Superbe texte aussi parue sur Oulala
Le Hezbollah est-il une organisation terroriste ?
Bravant l’interdit israélien, Stéphane De Loecker, l’ambassadeur de Belgique au Liban, créait le 19 janvier dernier un nouvel incident diplomatique entre la Belgique et Israël : il rencontrait à Beyrouth Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, le parti politique libanais sorti vainqueur des élections municipales du printemps 2004, bien qu’il figure toujours en bonne place sur la liste des organisations terroristes, dressée par Washington, au lendemain des attentats du 11 Septembre. [1] Son patron, le ministre des Affaires étrangères belge, le libéral flamand Karel De Gucht, cèdera-t-il aux pressions du gouvernement Sharon-Peres, réitérées lors de sa récente tournée au Moyen Orient, pour que l’Union européenne inscrive également ce parti sur sa liste des groupes terroristes ? Des pressions auxquelles s’ajoutent celles que la Chambre des représentants américaine exerce directement sur l’Union européenne. Pour le moment, le chef de la diplomatie belge « a confirmé » que la Belgique allait « prochainement définir sa position à ce sujet, sur base d’avis de la Sûreté de l’État, des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères », et qu’elle allait la communiquer à l’instance européenne ad hoc. [2] Avant de prendre sa décision, le ministre De Gucht complètera-t-il son information en consultant le livre détonnant que Walid Charara et Frédéric Domont viennent de consacrer au Hezbollah ?
Cet ouvrage que Le Monde diplomatique a salué en décembre 2004, tombe en tout cas à point nommé, au moment où l’attentat (loin d’être élucidé selon les derniers rebondissements de l’enquête) qui a, entre autres victimes, coûté la vie à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et la vague de violence actuelle remettent tragiquement le Liban sur le devant de la scène internationale. [3]
A mille lieues des nombreux préjugés et clichés généralement associés au Hezbollah, ce livre solidement documenté - né de la rencontre, au lendemain du 11 Septembre, entre deux journalistes spécialistes du Moyen Orient, l’un libanais, l’autre français - se situe, de l’aveu même de ses auteurs : « à l’intersection de l’enquête journalistique et de l’analyse politique » (p. 9). Par le relevé et l’examen minutieux des causes profondes - tant internes qu’externes - de la fondation de ce mouvement chiite et de sa popularité croissante auprès d’une grande partie de la population libanaise (les récents rassemblements de masse organisés par le “parti de Dieu” en sont une preuve manifeste), Walid Charara et Frédéric Domont atteignent largement l’objectif qu’ils s’étaient fixé : « apporter un éclairage nouveau sur l’un des principaux acteurs politico-militaires de la scène proche-orientale » (p. 9).
Centrée exclusivement sur les origines et la fondation de ce “parti de Dieu”, la présente note (une autre suivra sur l’évolution du Hezbollah de 1982 à nos jours) a pour but d’offrir des éléments de réponse éclairants à la question : le Hezbollah est-il une organisation terroriste ?
Une approche globale
Les deux auteurs rejettent d’emblée la tendance, assez dominante en Occident, qui vise à réduire le Hezbollah à « une simple officine des services iraniens et syriens » (p. 67), tout en reconnaissant que le soutien de Téhéran et de Damas « a été très utile au “parti de Dieu” dans sa confrontation avec Israël » (pp. 67-68). Ils écartent de même l’attitude opposée qui consiste « à accuser l’OLP d’avoir créé le Hezbollah » (p. 79), même si, comme nous le verrons, « la “phase palestinienne” au Liban aura indéniablement été l’un [des] facteurs » de sa fondation (p. 80). Ils privilégient en revanche « les dynamiques locales et l’alchimie des facteurs - internes et externes, politiques, socio-économiques et culturels - qui ont conduit à son émergence » (p. 68). Le choix d’une telle approche exige parfois - et c’est le cas ici - que l’on doive remonter assez haut dans l’histoire pour retrouver des éléments d’explication.
Les clivages communautaires
Basée sur le recensement de 1932, la représentation parlementaire, proportionnelle à l’importance des différentes communautés religieuses (chrétiennes et musulmanes) du pays, caractérise fondamentalement la “démocratie” libanaise sous le mandat français (1920-1946). Malgré ses défauts - immobilisme, clientélisme et corruption -, la répartition des charges de l’État du Liban, qui voit le jour en 1943, se fonde également sur ce “communautarisme politique”. [4]
En dépit des nombreux changements que le monde, le Moyen Orient et, partant, le Liban ont connus depuis les années quarante, cette dimension multiconfessionnelle, sur le versant communautaire chiite de laquelle le Hezbollah prendra racine, est restée une caractéristique essentielle de la société libanaise contemporaine. Exemple : alors que la guerre civile battait son plein, l’invasion israélienne du Liban en 1982 « a exacerbé les clivages et les tensions intercommunautaires et a participé, par conséquent, à l’affaiblissement et à la marginalisation des mouvements et partis transcommunautaires » (p. 68). Récemment encore, interrogé par le journal Le Soir, Jawad Adra, le directeur d’un institut de sondage libanais, a confirmé que, malgré toutes les tentatives visant à y mettre fin, « le pays est toujours complètement divisé confessionnellement » (Le Soir, 15/3/05, p.

