C'était bien vu Uri...
Pour la première fois, mon oeil...
PHYSIQUE Pour la première fois, des chercheurs ont déclenché dans le ciel d'Alaska un phénomène visible à l'oeil nu avec des ondes radio
L'armée américaine crée une aurore boréale
Deux scientifiques américains ont réussi à provoquer les premières aurores boréales artificielles visibles à l'oeil nu, grâce à l'utilisation d'un puissant système militaire dédié à l'étude de l'ionosphère, la plus haute couche de l'atmosphère. L'instrument Haarp qui a servi à cette expérience fait l'objet de nombreuses polémiques car certains l'accusent d'être capable de modifier le climat à des fins militaires, voire d'interrompre toute forme de communication radio sur la planète.
Cyrille Vanlerberghe
L'installation Haarp, près de la ville de Gakona en Alaska, constitue un champ d'antennes radio. Cet instrument permet l'étude de l'ionosphère, la plus haute couche de l'atmosphère, et devrait aider les scientifiques à élucider les modes de création des aurores boréales. (DR.)
L'installation militaire Haarp en Alaska a réussi une étonnante première : créer artificiellement des taches lumineuses au sein d'une puissante aurore boréale déjà en activité. «A ma connaissance, c'est la première fois que des émissions radio produisent une activité lumineuse assez puissante pour être visible à l'oeil nu, explique par courriel Todd Pedersen, scientifique de l'Air Force Research Laboratory d'Hanscom dans le Massachusetts et signataire de la découverte (1). Il y a déjà eu dans le passé des émissions lumineuses artificielles du même type créées par des dispersions de produits chimiques (baryum, triméthyle d'aluminium) ou des faisceaux d'électrons, mais jamais par des ondes radio.»
Le chauffage des hautes couches de l'atmosphère se pratique depuis les années 1960 pour étudier directement le comportement des électrons dans ce milieu si particulier. «Cette technique d'activation permet de travailler avec un laboratoire de plasma à très grande échelle», complète Wlodek Kofman, directeur du laboratoire de planétologie de Grenoble. On sait depuis longtemps que les électrons accélérés par le champ magnétique terrestre provoquent des aurores boréales en rentrant dans l'atmosphère dans les régions polaires. Ces électrons rapides percutent de temps en temps des atomes présents dans l'atmosphère, les excitent en leur enlevant un ou plusieurs électrons au passage. En se «calmant» et en retournant vers leur état d'équilibre, les atomes émettent des rayonnements lumineux verts ou plus rarement rouges, si caractéristiques des aurores polaires. Le principe de base de ce mécanisme est bien connu, mais le milieu des plasmas, ces gaz d'atomes excités et d'électrons libres, est très complexe et d'autres phénomènes secondaires échappent encore à la compréhension des chercheurs.
Comme souvent en science, la découverte des deux scientifiques américains fut inattendue. D'habitude, les chercheurs n'essaient même pas de faire fonctionner l'instrument lorsque des aurores boréales illuminent le ciel, car l'activité naturelle est souvent bien plus forte que les perturbations artificielles provoquées par Haarp. Mais au lieu de rester les bras croisés en attendant que l'aurore s'en aille lors d'une nuit de mars 2004, les deux scientifiques ont tout de même mis l'instrument en route, en visant une région de l'ionosphère plus basse, vers 100 km d'altitude, que celle généralement excitée. Et à leur grande surprise, leurs télescopes optiques ont clairement montré qu'un point vert brillant apparaissait et disparaissait rapidement, suivant le rythme de fonctionnement des émetteurs radio. «Nous étions si excités par cette découverte que nous sommes restés à l'intérieur, face à nos écrans de contrôle et nous n'avons même pas pensé à aller voir dehors ce qui se passait, raconte Todd Pedersen. Mais nos enregistrements montrent clairement que le phénomène était visible à l'oeil nu.» Les chercheurs ont maintenant compris que leurs pulsations radio ont en fait amplifié l'aurore boréale naturelle. La reproduction et l'étude précise de ce phénomène particulier devraient aider les scientifiques à mieux comprendre les modes de création des aurores boréales.
(1) Nature, 3 février 2005.
Les antennes militaires sont depuis des années l'objet de tous les fantasmes
Haarp, projet pacifique ou arme secrète ?
