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Les sommets du G8 sont, ces dernières années, acompagnés de manifestations de différents fronts alter- et anti- mondialistes, allant des plus conformistes tels que le Parti Socialiste, ou Les Verts en passant par Attac, aux mouvements plus radicaux, des Communistes aux Sociaux-Libertaires en passant par les Communistes Révolutionnaires (le dimanche matin, cortège du LCR très animé et très joyeux mené par Olivier Besancenot).
Une grande manifestation et des blocages ont été organisés par le Forum Social Lémanique, un ensemble de partis de gauche, groupement d'étudiants et d'autres associations (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde, Groupe pour une Suisse Sans Armée...). Pour éviter les débordements créés par le passé dans ce genre de manifestations, le FSL a demandé à Micheline Spoerri (Cheffe du Département de Justice et Police) que la police se fasse discrète pendant la manifestation et les blocages et un accord a été signé entre les 2 parties.
Lausanne
Jeudi, manifestation sous la pluie et la grêle, 5000 personnes défilent pacifiquement, un léger incident est à signaler au passage devant la Banque Cantonale Vaudoise, où une cinquantaine de "robocops" (policiers anti-émeutes, casqués et intégralement plastronés, portant des boucliers, armés de lacrymogènes, tonfas, et fusils à balles en caoutchouc). Les quelques manifestants ayant essayé d'accéder aux façades de la banque ont vite abandonné voyant que le mur policier était infranchissable.
Genève
Vendredi, 11h, manifestation des No-Borders (collectif allemand pour la libre circulation des êtres humains, contre les frontières) avec 3000 personnes. Ouverture symbolique des portails enchaînés de l'OMC, vol du panneau vissé à l'entrée (World Trade Organisation - Organistation Mondiale du Commerce). La police ayant été présente en masse devant L'Organisation Internationale de la Migration, certains manifestants ont décidé de s'attaquer au bâtiment voisin, en l'occurrence l'Organistation Mondiale de la Météorologie. Quelques vitres ont été brisées.
Vendredi, 18h, Critical Mass Genève (comme tous les derniers vendredis du mois), spéciale anti-G8. 500 cyclistes, patineurs, et skateurs bloquent la circulation sur le pont du Mont-Blanc (principal pont de Genève), de certains axes à forte circulation, puis se dirigent en direction de l'OMC. Les portails sont à nouveau enchaînés, et cette fois 3 lignes de barrières ont été posées par la police à 10 mètres de distance. La police était présente par un cordon 20 mètres derrière le portail. Après un sitting de 10 minutes devant l'OMC, et 2 manifestants ayant uriné contre le portail, le cortège s'en est allé, continuer à ralentir la circulation et rejoindre la Place Neuve, où certains ont pu regagner les espaces de rassemblement et de débats anti-G8 organisés par des groupes antimondialistes et des groupes de collégiens et universitaires, pour continuer la soirée dans la fête et la bonne humeur.
Jusque-là, tout se passe bien. Les blocages sont organisés au lieu de rassemblement des Communs au Parc des Bastions (Place Neuve). Des ateliers d'entraînement au sitting et à la désobéissance civile sont organisés. La police s'est montrée discrète malgré les civils (pas vraiment discrets, eux) qui venaient prendre des photos (fichages) et reccueillir des infos sur les agissements des manifestants.
Samedi soir, le Parc des Bastions a été dégagé et nettoyé, la fête continue au Jardin Anglais, au point même de départ de la manifestation de dimanche 10h.
23h : Premiers bruits au téléphone - Des skinheads/néonazis/identitaires-nationalistes (appelez ça comme vous voulez) au nombre de 300 seraient en train de saccager les rues marchandes (lieux de commerce du luxe, cible à la base, des black blocks, dont la plupart des banques et commerçants de luxe s'étaient fait poser des planches de bois pour protéger leur affaire).
24h : Info-téléphone - La police ne s'est toujours pas déplacée dans les rues marchandes, les 300 casseurs se sont dispersés. Ils étaient organisés par groupe de 50, ont agi efficacement et très rapidement. Plusieurs commerces ont été incendiés par des cocktails molotovs, les pompiers ont eu une longue nuit. Un des groupes dispersés s'est attaqué à l'Hôtel des Finances, dans le quartier de l'Usine (lieu culturel alternatif de Genève - théâtre, cinéma, salle de concert, bistro, restaurant, salon de coiffure, galerie d'exposition, studio d'enregistrement, etc.), avant d'essayer d'envahir ces locaux. Les responsables ont fermé leur portes, des punks (venus pour des concerts ska/punk gratuits anti-G8) ont dû se refugier pour ne pas être pris à partie. L'Usine a été victime de déprédations.