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La Naqba et les visées sionistes sur le Sud-Liban
Même si l’on connaît encore assez mal l’impact de l’expulsion, en 1948, de plus de sept cent cinquante mille Palestiniens sur les sociétés arabes avoisinantes - les recherches des “nouveaux historiens” israéliens s’étant assez logiquement cantonnées aux limites géographiques de l’ancienne Palestine -, force est de reconnaître que « la guerre de Palestine de 1948 constitue indéniablement le tournant majeur de l’histoire de l’Orient arabe durant la seconde partie du “court vingtième siècle”. » (p. 27) Pour le pays des cèdres et, en particulier, le Sud-Liban majoritairement chiite, la naqba (ou catastrophe) représente également un événement crucial qui contribuera, dans une certaine mesure, à créer les conditions nécessaires à la fondation du Hezbollah. L’arrivée massive des réfugiés palestiniens y renforce effectivement « l’idée de l’unité de destin entre le Djabal Amil [le Sud-Liban] et la Palestine [qui s’était] répandue parmi ses habitants depuis le début des années vingt » (p. 34).
Au-delà de l’exode palestinien, la guerre israélo-arabe de 1948 concrétise « les convoitises sionistes sur le Sud-Liban » (p. 36). Quelles que soient ses motivations - l’annexion de réservoirs hydrauliques, la création de zones-tampons, etc. -, cette politique expansionniste de l’État israélien, caractérisée par d’incessantes agressions militaires réparties sur une cinquantaine d’années (« le Liban enregistre 140 agressions israéliennes entre 1949 et 1964 ; 3 000 entre 1968 et 1974 ») (p. 37) et deux incursions de plus grande envergure en 1978 et 1982, accentue encore l’impression d’une communauté de destin entre le Sud-Liban et la Palestine. Un élément non négligeable dans le processus de création du Hezbollah.
Les facteurs socio-économiques
La société libanaise s’organise bien entendu aussi en classes sociales aux intérêts divergents. Régulièrement, « les disparités socio-économiques, le développement inégal des régions et les choix géopolitiques des élites dirigeantes (...) exacerb[ent] les tensions dans un pays où le système politique est fondé », comme on l’a vu, « sur le communautarisme ». (p. 71) Quelles sont ces disparités ? A la fin des années cinquante, par exemple, précisent les auteurs, se référant à un ouvrage d’Elisabeth Picard (Liban, État de discorde, Flammarion, Paris, 1988) qui fait autorité, le Liban créait des inégalités sociales « parmi les plus importantes du monde : 4% de très riches accaparaient 33% du revenu national, tandis que la moitié de la population du pays s’en partageait 18% ! » (p. 72). Précision importante pour notre propos, puisque c’est dans cette partie du pays que le Hezbollah prendra tout particulièrement racine : « au Sud-Liban, champion du sous-développement le revenu moyen était à cette époque cinq fois moindre qu’à Beyrouth » (p. 72). Face à de pareilles inégalités, la célèbre formule : « les déshérités de leur terre et les déshérités dans leur terre » (p. 77) - lancée par l’imam Moussa Sadr, un des maîtres à penser du Hezbollah, dans le but d’attirer l’attention sur la « communauté de destin [qui] semblait réunir Palestiniens et chiites du Sud-Liban » (p. 77) - prend une tout autre résonance.
A l’autre extrémité de l’échelle sociale, les nantis du Liban ont construit un système politique et économique qui, malgré sa fragilité, laissait une marge de liberté « qui n’avait pas d’égale dans le reste du monde arabe » (p. 72). Ce libéralisme typiquement libanais fit, jusque dans les années soixante-dix, « de Beyrouth la ville-phare de l’Orient arabe » (p. 72), et du Liban, la Suisse du Moyen-Orient. A partir des années cinquante et soixante, les nombreux laissés-pour-compte de ce capitalisme à la libanaise se sont regroupés, surtout dans « le Sud du pays ainsi que [dans] les banlieues pauvres de la capitale », au sein de mouvements « nationalistes et de gauche » (p. 73), organisateurs des grandes manifestations sociales de l’époque. « L’échec du programme de réformes économiques et sociales » (pp. 73-74), promises par le président libanais, radicalisera encore le mouvement de la contestation où s’inscrit une partie des origines du Hezbollah.
