pierre au Mont Saint-Michel. (…)

http://www.ledifice.net/P072-3.html

Pour compléter le récit inhérent à ces apparitions :

Citation

Au début, il y a deux rochers de granit, l'un de près d'un kilomètre de circonférence et de quatre-vingts mètres de haut, l'autre, au nord, de moitié moins haut, d'où leur nom latin, dans l'ordre, tumba et tumbellana. Si le second est le diminutif du premier, c'est certainement à cause de leurs tailles respectives. Leur racine tu'm (éminence : butte, tertre, etc... ) est à chercher dans le patrimoine linguistique indo-européen, qui a donné le grec tumbos, le latin tumulus et le gaulois dunos. Cette racine est présente dans bien de nos toponymes : Châteaudun, Issoudun, Dunkerque, etc...

On oublia sans doute cette origine après les temps mérovingiens et on leur donna un statut de nom propre, qu'on accola à mons, la désignation latine d'une petite montagne, d'un mont. Il y eut le Mont Tombe, le grand, et Tombelaine, le petit, appellation francique peut-être dérivée de tumbellana. Peut-être, car les hypothèses dont diverses et ne manquent pas d'attraits. Par exemple, Tombe- Belen pour Belenos ("brillant"), dieu solaire celtique, du feu et de la lumière. L'archange Michel n'est-il pas lui-même un être solaire, étincelant, tout comme l'est Mithra, dont les adorateurs ont peut-être occupé le mont Tombe. En effet, une légende raconte qu'en 490, l'archange avait transmis sa volonté d'être honoré au fond d'une grotte par l'intermédiaire d'un taureau, qui y avait élu domicile. Quand on sait que les adorateurs de Mithra célébraient leur culte dans des lieux souterrains, qu'ils étaient baptisés du sang d'un taureau immolé au-dessus de leur tête, quand on sait que Mithra lui-même était dieu de guerre, de justice, médiateur psychopompe, et qu'on attribua ensuite à l'archange toutes ces fonctions, on comprend qu'il ne peut s'agir là de simples coïncidences. Surtout si l'on rapproche cela de la légende du mont Gargan (Garganus, une presqu'île située dans les Pouilles italiennes, sur l'Adriatique), d'après "La légende dorée" de Jacques de Voragine (1228-1298) :

"Les premiers chrétiens eurent certainement recours, dans leurs prières, à l'intercession des esprits célestes, comme l'attestent les plus anciennes liturgies et les Pères de l'Eglise. « Que Jésus-Christ et les saints Anges nous assistent dans toutes nos actions », écrivaient le martyr Némésien et ses compagnons à saint Cyprien. « Je prie les bons Anges de recevoir mon âme à l'heure de ma mort », disait saint Grégoire de Nazianze.
Mais il n'y eut aucune fête en l'honneur des esprits bienheureux, durant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, c'est-à-dire jusqu'à ce que le Ciel donnât lui-même le signal d'un culte public et solennel, par une apparition de l'Archange saint Michel.
Cette apparition eut lieu le 8 mai 492, sous le pontificat de Gélase 1er, sur le mont Gargan, aujourd'hui San-Angelo, dans le royaume de Naples.
Un riche habitant de Siponte avait ses troupeaux sur les flancs du mont Gargano. Un jour, se dérobant à l'œil des bouviers, un taureau disparut. Après bien des recherches, on le retrouva enfin sur la cime la plus escarpée de la montagne, à l'entrée d'une grotte, et les cornes embarrassées dans de fortes lianes.
Furieux contre les obstacles qui le retenaient sur place, l'animal se débattait si violemment que personne ne put l'approcher. Alors on lança vers lui une flèche ; mais, chose étrange, cette flèche se retourna à mi-chemin de sa course, et alla frapper celui qui l'avait tirée. Ce fait extraordinaire remplit d'une telle crainte les bouviers, qu'ils s'éloignèrent immédiatement de la grotte.
Cet évènement émut la ville de Siponte, et l'évêque ordonna des prières publiques. Trois jours après, saint Michel apparut au prélat et lui dit : « Je suis l'archange Michel, un de ceux qui se tiennent sans cesse devant le Seigneur. J'ai choisi ce lieu pour être vénéré sur la terre ; j'en serai le protecteur à jamais. »
L'évêque et les habitants se rendirent processionnellement jusqu'à la grotte du mont Gargano, et prièrent en l'honneur de l'Archange.
A quelque temps de là, Siponte vit ses ennemis dévaster ses campagnes et menacer la ville. La bataille s'engagea, et Siponte paraissait vaincue, quand, tout à coup, une formidable secousse ébranla le mont Gargano ; de son sommet, couvert d'une noire vapeur, jaillirent des éclairs et des foudres qui portèrent la terreur et la mort dans le camp ennemi.
Triomphante par le secours miraculeux de saint Michel, la ville de Siponte se montra reconnaissante à son puissant protecteur. Elle exécuta aussitôt des travaux gigantesques, afin de pouvoir accéder plus facilement sur le mont Gargano, et sur la grotte naturelle qu'elle fit revêtir intérieurement de marbres précieux, elle bâtit une belle église dont la dédicace solennelle eut lieu le 29 septembre 522, par le pape saint Boniface. Cette église est depuis le rendez-vous de nombreux pèlerinages, et de grands miracles s'y sont opérés par la puissante intercession de saint Michel.
De ce promontoire, comme d'une forteresse d'où il protège l'Eglise, le Prince des milices angéliques semble dire à l'univers entier : le Sauveur Jésus, mon maître, est Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; son Eglise a seule le pouvoir d'éclairer les intelligences, de gouverner les volontés et de sauver les âmes. Là encore, comme sur le mont Saint-Michel, s'élevant au-dessus de la terre et de l'océan, il répète cette parole qui foudroya Lucifer : Quis ut Deus ? Qui est semblable à Dieu ?
Glorieux Archange, vous que nos rois ont autrefois proclamé patron de la France, protégez-nous contre tous nos ennemis ; protégez particulièrement les pieux lecteurs de L'Ange Gardien, durant l'année qui commence ; nous vous conjurons de les placer tous sous votre impénétrable égide. Protégez toujours l'Eglise et la France !


Extrait de "L'Ange Gardien" n° 9, Janvier 1897, pp.292-294."

http://www.encyclope...nt-Michel1.html

Évidemment ce Saint Michel ne peut être comparé à l’ange de Dieu chez les hébreux. Le véritable Michaël, qui qu’il soit, ne pourrait jamais se permettre d’apparaître sous les traits d’un taureau et qui de plus exiger un lieu de culte de ses adorateurs. Par contre nous avions vu précédemment que Dionysos, entre-autre, apparaissait sous l’apparence d’un taureau à ses fidèles… Cette facétie du diable nous ferait bien sourire si elle n’était pas aussi sérieuse.

Un détail dont s’inquiète peu ces articles est le mot Gargan. Car ce mot porte en lui le souvenir des géants.

Toponymie
• Mont Gargan, près de Monte Sant'Angelo dans les Pouilles (Monte Gargano). Après l'apparition de l'archange Michel sur cette montagne en 390, on a donné ce nom à d'autres montagnes : en Seine-Maritime à Rouen (dont c'est une des collines, qui d'après la légende est issue de la perte de sa Rifl: "pierre à aiguiser"), et à Fresles (près de Neufchâtel-en-Bray). Après une nouvelle apparition de l'archange vers 710 au Mont Saint-Michel, le mont normand a parfois été appelé un "nouveau mont Gargan". Il y a aussi un Mont Gargan au sud de la Haute-Vienne (Limousin, en contrefort ouest du plateau de Millevaches).

Dans la mythologie celtique, Gargan serait le fils de la déesse Belisama qui restant vierge aurait été fécondée par l'esprit divin du dieu Belenos[réf. nécessaire].
Grand mangeur, coureur de jupon, bagarreur, un peu benêt mais au grand cœur, il mena une vie d'errance. Par certains de ses aspects, il n'est pas sans rappeler
• le Dagda irlandais ;
• le géant Gargantua immortalisé par Rabelais fils de Gargamelle et de Grandgousier (l'histoire et le thème français du Gargantua de François Rabelais, furent volés à Billon d'Issoudun en 1532).

Histoire
Le géant Gargan est associé par les Gaulois à la lutte contre les envahisseurs romains. Il aurait été conservé, même chez les populations christianisées, comme symbole de résistance. Il aurait ainsi prêté main forte contre les Anglais durant la guerre de Cent Ans.
Les religieux qui s'étaient attelé à christianiser définitivement l'Europe de l'Ouest ont lutté contre cette survivance d'un autre âge et l'ont associé à Satan. Les bénédictins ont ainsi affublé au Haut Moyen Âge les païens du sobriquet de Gargantuates, "ceux de Gargan".

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gargan

Le mont est bien entendu un Centre du Monde, un lieu de contact entre les deux dimensions.
Il est amusant de constater que dans certains contes et légendes folkloriques, les géants morts donnent naissance aux collines qui vallonnent le paysage. Alors que par ailleurs nous avons vu qu’elles étaient les tombeaux des amants de Sémiramis. De là se développe tout un bestiaire de l’imaginaire ; le troll par exemple est un géant vivant dans les montagnes. Ailleurs dans les histoires nous avons des ogres qui dévorent les enfants pas très sages, prenant soin de les faire bouillir dans une marmite (par le feu), souvenir des temps lointains de la religion de Saturne. Nos folklores contiennent énormément de « trésors ». (Par contre ce qui m’étonne est que ces histoires qui contiennent quantité d’allusions occultes soient destinées à des enfants, hypothétiquement trop jeunes pour en comprendre le sens, sans que cela ne choque le moindre quidam. Mais bon, les gens ont de toute façon accepté la politique de « l’initiation bon marché pour tous » à travers l’art parce que c’est aujourd’hui une condition pour la diffusion de l’œuvre, et donc de son succès. Qui a dit « monde de M… » ? :)).

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Le tueur du Dragon
Michaël est naturellement le dieu solaire, et comme tout dieu solaire, il transperce le dragon de sa lance. C’est l’occasion de revenir sur ce symbolisme que j’ai mal interprété précédemment. errare humanum est. C’est dans la mythologie védique que nous en trouvons l’explication correcte :

Citation

LA GRANDE DÉESSE
Sous quelques-uns de ses innombrables aspects

JOHN DEYME DE VILLEDIEU

(…)

b) Le meurtre du Dragon
Le rythme binaire de la respiration cosmique se trouve illustré dramatiquement par un double meurtre, celui bien connu où périt le Dragon, et qui revêt un caractère sacré. A l’aube de la Manifestation universelle, il s’agit d’un Sacrifice dans lequel les dieux sont en cause, alors qu’à la fin, le héros est humain et le Sacrifice qu’il offre est la contrepartie du premier. C’est qu’en effet, pour être achevé, le Sacrifice doit comporter deux actes où le Dragon qui, dans le premier cas, représente l’Obstacle à la Manifestation, ou descente cosmique, assume, dans le second cas, l’aspect d’un obstacle à la volonté de purification et de Délivrance du héros. Il s’agit donc d’abord d’une « descente » qui engendre le Monde, puis d’une « remontée » au Ciel. C’est le Sacrifice traditionnel auquel consent la Divinité en s’incarnant dans les humains, puis celui qu’en retour doivent réaliser les humains en se divinisant. Descente et remontée, on reconnaît là les deux mouvements caractéristiques de l’attraction vénusienne.

Nous retrouvons ici, clairement sacralisée, la violence mortifère que nous évoquions plus haut à propos de la chasse et de la guerre, et nous allons voir l’amour se mêler encore à cette violence, et de façon assez curieuse. Nous voici donc, une fois de plus, confrontés au rapprochement réputé antinomique de l’amour et de la mort. Mais ce qui est intéressent, dans le cas présent, c’est que nous allons voir se superposer l’acte d’amour et l’acte de mort, qui se révèlent, en fin de compte, comme symboliquement identiques.

Dans les considérations qui vont suivre, nous nous référerons essentiellement, en nous contentant de désigner les pages, à diverses observations d’Ananda K. Coomaraswamy dans son remarquable et très riche ouvrage, La Doctrine du Sacrifice, dont Gérard Leconte nous donne une précieuse traduction qu’accompagne une introduction substantielle.

L’histoire commence par la trahison que commet le dieu Indra. Jadis pourtant, « Indra et Namuci, le Titan et le Magicien dont l’identité avec Vritra est évidente, avaient été de joyeux compères, c’est-à-dire qu’ante principium ils buvaient ensemble de la liqueur appelée surâ. Un pacte est conclu, selon lequel Indra ne tuera Namuci « avec rien de sec ni d’humide, ni de jour ni de nuit », donc apparemment en aucun cas (…). Indra cependant découvre le moyen de tuer Namuci, échappant aux conditions de l’accord par un subterfuge » (p. 25) : et notamment, selon le Rig-Veda, il « arracha la tête de Namuci en la tordant » (p. 26).