A ce moment là, avec un ami je passais dans le quartier de l'Usine. Toutes les rues autour ont été bloquées par a police anti-émeute et l'Usine a été encerclée. A noter qu'en plus du concert qui a dû être arrêté des personnes se trouvaient à l'extérieur, où ils mangeaient et buvaient sur la Place des Volontaires, où il y a un café-restaurant-bistro et des stands étaient installés, avec des tables dans toute la place.
Dimanche
1h : Avec un communiste on décide d'aller taguer les belles façades jaunes présentes depuis une semaine à genève, protégeant les banques et les marchands de luxe. En 2 minutes, la police (normale, et non les anti-émeutes) arrive gyrophares à l'appui, nous contrôle, nous annonce une chasse à l'homme contre les casseurs (2 heures après...) et nous demande de faire ça à un autre moment, et ils nous ont laissé repartir avec les bombonnes (les barricades étaient devenues un lieu de libre expression et beaucoup l'ont pris avec amusement, alors le tagage y a été autorisé).
Info-téléphone - la police a libéré l'Usine. Quelques 400 personnes y étaient présentes, discutant, buvant, dormant (des manifestants étrangers dans leur sac de couchage, sur le trottoir au bord du Rhône, faute de trouver une place ailleurs), et faisant la fête.
4h: Départ du premier groupe de blocage, en direction du Pont-Butin, le plus éloigné de la ville, et annoncé comme le plus "répressible", car c'est celui qui relie le plus rapidement l'aéroport à la rive gauche (permettant l'accès à la France).
5h30: Le Pont-Butin est bloqué par une centaine de manifestants. Infos-téléphone: La route menant à Thonon/Evian, au bout de l'autoroute de contournement de Genève (partant aussi de l'aéroport) est bloquée par 3000 manifestants venus d'Annemasse. 1500 manifestants ont créé des équipes de 300, bloquant les 5 autres ponts à proximité de la ville. A un moment le pont du Mont-Blanc comptera 3000 manifestants, avec les premiers arrivés pour la grande manifestation.
6h à 9h: Blocages effectifs. Ennui mortel et quelques phrases libératrices taguées sur les ponts.
9h: Départ petit-déjeuner et marche vers le lieu de rassemblement de la manifestation.
10h: Départ de la manifestation. Environ 55'000 personnes au départ de Genève, 45'000 d'Annemasse. Quelques cagoulés se trouvent en fin de cortège (Genève). Apparemment le calme règne, rien à signaler.
11h: On nous annonce que le sommet n'a toujours pas commencé. Blocages réussi. Les manifestants ont beaucoup plus de mal à Lausanne, où la répression policière est plus lourde.
11h30: Les blocages ont retardé l'arrivée des délégations de 2 heures.
13h: La manifestation arrive au bout. Les cagoulés présents au fond du cortège on suivi toute la manifestation, et s'en sont pris à une station service BP, et une station service Esso. La police était loin du cortège à ces moments, et rien d'autre n'est à signaler sur le parcours de la manifestation.
De retour en ville, j'aperçois qu'il y a eu quelques légers affrontements en ville. Pas de casse à signaler, quelques tags supplémentaires ont apparus, cette fois les vitrines aussi portent des messages.
15h-22h: La police attendait les manifestants au retour, affrontements. Des jeunes de tous bords se sont joint à certains qui se masquaient le visage. Plus le temps passait, plus des jeunes se mettaient contre la police. Un grand nombre de "racailles" sont venues grossir les rangs. Poussés jusqu'aux quartiers autour de l'Usine, les racailles se sont mis à casser. D'autres partaient casser là où il n'y avait pas de police anti-émeute. A nouveau la police envahit l'Usine, cette fois des flics en civil au visage masqué entrent, débranchent le matériel des médias indépendants, embarquent les 11 personnes d'Indymedia présentes.
Quelques manifestants accusés de casse sont également embarqués.
A noter que non seulement il y a eu beaucoup de dégâts (avant seulement les rues marchandes avaient été visées, et maintenant l'émeute a tourné dans plusieurs quartiers), mais la population commence à paniquer, insulter, autant policiers que manifestants, d'autres deviennent violents.
Certains habitants jettent des bouteilles vides depuis leur fenêtres sur les gens sans distinction entre "casseur" (non dans le sens médiatique du terme, mais dans le sens "racaille qui foutaient la merde"), passant, ou flic en civil.
Lundi
5h: Des manifestants hollandais installés sur des radeaux veulent se diriger vers Evian, dans le but de planter un drapeau de pirate sur le centre de conférence. J'espère sincèrement qu'ils ne se feront pas tabasser. J'espère aussi qu'ils ont pris un média avec eux.
11h: 9 membres d'Indymedia ont été relâchés. 2 autres ont été tabassés avant d'être libérés en plein milieu de la campagne. Ils ont pris un bus pour retourner à l'Usine.
15h: Le progamme de l'Usine reprend normalement. Une exposition a lieu en ce moment même. Plus de présence policière. R.A.S.