Bien que les grands médias abordent rarement ces questions, tout porte à croire que, si elles ne se sont pas aggravées entre-temps, les disparités socio-économiques libanaises sont à tout le moins encore très marquées de nos jours. Dans le même entretien accordé au journal Le Soir, Jawad Adra, qui ne pratique pas la langue de bois, confirme en tout cas toujours l’existence de groupes sociaux antagonistes lorsqu’il déclare, faisant allusion aux récentes manifestations libanaises : « Si les opposants et les loyalistes se battent pour gouverner le Liban, ce n’est pas pour l’intérêt général mais pour privilégier leurs intérêts personnels. » (Le Soir, 15/3/05, p.
La phase palestinienne et la guerre civile libanaise
L’installation au Liban, en vertu d’un accord passé entre l’État libanais et l’OLP, des feddayin palestiniens, au lendemain des massacres du Septembre noir (1970) perpétrés en Jordanie, coïncide « avec une montée en puissance de la contestation sociale et politique » (p. 71) dans le pays des cèdres. Bon nombre de commentateurs pressés « de la guerre civile libanaise verront dans cette arrivée la cause première du conflit libanais » (p. 71). Fidèles à leur approche globale, les auteurs écartent cette façon de voir les choses parce qu’elle tend « à atténuer, voire à occulter l’importance des antagonismes politiques et sociaux endogènes qui avaient déjà provoqué un conflit civil limité en 1958 » (p. 71). Reconnaissant l’existence de plusieurs lectures des origines de la guerre civile libanaise, Walid Charara et Frédéric Domont précisent toutefois que « la majorité des analyses s’accordent sur le rôle [qu’]Israël » (p. 39) y a joué. Une précision qui n’est pas sans importance pour notre propos, puisqu’on sait que « la raison d’être du Hezbollah est la résistance à Israël (...) en tant que projet colonial et source de menaces pour son voisinage » (p. 107).
Dès le début de la guerre civile, en 1975, on assiste de fait à une recrudescence des « ingérences israéliennes » (p. 39) au Liban. « Baptisée “opération Litani”, la première intervention militaire d’envergure menée par Israël au Sud-Liban le 15 mars 1978 » (p. 42) se solde par un bilan extrêmement lourd : « occupation d’une zone de 700 km2 ; 1 186 civils sont tués, 285 000 déplacés ; 82 villages sont lourdement touchés, et six totalement détruits » (pp. 42-43). Confronté aux agressions israéliennes contre le Sud de son territoire, l’État libanais, dont la faiblesse relève en partie de l’apathie générale qui caractérise les pays arabes au lendemain de la guerre des six jours, reste incroyablement impuissant. C’est la raison pour laquelle les feddayin, arrivés depuis peu au Liban et au contact desquels les chiites du Sud-Liban - franchissant une nouvelle étape dans le processus qui les rapproche des Palestiniens - vont s’aguerrir, « cristallise[nt] dès lors tous les espoirs » (p. 75), « en premier lieu au Sud-Liban, devenu le champ d’une confrontation quasi quotidienne entre les combattants palestiniens et l’armée israélienne » (p. 76).
La révolution iranienne
Les solides « liens historiques » (p. 95) entre chiites libanais et iraniens ainsi que « les conditions politiques, socio-économiques et culturelles » (p. 102) du Liban de la fin des années soixante-dix ne permettent pas à eux seuls d’expliquer « le ralliement massif de citoyens du pays des Cèdres aux thèses théologico-politiques de l’iman Khomeyni » (p. 102). Pour tenter d’expliquer le succès du discours iranien au Liban, les auteurs suggèrent de façon convaincante l’idée selon laquelle les thèses défendues par son leader charismatique pourraient y avoir « revêtu aux yeux de ses nouveaux adeptes une pertinence particulière » : pour Khomeyni, rappellent les auteurs, « le monde se divise », contrairement à la vision de l’islam traditionnel, entre « oppresseurs et déshérités » (pp. 103-104) - un schéma dans lequel, étant donné leurs conditions d’existence et l’impuissance de l’État libanais à les défendre face aux incessantes incursions israéliennes, les chiites du Sud-Liban pouvaient effectivement aisément se reconnaître. L’importance centrale consacrée dans le message khomeyniste à la question palestinienne ralliera aussi, en vertu de la « communauté de destin [qui] semblait réunir Palestiniens et chiites du Sud-Liban » (p. 77), bon nombre de chiites libanais à la cause révolutionnaire iranienne.
