Alfred Bernard persiste et signe. Après avoir publié, voici deux ans, une étude qui avait fait grand bruit, le responsable de l'Unité de toxicologie de l'Université catholique de Louvain (UCL) remet le couvert : les émanations de chlore, inhalées dans nos piscines, fragilisent les poumons (en particulier ceux des enfants) et peuvent favoriser le développement d'allergies et d'asthme.
Ces conclusions, il les expose dans une revue médicale britannique (Occupational and Environmental Medicine), en prolongeant les travaux réalisés voici quelques années. Souvenons-nous : lorsqu'ils furent rendus publics, ils suscitèrent un tel émoi que de nombreuses piscines furent interdites aux élèves - dans le cadre des cours de natation - durant plusieurs semaines.
En l'occurrence, le Pr Alfred Bernard - également directeur de recherches auprès du Fonds national de la recherche scientifique - s'est penché sur trois aspects de la problématique;
Notons d'abord qu'au contact de l'eau, les composants chlorés se désagrègent ; et dégagent du gaz après réaction avec des éléments organiques (par exemple la transpiration, du maquillage ou... l'urine des nageurs). Le plus volatile et le plus concentré d'entre eux a été identifié comme étant le trichloride de nitrogène, qu'Alfred Bernard qualifie «d'irritant puissant», sans doute à l'origine des atteintes des yeux et des voies respiratoires supérieures, régulièrement constatées parmi le personnel de piscine. Mais pas seulement...
Les effets chroniques sur les poumons. L'équipe du Pr Bernard a prélevé des échantillons sanguins dans un groupe de 226 enfants, émanant d'écoles situées soit à Bruxelles, soit dans les Ardennes (10 ans de moyenne d'âge). Un éventail de facteurs comportementaux ont été passés au crible, et notamment la fréquentation des piscines publiques. Les analyses ont porté sur les concentrations en certaines protéines pulmonaires dans le sang ; des indicateurs d'une perméabilité accrue des poumons. Résultat: le temps - cumulé au fil des ans - passé à la piscine est apparu comme la variable la plus «consistante» pour expliquer cette fragilisation.
Les effets aigus. Ici, ce sont seize enfants (entre cinq et quatorze ans) et treize adultes (26-47 ans) qui ont été examinés. Les premiers avaient quartier libre (jeux ou nage), les seconds ont été priés de rester au bord du bassin durant une heure, et de s'ébattre à leur guise dans l'eau l'heure suivante. Deux tests sanguins ont été réalisés chez les enfants (avant et après l'expérience) et trois chez les adultes (avant, pendant et après). Les chercheurs ont enregistré une modification de la teneur en protéines pulmonaires - les surfactants - équivalente à celle de l'étude chronique. L'augmentation était d'ailleurs significative parmi les adultes qui étaient demeurés une heure... au bord de l'eau.
Relation entre l'asthme infantile et la fréquentation de la piscine. Le Pr Alfred Bernard s'est reporté aux données collectées, entre 1996 et 1999, auprès de 1.881 élèves (7-14 ans) inscrits dans quinze écoles primaires bruxelloises. La prévalence de l'asthme était «fortement» supérieure parmi les mômes fréquentant assidûment la piscine; davantage encore chez les plus jeunes, les plus sensibles à l'exposition aux produits chlorés. Et lorsque l'on ajoute à la piscine la présence d'animaux domestiques à la maison, ainsi qu'un environnement tabagique, la corrélation avec l'asthme atteint des niveaux record.
Et le Pr Bernard de conclure, assez logiquement, que son étude présente suffisamment d'éléments probants pour que d'autres soient entamées. D'ici là, il se demande s'il ne serait pas prudent de se tourner vers des systèmes de désinfection des piscines qui ne fassent pas appel au chlore.
Le chlore constitue un désinfectant abondamment utilisé dans les piscines, publiques et privées. Pourtant, il est considéré comme une matière dangereuse, susceptible de représenter une risque pour la sécurité et la santé humaine, tant lors de sa fabrication, de son stockage et de son transport, que lors de son utilisation. Son inhalation peut provoquer de graves troubles physiques. En fait, les symptômes généralement observés suite à une exposition aiguë au chlore gazeux passent par l'irritation des muqueuses (en particulier les yeux), la toux, l'essoufflement à l'effort et au repos, le serrement de la poitrine, la suffocation, les maux de tête, la nausée, le vomissement, ainsi que des problèmes pulmonaires sérieux en cas d'exposition prolongée.
