
Le nouveau livre d'enquête d'Eric Laurent (La guerre des Bush) pénètre les arcanes du pouvoir américain
BRUXELLES «Après celui-ci, c'est promis, j'arrête.» Eric Laurent, journaliste et écrivain, aura défrayé la chronique ces derniers mois.
Son premier bouquin consacré aux Bush, à leurs relations avec le monde des affaires, aux liens tissés préalablement avec le satan irakien, en pleine période d'avant seconde guerre du Golfe a connu un sacré succès de librairie.
Cette fois, Eric Laurent revient avec une nouvelle enquête consacrée aux hommes du président. Ou, plutôt, aux personnages qui gravitent dans l'ombre du président. Des hommes et des femmes d'un conservatisme caricatural s'ils n'avaient pas réussi à faire entendre leur voix au président de la première nation mondiale.
Affirmer que Bush n'est pas le plus progressiste des présidents n'étonnera personne. Ajouter qu'il est particulièrement attentif aux discours des hommes de l'ombre qui veulent, depuis de nombreuses années plonger les Etats-Unis dans un puritanisme exacerbé, n'est pas neuf. Ce qui est nouveau dans le livre-enquête d'Eric Laurent, c'est qu'il met des noms et des visages sur ceux qui hantent les couloirs de la Maison-Blanche et qu'il démonte les mécanismes mis sur pied, depuis trente ans, par certains multimillionnaires qui, au lendemain de la guerre du Vietnam, ont voulu que les Etats-Unis perdent cette image de pays moderniste et ouvert, pour le voir replonger dans une orthodoxie morale quasi surréaliste.
Mission divine
«Bush pense qu'il a une mission quasi divine, que Dieu a une mission pour lui. Il adhère aux théories développées par les faucons de l'ultra droite religieuse», explique Eric Laurent. Si l'auteur fait une distinction entre ultra droite et extrême droite, ce n'est pas innocent. «Pour beaucoup, lorsque l'on évoque l'extrême droite, on pense aux racistes mais aussi aux antisémites. Or, dans ceux qui surgravitent dans l'entourage de George W. Bush, on retrouve bon nombre de Juifs conservateurs et extrémistes.»
Quand Georges W. Bush est arrivé au pouvoir, mal élu après les élections les plus critiquées de l'histoire des Etats-Unis, on se disait pourtant que le nouveau président était bien entouré puisqu'il avait puisé ses principaux collaborateurs dans le vivier de son père. Comment expliquer que ces mêmes hommes aient aujourd'hui une telle attitude? «Ces personnes n'ont pas modifié leur point de vue d'un iota. La seule différence, c'est que George Bush senior se méfiait de ses collaborateurs. Son fils, lui, les suit et, parfois même, les précède. Il faut savoir que ces hommes, comme par exemple Pat Robertson, ont toujours déclaré qu'ils voulaient gagner le pouvoir. Aujourd'hui, ils y sont et ils n'ont pas l'intention de le laisser filer. Si Bush devait resigner pour un mandat, on peut être certain que ces hommes feront tout pour légiférer dans un sens qui rendrait toute marche arrière impossible.»
Le plus effrayant, dans tout ce bouquin, c'est la capacité que ces personnages, aux ressources financières quasi illimitées, ont à manipuler les médias américains. «La preuve?, explique Eric Laurent, Selon un récent sondage, 43% des Américains sont persuadés qu'on a retrouvé des armes de destruction massive en Irak. »
Eric Laurent: Le monde secret des Bush, Ed. Plon.
Hubert Leclercq
© La Dernière Heure 2003