Radicalisés au contact des responsables de cette révolution qui s’étaient réfugiés au Sud-Liban avant la victoire de Khomeyni, après l’avoir été en côtoyant des feddayin palestiniens, les chiites libanais adoptent cependant deux attitudes différentes face au message révolutionnaire iranien. Les premiers, notamment des membres de la direction du mouvement Amal [5], prônent la réforme de l’État libanais. Les seconds qui se retrouveront bientôt dans le Hezbollah, soit « une vaste mouvance allant de certains courants au sein du mouvement Amal, en passant par le parti Dawaa [6], jusqu’à une galaxie d’associations et de groupuscules locaux », adoptent, portés « par l’élan révolutionnaire, les thèses théologico-politiques de l’imam Khomeyni » (p. 97). La filiation révolution iranienne et Hezbollah sera d’ailleurs largement traduite dans l’« Appel aux déshérités », le manifeste qui, « annonçant la création du Hezbollah, va largement s’inspirer des thèses et des concepts de Khomeyni pour définir les grandes orientations du parti » (p. 105).
L’invasion israélienne du Liban en 1982
En affirmant dans une interview accordée à l’hebdomadaire de son parti : « sans l’invasion israélienne [du Liban en 1982], je ne sais pas si le Hezbollah existerait » (p. 69), son secrétaire général Hassan Nasrallah ne reconnaissait cependant dans cette attaque militaire ni l’origine, ni l’acte de naissance de son mouvement. En réalité, souligne-t-il, cet acte de guerre a « accéléré la fédération des divers groupes et courants » se réclamant d’un islam révolutionnaire et « leur structuration dans le cadre d’une organisation politico-militaire. » (p. 69) En d’autres termes, l’invasion israélienne du Liban en 1982 a mis précipitamment fin au débat ouvert au début des années quatre-vingt entre les divers éléments de la mouvance chiite libanaise pro-khomeyniste « sur ses formes de structuration organisationnelle » (p. 98). Relevant l’immense défi qui consiste à « unir les forces islamiques au sein d’une même formation politique » (p. 98), des représentants des principaux groupes chiites - « trois du rassemblement des Oulémas de la Bekaa, trois du mouvement islamique Amal, trois des comités islamiques (organisation de masse du parti Dawaa) » (p. 99) - synthétisent leur réflexion commune dans une note, connue sous le nom de « document des Neuf » qui recevra « l’approbation de l’imam Khomeyni » (p. 99). Par la suite, « ces groupes s’autodissoudront pour œuvrer ensemble à la formation du Hezbollah. » (p. 99) Tout porte donc à croire, comme l’affirme Naïm Kassem, le numéro deux du Hezbollah, que « pendant l’invasion, le parti n’était pas officiellement constitué » (pp. 68-69). Mais « quelques mois plus tard, (...), le Hezbollah a vu le jour et s’est montré actif au Sud-Liban et à Beyrouth » (p. 70). En outre, lors de la période de formation du Hezbollah entre 1982 et 1985, années où l’on assiste à une nouvelle « exacerbation de la lutte armée contre l’occupant » (p. 101), le “parti de Dieu” n’avait « pas de commandement central » (p. 100) parce que son projet politique n’était pas encore finalisé. Ce projet ne sera d’ailleurs rendu public que le 16 février 1985 !
D’essence fondamentalement religieuse, le Hezbollah n’en résulte pas moins d’une longue interaction de facteurs internes et externes, politiques, socio-économiques et culturels, parfois contradictoires, au sein desquels les impacts de la révolution iranienne et de la question palestinienne - résistance à Israël comprise - ont été prépondérants. L’invasion israélienne du Liban en 1982 a, on l’a vu, précipité la fondation d’un mouvement islamo-nationaliste dont le processus de formation était en cours. Ainsi, là où certains qualifient le Hezbollah de “terroriste”, Walid Charara et Frédéric Domont voient plutôt, dans les conditions mêmes de sa fondation, un mouvement de résistance à une double oppression, à la fois intérieure et extérieure.
Les pressions américaines et israéliennes réitérées pour que l’Union européenne inscrive le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes se sont jusqu’à présent soldées par un échec. Bien que le Parlement européen se soit prononcé le 10 mars 2005 en faveur de mesures destinées à mettre fin aux activités présumées terroristes du Hezbollah, le nom de ce mouvement libanais ne figure pas (encore) sur la liste officielle des « groupes et entités auxquels s’appliquent des mesures restrictives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme » [1], que le Conseil de l’Union européenne a pourtant actualisé quelques jours plus tard.
Cette volonté d’inscrire le Hezbollah sur une telle liste est-elle justifiée ? Les accusations d’activités terroristes à l’encontre du parti chiite libanais sont-elles fondées ? Tentative de réponse en reprenant le livre que Walid Charara et Frédéric Domont consacrent au parti de Dieu. [2]
Les clivages communautaires et la guerre civile
Depuis sa période de formation entre 1982 et 1985 - phase qui coïncidait avec une exacerbation des tensions intercommunautaires au Liban due à l’invasion israélienne -, le Hezbollah s’est toujours pacifiquement opposé au confessionnalisme politique libanais, réservant la lutte armée à la résistance contre les forces d’occupation israéliennes. De plus, même s’ils critiquaient les accords de Taëf auxquels ils reprochaient justement d’avoir contribué à « une institutionnalisation du communautarisme » (p. 132), lorsque ceux-ci ont scellé, par leur mise en oeuvre en 1990, la fin d’une guerre civile longue de quinze années, les dirigeants du Hezbollah les ont finalement acceptés - preuve de ce qu’ils étaient déjà convaincus à l’époque de la nécessité « de restaurer la paix civile dans ce pays et d’oeuvrer au changement par l’action politique pacifique » (p. 121).
