Partie 1
Kabbala denutata, Kabbale occidentale, Cabale secrète, Kabale des kabales, Kabale ontologique, Cabale pratique, Kabbale chrétienne, Kabbale juive, et même qui dit mieux ? - cabale littéraire ! ... La tête tourne...
Et si l'on parlait tout simplement de Kabbale, sans adjectif ?
Chacun sait - on peut le lire un peu partout - que le terme de Kabbale ou Cabale est assuré signifier " tradition ", " transmission " (de l'hébreu QaBâLâH) et s'applique exclusivement en principe à la doctrine mystique juive. Cependant, quelque respectable qu'elle soit, cette acception n'est pas conforme au sens véritable du mot. En hébreu, ce dernier ne peut, selon les règles étymologiques, s'écarter trop de ceux de la racine verbale.
Ici QaBêL, " recevoir, agréer, adopter, faire bon accueil ", et même de façon nette, " comprendre, comme le montre assez clairement l'araméen QVAL " prendre, entrer en possession ", laisse entendre que tout tient aux qualités réceptives, à l'ouverture de l'esprit, aux capacités d'embrasser ; en bref, la réception et, par suite, la transmission dépendent du degré d'évolution psycho-intellectuelle des récepteurs.
Une tradition pour se conserver doit être reçue par un terrain fertile. Plus elle sera profonde, plus elle sera vaste, précise, proche des réalités véritables du Cosmos, grandiose dans ses vues du Passé et de l'Avenir, plus elle exigera de puissance psycho-intellectuelle pour être acceptée et transmise.
Ainsi pour se maintenir, et plus encore pour s'accroître - c'est possible, mieux même, nécessaire -, une telle Tradition devra être reçue non seulement avec une fidélité scrupuleuse et dans le respect amoureux et filial le plus fort, mais avec lucidité, avec intelligence ; sinon, elle se pervertirait et finalement mourrait.
L'immensité de l'Univers, des temps, des espaces et des lois qui le régissent, des forces qui l'animent, des entités qui l'habitent, implique un éveil de Conscience proportionnel pour être correctement saisie.
La Kabbale, telle que l'on peut s'en instruire aujourd'hui, se veut l'écho résonnant de nombreux millénaires de pensée humaine. Elle est même encore plus, on le verra. " La tradition mystique ne s'invente pas. Elle se transmet de maître à élève ", disait L. Thémanlys au début de ce siècle.
Avant d'aller plus loin, on doit préciser ce qu'il faudrait entendre par " mysticisme juif ", d'une part, et par " tradition juive ", d'autre part. Ces termes entraînent en effet bien des confusions.
Le mysticisme, appliqué aux " mystères " de la Kabbale, devrait être compris comme groupant les disciplines psycho-intellectuelles et pratiques capables d'aider l'étudiant de la Vie cosmique à pénétrer ce qui se cache derrière les apparences. La Kabbale ainsi conçue tend à " désocculter l'occulte " et non à l'entretenir : les mystères sont faits pour être pénétrés et les voiles pour être levés. Selon la " mystique " juive, il n'y a donc rien qui ne pourra être un jour découvert par l'Homme. Comment est-ce possible ? Parce que, pour cette doctrine, tout est relié, du plus haut jusqu'au plus bas, du plus raréfié jusqu'au plus dense, sur l'échelle infinie des vibrations. Lorsqu'il y a séparation, lorsque l'échange s'interrompt, quand les forces vivifiantes et éclairantes d'en haut ne sont plus reçues ou que les densités n'y répondent plus, c'est le désordre, la désorganisation, la dysharmonie.
La Kabbale est une doctrine d'échange, dans laquelle l'Homme est réceptacle en même temps qu'émetteur - on y reviendra. Plus et mieux il reçoit, et plus il répond à sa raison d'être. Recevant mieux, il utilise et distribue avec une justice grandissante. Le courant devient continu. L'échange s'harmonise, s'étend, s'enfonce de plus en plus loin, de plus en plus haut et plus bas... L'intelligence cosmique s'incarne en lui peu à peu jusqu'à s'identifier avec lui.
Voilà, très sommairement évoquées, les grandes lignes de cette mystique. Au demeurant, on le voit bien, cet idéal ne s'écarte guère des aspirations spirituelles de la plupart des doctrines spiritualistes humaines. Pourtant, il y a une différence notoire, une caractéristique première dans cette pensée : la Matière n'y est jamais rejetée, la vie terrestre n'est pas méprisée, elles sont associées à la vaste parousie des forces harmonisatrices ou " divines ", cherchant à se manifester dans et par l'Homme. Il y a mariage ; et ceci suppose, pour être justifié et bien compris, des notions métaphysiques précises, à la fois abstraites et praticables : non seulement spirituelles mais matérielles, donc scientifiques, selon l'acception actuelle du mot science. La Kabbale sans la Science n'est plus vraiment la Kabbale. Encore une fois, nous reviendrons sur tout cela.
Quant à la tradition, il ne faut point confondre traditionalisme répétitif et Kabbale. Certes, il est des traditionalistes pouvant être des réceptacles fidèles, dévoués, des mystiques de valeur, des savants et des "perceurs de voiles ". Il y a de tels hommes dans les rangs de l'orthodoxie religieuse. Cependant on ne ligotera pas la Kabbale à quelques groupes, religieux ou non, orthodoxe ou non et bien évidement sexuels en ne la transmettant qu'aux hommes. Elle n'appartient en propre à personne, elle est par essence et par origine universelle. En effet sa seconde caractéristique est l'absolue liberté de recevoir ou de rejeter, de comprendre ou de se fermer. Elle ne s'impose ni par les dogmes ni par le mandarinat. Elle est à l'image des Forces Ayinsofique dont elle tente d'expliquer les lois ; elle se propose à ceux qui veulent bien l'accepter, ou se refuse selon un principe fort simple : " celui qui est plein de lui-même n'a plus de place pour l'Ayinsof ".
Ce message a été modifié par AquaViva - 14 avril 2003 à 12:39.