Le Dragon, ici, représente la Divinité rétentrice, laquelle apparaît sous divers noms, tels, par exemple, que Namuci ou Vritra, et c’est à ce Dragon qu’il s’agit de ravir les eaux et toutes les richesses qu’il accapare et qui sont indispensables pour créer et nourrir le Monde. D’où la nécessité d’un Tueur de Dragon. Or, nous dit Coomaraswamy, dans Hindouisme et Bouddhisme (p. 19), « en réalité, le Tueur et le Dragon, le sacrificateur et la victime sont Un en esprit derrière la scène, où il n’y a pas de contraires irréductibles, tandis qu’ils sont ennemis mortels sur le théâtre où se déploie la guerre perpétuelle des Dieux et des Titans ».

  Quant aux modalités selon lesquelles s’accomplit le meurtre, elles varient, mais peuvent être cumulées. D’après les récits, la victime est souvent décapitée, ou parfois aussi démembrée, pourfendue, émasculée, transpercée… C’est comme une surenchère de violence et de cruauté, un acharnement, une soif ardente qui serait inassouvissable. Cependant il s’avère, en fait, que la victime n’est pas tuée vraiment. Comme le précise Coomaraswamy, « il ressort de la plupart des textes que le Dragon n’est pas mis à mort, mais grièvement blessé et rendu impotent » (p. 38, note 28). La confusion semble due parfois à une traduction maladroite : ainsi, par exemple, le sanscrit han, rendu par le verbe « tuer », comme le fait Caland, signifie plutôt « frapper » ou « blesser ». Ajoutons, quant à nous, que le français « tuer » dérive du latin tueri qui a, dans l’ensemble, le sens de « protéger », mais aussi celui plus particulier d’« éteindre ». En latin médiéval, on disait « tutare candelam », c’est-à-dire « tuer la chandelle ». Enfin, en vieux français, le verbe « tuer » signifiait d’abord « frapper », et aujourd’hui, il prend souvent le sens de « lasser, épuiser, exténuer ».

Coomaraswamy cite encore un autre exemple : « (dans la version de Keith), dit-il, c’est après qu’Indra a « tué » Vritra que Vritra enroule autour de lui ses seize anneaux, et nous devons comprendre que c’est après qu’Indra a « frappé » Vritra que la chose a lieu » (p. 114, note 26). Mais ce geste enveloppant de Vritra, après qu’il ait été « tué » ou « frappé », n’aurait-il pas quelque chose de voluptueux ? Nous sommes ici à l’origine de la création, et nous n’avons pas oublié que, dans les mêmes circonstances, le Très Mystérieux, lui aussi, selon la Kabbale, « frappe » son Vide qui répond en résonnant avant de donner naissance au Monde. De plus, Coomaraswamy explique fort clairement la chose. « D’une certaine manière, dit-il, le Dragon est toujours féminin par rapport au héros solaire, et peut être “tué” en plus d’un sens ». Par ailleurs, la racine shnath, « “percer”, en général Vritra ou Shushna », peut revêtir aussi un sens sexuel, par exemple quand il s’agit d’Urvashî (p. 119, note 39). Or Urvashî est une Apsara, c’est-à-dire une des nombreuses entités féminines du Ciel hindou, lesquelles sont des courtisanes célestes, bien qu’elles soient aussi tout autre chose car leur nom, Apsara, désigne étymologiquement « l’essence des eaux ». Le symbolisme de l’Eau est vaste et captivant, mais il nous faut rester ici dans les limites de notre problème.

Parmi les trésors que retient Vritra, les eaux vivifiantes ne sont pas des moindres, mais quand Indra le « frappe » de sa force virile (vîryêna), Vritra libère, avec la Lumière, les Eaux précieuses dont l’apport est indispensable à la création et à la subsistance du Monde (p. 44-45, 112). On voit qu’ici aussi intervient le signal du « Fiat Lux », et dans les mêmes circonstances, car toutes les traditions authentiques se rejoignent au sommet.

Coomaraswamy, cependant, nous ramène au vif de notre sujet. « L’Amour et la Mort, nous dit-il, sont une même personne. Il y a d’inséparables connections entre l’initiation, le mariage, la mort et l’assimilation digestive » (p. 195, note 12). « L’Indra solaire avale le Vritra lunaire “la nuit de leur cohabitation” (…) : Vritra doit par conséquent être envisagé comme femme d’Indra (…) et c’est en femme qu’elle connaît son Seigneur (…). Dans le langage érotique, être “tué” ou être in gloria, sont une seule et même chose (…). Et nous voyons aussi que le mariage est une assimilation de principes opposés, et qu’être assimilé, c’est mourir » (p. 196, note 13). On comprend alors toute l’importance du meurtre du Dragon lorsqu’on découvre qu’il symbolise à merveille l’acte de création. C’est « indubitablement la signification la plus profonde du Sacrifice Mors janua vitae » (p. 120, note).

Il y a dans tous ces mythes quelque chose de déconcertant. On y parle beaucoup de « tuer », et nous avons vu ce que l’on peut en penser, mais en même temps, et nous l’avons fait observer, le Dragon n’est pas véritablement mis à mort. En fait, semble-t-il, ce n’est qu’une part de la victime qui est sacrifiée, bien que cette part, cependant, soit assez substantielle, dans des conditions naturelles, pour entraîner la mort. Or nous sommes dans le monde du symbolisme, et les mythes, qui n’ont aucune raison de se plier aux modes terrestres, se contentent de suivre leur logique propre.

Quelles que soient les richesses dont nous ayons connaissance, elles nous arrivent d’en Haut. « Toutes choses, les Anges, les sciences, la gloire, la nourriture et la beauté proviennent de Vritra, qui gît privé de son contenu tel un sac vide, “rétréci et vidé” » (p. 38). « Vritra est dépossédé de son contenu, et il est comparé à une outre vide » (p. 114). Cependant, ces déclarations reçoivent un correctif. Ce dont Vritra est vidé, c’est seulement de « l’ensemble de ce qu’il connaît, l’ensemble de ce qu’il peut offrir », selon les mots de Maître Eckhart, c’est-à-dire, précise Coomaraswamy, « ce qui est évidemment son aspect fini et visible, sa “face”, car seul un “quart” de son être est “en devenir” (…), “les trois quarts demeurent cachés” » (p. 38, note 27). En effet, « ce qu’Indra obtient de Vritra est “ce par quoi lui, Vritra, est ces mondes” » (p. 112), donc le manifestable. Ces diverses remarques clarifient les propos suivants « lors du Déversement primordial (…), “Tout Ceci”, qui avait été dans “Cet Un”, fut répandu ou expiré » (p. 128 et note 57).

Il n’est pas difficile de reconnaître, dans ce riche texte de Coomaraswamy et dans les citations qu’il nous propose de différents textes traditionnels hindous, l’exposé « dramatisé » du passage du Manifestable à la Manifestation universelle. C’est un sujet, évidemment capital, sur lequel il revient sans cesse, et il nous en donne un aperçu, à la fois plus dépouillé et plus explicite que les fantastiques mythes hindous, dans quelques phrases de son article sur « l’Exemplarisme védique », paru dans la revue Études Traditionnelles en 1976. Il cite d’abord Tauler (The Following of Christ, § 154) : « l’Etre de Dieu est réparti également dans toutes les créatures, seulement chacun le reçoit selon sa réceptivité ». Et il ajoute, deux pages plus loin, à cette réflexion de Tauler, un appoint personnel. « Cet Esprit, écrit-il, ce Souffle ou ce Vent (âtman, prâna, vâta, ou vayu) (…) est le seul bien qui puisse être partagé et ainsi apparemment divisé : c’est l’Etre parmi les êtres, le souffle vital dans les êtres qui respirent » (p. 67).

Nous avons essayé, plus haut, de rendre clair ce dont Vritra va être « amputé », et c’est, en réalité, de sa part manifestable. Or il est encore quelque chose à observer : la future victime paraît avoir la prémonition du sort qui va être le sien. C’est ainsi que Vritra demande à Indra de ne pas le faire mourir, et lui propose même la solution qu’adoptera du reste Indra : « Ne lance pas ton foudre sur moi, lui dit-il, coupe-moi seulement en deux » (p. 115). Les choses, semble-t-il, se passent en parfaite connivence, comme si chacun des deux protagonistes avait son rôle à jouer, et se trouvait tacitement d’accord.

Le symbolisme de la dissociation originelle se répète dans toutes les traditions, à part quelques détails. « Dans le mythe védique de la création, la Personne (purusha) primordiale est divisée » pour fournir le Ciel et la Terre. « On a souvent, et à juste raison, comparé cette subdivision de l’Homme primordial à celle du géant Ymir » dans les récits nordiques. « De même, dans le mythe babylonien, Marduk coupe en deux Tiâmat, et façonne le Ciel avec sa partie supérieure » (p. 106).

Cependant, en ce qui concerne Vritra, s’il a désiré être « coupé en deux », ce n’est certainement pas par souci d’équilibre mathématique, mais simplement pour désigner deux parties, et comme nous l’avons vu, sa partie « en devenir » et « visible » ne représente que le quart de son être, dont les trois quarts restent donc invisibles, et en fait non manifestés, proportions du reste tout à fait traditionnelles.

Au gré de tous ces récits mythiques, nous relevons une chose tout à fait remarquable. En effet, « si Indra pourfend Vritra (…), cela revient à dire, en d’autres termes et du point de vue de la Personne (purusha), qu’il “se pourfend lui-même” (…), séparant ainsi les principes masculin et féminin qui n’avaient fait qu’un dans son unité androgynale » (p. 108). C’est qu’il ne faut pas oublier qu’à ce stade, in divinis, nous sommes encore dans un contexte de non-dualité, ce qui rend compréhensible cette fusion d’Indra avec Vritra, laquelle pouvait être envisagée comme « une représentation de l’Identité Suprême de deux principes complémentaires, divin et titanique, qui ne peuvent être caractérisés que comme “bien et mal” » dans notre monde où règne la notion de dualité, sinon même de dualisme (p. 238, note 86).

A la faveur de ce climat identitaire, il nous est alors aussi plus facile d’admettre que, dans la Mort sacrificielle où l’Un donne cours au multiple, « le démembrement est une fin désirée par la victime elle-même ; c’est la libération des principes emprisonnés, de “Tout Ceci” (l’Univers) jadis contenu dans “Cet Un” » qui expire et déverse à sa « mort » tout l’ensemble de cet Univers (p. 111), et qui se trouve alors lui-même délivré de cette pesanteur, partie manifestable il n’y avait encore qu’un « instant ».

Telles sont les circonstances essentielles de la première phase du Sacrifice, que l’on peut considérer comme un drame divin, et qui sont, en plus d’un cas, comme la préfiguration de la seconde phase du Sacrifice, laquelle incombe aux humains.

Ainsi Vritra, qui, comme on l’a vu, n’a pas été réellement mis à mort, survit « dans l’appétit qui est en nous (…), ou dans l’“âme sensible” (esthétique), que si souvent Rûmi appelle avec justesse le “Dragon”, avec lequel tout homme brave doit lutter dans son propre combat » (p. 115). Cet appétit est insatiable et avide de « tout ce que l’on peut désirer, tout ce qui nourrit notre existence, tout ce qui alimente les feux vitaux ; ce sont les nourritures de l’œil, du mental et ainsi de suite. Le feu de Vritra est la source de notre voluptas quand nous ne cherchons dans les œuvres d’art rien d’autre qu’une expérience “esthétique”, et de notre turpis curiositas quand nous avons “soif de connaissance” pour la seule connaissance » (p. 211212), c’est-à-dire, ici, une connaissance égoïste, d’ordre individuel et profane. Du reste, « la transmigration (samsâra) n’est rien d’autre que notre désir (…), car “On devient ce à quoi l’on pense” » (p. 212).

  Or ce sont justement « l’âme appétitive, le mental avide » qu’il faut sacrifier (p. 213). En fait, c’est le soi mortel, individuel, que le sacrifiant doit immoler (p. 115). En effet, « celui qui a tué son Vritra – qui a dominé son moi » obtient la Délivrance. Ainsi, lorsque nous sommes véritablement libérés, « les actes ne sont plus “nôtres” », et « c’est seulement en ce sens (…) que la chaîne causale du destin (…) peut être rompue », et cela, tout simplement « parce que “nous” n’en faisons plus partie » (p. 225).

http://symbolos-fg.c...eu_deesse2.html

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Un autre personnage auquel Michel/Michaël se rapporte est Apollon, souvent représenté comme un jeune homme ou un adolescent, et qui est ici encore une divinité puissamment solaire.