C’est en grande partie parce que l’accession au pouvoir de la famille Gemayel, qui assurait la domination des Chrétiens sur les autres communautés du pays des cèdres, était « une conséquence directe de l’invasion israélienne » (p. 121) que le Hezbollah s’est lancé dans un combat armé, lorsqu’Amine Gemayel a succédé à la tête de l’État à son frère Bachir, assassiné le 14 septembre 1982. De même, c’est surtout l’« inféodation » du gouvernement Gemayel « à Israël et aux États-Unis » (p. 121) qui a motivé la participation ouverte des membres du parti de Dieu, jusque-là confinés dans la clandestinité, à l’insurrection du 6 février 1984 menée avec succès contre l’armée libanaise fidèle au régime. Sur la scène intérieure libanaise, où le Hezbollah adoptait généralement une position défensive, son attitude vis-à-vis des différents protagonistes de la guerre civile a toujours « dépendu principalement de leur positionnement par rapport à l’occupant » (p. 120). Et de fait, à l’exception du conflit inter-chiite très sanglant qui l’a opposé, sur la question de ses actions militaires dirigées contre Israël, entre 1988 et 1990, au mouvement Amal, le Hezbollah est toujours resté avantageusement à l’écart des guerres fratricides et sauvages (guerre des camps et massacres de Sabra et Chatila compris) qui ont éclaté à Beyrouth entre 1982 et 1988. Ce qui lui a permis d’engranger au passage un surcroît de popularité auprès de la population locale et quelques affiliations supplémentaires « parmi les éléments les plus religieux du mouvement Amal » (p. 123). Aujourd’hui, les clivages communautaires qui déchirent la société libanaise n’ont pas disparu : le conservateur chrétien Amine Gemayel et le chef druze de « gauche » Walid Joumblatt - « figures naguère férocement antagonistes », aujourd’hui réunies dans l’opposition - conviennent tous les deux « que le pays du Cèdre devrait rapidement se débarrasser d’un système politique basé sur l’affiliation confessionnelle somme toute peu démocratique ». (Le Soir, 29/4/05, p. 10)
Les difficultés socio-économiques
Nettement plus élevé que celui de l’« opération Litani » menée quatre ans plus tôt au Sud-Liban, le bilan humain de l’opération « Paix en Galilée » - l’invasion israélienne du Liban en 1982 qui a accéléré et conduit à son terme le processus de formation du Hezbollah - s’est officiellement soldé par quelque « 19 085 morts, 31 915 blessés, 2 206 handicapés physiques, et le déplacement d’environ 500 000 personnes » (p. 46). Selon une source non officielle, la facture financière de cette guerre s’élevait à près de deux milliards de dollars, répartis dans l’ensemble des secteurs clés de l’économie libanaise. Plus de douze mille logements ont été en tout ou en partie détruits et un salarié sur trois a été licencié. Ces deux chiffres mesurent l’ampleur des dégâts qui ont encore détérioré une situation socio-économique qui n’était déjà guère brillante.
L’occupation militaire israélienne qui s’ensuivit avait pour but initial la réduction économique du Sud-Liban à un marché à sens unique destiné à l’écoulement des produits israéliens : c’était « un véritable projet de satellisation stratégique et économique du Liban, à tout le moins dans sa partie sud » (p. 56). Quant aux accords de Taëf, ils n’ont d’aucune manière amélioré les conditions d’existence de la majorité des Libanais, surtout pas dans le Sud, terre d’élection du Hezbollah et région la plus meurtrie par l’occupation souffrant d’un chômage endémique. Entrés en application à la fin de la guerre civile en 1990, ces accords ne prévoyaient effectivement pas « de réelles réformes politiques, économiques et sociales au Liban » (p. 132).
Illustration de la fin des « illusions du nationalisme arabe », de l’émergence d’une classe de « princes marchands », de l’emprise croissante du néo-libéralisme et de l’espoir que suscitent encore, au début des années 1990, les négociations israélo-arabes, la nomination en novembre 1992 du milliardaire Rafic Hariri au poste de Premier ministre d’« un pays exsangue » constitue aussi « un défi de taille pour le Hezbollah » (p. 135). De fait, les orientations politiques et économiques d’Hariri sont incompatibles avec « la défense des déshérités et de leurs intérêts » (p. 135). Ses « projets pharaoniques » (p. 137) à Beyrouth et ses erreurs stratégiques en matière d’investissements étrangers - sans parler de la « confusion des intérêts publics et privés » (p. 140) ni des problèmes de corruption - alourdiront considérablement la dette publique du Liban, la faisant passer « de 2 milliards de dollars en 1992 (...) à 38 milliards en 2004 » (p. 137) - soit « trois fois son produit intérieur brut » (Le Soir, 30/3/05, p.