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Notes: Après Artamis, devenu le local zombie depuis 1998, c'est autour de l'Usine d'être attaqué par la politique Genevoise de droite. Etant un lieu de la culture alternative et contestataire, le G8 a été l'occasion rêvée pour mener une offensive. Il y a eu des déprédations, et une tentative de salir leur image sans précédent - Depuis 2 ans le peu qui reste d'Artamis se bat pour ne pas être expulsé (un cinéma, un bar, 2 salles de concert).
Ce qui se passe ici c'est :
Médiatiquement, pour manipuler l'opinion publique
- Une attaque contre les altermondialistes : Mme Spoerri accuse le FSL d'être responsable de l'absence de la police pendant les casses de samedi soir, à cause de l'accord sur la discrétion signé par les 2 parties. Ces casses n'ont pas eu lieu pendant les manifestations ou les blocages, mais pendant la nuit et dans un endroit très sensible (dans lequel d'ailleurs la manifestation n'avait pas le droit de passer).
- Une attaque contre les black-blocks. La plus grande partie de la masse ignore totalement qui sont ces gens et ce qu'ils révendiquent. A titre d'exemple, les blocages effectués ce week-end par une moitié de pacifistes (on avait aussi des gens masqués, hé oui) sont nés des expériences passées de Seattle et Prague, menées par ces mêmes black blocks, qui maintenant se voient leur idées récupérées "officiellement". En 2001, le gouvernement italien a décidé de totalement les discréditer en cagoulant tous les jeunes d'extrême droite qu'ils pourraient trouver, et en les envoyant à la casse. A noter que ce faux black-block s'en est même pris aux manifestants. Cela résulte des actions directes avec attaque contre la propritété privée. Avant José Bové, des allemands et des américains, masqués ou cagoulés pour ne pas être fichés, s'en prenaient aux banques, aux institutions capitalistes internationales, ou aux sièges des multinationales (et bien sûr, aux MacDonalds). Cette "violence extrême" a été retenue pour les marginaliser au maximum et en créér des faux, en disant que ce sont "tous des casseurs". Les black blocks anarchistes disent bel et bien qu'ils ne s'attaquent qu'à la propriété privée et aux symboles de la domination capitaliste, mais jamais ne chercheront à blesser quelqu'un, au contraire. Tout simplement ils ne considèrent pas qu'un bien puisse avoir la même valeur qu'une vie (humaine ou autre, d'ailleurs ils sont en grande partie végétariens ou végétaliens), et qu'il ne faut pas comparer la violence morale de ceux qui envoient des soldats en guerre pour le profit, voir répriment des populations pour les faire taire, à cette violence qui n'en est pas vraiment, qui n'est qu'une attaque radicale contre le capitalisme et un appel immédiat à un changement de société. Pas une réforme, une révolution.
A un niveau régional (même national, parce que ça se passe aussi à Zurich et à Berne) :
- Une attaque contre les 2 milieux précités (parce que dans la vie de tous les jours, tout le monde ne porte pas un foulard palestinien pour cacher le visage) qui se fréquentent et partagent en partie les mêmes idées, même si l'extrême gauche rejette totalement les milieux modérés, tels que les socialistes, Attac, les Verts, ou autres qui ne sont pas anti-capitalistes. Ceci dit il y a tolérance...parfois moquerie (suite aux révélations de Chaim Nissim (député vert démissionaire) sur l'attaque au bazooka sur la centrale nucléaire de Malville, les libéraux parlent de "démocratie au lance-roquettes de la gauche" et quand un anar croise un vert, la blague revient souvent), mais avec les histoires politiques ici il y a de quoi faire. L'Usine est un lieu de culture alternative. Genève est une ville riche, qui ne favorise la culture que du côté des grands opéras, exposition d'art conventionnel et autres passe-temps bourgeois. Bien sûr, le mouton moyen a aussi une salle de 10'000 personnes pour aller voir Celine Dion ou Ophélie Winter. De l'autre côté, l'Usine, seule salle de 800 personnes pouvant recevoir des artistes comme Manu Chao, Sepultura, Israel Vibrations, Public Enemy ou d'autres artistes représentant d'autres milieux musicaux alternatifs.
Les artistes qui poussent à la réflexion, qui dénoncent le système, qui appelent les gens à se mobiliser, sont dangereux. Et la première étape, c'est d'empêcher leur accès au public. Pour ces raisons, l'Usine est un lieu dangereux. Un lieu d'ouverture des consciences, de partage et de discussions. D'ouverture d'esprit et d'âmes révolutionnaires.
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Je sais pas si j'ai oublié quelque chose...les faits sont rapportés plus ou moins tels quels et mon analyse de la manipulation est au contraire personnelle. Peut-être tout le monde ne voit pas la même chose, c'est compréhensible.
Ce message a été modifié par yoda - 02 juin 2003 à 15:56.