Apollon, (Απολλων) l'une des principales divinités grecques était dieu de la lumière, des arts et de la divination. Il est fils de Zeus et de Lèto, nait à Délos, où sa mère, poursuivie par la jalousie d'Héra, avait trouvé refuge.
(…)
Ses fonctions sont très variées.
Il est le dieu de la lumière, et conduit parfois le char du Soleil (Hélios). A partir du Ve siècle avant notre ère, les Grecs ont de plus en plus tendance à l'identifier avec Hélios (le Soleil).
C'est aussi un dieu agricole: à Amyclées (Apollon Carneios), en Arcadie (Apollon Nomios).
C'est le dieu des purifications, le dieu vengeur qui déchaîne les épidémies, le dieu protecteur, le dieu médecin avant son fils Asclépios, le dieu des arts, surtout de la poésie et de la musique.
Il est le dieu du chant et de la musique. Il tente d’apporter le bonheur aux hommes par la musique, spécialement par le phorminx, (espèce de cithare ancienne). Une tradition lui attribue l'invention de la flûte; mais cette tradition n'a rien d'antique. Chez Homère, Apollon n'a aucun rapport avec les Muses. L'Iliade nous le montre, il est vrai, jouant du phorminx aux banquets des dieux, et dans l'Odyssée il apparaît comme l’instructeur des aèdes . Du reste, ce n'est point lui, mais toujours la Muse, qu'invoquent les chantres épiques. Plus tard il apparaît comme le chef et le conducteur des Muses (Musagète).
Callimaque lui attribue l'invention de la lyre à sept cordes; tandis que, suivant la tradition commune, elle aurait eu pour inventeur Hermès, qui en aurait fait présent à Apollon après lui avoir volé ses boeufs. A la naissance d'Apollon, les cygnes de Méonie tournèrent sept fois autour de Délos en saluant au tant de fois de leur chant l'accouchement de Léto, et en mémoire de ce chant Apollon donna (ou fit donner) sept cordes à la lyre.
Quand il bâtit les murs de Troie, c'est au son de sa lyre que les pierres se déplacer d'elles-mêmes. Cette connaissance de la musique lui a valu certaines rivalités qui ont entrainé des luttes musicales (Pan, Midas et Marsyas).
Apollon est le dieu de la divination et celui des oracles. Le passé et l’avenir sont connus de lui, et il les fait connaître aux hommes. « il existe  trois sœurs vierges, ce sont les Thries, qui se complaisent à voler de leurs ailes rapides. La tête poudrée de farine blanche, elles ont leur demeure au fond du vallon du Parnasse : en ce lieu retiré, elles m'ont enseigné, sans que mon père s'en inquiétât, la science divinatoire dont j'étais avide, enfant encore et gardant mes bœufs. Depuis lors, elles voltigent çà et là, et elles se repaissent de rayons de miel et accomplissent chaque chose. Or, lorsque, rassasiées de miel nouveau, elles entrent en délire, elles consentent, avec complaisance, à dire la vérité. Mais lorsqu'elles sont privées de la douce nourriture des dieux, elles trompent et égarent en sens divers. »
(hymne homérique à Mercure)Il annonce la volonté de Zeus, comme Zeus l'annonçait lui-même autrefois à Dodone; il est, ainsi que le nomme Eschyle, le "prophète de Zeus". C'est de Zeus qu'il a reçu ce don de la divination ; il l'a communiqué ensuite à Hermès (lire ci-contre), et à plusieurs autres; ainsi à Branchos, à Calchas, à Cassandre, Iamos etc. Il s'est emparé de l'oracle de Delphes (l'ancien oracle de Gaia ou de Thémis), après en avoir tué le gardien, le serpent Python. Il est le dieu qui illumine l'esprit; toutefois ses réponses sont souvent obscures et absconses (d'où, le surnom de Loxias, l’oblique), car il ne convient pas que l'avenir soit révélé trop facilement aux hommes.
http://mythologica.fr/grec/apollon.htm

Apollon, du grec. Aussi appelé Phoebus (ou Phébus), le pure, le brillant. Fils de Zeus et de Latone, la région polaire ou la nuit, et frère jumeau d'Artémis (Diane). Sa naissance montre l'émanation de la Lumière à partir des Ténèbres. Un des dieux les plus populaires de la Mythologie grecque. Il est premièrement le Dieu de la Lumière, et aussi associé au Soleil, donc un donneur de Vie, de Lumière et de Sagesse à la Terre et à l'Humanité. Apollon et Artémis sont le Soleil Mystique et la Lune dans son aspect hautement occulte (voir La Doctrine Secrète, II, p.771). Apollon s'élève pour l'ordre, la justice, la loi, et la purification par la punition. Son attribut de "punisseur" du Mal est symbolisé par son arc, avec lequel, enfant, il punit Python. Il est la divinité qui saisit le Mal ; le guériseur, père d'Esculape (Asclépios) et qui est souvent identifié à lui ; et le Dieu de la divination, associé spécialement à l'Oracle de Delphes. L'autre assise principale de son culte se trouvait à Delos, son lieu de naissance.
Il était aussi le patron du Chant et de la Musique, des nouvelles fondations civiques, et le protecteur des cultures et des récoltes. Sa lyre est l'Héptacorde sacrée ou Septénaire, perçu comme la septuple manifestation du Logos de l'Univers et de l'Homme ; il est aussi le Soleil avec ses sept planètes (sacrées). Il répond d'une certaine façon aux Indra et Karttikeya hindous et, d'une autre façon, à l'Archange chrétien Michaël ; Janus était le dieu romain de la Lumière.
http://esopedia.urobore.net/Apollon

A suivre...

Ce message a été modifié par atrahasis - 04 mai 2012 à 07:16.


#177 atrahasis

atrahasis

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Posté 06 mai 2012 à 19:24

La divinité solaire

Je pense qu’à commencer d’ici vous allez comprendre. Le texte qui suit est une étude académique sur la divinité solaire en Ougarit. Retour donc dans l’ancienne Syrie. Dans ce cas-ci, ca peut paraître surprenant, la divinité solaire est de sexe féminin. Il sera expliqué pourquoi. C’est que nous sommes à une époque plus reculée dans l’évolution des religions. Mais cela ne change rien en définitive car son rôle reste le même. Et son rôle principal est celui de psychopompe.
Lisez plutôt :

Citation

LA DIVINITÉ SOLAIRE OUGARITIQUE
PAR ANDRÉ CAQUOT

La divinité solaire des anciens Sémites de Ras Shamra présente un aspect différent selon que nous interrogeons les grands poèmes mythologiques ou les textes non-littéraires : documents cultuels, en particulier listes de sacrifices. Cette dernière catégorie nous atteste la réalité d'un culte de ‘sps’ (1)

(
* Le nom ougaritique du soleil ‘sps’ se distingue des autres désignations nord-sémitiques de l'astre : ‘sms’. Le passage de ‘m’ à ‘p’ s'explique aisément : ‘m’ au contact de la chuintante ‘s’ a développé une occlusive de transition ‘p’ et la nasale étymologique a pu s'effacer, ‘sps’ <samps <sams. A. Dietrich (dans Orientalia, XXVI, 1957, p. 64) compare le passage de l'iranien samsër « cimeterre » au grec aajx^pa
et au syriaque sapsârâ. Le sexe féminin de la divinité solaire à Ras Shamra constitue une seconde particularité. C'est en Arabie du Sud que ‘sms’ était connue comme déesse. Mais les langues ouest-sémitiques révèlent une hésitation sur le genre grammatical du soleil : en hébreu semés est soit masculin, soit féminin, son pluriel (mishnique) samâsôt est de forme féminine. On a peut-être l'attestation d'une déesse solaire cananéenne dans une lettre d'El Amarna (éd. Knudtzon, n° 323, ligne 19) parlant du roi « qu'aime (auféminin) Shamash (constamment masculin en accadien) » : sa tiram (d) samas.
)

sans nous faire connaître les représentations mythiques qui pouvaient être attachées à cette figure ni l'importance de son culte dans la religion effectivement pratiquée à Ougarit. Le texte Gordon, Ugaritic Manual n° 1, lignes 12 et 17, mentionne l'offrande à sps d'un pgr « corps (d'une victime) » ou, plutôt « statue » (2). Selon le texte n° 5, lignes 11 et 14, on consacre à ‘sps wyrh’ « Soleil et Lune » un « sicle d'or » (tql hrs). Les deux grands luminaires sont ici associés. Une indication, apparemment liturgique (3), du poème Shahar et Shalim (Gordon, U.M., n° 52, ligne 54) nomme conjointement le soleil et les étoiles :

s'u ldb Isps rbt wlkbkbm...
« Allez, préparez (une offrande?) pour sps la Grande et pour les étoiles... »


II est possible que 1' « armée de sps » (1), mentionnée à plusieurs reprises comme une entité religieuse à laquelle on sacrifie, ait réuni autour du soleil la lune et les étoiles. On aurait là un témoignage en faveur d'une certaine forme d'astrolâtrie dont les grands textes du cycle Ba'al-Anat ne nous livrent aucun indice. Cette allusion invite à reconsidérer le problème de la notion vétéro-testamentaire de « l'armée des cieux ».
sdbâ' hassàmayim désigne nettement dans certains passages de l'A. T. l'ensemble des corps célestes : à Deutéronome 4-/19 « toute l'armée céleste » résume l'indication précédente « le soleil, la lune et les étoiles »; Êsaïe 34/4 et Daniel 8/10 confirment la signification astrale; Deutéronome 17/3 et Jérémie 8 /2 condamnent le culte de « l'armée des cieux » au même titre que d'autres formes d'idolâtrie. Mais cette armée forme ailleurs la cour de Yahwé : ainsi dans la vision de Michée fils de Yimla (/ Rois 22 /19) et l'interprétation la plus directe de Psaume 148 /2-3 consiste à voir dans « le soleil la lune et les étoiles » la désignation explicite des membres de l'armée de Yahwé (2). Avant la condamnation, deutéronomique ou prophétique, du culte de « 1'armée céleste », une adaptation au yahvisme a pu être tentée : Yahwé est alors représenté comme le chef de cette armée. En comparant la vision d’ Êsaïe 6 à celle de Michée fils de Yimla, on constate une « dé-astralisation » de la cour divine, mais il doit rester quelque chose de l'ancienne représentation dans le titre yahwë seba'ôt donné au dieu d'Israël apparaissant en gloire, même si cette épithète est riche d'un autre contenu (1).
On attribue généralement à l'influence mésopotamienne les pratiques astrolâtriques condamnées dans le Deutéronome et par les prophètes (2). La vision relatée à I Rois 22 /19 paraît étrangère à cette influence. Faut-il penser à une importation tyrienne, aisément concevable dans le royaume du Nord au IXe siècle, lieu et moment où est située la vision de Michée? À un emprunt fait à la Syrie du Nord, araméenne, comme pourrait y inviter une suggestion de K. Galling (3)? Sans prétendre établir une relation directe entre le milieu ougaritique et le milieu israélite, sans chercher non plus à retrouver entre eux des intermédiaires, disons que la mention dans les textes de Ras Shamra d'une « armée du soleil » objet de culte suggère la présence dans une religion (populaire?) cananéenne d'une certaine forme, imprécisable, d'astrolâtrie. Les Israélites ont dû la connaître et ont pu essayer de la yahviser, en faisant des astres des serviteurs de leur dieu national. Dès lors cette « armée » ne pouvait plus porter le nom de son ancien chef, le soleil, qui demeure toutefois nommé le premier des astres, mais celui de Yahvé ou, plus simplement, on l'appelait « l'armée des cieux ».

« L'armée du soleil » ne joue aucun rôle dans les mythes ougaritiques où devaient se trouver consignées les croyances officielles. C'est pourquoi on considérerait volontiers le culte de sb’u sps comme un élément de la religion populaire. Si nous interrogeons maintenant les grands poèmes, nous relevons plusieurs mentions de sps. Dans certains cas ce n'est pas autre chose qu'une personnification « poétique » de l'astre diurne et la traduction peut hésiter entre le nom propre et le nom commun. Ainsi quand on nous le décrit comme une source de lumière et de chaleur :

Gordon, U.M. n° 49/II, ligne 24, Ugaritic Literature, p. 43; G. R. Driver, Canaanite Myths and Legends, Baal, III /II, p. 110 :
« Ba'al est mort, Mot vient de le dévorer, le grain s'est gorgé de la pluie
tombée et mûrit au soleil
la lumière des dieux, sps (le Soleil) chauffe
les cieux sont fatigués du fait de Mot le fils divin. »

Même phrase aux textes ‘nt/V/25 et 51/VIII/21, avec une légère variante.
Gordon interprète l'a par l'arabe la'à, hébreu la'â « être fatigué ». La traduction de Gaster et Driver l'a smm « sans pluie » supposerait une métonymie faisant passer smm de « ciel » à « pluie » et, en ougaritique, la particule négative devant les substantifs est bl. La fatigue, l'impuissance du ciel exprime la sécheresse : c'est le moment où domine Mot.