. En outre, l’« inexistence », dans un pays sortant d’une guerre civile de quinze ans et d’une occupation étrangère encore plus longue, « d’une véritable politique sociale » (p. 138) prolétarisera quant à elle de larges couches de la population. Dans son rapport, publié en 1996, sur la pauvreté au Liban, les Nations unies estiment effectivement « qu’environ un million de Libanais, soit 28% de la population vivent au-dessous du seuil de la pauvreté » (p. 139) - dont un quart dans une situation d’extrême pauvreté.
L’absence de politique sociale est compensée par les divers projets sociaux que le Hezbollah développe depuis sa fondation, grâce à des dons et une aide officielle de l’Iran, tant en matière de santé, d’éducation et d’information (on pense naturellement à sa chaîne satellitaire Al-Manar) qu’en matière d’action sociale, comme « la prise en charge des familles des “martyrs” et la réinsertion des combattants blessés » (p. 161). Ces activités sociales visent non seulement à aider la population civile à supporter le coût humain et matériel de l’occupation et des attaques israéliennes mais aussi à « élargir la base sociale de la Résistance islamique » (p. 161), la branche armée du parti de Dieu. A Nabatiyé, grande ville du Sud-Liban, le directeur d’un établissement hospitalier relevant de l’antenne médicale du Hezbollah explique : « Nous avons ouvert cet hôpital en 1994 pour répondre aux besoins sanitaires de la population alors que l’État était complètement absent » [3].
Organisation terroriste ou parti politique intégré ?
Impossible d’examiner la caractérisation du parti de Dieu comme terroriste sans évoquer la célèbre prise d’otages français parce que « c’est probablement à l’occasion de ces enlèvements qu’une large majorité de l’opinion publique française [et occidentale] découvre l’existence du Hezbollah. » (p. 125) L’inscription de ce mouvement chiite sur la liste américaine des organisations terroristes est pourtant toute récente. Ce n’est qu’en 2001, quelques mois après les attentats du 11 Septembre que les États-Unis, cédant aux pressions répétées du gouvernement Sharon, après avoir longtemps hésité, inscriront le nom du parti de Dieu sur leur liste. Or, la prise d’otages français remonte au printemps 1985. C’est la raison pour laquelle - quel qu’ait été le degré d’implication de membres du Hezbollah, de transfuges du mouvement Amal et, partant, de Téhéran dans ces enlèvements : les avis sont partagés à ce sujet -, Alain Chouet [4], bien qu’il soit convaincu que le parti de Dieu y ait joué un rôle central, souligne dans un entretien qu’il a accordé aux auteurs que « l’affaire des otages, “si douloureuse soit-elle, est à traiter au passé” » parce que - et c’est essentiel -, « pour lui, “l’Iran et le Hezbollah d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années 80.” » (p. 130)
En raison de leur double formation militaire et religieuse, les combattants de la Résistance islamique - le bras armé du Hezbollah - accordent dans leurs croyances une place centrale à la figure des martyrs auxquels ils s’identifient dans leurs attentats-suicides. Même si cette prédisposition au sacrifice vaut au parti de Dieu d’être répertorié comme organisation terroriste, sans que l’on tienne compte de la tentative de « légitimation politique de cet acte [qui] se réfère au rapport de forces extrêmement déséquilibré entre la résistance et l’occupant » (p. 116), cette tendance « n’entraîne pas un recours systématique aux opérations kamikazes » (p. 156). Dotés d’effectifs qu’Israël estime à quelque quatre cents guérilleros professionnels et que les dirigeants du Hezbollah évaluent à plusieurs milliers de combattants mobilisables en quelques heures, les militants du parti de Dieu accordent effectivement la priorité aux actions de guérilla classique.
