Depuis 2002, plus de 2000 espèces se sont ajoutées à la liste publiée par de l'Union internationale de la conservation de la nature
Louis-Gilles Francoeur
Édition du vendredi 21 novembre 2003
Pas moins de 12 000 espèces sont actuellement menacées d'extinction sur la planète, révèle le dernier bilan publié par l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN). Et les menaces frappent les coins les plus reculés de la planète, qu'il s'agisse des Seychelles, des îles Galápagos ou du sud de l'Atlantique.
Cet inventaire, nommé La Liste rouge, est dressé à partir des bilans sectoriels ou territoriaux que réalisent des milliers de chercheurs de tous les horizons. Si l'UICN établit la compilation finale, plusieurs organismes internationaux sont aussi impliqués dans ce suivi du vivant, notamment l'Union mondiale pour la conservation, par l'entremise de sa commission des espèces en situation de survie.
Depuis la publication du bilan 2002, plus de 2000 espèces se sont ajoutées et 380 taxa (espèces, sous-espèces, etc.) ont fait l'objet d'une réévaluation, ce qui donne une liste finale de 12 259 espèces menacées de disparition. Cette catégorie subdivise la liste en trois niveaux : espèce en situation critique, espèce menacée et espèce vulnérable. Le bilan révèle notamment que 762 plantes et animaux sont désormais considérés comme irrévocablement éteints alors que 58 autres sont conservés en culture ou en captivité.
L'Indonésie, l'Inde, le Brésil et le Pérou sont les pays où le plus grand nombre d'espèces animales et ailées sont en danger alors que le capital végétal s'étiole particulièrement vite en Équateur, en Malaysia, en Indonésie, au Brésil (en tête des deux listes !) et au Sri Lanka. On peut consulter la liste complète de ce gigantesque bilan, trop lourd pour être publié sur papier, dit-on, sur le site www.iucnredlist.org.
Le déclin
Les analyses poussées auxquelles avaient donné lieu les bilans de 1996 et 2000 avaient démontré qu'un mammifère sur quatre et qu'une espèce d'oiseau sur huit faisaient face à la possibilité d'une extinction complète à moyen terme. La Liste rouge de cette année indique que les processus de déclin sont au mieux constants ou en voie de s'accélérer dans certains cas. Les pressions les plus fortes semblent frapper surtout les reptiles et les grands primates en raison de la disparition incontrôlée de leurs habitats, un mouvement auquel participe le Québec, où le taux de disparition des milieux humides est alarmant en raison des pressions constantes des promoteurs immobiliers et de l'application faiblarde de la loi.
On n'a qu'à se rappeler que la Ville de Longueuil, par exemple, encourage par tous les moyens la construction résidentielle dans le boisé du Tremblay, un milieu humide qui abrite notamment deux espèces très vulnérables. Même si la rainette faux grillon, omniprésente dans ce boisé humide, a été désignée espèce vulnérable en 2000, le ministère de l'Environnement continue d'accorder des certificats d'autorisation qui ont pour résultat d'assécher ce milieu humide au profit des promoteurs longueuillois. Pêches et Océans Canada, qui a constaté plusieurs infractions à l'habitat des poissons, manque de spécialistes pour intervenir efficacement en eau douce en lieu et place des services québécois de la faune, qui n'ont pas levé le petit doigt dans ce dossier. Il suffit de se rappeler que ce boisé situé en pleine ville est un des derniers grands refuges de la rainette au Québec. La jonction de la Faune sous l'autorité des Ressources naturelles par les libéraux de Jean Charest accroît les dysfonctions gouvernementales en matière de conservation.
Québec annoncera ce matin qu'il investit quelques dizaines de milliers de dollars dans la protection du chevalier cuivré dans le Richelieu. Mais il serait plus important que le ministre fasse une recension des projets domiciliaires en préparation sur ce cours d'eau afin d'empêcher de détériorer davantage ses milieux humides, un habitat critique que la loi est censée protéger en priorité dans le cas des espèces en péril. Et le ministre Mulcair devrait demander à la Direction du patrimoine écologique de son ministère de dresser rapidement un inventaire des espèces à protéger dans le boisé du Tremblay, où on retrouve notamment Lasius minutus, une humble fourni, tellement rare cependant que plusieurs pensent qu'elle n'existe plus qu'au Québec. À moins que Québec n'ait décidé, «réingénierie» oblige, de ne plus assumer ses devoirs de fiduciaire en matière de biodiversité, des fois que ça coûterait trop cher ou que ça nuirait aux entrepreneurs d'une autre liste rouge...
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des fois que ça coûterait trop cher ou que ça nuirait aux entrepreneurs d'une autre liste rouge.
Pour une fois, ce n'est pas moi qui fait ce genre de remarque!