L'épithète de « lumière des dieux », fréquemment conférée à sps, se passe de commentaire. Elle rappelle le titre mésopotamien de Shamash, munammir (d) Igigi u (d) Anunnaki.

La divinité solaire est la messagère des dieux. Au texte 129, elle porte la réponse de El à 'Athtar, au texte 49 /VI, elle transmet un message à Mot.

Ce rôle lui est attribué en raison du mouvement perpétuel de l'astre, intermédiaire entre le ciel et la terre, puisque son cours va de l'horizon au zénith et en revient. Les Mésopotamiens ont développé considérablement cette fonction de la divinité solaire pour en faire le psychopompe, unissant le monde des vivants au monde souterrain des morts; d'un autre côté, le mouvement perpétuel du soleil a été pour eux l'image de l'ubiquité, d'où l'omniscience reconnue à Shamash qui devient ainsi le gardien des traités et des lois, le garant de la justice et le champion du droit (1).

Trois textes méritent d'être regardés de plus près.

A) Gordon, U.M. 49/111, lignes 22 et s., U.L., p. 46; Driver, Baal III/
III, p. 112; J. Gray, The Legacy of Canaan, Leyde, 1957, p. 59.

El a eu en songe la vision du retour de Ba'al. Il ordonne à 'Anat d'aller
trouver sps.

El crie à haute voix à la Vierge
'Anat : « Écoute, ô Vierge 'Anat,
Parle à sps, lumière des dieux,
(Va) donc, 'Anat des champs, (dire) : O sps !
(Va) donc, 'Anat des champs, (dire) : El te charge
de Ba'al, 'Anat des labours (va dire
à sps) : Où est Aliyan Ba'al?
Où est le Prince, Seigneur de la terre? »
La Vierge 'Anat exécute l'ordre,
alors, elle se dirige
vers sps, lumière des dieux.
Elle élève la voix et annonce :
« Ordre du Taureau El ton père,
Parole du Clément, ton géniteur.
(Il m'a dit) 'Anat (des champs?) (va t' enquérir?)
du Prince, du Seigneur de la Terre. »
sps, lumière des dieux, réplique :
« Verse du vin (?) dans la cuve,
la nuit, pour ta parenté,
et je rechercherai Aliyan Ba'al. »


Nous apprenons donc que sps est « fille de El », comme les autres divinités ougaritiques. Pourquoi 'Anat, qui semble avoir reçu de El l'ordre de s'occuper de Ba'al, s'adresse-t-elle à la déesse solaire? Pourquoi est-ce sps qui entreprend la quête du disparu? Ba'al mort repose sous la terre. La divinité solaire, intermédiaire entre les mondes, a tout naturellement la capacité d'aller le retrouver dans son ténébreux séjour pour le ramener dans le domaine des vivants. C'est une illustration du rôle de psychopompe joué par la divinité solaire . Nous allons en voir un développement au texte C.

B) Gordon, U.M. 62 I, U.L., p. 43; Driver, Baal I, p. 108; Gray, p. 53.

'Anat a procédé aux rites funéraires de lamentation, elle s'est écrié :
« Ba'al est mort! », elle part maintenant avec sps à la recherche de son frère.

… Descendons
sur la terre ». Avec elle descend la lumière
des dieux, sps. Jusqu'à être rassasiée de pleurs,
(‘Anat) boit les larmes comme du vin. À haute voix
elle crie à la lumière des dieux, sps :
« Charge, je te prie, sur moi Aliyan Ba'al. »
La lumière des dieux, sps, obéit,
soulève Aliyan Ba'al sur l'épaule de
'Anat. Quand elle l'a placé, ('Anat) le fait monter
sur les hauteurs de spn. Elle le pleure
et l'ensevelit...


Nous venons de voir attestée à Ougarit la croyance au soleil psychopompe. Cette fonction de la divinité sps ne suffît sans doute pas à rendre compte du curieux détail que présente le texte B : la déesse solaire chargeant sur l'épaule de 'Anat le corps de Ba'al mort. On verra dans cet épisode la transposition poétique d'un phénomène physique : c'est le soleil qui fait remonter l'humidité répandue sur la terre vers les hauteurs où se reconstituent les nuages et d'où tombera à nouveau la pluie fécondante. Deux allusions de l'Ancien Testament font appel à la connaissance de ce phénomène ; selon Jérémie 10 /13, Yahwé « fait monter les nuages (yà'âlë ndèfïm) des extrémités de la terre » et on connaît bien la grandiose image d'Êsaïe 55 /10 : « de même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent qu'après avoir arrosé la terre, ... de même ma parole... ». L'eau qui vient du ciel retourne au ciel. Ba'al, divinité de l'eau, tombe du ciel et y retourne après avoir fécondé la terre, « après avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange », pour reprendre les termes mêmes d'Ésaïe. La buée qui sort de la terre après les pluies quand luit le soleil, telle est la réalité de l'expérience commune que les auditeurs du poème devaient saisir derrière cette intervention de sps lors de la « remontée » de Ba'al.

sps aidant 'Anat à remonter Ba'al c'est le soleil contribuant à rassembler les eaux répandues sur la terre. Si la divinité solaire joue un rôle à côté de Anat, c'est que le texte fait place, à côté du mythe proprement dit, à une explication du mouvement des eaux tirée de l'observation de la nature.

C) Gordon, U.M. 62 II, 1. 42 et s., U.L., p. 48; Driver, Baal I/VI,
p. 114.

On voit mal le lien de cet hymne à sps avec son contexte. Il chante la visite de la déesse solaire au séjour des morts.

Certes, tu manges
le pain du domaine des morts (?), tu bois
le vin des ténèbres, sps !
Les rp'im sont sous ta dépendance,
sps ! Sous ta dépendance sont les ‘ilnym
Tes témoins, ce sont les dieux, ce sont aussi
les morts.
Ton témoin, c'est Kuthar, ton associé,
Hasis, ta connaissance.


On ne peut percevoir dans ce passage l'écho d'une fable sur le soleil captif au royaume des morts, soit lors d'une éclipse, soit pendant l'hiver.
L'hymne n'est pas nécessairement une lamentation sur le sort de la divinité solaire. Il ne fait que développer la représentation en quelque sorte cristallisée dans certaines épithètes accadiennes de Shamash : sar etimmë « roi des ombres », bel mîti « seigneur des morts ». En parcourant sa route, l'astre du jour pénètre dans des régions où nul ne peut atteindre (1). Pendant la nuit, il visite les demeures souterraines et les morts ressentent sa présence autant que les vivants. Shamash se donne ainsi en spectacle aux monstres des profondeurs marines (2).

Dans les morceaux que nous venons d'examiner, la divinité solaire ougaritique a pour principale fonction de rechercher Ba'al dans le royaume des morts pour le conduire à 'Anat qui le rétablit sur son trône. Th. Gaster tient cette intervention du soleil pour un lieu commun des mythes de fertilité : il rappelle que dans l'Hymne homérique à Déméter, c'est Hélios qui console la déesse de la perte de Korè ; dans le mythe hittite de Telepinus c'est le dieu-soleil qui est d'abord envoyé par le dieu-tempête à la recherche du dieu de fertilité disparu (1). Il est probable que la divinité solaire n'assume pas cette tâche uniquement en raison de ses fonctions d'intermédiaire et de psychopompe. Le retour de Ba'al, de la pluie fécondante, est commandé par le rythme des saisons dont les phases du cours solaire, solstices et équinoxes, marquent les moments. Mot règne pendant la sécheresse, Ba'al pendant la saison humide. Th. Gaster va peut-être trop loin en intégrant dans le mythe de fertilité (cycle Ba'al-'Anat) le cycle Ba'al- Yam, disant que Ba'al peut seulement exercer son empire lorsqu'il a vaincu la Mer qui au début de la saison pluvieuse menace de s'emparer de la terre. Il y a certainement plus dans le récit de la lutte de Ba'al contre Yam qu'une étiologie des tempêtes d'équinoxe : c'est une variante, mutilée, du scheme de la Création-victoire sur un monstre marin et la célébration de l'exploit primordial se fait en l'honneur de Ba'al parce que le dieu de fécondité, chargé de tous les espoirs du peuple, a vu son rôle grandi jusqu'à celui de démiurge.
La ferveur des cultes agraires a été pour l'ougaritique Ba'al en facteur de promotion analogue à ce qu'a été pour le babylonien Mardouk la fierté nationale.

Le peu d'importance de sps dans ces poèmes nous montre que la religion ougaritique officielle n'entretenait pas de mythe, ni de culte, solaires. sps ne fait qu'introduire dans le mythe de fertilité un élément d'explication de caractère scientifique, emprunté à l'observation de la nature : c'est le soleil qui préside à l'alternance des saisons, c'est sa chaleur qui provoque la reconstitution des nuages. Mais sps n'agit pas de sa propre volonté, elle n'est que l'auxiliaire de 'Anat et obéit aux ordres de El que 'Anat lui transmet. Le drame agraire se joue dans la nature, suit les épisodes du cycle de l'humidité et de la végétation mais ses protagonistes demeurent tout autre chose que les forces naturelles et les éléments dont ils se servent. Tandis que sps, comme Ba'al et Mot, est très proche de son support matériel, 'Anat et El ne peuvent être décrits en termes de mythologie naturaliste.

http://www.persee.fr..._num_36_1_5449#

On regrettera que l’auteur se soit contenté de se limiter à l’explication ‘saisonnière’ du mythe.
Je pense que vous comprenez la difficulté de travailler avec les mythes. On ne peut pas travailler avec sans tenir compte du culte qui existe derrière. Or le culte nous est généralement mal connu. Les mythes sont allégoriques. Le cycle de Baal puisqu’il en est question est un mythe allégorique des cycles de la nature. Mais en même temps, il est hermétique.

Je voudrais aussi me permettre cette petite réflexion que j’ai eu : je suppose que la racine ‘sms’ (Shamash) du dieu solaire vous a évoqué une analogie amusante : les textos que nous envoyons sur nos portables ^^ Aujourd’hui nous envoyons des messages ‘sms’ quand à l’époque ‘sms’ était le nom du dieu solaire sémitique, messager des dieux. A mon avis cette coïncidence n’est pas fortuite et dissimule un certain trait d’humour de ses inventeurs.

Voyons maintenant du côté d’un symbole solaire très répandu, à propos d’un certain volatile parmi d’autres : le coq.

Citation

Le coq est un symbole solaire universel du fait que son chant annonce le lever de l’astre-roi. En Inde, il est l’attribut de Skanda, qui personnifie l’énergie du soleil.

Au Japon, son chant, associé à celui des dieux, fit sortir Amaterasu, déesse du Soleil, de la caverne où elle s’était cachée, ce qui correspond à la manifestation de la Lumière. (…)
En outre, le coq est également efficace contre les mauvaises influences de la nuit qu’il éloigne des maisons si les occupants placent son effigie sur la porte.

Dans le bouddhisme tibétain, le coq est un symbole exceptionnellement néfaste: il figure, d’ailleurs, au centre de la Roue de l’existence, associé au porc et au serpent, comme l’un des trois poisons. Il symbolise le désir, l’attachement et la convoitise qui mettent en mouvement la roue de la Loi.

En Europe, le coq est une des images de la colère, manifestation explosive d’un désir démesuré et contrarié.

Les traditions grecques nous rapportent que Velchanos, le dieu au coq des Crétois, a été assimilé à Zeus. On retrouve le coq aux côtés de Léto, enceinte de Zeus, lorsqu’ elle donne le jour à Apollon et Artémis. Ainsi, le coq est-il consacré aussi bien aux dieux solaires qu’aux déesses lunaires.

Toutefois, le coq est un symbole spécifique d’Apollon. D’ailleurs, un coq était rituellement sacrifié à Asclépios, fils d’Apollon et dieu de la médecine, car le volatile annonçait dans l’autre monde l’âme qu’il allait y conduire. Asclépios est d’ailleurs le dieu qui avait, grâce à ses médecines, opéré des résurrections sur terre.

C’est pour cette même raison, que le coq était également l’emblème d’Attis, le dieu solaire oriental, mort et ressuscité. Ce rôle de psychopompe explique aussi pourquoi le coq est attribué à Hermès, le messager qui parcourt les trois niveaux du cosmos.

Le coq apparaît, avec le chien et le cheval, parmi les animaux psychopompes offerts en sacrifice lors des rites funéraires des anciens Germains.

Les traditions nordiques voient en lui un symbole de vigilance guerrière, posté sur les plus hautes branches du frêne Yggdrasil pour prévenir les dieux de l’attaque des géants.

Le coq fiché sur la flèche d’une église est le protecteur et le gardien de la vie. C’est un emblème du Christ, au même titre que l’aigle et l’agneau, symbole de Lumière et de résurrection.