Comme tout mouvement politique prônant un changement radical de la société, le Hezbollah a très vite été confronté à la question cruciale de son intégration dans le système politique libanais. Fruits de ces débats internes, le parti de Dieu a enregistré un certain nombre de défections dont quelques dirigeants historiques, sans doute parmi les plus radicaux. Constatant aussi bien pour des raisons internes (clivages confessionnels) qu’externes (abandon « de la stratégie d’exportation de la révolution » (p. 133) khoméniste après la guerre Iran-Irak) l’impossibilité d’imposer un État islamique au Liban, le Hezbollah n’a toutefois pas renoncé à toute forme de « participation institutionnelle » (p. 145). Preuve de son pragmatisme politique croissant, le parti de Dieu est, par exemple, un des rares partis libanais à avoir proposé un programme politique digne de ce nom aux élections législatives de 1992. Diamétralement opposé au « capitalisme sauvage incarné par le néo-libéralisme » de Rafic Hariri et n’hésitant pas à réclamer « un plus grand rôle de l’État dans la protection des classes défavorisées », le programme du Hezbollah s’articule, comme ceux d’autres organisations laïques et de gauche, autour d’« une réforme du système politique afin qu’il devienne plus juste et plus représentatif, ce qui passe par l’abolition du communautarisme » libanais. (p. 142)
La double résistance aux visées sionistes sur le Liban
En donnant un coup d’accélérateur décisif au processus de formation du Hezbollah, la guerrière opération “Paix en Galilée”, déclenchée en dépit des recommandations de la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations unies dans le but initial de « chasser les combattants palestiniens du Sud du pays » (p. 55), a favorisé l’éruption d’un mouvement de résistance armée à la vocation diamétralement opposée, visant à chasser les soldats israéliens et leur milice supplétive du Liban. Bien qu’il entérinait, au lendemain de cette vaste invasion violemment orchestrée par le ministre de la Défense Ariel Sharon, « le départ des troupes de l’OLP de la capitale », « l’arrivée au pouvoir du parti phalangiste dirigé par Bachir Gemayel » (p. 47) et l’occupation d’une grande partie du territoire libanais, l’accord de paix israélo-libanais du 17 mai 1983 n’a pas recueilli « l’adhésion d’un pan significatif de l’opinion publique israélienne qui réclam[ait], après la guerre et les massacres de Sabra et Chatila, un retrait de Tsahal du Liban » (p. 60). L’écho de la société civile israélienne ne se concrétisera sur le terrain que par un timide redéploiement de l’armée israélienne « de manière à renforcer son emprise sur le pays, en particulier sur le Sud » (p. 56) - pour un premier retrait significatif du Sud-Liban, il faudra attendre 1985. Comme il s’agit d’un fait majeur, on saura gré aux auteurs d’avoir attiré l’attention sur l’émergence d’une opposition interne à Israël à la présence de Tsahal au Liban, dès le début de l’occupation.
Face au délabrement de sa milice supplétive au Sud-Liban qui ployait toujours davantage sous le feu nourri de la résistance armée, Israël sera contraint de revenir sur le territoire du pays des cèdres. Dans le but de « retourner les populations civiles et l’État libanais contre la Résistance islamique » (p. 149) - c’est-à-dire contre la branche armée du Hezbollah qui a progressivement supplanté tous les autres groupes de résistance dans la lutte contre l’occupant -, Tsahal lancera deux nouvelles attaques de grande envergure contre les « infrastructures économiques, urbaines et routières » du pays, tout « en recourant fréquemment à des armes dites “intelligentes” » (p. 149). Soldées par un échec au niveau militaire, les opérations “Règlements de comptes” (1993) et “Raisins de la colère” (1996) provoqueront les effets opposés à ceux escomptés, à savoir un regain de popularité de la Résistance islamique auprès de la population, ainsi que l’ébauche d’« une coopération discrète mais efficace (...) entre l’armée libanaise et le Hezbollah sur les plans militaire et policier » (p. 149).
De plus en plus empêtrés dans un conflit asymétrique et prolongé, les dirigeants israéliens commencent alors sérieusement à envisager le retrait définitif de leurs troupes du Liban. Même si ce retrait - objet d’« une promesse électorale faite en mai 1999 par [le Premier ministre] Ehud Barak » (p. 202) - est réalisé le 24 mai 2000, le Hezbollah maintient toujours sa pression militaire sur l’État hébreu entre autres parce qu’il considère qu’Israël occupe toujours « une partie du territoire libanais : la zone des hameaux de Chebaa » (p. 239). Selon les différentes lectures de la résolution 425, cette portion de territoire reviendrait en fait soit au Liban, soit à la Syrie, mais en aucun cas à Israël. Qualifié de “débâcle” dans la presse israélienne, le retrait de Tsahal du Sud-Liban n’est pas seulement la conséquence des attaques de la résistance armée libanaise - Hezbollah en tête, il est aussi - et peut-être même surtout - le fruit d’une évolution « dans une société où le rapport à la guerre a profondément changé en l’espace de vingt ans » (p. 198), comme l’a très vite souligné Alain Dieckhoff dans Le Monde, ainsi que « le révélateur de logiques travaillant en profondeur la société israélienne, dont une logique individualiste qui prend nettement le pas sur celle, collective, qui prédominait au départ de l’entreprise de construction nationale au début des années cinquante » (pp. 198-199). [5]
Évolution des contextes international et régional
Le Hezbollah s’est développé dans une région du monde qui, en raison de ses énormes richesses énergétiques mais aussi de ses frontières communes avec l’ancienne URSS, revêt une importance stratégique cruciale aux yeux des grandes puissances à vocation impériale. Pour s’assurer le contrôle des flux énergétiques et de nouvelles zones d’influence, ces puissances impérialistes - aux premiers rangs desquelles on compte non seulement la France (en raison de ses liens historiques et de sa mainmise économique et financière sur le Liban) et la Russie, mais aussi et surtout les États-Unis avec leur fameux plan de remodelage du Moyen Orient, sans oublier « la symbiose israélo-américaine » qui, après les attentats du 11 Septembre, « a atteint un niveau difficilement imaginable auparavant » (p. 253) - sont effectivement prêtes à s’affronter, voire à en découdre directement ou par pays interposé. Au terme d’un bras de fer mémorable qui avait déjà opposé les diplomaties française et américaine « sur les modalités de la lutte antiterroriste » (p. 184), l’« accord d’avril » 1996 a repris « à 80% les idées énoncées par la France » (p. 192) dont les investissements étaient en forte augmentation. Bien que Washington ait souhaité au cours de cette joute diplomatique « interdire au Hezbollah toutes activités, y compris dans la zone occupée au Sud-Liban » (p. 190), l’accord d’avril, « en reconnaissant le droit du Hezbollah à combattre l’occupation israélienne », lui a offert « une légitimation internationale à son action de résistance » (p. 194).
