Médecine traditionnelle
Les femmes accusées de sorcellerie sont souvent sages-femmes ou guérisseuses, dépositaires d’une pharmacopée et de savoirs ancestraux. La population, essentiellement rurale, n’avait guère d’autre recours pour se soigner. Ces méthodes définies comme
magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins et l'Église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations par des prières aux saints guérisseurs et par des signes de croix. Les sages-femmes sont accusées de pratiquer des avortements.
L’émancipation
L’accusation de sorcellerie est également utilisée pour condamner une certaine émancipation féminine vis-à-vis des contraintes de la société d'ancien régime. Ainsi, lors de son procès pour hérésie, on reproche à
Jeanne d'Arc de porter des habits d’homme - ce qui était alors un délit passible de la peine capitale -, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné congé, et de monter à cheval.
Aussi, certaines de ces femmes travaillent, et la relative indépendance économique dont elles jouissent les font sortir des normes et du rôle imposés à la féminité. Les femmes sans appui masculin, les veuves en particulier, étaient plus facilement condamnées, d'autant que si elles étaient riches, leur bien était partagé entre l'accusateur et le juge. Également, le bourreau pouvait être payé à la pièce. Ces procédés sont dénoncés en particulier par le jésuite Von Spee.
Le cas des béates est particulièrement révélateur. Des femmes indépendantes réunissent autour d'elles de nombreux fidèles, et disent avoir des visions parfois même des entretiens avec le Christ ou la Vierge Marie, mettant en péril l'unité de la doctrine catholique (bien qu'à échelle réduite). Certaines d'entre elles sont condamnées pour sorcellerie tandis que d'autres, rattachées à un confesseur qui les corrige, sont canonisées.
La sexualité
On reproche également aux sorcières leur sexualité. On leur prête une sexualité débridée. D’après le
Marteau des sorcières6 Malleus Maleficarum, elles ont le « vagin insatiable ». Les sabbats qu’on leur reproche sont l’occasion d’imaginer de véritables orgies sexuelles. Mais l’Église stigmatise surtout une sexualité subversive.
Selon l’Église, les sorcières apprécient particulièrement les positions « contre nature » : en particulier,
elles chevauchent volontiers leurs compagnons, ce qui symboliquement renverse le rapport naturel de domination (pour rappel, seule la position de l’homme au dessus était autorisée par l’église, le missionnaire). On retrouve ici dans la sorcière la figure de Lilith, que la tradition juive présente comme la première femme d’Adam. Formée par Dieu à l’égal de l’homme, Lilith aurait abandonné Adam car il refusait de se livrer au jeu de l’amour en dehors des positions.
Il faut aussi rapprocher ces sabbats de fêtes anciennes, comme Beltaine au printemps, qui étaient des fêtes de la fécondité. Il a pu y avoir, au Moyen Âge et à la Renaissance, des résurgences de ces fêtes.
Il est probable, à lire certains comptes rendus de prétendues relations sexuelles avec le diable dans certaines maisons ou dans la nature, que des hommes déguisés abusaient de la naïveté de certaines femmes en se faisant passer pour le diable, avec ou sans complicités.
Le satanisme
Enfin, les sorcières sont censées être en relation avec le diable, d'où la recherche du « signe du diable » (
sigillum diaboli, sceau du diable repéré sur le corps dénudé et rasé de la sorcière par une aiguille chirurgicale car il doit être insensible et non hémorragique) et des signes associés, dont la
glossolalie, la voyance, la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, tâches sur la peau, zones insensibles, maigreur, ...), d'utilisation de dagydes, de potions magiques ou de sortilèges.
Le grand juriste Jean Bodin publia un traité de démonologie. Il est dans la ligne dure du Marteau des sorcières et s'élève violemment contre ceux qui les défendent. Ce mouvement de normalisation des esprits et des mœurs s’inscrit dans la progression de la pensée de la Renaissance.
Au contraire, son contemporain Montaigne ne voit dans la sorcellerie qu’illusions de vieilles femmes superstitieuses à qui il faudrait « quelques grains d’ellébore ». Le médecin Jean Nydault réduit également la sorcellerie à un fantasme. La psychiatrie est née au pied des bûchers, les médecins s'interrogeaient sur ce qu'était la possession, les visions, les hallucinations. Jan Wier (de paestigiis daemonium 1567) et Paulus Zachias font partie des sceptiques. Jean Wier assure : "ces pauvres possédés et ensorcelés sont victimes de leur imagination avivée par des tourments". Comme le remarque Esther Cohen, « Au nom de la
Gravure sur bois montrant des sorciers supliciés, Tengler's Laienspiegel, Mainz, 1508.