Dans le Livre de Job, il est le symbole de l’Intelligence venue de Dieu, alors que l’ibis a reçu la sagesse du Seigneur.

Le Talmud le considère comme un signe d’urbanité, car il annonce l’arrivée de son Seigneur le Soleil par son chant.

En Islam, le coq jouit d’une vénération sans pareille. Le Prophète affirme que le coq blanc est son ami car il signale la présence de l’ange. Le Prophète interdit d’ailleurs de maudire le coq qui appelle à la prière.

Dans les rêves, le serpent et le coq sont à interpréter comme le symbole du temps.

http://opaline.forum...mbolique-du-coq

Citation

Identités et cultures dans le monde méditerranéen antique, p.286 :

(…) L’œuf, symbole cosmique lié à la genèse du monde, est aussi un des symboles de la rénovation périodique de la nature et M. Éliade a insisté sur le fait que « le symbole que l’œuf incarne ne se rapporte pas tant à la naissance qu’à une renaissance, répétée suivant le modèle cosmique… L’œuf confirme et promeut la résurrection. »
Comme ces œufs sont parfois des œufs d’oie, on se souviendra que l’oie est, dans la tradition celtique continentale et insulaire, l’avatar féminin lunaire du cygne solaire et la messagère de l’Autre Monde.

Le coq aussi a une forte valeur symbolique comme animal solaire qui annonce la lumière et la vie, plus particulièrement la nouvelle vie de l’âme, symbole lui aussi de renaissance, comme le soleil renaît chaque jour. En Grèce, il est particulièrement associé à Apollon, dieu-soleil et à son fils Asclépios, dieu guérisseur, à Attis, dieu solaire, mort et ressuscité, à Dionysos, lui aussi mort et ressuscité, à Hermès, dieu psychopompe et à Perséphone/Coré, divinité infernale redoutable ou reine des Bienheureux, garante du salut éternel et du retour de la végétation. Le coq était particulièrement lié aux croyances pythagoriciennes, selon lesquelles il était consacré à la lune et au soleil, au point que Lucien (Gall. 4), jouant sur les mots, identifie le « Gallus » (= coq/Gaulois) à Pythagore lui-même. (…)
http://books.google....epage&q&f=false

La question à savoir pourquoi saint Michel / Michaël, héros solaire, a pu être associé à Mithra en même temps qu’il a pu l’être à Mercure/Hermès, dieu lunaire, vient de trouver sa réponse. C’est ce rôle de psychopompe qui fait le lien. Le héros solaire est voyageur de l’astral, il descend et remonte les sept cieux, à l’image de l’astre diurne. Il est fils de la divinité suprême, comme tout initié, le pendant terrestre de la divinité céleste.

Rappelez-vous que le Coran insiste sur le fait qu’Allah n’a pas de fils ou de filles. Lorsqu’il est question de cette divinité suprême il ne peut donc s’agir que de Satan.

Michaël, associé à Mithra, Mercure/Herrmès, ou encore Anubis.

Il reste ensuite à comprendre pourquoi Mercure est considéré comme lunaire. En fait c’est tout simple, trouvé sur un site d’astrologie :

Citation

Le soleil n’a pas toujours été masculin ; quelque peuples l’associent à la lune, en souvenir d’Apollon, dieu lunaire avant sa « mutation » (ou sa permutation avec la force solaire de sa jumelle). Chez les Dogons, le soleil est femelle, matrice fécondée et chez les Celtes, il est symbole féminin. Ou encore comme chez les Mongols où il est appelé « le cheval du mirage ». Mère soleil et père lune y sont adorés. Les Samoyèdes parlent d’un œil bon, le soleil, et d’un mauvais œil, la lune. Parions que le bon est le droit et le mauvais le gauche. En Inde, le soleil se nomme aussi Surya le brillant, fils du dieu suprême, manifestation de la divinité, frère de l’Arc-en-ciel. Il est l’œil de Dieu, comme Caïn s’en souvient.


Les amateurs de logos illuminatis vont être ravis :

Citation

En astrologie, le Soleil est représenté comme un cercle, avec un point au centre, évoquant l’œil symbolique du monde. Un disque solaire offrant la même image est suspendu au cou des Hébreux.

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Parfois, le soleil est psychopompe, accompagnateur des morts, à l’image de la barque solaire. Il s’enfonce dans la terre avec le mort et réapparaît au matin. D’où la grande terreur des humains de le voir disparaître à jamais.

En Chine, pour devenir immortel il suffit de manger des graines de tournesol et d’absorber l’essence solaire.

http://www.sylvie-tr...arait-au-matin/

Le personnage de Mercure/Hermès nous vient d’une époque lointaine où le soleil était féminin, le Père céleste était alors lunaire. Ce qui ne change rien à notre interprétation en définitive !


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Les anges Gabriel et Michael dans l’art expriment un savoir caché. Des anges féminins, androgynes ou bien l’expression de la déesse solaire ?

Voici un autre texte qui nous parle de l’archange et de sa symbolique hermétique :

Citation

"Saint Michel Archange et ses rapports symboliques avec le Grand Oeuvre Hermétique "
Patrick RIVIÈRE
En ce 25 Août, Saint-Louis, 1999

“ J'aperçus un effroyable dragon qui avait un énorme dard à trois pointes qui cherchait à me lancer son haleine mortelle... ”
Cyliani, in Hermès dévoilé.
(…)

Saint Michel, reconnu en tant qu'Archange (cf. St Jérôme, St Thomas d'Aquin), fut très vite considéré par les chrétiens tel le "Prince de la Milice Céleste". Il apparaît très tôt comme l'archistratégos des armées angéliques. Visant à triompher de l'erreur spirituelle, il eut à mener le combat contre Satan et les Anges rebelles ayant suivi Lucifer, relégués aux enfers lors de la Chute (cf. le Livre d'Énoch) et devra entamer la lutte eschatologique, précipitant le Dragon, du Ciel sur la Terre où il transmettra son pouvoir destructeur à la monstrueuse "Bête" de l'Apocalypse (chap.XII-XIII).
L'Archange, célébré traditionnellement le 29 Septembre, soit quelques jours à peine après l'équinoxe d'Automne, dans le signe zodiacal de la Balance, a toujours été considéré comme le saint Patron de la Chevalerie ayant pour attributs l'épée et justement la balance de justice servant à la "pesée des âmes" rappelant la psychostasie de l'Egypte ancienne où le dieu Anubis tenait lieu de psychopompe. On assiste ici à la juxtaposition des fonctions chevaleresques et judiciaires : l'épée, dans la main droite de l'Archange et la balance dans sa main gauche ; Saint Michel s'affirmant ainsi comme l'agent de la Justice divine.
Il n'est pas anodin de remarquer en outre que certains anciens lieux de culte antérieurement dédiés à Anubis le furent ensuite à Lug-Hermès-Mercure, Apollon-Bélénos, puis à Saint-Michel pour finir. Et du Mt Gargano en Italie, ainsi que de nombreux sites associés au mythique Gargantua, au Mt Saint-Michel (Tombelaine: "Tombe de Bélen", le soleil couchant), l'Archange terrasse traditionnellement le "dragon".

En l'an 492, l'évêque Laurent eut la vision du "Chef des Milices Célestes" qui s'imposait au Mt Gargano d'Apulie, dans la région des Pouilles, en Italie, qui permit d'évincer le paganisme qui sévissait alors en ce lieu. Saint Michel apparut de même à Aubert, l'évêque d'Avranches. Notons que les principaux sanctuaires qui lui sont dédiés s'alignent suivant une direction NOSE, formant avec le Nord géographique un angle de 60°. Ainsi trouvons-nous successivement: le Skellin Michael (Irlande), le Saint Michael's Mount (Angleterre), Saint-Michel au Péril de la Mer ( France), La Sacra di San Michele (Italie), San Michele di Monte Gargano (Italie). Cette droite passe d'ailleurs par Bourges, ombilic hermétique de la Gaule, ainsi que par Delphes, le nombril du monde Grec antique, avant de traverser la terre des pyramides.
Le culte de Saint Michel s'avéra le plus important en Gaule à l'époque carolingienne et l'Archange fut proclamé "protecteur et Prince de l'empire des Gaules". Au Moyen-Age, le pèlerinage au Mont-Saint-Michel attira une foule de plus en plus nombreuse. Le Roi Charles VI s'y rendit luî-même par deux fois. En 1410, le Dauphin, futur Charles VII se plaça sous l'égide de Saint Michel. En 1427, cent dix-neuf chevaliers firent peindre leurs armoiries sur le mur ouest du transept sud de l'église abbatiale pour signifier leur volonté de défendre le sanctuaire. Quelques années plus tard, Jeanne d'Arc affirmera tenir sa mission de "Saint Michel, Roi du Ciel". Elle délivrera la ville d'Orléans, un 8 Mai jour de l'apparition de l'Archange au Mont Gargan. Le ler Août 1469, le Roi Louis XI fondera l'Ordre chevaleresque de Saint Michel, en ces termes: "Nous avons constitué, créé et ordonné, et par ces présentes créons, constituons et ordonnons un Ordre de fraternité ou aimable compagnie de certain nombre de chevaliers jusqu'à trente-six, lequel voulons être l'Ordre de Saint Michel".

Tout ceci ne doit cependant pas nous faire ignorer que suivant une acception proprement hermétique Saint Michel est qualifié de "Maître de la Foudre", "Maître de la Rosêe" (de rosis : force et vigueur), en d'autres termes "Maître de l'Alchimie et de la Pierre Philosophale".

Si cet archétype du Chevalier (ou "cabalier") terrassant le dragon est bien présent dans la mythologie antique, sous les traits de Persée délivrant Andromède emprisonnée par le fabuleux animal, ou bien encore de Roger sauvant Angélique du montre vomissant les flammes de l'Enfer, comme celui qui gardait le jardin des Hespérides et que dut affronter Héraklès, l'hagiographie chrétienne avec Saint-Georges et surtout Saint Michel allait parfaire de manière sublime le mythe ancestral.

Le Dragon, issu du bestiaire fabuleux frappant notre imaginaire a de tous temps été associé aux "trésors". Il en est le terrible et vigilant gardien qui sort de sa torpeur dès que l'on tente de l'approcher, comme en témoignent ces quelques lignes :
"Alors il considère le rocher escarpé, lui, le guerrier puissant, qui avait si souvent tenté la fortune des combats... Il vit une voûte de pierre d'où s'échappait un fleuve de feu, et nul ne pouvait entrer ni s'approcher du trésor sans traverser ces flammes que vomissait le dragon couché dans la caverne."

Avant de procéder à une interprétation alchimique précise de ces récits légendaires, rappelons succinctement la signification élémentaire de ce combat mythique : "Demandons aux folkloristes ce qu'ils pensent du dragon, que celui-ci garde jalousement les pommes d'or des Hespérides, qu'il rampe comme Fafnir sur la lande de Gnita en attendant le coup fatal que va lui porter Sigurd, ou qu'il vomisse un torrent de flammes sur l'imprudent qui s'approche de sa ténébreuse caverne. Le dragon, répondront-ils, c'est l'hiver ; son adversaire est le Soleil; la captive, dont très souvent, la délivrance est liée à sa mort, c'est la Terre qui attend le souffle tiède du printemps. Accessoirement la caverne du dragon est le séjour des morts, la ténébreuse demeure d'Hadès dont l'orifice se trouve là où le soleil semble s'enfoncer chaque soir sous l'horizon. /... / "Rîen n'est, assurément, plus exact. Lorsque Siegfried délivre Sigurdrifa ou Brynhilde,son glaive doit mettre en pièces la cuirasse qui l'enserre si bien qu'on ne peut la détacher autrement. Image poétique des rayons solaires qui peuvent seuls venir à bout de la carapace de glaces qui enserre tout l'hiver la terre nordique, jusqu'à l'époque de la débâcle. Le cercle de flammes qui environne la Walkyrie touchée par l'épine du sommeil n'est pas "mythiquement" différent du dragon ni du trésor que celui-ci cache dans sa caverne ou sous les eaux, cet or si rouge, ce feu de l'eau des poèmes scandinaves que chacun peut apercevoir au loin quand les derniers rayons du couchant dorent la mer.

"Inutile de souligner que mythes et légendes où figurent un dragon, un héros et une captive ou, à défaut, un trésor n'ont pas que le sens naturaliste qu'il est si facile de saisir. Et il suffit parfois de quelque mince détail pour que tel ou tel autre sens se laisse deviner à des yeux faits pour les voir. Persée, pour combattre, reçoit de Pluton le casque d'Arès qui doit le rendre invisible, tout comme la Tarnkappe rend invisible Siegfried. Et ce casque est en peau de chien. Détail mytho-astronomique et hermétique sur lequel je ne puis ici qu'attirer l'attention.