Les clivages qui évoluent en permanence entre les grandes puissances en influencent bien entendu d’autres - et c’est réciproque - qui, à l’échelle régionale, connaissent également une évolution permanente. Aussi, le célèbre « marchandage syro-américain » (p. 132) qui a instantanément mis fin au conflit interlibanais (participation de Damas à la coalition internationale de la première guerre du Golfe contre autorisation pour la Syrie de chasser les troupes chrétiennes du général Michel Aoun [6] de Beyrouth) illustre-t-il parfaitement « à quel point l’inscription dans la durée de la guerre civile libanaise avait été le résultat d’interventions étrangères » (p. 132). Mais les temps ont bien changé : aujourd’hui, Washington accuse régulièrement la Syrie d’abriter des terroristes. Fin observateur des luttes qui se livrent au Moyen Orient, le responsable des relations internationales du Hezbollah synthétise parfaitement l’autre facette de ce jeu d’influences. Il en a même tiré une équation infaillible : « chaque fois que les Israéliens sont capables de remporter une victoire militaire, l’unilatéralisme américain gagne du terrain. Par contre, à chaque fois qu’un pays arabe est capable de faire contre-poids aux Israéliens, le rôle de la France au Moyen Orient gagne en ampleur. » (p. 193)
A mille lieues de la description d’une organisation terroriste, Walid Charara et Frédéric Domont nous dépeignent par le menu le processus de formation et l’évolution ultérieure d’un mouvement politico-militaire né en 1982 de la fédération de différents groupes se réclamant d’un islam révolutionnaire khoméniste, dans le but de chasser l’occupant israélien du Liban. Une fois sorti de la clandestinité et débarrassé de ses éléments les plus radicaux, ce mouvement islamo-nationaliste s’est progressivement positionné sur l’échiquier politique, où il occupe désormais une place toujours plus importante, comme une formation que l’on pourrait qualifier, à l’aune des critères occidentaux, de réformiste religieux de gauche très préoccupée par le sort des nombreux pauvres du Liban.
La transformation de ce mouvement politico-militaire, auteur, comme bon nombre d’organisations de résistance, de quelques prises d’otages et attentats-suicides, en mouvement islamo-nationaliste semble avoir eu lieu entre 1988 et 1990, à la faveur de la fin de la guerre Iran-Irak et des espoirs que faisaient naître à l’époque les prémices du processus de paix au Moyen Orient. L’acceptation des accords de Taëf par le Hezbollah scelle de fait l’existence d’un parti beaucoup moins radical. Poursuivant sa mutation, le Hezbollah proposera par la suite un programme politique aux élections de 1992 et obtiendra même une double reconnaissance, intérieure et extérieure, de sa résistance armée contre l’occupation israélienne. Mais parallèlement à ce processus de “déradicalisation” politique, le parcours du Hezbollah est également jalonné d’objectifs permanents, comme la lutte armée contre l’État hébreu et le souci des déshérités.
Faut-il donc, en dernière analyse, inscrire sur la liste européenne des organisations terroristes, un mouvement islamo-nationaliste de tendance réformiste de gauche au moment où, franchissant une nouvelle étape de son processus de transformation en parti politique respectueux du jeu parlementaire, il vient d’accorder sa confiance, pour la première fois depuis que ses représentants sont entrés au Parlement libanais en 1996, à une équipe ministérielle : celle du nouveau Premier ministre Nagib Miqati (Le Soir, 28/4/05, p.

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Patrick Gillard Bruxelles, le 9 mai 2005
http://www.oulala.ne...id_article=1805