C. V.
[03 février 2005]
Haarp (High frequency active auroral research program) est-il un outil scientifique comme les autres, ou s'agit-il en fait d'une couverture pour un programme militaire américain ultrasecret visant entre autres à manipuler le climat en chauffant l'ionosphère avec des ondes radios ? Quelques activistes américains ainsi que des membres du Parlement russe pensent très sérieusement qu'il s'agit d'une «arme géophysique» d'un type nouveau qui pourrait radicalement bouleverser l'équilibre climatique de la planète entière. Certains rares habitants de la région en Alaska accusent Haarp de tous les maux. L'un d'eux affirme avoir vu des lueurs vertes au-dessus des antennes, alors qu'un autre dit avoir vu des caribous marcher à reculons.
Pourtant, à première vue, l'installation Haarp, près de la petite ville de Gakona en Alaska, n'a rien de particulièrement effrayante. Il s'agit simplement d'un champ d'antennes radio, des mâts et des câbles tendus dans tous les sens, recouvrant 9 hectares au milieu d'une forêt de conifères. D'ailleurs de nombreuses antennes du même type existent dans le monde, à Puerto Rico, en Russie, au Tadjiskistan et en Norvège, mais aucune d'elles ne fait naître autant de fantasmes que Haarp. Mais il est vrai que Haarp, à la différence de tous les autres instruments scientifiques équivalents, est une installation militaire conjointe entre l'US Navy et l'US Air Force, financée directement par le département américain de la Défense, sans avoir à passer par un processus d'évaluation par des chercheurs américains comme c'est le cas d'habitude.
La création récente d'aurores artificielles par les antennes radios de Haarp prouve, si besoin était, que l'installation fonctionne, et que ses émissions radios sont bien capables de chauffer l'ionosphère (1). Mais est-ce suffisant pour avoir un impact sur le climat terrestre, ou pour modifier la météo à distance ? «C'est de la rigolade !, s'esclaffe Philippe Zarka, astronome spécialiste de la physique des plasmas à l'Observatoire de Paris à Meudon. Les énergies injectées par Haarp dans l'ionosphère, quelques mégawatts voire quelques dizaines de mégawatts, sont complètement négligeables par rapport à l'apport du Soleil. Au sommet de l'atmosphère, le Soleil dépose pas moins de 1,4 GW (1,4 milliard de watts) par kilomètre carré.» D'ailleurs, les scientifiques ont réussi à illuminer avec Haarp une toute petite région du ciel, au coeur d'une aurore naturelle déjà active, et qui, elle, embrasait la moitié du ciel sous l'effet d'électrons accélérés par les lignes de champ magnétique terrestre.
D'autre part, des installations d'étude active de l'ionosphère existent depuis plus d'une trentaine d'années, mais n'ont jamais été sérieusement accusées de détraquer le climat. Les anti-Haarp avancent que l'installation militaire américaine est bien plus puissante, donc bien plus dangereuse que les autres. Mais son niveau actuel de puissance, 960 kW, est comparable à celui des autres instruments. En 2006, avec une puissance finale de 3,6 MW, Haarp sera seulement trois fois plus puissante que ses prédécesseurs, ce qui ne représente pas une différence significative.
Au-delà des fantasmes sur la manipulation du climat ou l'action des ondes sur le comportement des caribous, il est en revanche évident que les militaires américains n'ont pas investi 90 millions de dollars dans Haarp par pure philanthropie. La Navy et l'US Air Force expliquent d'ailleurs ouvertement sur le site Web de Haarp les raisons de leur intérêt pour l'ionosphère. Cette couche de l'atmosphère est plus ou moins chargée en électrons selon les heures de la nuit ou de la journée, ou encore selon la latitude. Et ces variations influent sur tous les signaux radios qui la traversent. Le temps de parcours de l'ionosphère est, par exemple, un des paramètres de correction les plus importants pour améliorer la précision du système de positionnement par satellite GPS. De manière plus futuriste, le chauffage ponctuel et modulé de certaines régions de l'ionosphère pourrait servir à émettre des messages radio de fréquence extrêmement basse que peuvent recevoir les sous-marins en plongée. De tels émetteurs à très basse fréquence sont déjà en service, mais n'ont pas une portée globale.
(1) L'ionosphère est une région de l'atmosphère très peu dense, au-dessus de 100 km d'altitude dans laquelle de nombreux atomes ont perdu leurs électrons et forment ainsi un plasma.
LeFigaro
En ce qui me concerne, je n'ai pas à m'inquiéter d'être un jour traitre à mes idées, J'en ai jamais eu.