Une sur-fréquentation de la piscine peut également déboucher sur des incidents : plus le nombre de baigneurs est élevé, plus ils apportent des substances azotées (sueur, urine, salive, cosmétiques...). Or, celles-ci réagissent avec les produits de désinfection contenus dans l'eau, et forment des chloramines qui polluent l'air.
Il faut aussi ajouter que l'efficacité du chlore dépend de sa concentration dans l'eau. Certains exploitants de piscines y vont parfois un peu fort, ce qui peut augmenter les risques d'irritation des yeux ou de la peau, mais aussi de déboucher sur des effets très néfastes pour les personnes allergiques (asthme...).
Les accidents surviennent pour diverses raisons. Il peut s'agit d'une erreur de manipulation (utilisation d'acide pour nettoyer un baril de chlore, par exemple). En ce qui concerne les défaillances techniques, elles sont fréquemment associées à un fonctionnement défectueux des pompes d'injection automatique, qui continuent d'envoyer des produits chimiques alors que le système de filtration de la piscine est à l'arrêt (suite à une panne électrique, par exemple). Ou suite à une erreur humaine, lorsqu'un ouvrier de l'entretien se trompe de manette ou injecte manuellement trop de chlore dans le circuit (cas les plus fréquents). Ces incidents peuvent provoquer le déclanchement de plans catastrophes et l'évacuation de la piscine, pour intoxication.
La grande interrogation soulevée par l'étude du Pr Alfred Bernard consiste - comme il le fait lui-même - à se demander si la fréquentation des piscines n'interviendrait pas comme «un facteur important» dans l'accroissement, chez l'enfant, du nombre de cas d'allergies et d'asthme dans beaucoup de contrées occidentales.
Or, en Islande, les piscines ne sont pas désinfectées au chlore, la fréquence de l'asthme ne connaît pas de hausse significative.
Voici deux ans, lorsqu'il a publié les premiers résultats de ses travaux, Alfred Bernard avait dû faire face au scepticisme d'une partie de ses confrères. «Ce qui est logique, puisqu'ils ne maîtrisent pas parfaitement le sujet. Le fait est que j'ai consacré, avec mon équipe, plusieurs années d'études à ce problème. Et qu'il s'agisse d'expériences en laboratoire, ou sur des êtres humains, nos indications se recoupent.»
Pourtant, les spécialistes de l'asthme conseillent à leurs patients de faire de la natation. «L'air chaud et humide des piscines peut être favorable... mais il masque aussi les émanations dégagées par le chlore.».
S'il n'est pas possible d'éliminer, dans l'immédiat, le chlore de nos piscines, Alfred Bernard demande un renforcement des contrôles de l'eau (renouvellement ..) et de l'air (aération...), afin de limiter au maximum l'exposition aux réactifs chimiques.
Il y va de la sécurité des individus qui fréquentent le site de la piscine, qu'ils soient nageurs ou travailleurs.
La désinfection des piscines a un prix. Et si les responsables de piscines imposaient le passage par les toilettes de TOUS les baigneurs (grands et petits, afin d'éviter une petite ou une grande fuite...) et une douche convenable, au préalable ??
Au lieu de cibler la désinfection des piscines, pourquoi ne pas agir préventivement, par respect pour la santé et par respect de tous les nageurs, à la désinfection préalable et convenable de tous les participants ? , afin de diminuer les quantités de désinfectants.
Si des aérateurs/purificateurs d'air étaient installés, fonctionnels (et contrôlés, sinon cela ne sert à rien), cela diminuerait les effets nocifs du chlore.
J'ai déjà constaté à de multiples reprises, des nageurs qui arrivent, mettent leur maillot et plongent directement dans l'eau, sans passer ni sous la douche, ni dans le désinfectant des pieds. D'autres arrivent avec de belles pellicules sur la tête, de belles taches d'eczéma (parfois en plaques suintantes), des ongles des pieds bien noirs. Jen vois souvent cracher et recracher ...
Ainsi, s'il vous arrive de boire une tasse, on sait ce qu'on ingurgite...
Que font les Services de contrôle des piscines et les directeurs de piscine ??
Un travailleur dans une piscine m'a rapporté que chaque semaine, il effectuait une analyse de l'eau, en prélevant quelques éprouvettes, à la fin de la journée (afin d'ajuster les dosages de chlore). Les quantités d'urine - volontaires ou pas - sont variablement effrayantes.
Maman, pipi.
Trop tard pssssssss.
Et dire que les kinésithérapeutes ont toujours souligné l'importance de la pratique de la natation, surtout pour les personnes souffrantes de maux de dos...
WesternBasilic.










