La solitude n'est pas l'apanage des personnes qui vivent seules. L'isolement physique est le fait d'un choix de vivre seul, ou dû à des circonstances extérieures (séparation, décès, voyage, …) Alors que la solitude est un état psychologique qui génère de la souffrance.
Nous sommes face à un paradoxe de société, car on n'a jamais vendu autant de moyens de communications et de possibilités de s'ouvrir sur le monde ;
On n'a jamais eu autant de programmes TV éducatifs, de livres, de véhicules (de plus en plus fiables et de plus en plus rapides, pour aller toujours plus loin, toujours plus haut ?), de GSM (près de 7 belges sur 10 en possèdent un). Internet, cet outil qui relie les gens dans le monde entier, explose littéralement et la souffrance dûe à la solitude devient une préoccupation inquiétante.
Citons : le nombre de consommateurs de tranquilisants et d'anti-dépresseurs atteint des chiffres record. Les files d'attente chez les psy (certains patients parcourent parfois de nombreux kilomètres pour consulter, afin de ne pas se montrer du voisinage) Les tentatives de suicide, notemment auprès des jeunes, est une cause de mortalité importante en Belgique ...
La personne en souffrance ne se reconnaît plus ni dans son travail, ni dans ses amis et encore moins dans sa famille. Pour des raisons qui lui appartiennent, elle se vit détachée de tout, elle se vit sans appartenance "perdu dans la foule". L'enfant qui ne se sent pas reconnu et aimé dans les yeux de ses parents, fera difficilement partie de la famille. Des troubles psychiques peuvent lui survenir à l'adolescence et/ou à l'âge adulte.
La personne souffrant de solitude se retire de ses différents groupes d'appartenance (sa famille, son travail, ses amis, son couple, son club, ...) En effet, notre cercle familial est un groupe d'appartenance, notre lieu de travail en est un autre (surtout après quelques années), nos amis, nos loisirs, en bref à chaque fois que nous avons une relation sociale continue, avec un groupe de personnes, nous réalisons un groupe d'appartenance.
Appartenir à un groupe donne une identité, cela nous aide à nous sentir nous-même. " je suis Mario Bross, je suis marié, deux enfants, je suis employé à la poste et le week-end, je pratique l'équitation dans le club de Mons". Dans cette simple phrase, se trouvent pas moins de cinq groupes d'appartenance différents. Le groupe structure notre identité mais il n'est pas gratuit. En effet, je dois m'investir pour pouvoir prétendre faire partie de ces groupes.
Où est le problème de la solitude ?
Ma solitude, un manque de dépendance positive ?
La solitude vient du fait que dans notre société, il est devenu péjoratif de dire "je suis dépendant de l'amour de ma femme ou encore je suis dépendant du plaisir que me procure mon club de foot". De nos jours, la dépendance ramène automatiquement à la dépendance du toxicomane qui détruit lentement sa vie, celle de sa famille et le tissu social. Le terme "dépendance" est devenu une tare car nous avons tous souffert de notre dépendance initiale (à nos parents !).
La dépendance positive a été muselée face à la femme active et libre, à l'homme performant et mobile, l'adolescent s'habillant en "training Niké", … Le faux message véhiculé est ; la liberté est synonyme de détachement absolu. Et voilà un piège qui génère beaucoup de souffrance car si je n'appartiens plus à des groupes clairement définis par un cadre, des règles et des investissements, je ne suis plus personne. La solitude et la souffrance me guettent car plus je fuis la dépendance, plus je me rend compte que je vis seul (détaché). Et plus je vis seul plus je me rends compte que je peux haïr la vie.
A partir de là , la personne se fragilise et devient très sensible à l'agressivité de ses proches, aux critiques de son entourage ( professionnel ou amical ), le vide s'installe en elle et la haine grignote jour après jour, le reste de sa personnalité. (*)
D'après l'Anthropologue Edgar Morin, la liberté n'est rien d'autre que le choix de ses dépendances. En d'autres mots, la personne libre est celle qui choisit ses groupes d'appartenance mais pas celle qui se targue de n'avoir aucune appartenance. La pensée de la liberté absolue mène à la déchéance, rien de moins.
(*) La Déchéance
Pour le Petit Robert, la déchéance est le fait de déchoir. Il s'agit de l'état de celui qui est déchu. La déchéance est synonyme de l'abaissement, de la chute, de la décadence, de la dégradation et de la disgrâce. La déchéance physique nous offre le concept d'affaiblissement, de décrépitude et de vieillissement.
La société ouvre, en grand, les portes de la quête de notre personnalité. " Qui es-tu ?, D'où viens-tu ? Ecoute ton corps ..." sont autant de phrases qui montrent que nous possédons tous un potentiel humain très élevé. Mais le problème c'est que nous sommes partis trop vite sur le chemin de la quête personnelle. Nous avons oublié que nous sommes encore et toujours des êtres sociaux qui vivent en communauté.
Voilà qui boucle la boucle, nous en revenons aux groupes d'appartenance. Nous entendons souvent dire, "je n'en peux plus car on ne me reconnaît plus, on ne reconnaît plus mon travail (à la maison, ou au boulot)". Voilà encore un paradoxe, car la société pousse l'individualisme à son sommet, tout en oubliant d'où il vient. Nous avons donc besoin de retrouver nos racines. Sans cela, nous sommes des gratte-ciel sans fondation. Nous filons comme des comètes à toute allure sans but, sans objectif, sans direction. Dans cette optique "percuter" l'autre devient la seule marque de l'existence, le seul moyen de communication, mais le corollaire est que la personne ne voit plus rien d'autre que de la souffrance autour d'elle et en elle.
Bye,
WesternBasilic.