"Lorsque, dans une version danoise de sa légende, Sigurd va délivrer Sîgurdrifa, c'est dans le Glasberg, la montagne de Verrre, que se passe l'action. La Walkyrie en léthargie est au centre d'une enceinte de flammes qui ne suffirait pas à fondre sa cuirasse de glace si le fer de Sîgurd n'entrait en jeu. Tous ces détails, riches de sens hermétique, puisqu'ils ont trait à l'une des diffîcultés majeures des opérations de l'OEuvre, resteront lettre morte pour les investigateurs non qualifiés quelque érudits qu'on les suppose.
"Cela, c'est le schéma commode d'une foule de contes, c'est la "devinette" innocente et facile à comprendre que les savants modernes ont élucidé sans peine. L'idée qu'il pouvait y avoir, derrière ce décor de bazar, quelques enseignemens plus profonds réservés à une élite ne semble pas les avoir effleurés. Enhardis par des analogies incontestables, ils ont été victimes de la facilité et du moindre effort. Le mythe solaire est devenu le lit de Procuste des légendes, des mythes et des symboles.

Soumettons cette allégorie à l'école moderne : Dans les bois est un animal couvert de noirceur. Si quelqu'un arrive à lui couper la tête, il perdra sa noirceur pour prendre une couleur très blanche." Et sous une figure représentant la lutte d'un guerrier et d'un dragon, on lit : “ Remarquez promptement le dragon noir dans la forêt. ”
"Ce texte n'est pas fait pour embarrasser nos savants qui y retrouveront naturellement la lutte de l'hiver et de la nuit contre l'été et la lumière solaire ... Un seul ennui ici, c'est qu'il est tiré d'un ouvrage alchimique (Traité de la Pierre Philosophale de Lambsprinck, XVIO siècle) et n'a rien à voir avec un mythe solaire et saisonnier." (André Savoret, in Le Symbolisme du Dragon)

C'est ici l'évocation à peine voilée du processus alchimique que se doit de réaliser le philosophe hermétique en son indispensable athanor. Il s'agit déjà en réalité du noeud gordien qu'il convient de dénouer d'entrée afin de mener à bien les décisifs "Travaux d'Hercule".
C'est bien en effet l'énigmatique première partie du Grand OEuvre qui se trouve dissimulée sous cette allégorie car il s'agit véritablement de percer, voire d"'ouvrir" la prima materia semblable à ce monstre écailleux à l'haleine fétide et empoisonnée, environné de ténèbres tel le sulfure minéral dont il est ici question. Et pour ce faire, le chevalier armé et casqué de son heaume, doit utiliser sa lance ou son glaive afin d'opérer cette ouverture dans les entrailles du dragon d'où jaillira l'éblouissante lumière mercurielle conjointement à la "fontaine de jouvence des amoureux de Science" qu'elles renferment.
Rien n'est donc laissé au hasard puisque le minerai vil et impur entouré de sa gangue arsenicale est comparable en tout au "dragon" mythique, jusqu'aux écailles qui doivent s'avérer d'un éclat métallique particulier et d'une certaine largeur afin de se voir conformes à la canonicité de la prima materna délibérément choisie.  

“Je suis Dragon envenimé étant partout présent et à vil prix, la chose sur laquelle je repose et qui se repose sur moi se trouvera en moi, qui recherchera bien et diligemment mon eau et mon feu destructeur et constructeur... ”
“ Je suis vîeil, débile et malade, mon surnom est Dragon. Pour cette cause je suis enfermé dans une fosse afin que je sois récompensé de la Couronne Royale et que j'enrichisse ma famille, étant en particulier le serviteur fugitif. Mais après ces choses nous posséderons tous les trésors du Royaume, le feu me tourmente grandement et la mort rompt ma chair et mes os jusqu'à ce que six semaines passent... ”
écrivit sans ambages le moine bénédictin d'Eyrfurt, l'alchimiste patenté Basile Valentin, en son Traité de l'Azoth ou le moyen de faire l'Or caché des Philosophes.

Le grand Adepte Fulcanelli crut bon d'ajouter les précisions suivantes concernant le processus d'élaboration du Premier OEuvre par "voie sèche" (au creuset) : "Si donc vous désirez posséder le griffon, qui est notre pierre astrale, en l'arrachant de sa gangue arsenicale, prenez deux parts de terre vierge, notre dragon écailleux, et une de l'agent igné, lequel est ce vaillant chevalier armé de sa lance et du bouclier." (Les Demeures Philosophales)
Mais ce chevalier en l'occurrence, n'est pas des moindres. Il doit être doté des plus hautes vertus spirituelles, outre le valeureux courage qui l'anime nécessairement. Le Saint-Esprit l'assiste constamment dans sa noble cause consistant à terrasser le dragon, sous-entendu, transcender la matière tel l'alchimiste au sein de son athanor, ses seules armes d'acier ne le prémunissant nullement de l'échec encouru. C'est pourquoi porter la bannière de l'Archange Saint Michel et être ainsi placé sous son égide constitue la meilleure référence archétypique qui soit.
Fulcanelli, en son texte mémorable à cet égard, poursuit : “ Arès, plus vigoureux qu'Aries doit être en moindre quantité. Pulvérisez et ajoutez la quinzième partie de ce sel pur, blanc, admirable, plusieurs fois lavé et cristallisé, que vous devez nécessairement connaître. ” Et le Maître avait pris la précaution de préciser quelques cent pages auparavant : “ Mais si l'on ignore la signification occulte des termes, - ce qu'est, par exemple, Ares, ce qui le distingue d'Aries et le rapproche d'Arles, d'Arnet et d'Albait, - qualificatifs étranges employés à dessein dans la rédaction de tels ouvrages, on doit craindre de n'y entendre goutte ou de se laisser infaîllîblement tromper. Nous ne devons pas oublier qu'il s'agît là d'une science ésotérique. ”
Subtile indication en effet qui nous renvoie au Dictionnaire Mytho-Hermétique de l'abbé Dom Pernéty, définissant le terme d' Arles Crudum comme étant la "Rosée prîntanière", préférablement recueillîe au mois de Mai.

L'Adepte, au pseudonyme de Cyliani, avait su parfaitement illustrer ce point de Science, évoquant un songe particulièrement allégorique, en son inestimable opuscule dédié à la postérité et intitulé Hermès dévoilé. On y voit l'Esprit astral ayant revêtu pour la circonstance l'apparence d'une nymphe céleste, s'entretenir ainsi avec notre auteur, endormi au pied d'un chêne : "Tu m'as dit être instruit en chimie, vois quel moyen tes connaissances peuvent t'ofrir pour ouvrir seulement la serrure de la porte de ce temple, afin d'y pénétrer jusqu'au sanctuaire. A vaincre sans péril, ajouta-t-elle, on triomphe sans gloire. Avant de te quitter, je veux encore t'observer que tu ne peux combattre le dragon qui défend intérieurement l'entrée de ce temple qu'avec cette lance qu'il faut que tu fasses rougir à l'aide du feu vulgaire afin de percer le corps du monstre que tu dois combattre, et pénétrer jusqu'à son coeur : dragon qui a été bien décrit par les Anciens et duquel ils ont tant parlé.
"Pense à la rosée de Mai, elle devient indispensable comme véhicule et comme étant le principe de toutes choses. Je jetai mes regards sur elle, la nymphe se mit à sourire. Enfin tu vas commencer les travaux d'Hercule, réunis toutes tes forces et sois d'une ferme volonté. Adieu." La nymphe me prit par la main et me la serra. "Aimes-tu la vie ?", me dit-elle. "En votre présence, je la chéris plus que jamais", lui répondis-je. "Tâche de ne pas la perdre par imprudence; en attendant l'issue du combat je veillerai près de toi et en cas d'évènements je viendrai te soulager. Adieu".
Elle disparut.
"J'étais triste d'avoir perdu cette nymphe qui m'était si chère. Enfin je me décidai au combat. Ayant réuni des branches de bois sec éparpillés sur le lieu où je me trouvais, j'y mis le feu à l'aide d'une lentille que je trouvais avoir sur moi, et fis rougir ma lance presque au blanc. Pendant cette opération, je cherchai le moyen qui pourrait le mieux détruire la serrure de la porte du temple. Je m'aperçus que la nymphe m'avait glissé dans ma poche sans que je m'en aperçusse un bocal bouché, plein de la substance qui m'était nécessaire.
"Déterminé à vaincre ou à périr, je saisis avec fureur ma lance d'une main et la substance de l'autre, et mis de cette dernière sur la serrure la quantité nécessaire. Celle-ci en peu de temps disparut entièrement et les deux battants de la porte du temple s'ouvrirent avec fracas. J'aperçus un effroyable dragon qui avait un énorme dard à trois pointes qui cherchait à me lancer son ahleine mortelle. Je m'élançai sur lui en criant :
"Lorsqu'on a tout perdu, que l'on n'a plus d'espoir La vie est un opprobre et la mort un devoir."
"Il ouvre sa gueule pour me dévorer, je lui plonge dedans avec tant de force ma lance que je pénètre jusqu'aux entrailles, je lui déchire le coeur; et afin qu'il ne pût m'atteindre, je faisais en même temps de rudes efforts à l'aide de ma lance pour détourner la direction de sa tête ...


" Voilà bien ici souligné toute l'importance des célestes vertus de la Rosée de Mai. Sans authentique "spiritualisation de la matière" on ne peut valablement prétendre aborder l'Alchimie. Le problème majeur pour l'alchimiste consiste donc à, capter l'Energie cosmique ou Spiritus Mundi (L'AEther ou l'Azoth des Philosophes"), pour animer la matière élue et la transcender ensuite.

Cet Esprit cosmique est l'énergie créatrice fécondante de l'Univers, l'esprit qui vivifie toute forme et la Rosée en constitue le véhicule privilégié pour l'alchimiste.

C'est toute l'énigmatique question du Feu Secret qui est évoquée ici. Ce Feu spirituel et néanmoins matériel a fait couler beaucoup d'encre juqu'alors. En témoigne ce passage extrait du Triomphe Hermétique d'Alexandre-Toussaint Limojon de St Didier "En effet c'est le grand mystère de l'Art, puisque tous les autres mystères de cette sublime philosophie dépendent de l'intellîgence de celui-cî. Que je serais satisfait s'il m'était permis de vous expliquer ce secret sans équivoque; mais je ne puis faire ce qu'aucun Philosophe n'a cru être en son pouvoir. (note : pourquoi toujours ce culte du secret ?) Tout ce que vous pouvez raisonnablement attendre de moi, c'est de vous dire que le feu naturel, dont parle ce philosophe, est un feu en puissance, qui ne brûle pas les mains; mais qui fait paraître son efficacité pour peu qu'il soit excité par le feu extérieur./ ... / ce feu mystérieux est naturel, parce qu'il est de même nature que la matière philosophique; l'artiste néanmoins prépare l'un et l'autre."
(…)

Et Saint Michel nous invite magistralement à emprunter cette voie de régénération par la maîtrise du dragon et la délivrance de l'embryon d'immortalîté tel qu'en rend compte également au porche occidental de N-D de Paris, la représentation de l'Evêque Saint Marcel, juché sur l'aludel, délivrant à l'aide de sa crosse l'enfant alchimique retenu dans les limbes par un horrible dragon...

http://60gp.ovh.net/...el_archange.htm

Naturellement étant moi-même un vulgaire gentil non-initié, il m’est impossible de traduire ce langage hermétique. Si quelqu’un pouvait venir nous exposer tout ceci, il serait la bienvenue.

Ce que nous pouvons en comprendre, dans les grandes lignes, est que le Grand Œuvre nécessite la descente d’un esprit d’en haut, l’incorporation des énergies féminines et masculines symbolisées par Michael et Gabriel, le voyage au pays des morts à travers l’échelle céleste, ou encore le fait de se laisser dévorer par une « bête », afin de renouveler ses organes (probablement dans le but de transformer le corps en corps de lumière)… on aura l’occasion d’y revenir plus tard.

Voici maintenant un peu plus à propos d’Anubis :

Citation

Le Jugement de l’Âme et la Balance d’Anubis

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Dans l’Égypte antique, le "jugement de l’âme" est un procès où le défunt doit comparaître pour faire reconnaître ses droits à la vie éternelle. Une des trois conceptions de ce procès de l’au-delà est celle que le livre des morts des Anciens Égyptiens a popularisée à travers la scène de la pesée du cœur. Dans ce dernier modèle du jugement dernier, le défunt est confronté à un accusateur divin. Jugé à l’aune de la Maât (la déesse de la vérité et de la justice), et de Thot (dieu de la sagesse et de l’écriture qui notera le jugement rendu), le mort doit rendre des comptes à Osiris (ou à Rê - Râ, le Dieu Soleil) de ses actions et de sa manière de vivre sur terre. Son cœur, ventricule de l’Âme, est alors pesé sur la balance qu’Anubis garde et maintient scrupuleusement, le poids de l’Ombre ou la légèreté de la Lumière du cœur du défunt fera alors pencher la balance. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette symbolique profonde pour nous, occidentaux contemporains ?

Mythologie
Le cœur du défunt est placé sur l’un des plateaux de la balance se trouvant devant Osiris, en équilibre avec Maât placée sur l’autre. Si ce qui est confessé est vrai alors le cœur conserve l’équilibre car il ne ment jamais dans le cas contraire le poids des péchés alourdira le cœur faisant pencher la balance. L’âme du défunt sera alors la proie de la « Dévoreuse ». Mais s’il est considéré comme « juste de voix » les portes de l’éternité lui seront ouvertes. La mission d’Anubis s’arrête après le jugement et une autre âme l’attend à l’entrée du royaume.

Anubis est l’un des dieux qui ont le plus profondément frappé l’imaginaire occidental. Lié à l’embaumement et à la momification, il est représenté comme un chien ou un chacal, ou bien sous la forme d’un homme à tête de canidé. Si la couleur noire de sa peau n’est pas caractéristique des chacals, il la doit au fait que cette teinte est attachée à l’idée de renaissance (tout comme celle du scorpion). La fonction funéraire des chiens divins, vient de la présence de toutes sortes de canidés errants aux abords de la Vallée, là où se trouvaient les nécropoles et où ils venaient fouiller les déchets et, parfois, exhumer les corps.
Son nom égyptien est Inpou (Anubis n’en est que la traduction grecque) qui signifie : « Celui qui a la forme d’un chien ». On lui connaît aussi plusieurs surnoms tels que « le seigneur de la nécropole », « celui qui est aux bandelettes », « celui qui ouvre le chemin » qui le désignaient comme un des dieux du royaume des morts.
Anpu en grec, c’est le dieu à tête de chacal ou de chien. Identifié avec Hermès, le conducteur des âmes, il devient Hermanubis.
« Dans les textes des pyramides, il est le quatrième fils de Ra. Plus tard, on dit que Nephtys (la sœur d’Isis) conçut Anubis après des relations adultères avec Osiris. Abandonné par sa mère à la naissance, il fut élevé par Isis. Anubis accompagna Osiris dans sa conquête du monde et lorsque le Dieu du Bien fut assassiné, il aida Isis et Nephtys à l’enterrer. »

Lors de la mort d’Osiris, Anubis a apporté son aide aux deux déesses en détresse. A cette occasion et pour protéger le corps du défunt, il a inventé les arts funéraires. Il restera pendant longtemps le dieu des morts. Plus tard, il est identifié avec Hermès. « Dans la procession en l’honneur d’Isis, décrite par Apuleius, c’est le dieu à tête de chien, portant dans ses mains le caducée et les palmes, qui marche en tête du cortège des images divines. »

A leur mort, les âmes sont accueillies et escortées par les anges afin de se remémorer et de comprendre la trame de leur vie. Puis elles sont dirigées vers les dimensions qui leur conviennent en attendant une nouvelle expérience incarnée. Tout ceci est accompli par des anges ou Êtres de Lumières, la lumière étant aussi le principe d’information (le principe qui transporte l’information). A leur tête se trouve évidemment le Principe Lumineux ou Mikaëlique.

« En présence d’Osiris, le dieu qui règne sur le royaume des morts, Anubis, le chacal, pèse les bonnes et les mauvaises actions du défunt à l’aide d’une balance ». De la même façon, Hermès et Mikaël, ce dernier souvent représenté armé d’une balance, « accompagnent les morts dans l’au-delà et procèdent à leur jugement. »

Anubis, tout comme l’Archange Saint-Michel, Ankou, Hermès, Agni, ou encore Mithra et Mercure, était un dieu « psychopompe » c’est-à-dire un des dieux qui accompagnaient les morts jusqu’à leur ultime destination : le royaume des morts (en mythologie, un dieu psychopompe -en grec ancien ψυχοπομπóς / psykhopompós, signifiant littéralement « guide des âmes »- est le conducteur des âmes des morts -guide ou passeur-, le guide dans la nuit de la mort). Ce qui faisait d’Anubis un dieu rassurant pour les Égyptiens qui accordaient plus d’importance à la vie future dans l’au-delà d’Osiris qu’à leur vie terrestre. Il était le dieu protecteur du monde souterrain qu’il défendait contre toute attaque des forces obscures.

Anubis était également le dieu des embaumeurs, en effet c’est lui qui présidait aux rites de l’embaumement car sa fonction essentielle était de reconstituer le corps du défunt (comme il l’a fait pour Osiris), à ce titre il était responsable de la momification. L’embaumement des défunts avait pour but de soustraire les chairs à la putréfaction et de maintenir la vie dans le royaume des morts.

« La mort n’est que le commencement » en effet, lorsque le Ka et le Ba se séparent l’âme du défunt est accueillie par Anubis aux portes du royaume des morts. Anubis aura dès cet instant le devoir de protéger l’âme du défunt tout juste libérée de tous les risques auxquels elle sera confrontée durant son voyage jusqu’à Osiris. Tous deux embarquent dans le bateau dit de « Kheper » et commence ainsi le long périple dans les eaux turbulentes du fleuve de l’Enfer. Les berges sont peuplées de terrifiantes créatures qui tentent de capturer le défunt mais le fidèle Anubis le protège. Il faut franchir sept portes pour sortir de ce royaume chacune est gardée par une divinité. La connaissance est nécessaire à leur ouverture car il faut que le défunt prononce les paroles magiques : « Ouvrez la porte, soyez mes gardes ». Après avoir franchit encore sept pylônes l’âme accompagnée d’Anubis accède à la salle du jugement ...

http://www.luminesce....php?article291

A suivre.

Ce message a été modifié par atrahasis - 06 mai 2012 à 19:55.


#178 atrahasis

atrahasis

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Posté 10 mai 2012 à 10:25

Le personnage du dieu Mercure/Hermès, déjà issu d’une longue tradition, ne s’est pas effacé de la scène religieuse après l’avènement du christianisme, mais il a perduré tout au long de l’ère chrétienne sous le nom d’autres saints. On le retrouve dans saint Jacques ou encore saint Christophe, tous deux liés aux pélerinages, donc à la notion de voyage

Citation

Aux sources des mythes et symboles jacquaires
Saint Jacques successeur des dieux Hermès et Mercure
Sources antiques des attributs du pèlerin et du rôle de « passeur des âmes » de saint Jacques

Bernard Gicquel,

Abstract
Pour répondre aux besoins fondamentaux des hommes, le christianisme a puisé dans les croyances et rituels venus de l’Antiquité païenne. Pierre Saintyves l’a démontré dans Les saints successeurs des dieux. Bernard Gicquel entreprend une démonstration novatrice en partant des trois images de saint Jacques, apôtre, pèlerin et matamore. Il pense qu’elles se rejoignent en une seule, héritée de la Bible qui, en plusieurs passages, fait du saint non seulement le messager de Dieu, mais le successeur d’Hermès. Ce dernier lui aurait même légué les attributs de pèlerin et le caducée, à la fois bourdon et symbole de la transmission du pouvoir. Le Mercure romain en découle directement. Autres héritiers d’Hermès, saint Christophe et les anges, particulièrement saint Michel.

Table des matières
  Saint Jacques, messager de Dieu
  Hermès, messager des dieux
  La transmission du pouvoir de guérison
  L’image du pèlerin
  La symbolique des attributs du pèlerin
  Le chapeau/pétase et le manteau
  Le bourdon/caducée
  La besace/pera
  La coquille
  La Voie Lactée
  D’Hermès à Mercure, de Mercure à saint Jacques
  En passant par saint Christophe…
  Et l’archange saint Michel

http://lodel.irevues...ndex.php?id=241

Or il se trouve qu’un dieu nordique très important dont il a déjà été fait mention réunit à lui seul tous les attributs de Mercure ou d’Apollon ; il s’agit de Wotan.

Citation

Odin (Wotan)
Wotan dans la culture germanique
En germanique commun, le nom du dieu était Wōthanaz. Ce terme est apparenté au verbe wehen (souffler), au substantif Wut (fureur, rage), woede en néerlandais, au vieil anglais wōthbora (poète, oracle), et de manière plus lointaine, au latin vātēs (poète, devin, oracle) . Il est devenu Wotan ou Woden en Allemagne et Odin (Óđinn) en Scandinavie. Le mercredi (dédié au dieu romain Mercure) qui devient wednesday en anglais ou winsday en frison septentrional (langue germanique proche de l’anglais), onsdag en danois, norvégien et suédois et woensdag en néerlandais, noms tous dérivés de Wotan, lui était dédié. Ce jour-là, on lui offrait des sacrifices sur les rochers, près des sources ou dans des arbres.

Wotan accomplissait de multiples fonctions. Pour les Allemands Wotan était avant tout le chasseur nocturne. Il se déplaçait avec ses chiens et ses guerriers fantômes. Il poursuivait des animaux, tels que des sangliers ou des cerfs, ou bien une femme qu’il attachait à sa selle après l’avoir capturée. Elle était la «fiancée du vent». Durant les nuits d’orage, on croyait entendre le fracas de Wotan, de ses compagnons et de leurs chiens, lancés au grand galop. Il était indissociable de l’orage et de la tempête. La lance qu’il tenait pouvait symboliser la foudre. On le représentait souvent avec un chapeau à larges bords enfoncé sur la tête et un manteau flottant. Il ne semble pas avoir été borgne, contrairement à sa version scandinave Odin. Quand il ne déclenchait pas le tonnerre ou la tempête, il se reposait dans une montagne.

Wotan était le souverain des dieux imposant le respect des lois. On l'appelait «dieu des pendus», parce qu'il fit pendre les hors-la-loi à des arbres. Mais la souveraineté, qu'il exerçait, était surtout guerrière. Chef des guerriers et des combats, il assurait la victoire aux armées. Certains chasseurs allemands sortaient durant les nuits obscures, leur corps et leurs boucliers peints en noir pour ressembler à des fantômes et susciter la terreur, d’où les légendes de guerriers fantômes qui sortaient la nuit du royaume des morts, décrits par Tacite dans son histoire de la Germanie antique. Wotan était leur maître. Par ailleurs, il excellait dans l’art poétique et il était vénéré comme dieu de la magie.

Wotan amenait la pluie et il stimulait la croissance des plantes et des troupeaux. On croyait que les champs sur lesquels la Chasse sauvage était passée étaient très fertiles. Selon un proverbe, «le blé dépérit sans le vent», c’est-à-dire sans Wotan. Lors des récoltes, les paysans l’invoquaient. Par ailleurs, selon une ancienne bénédiction, il protégeait le bétail quand celui-ci allait dans les pâturages ou à l’abreuvoir. On l’invoquait aussi durant les mariages, plus exactement lors d’une course à pieds à laquelle les fiancés et les invités se livraient : il accordait son aide aux concurrents en tant que dieu le plus rapide. Lui-même conquérait sa fiancée après l’avoir poursuivie. Infatigable voyageur, il était le protecteur de tous les voyageurs et particulier des commerçants. Il accordait donc la richesse. Les Romains l’ont par conséquent assimilé à leur dieu Mercure, lequel portait dans son nom même la notion de commerce: le latin merx (marché). Le poète romain Ovide s’adresse à lui en ces termes : «Tous ceux qui font profession de vendre des marchandises t’offrent de l’encens et te prient pour leur assurer des profits».

Odin dans la culture Skandinave
Selon un manuscrit islandais du XVIIIe siècle, Odin était borgne, car il avait mis un de ses yeux en gage pour acquérir le savoir. Comme sa version allemande Wotan, il avait un chapeau rabattu sur le front et un manteau. Il se déplaçait sur un cheval très rapide, Sleipnir. Son aspect plutôt rébarbatif ne l’empêchait pas de paraître irrésistible aux yeux des femmes, et il était réputé être le fondateur de tous les grands lignages. L’Ynglinga Saga de l’Islandais Snorri Sturluson (1179-1241), qui l’a transformé en un souverain mythique, dit de lui qu’il était très beau et de très noble apparence. De plus, «il parlait si éloquemment et suavement que tous ceux qui l’entendaient pensaient que cela seul était vrai. Tous ses propos étaient rimés, comme lorsque l’on déclame de la poésie». Il était le patron des poètes (appelés scaldes en Scandinavie). Il pratiquait le seid, une magie qui était surtout divinatoire et qui était d’abord une affaire de femmes. Occasionnellement, il était féminisé. Ses dons de magicien, qui faisaient de lui un «roi-sorcier» selon les termes de Georges Dumézil, étaient en rapport étroit avec sa maîtrise de la parole.

Odin avait des guerriers-fauves, les berserkir (chemises d’ours) ou úlfheđnar (pelisses de loups). Ils se battaient sans armure, protégés par leurs seuls boucliers, mais avec une rage de chien ou de loup, une fureur divine qui les rendait invincibles. Cette fureur, óđr, renvoie directement au nom d’Odin. Il semble raisonnable de rapprocher ces guerriers-fauves des guerriers fantômes, identiques aux esprits de la tempête, accompagnant Wotan durant sa Chasse sauvage, ainsi des Harii (en norrois herlar), les guerriers (fantômes décrits par Tacite. Par ailleurs, il recueillait une partie des âmes des guerriers morts dans sa Valhöll ou Valhalle, où elles passaient leur temps à se battre et à festoyer.

Plus que le dieu de la guerre, Odin était celui de la victoire. C’était lui qui enseignait les secrets stratégiques ; il ne répugnait pas à utiliser la ruse et même la perfidie. Son tempérament a été décrit en quelques mots par Régis Boyer: il était «un dieu cruel, méchant, fourbe, cynique et misogyne». Le fait qu’il ait été présenté comme frère juré de Loki, l’Esprit du Mal de la mythologie scandinave, est lourd de signification.
http://www.indo-euro...info/wotan.html

Descriptions d'Odin des pays skandinaves
Les caractéristiques de sa personnalité sont multiples et ses fonctions diversifiées. Odin passe de grand voyageur et guerrier à un être sacrifié pendu à l'arbre de vie pour exercer son oeuvre de contemplation, d'écriture et de poésie. Tout commence par un meurtre. Odin, aidé par ses frères Vili et Vé, tue le géant Ymir. Leur crime accompli, ils traînent l'immense cadavre au milieu de l'abîme Ginungagap et de cadavre va naître la planète Terre. Le sol est formé de sa chair, l'océan de son sang, les montagnes de ses os, les forêts de ses cheveux, les cailloux de ses dents.

Odin, impitoyable aux fourbes et aux lâches, est le Grand Voyageur borgne qui sans cesse parcourt les neuf mondes ou contemple l'univers assis sur son haut-siège Hlidskjalf. Il s'affirme comme un dieu de violence et de justice. Les guerriers braves et fidèles trouvent en lui le meilleur des père. Dieu de l'Histoire et de la Sagesse, maître de la réflexion et de la mémoire, gardien du secret et de la puissance, Odin est tout naturellement le dieu de la guerre. On le nomme Herjafadir, le Père-des-armées. Avec lui, se trouve restitué l'ordre naturel des choses: le combat est ordre, justice et devenir.

Dieu de la guerre, Odin reste surtout connu comme un dieu de la magie. Il invente l'écriture, imaginant les caractères sacrés qui permettent de fixer la pensée, de l'accomplir et de la transmettre. Cependant, l'écriture doit rester secrète et mystérieuse. Les étrangers et les infidèles ignorent le message du dieu aux corbeaux. Ainsi, les lettres portent le nom de «rune», c'est-à-dire du Secret. Pour inventer les runes, Odin a résolu de se sacrifier. Il s'est suspendu dans l'arbre sacré, l'if Ygdrasil, s'offrant ainsi à lui-même, car il est le Père-de-Tout, pour le salut de ses seuls fidèles.

Odin possède le don de la poésie. Ce qu'il enseigne aux homme, il le fait sur un ton lyrique, désormais inséparable de son cri douloureux. Suspendu à l'arbre de la vie, il fouille désormais jusqu'au fond de son être pour révéler comment l'esprit lui est venu, à Lui, le Grand Voyageur:

J'ai commencé à connaître beaucoup de choses.
Mot par mot,
J'ai cherché les mots.
Fait par fait.
J'ai cherché les faits.


(Source:Jean Mabire, Légendes de la Mythologie Nordique, Louviers, Éditions le l'Ancre de la Marine, 2010, parsim)
http://agora.qc.ca/t...iers/Odin_Wotan

Rappelez-vous… Mithra est aussi Wotan… Tous sont Wotan !
C’est là le grand mystère ineffable de satan.

Tous les dieux sont les fils/filles de la divinité suprême. Tout initié marche sur la queue du serpent, lequel lui octroie une partie de son pouvoir.


#179 syl

syl

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Posté 10 mai 2012 à 10:48

et tous les mythes prennent un sens....
qui est la divinité supreme?

#180 atrahasis

atrahasis

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Posté 10 mai 2012 à 11:04

Pour continuer il nous faudra aborder la symbolique du chiffre sept. Chiffre sacré qui nous ramènera aux ascensions célestes.

Mais avant il serait bien de quitter le monothéisme en proposant une hypothèse plausible quant à l'identité de l'Ange de Dieu dans les Écritures. Car bien sûr cet ange de Dieu ne peut en aucun cas être un dieu des morts psychopompe, tout cela ayant été mal interprété afin que le christianisme perpétue les anciens mystères.

Bien que je ne suis pas certain de la réponse, celle-ci a le mérite d'être cohérente :

L'ange de Dieu : le Christ

Citation

12. Résumé

La Bible enseigne clairement et sans équivoque qu'il n'y a seulement qu'un seul vrai Dieu. Jésus a identifié cet Être comme étant son Père (Jean 17:1-3). Il est connu sous divers noms et titres incluant Le Très-Haut, El Shaddai ou Dieu Tout-puissant, YHVH des Armées, YHVH, Éloah, Élohim, HaElohim, et ainsi de suite. Lui seul est immortel et saint. Il est l'objet d'adoration du Nouveau Testament (Jean 4:21-24) et était l'objet de l'adoration d’Israël de l'Ancien Testament (Ex. 20:2-3). En tant que le Dieu Très-Haut, Il était le Dieu d'Israël (e.g. Deut. 32:8 ; 2Sam. 22:14 ; Ps. 7:17 ; 9:2 ; 21:7 ; 46:4 ; 47:2 ; 50:14 ; 56:2 ; 57:2 ; 73:11 ; 77:10 ; 78:17,56 ; 83:18 ; 91:1,9 ; 92:1,8 ; 107:11).

La Bible enseigne aussi que le seul vrai Dieu est invisible et qu’aucun homme, en aucun moment, ne L'a vu ou a entendu Sa voix, mais qu'Il a décidé de se révéler Lui-même aux humains à travers des messagers surnaturels, appelés mal'ak ou anges. En Hébreu, le nom pour Dieu au singulier est Éloah et ce terme appartient correctement au seul vrai Dieu seulement. Cependant, il y a une forme dérivée de ce mot qui est Élohim. Ce terme Élohim est au pluriel et englobe tous les êtres du royaume sprirituel, allant du Dieu Très-Haut, jusqu’à Ses messagers ou anges et, même les anges déchus. Il a aussi inclus des humains dans des cas spécifiques. Le terme Élohim est appliqué à n’importe qui, qui représente Éloah. En raison du fait qu’ils portent son autorité, ils portent donc cette forme dérivée de son nom. Parfois, l’unique Élohim qui est Éloah est différencié, dans l’Hébreu, des autres Élohim, par l’ajout du préfixe Ha à Élohim, signifiant Le Dieu.

Une application semblable est faite pour YHVH des Armées, qui est un autre titre du seul vrai Dieu. Les êtres qui représentent YHVH des Armées sont fréquemment appelés YHVH eux-mêmes car ils portent Son autorité et de là, Son nom. Parfois, YHVH des Armées est aussi mentionné en tant que YHVH sans aucun terme distinctif complémentaire ajouté à ce nom.

D’un plus grand intérêt pour nous est le Mal'ak de YHVH au singulier ou Ange de YHVH qui était celui qui s’occupait le plus fréquemment des humains et à qui a été assignée la fonction spécifique d'être l’Élohim d'Israël (qui représentait Éloah, l'objet de l'adoration d'Israël). Une comparaison méticuleuse des récits des apparitions et des transactions de ce Mal’ak avec les patriarches et Israël indique qu'il n'était nul autre que celui que nous connaissons comme Jésus Christ avant son incarnation.

Il y a un autre aspect du terme Yahovah en distinction où le terme Yahovih (Dictionnaire Hébreu Strong (SHD) 3069) est utilisé seulement pour Dieu et est prononcé élohim par le Judaïsme, tandis que Yahovah (SHD 3068) est utilisé pour des subalternes, incluant le Christ pré existant et prononcé adonai par le Judaïsme en distinction (cf. l'étude La Préexistence de Jésus Christ (No 243)).

Dans l'Ancien Testament, Christ, en tant que le Mal'ak de YHVH, a exécuté les mêmes fonctions qu'il avait dans le Nouveau Testament. Il a agi comme le révélateur de la volonté d'Éloah. Il a partagé la nature divine d'Éloah et a parfaitement reflété la nature et le caractère d'Éloah. Étant le médiateur entre Dieu et l'homme,  le voir était  voir Éloah ;  l'entendre était entendre Éloah. Les mots qu’il a utilisés n'étaient pas les siens mais ceux d’Éloah.

Quand les hommes et les femmes de l'Ancien Testament pensaient à Dieu, ils pensaient à Éloah ou YHVH des Armées, reconnaissant qu'Il s’est révélé à eux à travers Son Mal’ak ou Ange qu'ils ont aussi nommé Élohim. Quand l'Ange était présent avec eux, YHVH des Armées était présent. Les actions et les paroles de l'Ange étaient les actions et les paroles de YHVH des Armées. Ils pouvaient s’adresser à Lui en tant que leur Adonaï, Élohim et YHVH, sachant qu'il avait un Adonaï, Élohim et YHVH par-dessus lui.

Quand nous lisons de YHVH agissant dans la première personne, nous sommes en train de lire de l'Ange de YHVH mettant parfaitement en oeuvre la volonté de YHVH des Armées. Quand nous lisons de YHVH se faisant distinguer de Son Ange, on nous rappelle que YHVH travaille vraiment à travers un médiateur alors qu’Il traite avec l'humanité.

Ainsi, il y a la concordance et l'unité entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Dieu le Père est le seul vrai Dieu de ces deux collections d'Écriture. Christ est Son médiateur et l'agent de rédemption, celui qui révèle Sa volonté à l'humanité. De là, nous pouvons percevoir plus entièrement les implications de la déclaration de Jean dans Jean 1:18 :

Personne n’a jamais vu Dieu; le seul Fils engendré, [Marshall RSV Interlinéaire, le seul engendré (Gk. monogenes theos signifiant le seul Dieu engendré) ], qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.


L’œuvre par docteur Hort de 1876, On Monogenes Theos in Scripture and Tradition (No B9) traite avec le terme monogenese theos.
Personne n'a jamais vu Dieu.

http://www.ccg.org/french/s/p024.html

Cette hypothèse se renforce lorsqu'on se rend compte que les premiers chrétiens ont confondus Jésus Christ avec Dieu, le Dieu de l'Ancien Testament dont on a vu qu'il était un ange.
http://novusordosecl...christ-est-dieu

Extrait :
Dans cet article, nous verrons que Jésus est Dieu selon la Bible, ceci sera vu par une comparaison des caractéristiques de Dieu enregistrées dans l'Ancien Testament, avec celle de Jésus dans le Nouveau Testament.
Ceci manifestera l'évidence que les auteurs du Nouveau Testament ont vraiment cru que Jésus était Dieu, puisque vous constaterez que ceux-ci ont appliqué des titres et caractéristiques de Dieu trouvés dans l'Ancien Testament à Jésus-Christ.

L’ETERNEL
Qui a fait et exécuté ces choses? C'est celui qui a appelé les générations dès le commencement, Moi, l'Éternel, le premier Et le même jusqu'aux derniers âges.
Isaïe 41:4
Ainsi parle l'Éternel, roi d'Israël et son rédempteur, L'Éternel des armées: Je suis le premier et je suis le dernier, Et hors moi il n'y a point de Dieu.
Isaïe 44:6
Écoute-moi, Jacob! Et toi, Israël, que j'ai appelé! C'est moi, moi qui suis le premier, C'est aussi moi qui suis le dernier.
Isaïe 48:12

JÉSUS
Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant: Ne crains point! Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts.
Révélation 1:17-18
Écris à l'ange de l'Église de Smyrne: Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui était mort, et qui est revenu à la vie.
Révélation 2:8
Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son oeuvre. Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin.
Révélation 22:12-13

Néanmoins cela permet difficilement d'expliquer la révélation du Coran, car Muhamad en effet appelle l'ange du nom de Djibril qui semble bien distinct de Issa (Jésus). Pourtant cela dit, nous ne serions pas surpris de découvrir que l'attribution du nom de "Gabriel" à l'ange de l'islam ne repose sur rien de solide. L'histoire du prophète relate que c'est sa 1ère femme, Khadija, une femme juive, qui lui aurait suggéré que cet ange fut Gabriel, selon ses croyances. Au final, rien n'est impossible.

Ce message a été modifié par atrahasis - 10 mai 2012 à 11:17.